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 « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥

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Héloïse Bennett
Admin bisounours
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DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
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MessageSujet: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mar 17 Jan - 22:54


 « Les choses sont simples Héloïse. Vous n’êtes pas de son monde. Vous ne pouvez pas le laisser détruire sa vie pour une simple amourette d’étudiant. Cela n’a aucun sens. Et je ne vous laisserais détruire l’homme qu’il est, lui enlever son nom, son rang. Car bien entendu, il est hors de question que cette relation soit approuvée. Je ne serais jamais d’accord, vous le savez tout autant que moi. Et si vous avez un brin de jugeote, d’intelligence… Si votre cœur n’est pas fondamentalement égoïste, alors vous devez cesser cette relation. Matthew sera capable de tout pour vous, capable de se perdre, de renier ce qu’il est par amour pour vous. Bien sûr, tout ira bien durant le début de votre vie … Le sacrifice en vaudra la peine. Vous tiendrez mieux que mon fils, vous avez l’habitude… Mais est-ce la vie que vous souhaitez lui donner ? La vie d’un miséreux pour un roi ? Oh non…. Je refuse et jusqu’à mon dernier souffle, je m’y opposerais ; Vous ne serez jamais des nôtres Héloïse. Et Matthew, peu importe ses choix, ne sera jamais de votre univers. Vous vous aimez mais vous ne venez pas du même endroit et tôt ou tard, ça vous tuera, ça ruinera et vous vous direz qu’il aura sacrifier sa vie pour rien, pour de « l’amour » comme vous dites.
Alors, je le redis encore une fois, quittez mon fils tant qu’il est encore tôt. Offrez-lui la possibilité de s’affranchir de vous afin qu’il devienne l’homme auquel il a toujours été destiné depuis sa naissance, cet avenir dans lequel vous n'aurez jamais votre place. »


Paris, France – Champs-Elysées
Six ans plus tard

L’enfant trottine à côté de moi, il est occupé à jouer à notre nouveau jeu : celui d’essayer de ne pas marcher sur les lignes des dalles cimentées. Sa main est tendrement greffée à la mienne, s’accrochant comme si j’étais son unique univers, sa bouée de sauvetage. Pour l’instant, il est occupé à chantonner allègrement, continuant à sauter. Quant à moi, je l’observe d’un œil aimant, comme s’il était la plus belle des choses sur terre. C’est ce à quoi je pense constamment : il est mon souffle d’air frais, ma raison de vivre, mon oxygène. Il est ma raison de me lever tous les matins, d’affronter la difficulté du monde d’aujourd’hui, de me battre contre la vie et ses injustices. J’essaye juste de lui apporter un peu de douceur dans ce monde de brute, de combler les gouffres régnant déjà dans son petit cœur d’enfant, d’effacer la sensation de manque ressenti. Il est doté d’une intelligence que je juge hors norme, il a une grande beauté d’âme et de cœur et par-dessus tout, son cœur candide est capable de ressentir tant d’émotions pour un enfant de son âge. Avide de savoir, il est toujours désireux d’apprendre et depuis qu’il sait lire, il ne cesse de se réfugier dans le monde de la lecture, appréciant les histoires racontées le soir avant de dormir, lisant la poésie avec son innocence d’enfant, un sourire régnant sur son visage jusqu’à ce que l’incompréhension se manifeste par un froncement de sourcils. Les questions arrivent dans la foulée et j’essaye toujours de lui donner les meilleures explications possibles. Parfois, il comprend… Parfois, il lève un sourcil interrogateur me fixant comme si j’avais dit une énormité. Cet enfant est si intelligent, il est vital à mon existence comme je le suis pour la sienne. Ainsi est mon existence aujourd’hui, sur ma terre natale. Ma vie pour la sienne, ainsi je vis mon quotidien chaque jour. Nous sommes une équipe comme nous nous le disons souvent. Lui et moi, unis contre le monde entier. Et nous marchons tous les deux en direction de l’école. Il continue de chanter gaiement, des chansons que je lui apprends petit à petit, et je le laisse ainsi, j’aime l’idée qu’il cultive son imaginaire. C’est tellement important et il a tendance à me rappeler mes propres souvenirs de ma tendre enfance, quand j’étais capable de m’isoler dans mon coin, de m’armer d’une feuille et d’un stylo, de façonner un monde à mon image. Désormais, les choses ont bien changé. Le monde ne ressemble plus en rien à ce que je m’étais imaginé. Il est terne. La tristesse auréole une existence dans lequel ce petit garçon reste la seule lumière brillant dans l’obscurité de ma vie. Je m’accroche à lui autant qu’il s’accroche à moi.

Le rituel prend fin quand nous finissons devant le portail de l’école. Comme à chaque fois, je m’accroupis pour lui dire au revoir, vérifier qu’il a bien boutonné sa veste, que ses cheveux de couleur châtains, constamment en bataille, ne lui tombent pas devant les yeux. Son visage joufflu est auréolé de ses nombreuses tâches de rousseur, où trône une bouche mutine prête à rire à n’importe quel moment que de grands yeux bleus illuminent par leur éclat rieur. « Et t’oublie pas pour ce soir. Ce n’est pas moi qui te récupère hein.. » - « Oui, tu me l’as dit, c’est Audrey qui vient. » Il finit par froncer les sourcils, ajoutant « Dis… Tu crois qu’elle acceptera que je regarde un dessin animé après manger ? » Son air angélique me fait toujours fondre. Il a une manière bien à lui de me demander les choses. Ça me fait toujours sourire, et je résiste toujours difficilement. Je me suis toujours considérée comme un être faible vis-à-vis de lui, mais il est tellement gentil et tellement sage que lui dire oui n’est pas une horaire ou une tentative de le gâter jusqu’à ce qu’il en soit pourri. Au contraire, il a une intelligence de cœur que je retrouve tellement dans ce que j’ai été. Je passe ma main sur son visage « Mmmh… Je veux bien te dire oui… Mais à une condition… Que tu me fasses un câlin comme si tu voulais me casser en plein plein plein de morceaux ! » ça le fait gazouiller de rire et il se jette dans mes bras, me serrant aussi fort que ses petits mains le permettent. Je l’enlace, savourant l’odeur de son shampoing, de cet aura d’amour qu’il sait si bien transmettre. « Je t’aime maman. » Finit-il par me murmurer, d’une voix apaisée. « Et moi, je t’aime encore plus. On est une équipe, ne l'oublie jamais… » J’ajoute doucement avant de me détacher de lui, de me relever. Et après un dernier baiser, je le laisse entrer dans l’enceinte de l’école, observant sa silhouette fine. Il est déjà assez grand pour son âge et j’en suis certaine qu’il sera élancé. Un beau gosse comme dit si bien Molly. Oui, il en fera tomber des filles mais pour l’instant, il est encore petit et je reste, à ce jour, celle qu’il veut épouser comme il le dit si bien.

***

Armée de mon thermos empli de moka, je finis par arriver à mon travail. Le lieu est bruyant et je salue bon nombre de mes collègues. Tout le monde est en effervescence et pour cause, ce soir est organisé un gala où bon nombre d’auteurs sont attendus, tout comme d’éditeurs. Nous sommes à Paris, la capitale des mondanités et des lettres. Les plus grands auteurs sont français et comme je le dis si bien, Victor Hugo est français. Alors forcément, cet événement est attendu de tous et de toutes. Je suis chargée d’y assister avec mon patron. Cela fait six ans que je travaille ici. Après mes études, j’ai été embauchée en venant à Paris. La vie avait agi de façon à ce que je quittai Los Angeles, prenant toutes mes affaires et revenant en France. Je me suis installée dans l’appartement de mes parents et je me suis débrouillée comme je le pouvais, ignorant les lettres de recommandation faites durant mon séjour aux Etats-Unis. Je me suis battue bec et ongles, ça n’a jamais été facile. Juste armée de mon diplôme et de ma ténacité, j’ai commencé au bas de l’échelle et petit à petit, j’ai su trouver ma place. Finalement, j’occupe un poste assez important. Je donne les avals pour les lancements des impressions, j’édite les livres d’écrivains un peu « connus » que d’autre. Et surtout, j’essaye de trouver des accords et des partenariats avec des auteurs qui seraient, à notre sens, sage de faire paraître. Ainsi, mon boulot me demande du temps, de l’investissement. Âgée de trente ans, je ne suis qu’encore au début de ma carrière, je me dis qu’il y a encore beaucoup de choses à faire, de domaines à exploiter. Mais je me conforte à ce que j’ai. Mon fils est ma priorité. Je l’élève seule à défaut d’avoir un père dans son entourage. Heureusement, je ne suis pas seule. Je peux compter sur la famille de ma mère. Et puis, il y a Audrey, notre petite voisine de seize ans, elle s’occupe assez souvent de mon fils, allant le chercher à l’école assez régulièrement. Quand le travail est trop harassant, il m’arrive de la prévenir à la dernière minute. Mais ça ne la dérange pas : elle est parfaite et forcément, je la paye en conséquence. Chacun y trouve son équilibre.

Dans tout ce quotidien, j’en arrive à être pleinement heureuse. Les ravages des Etats-Unis ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Je me concentre uniquement sur mon travail et mon petit garçon âgé de six ans. « Ah Hélo, te voilà. » Me dit Marc, l’un de mes collègues de travail. « Il faudrait que tu jettes un œil sur cet ouvrage. Il y a la stagiaire qui est venue me voir. Elle s’en est occupée. Mais je ne sais pas ce que ce manuscrit faisait entre ses mains. Normalement, ça aurait dû passer par toi.  » Et effectivement, quand je jette un coup d’œil, et en lisant le nom de l’auteur, je ne peux m’empêcher de pâlir. « Ah oui, en effet. Il vaudrait mieux qu’il ne soit pas au courant qu’elle s’est occupée de lui. Elle n’a rien envoyé ? » - « Non, elle voulait mon aval avant. Heureusement qu’elle a eu la présence d’esprit de m’en parler. Elle ira loin cette petite. » Et je souris, bercée par les souvenirs d’une époque révolue, l’époque d’une innocence et d’une maladresse que l’âge a atténué. « Et dis-moi… » Je relève mon regard lorsqu’il se racle la gorge gêné. Ahh.. Je me raidis sur mon siège, le voyant arriver gros comme une maison. « Je sais que tu as ton petit à la maison… Mais, ça te dirait un de ces soirs… Qu’on aille dîner… Ensemble… ? » Je pousse un soupir, me tassant sur ma chaise. « Marc.. » Je commence à dire mais il me coupe la parole, agitant l’une de ses mains en signe rassurant « Non.. Non… je comprends que tu ne veuilles pas… Je ne veux pas te forcer, tu sais. Mais voilà… Enfin… Euh… » Je le sens gêné, ce qui m’arrache un sourire compatissant. « Ecoute… laisse-moi passer cette soirée, ce gala tout ça… Et je te promets que je prendrais le temps de réfléchir, ça te va ? » Je finis par dire, en rougissant, terriblement mal à l’aise. Mais c’est suffisant à ce qu’il soit rassuré. Et finalement, après quelques banalités échangées, mon collègue finit par partir, me laissant dans mon bureau. C’est l’esprit las que je me redresse de ma chaise et me dirige vers la grande baie vitrée se trouvant sur les Champs-Elysées. C’est une prestigieuse Maison d’Edition et c’est tout le confort d’un roi, bien différent de quand j’ai commencé au rez de chaussée, là où c’était franchement bruyant. Les choses changent. Le temps passe et peut-être que les blessures se guérissent avec le temps. Je n’en sais rien. J’ai toujours refusé les avances des hommes, préférant consacrer mon temps exclusivement à mon fils. Mais aujourd’hui, je me dis qu’il est peut-être temps de tourner les pages du livre, d’entamer un nouveau chapitre. Je voulais, à tout jamais, maintenir mon cœur fermé à autrui. Mais ça fait plus de six ans désormais… Peut-être qu’il est temps de passer à autre chose, d’offrir à mon fils la seule présence manquant à sa vie.

***

« Héloïse, vous êtes ravissante. » Me dit mon patron en me voyant arriver. Il faut dire que j’ai bien changé depuis mes années étudiantes. L’assurance réside dans ma posture. Mon sourire est grand et mes yeux sont rieurs. La naissance de mon petit garçon n’a jamais altéré ma silhouette qui est, de ce fait, toujours aussi longiligne. Je suis vêtue d’une robe descendant jusqu’à mi-cuisse, noire, sur des collants noirs et des chaussures de la même longueur. C’est une couleur que j’affectionne tant. Elle est passe-partout, et me permet de me fondre dans la masse. La seule chose ayant changé, depuis toutes ces années, ce sont mes cheveux, que j’ai fini par couper. Ils sont beaucoup moins longs qu’auparavant, en une coupe un peu plus sage qui fait plus « maman », bien que lorsque l’on me demande mon âge, les gens sont toujours surpris d’apprendre que j’ai passé le cap de la trentaine, que je suis mère d’un enfant étudiant à l’école primaire. Ils ont souvent l’air de croire que je suis âgée d’à peine vingt ans, qu’il pense que je suis juste étudiante. C’est flatteur en soi. Et pour ce soir, j’ai essayé de miser sur ce qui peut me vieillir. Il y a tant de grands auteurs. Et mon patron tient à tous me les présenter. Enroulant son bras autour du mien, en homme bienveillant à la soixantaine bien sonnée, il m’a pris sous son aile en finissant par découvrir ce dont j’étais capable au travail. Marié et sans enfants, il a été ému par mon histoire, par le fait que je suis arrivée en France, enceinte et pourtant avec la formidable envie d’en découdre. En ce sens, je n’ai jamais trahi sa confiance, je n’ai jamais accepté les offres concurrentes, me contentant de ce qu’il me donne déjà. Ainsi, je le suis, mon bras pris dans l’étau du sien, me contentant de sourire et de saluer les auteurs qu’il me présente. « Ah tenez, il y avait quelqu’un en particulier dont je voulais vous présenter. Pour l’instant, c’est en pourparlers, mais on envisageait de faire un partenariat entre nos maisons. Ce n’est pas officiel et vous êtes la première à en être informée, ma chère. »,Je l’écoute, l’air naïf, heureuse que de tels choses puissent se produire pour ma boite. « Vous attisez ma curiosité, Ernest. » J’éclate d’un petit rire, pendant que nous nous frayons un chemin parmi une foule compacte de gens. J’essaye de suivre mon patron, qui s’exclame soudain. « Ah vous voilà, mon ami. Permettez-moi de vous présenter la perle rare de ma Maison. Mademoiselle Bennett,… Voici Matthew McGregor… Vous le connaissez très certainement en tant qu’écrivain mais il est aussi le directeur d’une maison d’Edition, très connue en Amérique.  » Et là, je me sens presque défaillir bien que je tienne bon sur mes chaussures à talons. Je ne suis clairement pas prête et mes doigts se crispent sur la pochette en satin que je tiens dans mes mains. Mon sourire disparaît, mon regard perd son éclat. Et pourtant, j’essaye de rester digne « Ravie de faire votre connaissance... Monsieur McGregor. » Je tente bravement de dire en gardant de la dignité face à cet homme qui n’est autre que le père de mon unique enfant, ce qu’il ignore bien évidemment. La dernière fois que nous nous sommes vus fut témoin d'une nuit d'amour pour lui, d'une nuit d'adieu pour moi. Au petit matin, je l'ai quittée perdu dans son sommeil, et dans ce sourire qu'il avait, perdu au milieu de ses songes. Je suis partie avec une simple lettre d'adieu posée sur l'oreiller, sans même me douter à cet instant que je venais de tomber enceinte.
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Matthew McGregor
Admin prétentieux
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mer 18 Jan - 20:44

« Monsieur McGregor… ? » La voix était peu assurée, presque tremblante, déjà envahie d’une frayeur qui ne toucha guère l’éditeur. Ce dernier releva tout juste les yeux de ses papiers, bien trop absorbé par l’étude des multiples contrats qui étaient étalés sur son bureau. La stagiaire en question ne sut interpréter une telle attitude et resta plantée à l’entrée du bureau en se triturant maladroitement les mains. Agacé, il leva ses yeux clairs pour la fusiller du regard. « Eh bien, qu’y a-t-il ? » La jeune femme manqua de sursauter, plus que mal à l’aise. Matthew soupira longuement. Etait-il possible de se retrouver affublé d’une pareille cruche ?! Il n’avait qu’une envie, c’était de lui dire de dégager, mais il retint toute réplique cinglante. A la place, il la scruta froidement afin qu’elle ne crache le morceau. « Je suis désolée… j’avais peur de vous interrompre. Mais… j’ai votre billet d’avion pour ce soir. Vous partez à 19h12 et vous arriverez dans l’après-midi de demain à Paris. » Elle s’empressa d’aller déposer le billet sur le bureau de Matthew, s’éloignant aussitôt, à croire qu’il aurait pu lui jeter un mauvais sort entretemps. « Il y a aussi votre carton d’invitation pour la soirée. » Mais déjà, il ne l’écoutait plus. Reparti dans ses documents, il analysait chaque mot de ses prunelles perçantes. Néanmoins, il remarquait toujours la silhouette dans son champ de vision. « Vous comptez camper ici encore combien de temps ? Vous n'avez pas du travail ? » lui demanda-t-il sur un ton peu chaleureux. Il n’en fallut pas plus pour que la demoiselle détale à toute vitesse. Déjà, elle n’existait plus dans son univers. Il poursuivit son étude des contrats avec attention. Depuis les dernières années, la maison d’édition n’avait cessé de connaître une expansion phénoménale, jusqu’à détenir les plus grosses parts de marché de Californie. Matthew pouvait se targuer d’être l’unique à pouvoir retirer tous les lauriers d’une telle notoriété. Trois ans auparavant, son père était tombé gravement malade, forçant son fils à reprendre les commandes complètes de la maison d’édition. De quoi accaparer tout son temps et toute son énergie, mais il ne s’en était jamais plaint. L’édition, les affaires et l’écriture étaient dans ses veines. Du moins, il était né pour cela, et le jeune homme avait cessé de se poser des questions depuis bien longtemps. Reprenant le contrôle total des affaires, il s’était imposé en nouveau grand patron. S’il gérait les affaires d’une main de fer, l’entreprise n’avait pas à s’en plaindre. Par bien des aspects, l’auteur s’imposait en digne héritier de son père. Il avait su asseoir sa place dans un univers qui était sans pitié et il en était fier. Vide, mais fier. Et puis finalement, les parts entières de la maison d’édition lui étaient revenues au décès de son père, quelques mois auparavant. Il aurait pu pleurer sa mort, mais il en était tout juste chagriné. A vrai dire, il était pleinement un homme désormais, et à la tête d’un des plus gros business de Los Angeles. Son temps, il ne le plaignait pas. Ses heures de travail non plus. Il s’était jeté corps et âme dans ce qu’il aimait le plus en ce monde. En ce qui lui restait encore. Et son univers, il souhaitait l’étendre au-delà des frontières de l’Amérique. Il voulait voir toujours plus loin, toujours plus grand. Seul détenteur des rennes de la maison d’édition, il prenait des risques que son père n’avait jamais osé auparavant. Jusqu’ici, ils s’étaient tous démontrés payant, affirmant la place de l’héritier McGregor. Son père avait pu mourir en homme heureux. Son voyage à Paris ne devait rien au hasard. Voilà depuis quelques temps qu’il était en pour-parler avec une maison d’édition française réputée pour former un éventuel partenariat. Il était dans la nature de Matthew d’étudier toutes les informations qui lui étaient présentées, d’analyser les intérêts qu’une telle alliance pourrait apporter aux éditions McGregor, et plus que tout, les bénéfices qui seraient les siens. Il ne laissait rien au hasard, et un déplacement pour traiter de l’affaire en cours lui paraissait essentiel. Dans quelques heures, il décollerait pour Paris, prêt à se présenter demain soir à un énième cocktail guindé, superficiel et empli d’artifices. Mais c’était ainsi. C’était son monde. Plein d’illusions, plein de chimères et de mirages, plein de faux-semblants. La moindre étincelle de vérité l’avait quitté pour en faire un être austère et implacable. Néanmoins, il appréciait sa vie ainsi. Il n’avait rien à en redire. A ses yeux désillusionnés, elle était parfaite. Sa seule vie qu’il avait fini par rêver. Car un rêve qui se brise est le pire des mal.

Dix-sept heures trente sonnait à peine qu’il était déjà en train de rassembler ses affaires. Il avait commandé un taxi qui était allé directement chercher ses valises chez lui avant de passer par la maison d’édition. Il n’avait plus qu’à prendre le taxi pour atterrir à l’aéroport et prendre son vol. Il rassemblait consciencieusement les contrats et les dossiers dans des pochettes quand une main toqua lestement à la porte de son bureau. Il n’eut pas à répondre pour que la personne ouvre la porte sans attendre de réponse. Un léger sourire apparut sur les lèvres de l’éditeur quand il aperçut la belle dame en question. Cette dernière referma la porte derrière elle avec un sourire mutin. « Tu ne croyais tout de même pas que j’allais laisser mon mari partir sans même lui dire au revoir ? » Oh non, il ne pouvait pas croire cela d’elle. Elle s’approcha de sa démarche gracile pour venir capturer les lèvres de son époux. « Je n’aurai jamais pu penser une telle chose de toi, Madame McGregor. » Elle laissa échapper un petit rire avant d’enlacer le corps de Matthew tendrement. « Tu vas à Paris… je suis si jalouse. Pourquoi ne pourrais-tu pas m’emmener avec toi ? Après tout, ce n’est pas la capitale des amoureux ? » Si bien sûr, elle l’était. Mais est-ce que cela représentait véritablement leur couple ? Il n’aurait su le dire. « Je n’y vais pas pour faire du tourisme, mon chérie. Ce ne sera qu’un incessant défilé de papiers, de contrats et rendez-vous plus pompeux les uns que les autres. Tu t’ennuierais, je te connais suffisamment pour te le prédire. » Elle n’était pas capable de rester trop longtemps seul. Même s’il était un patron très occupé, il aurait eu tort d’en délaisser sa femme pour autant, si exigeante. Cette dernière fit la moue. « Eh bien très bien, je resterai à Los Angeles… seule… » L’auteur s’amusa de sa comédie. « Jane… » la sermonna-t-il d’un air faussement courroucé en enfouissant encore quelques dossiers dans son cartable. Finalement, ces deux-là s’étaient mariés. Pour le meilleur et pour le pire ? Plus ou moins. Disons que les deux avaient su trouver un arrangement profitable à leur union. Matthew avait pu redorer le blason de la famille McGregor, et Jane avait retrouvé sa vie d’avant et son rang. Il n’y eut que des avantages à leur mariage, et par habitude sûrement, ils s’en accommodaient assez bien. Au milieu des champs de ruines, ils étaient parvenus à bâtir autre chose. Pas forcément beau, pas forcément sincère, mais suffisamment solide pour que le maître mot de leur mariage soit la sécurité. Avec le temps, l’amour s’était instauré une place discrète. Parce qu’ils n’avaient pas le choix. Parce que c’était sûrement plus pratique ainsi. Parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire pour eux. « Je serai rentré avant la fin de la semaine. Tu ne te rendras même pas compte de mon absence. » Il s’approcha d’elle pour déposer un baiser sur ses lèvres, puis un autre et encore un autre. A force, elle s’arrêta de bouder, préférant offrir à leur au revoir une issue plus douce.

Durant les longues heures d’avion, il ne cessa d’alterner entre ses lectures de contrats, répondre à ses mails importants et dormir un peu pour être en forme pour la réception de demain soir. Jane l’avait accompagné jusqu’à l’aéroport en début de soirée où il l’avait délaissée pour prendre son avion. Il atterrirait en début d’après-midi, lui laissant le temps de se poser un peu avant d’attaquer la longue soirée qui l’attendait. Ainsi, il somnola une longue partie du trajet, fourmillant de mille idées concernant ce partenariat éditorial, et songeant de plus en plus que ce ne pouvait qu’être entièrement bénéfique pour l’entreprise. Bien entendu, Matthew n’en était pas arrivé à ce constat tout seul. Bien qu’il aimait être l’unique à prendre les décisions, son équipe qu’il avait soigneusement sélectionnée autour de lui le conseillait intelligemment. Pour ainsi dire, c’était presque dans la poche. Alors quand il posa le pied à Paris, il n’envisagea plus ce voyage que comme une formalité. Jane ne resterait pas seule bien longtemps. Il comptait signer ce contrat et affirmer sa volonté d’étendre ses parts de marché jusqu’en France. Confiant, il débarqua de la sorte dans la grande capitale française. Un taxi l’attendait déjà pour le mener à sa chambre d’hôtel. Sa stagiaire avait beau être une gourde, elle était malgré tout parvenue à lui organiser un voyage sans faute. Du moins, pour l’instant. Mais son monstrueux patron s’était montré suffisamment menaçant pour qu’elle ne commette par le moindre impair. Une fois dans sa chambre, il put souffler et il se reposa de ce long trajet qui l’avait engourdi plus que de raison. Toutefois, après vingt minutes à rester allongé, il ne put tenir en place plus longtemps. Il s’aventura dans les rues de Paris, ayant du temps devant lui. Depuis combien de temps n’avait-il pas pu profiter d’une simple balade ? Ces bonheurs uniques, il les avait oubliés, et durant un court instant de grâce, il s’en délecta avec délice. La ville pullulait de cette masse qui s’agitait dans tous les sens, qui courait à droite et à gauche, tandis qu’il marchait tranquillement. Il eut la sensation d’être à contrecourant, mais retrouvant malgré tout une part enfouie de lui-même. Jusqu’à ce que tout s’évanouisse en un souffle de vent. Une silhouette. Un mirage. Un fantôme. Durant un court instant, il crut que c’était elle. Son souffle de vie, sa destinée, son âme et son cœur. Tout ce qu’elle avait emporté avec elle ce fameux matin. Pourtant, la terre ne s’était pas arrêtée de tourner. Le soleil avait continué sa course folle, entraînant Matthew dans son sillage. La vie avait repris sa route, et lui avec. Mais avec un trou béant que la moindre des ivresses ne pouvait combler. Et l’espace d’un instant, il crut voir cette douce parenthèse de son existence. Jusqu’à ce que tout ne chute. Jusqu’à ce que la nuit ne couvre son monde. Mais la nuit, même les démons dansent…

***

« Monsieur McGregor, c’est un honneur de vous recevoir parmi nous ! » L’accueil ne pouvait être plus chaleureux de la part de son hôte qui reconnaissait là le grand auteur et l’éditeur si réputé depuis quelques années. Cet homme, féru de littérature et grand mécène de son époque, se plaisait à organiser chaque soirée une réception mondaine à l’approche du Salon du Livre de Paris où se regroupaient les auteurs les plus en vogue des dernières années et les gros éditeurs. Tout n’était qu’une suite de discussion mondaine, de coupes de champagne et tout déviait pratiquement vers les affaires. Ce n’était pas la première fois que Matthew se rendait dans ce genre de soirée. Autrefois, il y allait pour représenter son père et les éditions McGregor. Puis avec le temps, son désintérêt avait fini par être total, toutefois, cette année, il avait toutes les raisons de se rendre ici pour peaufiner les détails de ce partenariat alléchant. Son regard engloba la salle pour trouver le fameux Ernest avec qui il avait été en contact, mais il ne le trouva pas. Sirotant tranquillement une coupe de champagne, il se laissa alpaguer par toutes ces têtes connues qui le reconnaissaient assurément. Le temps passa sûrement trop lentement. Masquant un ennui mortel, il arborait cette même fausse expression qui était peinte sur le visage de tous. Dans le fond, il était devenu comme eux. Plus rien ne l’avait empêché d’être ce qu’il était censé devenir de naissance. Il avait perdu l’unique raison qui lui permettait encore de se battre. « Ah vous voilà, mon ami. » Il se retourna, conscient que l’homme en question s’adressait à lui. Il reconnut cette voix qu’il avait eue mainte fois au téléphone. Il sourit en voyant approcher Ernest, tendant la main pour serrer la sienne, quand il la vit. Illusion ou chimère… Il ne sut dire s’il se retrouvait face à une pure création de son esprit ou si l’univers entier était contre lui. Il entendait la voix de loin, mais il ne percevait qu’un seul mot. Bennett. La seule. L’unique. Cette fameuse perle rare… Non, ce n’était pas celle de cette maison d’édition. C’était la sienne. C’était sa perle rare à lui. Autrefois. Il ne parvint pas à savoir ce qu’il ressentit en ayant désormais pleinement conscience qu’elle se retrouvait en face de lui. Il avait la sensation d’être vide de toutes émotions, de toutes expressions. Sûrement l’était-il. Il se contentait de la jauger. Elle n’avait pas changé. Ou alors si, un peu. Il n’aurait su le dire. Il en gardait un souvenir si intact qu’il se sentait si troublé devant cette apparition irréelle. Elle était son étudiante, sa stagiaire, sa petite ingénue, sa délivrance, son plus grand mal. Son cœur battait tellement plus fort, sans qu’il n’en laisse rien paraître. Il refusait toutes ces émotions qui se battaient avec fureur dans sa poitrine. Le chagrin, l’incompréhension, toutes ces semaines de lutte pour la chercher jusqu’à finalement baisser les armes. Et six ans plus tard, elle se trouvait face à lui. Il se sentait comme un idiot. Comme s’il l’avait eue sous le nez depuis toujours sans parvenir à la voir. Soudain, ce fut une colère malsaine qui s’insinua dans son esprit. Il ne la désirait pas, mais il ne pouvait pas s’en empêcher. « Certainement pas aussi ravi que moi. » Après avoir serré la main d’Ernest, il passa à celle d’Héloïse. Il ressentit cette légère hésitation dans son mouvement, mais il força cette étreinte. Sa main saisit la sienne, sans doute un peu trop fort, un peu trop violement. Il était en colère sans parvenir à déterminer contre quoi, ou contre qui. Il délaissa cette main qu’il avait caressée avec tant d’affection autrefois, qu’il avait chérie et qu’il aurait aimé être sienne. « Monsieur Pelletier, c’est un plaisir de vous revoir en tout cas. » Il n’en était pas moins sincère. Cet homme faisait parti de ceux qu’il appréciait fortement dans ce monde où ils étaient constamment sans pitié. « Le sentiment est partagé, Monsieur McGregor. Votre femme n’est pas avec vous ? » Matthew se retint de jeter un coup d’œil du côté d’Héloïse. Juste pour voir comment elle allait réagir, juste pour voir ce que ça pourrait lui faire. Il avait ce besoin malsain de vouloir qu’elle souffre aussi, sans même savoir si elle pourrait encore être affectée par quoi que ce soit. Après tout, c’était elle qui était partie. « Non, elle est restée à Los Angeles. Au milieu de contrats en tout genre, je craignais qu’elle ne s’ennuie trop. » Ce qui aurait sans doute été le cas. Jane aimait la fête, le mouvement et rire. Elle appréciait les soirées mondaines, mais dès que cela touchait au professionnel, elle marquait fortement son mécontentement. Autant qu’elle reste à Los Angeles pour quelques jours. D'autant plus si Héloïse se trouvait dans les parages. Tandis que Monsieur Pelletier continuait à lui parler et que Matthew lui offrait des micro-réponses, son regard perçant ne cessait de détailler Héloïse sous toutes les coutures. Et plus il la contemplait, plus il la détestait jusqu’à vouloir la torturer, encore et encore sous le poids de ses regards. « Mademoiselle… Bennett, c’est bien cela ? » Il jouait au plus idiot. A ce jeu, il pouvait se révéler être un prodige. « Monsieur Pelletier m’avait cachée votre existence au sein de sa maison d’édition, mais s’il vous décrit comme sa perle rare, je suppose que je peux aisément le comprendre. Quand on trouve un tel trésor, on voudrait jalousement le garder pour soi. » Tout comme il avait voulu jalousement la garder pour lui. Jusqu’à ce qu’elle s’enfuit. Pourquoi ? Pour quels motifs ? A quelle fin ? Ces questions l’avaient rendu fou si longtemps. « Vous appartenez à cette maison d’édition depuis longtemps ? Je suppose que vous devez être au courant de la future alliance entre nos deux maisons, autrement, vous ne seriez pas là. Dîtes-moi, mademoiselle Bennett, qu’en pensez-vous ? Je rêve d'avoir votre avis. » Es-tu prête à me revoir dans ta vie après m’avoir autant fui ?
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mer 18 Jan - 23:15

Six ans après, les émotions diverses et variées reviennent au galop. Le cœur s’emballe un peu trop. L’air vient à me manquer. J’aurais pu presque pu en tomber à la renverse. Tout se fige en moi de façon brutale. Je ne suis clairement pas prête à une telle rencontre. Revoir Matthew, ici même. Au milieu de ce beau monde, alors que je suis en plein travail, que je pensais mon esprit uniquement centré sur les objectifs de ce soir, sur les partenariats à accepter. Voilà qu’il s’en détourne complètement et je me laisse envahir par ces sentiments néfastes. Le chagrin. Le manque. L’injustice. Les souvenirs reviennent au grand galop, me ramenant à cette époque ô combien douloureuse. J’y ai vécu tant de bonheur malgré tout. A l’époque, je n’étais qu’une étudiante pleine de rêve et d’espoir, je voyais l’avenir comme une belle image qu’il fallait à tout prix enjoliver. Je rêvais d’un monde meilleur. Les gens me disaient naïve mais emplie de bonté envers les autres. J’avais tellement foi en l’humain, en celui qui nous accompagnait tous les jours. J’étais tellement heureuse et de ce bonheur, on a fini par me l’arracher, par le déchirer en un milliard de morceaux. J’avais pris conscience de cette vision tronquée, de ces erreurs de jugement. L’humain était mauvais. J’avais eu tout faux. De ma vie en ruines, de mes larmes ayant trop de fois coulées, je me suis reconstruite comme je le pouvais. Je ne suis clairement pas prête à revoir Matthew ce soir. Si j’avais su qu’il venait, j’aurais fait en sorte d’annuler, de déclarer une absence de nounou pour mon petit. Mais en aucun cas, j’aurais fait office de présence. C’est bien trop douloureux. Le cœur au bord des lèvres, j’essaye de rester stoïque, de ne pas montrer combien sa présence me fait mal, combien elle me brûle par des flammes glaciales régnant autour de mon cœur. Le sourire a disparu, mais s’il y a six ans, j’aurais très certainement tourné les talons ou me serait effondrée, là, avec le recul de l’âge, je me contente d’être polie devant mon patron. D’une expression dénuée de chaleur ou de sourire, je me contente d’utiliser les formules d’usage. Bien sûr que non je ne suis pas ravie de faire sa connaissance, ni même de le voir. Sa voix me salue avec autant de froideur qu’un iceberg. Mais il n’en demeure pas moins poli, me tendant la main. J’hésite à la lui serrer, me disant que ce serait très malvenu de ne pas serrer la main à un grand auteur. Mon patron ne le tolèrerait sans doute. Aussi, moi qui d’ordinaire ait une poigne ferme, approche ma main, laissant glisser mes doigts dans une caresse fuyarde. Le simple contact avec sa peau suffit à m’électriser, me faisant me raidir comme si je venais de me prendre le courant. Ce qui me fait le plus mal, c’est la forte pression qu’il exerce, témoignant le ressenti qu’il doit sans doute éprouver à mon égard. A vrai dire, que peut-il réellement ressentir en revoyant son ancienne petite amie partie du jour au lendemain, sans explication orale, juste une lettre posée sur un oreiller et pourtant, une histoire marchant si bien ? Je peux tellement comprendre ce qu’il a pu ressentir il y a six ans, j’ai tant de fois imaginé sa réaction, sa tristesse. L’avenir nous appartenait… Et pourtant, nous sommes là, ce soir, à nous fixer comme deux étrangers, tels deux chiens d’attaque se trouvant dans une arène, prêts à sauter à la gorge l’un de l’autre. J’ai presque envie de lui demander ce qu’il fiche aussi mais il se désintéresse de moi pour parler à mon patron. De nouveau, je ressens un frisson parcourir ma colonne en entendant sa voix. Cette voix que j’ai tant chéri… Cette voix que j’ai tant aimée… Cette voix avec ce petit accent British ayant toujours su me faire craquer… Désormais, je réalise combien j’ai été stupide de venir ici. Franchement, je pensais tellement que la distance ferait en sorte que nous ne nous croisions jamais. Des maisons d’Edition, il y en a des tonnes. Et qui plus est, il est en Amérique et moi, en France. J’ai toujours fait en sorte de demander à mon entourage dans la confidence de mon départ précipité, de ne jamais révéler où j’étais partie. C’était capital pour que je puisse tenir, pour que je laisse le temps faire son œuvre.  Ce qu’il y a, pourtant, de plus terrible ce soir, c’est que ce fameux temps n’a rien fait… J’ai l’impression d’être au même stade, sentant mon cœur battre la chamade face à cet homme, seul capable de le faire.

La voix de mon patron me semble être un écho. J’essaye de revenir dans la conversation, en refusant de contempler son visage. Je préfère le détailler de haut en bas, sans franchir la limite. Il a toujours autant de classe, habillé de cette façon que j’ai toujours aimée. C’est au moment où je finis par repérer l’alliance à sa main gauche, que j’entends Ernest parlait de sa … Femme. Immédiatement, mon visage se redresse pour observer le visage de Matthew. Ainsi, il… Il est marié. J’accuse le coup, en me disant que si ça continue, je vais franchement me sentir mal, tomber dans les pommes. La souffrance irradie en moi. Je me dis que je ne suis pas normale. Après tout, que pouvais-je espérer de lui ? Qu’il soit toujours amoureux de moi ? Qu’il soit un éternel célibataire ? Je l’ai quitté de la pire des manières, je lui ai fait du mal, à un niveau bien au-delà de ce que son ex, Jane, a pu faire. Surtout après tout cet amour… Après toutes ces promesses de veiller l’un sur l’autre, pour l’éternité. A quoi aurais-je pu m’attendre si ce n’est de ressentir une profonde jalousie. Mais si j’en ressens la rancœur et la tristesse, je me garde bien de le lui montrer. Je prends sur moi, m’armant de courage et lorsqu’il confirme que sa femme allait certainement s’ennuyer, je me contente de lui sourire, pendant que mon patron en rit franchement, attendri par ces mots. J’ai tellement envie de m’en aller loin de là. Et je m’apprête à me détacher de mon patron lorsque Matthew m’interpelle par mon nom de famille. Je fronce les sourcils me demande ce qu’il va bien pouvoir me dire. Je n’aime pas son regard. Je n’aime pas le ton de sa voix. Ça passe pourtant si bien vis à vis des autres. Mais je l’ai connu, par cœur, en entier et sans artifice. Je l’ai découvert dans chaque petit détail, sans aucune pudeur, jusqu’à me perdre complètement. Et de cette histoire, il évident que je ne m’en suis jamais remise. Je n’en remettrais jamais… Aussi, je suis au supplice à l’entendre me parler, essayant de ne pas tenir compte de ses accusations muettes. J’essaye de tenir bon, mais il n’en a pas fini avec moi, car vient ensuite les questions. Cependant, je ne suis pas forte. Je me suis endurcie c’est vrai. Mais Matthew c’est Matthew. C’est ce poison circulant dans mes veines, cette chimère me pourrissant la vie. Je n’ai jamais réussi à l’oublier. Tout a été prétexte pour ne pas le plonger dans l’oubli, pour cultiver son souvenir. D’une part, je le retrouve au travers des expressions de mon fils, ses mimiques, sa façon de parler et de se mouvoir. Et puis, il y a le fait de bosser dans une maison d’édition, je ne peux en aucun cas oublier ce que j’ai vécu à Los Angeles. Tout comme je ne peux oublier qu’il a été ma première et unique histoire d’amour. Je n’arrive pas à passer le cap. Il est mon point faible et le retrouver, ce soir, en face de moi, c’est si difficile. Je ne tiendrais pas longtemps. « Six ans… ça fait six ans que j’ai l’immense joie de travailler avec Ernest. » Je finis par dire, en esquissant un sourire. La main libre de mon patron serre la mienne d’un geste tendre. « Et je n’étais pas du tout au  courant d’un tel partenariat… C’est… La surprise. » Oui, une très mauvaise surprise. Me dire que je dois travailler avec Matthew, me semble trop dur. Une boule se forme dans ma gorge. Je suis tellement à deux doigts de ne plus rien gérer. « Mais j’ose espérer que tout se passera bien. » Ce à quoi Ernest ne manque pas d’ajouter d’un ton jovial. « Et puis, qui plus est, vous avez vécu de longues années aux États-Unis, ça vous rappellerait de bons souvenirs. Et je tiendrais à ce que vous vous en occupiez personnellement. » Et soudain, ça en est trop. Des bons souvenirs ? Mais il y en a des tas, des moments merveilleux qui furent les plus beaux instants de ma vie. Je ne pensais pas que tout virerait ainsi. Mon visage se décompose et je finis par me bredouiller : « Euh… Je… Ce sera avec plaisir. » Mon regard finit par croiser celui de Matthew et ça en est trop pour moi. Je ne suis pas ces natures froides. Je réagis mal à l’agressivité des gens, à leur froideur. Et finalement, alors que je suis à deux doigts de m’effondrer, je me tourne vers Ernest, me penche discrètement pour lui murmurer à voix basse : « Je dois aller passer un coup de fil à Audrey. J’aimerais savoir si tout se passe bien. » Il connaît bien la nounou de mon fils et de ce fait, il n’a qu’un sourire bienveillant pour moi « Prenez votre temps ma chère. Nous avons toute la soirée ! » Je lui souris, me risque un coup d’œil à mon ex petit ami, ajoutant très sobrement « Monsieur McGregor… » Et sur ces mots, je tourne les talons.

Je ne fais pas trop attention à où je me dirige, je finis cependant par être accaparée par quelques auteurs que j’édite. Ces derniers m’engagent dans leur conversation et j’essaye tant bien que mal de m’intégrer mais c’est compliqué. Je lutte pendant un bon quart d’heure avant de m’octroyer une pause, me disant que sur la terrasse, à l’air libre, ce sera mieux. Grossière erreur, il fait un froid de canard et qui plus est, le lieu n’est pas désert mais je suis tellement au bout de ma vie que je ne m’en rends pas réellement compte. Mais qu’importe, j’ai besoin de vide, de calme quand dedans, tout s’agite. Pourquoi il est là… J’ai presque envie de me mettre à pleurer, me sentant redevenir la petite étudiante toute fragile, ayant peur de tant de choses. Je farfouille dans ma pochette et en extirpe mon téléphone, appelant le numéro fixe. Audrey vérifie toujours qui appelle et quand c’est mon numéro s’affichant, elle donne l’autorisation à mon fils de décrocher. « Mamaaaaaaaan» La voix hurlante de mon fils m’arrache un  sourire « Mon amour, comment vas-tu ? » - « Bah ça va bien. Avec Audrey, on a fini de manger et là, on est en train de faire un château avec des cartes. Mais c’est dur maman. Ça ne tient pas…Audrey, elle arrive à aligner plein de cartes… Mais moi la première ne tient pas. » Entendre ma voix me fait du bien, ça éloigne la souffrance d’avoir revu son père. Mon visage s’attendrit doucement  « Ooooh… Mon petit cœur… Si tu veux, on essayera ensemble. Peut-être qu’on arrivera mieux. » - « Oh oui !!!! Tu rentres quand ? » - « Je ne sais pas, bientôt très probablement.. » Je l’entends souffler. « Je vais très vite rentrer, je te le promets. » Je sens mon cœur se contracter doucement et finalement, il suffit de si peu pour que mon cœur s’inonde d’une tendresse infinie pour cet enfant « J’ai hâte maman que tu reviennes. Je t’aime. » Je ferme les yeux un instant, sentznt mes entrailles se tordre et j’ajoute doucement « Je t’aime, tu me manques. » Et je raccroche, fixant l’écran de mon téléphone. C’est à ce moment que je réalise que je ne suis pas seule. Il y a Matthew, dans un coin et je n’ai même pas fait attention. Je sursaute en poussant un petit glapissement. Le malaise me gagne très vite. « Tu…  » Mais je me tais, bien vite. Que pourrais-je lui dire ? Et dire qu’avec lui, j’ai toujours su parler, dire ce que je pensais, trouver les mots qu’il lui fallait. Voilà que je suis muette. « Je suis surprise de te voir, Matthew. Sincèrement. » Je finis par murmurer, d’une voix tremblante. J’ai l’impression de me retrouver au début de notre rencontre, à ce moment où il me paraissait intimidant, où il me terrorisait. Les choses ont bien changé et finalement, mon regard se durcit un peu. J’ose lui dire le fond de ma pensée. Ma voix se voile légèrement d’un ton de reproche.  « Mais faire ce que tu fais devant mon patron… C’est… pas très professionnel… » Je me risque à dire. Si l’on doit être amené à travailler ensemble, alors j’espère juste qu’on saura, au moins, se montrer adulte. Je finis par soupirer le cœur au bord des lèvres, avec la sensation que je vais probablement exploser. « Sommes-nous obligés d’être si froids et si cruels l’un envers l’autre ? Sincèrement… C’était il y a six ans… »

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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Jeu 19 Jan - 23:38

Il croyait encore à peine à l’apparition d’Héloïse devant ses yeux. Il craignait que ce ne soit une création de son esprit, une douce chimère que la France lui rappelait. Pourtant, il ne pouvait ignorer cette colère qui rongeait chaque fibre de son être, ce feu qui le consumait tout entier, la douleur qui continuait de malmener son âme. Six ans s’étaient écoulés sans que la souffrance ne se dissipe. Avec le temps, elle était devenue moins vive, mais rien n’aurait pu la faire disparaître complètement. De la pire des manières, Héloïse lui avait fait bien plus de mal que Jane l’avait fait des années auparavant. Sans doute était-ce pour cela qu’il était parvenu à trouver un peu de pardon dans son cœur. Ou bien s’était-il tout bonnement résigné. De la fuite de sa première fiancée, il avait vécu des heures atroces, mais il savait pourquoi il souffrait. Elle s’était échappée avec un autre homme, son meilleur ami de surcroît, délaissant complètement Matthew. La chute avait été dure, mais au moins, il en connaissait la raison. Jane ne lui avait fait aucune promesse, hormis d’accepter sa demande en mariage. D’une certaine manière, c’était presque comme s’il ne pouvait pas lui en vouloir. Mais avec celle qu’il avait véritablement aimée, il n’y avait eu aucun signe, aucune raison. L’incompréhension l’avait rongé jusqu’à manquer de le rendre totalement fou. Héloïse l’avait conforté de mille promesses. Ensemble, ils avaient dessiné un avenir radieux où ils seraient toujours là l’un pour l’autre. Il pensait qu’il avait trouvé enfin celle qui serait à jamais la femme de ses jours. Elle était si différente des autres. Si innocente, si enthousiaste, si naturelle et si belle. Elle ne se donnait aucun genre, bien trop occupée à devenir elle-même. Il avait appris à aimer la sincérité de ses regards. Il avait appris à vibrer de l’intensité de ses mots. Il avait appris à chérir jusqu’à en mourir une âme si belle et discrète. Elle était bien plus que ce qu’il n’aurait pu imaginer. Leurs âmes ne faisaient qu’une, s’alliant dans la plus parfaite des harmonies. Elle était celle qui était en train de le changer, de le rendre meilleur en lui rappelant qui il était autrefois. Héloïse avait été tant de choses. Matthew pouvait encore citer mot pour mot les promesses à l’apparence si sincère de sa stagiaire, comme on pourrait réciter un poème. Il se souvenait des émois de son cœur dès qu’il voyait poindre un sourire sur ses lèvres. Il entendait encore ce rire, tintant comme deux joyaux, qui éclatait et qu’il se plaisait à écouter encore et encore. Ils auraient dû être heureux. Ils auraient dû être invincibles. Il l’aimait. Il lui faisait confiance. Mais elle était partie. Sans un mot. Sans une larme. Elle n’avait laissé dans son sillage qu’une lettre que Matthew avait préféré jeter, comme pour éloigner la vérité. Des semaines durant, il n’avait pu croire à un tel départ. Son esprit ne l’acceptait pas. La lettre d’Héloïse s’était perdue dans les méandres de sa mémoire. Il n’en croyait aucun mot, aucune syllabe, aucune virgule, aucun soupir. Il avait presque la sensation que cette lettre n’était pas écrite de sa main, que c’était les mots d’un autre qui y étaient inscrits. Alors il l’avait cherchée. Il s’était échiné, épuisé, détruit à tenter de la retrouver pour obtenir une explication, juste un signe qui pourrait lui permettre de comprendre ce terrible mystère. Mais il ne l’avait jamais retrouvée. Il n’avait jamais pu lui reparler. Ni même goûter à ses lèvres. Ni même contempler la lueur étincelante de ses prunelles. Ni même entendre son rire résonner encore. Ni même lui dire qu’il l’aimait comme un fou et à jamais, malgré ce qu’elle avait fait, malgré ce qu’elle avait dit. Ni même lui dire simplement qu’elle lui manquait terriblement. En partant, elle avait emporté avec elle le cœur, l’âme, l’esprit, l’espoir et l’univers entier de Matthew. A trop chercher, il s’était perdu lui-même jusqu’à renoncer. Quelquefois, il s’en voulait encore de ne pas avoir cherché plus, de ne pas avoir soulevé le monde pour la retrouver. Après tout… ne lui avait-il pas promis à son tour qu’il ferait tout pour elle ? Mais, et si elle ne voulait pas être retrouvée ? Si elle était partie avec des raisons bien précises ? Et s’il était l’unique raison qui l’avait fait partir ? A des heures bien plus sombres, il se rappelait toutes ces fois où il l’avait contemplée à la dérobée, songeant qu’il ne la méritait pas. Qu’elle était bien trop belle pour être réelle. Bien trop bonne pour être avec un être tel que lui. Égoïstement, il n’avait jamais pu la quitter malgré tout, tout en sachant au fond de lui qu’elle aurait pu espérer mieux. Mais le destin avait décidé à sa place. De ses armes cruelles, il les avait séparés. Et ces deux âmes qui semblaient si bien imbriquées ensemble s’étaient désarticulées, perdant leur jumelle. Ce matin-là, Matthew avait perdu sa raison de vivre.

« Six ans… ça fait six ans que j’ai l’immense joie de travailler avec Ernest. » Matthew sentit à peine les restes de son cœur s’effriter. Il restait imperturbable, ne montrant pas la fureur qui l’agitait. Six ans qu’elle l’avait quittée. Six ans qu’elle travaillait en France. Dans l’édition. Toujours. S’était-elle trouvée un contrat plus alléchant ? Avait-elle fui par pure ambition ? Il n’osait y croire, mais il craignait de ne plus reconnaître la jeune femme qui se trouvait devant ses yeux. Il continua de l’observer froidement, détaillant chacune de ses réactions. L’initiative même qu’elle l’ignore l’avait mis dans une rage qu’il contrôlait difficilement. Par chance, il maîtrisait suffisamment bien l’art de l’artifice et de l’artificiel. Il en était presque le maître. Elle était donc ignorante de ce partenariat, espérant que tout se passerait au mieux. Evidemment qu’elle n’était pas au courant. Sinon, elle se serait enfuie encore plus loin pour être certaine de ne jamais croiser la route de l’écrivain. Cette idée alimentait un peu plus sa colère et sa douleur. Buvant une gorgée de sa coupe de champagne, il observa avec attention les interactions entre le patron et son employée. Il regardait ce qu’il avait sous les yeux avec la jalousie d’un enfant. Tout ce qu’il possédait, il aurait dû l’avoir. Héloïse aurait dû être sa collaboratrice. Lors de cette soirée, cette dernière aurait dû être à son bras, et non à celui d’Ernest. D’ailleurs, il évoqua l’idée que la brunette puisse se charger elle-même du partenariat entre les deux maisons, la renvoyant à Los Angeles. Le cœur de Matthew fit un bond dans sa poitrine en même temps qu’il masquait un sourire sarcastique. Au fond de lui, il souhaitait qu’elle n’accepte pas. A l’expression de son visage, il comprit qu’elle n’en avait pas plus envie que lui. Après tout, il était devenu sa bête noire. A mesure que les secondes s’étalaient, Matthew pouvait déceler chez Héloïse une faiblesse qui avait mis du temps à se montrer. Si autrefois, elle n’aurait pu supporter une telle situation, il était surpris qu’elle tienne bon aussi longtemps. Qu’était-elle devenue à présent ? Pourquoi ne voyait-il plus luire l’éclat dans ses prunelles ? Était-ce lui qui l’avait gâchée au final ? Mais elle ne fut pas aussi infaillible qu’il le pensait. Il connaissait trop ses expressions pour ne pas comprendre que la vague de sentiments qui se démenait en elle était en train de la submerger. Bientôt, elle allait perdre pied. Aussi, elle se déroba à leurs présences. Tout le long où il l’eut encore dans son champ de vision, il suivit sa silhouette sans jamais ciller. Si elle croyait qu’elle pourrait s’en sortir avec un tour de passe-passe, elle vivait encore d’illusions et de chimères. Néanmoins, il ne la suivit pas tout de suite. « Vous ne risquez pas d’être déçu, Monsieur McGregor. Je compte Héloïse parmi mes meilleurs employés. Elle est véritablement douée. Depuis qu’elle est arrivée, elle n’a eu de cesse de m’étonner. Si je vous l’envoie, c’est parce que je la juge digne de confiance pour une mission aussi importante que mettre en place ce partenariat entre nos deux maisons. » Son regard perçant se déplaça dans celui de Monsieur Pelletier dont les yeux brillaient d’admiration. Matthew conserva le silence un temps. « Oui, elle semble être douée. » Elle l’était. L’éditeur pouvait en témoigner parce que c’était lui qui avait décelé ce don chez elle, qui l’avait formée et qui avait fait d’elle ce qu’elle était aujourd’hui. Ce qu’elle possédait désormais, elle lui devait d’une certaine manière. Mais qu’en était-il du reste ? Ernest continua de lui parler, mais déjà, Matthew ne l’écoutait plus. Ou à peine. Son esprit était focalisé entièrement sur Héloïse. Il ne voyait plus que par elle. Et après six ans à être séparée d’elle, il ne supportait pas l’idée qu’elle puisse lui échapper encore. Ce coup de téléphone était un doux prétexte pour se dérober, mais elle ne l’emporterait pas. Elle devait se douter que l’auteur était bien plus têtu que ça. Malgré tout, elle devrait supporter de travailler avec lui qu’elle le veuille ou non. « Si vous voulez bien m’excuser. » Il ignora s’il venait de le couper en pleine phrase ou si l’homme attendait une réponse, mais il s’arracha à la compagnie du vieil homme. Il fendit la foule dans la direction qu’Héloïse avait prise un peu plus tôt. Il déposa sa coupe sur le plateau d’un serveur qui passait, le regard toujours focalisé sur cet horizon dans lequel sa silhouette s’était évanouie. Il fendit la foule, le cœur battant à tout rompre. Les pensées en folie. Le pouls trop fort. Et puis il la vit.

« Je t’aime, tu me manques. » Un froid terrible l’envahit tout entier. Pour qui étaient réservés ces mots ? Se pouvait-il qu’elle l’ait quittée pour un autre ? Ou avait-elle simplement refait sa vie ? Il resta planté dans un coin sombre du balcon, observant sa fine silhouette qui faisait face à la fraîcheur de la nuit. Avait-il le droit d’être jaloux ? D’être autant en colère contre un homme qu’il ne connaissait pas ? D’avoir des soudaines envies de meurtre qui le traversaient ? Désormais, il était marié. Certes, plus pour les avantages que pour l’amour, mais il avait une femme. Pourtant, il lui paraissait dans son bon droit d’être affreusement jaloux et furieux. Contre elle. Contre cet homme. Contre le monde entier. Après tout, elle était celle qui l’avait quittée. Et même s’il tentait de se convaincre qu’il ne l’aimait plus, tout son être vibrait pour elle. Il s’avança d’un pas, faisant sursauter Héloïse comme autrefois. Il revoyait l’éclat ingénu de sa stagiaire qui s’évanouit aussi rapidement qu’un éclair. Son expression était noire, froide et terrible. Il ne supportait pas de la voir faire semblant. « Ah vraiment, parce que c’est Matthew maintenant ? Non pas Monsieur McGregor ? » lâcha-t-il sur un ton cinglant. Il ne digérait pas cet affront que de le traiter comme un étranger. Comment avait-elle osé le traiter de la sorte, après ce qu’elle lui avait fait ?! Quand était-elle devenue aussi cruelle ? Pourtant, il la retrouvait légèrement dans le tremblement de sa voix, sa posture peu assurée, son regard fuyant. Elle redevenait cette Héloïse qu’il avait tant chérie. Mais ce soir, elle était cette créature qui le répugnait. Elle reprit de l’aplomb en l’accusant de ne pas avoir été professionnel. Un rire sans joie s’échappa d’entre ses lèvres. « Entre nous, tu sais bien que ça a toujours été au-delà du professionnel. » Elle était la femme qu’il aimait bordel ! Cette femme qu’il voulait épouser. Cette femme qu’il voulait chérir et adorer. Cette femme qu’il voulait faire sienne à jamais. Elle était son future, mais elle l’avait réduit en cendre. Elle lui asséna finalement le coup de grâce. Il ne put retenir une expression de pure surprise en entendant ses propos. Sa Héloïse. Sa si douce Héloïse pouvait-elle parler ainsi ? Pouvait-elle lui servir de tels propos ? Il la dévisagea longuement, tentant de comprendre qui était cette femme qui se tenait devant lui. Il la reconnaissait plus. « Bon sang Héloïse, est-ce que tu t’entends ? C'est moi qui suis cruel après ce que tu m'as fait ?! » Il était indigné. Il s’approcha d’elle d’un pas pour planter ses prunelles incandescentes dans les siennes. « C’était il y a six ans ?! » répéta-t-il comme pour mieux assimiler lui-même ces paroles. « Oui, c’était il y a six ans, mais il ne s’est pas passé un jour, une heure, une seconde sans que je ne me pose une seule et unique question : pourquoi ! » Sa voix était vibrante de rage. Il n’en tenait plus de se dresser devant elle après autant d’années sans pouvoir trouver de réponses. « J’ai tenté de comprendre, de te trouver toutes les excuses possibles. Je t’ai cherchée durant des semaines, mais tu n’as jamais donné aucun signe de vie. Tu as disparu de la surface de cette terre en ne me laissant que des fausses promesses et des souvenirs ! » Oh oui, il lui en voulait atrocement pour cela. Il avait cru en elle, en tout ce qu’elle représentait de beau face à son âme appauvrie. « Je peux encore entendre ta voix quand tu t’insurgeais du comportement de Jane, mais elle a au moins eu la décence de ne rien me promettre, de me dire pourquoi elle me quittait. En partant comme tu l’as fait, tu as commis un crime bien pire qu’elle. Tu ne m’as laissé aucune chance. Tu m’as traité comme un moins que rien. Je n'ai même pas pu te retenir ! » Il s’interrompit, constatant que leur échange risquait de ne plus rester intime très longtemps. Mais il refusait que leur dialogue s’arrête là. Il attrapa le bras d’Héloïse sans douceur, la tirant derrière lui pour descendre les marches du balcon. Les escaliers débouchaient sur un immense domaine. Mais il n’eut à faire que quelques pas de plus pour se dissimuler aux regards de tous. Dans la mi-obscurité, il l’accula contre un mur sans la moindre possibilité de s’enfuir. Il tenait toujours ce bras entre ses doigts tremblants. « Est-ce que tu as la moindre idée de ce que j’ai enduré durant toutes ces années ? Est-ce que tu peux imaginer simplement la douleur et l’incompréhension ?! » Il ne pouvait même pas l’exprimer en mots lui-même. Tout était bien trop douloureux. « Je t’avais juste demandé d’être patiente, Héloïse ! Nous l’aurions eu notre bonheur. Est-ce que c’est cela que tu n’as pas supporté ? Est-ce que tu as douté de moi ? Etait-ce pour un autre homme ? Qu’ai-je fait de mal ? Pourquoi tu ne m’as jamais rien dit ?! » A mesure que l’avalanche de questions pleuvait, sa voix s’éraillait mais son ton se durcissait. Il ne se sentait plus qu’un être démuni, mais atrocement détruit par la colère. « PUTAIN JE TE FAISAIS CONFIANCE ! POURQUOI TU M’AS LAISSE ?! » rugit-il, pétri d’une rage qui meurtrissait sa chair. Il était à bout de souffle, la gorge le serrant terriblement. Il se détacha soudain, brisant l’étreinte qu’il détenait sur son bras. Il recula d’un pas, le désespoir ayant chassé la colère. Il n’était plus qu’amertume et souffrance immense. Sa dernière phrase fut presque prononcée dans un sanglot. « Je n’étais peut-être pas l’homme dont tu rêvais, mais je t’aimais, Héloïse. »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Ven 20 Jan - 13:55

Ce jour-là, elle était heureuse. Plus que jamais. C'était un samedi après-midi. Elle rentrait d'un cours de piano et son professeur lui avait proposé de participer à une sorte de gala, de venir jouer un morceau en compagnie de son amie, Naïa. Elle était tellement excitée qu'elle roula un peu plus vite que d'habitude, mais elle avait hâte de rentrer voir Matthew. Il devait très certainement être à la maison, du moins elle l'espérait. Son cœur battait la chamade tant elle était fière. Elle réussissait dans bien des domaines. C'était par un mois de juin, chaud et sec. Elle avait obtenu son diplôme et elle était plus que jamais amoureuse de son homme. Ensemble, ils prévoyaient tant de choses. Ils prévoyant d'habiter ensemble, de se marier un jour, d'avoir des enfants. Ils avaient même choisi le nombre et les prénoms. Chaque détail de son quotidien était construit autour de cet avenir, de ces promesses. Oui, elle était heureuse. Son être irradiait entièrement et simplement. Elle chérissait tant cet homme, qu'elle l'aimait à en avoir mal, à souffrir de son absence à chaque instant. Heureusement, ils faisaient en sorte de se voir loin de tout le monde. Et dans la plus belle des confidences, dans la plus douce des pudeurs, Matthew et Héloïse s'aimaient passionnément. Aussi, elle avait hâte de le voir. Elle entra chez lui munie des clefs qu'il lui avait fait faire, pour une question de pratique. Ça faisait longtemps qu'elle connaissait ses sœurs et qu'elle s'entendait bien avec. « Mademoiselle Bennett, je vous attendais. » La voix la fit frémir, elle sursauta en poussant un petit cri tant elle n'était pas prête à rencontrer le père de Matthew. Au bureau, oui. Pas chez lui. L'évidence semblait sauter aux yeux de l'homme et son regard se perdit dans les mains tenant les clefs. Il semblait comprendre beaucoup de choses, mais son regard n'en resta pas déplaisant. « Nous avons à parler vous et moi... » Finit-il par ajouter, se levant et désignant le canapé pour qu'elle y prenne place. Elle hésita entre prendre la fuite ou s'asseoir. Mais c'était le père de Matthew, et elle se croyait capable de parler avec lui. L'évidence sautait tellement aux yeux. C'était le père de Matthew et indirectement, elle en était liée: il faisait partie de sa famille maintenant et elle lui portait une grande estime. C'était le père de Matthew et sans lui, jamais elle n'aurait pu connaître ce grand amour, cet homme et ce bonheur sans failles. C'était le père de Matthew et elle se croyait assez forte pour lui parler, seule. Cependant, elle se fourvoya. Il fut à l'image d'une main plongeant dans sa poitrine et en exhumant le cœur battant et fumant. Il le broyait sans pitié dans la pire des souffrances. Et au milieu de la douleur et des pleurs, il lui fit promettre de quitter son fils, de quitter le continent, de ne plus jamais entrer en contact avec un seul membre de sa famille, de faire comme s'ils n'avaient jamais existé à ses yeux. Elle ne serait jamais des leurs. Elle ne serait jamais sa femme. Ni même la mère de ses enfants. Elle ne serait rien d'autre qu'un mirage, témoin d'une effroyable trahison, la dépassant. Et pourtant, elle promit écrasée par le poids de la présence du patriarche, si petite et si faible. Et surtout si jeune... Ce jour-là, il lui fit grâce d'une dernière fois à vivre avec l'homme qu'elle aimait. Il lui fit grâce d'un adieu à la condition de fuir sur le champ le lendemain. Ainsi, elle quitta la ville, détruisit toute ses économies dans l'achat d'un aller simple. Le cœur en miette, l'âme fissurée, elle quitta Los Angeles, l'endroit où elle était heureuse. Elle quitta Matthew sans lui laisser la possibilité de comprendre pourquoi.
Son père avait tout gâché...


***

Parler à mon enfant arrive à me faire sourire un peu, à me mettre du baume au cœur. Je ne peux pas m'en aller comme je le voudrais. Les enjeux sont trop importants. Ernest compte véritablement sur moi. Et je ne peux laisser mes états d'âmes prendre le dessus. J'ai déjà tellement abusé de sa bonté. Je me souviens encore comme si c'était hier. La façon dont nous nous sommes rencontrés, comment je suis allée au culot en lui confirmant que je savais tout faire, de me laisser ma chance et de faire mes preuves. j'avais tellement besoin d'avoir quelque chose à faire, d'occuper mes journées. Le vieil homme s'insurgea et puis me fit confiance, curieux. Et depuis, notre collaboration fonctionne si bien. J'en suis réellement enchantée. Et il a été des plus adorables avec sa femme, surtout lorsque j'ai appris pour ma grossesse. J'étais enceinte de six mois et j'en avais fait un déni. je m'étais écroulée un beau matin, dans le bureau et tout s'était enclenché. Le verdict avec été sans appel : c'était un petit garçon et il était en bonne santé. Seulement, je n'étais pas prête à être mère. J'étais tellement malheureuse et d'une certaine manière, je me laissais mourir de chagrin. J'étais devenue squelettique et je ne dormais pas la nuit, bien trop occupée à regarder le livre de nos aventures, celui que je lui avais offert à notre premier Noël. Il s'était épaissi par le poids des photos, des anecdotes que nous écrivions et complétions au fur et à mesure. Et je l'avais pris à Matthew afin de ne pas lui laisser la possibilité de se torturer devant les images témoin de notre bonheur. Je le faisais à sa place. Je regrettais tant qu'il ne puisse se continuer et la tentation de me manifester à lui était forte. C'était constant. Même si j'avais coupé la ligne du téléphone, je pouvais toujours appeler à la maison d'édition. Ce que je ne fis jamais, afin de ne pas trahir ma promesse. Et pourtant, un nouveau chapitre s'écrivait. Je ne pouvais pas mourir quand ce bébé avait besoin de moi. J'expliquai la situation à Ernest en taisant les prénoms pour garder l'anonymat. Il fut ému par mon histoire et finalement, il m'aida bien plus que de raisons, allégeant mon emploi du temps que je surchargeais volontairement pour arriver la première au boulot et partir la dernière. J'avais tellement mal de rentrer chez moi, dans cet appartement où j'avais vu ma mère mourir sous mes yeux. Là où je croyais que ce serait ma dernière demeure également. J'avais perdu goût à la vie, mon âme ne cessait de pleurer constamment la perte de sa jumelle. Et pourtant, par ce petit être grandissant dans mon ventre, je trouvai, de cette manière, une raison de me lever et de me battre encore et encore, mettant au monde mon enfant seul, m'attachant à lui et l'aimant pour deux. Et Ernest m'avait tant aidée... Quand j'étais en galère de nounou, il acceptait que j'amène mon fils, le laissant dormir dans un coin du bureau. Bien sûr, il était la mascotte du bureau. Tout le monde bifurquait pour le voir. Le bébé rieur comme ils disaient quand sa mère semblait prête à s'effondrer. D'une certaine manière, mon enfant me sauva la vie. Sans lui, je n'aurais sans doute pas été en train de parler à son père... Je me serais déjà laissée mourir depuis si longtemps...

Je n'ai pas un fond mauvais pourtant face à Matthew. Aussi, ma voix n'est pas agressive. Je ne peux pas tourner les talons sans l'ignorer. Je trouve ça tellement pitoyable. Ainsi, je m'adresse à lui de façon naturelle, comme autrefois, ce qui ne manque pas de lui déplaire. Sa voix me fait tressaillir. Et je me braque bien sûr. À quoi je m'attends bien sûr ? À ce que nous soyons potes ? Non ... Bien sûr que non... Je n'attends qu'un comportement adulte. Mais je crois que la douleur atteint un tel niveau qu'elle devient difficilement supportable. Sa voix si froide me fait tellement de mal. Tout comme l'ironie faisant teinter ses propos. Et ce rire froid... Mon dieu, moi qui ai tellement chéri d'entendre ses accès de joie. J'essaye bravement de gérer une situation qui ne peut être qu'ingérable. Et maladroite comme je suis, je me contente d'attiser le feu de sa colère plutôt que de l'éteindre. Ses paroles font écho à ma souffrance. J'ai l'impression qu'il est en train de me hurler directement dans l'oreille. Ce qui est terrible, c'est que rien ne me surprend. Et n'est plus terrible que de s'entendre dire que je suis pire que Jane. Je ne le nie pas. Je sais combien j'ai été horrible et l'horreur a longtemps résidé en moi par ce que j'avais fait. J'ai l'impression d'être face à une impression de déjà vue, conforme à ce que je me suis toujours imaginée comme réaction de sa part. Je le connais si bien mais c'est si difficile à entendre. Son incompréhension...Sa douleur... Je suis partie de la pire des manières. Et le fait d'être partie sans même lui laisser une chance de me retenir... « Matt... » Mais je me tais, lasse, détournant le visage pour ne plus à avoir son visage dans le sillage du mien. Si seulement il pouvait savoir. Si seulement, il pouvait comprendre. Si seulement, la vie nous avait permis de nous aimer sans contraintes, ni barrière. Mais hélas, je me fourvoie complètement. J'ai tellement envie de fuir, de le quitter, d'oublier son apparition et me dire que non, ce n'était pas la réalité, il n'est pas venu, ici. Et pourtant, lorsque sa main saisit la mienne, je comprends que tout est réel. Mes jambes se mettent en route de façon mécanique. Je suis au supplice, l'air se faisant rare. Si ça continue, je vais étouffer. La colère nous enveloppe autant que la peine. Je trouve ça tellement injuste. Il est pétri par la fureur, ce que je comprends. Ce dont je me résigne, endossant la responsabilité de mes actes passés, laissant mes épaules se surcharger d'un poids dont je n'ai nullement besoin. Il a refait sa vie pourtant... Alors pourquoi, éprouver le besoin de me retenir encore ? De me plaquer sans aucune douceur contre un mur, sa main serrée sur mon bras. Je suis à l'agonie, mon visage n'étant qu'un masque d'hébétude. Étrangement, je ne pleure pas. Sans doute ai-je trop pleuré dans le passé ? Et puis j'ai l'impression que si je fonds en larmes, j'aurais abandonné, je ne pourrais pas rester silencieuse. La vérité semble être au bord des lèvres. Je voudrais tellement répondre à ses questions mais je ne peux pas. C'est impossible, je ne peux pas trahir cette promesse vieille de six ans. Que pensera Matthew de son propre père ? Je ne peux lui ternir l'image qu'il peut avoir. Dans un sens, je peux comprendre tellement de choses comme sa réaction, sa volonté d'avoir voulu détruire notre histoire. Aussi déchirant soit-il, je peux comprendre ses sombres plans mais je sais aussi bien que je ne lui pardonnerais jamais c'est évident. Entre le pardon et la compréhension, il y a un monde. Mais face à Matthew, je ressens tout le poids de ce terrible pacte. Ce n'est pas possible de tenir. Et de ce fait, mes lèvres demeurent hermétiquement fermées. Je ne fais que sursauter à chaque mot terrible qu'il emploie. Je garde les yeux baissés comme si j'étais une enfant prise en faute. Mon cœur bat la chamade, et parfois j'ose lever les yeux vers lui. Mais c'est si insupportable. Son visage n'est qu'un masque de colère grondante et ses yeux ne sont qu'une immense froideur. Je ne vais pas tenir longtemps... Jusqu'à ce qu'il se mette franchement à élever la voix rappelant cette confiance qu'il m'a offert. Un léger gémissement franchit mes lèvres et alors qu'il me lâche le bras, mes doigts se referment dans ma paume et je sers. Je sers à en avoir mal, à sentir la peau se tendre sous la pression, à avoir l'impression que mes tendons ont blanchi par la force de la poigne. Je me fais mal pour ne pas parler, laissant la peine se transformer en une colère douloureuse. Et je raffermis ma poigne pour rester muette conservant le silence comme une unique défense jusqu'à ce que le coup de grâce me soit porté au cœur. « Je n'étais peut-être pas l'homme dont tu rêvais, mais je t'aimais Héloïse. »

Sa voix, pétrie par un sanglot, m'achève purement et simplement. Et finalement, mon visage se crispe par toutes ces mauvaises émotions m’envahissant. « Je suis... Désolée... » Je finis par murmurer doucement. Je tais en moi la violente envie de lui dire la vérité. J'ai promis. « C’est ce que tu souhaites entendre pas vrai… ? » Mon regard se durcit, je dois trouver la force de lutter, de le laisser partir et de ne pas me laisser affecter par ses paroles. Finalement, je trouve la vie tellement injuste. Dans cette histoire, je me retrouve à endosser le mauvais rôle et à supporter toute une colère tournée contre la mauvaise personne. Et là, j’explose lentement mais sûrement, écrasée par le poids du monde sur mes épaules « Alors, je te le redis encore, je m’excuse ! Si tu veux je peux te l’écrire ! Je peux aussi me mettre à genoux ! Si tu veux, je peux aussi aller à l’intérieur le hurler aussi ! Laissons donc les ignorants juger de la salope que je suis devenue hein ?! C’est tout ce que tu dois penser de moi désormais, vivant dans ta petite vie parfaite, avec ta femme parfaite !!! » Ma voix s’échauffe, et je sens la colère inonder mes veines, transparaissant la peine que je ressens. « JE PEUX, MOI AUSSI, ME METTRE A  HURLER ! »  C’est tellement injuste dans le fond. Et ça en est trop pour moi. Et qui plus est, en entendant toutes ces idées fausses de moi, qu’il puisse croire que je suis partie pour un autre… C’est insupportable. Et sans un mot, je le pousse, de mes maigres forces, éprise par un soudain accès de rage. « Je suis tellement en colère depuis si longtemps ! » Je continue de le pousser encore et encore jusqu’à ce qu’il me saisisse les poignets afin que je cesse de m’en prendre à lui, pendant que je déverse toute ma rage, continuant de glapir « Je déteste tellement ce monde, d’avoir cru qu’il était auréolé de lumière alors qu’il n'y a que de la noirceur ! Je déteste ces gens qui m’ont poussé à m’en aller, m’ayant obligé à partir sans rien te dire !! Je les déteste à un point où parfois je leur ai souhaité le pire des malheurs !!! Ils… Ils m’ont tout enlevé ! Tout ce que j’avais de plus cher en ce monde, et toi… » Je lâche un gémissement de colère, reprenant mon souffle, ayant encore envie de le frapper, lui faire mal physiquement « Toi… Tu crois que je suis partie pour un autre… Après toutes ces promesses !! » Ca en est trop pour moi et les larmes finissent par jaillir de mes yeux. « Je te déteste tellement… Je te déteste parce que ça fait six ans… Six ans que je me bats contre mes démons, contre l’envie de te contacter pour te dire la vérité… Six ans où je suis seule, loin des miens, où je dois faire semblant que tout va bien, que je suis heureuse alors que mon âme a été brisée en mille morceaux… Six ans… Et il n’y a pas un jour où je ne ressens pas ce manque… » Heureusement qu’il me tient les poignets, parce qu’ainsi il me permet de ne pas m’effondrer. Mes jambes sont flageolantes et la tête me tourne par toute cette souffrance « Et par-dessus tout, je me déteste de ne pas avoir été forte… D’avoir été si faible. Je ne tiens désormais que parce dans ce monde, il y a juste une personne qui m’aime… Qui a besoin de moi… Je dois tenir pour lui » Je pousse un soupir, ajoutant d'une voix que les pleurs éraillent. « Maintenant, lâche-moi… On se fait du mal ainsi. «  Je ne lui laisse pas le temps, que je me tortille pour libérer de son étau. Cependant, à peine me lâche-t-il que je sens le monde tanguer violemment autour de moi. Je ne trouve mon équilibre  que parce qu’il y a ce mur en pierres où je peux me tenir droite, regardant Matthew, d’un air tellement malheureux. « Je suis désolée… » J’arrive juste à bredouiller sentant combien cet amour brûle encore en moi. Je l’aime encore. Je l’aime toujours. C’est sans fin, et je suis saisie par l’envie dévorante de me blottir dans ses bras, de laisser ses lèvres retrouver les miennes, laisser la réalité prendre la place des souvenirs. Je suis à bout de porter ce fardeau toute seule… Je suis fatiguée d'être celle à qui on a obligé de taire l'amour, de renier sa moitié d'âme. Et je me dois de le faire, encore et encore. Jusqu'à épuisement. Je ne tiens pas à ce que son père sache que nous nous sommes vus ce soir. Je ne veux pas qu'il croit que je n'ai pas respecté notre promesse, qui plus est, quand cette entrevue nous rend malheureux…. Et pourtant, je ne peux empêcher les mots de franchir mes lèvres. Je regretterais sans doute mais là, mon coeur parle, celui qui tente de recoller les morceaux, de panser les plaies purulentes. Mon coeur se bat encore. « Tu me manques tellement... » C'est comme si, au fond de moi, j'en cultivais encore l'espoir.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Ven 20 Jan - 17:59

Matthew ne se figurait pas une existence sans Héloïse. Dès qu’il l’avait rencontrée, au plus profond de son âme, il savait déjà qu’il ne pourrait pas vivre sans qu’elle ne soit avec lui. Tant qu’elle appartenait à son univers, alors il pourrait se sentir vivant. Mais si elle venait à disparaître, alors le monde entier s’écroulerait et il n’aurait plus le goût d'exister. Après le départ de la femme qu’il aimait, l’auteur ne se voyait pas continuer sans elle. Elle était devenue sa quête, sa mission. Il n’avait eu de cesse de la chercher, ne serait-ce que pour comprendre. Il craignait que quelqu’un ait pu l’ôter à lui, mais son esprit malade de chagrin ne parvenait plus à se raisonner. Il s’était figuré les pires raisons qui auraient pu la pousser à s’enfuir, effrayé comme un enfant que l’une d’entre elles puisse être vraie. Il osait à peine penser qu’elle avait pu le quitter à cause de lui, parce qu’il n’avait pas été assez bon, qu’il n’avait pas été l’homme qu’elle attendait. Parce qu’il aurait pu l’aimer mieux. Héloïse était cette femme qui méritait d’être aimée pleinement et entièrement. En dissimulant leur amour sous le voile du secret, Matthew craignait de les avoir tués à petit feu. Elle avait souffert sans qu’il ne s’en rende compte. Elle s’était sentie cachée, honteuse et délaissée alors que chaque jour, il songeait qu’il se rapprochait de l’heure où il pourrait l’exposer pleinement au regard des autres. Il n’avait que faire des ragots, des rumeurs, de son titre et de son rang tant qu’elle était à son bras. Il se moquait de ce qui pouvait être raconté, prêt à tout perdre, juste pour l’éclat des si beaux yeux d’Héloïse. Il n’avait plus peur de cette foule qui l’observait comme un animal jeté en pâture entre leurs griffes acérées. Il aurait été capable de tout, si seulement Héloïse lui avait laissé une chance. Mais elle ne l’avait pas fait. A la place, elle s’était enfuie sous couvert de la nuit sans aucune explication. Elle ne lui avait pas laissé le temps. Elle ne lui avait même pas donné l’occasion de la retenir. S’il avait eu vent de ce départ précipité, il aurait essayé de comprendre, il l’aurait suppliée de rester avec lui. Il ne pouvait pas vivre sans elle. Un monde sans elle lui était inconcevable. Il avait perdu sa raison de vivre, d’être heureux et de redevenir lui-même. Et pourtant, il avait fallu tenir bon et poursuivre ce chemin qui lui était tout tracé depuis sa naissance. Son travail avait été sa rédemption, son salut pour parvenir à reprendre une existence tout juste acceptable. Il s’était jeté corps et âme dans l’ouvrage de sa vie, dans la dernière chose qui lui restait encore. Puis l’existence avait suivi son cours, mais plus les jours passaient, plus Matthew avait la sensation de vivre la vie d’un autre que lui. Il prenait des décisions qui convenaient à l’homme d’affaire qu’il était, mais il ne se reconnaissait pas dans ce personnage. Et sans doute était-ce aussi pour cela qu’il s’était marié avec Jane. Il progressait dans la vie comme un joueur d’échec qui avance ses pions méthodiquement, après un calcul savant pour déterminer ce qui était le plus profitable à sa grande entreprise. Dans le fond, il était tellement détaché qu’il n’avait su que prendre les bonnes décisions, faire fructifier la maison d’édition et redorer le blason de la famille McGregor. Le père de Matthew avait gagné. Il avait eu ce qu’il désirait. Héloïse était partie, laissant à l’auteur le moyen de se distinguer dans sa carrière professionnelle et au sein de sa vie personnelle. Mais même en ayant tout gagné, Matthew avait la sensation d’avoir tout perdu. D’autant plus maintenant qu’il se retrouvait face à Héloïse. Il ne lui suffisait que d’un regard sur son ancienne stagiaire pour réaliser l’étendue de tout ce qui lui avait été ôté durant toutes ces années. Il n’était plus devenu que l’ombre de lui-même, incapable d’être cet homme qu’il rêvait d’être au plus profond de son cœur. Le véritable Matthew était détenu au creux des mains de la douce Héloïse. En partant, elle l’avait emportée avec lui, empêchant toute possibilité de salvation. Il n’avait pu que devenir être froid, glacial et pathétique. Il ne souffrait pas moins, mais cela lui donnait l’illusion qu’il ne ressentait plus la douleur, qu’il avait mué en cet être intouchable. Plus rien ne pouvait l’atteindre.

Hormis elle. Ce soir.


Elle était comme dans son souvenir. Elle avait beau paraître moins jeune, s’être coupée les cheveux, avoir obtenu de la prestance, elle restait cette créature qu’il avait tant aimé. Elle était toujours cette étudiante maladroite qui avait fait tomber sa boucle d’oreille sous le bureau le premier jour. Elle était toujours cette fille discrète qui aimait tant ces pulls lapin, ces mêmes pulls qu’il avait appris à aimer à son tour. Elle était toujours cette jeune femme qui rougissait au moindre de ses sourires, qui frissonnait au moindre de ses frôlements et dont le cœur chavirait au moindre de ses baisers. A jamais, elle resterait cette femme dont il était tombé amoureux, qui l’avait sauvé sans qu’elle ne le sache, et à qui il avait promis un mariage, des enfants et un futur. Comment tout ceci avait-il pu être jeté dans les méandres de l’oubli ? Comment de telles promesses avaient-elles pu se distiller ainsi dans le vent ? Héloïse ne lui avait rien laissé, hormis des souvenirs qu’il chérissait au creux de son esprit. Il se les remémorait parfois avec douleur, incapable d’échapper à ses souvenirs, à sa volonté d’oublier complètement Héloïse. Même après six longues années, il l’avait toujours dans la peau. Chaque jour, elle habitait ses pensées sans qu’il ne puisse s’en défaire. Elle était devenue sa Némésis. L’amour se disputait à la rage dès que ses traits se dessinaient dans son esprit. Mais ce soir, il n’y avait qu’une rage souveraine qui l’habitait, témoignage d’un amour déçu. Le poète lui avait tout donné, jusqu’à lui léguer aveuglément sa confiance. Il croyait en elle comme il n’avait jamais cru en personne, comme il ne croirait jamais en l’humanité entière. Mais elle avait tout bafoué en s’enfuyant. Par quel sortilège ? Quel enchantement ? Il ne se l’expliquait pas. Il ne tentait même plus de comprendre. Il se laissait uniquement diriger par cette rage qui amenait un flot ininterrompu de paroles. Sans doute en regretterait-il certaines, mais il déversait sur son être démuni six années à taire des questions qui l’avaient torturé nuit et jour, et qui le torturaient encore maintenant. Il avait ce besoin désespéré de comprendre les raisons qui l’avaient poussée à lui faire mille promesses qu’elle s’était empressée de rayer d’un trait de crayon. Qu’avait-il fait de mal ? Que pouvait-il se reprocher, hormis de ne pas avoir toujours fait les bons choix ? Il l’aimait, bon sang ! Il était prêt à tout pour elle, jusqu’à même se damner. Ne réalisait-elle pas l’étendue des sentiments qui étaient les siens ? Et même ce soir, tandis que son esprit était pétri de rage, il savait qu’il serait prêt à se sacrifier pour elle. Elle restait cette lumière dans ses ténèbres. Elle représentait tout ce qui lui avait été arraché, mais qu’il avait désespéramment cherché à récupérer. Peut-être l’avait-il mal aimée, mais il l’avait aimée comme jamais personne ne pourrait l’aimer ensuite. Aucun homme se pourrait se targuer d’aimer Héloïse Bennett plus que Matthew McGregor pouvait l’aimer.

« Je suis… Désolée… » Les excuses, il s’en moquait. Mais l’amertume avait remplacé sa fureur. Il se contentait de l’observer au travers de l’obscurité de la nuit. Il en avait fini avec elle. Certainement lui avait-il dit tout ce qu’il avait à lui dire. Désormais, elle pourrait parler. Mais attendait-il des excuses ? Non. Il attendait des réponses. Ce n’était pas ce qu’il souhaitait entendre, malgré ce qu’elle prétendait. Il la contemplait froidement, frissonnant pourtant de cette beauté tragique qui s’offrait à lui. Son discours calme devint plus virulent jusqu’à ce qu’elle n’enrage complètement. Il observa son manège sans ciller, tentant de ralentir les battements furieux de son cœur, de masquer sa poitrine qui se soulevait au rythme impétueux de sa respiration. Son être se tordait de la voir souffrir ainsi derrière son masque de colère. Il n’osa pas l’interrompre, se laissant bousculer une première fois, puis une deuxième. Jusqu’à ce qu’il ne lui saisisse les poignets pour qu’elle s’arrête. « Héloïse, ça suffit ! » gronda-t-il pour qu’elle retrouver ses esprits, mais elle n’en fit rien. A mesure que les paroles s’écoulaient, il sentait que la colère se transformait en une douleur sincère, si puissante qu’elle n’était même pas envisageable. Il ne pouvait la deviner qu’aux membres tremblants de la jeune femme entre ses mains. Un frisson glacé parcourut soudain tout son corps quand il entendit sa réponse. Cette réponse qu’il attendait depuis six ans. Mais il n’en était pas satisfait. Il n’en était même pas reconnaissant. Son expression se décomposait, en même temps que toute fureur s’évanouissait en lui pour laisser place à une hébétude atroce. Héloïse s’était enfuie parce qu’on lui avait ordonné ? Elle répondait aux ordres de quelqu’un ? Mais de qui alors ? Il ne put même pas réfléchir à toutes ces affreuses questions. Il était suspendu à ces lèvres qu’il aimait tant et qui ne l’avaient pas trahi. Elle le détestait. Mais soudain, il lui parut que c’était peu de chose face à la libération qu’une telle vérité avait provoqué sur lui. Il ne retenait que ce manque qui était similaire au sien. Cette douleur qu’ils avaient ressentie à deux, tout en étant si loin l’un de l’autre. Le reste de ces paroles furent comme perdues dans le vent. Il était écrasé sous le poids d’une telle révélation qui ébranlait toutes ces convictions, qui répondait à ces interrogations qui l’avaient torturé si longtemps. Il ne chercha même pas à raffermir sa prise quand elle se démena pour lui échapper. Elle s’affranchit de son emprise, mais vacillant presque aussitôt. Il esquissa un mouvement pour la retenir, mais elle se raccrochait au mur derrière elle. La douleur avec laquelle elle le regardait désormais acheva de le désarmer. Il était démuni. Atrocement malheureux. « Tu me manques tellement… » Ces mots fendirent son cœur comme jamais auparavant. Dans un tourbillon infernal, toutes les émotions de ces dernières années tempêtaient en lui. La déception, la colère, l’amertume, le déni, la résignation, le dégoût, l’injustice, la trahison, l’abandon, le chagrin. Il était prêt à exploser, mais par-dessus tout, l’amour le sauva. Encore une fois. En dépit des années, de la souffrance, de l’injustice de ce monde. En dépit de tout, il se faisait souverain. Il annihilait la moindre parcelle de son âme meurtrie pour lui en offrir une nouvelle. Il ramenait de la chaleur dans son cœur froid et lacéré. Il s’approcha d’un pas, levant la main pour la poser sur son épaule, mais il craignait de la briser en l’effleurant. « Héloïse… » souffla-t-il dans un murmure déchirant. Que son nom lui semblait doux à ses oreilles désormais... « Bon sang, pourquoi tu m’as rien dit ? » Il ne parvenait pas à le croire. Six années à être séparé de son âme-sœur par la volonté de ces autres à l’âme mauvaise et perfide. Il lui semblait que tout ceci n’était pas réel. « Héloïse, je… » Il ne prit pas la peine de terminer. La moindre parole lui paraissait vaine, dénuée de sens. Il n’en tenait plus. Il avait désespéramment besoin d’elle comme un assoiffé a besoin d’eau. Il ne lui laissa pas le choix. Ses mains virent encadrer son visage et ses lèvres s’écrasèrent sur les siennes dans la fièvre de l’instant. Tout à coup, c’était comme si elles avaient retrouvé leurs jumelles. Il lui semblait que c’était hier qu’il l’embrassait encore, qu’il pouvait sentir la douceur de sa peau sous ses doigts plus rudes. Avec plus de douceur, il la fit reculer, la coinçant entre lui et le mur. Son baiser intense se fit plus doux. Il goûtait à nouveau aux délices de sa langue dansant avec la sienne, de leurs cœurs qui battaient à l’unisson, de son âme qui retrouvait sa sœur. A bout de souffle, il interrompit leur baiser, collant son front contre le sien. « Héloïse…tu n’es qu’une idiote. Pourquoi tu ne m’as rien dit ? Nous aurions pu vaincre ça ensemble… Nous étions invincibles. » Oh oui, ils l’étaient, jusqu’au fameux jour où ils avaient été séparés. Ses mains vinrent se poser sur ses épaules, les caressant doucement. Il se recula légèrement pour contempler ce visage tant aimé, tant chéri qu’il retrouvait enfin. Soudain, il se mit à songer à la souffrance d’Héloïse, à ce qu’elle avait pu endurer depuis tant d’années par l’égoïsme d’êtres cruels. Il caressa tendrement sa joue du revers de sa main. Qui aurait pu entraver leur amour ? Qui se serait montré aussi terrible pour les éloigner l’un de l’autre ? Son expression devint plus sérieuse, presque sévère quand il planta son regard dans celui de cette femme qu’il aimait. « Héloïse, maintenant, tu dois me dire qui t’a forcé à partir. Tu dois me donner les noms de ceux qui ont causé ta fuite. Je te promets que je les retrouverai et je les détruirai. » Que ce soient ceux de l’aristocratie, ses parents, ou même Jane, il se montrerait sans pitié. Il n’avait plus suffisamment d’état d’âme pour s’embarrasser de remords. « Nous n’aurions jamais dû vivre tout cela… je t’ai perdue une fois. Je refuse de te perdre une seconde fois… »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Sam 21 Jan - 8:12

« Tu me manques tellement… » Les mots franchissent la lisière de mes lèvres alors que je me sens à deux doigts de défaillir. La colère m’a submergée et toute cette situation m’est devenue insoutenable. Je n’arrive plus à gérer les émotions me traversant de part et d’autre. Jamais, je n’aurais pu penser que je le verrais ce soir, que nous aurions cette conversation tant rêvée mais aussi, tant redoutée. Je perds mon sang-froid et la rage me submerge. L’injustice me pousse à devenir violente, terrible dans les mots que j’emploie à son égard, dans les gestes, le poussant jusqu’à être immobilisée par la force de ses mains sur mes poignets. Et finalement, en évacuant ma colère, je rends aussi les armes. Je m’effondre doucement mais terriblement, la tristesse finissant par n’être que la seule chose ressentie. C’est si peu juste… Et ça me dépasse. Et six ans après, je me pose cette même question : pourquoi cet acharnement ? Pourquoi avoir jugé que je n’étais pas assez bien pour lui ? Que me manquait-il pour être digne de Matthew ? C’est tant d’interrogations soulevées auquel je n’avais pas réellement trouvé de réponse. Je les cherche encore aujourd’hui. Et pourtant, tout n’a toujours été qu’une sincérité évidente. Je ne cherchais pas son titre, ni sa richesse. J’étais vraiment amoureuse de lui. Je ne vivais que pour lui, pour son sourire, pour ses regards en coin, lourds de sous-entendus. J’étais en adoration devant ces mots d’amour qu’il savait si bien dire, de sa manière à lui de m’avoir éveillée au monde, d’avoir su prendre confiance en moi. Grâce à Matthew, j’ai appris tant de choses à travers son savoir et son expérience. Et d’une certaine manière, j’avais réussi à lui redonner gout en l’amour, en la vie. Et au milieu de cette vague de sentiments aussi pur et sincère qu’ils ont été, nous nous étions complétés. J’étais enfermée dans cette bulle, croyant que le monde, dans ses alentours, n’était que beauté des yeux, de l’âme et du corps. Je croyais en l’humain et ce qu’il pouvait transmettre et recevoir. Je croyais en tellement de belles choses. L’amour me poussait à aller au-delà de ce que je me pensais capable. D’une certaine manière, auprès de Matthew, je me surpassais. Et en France, il a fallu faire la même chose. Se surpasser pour ne pas s’effondrer. Sur surpasser pour continuer le chemin de la vie. Bien avant d’être maman, j’avais tellement eu envie de tout stopper, de m’arrêter là, n’ayant plus aucun intérêt à continuer cette marche en solitaire. Tout ce en quoi je croyais, avait disparu. Mon innocence, mon âme naïve et mon cœur candide, tout s’était brisé durant ce jour ô combien funeste. La noirceur s’était emparée de moi, arrivant à ressentir la souffrance telle que Matthew me l’avait décrite lorsque Jane s’était enfuie, lorsqu’il avait vu son univers s’effondrer. Désormais, je comprenais mieux. Je comprenais combien tout devenait difficile, combien il fallait forcer pour trouver un point d’attache, pour croire encore à la bonté de la vie lorsque tout semblait n’être que ténèbres et froideur. J’avais la sensation que mon âme était gelée. Heureusement, il me fallut moins d’une année pour trouver la lumière du phare au milieu des océans déchaînés. Devenir mère me permit de ne pas me laisser mourir, de croire en cette lumière. Et malgré qu’il était le portrait craché de son père, dans sa façon de parler, de se tenir, je m’accrochais à lui. Il était mon unique point d’oxygène, il me maintenait en vie. Et encore aujourd’hui, je le fais. Si j’arrive à faire face à toutes ces difficultés, c’est bien grâce à lui. Pourtant, face à son père, je me sens si mal, si malheureuse, revenant à six ans en arrière, à ce fameux point de départ où je me convainquais qu’il fallait arrêter de souffrir.

Je me sens tellement vide. La colère m’a quittée et j’observe cet être ô combien adoré, m’ayant tant manqué. Je ne sais plus quoi dire, laissant les larmes couler sur mes joues. Mes doigts se crispent sur la pierre glacée me permettant de tenir encore debout. C’est si affreux. Je ne peux m’empêcher de tressaillir lorsqu’il prononce mon prénom, cette fois, d’une voix dénuée de froideur ou de colère. Et forcément, il s’interroge sur le fait de n’avoir rien dit, d’avoir gardé le silence. Il a l’air surpris, ne comprenant pas, la triste vérité prenant place dans son esprit. Comprend-il que je n’ai fait que lui rester fidèle ? Que je n’ai jamais pu laisser un autre homme franchir mon espace vital, qu’il ne peut y avoir que Matthew ? Je me suis donnée à un seul homme et je n’ai jamais eu l’intention de le remplacer. Ce serait impossible de toute façon. Notre histoire a été bien plus qu’un simple amour, c’était encore plus fort, encore plus intense. C’était le coup de foudre de deux âmes sœurs faites pour s’aimer jusqu’à la fin, pour l’éternité. Aujourd’hui, il est, juste, cruel de réaliser que la vie, malgré l’évidence, continue, que les tempêtes peuvent arriver à fragiliser l’édifice le menant à sa perte. Et c’est ce qui nous est arrivé : j’ai perdu Matthew. Et ça m’anéantit. Il est marié désormais, par les conséquences de mon silence. « J’avais promis de ne rien dire… » Je finis par bredouiller d’une voix blanche. Je l’avais promis à son père et à mon sens, je ne pouvais rompre cela. Je ne voulais pas prendre le risque d’être encore plus mal. D’une certaine manière, il avait réussi à me faire perdre toute ma confiance gagnée, me faisant craindre de perdre Matthew en l’emmenant avec moi, sur cette route que nous tracions ensemble. Peut-être que son père avait raison, il aurait été capable de se renier et de se perdre, par amour pour moi. C’était tellement fort ce que nous vivions. Et ça l’est encore. Bien que nous soyons meurtri, bien que le temps ait été long avant de se revoir, je ne peux qu’être irrémédiablement amoureuse et attirée par lui. Et tels deux aimants, nos lèvres finissent par se rejoindre dans la plus douce des retrouvailles, bien après la tempête et les mots cruels. Je me sens irradier en sentant ses mains se poser sur mon visage, retrouvant ses sensations familières. J’ai l’impression que nous venons de nous quitter la veille. Mes bras s’enroulent autour de ses épaules, me laissant être reculée contre le mur, prisonnière de son corps, de sa bouche s’harmonisant avec la mienne. J’ai l’impression de nous revoir six ans en arrière, de retrouver l’alchimie qu’il y avait entre nous. Le cœur bat comme au fou et à mon grand dam, le baiser prend fin. Et la réalité reprend ses droits. Je ne suis plus l’étudiante face à son maître de stage. Oh non… Je suis la maman fuyarde et lui, l’homme marié. A penser à cette alliance, je sens mes entrailles se tordre, et mon regard conserve une tristesse apparente. Pourtant, collant son front contre le mien, je m’autorise cette proximité. Le temps d’un soir. Je ne peux pas l’arracher à ce qu’il est devenu. Il a une femme… Peut-être des enfants, je n’en sais rien. Je ne peux concevoir de lui enlever sa source de bonheur, de le plonger dans le doute parce que nous nous sommes retrouvés, ce soir. C’est si dur à admettre mais encore une fois, j’ai envie de me mettre de côté, d’oublier ce que je peux ressentir, au profit de son propre bonheur. Et puis, il y a l’enfant. Dois-je lui dire aussi ? Toutes ces interrogations m’usent un peu plus. Et lorsqu’il me demande à nouveau les raisons de mon silence, rappelant combien nous étions invincibles, je ne peux me contenter que de secouer la tête, sentant mon visage se tordre sous le poids du chagrin. Je ne peux pas lui dire, je ne veux pas qu’il puisse haïr son père. C’est tellement terrible. Et mes craintes se confirment lorsqu’il souhaite connaître l’identité de ceux m’ayant obligé à m’en aller. Qu’il puisse envisager de tels actes me comble d’horreur. Mon Matthew ? Si plein de poésie, de douceur et d’empathie, faisant cela ? ça ne lui ressemble guère. Ça lui ressemble bien plus de me confirmer qu’il ne souhaite pas me perdre une deuxième fois. « Matthew… » Je relève un regard larmoyant vers le sien. « Tu… Tu es marié maintenant… Tu as quelqu’un dans ta vie. Il n’y a plus de place pour moi… » Bon dieu, ça me fait si mal de lui dire ça. « Ce n’est pas juste pour ta femme… Elle n’a rien fait en dehors d’être devenue ce dont je rêvais le plus au monde… » Sa femme. Sa moitié. Sa compagne. J’aurais au moins eu la chance de pouvoir être la mère de son fils. « Et je ne te donnerais pas les identités de ces gens. Ça ne sert à rien… ça n’apaisera pas la douleur : la vengeance n’a jamais été une fin en soi. Se venger, détruire… Oui et après ? Te sentiras-tu plus heureux… ? On ne rattrapera jamais le temps et ce que nous sommes devenus… » Je suis résignée et défaitiste. Mon optimisme est mort depuis si longtemps. J’ai abandonné si longtemps. En partant de Los Angeles, je n’ai pas seulement perdue l’homme que j’aimais, mais tout ce que je croyais bon et juste, les idéologies, l’humain. Je suis arrivée à Paris en étant vide, une coquille où il fallait insuffler de la vie, une histoire à raconter, pour se convaincre que rester en valait encore la peine. Et pourtant, je me dis que son père mérite la colère de son fils. Dans un sens, il lui a gâché sa vie, lui ayant fait prendre des décisions différentes de ce que lui-même aurait souhaité. Néanmoins, bien que je sois clairement en train de me rétracter, de me convaincre que je n’ai plus aucune place dans sa vie, ignorant la plaie béante s’ouvrant dans mon cœur, je finis par être certaine qu’il peut trouver une place pour la chair de sa chair Je pousse un soupir las, me passe la main sur mon visage afin de balayer toutes les larmes ayant coulé. « Je … Je ne sais pas comment te dire ça… Pourtant, j’y ai songé tant de fois. J’ai tant de textes imprimés en moi. Et pourtant, ce soir… Je suis démunie, je ne trouve pas les mots. » Je me sens rougir, mal à l’aise. Je ne sais pas si c’est une bonne idée ou non. « Il faut que tu saches que, d’une certaine manière, notre… notre histoire ne s’est pas complètement finie. La situation fait que tu as donné ton cœur à une autre… Mais… Il y a… » Je me tais, sentant de nouveau le monde tanguer autour de moi. Je m’accroche, cette fois-ci, à Matthew et finalement, je relève un œil timide vers lui « Il faut que tu le voies par toi même, je ne sais pas comment te le dire… ça me fait si mal. »  Oui, la douleur est intense : je fonce vers un inconnu m’effrayant un peu trop. Et je me dis qu’à défaut d’avoir su me battre contre son père, je peux au moins, lui donner le sentiment qu’au travers de notre histoire détruite, quelque chose de plus beau s’est créé.

***

On s’est éclipsé du gala avec une aisance familière me rappelant les fois où nous côtoyons ce genre de soirée à Los Angeles. On avait notre méthode pour aller prendre l’air, pour se laisser aller à des gestes tendres à l’abri des regards. Et là, j’ai l’impression de me retrouver six ans en arrière. Pourtant, les comportements sont différents, les regards sont plus creusés, la mine est usée par la vie et ses destins injustes. On finit par se rejoindre un peu plus haut de l’avenue. Je suis venue à pied, n’habitant pas très loin, dans ce quartier huppé de Paris, dans l’appartement de mes parents. Durant le trajet, je ne sais que dire alors je conserve le silence, la mine triste. Parfois, le monde tangue un peu et pour ne pas tomber, j’ai glissé mon bras autour de celui de Matthew. Je ne sais pas quoi lui dire… Je préfère laisser l’instantané faire son effet. Tous ces mots me reviennent en tête. Notre histoire est-elle vraiment finie ? Que pourrait-il nous arriver désormais ? Je ne me vois pas être la muse d’un homme désormais marié, je ne me vois pas endosser un rôle ne me ressemblant pas. J’ai tellement perdu la foi en moi-même, en ma propre estime. Le monde est noir autour de moi. Il n’y a plus que cette lumière auquel je tiens tant. Et nous arrivons bien vite dans la rue bourgeoise. J’ouvre la porte et le laisse entrer, préférant monter à pied plutôt que de me trouver dans un espace réduit. Je finis par m’arrêter au troisième, ouvrant doucement la porte de mon chez-moi. Le cœur bat la chamade, je ne sais même pas si Audrey l’a couché ou non. Pourtant, tout est silencieux quand j’entre. Le noir m’accueille en même temps que les fragrances habituelles. J’ôte mes chaussures afin de faire le moins de bruit possible. « Entre… » Je lui dis en m’écartant et refermant la porte derrière lui. C’est un appartement assez grand et spacieux, il a toujours appartenu à la famille et j’en ai pris possession en venant ici, afin de m’économiser un loyer couteux tout en étant dans le centre même de Paris. J’allume la lumière du salon bien rangée, contrastant à ma nature bordélique d’antan. Il y traîne si peu de jouets d’enfants, passage discret d’une petite vie supplémentaire que j’aime plus que tout. Il y a juste de grandes bibliothèques le long des murs où trône des livres par milliers, pour la plupart, appartenant à mon père. « Matthew… Je ne sais pas comment te le dire… » Je commence à dire d’une voix triste. Je joins mes mains ensemble, les serrant à m’en faire mal, inspirant doucement. « Quand je suis partie de Los Angeles, j’étais vraiment mal. Je t’avais perdu. J’avais perdu la partie. Toutes mes forces m’avaient quittées. Je ne croyais plus en rien et je… » Je me tais, sentant qu’on tire soudain sur le tissu de ma robe, à hauteur de mes cuisses. Je baisse le regard observant ce petit être, les cheveux en bataille, en pyjama et la figure pétrie de sommeil. « Maman, je t’ai attendu… » Il me sourit, me regardant comme si j’étais l’unique Dieu de sa vie. « Oh mon amour… » Je ne peux m’empêcher de lui sourire, m’accroupissant pour le prendre dans mes bras. « Demain matin on jouera ensemble, je te le promets… Là, tu vas aller dormir, je vais te border et te faire un énorme câlin.. ça te va ? » Il hoche la tête, enfouissant sa tête dans mon cou et prenant conscience de la présence de Matthew, tandis que je me redresse. « Maman… C’est qui ? » Dit-il en fronçant les sourcils, l’œil interrogateur. Que puis-je dire ? Que c’est son père, je crains que le traumatisme ne soit violent pour lui, aussi doucement je lui réponds « C’est un ami… » Et je connais mon fils, il voudra certainement aller le voir, se présenter et lui raconter sa vie. Bébé rieur est aussi un bébé qui parle beaucoup. Pourtant, je juge qu’il est tard pour lui, qu’il faut que j’explique à Matthew ce qu’il est. Pourtant, il n’est que son portrait craché et l’évidence semble tellement flagrante. Sans un mot, je me dirige vers sa chambre où je retrouve, Audrey en train de dormir également dans ce canapé que j’ai mis dans la chambre du petit. Il est tellement content quand elle est là, et elle aussi. Je couche mon petit, bordant son lit délicatement et finit par lui faire un long câlin. « Maintenant, dors mon amour… Laisse les rêves devenir tes amis. » Je lui souris avec adoration, fixant son visage endormi. Et doucement, je me lève sortant dans la pièce et refermant la porte discrètement. Je me dirige vers le salon, essayant de conserver le plus de distance possible avec Matthew. Je crois que j’ai une peur monstrueuse. Et pourtant, je m’arme de courage. Mon regard se voile d’une douce tristesse tandis que je murmure : « Il… Il s’appelle Ewan… Il… Il a six ans… » Mon visage se tord par le chagrin me venant tout à coup. Je me trouve tellement injuste et cruelle de lui avoir caché ça. Tout devient si confus. Et je sens que les larmes reviennent tandis que je trouve la force de bredouiller : « Et… Il est de toi, Matthew… C’est notre fils »


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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Sam 21 Jan - 18:35

« Tu ne la ramèneras pas. Tous les efforts que tu déploies depuis des mois ne servent à rien. » La mâchoire de Matthew se crispa d’entendre la voix d’une personne qu’il n’était manifestement pas enclin à voir. Il ne prit même pas la peine de relever son regard, continuant à appeler ce numéro qui ne décrochait jamais. Héloïse s’affichait sur l’écran avec son petit air angélique. Il s’agit de cette photo du Japon. La toute première qu’ils avaient prise ensemble. L’auteur y tenait tellement… Ils paraissaient si heureux de s’être retrouvés, comme si plus rien ne pourrait les détruire par la suite. Une douce illusion. « Va-t’en d’ici. Tu n’as rien à faire dans mon bureau. » Son ton était sans appel. Froid, cruel. Il darda un regard noir sur la fine silhouette qui venait de rentrer dans son antre. Jane affichait une mine déterminée. « Tu ne pourras pas retarder nos fiançailles plus longtemps ! Un jour ou l’autre, il faudra bien que tu prennes ta décision. » Matthew secoua la tête, comme si une idée absurde venait d’être évoquée. Ce qui était le cas. « Je ne t’épouserai jamais, Jane. Je ne comprends même pas pourquoi tu espères encore. » C’était son père qui avait dû lui mettre ces idées en tête, mais concernant le poète, ces idées étaient bien arrêtées. Il ne pouvait y en avoir qu’une. Héloïse. Sa belle Héloïse. Sa douce Héloïse. Pourquoi s’était-elle enfuie sans une parole ? Où pouvait-elle bien se trouver ? Chaque jour, il se levait en espérant qu’elle réapparaîtrait dans son paysage, qu’elle lui expliquerait tout. Et alors, ses raisons lui seraient logiques. Il comprendrait. Il pardonnerait. Mais sa vie sans elle… il ne le pouvait pas. Et pour l’instant, la douleur et l’incompréhension le rongeaient. Jane s’approcha, posant ses mains sur le bureau et se penchant légèrement vers lui pour qu’il soit obligé de la regarder. « Ne sois pas si idiot, Matt. Tu entends les rumeurs autour de nous, tu vois les regards. Tu ne peux pas me dire que tu es étranger à tout ce qui est en train de se tramer. La moitié du monde soupçonne déjà notre mariage. Il n’y a que cette solution, réfléchis ! » Il laissa échapper un rire sarcastique, se relevant de sa chaise pour ne pas perdre l’ascendant. Jane avait toujours été si grandiloquente, à la limite du théâtrale. « Arrête de faire semblant, Jane. Toi et moi savons très bien que tu ne te maries pas pour les autres. Tout ce qui t’intéresse, c’est de retrouver ton titre et ton argent. » La jeune femme eut une expression indignée avant de le foudroyer du regard. Pourtant, elle ne répliqua pas tout de suite. Elle se redressa, digne, avant de croiser les bras sur sa poitrine et de venir se poster face à Matthew. « Très bien, alors jouons cartes sur table si c’est ce que tu désires. J’ai besoin de redevenir une Dewitt Bukater pour retrouver mon titre, mon rang et mon argent. Et je ne pourrai atteindre cet objectif qu’en devenant ta femme. » Elle le dégoûtait fondamentalement. Comment avait-il fait pour être aveugle durant toutes ces années et ne pas déceler l’âme mauvaise qui était la sienne ? Il la surplomba de toute sa hauteur. « Tu ne seras jamais une McGregor, va voir ailleurs ! » Il la contourna pour diriger vers la porte dans le but de la chasser d’ici, mais elle n’avait pas dit son dernier mot. Elle se retourna, les poings serrés. « Ce mariage ne profitera pas qu’à moi, Matthew ! Tu n’es qu’un imbécile si tu ne le comprends pas. Qui d’autre que moi pourrait vouloir t’épouser ou te faire un héritier ? Ta réputation t’en empêche ! Ton passé t’en empêche ! Aucune fille sensée et avec un rang honorable n’acceptera de devenir la femme de Matthew McGregor, l’homme déshonoré. L’homme qui prend et qui jette les femmes quand ça lui chante ! » Le sang de Matthew ne fit qu’un tour. Il se tourna vers elle, la fusillant du regard. S’il avait pu, il l’aurait tuée sur place. « Oh oui, bien sûr ! Marions-nous et voyons quel autre genre de monstruosité peut naître d’une telle union ! Avec toi, je sais qu’elle peut prendre des formes très diverses ! » rugit-il avec colère. Elle mentait. Héloïse l’aurait épousé si elle était restée avec lui. Elle serait devenue sa femme, la mère de ses enfants. Elle serait devenue tellement de choses bien qu'rlle était déjà tout à ses yeux. Sa perte était un déchirement atroce. « Ta petite stagiaire ne reviendra pas ! Je l’ai compris à l’instant même où je t’ai vu avec elle que tu étais amoureux d’elle. Je te connais, Matthew. Mieux que toi-même. » Le corps du poète se raidit d’entendre le prénom de sa dulcinée prononcée par une bouche tant haïe. « Jane, ça suffit. » Elle ne prit cependant pas compte de ses sombres injonctions. « Seulement, elle est partie parce qu’elle a enfin réalisé l’homme que tu étais. Ne te pense pas meilleur que moi. Elle a fui parce qu’elle a enfin compris qu’elle valait bien mieux que toi ! » Il ne put contenir sa rage plus longtemps. Il attrapa violement son bras et la plaqua contre un mur sans aucune douceur. « LA FERME ! » lui hurla-t-il au visage, pétri de fureur et de chagrin. Une plaie béante s’ouvrait dans son cœur. Non… tout ceci ne pouvait être vrai. Jane conserva le silence, ancrant ses prunelles froides dans celles du jeune homme. « Tu peux te démener autant que tu le veux, soulever la terre entière, et supplier autant que tu le pourras, mais elle ne reviendra pas. Cette romance idiote est terminée. Tôt ou tard, tu vas t’en rendre compte. Et tu vas m’épouser, Matthew McGregor. Pas parce que tu le voudras. Pas parce que tu m’aimeras. Mais parce que tu découvriras que tu ne pourras pas faire autrement. Je suis la seule chance qu’il te reste. Et si tu veux rendre ton existence un tant soit peu acceptable, tu seras aussi obligé d’apprendre à m’aimer. » Il n’eut pas la force de réagir, détruit plus que jamais. Elle l’observa silencieusement avant de le repousser pour échapper à son emprise. Elle s’engagea vers la sortie sans un mot, claquant la porte derrière elle. Il resta immobile un instant avant de planter furieusement son poing dans le mur en face lui en poussant un cri de rage.

« J’avais promis de ne rien dire. » Il sentit tous ses muscles se tendre sous le coup de cette colère dirigée contre une foule d’anonymes qui avait brisé son bonheur six ans plus tôt. Matthew avait peut-être obtenu l’estime des autres, un statut plus qu’honorable, mais il était dépossédé de son unique raison de vivre, dans sa lumière dans l’obscurité. Il avait tout perdu le jour où Héloïse s’était enfuie. L’affront était trop grand. Ils n’avaient pas seulement fait du mal à lui, mais aussi à la femme qu’il aimait. Il ne pouvait y avoir de pires crimes en ce monde et l’auteur comptait bien les faire payer d’une manière ou d’une autre. Matthew n’était pas d’un naturel revanchard, mais il sentait qu’il était tout à fait capable de le devenir. Pour se venger de cette douleur dans les beaux yeux d’Héloïse, il était prêt à tous les crimes du monde. Mais pas ce soir. Il décida de ne pas lui poser plus de questions, souhaitant profiter de cet instant unique où ils se retrouvaient tous les deux enfin. Il préféra jouir de cet instant de grâce où ses lèvres retrouvaient les siennes, meurtries d’avoir été éloignées de leurs jumelles aussi longtemps. Ses mains retrouvèrent la douceur des cheveux d’Héloïse, la finesse de ses bras, de ses épaules, de sa taille. Il retrouva son parfum avec délice. Toutes ces saveurs d’antan lui revenaient, lui permettant de pouvoir vivre à nouveau. Enfin, son âme était complète. Son cœur battait en même temps que lui sien. Il se sentait redevenir entier. Et il ne devait cela qu’à Héloïse qui partagea son baiser avec tout autant d’intensité désespérée. Quand le baiser se rompit, il ne put s’empêcher de vouloir encore savoir qui avait mis un terme à leur bonheur. Mais la réponse d’Héloïse n’en fut que plus douloureuse. Elle parla de sa femme, de son mariage et de l’injustice que leurs retrouvailles provoqueraient. Matthew n’était pas prêt à lui dire qu’il s’était obligé à épouser Jane. Il secoua la tête, prenant le visage de sa belle entre ses mains pour planter son regard brûlant de sincérité dans le sien. « Ce mariage, ce n’est pas ce que tu crois. Elle ne représente rien pour moi… Je n’ai jamais pu en aimer une autre que toi. » Il ne mentait pas. Il lui semblait que c’était encore hier qu’il était à la recherche d’Héloïse, avant de s’être résigné. Mais une part de son cœur n’avait jamais cessé de battre pour elle. Il l’avait juste fait taire… comme on s’arracherait le cœur de la poitrine pour moins souffrir. Elle voulut le dissuader d’assouvir une telle vengeance. Il ne chercha même pas à répliquer, même s’il sentait cette rage qui irradiait dans chaque fibre de son être. Il serait capable de se venger. Il le savait. Il connaissait les hommes de son univers. Il trouverait une faille et il les ferait déchoir. Ils se retrouveraient à terre et connaîtraient le déshonneur jusqu’à être totalement détruits. L’auteur ne voulait faire preuve d’aucune pitié, pas même pour tout l’or du monde. Mais la voix tendre d’Héloïse faisait mollir ses idées belliqueuses. « Ce temps n’aurait jamais dû nous être ôté… » Il réclamait la vengeance pour cette injustice. Matthew en avait trop fait les frais. Il avait toujours cherché à protéger Héloïse de la perfidie de son univers, mais le constat était qu’il avait échoué. Il ne pouvait s’en vouloir plus qu’à lui-même. Soudain, l’attitude de sa belle changea. Il l’observa attentivement, n’osant décoller son regard d’elle de peur qu’elle ne puisse lui échapper. Ses mains effacèrent ses larmes de ce visage où la gêne prenait place. A moins que ce ne soit la honte ? Il ne comprit pas mieux au discours qu’elle lui tint. Elle en disait trop mais pas assez. Il nageait dans le flou total sans parvenir à comprendre quoi que ce soit. Il voulait lui sommer de lui répondre sur le champ, mais elle semblait déterminée à lui montrer elle-même. Il s’approcha d’elle pour la prendre dans ses bras, lui transmettre un peu de chaleur alors qu’elle semblait trembler. « D’accord, mon amour… tout ce que tu veux tant que tu ne me quittes plus… »

***

Matthew était terriblement fébrile, mais il se gardait bien de le montrer. Il ne voulait pas que cela effraie Héloïse et qu’elle se rétracte. Il ne savait pas à quoi il devait s’attendre. Tout à coup, elle lui semblait si auréolée de secrets et de mystères. Heureusement, il ne dut pas attendre trop longtemps. Ils décidèrent de s’éclipser aussitôt de la réception. Tout aussi discrètement qu’ils pouvaient le faire autrefois. Dans la rue, il tentait de reprendre ses esprits après tout ce qu’il venait d’apprendre. Il réfléchissait à ce que pourrait être la suite maintenant qu’il avait retrouvé Héloïse et qu’il connaissait les raisons de son départ. Ce n’était pas à cause de lui… pas parce qu’elle ne l’aimait plus. Ni même pour les raisons cruelles que Jane lui avait exposées plusieurs années auparavant et qu’il avait finies par croire. Il savait qu’il ne pourrait garder Jane auprès de lui, mais tout s’embrouillait. Aujourd’hui, il était le seul homme McGregor. Il était le seul acteur de sa vie, ce qui facilitait amplement les choses. Son empire, il en était déjà à la tête. Et tout le reste n’avait plus d’importance. Cyniquement, il se mit à bénir la mort de son père quelques mois plus tôt. Il suivit Héloïse sans un mot, profitant de la chaleur de son bras autour du sien. Il avait retiré sa veste pour la déposer sur les épaules de sa belle. Finalement, ils arrivèrent à l’appartement de la jeune femme. Il ne pouvait s’empêcher de regarder autour de lui en songeant que ces murs avaient connu six années de la vie d’Héloïse tandis qu’elle était si loin de lui. Le lieu est plutôt grand et confortable, ce qui rassura assez l’éditeur. Il fit quelques pas dans l’appartement, détaillant ce qui se trouvait autour de lui. Il crut soudain voir quelque chose mais… « Matthew… Je ne sais pas comment te le dire… » Il reporta son attention sur Héloïse. Sa voix était si triste. Elle lui apparut si malheureuse qu’il fronça les sourcils et qu’une boule se forma dans son estomac. Elle se mit à lui parler de Los Angeles, de son départ, mais il ne l’écoutait déjà plus. Il vit un petit être se frayer un chemin dans l’appartement pour venir dans les jupes d’Héloïse. Un froid glacé lui parcourut la colonne quand il l’appela maman. Son cerveau eut du mal à réfléchir, à enclencher les rouages. Il ne savait pas ce qui était en train de se passer véritablement devant lui. Il contemplait cette scène comme s’il n’y appartenait pas, qu’il n’était qu’un spectateur muet. Il ne cessait d’observer cet enfant, osant à peine imaginer qu’il lui ressemblait bien trop pour que ce ne soit qu’une coïncidence. Mais il ne dit rien. Il se contenta d’observer Héloïse, d’écouter ses mots emplis d’amour jusqu’à ce qu’elle ne parte avec le petit garçon pour le coucher. Seul, il fit quelques pas dans le salon, osant à peine y croire. Non, ce ne pouvait être vrai… Il rejetait cette idée bien trop effrayante. Il se passa une main sur le visage, tout en regardant autour de lui. Il avait des livres, beaucoup de livres. Mais des jouets aussi, çà et là. « Il… Il s’appelle Ewan… Il… Il a six ans… » Matthew se retourna brusquement, n’ayant pas cerné la présence d’Héloïse dans la pièce. Ewan, comme son deuxième prénom… « Il… il te ressemble. » parvint-il tout juste à formuler d’une voix rauque. Mais non, il ne ressemblait pas vraiment à Héloïse. Enfin si, il avait sa mine mutine, son visage d’ange, cette aura de gentillesse. Seulement, il était son portrait craché à lui. Il vit les larmes dévaler les joues d’Héloïse avant qu’elle ne lui annonce qu’il s’agissait de leur fils. Son sang se glaça dans ses veines. L’information avait du mal à se frayer un chemin dans son esprit, et pourtant, il l’avait su dès l’instant même où ses yeux s’étaient posé sur lui. Il aurait voulu dire quelque chose, au moins esquisser un geste vers elle, ne serait-ce que pour la rassurer, mais il n’y parvint pas. Il se contentait de la dévisager jusqu’à ce que son regard ne tombe au sol, comme si ce dernier détenait la réponse à ce mystère. Il sentit perdre pied alors il s’assit sur le canapé qui se trouvait dans le salon. Bon sang, ce garçon était son fils. Leur enfant. Il était papa, bordel ! « Nous… nous sommes parents. » Il se le répétait comme pour mieux le comprendre. Et là, il réalisa qu’elle n’avait pu tomber enceinte qu’au moment où elle était partie. Il n’avait pas seulement perdu sa femme, mais aussi un fils. Comment ne pouvait-il pas en vouloir à ces personnes qui lui avaient retiré son grand amour et son unique enfant ?! Mais pour l’heure, ce n’était pas la question. « J’ai un fils… » Un sourire s’étala sur ses lèvres. En dépit de tout, il se découvrit heureux. Il se releva, s’approchant de cette Héloïse tremblante. Ses mains vinrent saisir les siennes. « Je suis papa… grâce à toi… » Certainement pas dans les circonstances qu’il aurait désiré, mais il ne pouvait être plus heureux qu’en sachant que sa dulcinée était la seule qui avait pu lui offrir un tel présent. Tout à coup, il comprit mieux ce coup de téléphone. Elle devait sûrement l’appeler. « Bon sang… comme j’aurai aimé que les choses se passent autrement… Nous n’aurions jamais dû être parents dans ces circonstances… pas éloignés l’un de l’autre. » Il en voulait au monde entier pour lui avoir retiré son fils en plus de tout le reste. Ses pouces caressèrent tendrement les joues d’Héloïse pour effacer ses larmes. Il ne savait pas encore trop comment réagir, mais mille questions fourmillaient dans son esprit. « Alors tu l’as élevé seule ? Est-ce que… est-ce que tu le savais déjà quand tu es partie ? » Parler de cela était douloureux. Dans le fond, il espérait qu’elle ne le savait pas au départ. Sinon, il aurait souhaité qu’elle ne soit jamais partie. Il se détacha légèrement d’elle. Il avait besoin de réfléchir, de bouger et il se mit à faire les cent pas dans la pièce, légèrement nerveux. Il se passa une main dans les cheveux, songeant à toutes les opportunités qui s’offraient à eux. Sans doute devait-il paraître trop agité. Tout à coup, il revint vers l’unique objet de ses pensées. Il l’attrapa délicatement par les épaules pour venir la faire asseoir sur le canapé. Bon sang, qu’elle était belle… Il entrelaça ses doigts avec les siens. « Héloïse, le destin t’a rendu à moi… de la manière la plus étrange qui soit, mais je ne peux l’ignorer. De même que je refuse que tu puisses disparaître de ma vie encore une fois. Encore plus si nous avons un enfant. Ewan… je veux le connaître. Je veux faire parti de sa vie. Je veux être son père comme j’aurai dû l’être six ans auparavant. Je ne veux plus que tu sois toute seule. » Il n’avait jamais été aussi sûr de lui. Tout lui apparaissait clairement désormais. « Nous avons été séparés six ans, je refuse de l’être encore un jour de plus. Mon père est mort. Il n’y a plus personne pour me dicter quoi faire. Je peux choisir de la vie que je veux mener. Plus rien n’est un obstacle désormais, pas même mon mariage. Je trouverai un moyen d’effacer tout ça. » De rayer ces années de perdition d’un trait de crayon. Il était suffisamment fort pour cela. Après tout, Jane n’était rien sans lui. Pas l’inverse. Il plongea ses prunelles emplies de ferveur dans celles d’Héloïse. Ses yeux lui avaient tant manqué… « Chaque heure de ces six années ont été un calvaire terrible. Avec toi, tu as emporté un bout de moi, mon âme, mon cœur, tout espoir… Je n’ai pas réussi à devenir une meilleure version de moi-même comme tu parvenais à le faire si bien. Mais maintenant que je te retrouve, je me sens exister à nouveau. » Il vint déposer un baiser sur ses lèvres. Court mais intense. Il attrapa soudain cette main qui détenait encore la bague qu’il lui avait offerte de nombreuses années auparavant. Un symbole empli de tant de promesse. « Héloïse Bennett, épouse-moi. Je t’en prie. »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Dim 22 Jan - 11:40

Je suis au supplice. Tout se mélange en moi dans un cocktail si étouffant, qu’à chaque seconde, j’ai l’impression de défaillir. Durant le temps où nous nous rendons à l’appartement, j’ai l’impression que le monde tangue de plus en plus, que l’air se raréfie et que mon cœur s’emballe un peu plus dans une danse effrénée. Je ne sais que dire. Je ne sais que penser. Les mots employés viennent, s’en vont et me reviennent à nouveau, dans ma tête. C’est lancinant. C’est sans fin et j’essaye de m’accrocher, tant bien que mal, à cette lueur d’espoir que Matthew me renvoie. Bizarrement, ma conscience me hurle d’être égoïste, de penser un peu à moi. Et puis à Ewan aussi. Toutes mes pensées finissent par trouver une même issue à ce chemin sinueux. Mon fils. Mon petit. La chair de ma chair. Celui que j’ai mis au monde dans la souffrance, dans la solitude. Celui que j’ai pu tenir dans mes bras, il y a six ans déjà. Molly était avec moi ce jour-là, elle me rassurait, me disait des mots doux, passait des tissus humides sur mon front imbibé de sueur. Elle prenait la place qu’aurait dû avoir Matthew s’il avait été au courant. Ce jour-là, je refusais toute forme d’anesthésie, de péridurale, d’annihiler tout mal ressenti. Je voulais qu’il naisse avec la douleur que sa venue m’imposait. Je voulais que cette douleur soit équivalente à celle que je ressentais chaque jour. Je voulais qu’elle soit le prix à payer pour tous ces sacrifices, toute cet égoïsme que le monde extérieur me faisait subir. Entre mes mains tremblantes, et malgré les larmes coulant sans cesse, Ewan avait pris une forme nouvelle, hurlant et s’accrochant à la vie. Je me souvenais encore trop bien avec quelle poigne il avait agrippé l’un de mes doigts, de sa petite main rose. Dans le fond, c’était un appel à l’aide, une ode à la vie, une prière muette pour me rappeler que je ne pouvais pas abandonner, qu’il fallait que je continue à marcher le long de ce chemin désert. Ce jour-là, Ewan dans mes bras, je prenais tout autant conscience que cette route je ne la traverserais plus seule. Sa petite main dans la mienne, je ne serais plus seule actrice de ma souffrance. Quelqu’un, dans ce monde, avait besoin de moi. Quelqu’un, dans ce monde, dépendait de moi. L’abandon total n’était pas pour aujourd’hui. Je devais tenir pour mon fils. Je devais faire de lui un homme meilleur, à l’image de son père que j’avais tant aimé. Je voulais qu’il puisse, à l’inverse de Matthew, avoir le choix, qu’il puisse croire en ses rêves sans craindre de ternir une image voulue par la famille, par le monde l’entourant. Je voulais que, jamais, il ne puisse vivre une telle horreur, une telle solitude, une telle souffrance. Je voulais qu’il soit heureux d’être envie, heureux de pouvoir prendre les décisions lui convenant.

Et ce soir, je me décide à m’affranchir de tous ces silences. Je souhaite anéantir ces six ans d’absence. Dans un sens, j’ai l’impression d’avoir une échappatoire, de pouvoir, enfin, avoir le choix. Et pourtant, si en apparence, je semble calme bien que triste, dans ma tête, c’est le chaos absolu. Je suis tiraillée entre la promesse faite à son père, par le fait qu’il est désormais marié. Et quand bien même, il me dit que ce mariage n’a nulle importance pour lui, je ne peux m’empêcher de me sentir mal, de replonger dans une curiosité malsaine, à m’imaginer cette femme à qui, il s’est uni. Et puis, il y a l’amour prenant sa place dans mon esprit. Le fait d’avoir cédé à la frustration, de l’avoir embrassé passionnément comme au bon vieux temps, a réveillé des souvenirs anciens, des sensations que je pensais, oubliées. Et pourtant, six ans après, je me rends compte combien le corps n’a jamais oublié, combien la sensation reste agréable, combien les sentiments sont forts. Indestructibles. Éternels. Dois-je me montrer égoïste ? Telle est la question s’imposant en moi. Elle me tiraille, elle me démunit complètement sans que je sache si c’est bien ou non. A bien des niveaux, je prends conscience de ce mal que je peux créer. J’ai si peur, aussi, de sa réaction. Comment va-t-il réagir en sachant ce terrible secret ? Comment va-t-il réagir en voyant Ewan pour la première fois. Je crois que je ne pourrais supporter sa colère. Cela me rendrait bien trop malheureuse. Et pourtant, je tiens bon. Je m’arme de courage et le fait entrer dans mon domaine, là où aucun homme n’est entré depuis six ans. J’ai toujours refusé les propositions de dîner, de rencards des inconnus, des collègues de boulot … Je n’ai jamais voulu ouvrir mon cœur à une autre histoire d’amour. Je ne voulais que l’adoration de mon bébé, c’était la seule chose qui comptait réellement à mes yeux. Et pourtant, ce soir, je ne ressens nulle honte à laisser entrer Matthew. Il n’est pas un simple homme. Il n’est pas un inconnu. Il n’est pas un collègue de boulot. Il n’est pas une conquête d’un soir. Il n’est pas une histoire sans avenir. Au contraire, il est l’amour de ma vie. Il est le père de mon enfant et surtout, il est à la fois, mes plus beaux instants tout comme mes pires souvenirs. Il est un tout. Il est l’unique parmi des millions. Il est cette âme-sœur, la moitié de mon cœur, l’air que je respire, ce doux son de son cœur que j’affectionne tant, la délicate mélodie de sa respiration paisible. Il est ce sourire qui me comble de joie. Il est cette attraction irrésistible dès lors qu’il pose ses mains sur moi. Il est ce rêve que je chérirais jusqu’à la fin. Il est le père de mon enfant se matérialisant à nous sans que je m’y attende. Dès lors, Ewan prend immédiatement toute la place dans ma tête. Je m’occupe de lui, délaissant Matthew. Je n’ai nulle autre pensée que celle d’aller le mettre au lit, le gardant dans mes bras, le berçant doucement. Il devient lourd petit à petit et pourtant, quand il réclame mes bras, je ne peux le lui refuser. C’est d’ailleurs au milieu de la douce quiétude de bercer mon petit que je songe à cette présence d’un père qu’il me réclame souvent. Un père qui n’aura pas mal aux bras en le portant. Un père qui pourra lui apporter toute la sécurité et la protection dont il a besoin. Un père qui pourra lui apporter la présence masculine manquant tellement à son existence. Et il devient clairement évident qu’il ne pourra y avoir que Matthew et personne d’autre. Voilà qu’à nouveau, je ressens tout l’égoïsme de vouloir Matthew, de l’arracher à sa vie actuelle pour vivre dans le confort de cette vie apaisante que je savoure avec Ewan

Il finit par s’endormir et lorsque je sors de la chambre, je sais que le moment est venu de dire cette vérité. Je retrouve Matthew, dos à moi et sans lui laisser le temps, ni de recul, je lui révèle son nom et son âge en espérant que cela fasse son petit bout de chemin. Pourtant, je sens comme une sensation de tristesse intense. Peut-être, est-ce de voir cette incompréhension. Peut-être le fait de me sentir mal, d’avoir caché l’existence de ce petit garçon formidable. Et je finis par avouer l’inavouable : Ewan est son fils. Notre fils. Et le silence finit par prendre sa place, silence qu’il finit par rompre. J’acquiesce doucement à chacune de ses phrases, le fixant d’un air terriblement malheureux. « Je suis désolée de ne pas te l’avoir dit plus tôt.. » Et mon cœur se fissure un peu plus. Pourtant, je demeure surprise en voyant un sourire apparaître sur son visage. Je pensais tellement à sa colère, sa rage. Et pourtant, il vient vers moi, glissant ses mains dans les miennes. Le fait qu’il puisse me dire qu’il est papa grâce à moi, me donne le courage de murmurer « Et c’est un petit garçon merveilleux… » Je me laisse toucher le visage par Matthew, sentant les sanglots serrer ma gorge. C’est à la fois une sensation d’un doux bonheur et d’une lancinante douleur. J’ai l’impression de percer un abcès et que le venin s’en déverse doucement. Je m’accroche aux paroles de Matthew comme on s’accroche à une bouée de sauvetage. La vie est si injuste et j’aurais tellement aimé que la naissance d’Ewan, ma grossesse se passent autrement. J’aurais aimé que Matthew soit là à chacun des instants de son fils. Ses premières bougies d’anniversaire. Ses premiers mots. Ses premiers pas. J’aurais tellement aimé apporté à notre fils ce point de repère manquant. Bien sûr, je comprends les interrogations de Matthew, ses questions me paraissent légitimes. « Je l’ai élevée seule… ça n’a jamais été évident. Je … j’ai fait un déni de grossesse et Ewan s’est manifesté tardivement de façon à ce qu’il n’était plus possible de ne plus le vouloir… De toute façon, je voulais qu’il naisse… Je voulais qu’il soit dans mes bras… Parce qu’il était tout ce qui me restait de toi… » Je secoue la tête, sentant les larmes redoublaient d’ardeur. « Il te ressemble tellement… Il est ta copie parfaite… »

Et je ne discerne plus trop ce qu’il se passe. Je sens juste ses mains autour de mes épaules, ces mains qui me dirigent vers le canapé où nous prenons place tous les deux. Tout me semble flou et ma respiration est saccadée, le cœur menace d’exploser. Pourtant, Matthew se montre incroyablement rassurant. Ses paroles sont un baume apaisant, une sensation de renouveau. Il veut faire faire parti de la vie d’Ewan, il veut le connaître, il veut être un père pour lui. Durant le temps où sa voix m’enveloppe, mes mains serrent un peu plus les siennes. Je m’accroche à Matthew, à cette chance qu’il m’offre de racheter mes erreurs passées. J’ai tant envie d’être égoiste et de chérir cette idée de famille que nous pouvons être. Que nous aurions dû être sans la méchanceté perfide du père de Matthew. C’est terrible à dire, mais lorsqu’il finit par évoquer la mort du patriarche, je n’arrive même pas à en être désolée. Cet homme a enlevé mon plus grand bonheur, il a privé son petit-fils de la présence de son père. Dans un sens, il a tout été le destructeur de la vie d’un être innocent. Je me sens tellement vide, je sens encore le traumatisme de ce départ. Et pourtant, les mots de Matthew me font du bien. Il refuse d’être encore séparé de moi, éloigné de moi, décrétant que son mariage ne peut avoir la même force de frappe que ce que nous éprouvons toujours, l’un envers l’autre. Sa main finit par saisir la mienne. Celle où règne encore sa bague, je n’ai jamais pu l’enlever, jamais pu m’en séparer. Elle a été une protection envers des hommes me croyant mariée. Et aujourd’hui, cette promesse offerte un soir de Noël prend un sens nouveau lorsqu’il me demande de l’épouser. Durant tout son temps où je le fixais, mon visage n’était qu’une expression de douceur teintée d’une tristesse intense. Et immédiatement, il se feint d’une surprise sincère. Épouser Matthew… Devenir sa femme… Devenir une famille. La notion primaire de cet engagement me submerge violemment tel un raz de marée où tout ce que j’ai pu ressentir durant tout ce temps, se déverse. « Matthew… » Et là, je fonds en larmes, ne trouvant d’autre mots que d’enfouir mon visage dans son torse, m’agrippant à ses bras, enfouissant mes doigts dans le tissu de sa chemise. Et je pleure… Je n’arrive même plus à parler, saisie par de violents hoquets que l’émotion rend insoutenable. Je vide la coupe pleine depuis longtemps. Je n’arrive même pas à lui dire que oui, je veux l’épouser, oui, je veux qu’il soit le père d’Ewan, oui, je veux que nous puissions devenir une famille. A mon sens, la mort de son père rend cette promesse caduque. Il n’existe plus aucune barrière entre nous comme si six ans d’absence s’effaçait. Et je pleure durant un bon moment dans ses bras. Je ne fais pas attention au temps qui tourne. Je m’accroche juste à son parfume apaisant, à ses bras protecteurs, à ses lèvres déposant des baisers sur mon front, à cette douceur qui m’a tant manqué, au fait indéniable que désormais, je ne suis plus seule pour affronter les grands âges de ce monde.

Et puis, petit à petit, le flot des larmes finit par se tarir et je me sens vidée. Un peu comme un livre vierge, lavé de son encre et dont l’histoire est à écrire. Je reste longtemps dans les bras de Matthew, mes jambes ramenées dans une position me rappelant mes premiers émois avec lui, cette volonté qu’il avait constamment de prendre soin de moi et de se montrer rassurant. Je ne conserve que le silence, écoutant le doux son de son cœur, sa respiration ordonnée. Il est là… Avec moi. « Je ne veux plus jamais être séparée de toi… » Je finis par bredouiller fixant un point invisible, ma joue posée à l’endroit de son cœur. « Je veux tellement devenir une famille… Je veux devenir ta femme… Je veux te chérir jusqu’à la fin… Parce que de toute façon, je n’ai jamais cessé de t’aimer… Même en n’ayant plus de tes nouvelles… Même en étant loin de toi… » Pourtant, je n’arrive pas à sourire. Je suis encore pétrie par toutes ces émotions, cette tristesse, cette colère. Je sais que l’amour, la joie reprendront bien vite cette place leur revenant de droit. Il faut juste laisser le temps au cœur de se rapprocher de l’esprit, de le rassurer et de lui dire que tout ira bien. Finalement, je finis par lever mon visage vers le sien, l’observant sans rien, laissant mes doigts parcourir son visage. Il est réel. Il est là. Et je suis dans ses bras. Le moment absolu de cette vérité parfaite prend tout son sens. Et sans un mot, je me redresse pour l’embrasser avec fougue, pour rattraper le temps perdu, pour savourer encore la délicate sensation d’un corps s’embrasant à la douce sensation de ses mains raffermissant leurs prises autour de ma taille. Tout à coup, le désir me submerge, s’éveillant d’un sommeil forcé. Et la passion me pousse à me lever, à prendre sa main pour l’amener directement dans ma chambre, sans jamais briser notre étreinte, sans jamais quitter la douceur suave de ses lèvres contre les miennes. Dès lors que je ferme la porte, mes lèvres retrouvent bien vite les siennes pendant que mes mains s’activent bien vite à lui ôter toute parcelle de vêtements s’immisçant entre nous. Tout ce qui est étranger et qui n’a pas sa place quand l’amour réside, doit prendre cette forme, la plus poétique, la plus pure, la plus forte dans ces retrouvailles tant rêvées. Bien vite, nous nous retrouvons renversés dans mon lit, les assauts de nos lèvres n’étant que fièvre ardente, passion terrible et un amour incandescent, immuable et terriblement puissant. « Je t’aime Matthew… Après tout ce temps, je n’ai jamais cessé de t’aimer… » Je finis par gémir, quand ses lèvres glissent dans mon cou, que son corps s’unit au mien dans la plus parfaite des évidences, dans l’amour le plus pur, dans le secret inavoué que nous nous aimerons pour toujours. Et à jamais…
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Dim 22 Jan - 22:12

Il était père… L’auteur parvenait tout juste à y croire. Il ne s’était jamais encore figuré avoir une progéniture quelconque. Bien sûr, il en avait rêvé autrefois avec Héloïse. Il se souvenait de ces instants précieux où ils se plaisaient à imaginer ce que serait leur avenir. Un mariage, une existence à deux qu’ils pourraient mener au grand jour, et des enfants qui alimenteraient de joie leur vie. Et même si c’était pour bien plus tard, cela les satisfaisait de se dire que leur relation cachée n’était que temporaire, qu’il y avait un avenir derrière ces heures un peu plus sombre de leur histoire. Héloïse savait détailler avec un enthousiasme adorable les bouilles de ces petits êtres qui peupleraient un jour leur existence. Dans son esprit fantaisiste, ils étaient tous des portraits crachés de Matthew, ce qui l’amusait assurément. Quant à lui, il se plaisait à penser qu’ils auraient la nature plus douce et tempérée de leur mère. Puis à deux, ils songeaient à des noms. Toutes ces histoires semblaient si abstraites, mais ils vivaient tous les deux dans la commune certitude qu’il s’agissait de leur univers. Leur amour était si fort, si puissant, si invincible. Qui aurait pu en douter six ans plus tôt ? Certainement pas lui. Leur dernière nuit d’amour, il en rêvait encore. Il évoluait dans la quiétude de se lever au matin avec Héloïse à ses côtés. Mais ce ne fut jamais le cas. Dès qu’il eut ouvert les yeux, ses doigts rencontrèrent la surface froide et vide des draps. Toutefois, il ne pouvait pas y croire. Le poète avait longtemps nié l’évidence. Il lui paraissait inconcevable que sa dulcinée ait pu s’échapper après des mois de promesses si sincères. La suite n’avait été qu’un enchevêtrement de coups de téléphone qui n’obtenaient pas de réponses, des visites chez Lullaby qui prétendait ne rien savoir, de même que la famille d’Héloïse. Personne n’était au courant de rien. Tout le monde semblait aussi étonné que lui que la douce et discrète Héloïse se soit évanouie dans un souffle de vent. Pourtant, il n’avait pas baissé les bras. Il avait préféré la croire en danger plutôt que de songer un seul instant qu’elle aurait pu l’abandonner. Mais ce n’était pas le cas. Pas avec cette lettre qu’elle lui avait laissée. Il avait dû se confronter à la dure réalité, tombant de bien plus haut qu’il ne le pensait. Tombant du ciel, tombant des étoiles… Il s’était échoué sur la surface dure et glacée d’un monde qui était étranger au doux parfum d’Héloïse, à sa voix, à ses gestes, à ses rires, à la teinte carmin de ses joues, à ses sourires, à ses doigts effleurant délicatement les touches de son piano. Comme l’univers lui avait semblé si fade alors… comme l’existence lui paraissait austère… Dans ce monde où Héloïse Bennett n’existait plus, il avait poussé dans la tombe Matthew McGregor. Il n’avait plus le goût de perdurer, et pourtant, il avait tenu bon pour une raison qui lui échappait encore. Peut-être l’espoir de la revoir un jour ? Ce si infime espoir qu’il en devient dérisoire. Mais inconsciemment, l’auteur s’y était raccroché comme le poète s’accroche à sa plume pour ne jamais faillir complètement. L’idée d’avoir des enfants ne l’avait alors plus jamais effleurée. Il n’était pas sourd aux espoirs que détenaient sa famille et celle des Dewitt Bukater, mais il se refusait à engendrer un héritier avec Jane. Se marier avec elle était une chose. Fonder une famille avec elle en était une autre. Cette questions avaient posé beaucoup de polémiques dans le couple dont Matthew tentait de s’éloigner le plus possible. Au fond de lui, il savait qu’il n’y en avait qu’une qui aurait pu détenir le privilège de porter ses enfants. Et ce n’était très certainement pas Jane. Peu importait qu’il n’ait jamais d’enfants, car aussi assurément qu’il foulait cette terre, il savait qu’il n’aurait jamais pu les aimer. D’une manière ou d’une autre, ils auraient été le reflet de cette existence qu’il n’avait pas choisi, à laquelle il s’était résigné par dépit à cause d’un cœur et d’une âme déçue. Etre père, il ne l’envisageait pas. Il ne l’envisageait plus. Mais ce soir changeait toute la donne…

« C’est un petit garçon merveilleux… » Il peinait encore à y croire. Cette soirée était si irréelle qu’il se demandait encore quand est-ce qu’il allait se réveiller d’un sommeil sûrement agité. S’était-il assoupi un instant à l’hôtel ? Une telle découverte pouvait-elle être possible ? Mais pourtant, ce sont bien ses mains qui viennent saisir celles d’Héloïse. Elles étaient glacées. Il les enveloppa entre ses doigts pour mieux les réchauffer, pour rassurer cette femme qu’il aimait toujours à en mourir. Oh bien sûr, il aurait pu être en colère qu’elle lui ait cachée une telle vérité. En sachant qu’elle attendait leur fils, elle aurait pu le contacter, revenir à Los Angeles et clamer haut et fort qu’elle ne plierait pas face à d’odieuses menaces. Toutefois, Matthew n’était pas dupe. Il ne voulait pas l’être. Déclarer qu’elle était enceinte d’un McGregor aurait pu la détruire bien plus que maintenant, et l’enfant avec. Il n’était pas étranger à ce monde impitoyable dans lequel il évoluait, et dont il était parfois l’acteur. Tout prenait sens peu à peu dans son esprit. Néanmoins, rien n’étouffait la colère qui circulait dans les veines de l’éditeur, le faisant bouillir de l’intérieur. Il en voulait à ces gens qui avaient fait souffrir Héloïse, qui les avaient séparés et qui l’avaient condamnée à la solitude. Il aurait été prêt à les retrouver tous un par un pour leur faire payer d’avoir ôté une telle créature à son paysage. Elle qui rendait tout plus beau… Sa fureur était d’autant plus grande qu’aucun sourire n’avait encore traversé le visage d’Héloïse depuis qu’il l’avait revue. Aucun sourire, aucun rire… Elle n’était plus le reflet d’un enthousiasme constant, mais bien d’une âme usée et vieillie. Son innocente et sa pureté lui avaient été retirées aussi. Tout ce qui faisait qu’il l’avait tant aimée autrefois. Mais il n’en trouvait pas son âme moins belle. Au contraire, il saurait ramener l’éclat dans ses yeux et faire à nouveau tinter son rire chaud comme un millier de grelots. Il était prêt à tout pour retrouver cette parcelle de bonheur qu’ils partageaient six ans auparavant. Il apprit, la mort dans l’âme, qu’elle avait fait un déni de grossesse. Elle avait à peine eu le temps de réaliser que l’enfant était déjà là, dans ses bras. Toutefois, elle l’avait aimé parce qu’il était une extension de Matthew, un être qui lui ressemblait trait pour trait. Son cœur se serra dans sa poitrine de l’imaginer affronter cette épreuve seule. Il aurait souhaité être là pour la soutenir, pour accueillir cet enfant à deux. Sûrement qu’ils auraient jugé que c’était trop tôt si elle ne s’était pas enfuie, mais Matthew avait la certitude qu’il n’aurait pas abandonné ce bébé. Il aurait été l’occasion de prouver à Héloïse un peu plus qu’il l’aimait, qu’il voulait faire sa vie avec elle et que rien ne pouvait être un obstacle. Dans un grand coup d’éclat, il aurait révélé sa relation avec sa stagiaire, son amour pour elle et pour leur enfant à venir. Il aurait ignoré les conséquences. Mais il n’avait jamais eu ce privilège. A la place, il s’était retrouvé face à un enfant de six ans dont il n’avait pu connaître le parcours. Il ne connaîtrait jamais ses premiers pas, ses premiers mots. Il ne l’aurait pas vu grandir pour devenir cet être adorable. Rater encore un instant de son existence lui parut brusquement inacceptable. Il ne pouvait repartir en laissant Héloïse seule ici. Il ne pouvait repartir en laissant derrière lui son enfant. Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, le destin lui rendait son histoire après six années à vivre une demi-vie. Cette fois-ci, il ne laisserait plus jamais personne se mettre en travers de son chemin. D’autant plus qu’il avait toutes les raisons d’asseoir son ascendant. Son père était mort et il était le seul à pouvoir décider de son avenir. Jane serait expulsée de sa vie. Désormais, il n’y aurait plus qu’Héloïse et Ewan, les deux trésors de son existence. Matthew n’était pas toujours très fier de ce qu’il était devenu, de ce qu’il avait fait dans sa vie. Mais ce soir, il détenait une fierté qui surpassait tout le reste, qui allait bien plus loin que tous les best-sellers qu’il avait pu écrire : il avait un fils. Un fils dont il deviendrait le père. Il ne cacha pas sa volonté d’appartenir au monde du petit garçon. Il exposait ses envies à Héloïse avec ferveur. Tout ce qu’il désirait le plus c’était de former une famille avec la femme qu’il aimait et cet enfant qu’il apprendrait à connaître. Et les mots filèrent d’entre ses lèvres. Si sincères. Si tendres. Si emplis de promesses. Et si désespérés à la fois. Héloïse devait l’épouser. Elle devait devenir sa femme comme elle aurait dû l’être à la place de Jane. Les larmes dévalèrent les joues de sa douce dulcinée. Il tenta de discerner la moindre de ses émotions, il ne pouvait voir luire dans son regard que la souffrance immense d’un cœur qui s’était tu durant six longues années. « Mon amour… » murmura-t-il doucement en entourant ses épaules frêles et tremblantes de ses bras chauds. Elle se mit à pleurer de tout son soûl, et il la laissa faire. Il ne tenta pas d’interrompre ses pleurs. Il devinait qu’elle en avait terriblement besoin. Il se mit à la bercer doucement contre lui, caressant tendrement ses cheveux, déposant des baisers sur le sommet de sa tête. Malgré la douleur, il ne pouvait trouver bonheur plus pur que de la tenir dans ses bras après autant d’années de séparation qui avaient été un véritable calvaire. Il comprenait qu’il ne pourrait pas se séparer d’elle une seconde fois, pas même une minute de plus. Sinon, il dépérirait. Il ne pourrait plus être que l’ombre de lui-même. Une âme déçue une fois de trop. Mais non, elle était bien dans ses bras et elle ne disparaitrait pas. Elle s’accrochait même à lui de toutes ses forces, quitte à lui en faire mal. Il s’en moquait. Il ne sentait même pas la douleur. Il profitait juste de sa chaleur, des battements affolés de son cœur, des tressautements de ses sanglots. Et au cœur de ce chaos désordonné, elle lui offrit les plus beaux mots du monde. Elle voulait devenir sa femme, être une famille avec lui. Tout cela car elle n’avait jamais cessé de l’aimer. Au bout du compte, ils n’étaient que deux pauvres êtres malades d’amour, à la chair meurtries par le manque et le cœur en friche. Toutefois, l’auteur croyait en la puissance de l’amour. Il avait trop écrit à ce sujet pour ne pas en être totalement convaincu. En retrouvant Héloïse, il détenait la certitude complète que l’avenir ne pourrait être que radieux, que le temps panserait leurs plaies et que la tendresse effacerait tous les chagrins de six années de solitude. Chaque fibre de son être hurlait qu’il l’aimait, qu’il avait désespéramment besoin d’elle car elle était cet air qu’il respirait chaque jour. Ce soir, il se sentait revivre. Le désir renaissait dans son esprit. Et leurs lèvres s’allièrent dans la plus pure des symbioses, comme si elles avaient été créées dans l’unique but de se rencontrer. Toutes les émotions de cette soirée se muaient en une fièvre qui les gagna tous les deux. Ses mains encerclèrent sa taille et cherchèrent la limite de ses vêtements. Il voulait redécouvrir ses monts et ses merveilles. Il la désirait tant qu’il en souffrait presque. Il se laissa guider quand elle se redressa, l’emportant avec lui pour que jamais leur étreinte ne soit brisée. Dans ses prunelles sombres, il voyait briller un éclat qu’il n’avait encore jamais vu jusqu’alors et qui alimentait encore plus son désir. Une fois la porte de la chambre d’Héloïse refermée, les vêtements devinrent une frontière trop grande entre leur deux corps habités de cette flamme passionnelle. Ils s’en dépouillèrent avec empressement, désireux de retrouver ces sensations d’antan. Il laissa ses mains partir à la redécouvrir de ce corps tant chéri. Il l’aimait tant. Il l’adorait d’un amour proche de la dévotion. Il la fit basculer sur le lit, ne cessant l’assaut de ses lèvres contre les siennes dans une tendresse teintée de passion. Tout n’était plus que fièvre, poésie, douceur et amour d’une puissance inimaginable. Il entendit ses paroles murmurées dans l’intimité de leur nuit d’amour. Ses prunelles épousèrent les siennes en même temps que son corps s’unissait avec le sien dans une alchimie totale. Il la trouvait si belle. Elle était son tout, son univers, son ciel et sa terre. Les étoiles et l’infinie. Elle représentait tout ce qui constituait son monde et il venait de la retrouver. En un seul regard qu’il lui porta dans cette obscurité brûlante d’intensité, elle pourrait lire tout l’amour fou qu’il lui portait. Un amour qui ne pouvait être décrit. Un amour qui ne connaissait pas de frontières. Un amour qui ne connaissait pas de temps. Pas même six années…

***

Le corps encore transi d’amour et de plaisir, il ne parvenait pas à s’endormir. Ils avaient sans doute vécu la nuit d’amour la plus folle de leur vie. Autant d’années loin l’un de l’autre avait créé un manque profond que même une nuit entière ne pouvait pas combler. Mais Matthew vivait avec la certitude que désormais, ils avaient tout leur temps devant eux. Héloïse s’était endormie tout contre lui, épuisée de ces pleurs et de cette longue nuit où ils s’étaient retrouvés. Il ne chercha pas à la réveiller, préférant la contempler encore et encore pour s’assurer qu’elle n’était pas un mirage. Mais non, elle était bien réelle. C’était sa respiration si paisible qu’il sentait contre sa peau nue. C’était bien son cœur qui pulsait dans sa poitrine. Prisonnière de Morphée, il la trouvait si belle, et avec la mine si apaisée qu’il avait la sensation de la retrouver encore six ans auparavant. Il caressait doucement sa chevelure, effleurait sa peau du bout des doigts sans parvenir à s’interrompre. Il entendit soudain un bourdonnement lointain. Il mit du temps avant de comprendre qu’il s’agissait de son portable qui vibrait certainement dans la poche de son pantalon. Il redressa discrètement, enfilant rapidement son boxer avant de partir à la recherche de son portable. Quand il l’eut trouvé, il retint de soupirer quand il vit qu’il s’agissait de Jane. Il raccrocha instinctivement. Désormais, il était bien réveillé. Il se vêtit de son pantalon et de sa chemise puis sortit de la chambre. Avant qu’Héloïse ne se réveille, il avait besoin de réfléchir à ce qu’il devrait faire désormais. Il détenait un but unique : se marier avec Héloïse et devenir une famille avec leur fils. Mais encore fallait-il en arriver là. Sauf qu’il n’eut pas le temps de se retrouver avec lui-même bien longtemps. En arrivant dans le salon, une petite tête châtain avec les cheveux en bataille l’observait en cachette. Bon sang, c’était son fils… Il le réalisait tout juste. Son cœur fit une embardée folle, mais il se contenta de sourire à l’enfant. Il lui parla dans un français qu’il avait appris à un peu mieux maîtriser. « Bonjour bonhomme… tu n’as pas à te cacher, tu sais. » Il n’en fallut pas vraiment plus que le petit garçon se déloge de sa cachette de fortune et s’approche de l’auteur qui s’accroupit pour être à sa hauteur. « Audrey dort encore dans la chambre et je m’ennuie… Où est maman ? » Il ne pouvait pas s’empêcher de détailler ce visage qui lui ressemblait tellement. Même lui ne pouvait pas ne pas le remarquer. « Ta maman dort encore. Elle ne mettra pas longtemps à se réveiller, je pense. » Il connaissait le sommeil jamais trop long de sa belle. Mais le petit changea de sujet. « Comment tu t’appelles ? » - « Matthew. » L’enfant sourit de contentement. « Moi, c’est Ewan. Tu auras le droit de jouer avec moi, si tu veux ! » L’audace de son fils lui arracha un léger rire. Il ne savait pas trop si ça lui rappelait Héloïse ou lui. Sûrement un petit mélange des deux. Mais ça y est, le cœur de l’auteur était déjà attendri. Ewan finit par déclarer qu’il avait faim. Matthew décida de s’en charger, se laissant guider dans la cuisine par le petit. Il l’aida à monter sur la chaise un peu trop haute de la cuisine. « Qu’est-ce que tu manges le matin ? » Ewan fronça les sourcils, prenant un air très sérieux. « Maman, quand elle ne travaille pas, elle me fait des gaufres le matin. » Des gaufres… quelle idée ! Il n’avait aucune idée de comment faire des gaufres. Matthew McGregor, 33ans, ne sait pas faire de gaufres. Nous avons décidé de mener l’enquête. L’enfant eut un sourire mutin. « Mais sinon, y’a des céréales dans le placard. J’aime celles au miel qui croustiiiillent ! » - « C’est noté. » Etant guidé par l’enfant qui savait où se trouvaient les choses, Matthew récupéra les fameuses céréales, le lait et le chocolat en poudre. Première étape de la vie de papa pensa-t-il pour lui-même. Il se sentait un peu idiot et maladroit sous l’œil très attentif de son fils, mais après tout, ce n’était qu’un simple bol de céréales. Bon sang, il était chef d’entreprise quand même ! Il serait bien capable de faire ça. Mais l’enfant était facile à satisfaire et dès qu’il se retrouva devant son bol de céréales tout prêt, il s’y jeta avec plaisir. « Tu la connais d’où ma maman ? » demanda-t-il tout en mâchonnant ces céréales. Matthew sourit avant d’aller s’asseoir autour de la table avec lui. Luke, je suis ton père. « Ta maman et moi sommes de très vieux amis. Mais j’habite loin, tu sais. Il faut traverser l’océan pour arriver chez moi. A une époque, ta maman aussi habitait là-bas. » Mais aujourd’hui, il espérait que plus aucun océan ne pourrait les séparer. Ils seraient réunis à nouveau. « Pourquoi tu es là alors ? » L’esprit éveillé de l’enfant lui plaisait. Dans ses mimiques, ses grands yeux interrogateurs, il retrouvait un peu d’Héloïse. « Pour mon travail. Je fais comme ta maman, je fabrique des bouquins. Et j’en écris aussi parfois. » Ewan sembla tout particulièrement impressionné. Il lâcha un long waaah avant de rebondir sur les propos de Matthew et de commencer à lui raconter ce qu’il accomplissait dans sa vie d’enfant. Pas plus haut que trois pommes, il faisait preuve d’un bagout surprenant qui amusait singulièrement l’auteur. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, il était suspendu à ses lèvres. Il avait besoin de connaître ce début de vie auquel il n’avait malheureusement pas pu participer. A travers ses récits, il en apprenait plus sur le quotidien d’Héloïse par la même occasion et il ne pouvait que plus attester de son courage immense. Et il l’aimait encore plus cela. Cet enfant était plein de surprises, et dans ses réflexions, il faisait franchement rire Matthew. Il ne parvenait pas toujours à réaliser qu’il était en train de parler à son fils. A la chair de sa chair. A ce petit descendant McGregor, mais il ne pouvait nier l’amour inconditionnel qui était en train de se frayer un chemin dans son cœur pour cet enfant. Il l’aimerait malgré ces six années. Et désormais, il ne se battrait pas uniquement pour Héloïse, mais aussi pour Ewan. Il se battrait pour cette famille qui lui était offerte. Il serait le père et l’époux qu’il avait toujours rêvé d’être aux côtés de la femme qu’il aimait.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Lun 23 Jan - 14:01

Les retrouvailles me semblent bien plus douces désormais, retrouvant leur saveur d'antan où se mélange le présent brumeux et ce passé tant chéri. Une aura de sérénité se ressent dans ma chambre où je suis actuellement avec Matthew. Repue d'amour. Repue de savourer ces étreintes nous ayant été volées. Repue d'avoir profité de la chaleur de son corps, d'avoir aimé chacun de ses baisers enflammés, chaque assaut de son corps glissant contre le mien. Et cette fois-ci, en six ans d'absence, je me suis sentie enfin complète. Mon âme avait retrouvé sa jumelle. J'avais retrouvé l'amour de ma vie. Il voulait être un père pour Ewan, un mari pour moi. Il voulait être ce qu'on m'avait enlevé durant ces six dernières années. Il voulait rattraper le temps perdu parce qu'il était évident que l'on s'aimait trop pour s'oublier, pour renier cette part de nous-même, pour faire de cette histoire, un souvenir définitif. Je suis désormais apaisée, enlacée dans ses bras, ma joue posée contre son torse. Je ne dis mot, mon corps épousant chaque forme du sien. Je sens ses doigts caressant mes cheveux, et petit à petit, la fatigue finit par me gagner et je m'endors contre lui. Je suis si fatiguée et lasse de cette journée. Elle m'a semblée sans fin, cruelle et pourtant, si j'essaye, un temps soit peu, de relativiser, je peux aussi me dire que cette journée, dans le fond, a bien commencé et s'est bien finie. C'est ainsi que Morphée m'accueille avec un sourire et que je me laisse gagner par un profond sommeil. Ça doit faire une éternité que je n'ai pas aussi bien dormi. Entre mes insomnies à mon arrivée, ensuite les nuits courtes avec bébé rieur, j'ai pris l'habitude d'avoir des nuits étranges, n'arrêtant pas de me réveiller au beau milieu d'un rêve, dans cette chambre vide de toute présence en dehors de la mienne. J'avais toujours, dans ces moments de solitude, une pensée pour Matthew, faisant le calcul du décalage horaire, me disant qu'il était le début de la soirée chez lui. Peut-être était-il en train de rire ? Peut-être était-il en train d'écrire ? Peut-être était-il en train de penser à moi ? Et je trouvais alors l'idée follement romantique bien que fortement triste. C'était terrible d'être si loin et je faisais tous les efforts du monde pour ne plus penser à lui, pour éviter la crise de larmes, les yeux rougis et la mine fatiguée du lendemain. Je ne voulais plus qu'Ewan me voie dans un triste état. Je ne voulais plus qu'il pense que je n'allais pas bien. Alors je me forçais à redorer la beauté des souvenirs avec mon fils, m'amusant à regarder toutes les vidéos prises sur mon portable, à éloigner le père pour ne garder que le fils. Et ça marchait. Je me réveillais toujours la nuit. Je pensais toujours à Matthew. Mais Ewan me permettait de lutter. Et cette fois-ci, les choses sont bien différentes. Je dors d'une traite sentant vaguement un mouvement que mon cerveau n'assimile plus vraiment. Dormir avec quelqu'un lui semble tellement étranger. Bien sûr, j'ai parfois dormi avec mon fils mais il gigote tellement que je sais que là, ce n'est pas pareil. Tout est différent. Et je dors si bien jusqu'à ce que l'horloge interne se remette en route. Je me réveille en sursaut, me redressant soudainement en proie à une douce panique. Le lit est vide. Et les draps glissent doucement sur ma peau nue. Durant l'espace d'un instant, je crains d'avoir rêvé, je crains de me dire que j'ai fait un rêve atrocement ressemblant à la réalité. Déjà ma gorge se noue, mes yeux me picotent et je repousse tous les draps, constatant que je suis nue. Et alors que je m'apprête à laisser passer une crise torrentielle de larmes, à ne pas savoir gérer la force d'un songe, j'aperçois se veste dans un coin. Le détail sans intérêt mais un détail qui me rassure. Je pousse un soupir de soulagement, me tassant un peu sur moi-même. Me frottant les yeux, je laisse le réveil venir tout à fait, baillant à souhait. Et je ne peux m'empêcher de sourire doucement, laissant les souvenirs de notre nuit me venir en tête. Nous nous sommes retrouvés. Il sait pour Ewan et pourtant, il est encore là. J'entends même des échos de voix. Au début, il semble que ce n'est que celle de Matthew, voix que je peux entendre même à travers un bunker et puis, j'entends la plus claire, celle d'un petit être qui semble être drôlement excité de bon matin. Ewan est déjà réveillé. De toute façon, c'est un lève tôt, faire la grasse matinée avec lui, relève du miracle. À quatre ans, il se levait tout le temps aux alentours de cinq heures du matin, réclamant son petit petit déjeuner, en me secouant pour un prunier. Maintenant, il dort beaucoup plus mais c'est pas assez, toujours. Je me lève du lit et finit par enfiler un short et un t-shirt. J'ouvre la porte très doucement afin de ne pas la faire grincer et d'écouter ce qu'ils disent. Visiblement, ils sont en pleine conversation. Et j'entends même le rire de Matthew. Je pourrais presque en défaillir tellement c'est un moment chargé de grâce. Je m'approche doucement, marchant sur la pointe des pieds. Près de l'encadrement de la porte, je m'arrête écoutant Ewan qui s'est décidé à raconter sa vie depuis le début de son arrivée sur Terre.

« [...] Et dans l'école où je suis, bah ma maîtresse elle dit que je suis le plus jeune parce que j'ai déjà sauté une classe. Maman m'a dit que c'est parce que j'étais super intelligent. Mais je peux t'avouer un secret, Matthew ? J'aimais pas la maternelle. La maîtresse elle me faisait faire des trucs trop bizarres. Genre il fallait faire des exercices que même toi, tu trouverais troooop facile ! Et tu sais, dans ma classe, on nous apprend l'anglais aussi. Mais je préfère quand c'est maman qui le fait. Elle connaît des tas de mots. Et quand elle est pas contente, elle se met à parler en anglais pour ne pas que je comprenne. Tu sais, qu'elle joue du piano ? Et elle essaye de m'apprendre mais j'ai des doigts trop petits, et trop patauds! Tu te rends compte ? Trop petits mes doigts !! Mais elle m'apprend plein de choses aussi ! Et une fois, je lui ai même fait un pot de fleurs pour la fête des mamans. Mais il s'est cassé, on avait mis trop de fleurs dedans. En plus, il s'est cassé au travail de maman! » Il se met à rire « Il y avait de la terre de partout et Ernest était pas content. Mais il dit qu'il n'arrive pas à être fâché contre moi. » Il s'esclaffe et ajoute d'une voix malicieuse. « C'est normal... Je suis tellement mignon... » Un rire silencieux franchit mes lèvres. Non mais ce petit... Je n'en peux plus, tellement je suis profondément attachée. Un mini Matthew un peu imbu de lui-même mais ayant tellement d'autres qualités. Outre sa manie de parler pendant très longtemps, il est incroyablement bon et généreux. Tout le monde est gentil dans son monde. Et je préserve au mieux son innocence, son âme candide et son estomac également. Sans un mot, je m'approche doucement, derrière lui, rencontrant le regard de Matthew. L'expression en ressortant n'a pas de prix. Je le trouve tellement beau, assis sur cette chaise, la lumière du jour faisant apparaître ses traits de façon irréel. Et pourtant, il est là. Il est assis avec notre petit en train de manger ses céréales et surtout de raconter sa vie encore et encore « [...] Mais celle que je préfère au travail de Maman, c'est la dame du téléphone.Quand elle me voit, elle me donne toujours des bonbons à la menthe, mais ils sont super durs. Je préfère ceux qui piiiquen..Aaaaah... » S'exclame-t-il soudain quand je me mets à le chatouiller, parsemant des tas de petits bisous dans son cou, et surtout déclenchant ses hurlements de rire pendant qu'il se trémousse et essaye de protester « Monsieur Ewan Bennett, vous êtes priés d'arrêter de parler et de manger votre petit déjeuner, sinon je serais obligée de révéler le nom de vos nombreuses amoureuses au Monsieur assis en face de vous. » - « Mais Maman, je suis en pleine conversation... » Proteste-t-il en rougissant. Mais mon ton est sans appel « D'abord, tu finis et ensuite, tu pourras lui raconter toute ta vie. Je suis sûre qu'il la trouvera vraiment passionnante, en plus! » Je finis par dire en me redressant, observant Matthew avec un petit regard amusé, lui souriant comme complice d'un secret inavoué, de la signification tellement profonde de ces mots. Je finis par me redresser libérant mon fils de l'étau de mes bras. Je me dirige vers la machine à café passant derrière Matthew. Ma main effleure ses épaules de façon innocente mais tellement sensuelle, comme un salut muet, au souvenir de ces gestes échangés au sein de la Maison d'Édition. Je laisse l'odeur du café embaumer la pièce tout en constatant qu'Audrey n'est pas encore là. Elle doit très certainement dormir encore. « Vous avez bien dormi ? » Je demande machinalement, sachant que pour Matthew je connais un peu la réponse. La nuit aura été courte mais intense, et si belle aussi. « Ouiiiiii! Mais tu sais qu'Audrey, elle a envoyé des textos toute la nuit. J'ai entendu une sonnerie dans mon sommeil. Je crois qu'elle a un amoureux... » Et il se met à pouffer de rire, se cachant la bouche avec ses petites mains. Son amusement m'arrache un rire tandis que je dépose deux tasses de café moka. Une pour lui. Une pour moi. Et je prends place à côté de Matthew, avec notre fils en face de nous. La scène me paraît irréelle, chargée d'une lueur mystique. Nous sommes ensembles, contemplant le fruit de notre amour, Ewan mangeant avec entrain ses céréales, son sourire candide sur ses lèvres. Il ressemble tellement à son père, c'est fou. « Je t'avais dit qu'il était magnifique... » Je finis par dire en anglais à l'attention de Matthew. Ewan nous observe sans trop comprendre, continuant à manger. « Et il comprend très vite. Tu seras bien vite surpris. Il aime apprendre et il aime qu'on lui explique le fonctionnement de la vie. Tu sais ce qu'il voudrait faire plus tard ? » Je souris en fixant avec adoration notre garçon. « Poète...Il veut écrire de la Poésie... » Je me mets à rire ajoutant « Il dit que la poésie, ça rend les gens amoureux... Il ira loin celui-là. » - « Maman... Qu'est ce que vous dites ? » Me demande le principal concerné en nous fixant d'un œil interrogateur. « Rien mon amour... On rattrape le temps perdu. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus. » J'ajoute d'une voix tendre. Sous la table, ma main vient prendre celle de Matthew et je la serre doucement, caressant sa peau de mon pouce. Je n'ai pas besoin de le regarder pour savoir quelle est l'expression de son regard. « Mais je comprends pas ce que vous dites... » Me demande Ewan, de son regard de Bambi. Mon fils arrive toujours à me faire plier et prise d'une fausse compassion, je finis par user de nouveau de la langue de Molière. Ça tombe bien car Ewan a encore de nombreuses questions à poser à Matthew. « Et pourquoi t'as dormi chez nous ? » Demande-t-il d'une voix curieuse me faisant m'étrangler. Heureusement, je n'étais pas en train de boire. Mais il doit se passer tellement de choses dans sa tête qu'une autre question s'enchaîne déjà. « Maman, aujourd'hui c'est samedi. On pourra aller au Champ de Mars aujourd'hui ? » Finit-il par me demander d'un air angelique. Intelligent, il est aussi un être qui charme et envoûte. Comment lui refuser quelque chose ? C'est bien impossible pour moi.  Je vais toujours en sorte d'être juste, ne voulant pas que son enfance lui soit gâchée, déjà qu'il ne peut clairement parler d'une présence masculine dans sa vie. Je réfléchis pendant quelques secondes, buvant mon café en silence. « Mmmh... t'as été sage au moins? » Je finis par dire d'une voix malicieuse, ce à quoi l'enfant hoche la tête frénétiquement. « Bon c'est d'accord! » - « Ouiiiiiiii ! Et Matthew tu viens avec nous ! » Ajoute-t-il ce qui me fait éclater de rire. Je suis vraiment amoureuse de ce gosse. Il prend tellement la confiance et surtout, il lui est facile d'aimer les gens : mon cœur se gonfle de tendresse quand je le vois être avec celui dont il ignore encore le véritable lien. Et pourtant, ce lien d'amour est déjà en place. Il ne suffit que d'observer la manière dont ils s'observent tous les deux.


***


Matthew devant passer à l'hôtel où il réside, nous avons convenu de nous retrouver directement au jardin. Il faut dire que je n'habite pas très loin, non plus. Soit j'y vais à pied. Soit je prends le métro. Ewan est vraiment excité à l'idée de le revoir et ne tient pas en place. Il faut dire qu'ils n'ont pas cessé de se parler durant tout le temps qu'a duré le petit-déjeuner. Il faut dire aussi qu'Ewan a toujours quelque chose à dire, il est éveillé et tellement gentil, qu'il est difficile de s'en détacher. Pourtant, Matthew finit par partir et je me sens bien malheureuse. Pourtant, je sais que ce sera secondaire. Et ça me laisse le temps de m'occuper d'Audrey qui s'est levée, de laver Ewan, de l'aider à s'habiller lui enfilant un jean, des baskets car au jardin, la-bas, il pourra courir dans tous les sens. Je me suis habillée comme lui, troquant la robe de soirée et les talons à un jean simple et des chaussures en toile simple. Munie d'un sac où j'ai tout mis pour que l'on puisse passer une bonne journée la-bas, on finit par quitter la maison, marchant avec entrain. La traversée est perturbée par mon portable sonnant par des messages que je reçois de Matthew. Chaque mot. Chaque attention suffit à m'apporter un peu plus de baume au cœur. J'ai l'impression de me retrouver six ans auparavant quand nous étions constamment en train de nous écrire par messages. Et là, c'est tout autant une habitude que je reprends, une habitude emplie de promesse. On se dit qu'on s'aime, qu'on est content de se retrouver, et je lui dis de venir habillé simplement parce qu'à mon avis, Ewan va vouloir jouer avec lui. On finit d'ailleurs par arriver et là, j'installe de quoi se poser dans l'herbe, délaissant les bancs au milieu de l'allée, pour me retrouver sur ce vaste étang de verdure. Ewan est déjà comme un fou, courant vers ses copains qu'il côtoie habituellement ici. C'est une belle journée, et pour une fois, il fait beau à Paris. Il n'y a pas un seul nuage et assise, je suis occupée à lire un livre tout en étant vigilante sur mon petit. Il est occupé à jouer au ballon avec ses copains jusqu'à ce qu'il aperçoive Matthew arrivant au loin. Son cri de joie me fait relever la tête et l'observe courir de toutes ses forces et foncer droit vers l'homme que j'aime en tendant les bras. La vision me paraît irréelle, presque au ralenti, le son alentour semble se couper et j'observe la scène figée, m'apparaissant dans une atmosphère magique et chargée d'amour. Le fils et le père. Ce tableau suffit à me remplir d'une douce émotion : de la joie, du bonheur, de l'amour. Du positif faisant étirer un sourire tellement heureux sur mon visage, rappelant celui que je possédais tout le temps quand j'étais étudiante. Posant mon livre, je me relève afin de trottiner vers Matthew et Ewan, le cœur léger, irradiant par la simple félicité d'être en vie, de se dire que notre éloignement n'a pas été vain. Nous avons créé quelque chose de bien plus beau. Et arrivée à leur hauteur, je m'exclame, enhardie par la course et par le bonheur « Et moi aussi ! Je veux participer au câlin ! Je vais être jalouse sinon! » Je ris tout en me blottissant contre Matthew. Ewan entoure mon cou de son petit bras pour me rapprocher de lui. Son sourire est grand : mon fils est pleinement heureux et ça se voit, ça se ressent. Et le simple bonheur de mon enfant suffit au mieux, me faisant sentir complète et en paix avec moi-même. À quoi bon vouloir détruire ceux qui nous ont blessé ? Je préfère tellement nous voir être avec Ewan et nous occuper de lui, de le voir grandir dans un avenir nettement meilleur que ses instants passés depuis six ans. Ewan finit par être reposé à terre et on se dirige vers l'endroit où j'ai posé nos affaires. Bien entendu, Ewan est intarissable et super excité. « Matthew, tu joues au ballon, hein hein hein? Allez dis ouiiiii !! Joue avec moi!! » Braille-t-il en tenant la main de mon écrivain, et la secouant dans tous les sens. Il ne tient déjà plus en place.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Lun 23 Jan - 21:52

Ewan avait ce pouvoir si particulier de faire oublier à l’auteur six années de pur chagrin où il n’avait eu de cesse de songer à Héloïse. Chaque jour, il s’était morigéné intérieurement pour que cette douce créature n’habite plus ses pensées. Doucement, mais sûrement, les mots de Jane avaient fini par se frayer un chemin dans son esprit. Et avec le temps, il lui était apparu que le départ d’Héloïse ne pouvait être motivé que par la déception et un soudain regain de lucidité. Bien que la situation de Matthew pouvait faire plus d’une envieuse, sa stagiaire ne réfléchissait pas ainsi. Elle parlait avec le cœur. Ce même cœur qui avait fini par être déçu ? Il s’était repassé en boucle, quitte à s’en rendre fou, tous les instants passés avec Héloïse, en quête d’un signe quelconque qui aurait pu démontrer les prémices du découragement de la jeune femme. N’avait-elle pas eu la force d’attendre ? Avait-elle ouvert soudainement les yeux, persuadée que son amoureux la berçait de douces illusions ? Jour après jour, il n’avait eu de cesse de se demander ce qui avait pu lui passer par la tête. Il lui était apparu qu’elle n’avait pu le quitter que pour une raison simple et évidente : elle avait réalisé qu’il ne la méritait pas. Il avait fini par se persuader que c’était vrai. Elle était un être pur, franc, innocent, bienveillant. Qui était-il à côté d’elle ? Quel genre d’âme pouvait-il lui offrir alors qu’il était si froid et intransigeant ? Il tentait de se montrer meilleur un peu plus chaque jour, mais peut-être cela n’avait-il pas suffit. Et si elle s’était rendue compte que cette vie future qu’il lui promettait ne lui convenait pas ? Après tout, elle s’unissait à Matthew McGregor et ce n’était pas rien aux yeux du reste du monde. Elle aurait dû subir une pression constante qui aurait été bien loin de l’ambiance chaleureuse de son foyer. Elle s’apprêtait à être au cœur des commérages et à devenir l’objet de la perfidie des plus cruels de ce monde. Sans doute avait-il été égoïste à l’époque d’avoir voulu l’entraîner là-dedans, mais il ne pouvait concevoir une existence sans elle. Il s’était convaincu qu’elle serait suffisamment forte pour parvenir à faire fi des mauvaises langues et du tapage que cela allait produire. A bien des égards, il la pensait bien plus courageuse que lui. L’amour les portait avec tellement d’assurance qu’il n’avait pas douté un seul instant de sa dulcinée. Comment aurait-il pu alors qu’elle lui caressait l’âme de si douces promesses ? Mais aussi sûrement que le chagrin rongeait l’être de Matthew, le doute avait dû s’immiscer dans le cœur de sa belle, jusqu’à la dévorer complètement. Elle avait préféré s’évanouir du jour au lendemain afin de s’offrir un avenir meilleur. Quelquefois, il se disait qu’il pouvait presque la comprendre. Mais le malheur ne pouvait pas tout excuser. A ses plus sombres heures, il s’était surpris à la haïr pour l’existence à laquelle elle l’avait condamné à son départ. Il n’avait plus eu goût à rien, il était redevenu étranger à lui-même, se mariant même avec Jane, et n’ayant plus aucune autre ambition que d’asseoir son avenir. Désormais, à la lumière de l’atroce vérité, toute sa fureur était dirigée vers des personnes dont il comptait bien faire payer la cruauté. Une part de culpabilité l’étreignait aussi d’avoir pu douter ainsi de la nature d’Héloïse et de ses motivations. Néanmoins, lorsque le cœur a mal, il perd toute lucidité.

Toutefois, face à son fils, le moindre grief s’envolait. Il n’y avait plus de place pour la colère, pour la vengeance, ou même pour la douleur. Il profitait d’un instant unique où la moindre des expressions du petit garçon le faisait sourire, où le débit de ses paroles l’attendrissait et cette aisance si particulière à parler à l’oral. En regardant dans les yeux clairs de son fils, tout devenait soudain plus léger, plus simple. Il en oubliait le moindre problème, et il occultait cette gêne de se retrouver face à un être dont il ne connaissait pratiquement rien. Il pouvait juste voir luire l’éclat dans ses prunelles qui était semblable à celui d’Héloïse à cette époque où elle était encore sa stagiaire. Il détenait cet enthousiasme, cette innocente et cette joie pure qui ne pouvaient qu’appartenir à Héloïse, mais teintés d’une légère malice qui ne cessait d’amuser l’auteur. Qui ne pouvait pas craquer devant ce bonhomme pas plus haut que trois pommes qui savait déjà mener son monde à la baguette. Et sans le savoir, il avait déjà emprisonné le cœur du poète. Il avait cette sensation étrange de le connaître depuis toujours alors qu’il venait tout juste de faire sa connaissance hier. Mais il était un mélange si parfait entre Héloïse et Matthew que cette brusque alchimie ne pouvait être ignorée. Comme si la magie père-fils opérait en dépit de tout. Il l’écoutait avec la plus grande attention, désireux de connaître l’univers d’Ewan dans les moindres détails. D’autant plus qu’il était une source inépuisable de petites anecdotes dont Matthew se nourrissait avec délice pour tenter de rattraper six années éloigné de ces deux plus beaux trésors. Il avait ce besoin primordial de connaître la vie de sa dulcinée à ces heures où il n’était pas là. Quand tout à coup, cette dernière pénétra dans la cuisine, torturant son fils de chatouilles. L’auteur s’amusa de cette scène, observant avec envie et fascination la symbiose qui résidait entre la mère et son enfant. Il ne doutait pas qu’elle avait été une mère merveilleuse malgré l’absence d’un père. Le petit obéit à sa mère et replongea son nez dans son bol de céréales. Matthew ne put qu’observer la femme qu’il aimait avec un léger sourire en coin, rappel de leur nuit d’amour emplie de fièvre et d’intensité. A la dérobée, sa main délicate effleura l’épaule de l’auteur, le ramenant à cette douce époque où ils s’accordaient des gestes tendres tout en secret à la maison d’édition ou ailleurs en public. Ils étaient devenus maîtres dans l’art de dissimuler ces marques d’affection si révélatrices. Il se contenta de hocher la tête quand elle demanda si la nuit avait été bonne. Après tout, elle devait bien le savoir étant donné qu’elle avait passé cette fameuse nuit avec elle. Il lui jeta un regard lourd de sens tandis qu’elle préparait le café. Mais cette question fut un prétexte de plus pour qu’Ewan parle encore et encore. « Merci. » adressa-t-il à sa belle tandis qu’elle lui servait un moka. Il en but une première gorgée avant qu’elle ne le prenne à parti en anglais pour s’assurer que leur discussion serait secrète. « Oui, il l’est. Dans le fond, il te ressemble. » Il était magnifique, unique, incroyable, intelligent. Il était tout ce qu’était sa mère à ses yeux. Il détenait des qualités étonnantes pour un enfant de cet âge. Il était sous le charme, et déjà terriblement fier. Il jeta un regard interrogateur quand elle tenta de lui faire deviner ce qu’il voulait être plus tard. « Poète… Il veut écrire de la poésie… Il dit que la poésie, ça rend les gens amoureux… Il ira loin celui-là. » Un rire franchit les lèvres de l’auteur, attendri par cette réflexion qui était si pleine de sens. Un pur esprit Romantique cet enfant. « Il a déjà tout compris. On se demande d’où il tient cette idée… » Mais déjà, il voyait les sourcils froncés du petit garçon. Il n’appréciait guère d’être tenu à l’écart. Héloïse lui répondit dans la langue de Molière pour le rassurer. Oh oui, ils avaient tant de choses à rattraper… Et Matthew ne laisserait plus filer une seule minute loin d’eux. Sa main rencontra celle de sa dulcinée sous la table et il la serra avec force, sans lui faire mal, mais pour lui prouver toute l’intensité que cette scène recelait pour lui. Tout à coup, leur fils posa la question qui tue. Il ne sut pas vraiment que répondre, consultant Héloïse du regard qui n’avait pas l’air plus inspirée que lui. Par chance, l’enfant n’hésitait pas à passer du coq à l’âne en quémandant une balade avec sa mère aujourd’hui. Même si cette dernière voulut jouer de son autorité, elle ne parvint pas à tenir longtemps face à sa bouille d’ange. Matthew sourit, réalisant qu’elle n’avait pas vraiment changé en fin de compte. Et il apprit bientôt qu’il faisait partie de l’aventure. Lui-même, il ne parvenait pas à résister à ce gamin de six ans qui désirait tant sa présence. Il se disait que c’était une opportunité merveilleuse de se frayer un chemin jusqu’à son cœur. « Bien sûr ! Je ne pourrai pas manquer ça. » confirma-t-il malgré tout pour conforter l’enfant dans ses rêves concernant la journée. Il n’aurait pas eu le cœur à le décevoir. Toutefois, il ne put rester éternellement. Son café avalé au milieu des babillages d’Ewan qui avait sagement terminé son bol de céréales, il lui fallut prévoir son départ. Certes, il ne faisait qu’un rapide crochet à son hôtel, mais l’idée de les quittait pour quelques heures lui meurtrissait déjà le cœur. Ewan lui avait dit à tout à l’heure avec entrain avant de courir dans sa chambre dans le but de réveiller pleinement Audrey. Il se retrouva seul dans l’entrée avec Héloïse tandis qu’il ouvrait la porte. Certain qu’il n’y avait qu’eux, il glissa sa main autour de sa taille pour l’attirer à lui et l’embrasser passionnément. Son cœur menaçait d’exploser dans sa poitrine. Il l’aimait tellement, et il avait à la fois si peur de la perdre. Un sourire aux lèvres, il s’écarta d’elle. « A tout à l’heure, future Madame McGregor. »

***

Dès qu’il fut dans sa chambre d’hôtel, il s’empressa de retirer ses vêtements pour filer sous la douche. Il avait besoin de s’occuper pour combler le manque qui était en train de se créer par l’absence de ces deux êtres qu’il aimait tant. Il fut rapidement prêt, enfilant des vêtements propres. Bien entendu, il ne put pas partir tout de suite. Le regard empli de lassitude, il observa la multitude de mails qui encombraient son portable, des messages en tout genre, et surtout, les appels manqués de Jane. Il s’empressa de répondre aux mails les plus urgents, d’appeler ses responsables à la maison d’édition pour savoir comment tout cela se passait. Il passa même un coup de téléphone à Monsieur Pelletier pour convenir d’un rendez-vous afin de concrétiser cette histoire de partenariat. Avec la présence d’Héloïse, ils n’avaient pu que peu converser, même si l’intention des heures hommes était assez évidente. Toutefois, les papiers ne se signeraient pas tout seuls. Il se plaisait ensuite à penser qu’Héloïse pourrait revenir avec lui en Amérique. Avec cette histoire de partenariat, il serait aisé de lui trouver une place pour que son fils et elle soient avec lui à Los Angeles. Il trouverait un moyen de les réunir tous les trois. De plus, la famille d’Héloïse devait terriblement lui manquer et inversement. Il se promettait que tout redeviendrait comme avant. Mais pour cela, il faudrait qu’il efface Jane du paysage. Il ne la rappela pas, lui envoyant simplement un message pour lui signifier qu’il était débordé et inaccessible pour l’instant. Il reculait l’échéance, de la même manière qu’il cachait encore à sa fiancée actuelle que Jane était sa femme. Il craignait qu’elle ne le comprenne pas et qu’il ne trouve pas les bons mots pour lui expliquer la situation. Il n’y avait jamais eu d’amour. C’était un mariage de profit, mais qui était complètement caduc désormais. Matthew n’était plus assommé par la pression familiale, de la même manière qu’il n’avait plus de leçons à recevoir de quiconque. Il était le maître de son destin, et il se moquait bien de ce que les gens pourraient penser de son divorce et de son re-mariage avec une femme qui n’était pas de son rang, et qui était manifestement la mère de son enfant. Tout le malheur d’une telle mésalliance reviendrait à Jane. Mais là encore, il s’en moquait éperdument. Il ne souhaitait plus éprouver le moindre état d’âme pour cette femme qui était peut-être l’auteure du départ de sa bien-aimée. Et quand bien même, elle y avait participé d’une certaine manière. Bien trop tard à son goût, il put quitter sa chambre d’hôtel pour se rendre au Champ de Mars. Il se surprenait à être si impatient qu’il trouvait que le chauffeur de taxi n’était pas suffisamment rapide. Mais finalement, il parvint au fameux parc. Depuis qu’il avait quitté sa belle ce matin, il n’avait cessé de lui envoyer des sms, ne pouvait pas passer une seconde sans lui parler, lui dire combien il l’aimait, qu’il ne pouvait être plus heureux et que leur fils était une merveille grâce à lui. Ainsi, il put rapidement se repérer pour trouver le duo dans l’immensité du Champ de Mars. Il venait à peine de les voir qu’un boulet de canon à la chevelure châtain lui fonçait dessus. Dans un grand cri de joie, Ewan se jeta vers lui. Il se baissa rapidement pour réceptionner l’enfant dans ses bras, et le tenant à bout de bras, il le fit tourner quelques fois dans les airs, ce qui alimenta ses rires. Il finit par s’agripper à son cou dans ses maigres forces. « Je suis trop content que tu sois là ! » L’écrivain sourit, le cœur débordant d’amour. « Pas autant que moi, petit bonhomme. » Du coin de l’heure, il vit Héloïse qui s’approchait d’eux, désireuse de participer à cette douce étreinte. Matthew dégagea un bras libre pour venir encercler ses épaules et la rapprocher d’eux. Il déposa un baiser sur sa tempe, profitant de cet instant qu’il ne pensait jamais vivre dans sa vie. Il avait fini par renoncer à l’idée de vivre auprès d’Héloïse. Il avait renoncé à l’idée d’être père. Et en un soir, il avait tout retrouvé. Malgré, ils se séparèrent et l’éditeur reposa l’enfant au sol, mais ce dernier n’arrivait pas à tenir en place. Tandis qu’ils se dirigeaient tous les trois vers l’endroit où sa dulcinée avait déposé toutes ses affaires, Ewan suppliait que Matthew joue avec lui au ballon. Il ne put lui résister plus longtemps. Il se découvrait être un être si faible face à son propre fils. « Tu veux jouer au ballon ? J’espère que tu n’as pas peur de perdre. » le taquina-t-il. L’enfant prit aussitôt la mouche. « Je sais trop bien jouer, d’abooord ! Et je vais te montrer ! » Il attrapa le ballon qui reposait à côté d’Héloïse sous l’hilarité de cette dernière. Ils s’écartèrent légèrement et ils mirent à jouer tous les deux. Bien entendu, Matthew faisait exprès de ne pas trop voler le ballon du petit, mais il devait avouer qu’il n’était pas mauvais non plus. Et il ne se découvrit jamais aussi heureux qu’en se faisant des passes avec son fils, à tenter de récupérer le ballon, ou à essayer de ne pas se le faire prendre. Il était entouré des rires et des exclamations d’Ewan qui irradiait de joie en s’agitant dans tous les sens sous le regard tendre de sa mère qui ne cessait de les observer tous les deux. Totalement à bout de souffle, c’est le poète qui décida de rendre les armes en premier. « C’est bon, je me rends. Tu as gagné, p’tit champion. » Tout aussi épuisé que lui, Ewan poussa un grand cri de joie avant d’accourir vers sa mère en hurlant. « Mamaaan ! Mamaaan ! Je suis trop fort ! J’ai battu Matthew ! » Enfin presque. Mais bon, il voulait bien laisser son fils remporter la victoire à sa place. Il récupéra le ballon avant d’aller rejoindre la mère et son enfant. Il s’assit à côté d’elle dans l’herbe. « Je n’en peux plus, il est épuisant ce petit ! » Il avait parlé en anglais sans réfléchir ce qui lui valut un froncement de sourcil du garçon. « Il faut parler en français ! Sinon, je ne comprends rien et ce n’est pas gentil. » Il passa sa main dans les cheveux d’Ewan qu’il ébouriffa un peu plus. « Tu as raison. Désolé, bonhomme. » Il échangea un sourire complice avec Héloïse. Décidément, ce gamin était aussi drôle qu’attendrissant. Ce dernier posa ces petites fesses dans l’herbe et il se mit à farfouiller dans le sac qu’Héloïse avait pris pour lui apporter des jouets. La tête de sa belle vint se poser sur son épaule et sa main vint chercher tendrement la sienne. La journée était si belle et il lui paraissait si beau de la partager avec deux êtres chers à son cœur. Il ne voulait plus penser à un potentiel retour. Il souhaitait que ce soit son quotidien. Malgré tout, ce geste n’échappa pas au regard curieux du petit garçon. Avec de grands yeux innocents, il observa Matthew, puis sa mère. « Dis maman, c’est ton amoureux Matthew ? » L’auteur ne sut pas trop s’il devait en rire, mais il se trouvait plutôt gêné. Il ne dit pas plus, surtout que la question n’était pas adressée à lui. Elle saurait le mieux juger de ce qu’il était possible de dire à Ewan ou non.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mar 24 Jan - 22:19

Elle était dans sa cuisine, assise face à la chaise haute où trônait Ewan. Il était aux alentours de dix-huit heures. C'était la fin de la journée. Elle avait bossé comme une dingue, afin de pouvoir partir à l'heure et récupérer son fils chez la nounou. Sa mine était fatiguée. Mais elle était heureuse, profitant de cet instant, le meilleur de la journée comme tous les soirs depuis qu'Ewan était né. Elle appréciait grandement d'observer son visage souriant : ce bébé avait toujours le sourire du matin jusqu'au soir. Bien sûr, il lui arrivait de brailler mais c'était parce qu'il avait envie qu'on joue avec lui, qu'on le nourrisse ou qu'on me rassure. Pour le reste, il était une merveille. Il était sage et surtout, c'était l'heure du repas. Son fils ouvrait grand la bouche tandis qu'elle le nourrissait d'une bouillie de bébé qu'elle préparait elle-même. Et dire qu'auparavant, elle s'était révélée nulle en cuisine. Elle avait bien changé comme grandie par les événements. Elle n'avait pas eu le choix. Et son fils était là, attendant qu'elle engouffre une nouvelle cuillerée de son repas. Il était à croquer. Il la faisait toujours rire à ouvrir grand sa petite bouche comme s'il cherchait à engouffrer le plus d'aliments. Et pendant qu'il mastiquait doucement, Héloïse essayait de lui faire dire son premier mot. Bien sûr, il s'agissait de dire maman. Ewan faisait preuve d'une parlotte sans fin. Il babillait toujours dans son coin, y compris quand elle ne s'occupait pas de lui. Parfois, il était assis sur ses fesses avec un objet dans les mains et la mine froncée, ne cessant jamais de parler dans son coin. C'était incompressible mais elle se plaisait à croire qu'il était déjà en train de se raconter des histoires. Mais pour l'heure, elle voulait qu'il apprenne à parler. Il était temps pour lui et elle avait hâte d'entendre son premier mot. « Dis ... Maman... Maaaaa... Man. » Et elle le regardait en souriant tandis qu'il en faisait de même. Quand il avait la banane, d'adorables fossettes se creusaient sur ses petites joues. Il était joufflu et on avait bien volontiers envie de mordre dedans. « Allez bébé... Maman. Dis Maman. » Elle répétait en insistant bien, tandis qu'il l'observait en se mettant à rire et en agitant les mains dans tous les sens. Il était peu décidé à parler. Mais elle ne se décourageait pas. Aussi, elle termina son repas et ensuite, elle lui donna son bain, entreprit de lui mettre sa tenue de nuit. Il était l'heure pour sin fils d'aller rejoindre les bras de Morphée. Elle le coucha dans son lit délicatement, allumant la veilleuse tandis qu'il était occupé à babiller dans son coin. Elle avait tellement hâte de pouvoir comprendre ce qu'il pouvait bien se dire. Il n'était absolument pas angoissé, il n'avait pas peur des inconnus allant facilement dans les bras des gens qu'il ne connaissait pas. Il était sa merveille et elle l'observa, près de l'encadrement de la porte, prête à la refermer. Mais ce spectacle était si beau. Elle adorait l'entendre gazouiller dans son coin. Il était le seul son qu'elle entendait en rentrant chez elle. Son sourire était grand et pourtant il se figea quand elle entendit Ewan. « Paaaa.... » Elle s'arrêta de respirer. « Paaaa... » Trop distinct. Trop clair. Trop bien prononcé. Elle n'osait en croire ses oreilles. Et il répéta encore une fois. Et encore une fois. Cela semblait être un signe muet, un encouragement à contacter celui qui manquerait à Ewan, dans les années à venir. Mais elle ne pouvait pas tout comme elle ne pouvait pas l'oublier. Elle n'y arrivait pas. Ses yeux se remplirent de larmes et sans un mot, elle s'éclipsa de la chambre, la refermant doucement, laissant son fils dans un babillage incessant. Elle ressentait autant de la peine que de la colère. Elle se disait que le premier mot de son fils était un mot qui deviendrait bien vite secondaire dans son répertoire. Il n'aurait jamais de père, elle ne se sentait pas prête à laisser entrer quelqu'un dans sa vie. Elle n'avait que ses yeux pour pleurer, sa solitude pour regretter et le temps pour oublier petit à petit. Il fallait qu'elle tienne bon. Il fallait qu'elle soit forte pour Ewan. 
Elle devait se battre... 
Encore et encore...
Il lui manquait tellement


***

Mon estomac se contracte face à la belle image se présentant sous les yeux. Mon cœur, lui, se lance dans une danse endiablée. Et je laisse toutes ces belles émotions me submerger en contemplant avec adoration mon petit, fonçant dans les bras de son père. Sans savoir le véritable lien, j'ai l'impression qu'il apprécie Matthew. En même temps, il a toujours aimé le monde l'entourant. Ewan n'a aucune once de méchanceté et il donne son cœur à quiconque est gentil avec lui. Il suffit de peu pour gagner sa confiance et son adoration. Et j'ai vraiment l'impression qu'avec Matthew, le lien est vraiment plus fort. Il lui fait faire des gestes que seul un père pourrait avoir envers son enfant. Et l'instant est magique, éblouissant, électrisant. Je pourrais passer ma vie entière à contempler ce tableau vivant, de voir Ewan enserrer le cou de Matthew de son petit bras. Et le réflexe est inné. : je finis par me lever de mon séant et me dirige vers eux, désireuse de participer à ces tendres retrouvailles. Le bras de l’écrivain m'enlace tout contre lui et je souris de contentement sentant la douceur de ses lèvres contre ma tempe. Je n’ai dieu que pour notre petit. Son sourire irradie de mille feux. C’est impossible de ne pas se rendre compte du bonheur ressenti par l’enfant. Je ne sais pas ce qui peut bien se passer dans sa tête, mais il doit, sans doute, sentir que le vent tourne, que les choses changent. Ewan est doté d’une sensibilité rare alliée à une intelligence hors norme. Il comprend tellement bien les choses. Parfois, j’ai le sentiment qu’il est un adulte piégé dans le corps d’un enfant. Il y a déjà eu des moments rares où il m’a surprise par ses réactions tellement dépourvues d’innocence. C’était à des moments où je n’allais pas bien, lorsque le chagrin devenait trop difficile, que je n’étais plus capable de garder les ressentis au fond de moi. Aussi, peut-être qu’il est en train de se poser des questions sur Matthew, sur sa présence. Mais bien vite, l’enfance revient au galop et dès lors qu’il est reposé à terre, Ewan manifeste le désir de jouer au ballon avec Matthew. Ce dernier accepte bien évidemment, imprimant en lui un esprit de compétition. Ils sont tellement drôles à voir et finalement, je finis par m’asseoir à nouveau. Je serais bien partie pour lire à nouveau, mais à vrai dire, mon attention est accaparée par le duo. Parmi les sons environnants, me parvient le rire de Matthew, les cris de joie d’Ewan. Et je ne peux m’en détacher du regard. Mon cœur bat comme un fou et je suis pleinement heureuse. Le bonheur se situe dans des choses simples. Et sous mes yeux, apparaît le spectacle le plus sincère et le plus pur, chargé d’une nouvelle atmosphère : quelque chose de complice… Quelque chose de sentimental. C’est l’amour dans sa forme la plus belle. Celle d’un père et de son enfant, celle d’un apprentissage de la vie, celle de la fusion des âmes se guérissant et se complétant ensemble. Mon dieu… Je pourrais les observer indéfiniment.

Cependant, Matthew finit par déclarer forfait, ce qui rend fou de joie l’enfant. Ce dernier se rue vers moi pour me le signifier bien que je l’ai vu de mes propres yeux. « Bravo mon amour !! Tu es le meilleur !! » Je m’exclame tandis qu’il se jette dans mes bras, déclenchant mes rires. Je dépose un baiser sur sa joue, avant de sourire à Matthew lorsqu’il prend place à mes côtés. Sa phrase me fait sourire, et Ewan percute bien plus vite que moi concernant l’emploi de la langue. Cependant, je n’aime pas le ton qu’il emploie même si ça ne lui plaît qu’il ne comprenne pas les mots dits en anglais. « Ewan. » Je finis par gronder doucement, lui saisissant ses joues d’une seule main. Un seul regard et il se calme instantanément, penaud. Matthew ne s’en formalise pas et finalement, le petit finit par prendre des jouets se trouvant dans un sac. « Il est tellement plein d’énergie… Parfois, il ne faut pas hésiter à lui rentrer dedans pour qu’il se calme. » Et à ces mots, je repousse des cheveux se trouvant devant les yeux d’Ewan, il s’est mis à parler tout seul dans son coin, perdu dans les méandres de son univers. Quant à moi, je me permets un geste tendre pour Matthew, venant poser ma tête sur son épaule. Je suis sereine, détendue et je regarde droit devant moi. Il n’y a même pas vingt-quatre heures, j’étais encore seule, je vivais avec une profonde tristesse en moi. Et désormais, tout est si différent. Tout est changé et je me sens tellement plus heureuse. Je ferme les yeux doucement, me laissant être enveloppée par le parfum de Matthew, sentant sa main caressant la mienne. C’est sans compter Ewan… « Dis maman, c’est ton amoureux Matthew ? » J’ouvre les yeux sans sursauter, mon regard allant directement vers l’enfant, nous observant tour à tour, la mine interrogatrice. Matthew demeure silencieux et je me redresse comme si le secret était enfin révélé, sans quitter la main serrant la mienne, un brin plus fort je dois l’admettre. Pourtant, devant Ewan, je ne ressens aucune panique, aucune peur. Au contraire, dire la vérité me semble tellement plus évident. « Qu’est-ce qui te fait croire ça ? » Je lui souris tendrement ce qui fait comprendre à l’enfant que sa question n’est pas indiscrète. « Bah, tu fais pas ça d’habitude avec les Monsieur. Là, Matthew il t’a fait un câlin et un bisou… » Il tend le doigt, désignant ma tempe. « … Là. Et tu n’as rien dit ! Et puis, en plus, c’est la première fois qu’en dehors de Papi ou de Tonton Owen, il y a quelqu’un qui dort chez nous… En plus, quelqu’un que je ne connais pas !! » Et il se passe la main sur son visage, secouant la tête d’un air blasé. Il me fait rire, tandis que je le fixe ébahie. Il ne cessera jamais de m’étonner. Néanmoins, ayant mes réponses, j’accepte de répondre à sa question « Et bien… Il fut un temps où il a été mon amoureux… Et on s’est aimé très fort. » Je tourne brièvement mon regard vers Matthew, lui souriant tendrement. « Et puis, la vie a fait que nous nous sommes perdus de vue. Et hier soir… Tu te rappelles, maman avait une soirée avec Ernest pour le travail ? Et bien, nous nous sommes retrouvés. » Je ne peux m’empêcher de rougir un peu, continuant sur ma lancée. « Et maintenant, on a décidé d’être amoureux comme avant… Et de ne plus jamais nous quitter. » Mes doigts serrent un peu plus ceux de Matthew, dans ce but d’exprimer par des gestes discrets tout ce que je peux ressentir. Ewan demeure silencieux, sourcils froncés, réfléchissant sans doute. Puis, finalement, il lève un regard hyper sérieux à Matthew « Dis Matthew… Est-ce que tu vas rester avec nous ? » Mon cœur s’emballe comme un fou. Ewan comprend tellement les choses, c’est fou. Je n’ose même pas l’interrompre. « Tu sais que Maman elle n’a jamais souri comme elle l’a fait tout à l’heure… Avant, elle était tout le temps triste, même quand elle souriait. Et là, elle sourit vraiment. » Je retiens mon souffle, souriant à l’enfant tellement adorable. « Ewan… » Je me contente de murmurer, avant de tendre mes bras pour qu’il puisse y trouver son refuge habituel. Je ne m’étais jamais rendue compte combien ma tristesse avait pu être autant apparente à ses yeux. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir lutté, d’avoir fait de mon mieux pour ne pas laisser mes mauvaises émotions m’envahir. Je sers aussi fort que je peux ce petit corps chaud, blotti contre le mien « J’étais triste parce que Matthew n’était pas là… Mais maintenant, tout va changer, mon petit ange. Tout sera différent… Je t’en fais la promesse… On va être super heureux tous les trois. » Bien sûr, je n’ose pas lui dire que Matthew est son père. Je crains que cela fasse trop pour lui, que la plus pure des évidences ne se situe pas forcément dans la vérité du sang mais bien dans l’amour d’un lien prenant forme au fur et à mesure. Ça suffit sans doute à ce qu’il ne se torture pas complètement les méninges. Et finalement, Ewan relève un regard brillant, me souriant avec adoration, avant de se tourner vers Matthew, de se tortiller pour se dégager de mon emprise, venant s’avachir contre lui, pour l’enlacer. « Je suis content alors… J’ai toujours voulu avoir un papa… » Ma gorge se noue, émue par la sincérité de mon petit, si plein d’émotions, si plein de bons sentiments. Les yeux brillants, je relève mon regard vers Matthew, m’approchant de lui, afin de lui chuchoter « Je t’aime… » Venant chercher ses lèvres pour un bref baiser. Six ans après, j’ai l’impression de caresser du bout des doigts, ce rêve tant chéri. « Beeeeeeeerk, vous vous embrassez sur la bouche ! » S’exclame notre fils, la mine dégoutée, ce qui me fait rire. « Contente-toi de nous faire des câlins au lieu de nous observer, petit curieux! » Je finis par le morigéner gentiment. Ce à quoi, il pousse un cri de joie et se relève pour mieux se jeter dans nos bras, essayant tant bien que mal de nous garder dans ses petits bras. Je souhaite tellement que ce moment ne prenne jamais fin.



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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mer 25 Jan - 20:49

Il y croyait presque à peine. Et tandis qu’il prenait le chemin vers le parc, il se demandait s’il n’avait pas rêvé les événements qui s’étaient enchaînés depuis la veille. En l’espace de moins de vingt-quatre heures, il avait retrouvé sa raison d’être, la créature qui habitait constamment ses pensées et il avait obtenue des réponses bien au-delà de ses espérances. Il avait suffi de quelques mots pour que toutes ses peurs s’envolent et que ces années de torture, de souffrance et de détresse s’achèvent enfin. Il n’en ressentait pas moins le regret de ne pas avoir compris plus tôt, de ne pas avoir cherché plus longtemps. Au fond de lui, il ressentait cette culpabilité d’avoir baissé les bras trop tôt. Il n’avait pu soutenir Héloïse à des heures où elle aurait eu besoin de lui. Il n’avait pu être le père de cet enfant durant les six dernières années qui s’étaient écoulées. Car oui, de la plus étrange des manières, il découvrait qu’il était père. Son existence dépendait aussi de celle d’une créature pas plus haute que trois pommes. Et cette sensation était étrange. Mais Matthew n’avait aucune crainte à se laisser emporter dans le tourbillon qui l’aspirait depuis hier. Il acceptait toutes les émotions qui se présentaient à lui, bien trop heureux de se sentir vivre à nouveau. Pour la première fois depuis si longtemps, il sentait son cœur battre dans sa poitrine dans un but précis. Pour la première fois depuis si longtemps, il respirait son air avec bonheur et cette volonté d’aspirer une nouvelle goulée pour exister encore et encore. Pour la première fois depuis si longtemps, les rires qui franchissaient ses lèvres étaient authentiques. Plus rien n’était faux. Plus rien n’était joué, orchestré, réfléchi. Avec Héloïse, il ne s’était jamais embarrassé de devenir quelqu’un qu’il n’était pas ou de faire semblant. Elle l’aimait tel qu’il était, et il retrouvait cette douce quiétude de pouvoir être un homme meilleur sous son regard aimant. Peu à peu, il retrouvait ces sensations d’autrefois si chères à son cœur. Il revivait simplement. Et il se dit que l’univers entier était de son côté quand il vit le visage souriant de son visage s’illuminer à sa vision et accourir vers lui les bras tendues. La relation qui était en train de se tisser entre eux était telle qu’Ewan inondait d’amour le cœur du poète. Par ses désirs de passer chaque instant avec Héloïse et son fils, il comprenait ce que c’était de dédier sa vie à quelqu’un d’autre que soi, de chérir inconditionnellement jusqu’à s’oublier soi-même et de ne chercher que le regard brillant de fierté et de joie de l’autre. Cet être qui motivait tout cela en lui, c’était son enfant. Celui d’Héloïse. Leur plus belle créature. Leur ode à l’amour. Leur lien indestructible. Il était à l’image de l’amour que ses parents se communiquaient dans la plus pure des symbioses. Matthew ne mentait pas quand il disait qu’Héloïse était son âme-sœur et qu’ils avaient rendez-vous. Dans l’univers entier, il n’aurait pu y avoir qu’eux. Toutes les femmes du monde entier n’auraient jamais pu rivaliser avec Héloïse Bennett et sa tendresse, sa bienveillance, son amour, sa force, son courage, sa gentillesse. Il s’était toujours convaincu qu’il ne pouvait y en avoir qu’une pour lui offrir le bonheur d’être père un jour. Et c’était elle. Son jour et sa nuit. Son soleil et sa lune. Son ciel et sa terre. Son air et son eau. Son cœur et son âme. Son tout et la mère de son fils.

« Dis maman, c’est ton amoureux Matthew ? » Il était sûrement bien plus que cela, mais il se garda bien de répondre à une question qui était exclusivement adressée à la mère. Ils étaient l’un pour l’autre des meilleurs amis, des amoureux, des amants, des âmes-sœurs, la part d’un tout unique, et aujourd’hui des parents. La main de l’auteur serra un peu plus fort celle de sa bien-aimée qui était un peu plus fébrile. Il fut un auditeur attentif du dialogue qui s’engagea entre la mère et l’enfant. Il cacha ce léger contentement d’apprendre qu’Héloïse n’avait jamais reçu d’autres hommes en dehors des membres de sa famille. Il ne doutait certes pas de la jeune femme, mais six années étaient longues. Toutefois, il semblait qu’il la connaissait mieux que lui-même. Il ne pouvait que confirmer quelque chose qu’il savait déjà. Avec de douces paroles, sa dulcinée se mit à expliquer ce qu’il en était plus ou moins. Dire qu’ils s’étaient aimés très forts était un doux euphémisme. Ils avaient su s’aimer avec douceur et passion, de manière absolue et sans compromis. Ils s’aimaient jusqu’à en mourir, jusqu’à se détruire l’un pour l’autre. Comme lors de ces six dernières années. Un sourire fendit le visage de l’éditeur quand il croisa celui d’Héloïse. Oui, désormais, il était hors de question qu’ils puissent être éloignés une seule seconde de plus. Tout redeviendrait comme avant et Matthew y mettait un point d’honneur. Il souhaitait qu’une journée telle qu’il l’avait vécue aujourd’hui devienne son quotidien. Il était fatigué de cette demi-vie qui ne lui apportait que du vide. Il attendait plus de son existence. Il attendait Héloïse et Ewan. La mine de ce dernier devint d’ailleurs terriblement sérieuse. L’auteur se surprit à devenir anxieux, curieux de connaître le fond de la pensée du bonhomme assis en face d’eux. Il était si intelligent qu’il ignorait jusqu’où pourrait aller ses réflexions. « Dis Matthew… Est-ce que tu vas rester avec nous ? » Cette question fit s’emballer son cœur autant qu’il ressentit une profonde tristesse. Cette culpabilité de ne pas avoir été là durant toutes ces années et d’avoir pu créer un manque dans le cœur du petit garçon. Il pouvait se convaincre que ce n’était pas sa faute, mais il aurait toujours à l’esprit qu’il n’était pas là depuis le début. Un sourire étira ses lèvres tandis que l’enfant poursuivait en parlant d’Héloïse, de cette tristesse qu’elle portait comme un fardeau et qu’elle parvenait si mal à cacher pour une âme aussi tendre et sensible que celle d’Ewan. Savoir cela lui fendait le cœur, mais il ne pouvait que réaliser à quel point la détresse de sa bien-aimée avait été semblable à la sienne. « Je vous promets que vous ne passerez plus jamais un jour sans moi. » Il faisait cette promesse à son fils et à celle qui allait bientôt partager sa vie. Mais avant tout, il se faisait cette promesse à lui-même. Il lui semblait si capital que leur vie ne devienne plus qu’une succession de beaux souvenirs à créer. Sa main quitta celle de sa belle qui prit son fils dans ses bras, l’étreignant avec la tendresse que seules les mères pouvaient prodiguer. Cette simple vision lui inspirait les plus beaux vers. Il était amoureux de ce futur bonheur qu’ils allaient partager tous les trois. Il était amoureux de ce tous les trois. Oui, tout allait changer pour rendre leur existence plus douce, plus complète. Matthew y croyait de toutes ses forces, comme il croyait au fait que le soleil allait se lever le jour d’après. Ewan se dégagea des bras de sa mère, un sourire si apaisant aux lèvres pour venir se blottir dans les bras de celui qui était son père. L’auteur fut bien plus ému par les propos de l’enfant qu’il n’aurait pu le penser. Il serait ce père dont Ewan avait tant rêvé et dont il avait tant besoin. Il serait ce père qu’il aurait dû être lors de son premier souffle. Il frotta affectueusement le dos de son fils qui serrait ses petits bras autour de son cou. « Je n’aurai pas pu rêver meilleur fils. » Il était incroyable. Au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Ewan était un être exceptionnel dont l’auteur jugeait la grandeur d’âme et de cœur. Il en était déjà terriblement fier. Et le regard aimant d’Héloïse ne put que nourrir ses profondes certitudes que le monde ne pourrait être que meilleur. Elle l’aimait. Elle l’aimait comme aujourd’hui, comme à chaque heure. Elle l’aimait comme six ans auparavant. Elle l’aimait comme à leur première rencontre. Et il ne pouvait que l’aimer de la même manière. « Je t’aime aussi. Terriblement. » Leurs lèvres se rencontrèrent pour un bref baiser qui suscita le dégoût de l’enfant. Mais quand tout ce qui venait de l’enfance se voulait adorable. Matthew ne put que joindre son rire à celui d’Héloïse qui le disputa gentiment. Ewan se releva brusquement et avec joie, venant étreindre ses parents de ses bras trop petits. A cet instant, l’auteur occultait tout pour ne plus penser qu’à cet instant inédit, à cette promesse tacite qu’ils seraient une merveilleuse famille. « On va être une famille… » murmura l’enfant d’une voix si emplie de bonheur parfait. Le cœur de l’éditeur ne put que s’attendrir encore un peu plus. Ewan se détacha tout à coup pour leur faire face, les yeux brillants d’excitation. « Alors tu vas venir vivre en France avec nous ?! Tu sais, si tu viens ici, il va falloir que tu travailles ton accent, parce que c’est encore trop ça. » Tout était dit avec tellement de sérieux que ça fit rire l’auteur qui enfonça doucement un doigt dans les côtes de son fils pour le rappeler à l’ordre. Ce dernier gloussa en se tortillant sur lui-même. Décidément, il était intenable, mais bien trop adorable pour être réprimandé d’une manière ou d’une autre. L’enfant se mit encore à babiller sur ce que deviendrait leur avenir. Il avait des idées fantasmes parfois qui amusaient l’auteur. Héloïse était venue se blottir tout contre lui et il la tenait tendrement dans ses bras tandis qu’ils écoutaient attentivement leur enfant. Sa main tenait la sienne, caressant doucement sa peau de son pouce. Soudain, d’autres gamins s’approchèrent et se mirent à crier le nom d’Ewan pour que ce dernier les rejoigne pour jouer au ballon. Il se doutait que ce devait être ses camarades de jeu habituels. Toutefois, l’enfant paraissait tiraillé. Matthew ébouriffa tendrement ses cheveux en bataille. « Allez, va jouer. On ne bouge pas. » Cela réconforta assez Ewan qui bondit sur ses jambes pour courir auprès de ses amis. Héloïse et Matthew l’observaient de loin avec amour. « J’aurai pu écrire le plus beau des romans, que je n’aurai pu en être plus fier que ce que nous avons créé tous les deux… c’est notre chef-d’œuvre. » Cet enfant qui n’appartenait qu’à eux, symbole de leur amour. Matthew enlaça un peu plus Héloïse tout contre lui, faisant son dos toucher son buste. Après autant de souffrance, il se sentait si apaisé. Il n’était ni plus, ni moins qu’à sa place. Là où il aurait toujours dû être. Il déposa un baiser dans la chevelure d’Héloïse. « J’ai appelé ton patron tout à l’heure. J’ai rendez-vous avec lui lundi matin. Je suppose qu’il te tiendra au courant pour que tu y participes avec nous. » Cette histoire de partenariat était toujours en place et il ne fallait pas l’oublier. Surtout qu’il s’agissait d’une chance supplémentaire pour qu’ils se retrouvent ensemble. « Il faudra que tu acceptes son offre de t’en occuper entièrement pour que vous puissiez me rejoindre en Amérique. A partir de là, je te promets que je m’occuperai de tout. Nous serons la famille que tu as toujours désirée. » Sa main caressa délicatement le visage d’Héloïse pour le tourner vers elle. Il embrassa ses lèvres qui lui avaient tant manqué. « Je ne pourrai pas rester avec vous en France très longtemps. La maison d’édition a pris une telle ampleur depuis quelques années que je ne peux pas me permettre de m’absenter trop longtemps. » Cet état des choses lui fendait le cœur mais il ne pouvait faire autrement. Le travail restait une priorité en tant que grand patron de l’entreprise. Il hésita à lui parler de Jane, mais il se ravisa bien vite. Il se refusait à briser un moment plein de grâce. Il craignait qu’une telle nouvelle émousse le sourire peint sur les lèvres de sa fiancée. Il caressa doucement sa joue. « Je trouverai une maison rien que pour nous trois. Et je me chargerai de trouver la meilleure école pour Ewan. Française, si tu le désires. » De toute manière, il ne pourrait jamais rien faire sans l’approbation totale de la mère de son enfant. Il captura encore ses lèvres dans un baiser plus long, plus sensuel et empli de promesses. « Je te promets que nous rattraperons chaque seconde qui nous a été ôtée. Tu ne souffriras plus jamais, Héloïse. Ce sourire, je veux qu’il se pose sur tes lèvres pour ne plus jamais le quitter. Et Ewan aura enfin le père qu’il désire. » Rendre ces deux trésors heureux serait sa plus grande mission, la motivation qui le ferait se lever chaque matin. « Je redeviendrai cet homme que tu as aimé avec tellement de force. » Mais qu’il n’avait plus été durant si longtemps parce que le regard d’Héloïse n’était plus sur lui. Aujourd’hui, tout était si différent. Et plus beau. Leurs rêves d’avenir d’antan prenaient enfin leur sens véritable.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Ven 27 Jan - 8:53


Look what we’ve made ❤

Mon cœur est désormais en paix. Mon âme a retrouvé sa moitié.
Depuis six ans, il me semblait que la vie s’acharnait, qu’il fallait s’accrocher aux petites aspérités se trouvant dans la roche lisse. Et les miennes portaient un seul nom : celui de mon fils qui m’avait, en un sens, sauvé la vie. Je crois que j’aurais abandonné la partie depuis bien longtemps, sans lui. Il faut dire que je me retrouvais en France, loin de ma famille, éloignée de mes amis et surtout, privée de Matthew. Son absence me brûlait et j’avais choisi de partir sans rien dire, sans préavis, sans lui laissant la possibilité de se défendre. Comme il me l’avait dit, il n’avait même pas pu me retenir. Mais dans le fond, c’était nécessaire : il fallait que la cassure soit franche et nette, qu’il soit blessé dans son égo, dans cet orgueil qu’il possédait. Il fallait qu’il me haïsse pour ne pas essayer de me chercher, de me pousser à revenir à Los Angeles. Parce qu’alors, je n’aurais pas été capable de lutter. D’une certaine manière, j’aurais fini par retomber dans ses bras, me replongeant dans cette belle histoire que nous construisions. Mais je n’aurais pas respecté la promesse faite à son père.  J’aurais agi par pure égoïsme, consciente à l’époque que j’étais un poids pour Matthew. Je n’étais pas faite pour être avec lui, je me sentais incapable de tenir ce rang et ce statut qu’il possédait. Les mots que son père avait employé, lors de ce jour funeste, firent leur chemin dans ma petite tête. Et tout le travail entrepris sur moi-même, toute la confiance gagnée s’était subitement effondrée. Partir… était tout ce qu’il me restait à faire. Mais la séparation se devait être brutale, brève et nette. Je comprenais que le seul moyen de l’empêcher de me retenir, était de disparaître, de faire comme si je n’avais été qu’un passage dans sa vie suffisant pour entretenir les souvenirs tout comme la haine. C’était notre seule porte de sortie. C’était mon seul espoir aussi de mener à bien mon engagement. Et tout ce que je faisais, n’était pas pour moi, ni pour son père. Mais bien pour Matthew. Six ans en arrière, je ne me sentais capable de rien. A croire que le poids du secret avait eu raison de moi, à croire que ma destinée n’était justement pas de faire partie de sa vie. C’était si cruelle dans le fond. Nous nous aimions. Nous nous aimions trop, ça dépassait l’entendement, le raisonnable. Je l’aimais tellement que j’étais capable de m’en aller pour lui, d’accepter de perdre toute son affection, tout son amour. J’étais capable de n’être que la personne qu’il mépriserait de tout son être. M’oublier pour son propre bonheur : il devait être heureux sans moi, il fallait que je m’accroche à ça, qu’un jour ou l’autre, le temps ferait son œuvre, que les plaies finiraient par être pansées.Mais j’avais tout faux. Et effectivement, avec l’arrivée imprévue d’Ewan, je n’avais pas eu la possibilité de faire de Matthew, un souvenir. Je n’avais pas eu le choix que d’accepter l’irréfutable évidence que cet enfant ressemblant à son père de façon tellement flagrante et plus, il grandissait, plus les similitudes me sautaient aux yeux. C’était difficile mais je n’en étais pas moins heureuse. Ewan me donnait une raison nouvelle de me lever le matin, de continuer à avancer et j’avais eu raison de ne pas abandonner.

Tout vient à point à qui sait attendre C’est ce seul dicton me venant en tête alors que j’observe mon fils se ruer dans les bras de son père, émettre à haute voix un rêve qui est, en réalité, tellement vrai. Matthew est son père. Et j’en suis toute attendrie. J’ai l’impression que cette attente, ce sursis n’est pas vain. Et désormais, le bonheur semble revenir en force, me rappelant ces instants candides à nos débuts. Ö combien ai-je regretté chaque instant passé ensemble, il m’a tellement manqué. Et désormais, tout est différent. Le renouveau m’accueille et finalement, s’accrocher en vaut sans doute la peine. J’y crois. Pour Ewan. Pour Matthew. Pour cette famille que nous formons lorsque notre petit se jette dans nos bras, enserrant nos cous de ses petites mains. Ma main vient caresser doucement son dos, rencontrant celle de Matthew. Et les mots de notre fils achève de faire briller mon regard d’une lueur scintillante avant que mon fils, figé dans cet éclat surnaturel, ne me ramène à la terre ferme, rappelant à Matthew qu’il restera ici. L’évocation de son accent français m’arrache un rire. « Et tu n’auras qu’à l’aider à se perfectionner mon ange… » Je lui murmure tandis que mon fils, pris par des idées folles, se lance dans un monologue de tout ce qu’il faudrait faire pour préparer l’arrivée de Matthew. Il n’a pas l’air de prendre conscience que ça ne sera pas aussi simple. J’observe l’enfant parler, fronçant les sourcils, se demandant s’il ne faudra pas acheter une bibliothèque pour mettre les livres de Matthew, forcément, s’il écrit des livres, il doit en avoir plein. Et je le laisse parler, observant médusée cet enfant à l’imagination débordante. Chaque détail est passé au peigne fin et parfois, je tourne le visage pour observer Matthew, de ce même air à la fois tendre et surpris. Mon petit continue jusqu’à ce que ses copains finissent par l’appeler. Ewan est alors tiraillé entre l’envie de rester et d’aller jouer avec eux. Finalement, c’est Matthew qui finit par le convaincre et finalement, il se lève et finit par rejoindre ses copains pour une partie de ballon. Je garde le silence, restant assise à côté de l’écrivain, fixant avec adoration ce petit être capable de tant donner et recevoir en même temps. Les mots qu’emploient Matthew me font sourire doucement, Ewan est le chef œuvre de toute une vie, celle pour laquelle je me consacre pleinement depuis six ans déjà. « Il est tellement fantastique. Avec lui, on ne s’ennuie jamais… » Je me racle la gorge, essayant de rester digne dans mes propos, de garder cette réserve que j’ai fini par adopter après avoir essuyé tant d’orages et de douleurs dans mon existence « D’une certaine manière, si j’ai tenu… C’est bien parce qu’il était là. Qu’il est encore là. » Néanmoins, je préfère me taire, observant Ewan hurlant avec ses amis. L’étreinte de Matthew, ses attentions me font du bien et mon sourire ne quitte pas mon visage. Tous ces mots qu’il emploie, toutes ces promesses, je suis émue de l’entendre me parler ainsi. Il semble tellement prêt à ce que nous donnions forme à cette famille. Me laissant embrasser encore et encore, je ne cesse d’acquiescer à chacune de ses déclarations. C’est à en avoir le tournis tant mon cœur bat vite, tant je suis éprise de cet homme et de son investissement. Bien sûr, ma grande priorité reste Ewan et Matthew a pensé à tellement de détails le concernant. « Je n’ai même pas encore acheté nos billets d’avion que je m’impatiente déjà... » Je lui souffle avant de répondre à l’appel de ses lèvres pour un baiser tendre. J’en profite que l’attention du petit soit accaparée par son ballon, pour savourer tous ces petits gestes m’ayant été volés autrefois. « Il ne va plus tenir en place… Il va falloir que je lui crées un agenda spécial « dodo restant » pour qu’il puisse compter les jours… Je nous imagine déjà… » Et dans mon esprit, les images me sont tellement claires comme durant ce petit déjeuner, ce matin, de pouvoir contempler Matthew en train de dormir, non pas, parce que ce soir, l’appartement est vide mais bien parce que ce sera notre quotidien. Je pourrais m’éveiller tous les jours et m’endormir tous les soirs à ses côtés. J’imagine tellement l’enfant et son père, et ce tendre lien qu’ils créeront ensemble. Je suis aussi fantasque que mon fils, sauf qu’à la différence d’Ewan, je rêve en silence. Néanmoins, il y a juste une chose qui me chiffonne. C’est que Matthew n’est pas libre. Et si ce détail m’avait paru être un détail, il semble revenir en force, dès lors que le scintillement de son anneau me saute aux yeux. Je l’observe sans rien dire, réfléchissant à ce qu’il va falloir préparer. En parler, cela semble être une facilité mais en réalité… Comment cela va-t-il se passer ? Ewan va-t-il bien vivre son exil loin de ses amis ? De ses petites habitudes, de son école ? Bien sûr, je serais près de ma famille et ça ne sera pas un problème pour moi. Qui plus est, si je dois travailler avec Matthew, la familiarité du décor ne sera pas un obstacle, bien au contraire. Je trépigne même d’impatience à l’idée de pouvoir travailler avec lui, comme au bon vieux temps. « Tu… Je suis désolée de devoir dire ça... » Je commence à dire, mais je me tais, hésitante. Je ne sais pas comment formuler les mots pour ne pas sembler être la briseuse d’ambiance, celle anéantissant tous les rêves et les espoirs des gens m’entourant. Cependant, la vie m’a rendue pessimiste sur pas mal de point et si tout ce qui, autrefois, ne semblait être qu’un obstacle ébranlable, me semble désormais un mur solide comme du roc. « Mais tu es marié, Matthew. Quand bien même, ce mariage semble signifier peu de choses à tes yeux… Je ne souhaite pas que ça atteigne Ewan… D’une manière ou d’une autre, tu comprends ce que je veux dire ? » Je finis par dire, en sentant mon ventre se contracter. Si pour Matthew, cet engagement est sans importance pour lui, qu’en est-il de sa femme ? Elle est peut-être amoureuse de lui… Elle va peut-être mal le vivre mais encore ça, c’est le cadet de mes soucis. Je n’ai pas vécu l’arrachement des miens pour m’occuper des états d’âmes de l’actuelle madame McGregor. « Ce que je ne souhaite pas, c’est qu’on s’en prenne à mon fils. Je ne voudrais pas que ce retour à Los Angeles soit le déclenchement d’un conflit qui m’opposera à ta famille, Matthew. Je suis fatiguée… Je crois que j’ai assez donné pour ne pas me retrouver au milieu d’une guerre. » Ma main vient doucement caresser son visage et je l’observe tendrement. « Il faut que tu saches… que la personne ayant été capable de démolir ma vie, de me pousser à partir, de me faire comprendre que je n’étais pas digne de toi, que je serais celle qui te ferait perdre tout ce que tu étais… » Ma main se crispe et  mon cœur s’envole, pétri par cette douleur sourde et ô combien ancienne. « C’était ton père, Matthew… Et quand bien même, il n'est plus de ce monde, je ne me sentirais pas assez forte pour m’embarquer dans un nouveau conflit. » Ma main retombe et c’est le regard étrangement brillant que j’observe Ewan continuant à jouer. « J'aurais juste assez de forces pour démolir le premier qui oserait s’en prendre à lui pour me faire regretter mon retour.... » Je pose ma joue contre son épaule, finissant par dire « Tu sais... Je veux juste vivre avec toi, je veux me réveiller chaque jour à tes côtés, je veux que tu sois la première chose que je pourrais voir le matin, au réveil... Mais je voudrais que ça soit sans aucun conflit, sans secret, dans une douce quiétude... C'est tout ce que je souhaite du fond de mon cœur pour notre fils... Alors, je veux juste être certaine que tout se passera bien, peu importe le lieu où nous vivrons, l'école où il ira... Je veux juste vivre en paix... Et sans secret... » Je crois que dans le fond, je ne tiens pas à subir l'égoïsme des autres, ni à souffrir pour le commun des mortels. Tout ce que je souhaite, c'est que nous puissions être heureux tous les trois en partant sur des bases saines et solides.


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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Jeu 16 Fév - 23:07

Il n’était plus homme. Il n’était que plaie béante. Il était comme un aveugle qui ne verrait plus jamais la lumière du jour. Il n’était plus qu’une âme solitaire qui avait perdu sa jumelle. Il n’était plus que l’ombre de ce qu’il était autrefois. Il n’était plus qu’une cacophonie douloureuse de doutes et d’incompréhensions. Ses yeux ne parvenaient à se décrocher de ce bureau où elle ne se trouvait plus depuis déjà plusieurs semaines. Les dossiers ne s’y entassaient plus comme autrefois. Une douce odeur de caféine ne trônait plus dans les lieux. Il n’y avait plus son parfum pour l’accueillir dès qu’il ouvrait la porte. Il n’y avait plus son sourire pour unique récompense. Il ne pouvait plus contempler ce visage lisse et parfait. A la place de tout cela, il n’y avait que le néant et le froid. L’éditeur fit quelques pas dans le bureau déserté de sa stagiaire. Le bureau d’Héloïse. Un bureau où elle aurait dû rester pour les prochaines années à venir. Seulement, ce ne serait jamais le cas. Ses doigts caressèrent la surface lisse du bureau, en suivirent les contours jusqu’à arriver au fauteuil où il s’assit. Il se souvenait de ces premières semaines où il avait traversé la porte de ce bureau dans l’indifférence la plus totale, à amener toujours plus de dossiers à traiter pour la jeune femme, presque comme pour la punir de la décision de son père de la ramener. Puis à mesure que le temps passait, il réalisait que le travail était effectué vite et bien. Alors il se permettait quelques paroles de plus à l’égard de la brunette, des mots moins froids, et même quelques sourires quand son humeur le lui permettait. Et sans qu’il ne s’en rende compte, il avait fini par être heureux, parfois même impatient de franchir la porte de son bureau, ne serait-ce que pour avoir la chance de croiser l’intensité de son regard, de sentir l’odeur de son parfum ou encore entendre son rire discret. Chaque jour, ces reliques devenaient de plus en plus précieuses, de plus en plus essentielles pour l’auteur, jusqu’à ce que cela relève de l’ordre du vital. Il en était tombé désespéramment amoureux. Comme encore jamais un homme aurait pu aimer une femme. Il se pensait invincible, mais il en oubliait que sa plus grande faiblesse, c’était elle. C’était Héloïse. Et désormais, elle était partie. Serait-elle restée s’il s’était montré plus agréable dès les premières secondes ? Serait-elle restée s’il s’était montré plus prévenant ? Serait-elle restée s’il avait osé défier son père et le reste de l’aristocratie dès le départ ? Il aimait le croire. Il aimait à penser que c’était premièrement de sa faute parce qu’il préférait être frappé de culpabilité que d’incompréhension. Matthew se pinça brusquement l’arête du nez pour empêcher que les larmes qui menaçaient la bordure de ses paupières ne dévalent ses joues. Pire que tout, elle lui manquait cruellement. Sa main se fraya un chemin dans la poche de son veston d’où il tira un papier. Il la déplia lentement, son regard passant sur ces lignes qu’il avait lues encore et encore. Avec lesquelles il s’était torturé nuit et jour à tel point qu’elles ne détenaient plus presque aucun sens. Il avait presque la sensation que le moindre mot ne provenait pas de l’esprit d’Héloïse mais d’une étrangère. Il avait cherché une raison, mais en vain. Une fois encore, il en parcourut les lignes. Douloureusement. Désespéramment. Mais il n’y trouva aucune réponse qui parvint à le satisfaire. L’esprit pétri de frustration et de désillusions, ses doigts froissèrent brutalement le papier qu’il jeta dans la corbeille près de lui. Des semaines de recherches n’avaient rien donné. Il fallait qu’il se rende à l’évidence. Tout était terminé. Plus rien n’aurait d’importance. Mais elle lui manquait…

Et à ces heures où il pensait que son malheur n’aurait pu être plus complet, aurait-il pu penser une seule seconde qu’Héloïse s’était exilée à l’autre bout du monde et qu’elle portait le fruit de leur amour ? Aurait-il pu penser qu’il était père tandis qu’il la cherchait encore et encore, jusqu’à rendre les armes et prendre Jane pour épouse ? Aurait-il pu penser que tout ne tenait qu’à la menace d’un seul ?  A la trahison d’un des membres de sa famille ? Il n’en avait pas la moindre idée. Il n’avait même plus cherché à comprendre ou à se poser la moindre question. C’était bien trop douloureux. Alors il était redevenu froid, intraitable et impartial. Le Matthew d’autrefois avait repris ses droits, plus cruel encore qu’avant. Et pourtant, aujourd’hui qu’il observait son fils, il peinait à croire qu’il s’agissait du sien, qu’il était père, mais une part de lui détenait cette certitude qu’il était sa chair et son sang. En l’espace de quelques heures, son destin avait radicalement changé. La vie et l’amour étaient revenus en lui, alimentant un cœur qui avait cessé de battre et une âme asséchée. Encore une fois, il n’avait suffi que de la magie de la douce Héloïse, et de celle d’un être dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Il s’étonnait chaque seconde un peu plus de sa sagacité, de son répondant et de cette innocence qu’il détenait de sa mère. Même encore, il s’en amusait plus que jamais. « Il est tellement fantastique. Avec lui, on ne s’ennuie jamais… D’une certaine manière, si j’ai tenu… C’est bien parce qu’il était là. Qu’il est encore là. » Il ne pouvait que s’accorder à ce qu’elle disait. Il était en tout point fantastique. Toutefois, son cœur sombrait à chaque fois qu’elle évoquait ces longues années de souffrance. Il pouvait aisément deviner qu’Héloïse ne serait plus là pour lui parler si Ewan n’avait pas existé. Cette simple idée le rendait fou. Sa main vint serrer celle de sa belle avec force. Il aurait pu la perdre définitivement… et six ans paraissaient presque peu de choses face à l’éternité. « Je crois que nous lui devons beaucoup de choses… » Même s’il n’en avait sûrement pas conscience. Cet enfant était la clef de tout. Une salvation insoupçonnée. Il apparut comme un souvenir évidence à Matthew qu’il ne pouvait plus vivre loin d’eux. Il voulait ramener l’enfant et sa mère en Amérique pour qu’ils y vivent avec lui. Il divorcerait aussitôt de Jane avant de se marier à la jeune femme comme il aurait dû le faire depuis le début. Il prévoyait déjà leur avenir avec impatience. Une impatience qu’Héloïse partageait pour son plus grand bonheur. Il aimait à retrouver cette tendresse d’autrefois, et dans les baisers qu’elle lui communiquait, il profitait de l’Héloïse d’autrefois. Il souhaitait que les choses aillent si vite désormais. De plus, plus rien n’était une entrave pour eux. Son père était mort et il était l’unique maître de son avenir. Jane n’avait plus rien contre lui. Alors oui, l’auteur ne pouvait plus voir l’avenir que sous un jour radieux. Toutefois, si les certitudes envahissaient Matthew, le doute dévorait l’esprit de sa dulcinée. Il sentait qu’elle voulait lui dire quelque chose mais qu’elle ne s’exprimait qu’à demi-mot. « Parle-moi, Héloïse… » Il n’aima pas ce qu’elle lui dit par la suite. Elle évoquait sa femme, ce mariage qui était un obstacle malgré tout et elle craignait que l’existence d’Ewan n’en soit ébranlée. Pire que tout, elle était toujours terrifiée par son monde et sa famille. Sauf que les choses avaient changé depuis six ans. Il tenta de l’interrompre. « Héloïse, je comprends mais je peux t’assurer que tu n’as pas à… » Il ne put terminer. Une fois que sa belle était emportée dans ses propos, elle ne se taisait plus. Sa main le réduisit au silence alors qu’elle lui révélait qui était l’auteur de leur malheur. Il ne fut pas surpris d’apprendre qu’il s’agissait de son père, mais pas moins en colère. Sa mâchoire se comprima et ses poings se serrèrent. Il était cet odieux personnage qui l’avait éloigné de son fils et de la femme qu’il aimait. Quel père pouvait souhaiter un tel destin pour son enfant ? Matthew n’était père que depuis quelques heures et il ne souhaitait déjà que le meilleur pour Ewan, forçant d’autant plus son incompréhension. « J’en étais sûr… quel… » Il ne trouva pas de mot assez fort pour désigner ce monstre qui avait été son père. Il estimait uniquement que ce dernier avait beaucoup de chance d’être déjà mort. Toutefois, face à la fragilité d’Héloïse, il en oublia sa colère. Il se retrouvait démuni. D’un seul regard, il pouvait lire toute la détresse de ces six dernières années, la peur de ne pas être à la hauteur à cause des idées que son père avait pu lui mettre dans sa tête autrefois. Et après autant de souffrance, la paix et la quiétude étaient ses seuls souhaits. Pouvait-il lui en vouloir de ça ? Sûrement pas. Après autant de sacrifice, le bonheur lui était légitime. « Mon amour… » Ses mains vinrent encadrer son visage pour qu’elle le regarde dans les yeux et que chacun des mots qu’il allait prononcer s’ancre dans son esprit. « Six ans ont passé et tellement de choses ont changé… Nous ne sommes plus ce que nous étions et nous n’avons plus à être effrayés de personne. » Toutes les barrières d’autrefois s’étaient abaissées. Son exile en France n’avait plus lieu d’être. « Mon père est mort. Je suis l’unique dirigeant des éditions McGregor, et qui plus est, le seul descendant McGregor. » Quoi qu’il s’agissait d’une légère erreur. Son regard se tourna vers son fils qui jouait avec ses camarades, souriant plus que de raison. Matthew esquissa un sourire. « Enfin… disons que je ne suis plus vraiment le seul maintenant, mais je doute qu’Ewan ne s’oppose à quoi que ce soit. » Il avait lui aussi désespéramment besoin d’une famille. « Ce que j’essaye de te dire, c’est que personne ne peut se mettre en travers de notre chemin. Je suis parvenu à bâtir un empire inébranlable. Mon père ne peut plus rien contre nous, et ce ne sont ni ma mère, ni mes sœurs qui s’opposeront à nous. Plus rien ne peut nous abattre hormis la peur. Mais je refuse que nous ayons peur, Héloïse. Nous n’avons plus à craindre personne. Et ce bonheur dont tu as tant rêvé, et auquel tu avais même renoncé, tu y as droit désormais. Sans heurt et sans douleur. Il n’y aura aucune guerre. Je t’en fais la promesse. » Ses lèvres se déposèrent sur les siennes pour sceller cette promesse qu’il souhaitait graver dans le marbre. Ses doigts s’engouffrèrent dans ses cheveux, les caressèrent tendrement. « Tu es plus digne de moi que n’importe qui en ce monde. » Et bien plus que sa femme. Il n’osait aborder le sujet. Car savoir qu’il était marié n’était pas la pire révélation, mais bien avec qui. Que pourrait-elle penser lui en apprenant que Jane était sa femme ? Il préférait encore reporter l’échéance. Malheureusement, il n’en eut pas le loisir. Son portable se mit à sonner, brisant l’intensité de l’instant. Il pria pour qu’il s’agisse d’un de ses employés, mais quand il tira son téléphone, le nom de Jane s’afficha sur l’écran. La confusion n’était même pas possible car son visage était aussi présent. Il croisa le regard empli d’incompréhension d’Héloïse, mais cette dernière n’était pas sotte. Il ne lui faudrait que quelques secondes pour comprendre, même si elle refusait à l’évidence. Le regard de Matthew se voila. Presque de honte. Il refusa l’appel, remettant son portable à sa place. Il se recula légèrement, n’ayant plus que sa main plongée dans celle de sa belle pour les lier. « Héloïse… il faut que tu saches que… » La gorge sèche, il ne savait comment s’exprimer correctement. Il ne pouvait cependant pas revenir en arrière. « Je ne te demande pas de comprendre. Ni même vraiment de me pardonner… Seulement, après ton départ, plus rien n’avait d’importance. Je suis redevenu cet homme que tu détestais auparavant. Tout ce que tu avais accompli autrefois a été réduit à néant. Je t’avais dit que sans toi, je n’étais ni courageux, ni fort. Alors j’ai écouté ce que l’on me disait de faire et j’ai épousé Jane. C’est elle ma femme. » La vérité était tombée et elle semblait bien plus douloureuse qu’il n’aurait pu le penser. « Si seulement j’avais su les raisons de ton départ, je ne l’aurai jamais épousée, mais à l’époque, ça paraissait être la meilleure chose à faire. Malgré tout, je peux te promettre qu’elle ne sera pas une entrave à notre bonheur. Jane a bien plus besoin de moi que je n’ai besoin d’elle. Elle ne m’est rien. Et quand bien même, j’ai pris mes précautions concernant notre contrat de mariage. Elle ne peut rien contre nous, et pire encore, je peux retourner les choses contre elle. Je sais pertinemment que Jane n’est pas fidèle. A vrai dire, nous ne sommes guère un vrai couple. Tout juste bon à apparaître un public. Mais je trouverai le moyen de rapidement me séparer d’elle. Je lui donnerai même de l’argent si c’est tout ce qu’elle souhaite. Et si c’est aussi le prix pour qu’elle nous laisse tranquille. » Son cœur battait plus fort dans sa poitrine. Mais cette fois-ci, par peur. Ses mains vinrent saisir ses épaules avec ferveur. Il refusait de la perdre une seconde fois. « Héloïse, je t’en prie… dis-moi que tu ne m’en veux pas… »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Sam 18 Fév - 17:44

Son sourire n’était qu’une apparence, un artifice qu’elle maîtrisait difficilement. A chaque seconde s’écoulant, elle avait l’impression que son âme se fissurait. Et elle avait mal. Terriblement mal. La douleur se transmettait dans chaque recoin de sa peau, se diffusait tel un poison. Le venin se diluait lentement en elle, la dévorant de mille feux, de mille angoisses et de peurs. Elle essayait de ne pas penser à ce ciel qui s’obscurcissait petit à petit. Pourtant, la nuit était déjà là. Si claire et si belle, auréolée d’une douce lueur qu’elle appréciait auparavant. Ils étaient dans la chambre de l’auteur, l’un endormi, l’une, anéantie. La lune imbibait la pièce d’une lumière presque irréelle et assise sur le lit, elle fixait Matthew, perdu dans un éclat d’innocence qu’il allait perdre. Elle allait devenir horrible, lui ôter ce bonheur qu’elle chérissait tant elle-même. Le sommeil ne venait pas parce qu’à chaque seconde s’écoulant, c’était une seconde qui l’éloignerait de cet homme auquel elle avait choisi de se donner, entièrement. Mais ce soir, même en contemplant l’astre, d’ordinaire apaisant, elle n’arrivait pas à trouver de réconfort. Elle se sentait vide. Elle avait envie de pleurer mais elle tenait bon. Elle prenait sur elle, arrivant à conserver une impassibilité l’étonnant. D’ordinaire, elle n’arrivait jamais à contenir les mauvaises émotions en elle. Matthew arrivait à lire en elle comme dans le plus beau des romans. Et pourtant, ce soir, Héloïse bloquait toutes les émotions néfastes, toutes ces chimères menaçant d’exploser. Si elle ne le faisait pas pour elle, le courage se trouvait dans la volonté de le faire pour l’homme qu’elle aimait. Il était si beau ce soir, avec sa tête d'ange endormi. Il ne se doutait absolument de rien, heureux et indolent, ne sachant pas que demain deviendrait un jour sombre, un jour où toute joie, tout bonheur, la moindre parcelle de bien auront été anéantis entre les mains d’un seul homme. Elle n’avait pourtant rien fait, ne se contentant que de recevoir et de transmettre le plus beau des sentiments, le plus noble aussi. Et pourtant, le père s’opposait à leur histoire, il avait été convaincant, d’ailleurs. Trop, même. Elle était brisée, réduite à se sentir incapable : elle n’était pas faite pour aimer un homme de ce rang. Elle se croyait, désormais, indigne, de l’aimer. Pas à la hauteur, brisant toute la confiance et l’estime qu’elle avait acquise d’elle-même. Dans le fond, elle ne tenait que pour Lui. Pour l’homme qu’elle aimait. Et bien qu’elle pouvait encore savourer la douce chaleur de ses bras enroulés autour de sa taille, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir froid, de ressentir ce vide s’annonçant douloureux. Terrible. Immense. Un vide qui durerait six ans. Un vide dont elle ne pourrait jamais faire obstacle, ni espérer le plus doux des oublis. Elle avait espoir qu’avec le temps, la douleur puisse s’estomper. D’une certaine manière, elle y croyait parce que son instinct de survie s’était mis en route, qu’il fallait coute que coute croire en l’impossible, croire en la guérison d’un mal dont elle quittait le remède. La vision de son amour endormi lui apportait les plus belles déclarations et, à la fois, une peine immense. La survie était sans doute en train de commencer, son cœur s’y préparait alors que son esprit criait qu’il fallait dire la vérité. Sa main se posa sur son bras qu’elle caressa doucement. Oui, elle devait lui dire, il fallait qu’il sache que son père n’était pas un homme bien, qu’il allait les détruire au profit d’un titre, d’un rang, d’une réputation. Elle aurait pu croire qu’elle avait sa place, qu’elle aurait pu être digne d’être la compagne officielle mais son père avait tout détruit. Il s’éveilla et instinctivement, elle l’accueillit avec un sourire, se penchant pour se blottir dans ses bras. Il était pétri de sommeil et de chaleur, il avait ces grands yeux capables d’exprimer tant de choses sans avoir besoin d’user de la parole. « Matt… Je voudrais te dire quelque chose… » Avait-elle commencé à murmurer, venant caresser doucement sa joue. Au fond d’elle, la jeune femme se sentait trembler de tous ses membres. Elle ne savait même pas comment lui annoncer. L’écho des paroles du patriarche lui revenait en mémoire. Elle avait promis pourtant et d’une certaine manière, il ne s’était pas contenté d’éclabousser son âme, il lui avait révélé une vérité qu’elle refusait d’admettre. Peut-être n’était-elle pas de son monde… Peut-être ne le serait-elle jamais ? Sans doute, devait-elle ne rien dire ? Son visage se crispa brièvement et finalement, elle se força à sourire, « Je t’aimerais jusqu’à la fin. » Lui dit-elle dans un murmure cajoleur, apaisant et à la fois, tellement destructeur.

Ce furent les derniers mots qu’ils échangèrent avant un silence de six ans.


Le silence est désormais brisé. Et la vérité a pris son entière place. Bien que je n’en demeure pas moins inquiète, je ne peux nier l’évidence même : un poids s’est ôté de ma poitrine. J’ai l’impression de mieux respirer, de me sentir plus légère, heureuse. Il y a même cette insouciance qui revient finalement au galop. Tout me semble désormais bien plus beau. C’est dans ces fameux instants, dans une atmosphère chargée de cette grâce si subtile que je réalise combien je ne peux vivre sans Matthew. Je ne peux être loin de mon âme sœur, de ma moitié, de mon souffle de vie. D'une certaine manière, sans lui, je vis une vie ne tenant qu'à travers celle d'Ewan. Mon fils est le seul capable de me rendre heureuse, de me donner la force de m'accrocher encore et encore. Il le faut. Ewan se manifeste toujours à des moments de doute, à des moments où le combat me semble vain. Un cri. Un mot. Un besoin. Et finalement, je tiens. Je suis encore là et je le serais encore, pendant longtemps. Mon petit a besoin de moi et j'ai besoin de lui.« Je lui dois tellement... Il n’aurait pas dû autant ressentir cette peine… Pourtant, j’ai toujours fait en sorte d’être heureuse pour lui, de ne rien transmettre. Mais je n’ai jamais su faire semblant. » Je murmure doucement en fixant l'enfant d'un air tendre. Ewan, mon petit garçon, mon miracle et mon oxygène. Il a maintenu le souvenir, il a entretenu la flamme d'un amour incroyable, ce même amour que je peux savourer à nouveau. J'ai l'impression de revivre, de redevenir l'étudiante ingénue en quête d'amour et de rêves perpétuels. Tout ce qui m'a été enlevé semble m'être revenu de droit. Le cœur bat un comme un fou, mon âme se sent enfin complète. Tel est l'effet que me fait Matthew. Six ans après. Six ans sans le croiser, sans lui parler. Et pourtant, sans jamais avoir cessé, ne serait-ce qu'une seconde, de l'aimer. J'ai, tant de fois, rêvé de ces retrouvailles, me confortant d'une douce illusion. Je me suis toujours dit que cela ne viendrait jamais, que nous serions condamnés à rester dans ces éternels adieux. L’histoire en aura donc décidé autrement.

Bien sûr, la réalité est tellement plus belle, plus intense, plus douce à vivre. Néanmoins, je ne cache pas mes inquiétudes. Je suis tellement impatiente à l’idée de pouvoir revenir à Los Angeles, de pouvoir revoir mes grands-parents, mon père et ma sœur. J’ai envie de renouer avec ces gens que je côtoyais, d’effacer six ans d’absence et de silence. Et par-dessus tout, je suis impatiente de pouvoir vivre avec Matthew, de pouvoir être à ses côtés, chaque heure, chaque seconde, de jour comme de nuit, en semaine comme en weekend. Tout le temps. Et à ce, jusqu’à la fin. L’idée de devenir sa femme, d’être une McGregor, d’être une famille pour notre fils, tout cela bouillonne en moi dans un désir dévorant à l’idée que tout puisse être comme avant. Mais malgré ça, l’insouciance primaire de ma jeunesse n’arrive pas à être plus forte que l’inquiétude d’une âme vieillie par le malheur. Sa femme. Son mariage. Sa famille. Le fait que son père ait été capable de détruire notre histoire, notre bonheur. Tant de points qui me semblent inquiétants, non pas pour moi, mais pour Ewan. J’ai tellement encaissé durant ces dernières années que je me suis endurcie à un point que le premier qui oserait me dire quelque chose, serait réduit en charpie. Mais c’est surtout pour Ewan. Je ne voudrais pas prendre le risque de l’arracher au confort et à la douceur d’une vie française, pour qu’il se retrouve au milieu d’une bataille. Il ne mérite tellement pas tout cela, il est merveilleux et même Matthew semble déjà conquis par le caractère angélique de son fils. C’est d’ailleurs ce qui semble transparaître dans chacun de ses propos lorsqu’il prend la parole. Ses mains entourent mon visage anxieux, tendres et protectrices. Je l’observe d’un air inquiet et pourtant, ses mots ne sont qu’un baume, ils réparent et pansent les plaies. Mon cœur bat déjà comme un fou face à l’importance de ce qu’il me déclare. Six ans, c’est à la fois, rien et long. Pour lui, il a acquis une telle place dans l’empire familial que désormais, plus rien ne peut être un obstacle. Mon regard suit le sien lorsqu’il se tourne pour dévisager Ewan, son descendant, son expression m’arrache un sourire tendre. Je suis tellement sidéré par sa propre force, lui qui, il y a des années, se disait être faible et manquant de courage. Il a tellement gagné en maturité, il a tellement accepté l’idée d’être père et de le devenir pour notre fils, lui, qui court avec ses copains, ne se doutant pas que son rêve le plus cher vient de se réaliser. Un papa. Une famille. Un mari pour moi. Tout semble s’enclencher dans la plus parfaite des synergies comme si d’une certaine manière, nous étions faits l’un pour l’autre, ce dont j’avais toujours cru. Six ans après, je ne me suis pas trompée. Nous avons juste été obligé de prendre un détour pour mieux continuer cette route ensemble. Et d’ailleurs, les mots qu’emploie mon amour me sont si bénéfiques pour moi. Il arrive à balayer les moindres doutes, à atténuer la plus petite des peurs. Et nos lèvres se retrouvent avec cette soif de l’autre, cette soif inépuisable d’amour et de promesses. « J’ai tellement hâte, si tu savais… » Je finis par lui murmurer, souriant tendrement. Mon souffle se fond avec le sien, et mes prunelles sont ancrées dans les siennes. « On va être tellement heureux alors… » Ma main caresse doucement sa joue, avant de finalement entourer sa nuque de mes bras frêles, le serrant tendrement contre moi. Quand soudain, une sonnerie de téléphone se fait entendre. « Matt… C’est ton téléphone qui sonne… » Je lui dis en me détachant délicatement pour lui permettre de répondre. J’ai l’impression d’être au bon vieux temps lorsque je n’étais que la stagiaire et lui, l’homme accaparé. Combien de fois avait-il répondu à un appel important alors que je me trouvais blottie dans ses bras. Le temps continue sa danse folle entre les années passant et repassant dans un flashback de souvenirs heureux. Toutefois, je déchante bien vite comme je constate l’interlocuteur appelant. Le prénom affiché, la tête sur l’écran. Mon sang se glace et le rythme cardiaque s’emballe. Je déglutis difficilement en relevant un œil vers Matthew, dont le visage semble exprimé un profond malaise. Et les rouages se mettent alors en place. Je comprends bien vite tout ce qu’il a pu évoquer concernant son union. Le fait que ce mariage n’ait pas d’importance pour lui, le fait que ladite femme ne nous fera rien. Je ne sais que dire finissant par baisser les yeux sur le téléphone sonnant toujours jusqu’à ce qu’il raccroche. Durant quelques secondes, je reste perplexe sur la façon dont je devrais réagir. Les évènements me semblent tellement fous depuis hier, que je suis incapable d’être déçue ou en colère. Pourquoi le serais-je ? Souvent, lorsqu’il m’arrivait de penser à Matthew, seule dans mon lit, je me disais toujours qu’il avait certainement dû refaire sa vie, qu’il avait dû tomber amoureux d’une autre, qui aurait la prestance et le charisme pour répondre aux critères de son père. Mais Jane… C’est la surprise. La voix de Matthew résonne. Son père avait obtenu tout ce qu’il voulait. Et les justifications de Matthew me le confirment. D’une certaine manière, vis à vis de son père, tout était alors logique. Le fait que l’élément perturbateur soit parti, le fait que Matthew était désormais libre. Il ne restait qu’à épouser quelqu’un de bien plus noble. Et je ne peux m’empêcher de murmurer doucement « Ainsi, ton père avait gagné… Il avait obtenu tout ce qu’il voulait… » Mon regard se fronce et je finis par fixer un point invisible, ne sachant que dire d’autre, écoutant Matthew se justifier encore et encore. Un sentiment d’horreur s’empare de moi. Je me sens tellement horrifiée par tout ce qu’il a pu vivre. Et finalement, lorsque ses mains se posent sur mes épaules, n’ayant d’autre choix que de le fixer d’un air hébété, je l’entends me supplier de ne pas lui en vouloir. « Te… T’en vouloir… ? » Je murmure, contemplant ses prunelles claires. « Bon dieu du ciel ! Non ! » Je m’exclame avec véhémence. « Non, je ne peux pas t’en vouloir ! Ce serait là, la pire des infamies. La seule personne à qui je pourrais en vouloir, c’est bien à ton père Matthew ! Il est encore plus terrible que je le pensais. Je n’arrive même pas à être attristée de le savoir mort ! » Mon visage se tourne vers notre enfant, bien trop occupé à rire avec ses amis, perdu dans l’innocence de son âge. « Il a fait du mal à tellement de personnes Matthew. Et pourtant… J’en suis sûre qu’il serait certainement tombé amoureux de son petit-fils… » Cependant, lui trouver des états d’âme n’est pas ce dont j’ai en tête. Et finalement, je finis par revenir vers Matthew, mes doigts serrant un peu plus fort cette main que je tiens. Cette main que je finis par porter à mes lèvres, déposant un baiser tendre. « Mon amour… Je ne t’en veux pas autant que toi tu ne m’en veux pas de t’avoir quitté ainsi… Nous avons été les victimes de ton père. Ne lui laissons pas la satisfaction d’avoir de la rancœur l’un envers l’autre. Nos actes passés ne doivent, en aucun cas, entacher notre futur… Alors, sois en certain… Que tu sois marié à Jane ou à une autre, peu importe ce qu’elle a pu nous faire… ça ne changera rien ! Je t’aime, je veux être à toi, pour toujours. Je te veux toi et toi seul ! » Et à ce mots, emportés par ces mots d’amour, mes lèvres s’écrasent sur les siennes avec fougue, dans un baiser brûlant et empli d’une passion. D’une certaine façon, le fait qu’il soit marié à Jane semble m’ôter toute trace de culpabilité car s’il y a bien quelqu’un que je n’aime absolument pas, en dehors du père de Matthew, c’est bien elle. A bout de souffle, je finis par me détacher de lui, collant mon front contre le sien. « Bon je dois quand même t’avouer que j’ai moins de « peine » à savoir que tu vas divorcer d’elle, plutôt que d’une autre… » Je finis par murmurer, esquissant un sourire espiègle. « Il me tarde de revenir… De découvrir notre chez-nous… On ne va plus tenir en place… » Je pouffe de rire, venant attraper brièvement ses lèvres avant de redresser la tête pour surveiller Ewan. Mais il joue toujours. C’est si apaisant soudain. « C’est comme si le temps ne s’était pas arrêté, tu ne trouves pas ? Encore aujourd’hui, nous arrivons tellement bien à nous parler, à nous rassurer. Je me rends compte combien il n’y a qu’avec toi que tout se passe de cette manière. Il ne pourra y avoir que toi de toute façon… »

***

La matinée passe si vite. Ewan est revenu vers nous afin qu’on joue avec lui. Et finalement, nous nous sommes lancés dans une partie de cache-cache tous les trois. Matthew est chargé de compter et avec Ewan, nous en avons profité pour aller nous cacher, pas trop loin non plus car l’endroit est vaste. Mais nous sommes bien vite trouvés. Et Ewan est déjà en train de courir comme un fou afin d’échapper à la prise de Matthew. Je ris aux éclats parce que le bonheur est partout aujourd’hui. J’irradie et je ne peux qu’être amoureuse de ce si beau tableau, de cette famille que nous représentons. Et les jeux se poursuivent jusqu’à ce que l’heure d’aller manger arrive. Nous profitons pour aller manger dans un restaurant, tous les trois. On emmène Matthew dans ce restaurant que nous affectionnons avec Ewan « Aaan tu verras comment il est trop bien ! Je connais tous les cuisiniers la bas ! Ils sont trop forts d’ailleurs, ils arrivent même à envoyer la nourriture dans la bouche directement. Mais Maman elle n'y arrive pas, à chaque fois, elle hurle et se cache le visage ! » Ce qui me fait rire de plus belle. « Mais à chaque fois je le perds en cours de route ! Je ne suis pas douée pour ça… » On nous installe sur une petite table avec la fameuse table chauffante. Ewan est assis entre nous, super enthousiaste et visiblement en grand connaisseur des lieux. « Maman, on va voir si Matthew est meilleur que toi ! Moi j'arrive à en attraper trois en tout dans la bouche ! »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Dim 26 Fév - 16:00

Il passait sûrement les plus doux instants de sa vie en compagnie de son fils et de sa future épouse. Et cette fois-ci, il n’avait plus à rougir de l’identité de cette dernière car il ne s’agissait pas de Jane. Il se souvenait encore quand il avait dû unir son destin à elle. Son cœur était lourd comme la pierre. Il sentait constamment ce goût de bile qui lui revenait dans la gorge. A cette heure, il la détestait encore. Il détestait encore plus l’univers autour de lui qui l’avait poussé à un tel acte. Il détestait encore plus son père qui avait forcé les choses. Il détestait de ne pas pouvoir choisir. Pourtant, il semblait que c’était pour le mieux. C’était communément un mariage d’intérêt que Matthew avait dû cautionner bien malgré lui. Mais après un tel abandon, plus rien ne comptait et il avait baissé les armes. Il se souvenait avec quelle fermeté il pouvait affirmer qu’il ne laisserait jamais Jane prendre le dessus. L’amour d’Héloïse lui permettait de détenir ce courage de lutter contre sa famille, contre son rang, quitte à tout abandonner pour elle. Oui, il aurait été prêt à tout quitter. Fortune, emploi, titre, confort. Il n’était bien que dans les bras d’Héloïse. Ses bras sauraient constituer un foyer suffisamment fort et robuste. Il croyait en la force de ce qui les liait pour combattre ce qui les opposait. Mais quoi qu’ils fassent, leurs âmes étaient jumelles et liées en tout point. Personne n’aurait pu en douter… Et pourtant, elle était partie un matin et comme la tempête, elle avait tout emporté avec elle. Sa volonté, son cœur, son âme, son courage. Elle l’avait dépouillé de tout ce qu’il était pour ne plus laisser qu’une carcasse vide. Il n’avait plus eu les armes pour se battre. Il avait abdiqué. Il n’avait même pas cherché à se battre plus longtemps. La douleur était telle que se marier à Jane lui était apparu comme une manœuvre stratégique. L’ancien Matthew était revenu, plus froid et calculateur que jamais. Qui avait manipulé l’autre dans l’histoire ? Sûrement les deux, persuadés qu’ils étaient l’un et l’autre vainqueur. Mais aujourd’hui, l’auteur réalisait combien il était le grand perdant de cette manche. Un perdant face à son père qui avait eu ce qu’il désirait. Un perdant face à Jane qui avait pris la place d’Héloïse. Cette place qui lui revenait de droit. Le jour même de son mariage, Matthew n’avait eu de cesse de penser que celle qu’il aurait dû épouser était une petite brunette au regard innocent, et non cette rouquine qui avait longtemps empoisonné son existence. La chose qu’il ne pouvait pas reprocher à Jane ce jour-là, c’était de s’être présenté au mariage. Malheureusement, ce n’était pas sa belle Héloïse qu’il avait épousé, mais une autre. Et aujourd’hui, il ne le regrettait plus jamais. Si seulement il avait su la promesse qui tenait sa dulcinée éloignée de lui pour toujours, si seulement il avait su pour l’enfant, si seulement il y a eu un infime espoir de la retrouver, alors il se serait battu jusqu’à la fin. Il serait allé la chercher, la ramenant en Amérique à son bras, plus fort et grand que jamais. Il n’aurait pas été un bête pantin. Il ne se retrouverait pas non plus aujourd’hui confronté au regard désemparé d’Héloïse. D’un simple regard, il pouvait voir les rouages de son esprit qui s’enclenchaient. Les années avaient passé, mais elle avait conservé les mêmes mimiques, les mêmes expressions. Elle avait compris. Elle savait finalement que Jane et son épouse ne faisaient qu’une seule et même personne. L’angoisse naquit dans ses entrailles, puissante et dévastatrice. Il ne doutait pas de l’amour d’Héloïse. Comment aurait-il pu en douter alors qu’elle s’était imposée une souffrance de six longues années par amour pour lui ? Néanmoins, il craignait que ce ne puisse être l’épreuve de trop. Il refusait de la voir souffrir une nouvelle fois à cause de ses forfaits. Après tout, si elle était partie, c’était aussi parce qu’il ne lui avait pas assez prouvé combien il était prêt à tout abandonner pour elle. Mais ô grand jamais, il ne voulait qu’elle pense qu’il l’avait abandonnée pour une autre. C’était bien là tout le contraire… Et c’était ce qu’il s’exhortait à lui faire comprendre avec force. L’écrivain était doué avec les mots, mais il peinait à les formuler dans sa pensée, à les faire franchir la barrière de ses lèvres et à les ordonner. Il pouvait encaisser beaucoup de choses, mais certainement pas la déception et le chagrin de celle qu’il voulait pour épouse. Les choses reprendraient leur cours normal, comme il aurait toujours dû en être ainsi. Le visage sous ce voile blanc serait enfin celui d’Héloïse. Cette main à laquelle il glisserait une bague serait celle d’Héloïse. Ces lèvres qu’il allait embrasser pour sceller leur union seraient celles d’Héloïse. Cette personne auprès de qui il allait prononcer ses vœux avec ferveur et amour serait Héloïse. A jamais, il ne s’agirait plus que d’Héloïse car il ne pouvait y avoir qu’elle. Il l’avait perdue une fois, il ne souhaitait pas que ça puisse arriver une deuxième. Il se battrait jusqu’au bout. Cette fois, il ne baisserait plus les armes. Six années lui avaient appris la leçon… il saurait se montrer enfin digne d’elle. Digne de son amour. Digne de ses sacrifices. Et surtout, digne de son enfant. En l’observant au loin, il se demanda s’il pourrait un jour en être séparé aussi. Cette simple idée lui brisait totalement le cœur. Il ne le pouvait pas… Mais encore une fois, Matthew avait sous-estimé cette force tranquille se tenait face à lui. Il n’avait pas mesuré l’ampleur de sa bonté, de sa gentillesse et de son amour. Elle ne lui en voulait pas. Elle n’était même pas déçue. Bien au contraire, elle blâmait le père McGregor. Elle était même prête à blâmer le monde entier, mais pas lui. Un poids immense se retira de sa poitrine. Il n’aurait pu espérer plus belle déclaration. Toutefois, elle n’en était pas moins choquée, découvrant encore plus la noirceur de ce père calculateur. Matthew serra ses frêles épaules, la ramenant tout contre lui. Son autre main serrait la sienne avec tendresse. Elle semblait pourtant croire qu’il aurait pu aimer l’enfant. Un sourire triste s’empara des lèvres de Matthew. « J’ai bien peur que tu n’aies trop foi en la nature de mon père… Je ne placerai pas autant d’espoir en lui. De toute manière, nous ne le saurons jamais. » Et c’était bien mieux ainsi. L’auteur le préférait dans la tombe que de la voir voguer encore à sa guise sur cette terre. Après tout le mal qu’il avait engendré autour de lui, il ne l’aurait pas mérité. Il regardait au loin son fils, riant avec l’innocence de l’enfance. Il se souvenait qu’il avait rêvé cette vie pour lui. Pouvoir courir. S’amuser. Jouer. Mais il n’y avait pas eu droit. Il était heureux que son fils possède cette chance. Au moins, Ewan n’était pas malheureux, c’était tout ce qui comptait. Il se retira à sa contemplation pour observer le minois délicat de cette femme qu’il aimait plus que de raison. Chaque mot, chaque parole offertes avec une sincérité désarmante le touchèrent en plein cœur. Sa main vint caresser délicatement l’ovale de son visage. « Et je t’aime bien plus encore… » Les lèvres d’Héloïse fondirent sur les siennes dans un baiser passionné et désespéré. Sa poitrine brûlait à nouveau de ce désir ardent de voir ce futur radieux se former directement devant ses yeux. Il ne souhaitait plus qu’être avec son fils et sa future épouse. Il voulait que les choses soient ce qu’elles auraient toujours dû être, comme sous l’emprise d’une malédiction qu’il parviendrait à rompre coûte que coûte. Il avait toutes les cartes en main. Il trouverait une issue à cette situation, en faisant déchoir Jane de son piédestal. Il le ferait redescendre plus bas que terre. Il saurait se venger de ceux qui avaient été contre eux à défaut de pouvoir se venger de son père. Oui, il saurait protéger sa famille. Car c’était ce qu’ils étaient désormais. Une famille. « Bon je dois quand même t’avouer que j’ai moins de « peine » à savoir que tu vas divorcer d’elle, plutôt que d’une autre… » Matthew rit de bon cœur à cette remarque espiègle. Lui-même n’aurait pas beaucoup de peine à l’annoncer à sa femme. Bien au contraire, il n’avait plus que cette hâte. « Nous serons bientôt réunis, ma belle Héloïse… Tous les trois à Los Angeles comme nous aurions dû l’être depuis toujours. » Héloïse… Jamais il ne pourrait y avoir de mot suffisamment fort pour exprimer tout l’amour que nourrissait le poète pour cette femme. Elle était la femme qu’il aimait, sa meilleure amie, son amante, sa confidente, la mère de son enfant, sa fiancée, sa muse et sa force la plus pure. Elle était tout ce qui lui permettait de vivre. Elle était tout ce qu’il aimait. « Oui… il semble que malgré les années, rien n’ait jamais changé… Mais je suppose que nous le savions depuis toujours. Rien n’aurait pu nous abattre. Rien n’aurait pu tarir notre amour, pas même le temps. Car nous n’avons pas eu à attendre de nous aimer… nous nous sommes aimés au premier regard. »

***

La douceur. La tendresse. L’amour. Matthew avait oublié toutes ces choses, mais il les retrouvait en la présence d’Héloïse et d'Ewan. Pourtant, c’était comme retrouver de vieilles habitudes. Cela avait toujours été en lui, mais il les avait endormis à jamais. Sûrement parce qu’il ne pouvait plus les ressentir sans la présence d’Héloïse. Sûrement parce qu’il ne se sentait plus le goût d’être ainsi sans Héloïse. Le reste n’avait plus été qu’une succession de rire, de jeux, d’affections. Un bonheur à l’état pur. Matthew sut que c’était là sa place. L’heure de manger arriva et l’écrivain suivit le duo qui semblait bien enthousiaste à l’idée de l’amener dans un restaurant qu’ils affectionnaient tant. Le père ne se laissait pas d’écouter les babillages de son enfant. Chacun des parents tenait une de ses mains et marchaient ainsi dans la rue jusqu’à ce qu’ils n’arrivent au restaurant où ils prirent place tous les trois. « Bon, alors je relève le défi, bonhomme ! » L’enfant se mit à se trémousser sur sa chaise de contentement. Le père fut amusé de son comportement, avant qu’ils ne commandent tous. Et le fameux moment du duel fut arrivé. Héloïse avait précisé qu’elle ne participait pas, mais sous l’insistance d’Ewan, mais aussi de Matthew, elle s’y plia pour un ou deux essais qui ne furent guère concluant, laissant s’échapper un rire cristallin des lèvres de l’enfant. « Maman, tu ne pourras pas le manger si tu te caches le visage ! » Mais c’était plus fort qu’elle, elle criait en mettant sa main devant son visage. L’éditeur rit franchement au comique de cette scène avant que ce ne soit son tour. Il n’avait jamais fait cela auparavant, et pour tout dire, il crut bien qu’il n’y arriverait pas. Le cuistot était remarquablement rapide et agile, néanmoins, il y parvint. Il reçut même l’admiration de son fils car il arriva à en accueillir cinq dans sa bouche avant que le dernier ne retombe lamentablement sur la table, créant les rires de l’enfant. Enfin, ce fut à son tour, mais il ne put augmenter son score. « Je suis certain qu’en grandissant, tu parviendras à en attraper encore plus et à me battre. » dit-il en cherchant à réconforter l’enfant mais ce dernier passait rapidement du coq à l’âne. A grand renfort de gestes, il se mit décrire ses jeux avec ses amis avant de se lancer parfois dans des explications à rallonge concernant sa vie. Il dérivait ensuite sur leur futur existence à trois. Matthew échangea un sourire complice avec Héloïse, sachant tous les deux de quoi allait retourner l’avenir. Il leur faudrait se montrer patients, mais d’ici quelques semaines, ils pourraient vivre à Los Angeles tous ensembles, comme ils auraient dû le faire depuis bien longtemps.
Le repas s’acheva bien trop vite à son goût, mais il pouvait apprécier l’idée qu’il serait là pour quelques temps. Matthew n’eut pas sitôt achevé de payer que son portable se mit à vibrer. Il crut premièrement que cela pourrait être Jane, mais il s’agissait du patron d’Héloïse. Il sortit du restaurant. Sur le trottoir, il retrouva Héloïse et Ewan. « Je réponds à un appel important, je ne devrais pas en avoir pour longtemps. » Il s’éloigna légèrement. La discussion fut relativement brève, mais constructive. Les deux hommes savaient déjà ce qu’ils souhaitaient faire et un rendez-vous fut organisé pour le lundi matin. Il raccrocha, rejoignant le duo. « Je pense que ton patron risque de t’envoyer un message ou de t’appeler. Nous avons rendez-vous lundi matin avec lui pour traiter du futur partenariat. » Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait parlé en anglais. Ewan fronça les sourcils et croisa ses bras sur sa poitrine. Cette réaction le fit rire. Il se relança rapidement dans la langue de Molière. « Pardon bonhomme, mais ce sont des affaires d’adultes. Ce n’est pas très intéressant. » Pour toute réponse, il sourit et enfouit ses mains dans celle de son père et de sa mère. « On y vaaaa ? » Matthew releva son regard vers sa belle. « Un nouvel endroit où aller ? »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Ven 3 Mar - 23:36

J'avais, un nombre incalculable de fois, imaginé nos retrouvailles durant ces six ans. D'une certaine manière, je me torturais ainsi, cultivant le souvenir d'un amour tenace. Il était ancré en moi, peu prêt à quitter mes pensées, à se déloger de mon âme. Je n'étais pas prête à l'oublier, c'était impossible. Pourtant six ans, ça restait quand même long. Un temps infini où les secondes me semblaient être des heures. Cette impression se ressentait souvent la nuit parce que la journée j'étais fort occupée et le soir, je me consacrais à Ewan. Mais tout me ramenait à Matthew. Constamment. C'était épuisant et sans fin. Parce que je le retrouvais dans les livres que j'éditais. Ce n'était pas ses romans mais bien le travail en lui-même. J'avais travaillé plus d'un an à ses côtés alors forcément, les souvenirs étaient si limpides, gardant cette clarté effrayante, ne s'effritant jamais. Dans chaque geste, je me revoyais le faire avec lui. C'était lui. Toujours lui. Il n'avait cessé d'habiter mes pensées. Et quand bien même, je faisais l'effort de l'oublier, de me dire que ça faisait deux ans... Trois ans... Quatre ans... Cinq ans... Et ainsi de suite, je voyais Ewan grandir, afficher la moindre mimique propre à son père, fronçant les sourcils de la même manière, le regard autant brillant, l'âme tendre et passionnée, et le cœur débordant d'un amour si grand me rappelant, avec une force effrayante, cette moitié de mon cœur délaissée à Los Angeles. Je chérissais tellement l'idée, pourtant inconcevable, de le revoir. Pire même, cela me terrorisait. Et combien de fois avais-je refusé de revenir à Los Angeles pour les vacances. Pourtant ma grand-mère me réclamait assez souvent, mais j'étais incapable de franchir ce cap. J'étais terrorisée à l'idée de croiser Matthew. Pourtant Los Angeles était grande, je me disais qu'habitant près de Santa Monica, je ne le croiserais pas. Mais quand bien même. Je n'étais pas capable d'aller au delà, de faire mieux. J'avais si peur dans le fond. C'était tout simplement impossible pour moi. Alors je sombrais, j'essayais d'oublier pour mieux avancer mais je n'en étais pas capable. La seule chose que j'arrivais, réellement, à faire... C'était de l'aimer encore plus qu'avant, de me remémorer chaque instant, cultivant l'espoir infime de le revoir. Je n'espérais même pas pouvoir lui parler ou retrouver son amour. Je me disais qu'il devait tant me haïr... Je le connaissais si bien après tout. Non je rêvais simplement d'être une simple spectatrice, perdue au loin, de pouvoir le contempler, de le trouver toujours si beau... Et dans le fond, de ne jamais arriver à l'oublier. 

Et aujourd'hui, le rêve s'est réalisé. Je suis tellement heureuse dans le fond. J'ai l'impression de retrouver ma force d'antan, de sentir mon âme s’auréoler d’une douce innocence que je croyais perdue, à tout jamais. Dans les bras de Matthew, je retrouve cette joie pure et sincère, dans ses baisers, j'en savoure la simple sérénité, et dans la profondeur de son regard, je me retrouve moi, et la certitude qu'il est cette âme jumelle, que je suis destinée à l'aimer, lui et rien que lui. Nos gestes sont si tendres et je suis d'autant ravie de constater que rien n'est oublié. Je retrouve cette certitude nous ayant tant manqué durant ces six ans. Et le plus, c'est de se rendre combien nous sommes faits pour être ensemble, combien sommes heureux rien qu'en étant tous les trois. Assis dans ce restaurant, j'observe le dialogue s'ensuivant entre l'enfant et son père. Il est tellement évident qu'Ewan aime déjà Matthew. Mon fils est un peu à son image d'une certaine manière. Ou il aime. Ou il n'aime pas. Il n'y a pas d'à peu près avec lui. Il est entier avec cette douceur se rapprochant de la mienne. Il est ce mélange de deux mondes différents, de deux personnalités que tout opposait. Et pourtant, nous avons créé quelque chose d'unique en son genre. Et je les observe jusqu'à ce que le cuisinier arrive pour se lancer dans la préparation du repas. Forcément, le rituel reprend et encore une fois, il s'agit de lancer un morceau de tofu dans la bouche. Forcément, je me vois contrainte de le faire sous la pression d'Ewan. Mais comme à chaque fois, au moment d'attraper le morceau, je finis par me couvrir le visage dans mes mains.« Aaah non j'y arriverais pas ! » Je m'exclame laissant le morceau rebondir contre le revers de ma main et choir dans mon assiette. Bien sûr, l'enfant ne manque pas de me rappeler que ce n'est pas comme ça qu'il faut faire. « Ben voyons ! » Je proteste amusée « On a qu'à voir comment ton p.. Matthew s'en sort ! » Mon visage et celui du petit pivotent automatiquement et en même temps vers celui de mon écrivain. Je l'observe faire, attendrie, me disant qu'il ne doit s'agir de quelque chose qu'il a dû faire régulièrement. Du moins, je ne crois pas avoir souvenir d'avoir aborder cette manière de manger. Néanmoins, il s'y colle et je suis assez impressionnée de le voir engouffrer des morceaux sans en faire tomber un seul. Je trouve même que le cuistot y va fort et forcément, je suis morte de rire jusqu'à ce que le sixième ne tombe devant son assiette. Néanmoins, je partage la joie d'un Ewan déchaîné, ayant trouvé le héros de sa vie. Il s'y colle à son tour mais rencontre bien moins de réussite que son père. Peu importe de toute façon. L'enfant est conquis par le père et durant tout le temps, il ne cesse de lui parler, de tout et de rien, du passé, de son présent et de ce futur à venir. Ewan est cet être optimiste qui sait s'accommoder à toutes le tempêtes de ce monde. Moi je participe de temps en temps mais le reste du temps, je les observe faire. C'est un spectacle rêvé et ô combien plaisant à voir. Il répare l'âme écorchée, rassure le cœur. Tout ira bien. Et le sourire n'est que tendre lorsque je croise le regard de Matthew. Oui tout ira bien... 

« J'ai trop mangé ! » s'exclame le petit en se tapotant le ventre, visiblement très heureux. Cependant, le téléphone de Matthew se met à sonner et durant un temps, je crains que ce ne soit Jane encore une fois. Il doit être tôt à Los Angeles pourtant. Mais je ne dis rien, sentant simplement le soulagement m'envahir lorsqu'il m'annonce qu'il s'agit de mon patron. Aussi, on le laisse répondre et s'éloigner un peu pendant qu'il décroche. Il ne faudrait pas qu'il entendre la voix d'Ewan. Je me suis accroupie pour l'aider à boutonner sa veste et à remettre son écharpe comme il le faut. Le petit est occupé à regarder la silhouette de Matthew se trouvant dos à nous. « Il reste jusqu'à quand ? » Me demande-t-il d'une voix curieuse, la mine interrogatrice. « Je n'en ai aucune idée. Tu sais il a sa maison aux Etats-Unis... Tu n'as pas envie qu'il s'en aille ? » Je lui souris tendrement tandis qu'il hoche la tête avec empressement. « Oh oui ! Je veux qu'il reste avec nous ! Dis maman, il pourra rester avec nous, hein !?Allez dis ouiiii ! » Et pendant qu'il insiste, ses petits mains s'agrippent sur ma veste et il tire doucement dessus, me regardant d'un air enamouré. « Et que dirais-tu qu'on aille nous le rejoindre à Los Angeles ? Tu sais, il y aurait Tatie Molly et tonton Owen... Et puis Papi aussi... » Il est vrai qu'en disant cela, mon cœur s'est mis à batte un peu plus fort. Revoir ma famille... Être auprès de mes grands parents. « Mais ... Et mes copains d'école ? » Demande-t-il, le visage empli d'une sagesse. Il comprend si bien les choses... « On pourra revenir à Paris autant que l'on voudra. Et tu les reverras mon petit cœur... Tu sais, Matthew ne pourra pas venir en France définitivement. C’est à nous de le rejoindre… Si nous le suivons... Tu pourras tout le temps être avec lui... Et je crois bien que Matthew le désire plus que tout au monde... » Autant que moi je le désire ardemment Je songe en mon for intérieur. Je fixe le visage de mon fils en proie à une profonde réflexion. « Et il jouera tout le temps avec moi… ? Et est-ce qu’il me lira des histoires le soir… ? » Demande-t-il ce qui achève de m’attendrir encore plus. Voyant que le principal intéressé revient déjà, je me redresse et chuchote à l’oreille de mon petit « Tu n’auras qu’à lui demander toi-même. » Et sur ces mots, je souris à Matthew lorsqu’il évoque le rendez-vous de lundi matin. J’acquiesce avant de réaliser qu’encore une fois, la conversation s’est déroulée en anglais. Bien sûr, Ewan en est contrarié mais bien vite, il est accaparé par l’envie de s'en aller de là où nous sommes. Où pourrait-on aller ? Je réfléchis doucement avant de proposer d’aller marcher un peu, histoire de digérer un peu. Ewan a déjà pris possession de nos mains et nous marchons ainsi, jusqu’à ce que le petit garçon ne relève la tête vers son père, le fixant d’un air super sérieux « Matthew, Est-ce que tu me liras des histoires le soir ? Parce que moi je veux bien aller à Los Angeles plutôt que de rester ici ! Maman m’a expliqué que tu ne pouvais pas venir vivre ici.. Alors, on viendra ! Mais faudra que tu saches faire des gaufres... » La logique de cet enfant me surprendra toujours. Et fixant l’horizon devant moi, je ne peux m’empêcher de pouffer de rire, en silence, en spectatrice attentive de ce dialogue se faisant entre ces deux êtres se découvrant à peine.

***

Et pourtant, j’ai parfois l’impression que le lien existe toujours. La journée se passe de façon irréelle. Est-ce un songe ou la réalité ? La deuxième option me semble être un mirage et pourtant, plusieurs fois, je me pince pour me convaincre que je ne suis pas en train de rêver. La douleur se caractérisant, me confirmant que non, ce n’est pas un très beau rêve mais bien, notre quotidien, se matérialisant sous nos yeux. Finalement, la promenade a fini par prendre fin et finalement, nous sommes rentrés faisant un crochet à l’hôtel où réside Matthew. Je lui ai proposé de rester avec nous. Ewan s’est montré encore plus enjoué, plus tenace dans le fait d’insister pour décrocher un oui. Et finalement, le fait qu’il ne nous quitte pas depuis hier soir, me comble d’une joie intense. Je n’ai pas envie d’être séparée de lui, pas après tout ce temps. Je dois déjà me faire à l’idée qu’il repartira très certainement à Los Angeles après le rendez-vous avec mon patron. Et même si c’est pour mieux se retrouver par la suite, j’en éprouve déjà le regret et le manque. Pourtant, il est encore là et c’est en spectatrice silencieuse que je l’observe évoluer dans mon univers. Ce dernier a tellement changé depuis mon départ… Tout n’est lié qu’à ce petit garçon, celui-là même doté d’une formidable énergie, bien occupée à être assis sur le canapé, collé contre Matthew, occupé à lui montrer mille et une choses, épris de son enthousiasme d’enfant. Il est tellement adorable et assise à côté de Matthew, je l’observe faire et parler comme s’il était le plus beau des spectacles. Ma joue collée contre le haut du bras de Matthew, je suis confortablement installée, jambes ramenées contre moi, avec l’intime conviction que c’est d’un bonheur comme ça que je veux à chaque instant. Quand Ewan repart dans sa chambre pour trouver je ne sais quoi, capable de combler la curiosité du père, je relève la tête vers l’éditeur et doucement, je murmure « Peut-être que tu veux une aspirine ? » Un rire franc franchit mes lèvres. Je crois bien qu’il va bien vite prendre l’habitude de l’énergie sans fin d’Ewan. « Des instants comme ça… J’en veux tous les jours… » Je dépose un baiser furtif sur sa joue « J’ai hâte… »

***

Le reste du weekend s’est poursuivi sur un nuage que je n’ai toujours pas quitté. Le samedi soir s’est révélé être un tournant pour Matthew, à apprivoiser l’idée d’être père, de devoir être présent pour un enfant en plein éveil, curieux de tout et une véritable boule d’énergie et d’amour. Ewan n’a cessé d’accaparer son attention, il avait décidément trop de choses à lui raconter. Mais en soi, c’était tellement mignon. Et puis, il eut le loisir de se reposer quand le petit fut mis au lit, que soudain, l’appartement se retrouva dans un silence bienfaiteur, un silence nous permettant de nous retrouver, de savourer le simple bonheur d’être à nouveau ensemble. Et le dimanche s’est poursuivi sur ce même cheminement. Nous avons bien profité et la journée est passée si vite. J’avais l’impression effrayante de ne pas maîtriser le temps, qu’il nous ramènerait à l’instant inévitable où il faudrait se séparer. Je n’étais pas prête mais ce n’était qu’un sacrifice utile pour que nous puissions être à nouveau réuni, et ensemble. Aussi, le lundi arriva dans une douceur et une promesse d’avenir où nous en étions les acteurs béats. Tout d’abord, nous avons amené Ewan à l’école, l’occasion pour Matthew de découvrir les aspects de la vie de parents, le fait d’être là au début et à la fin de sa journée, de lui souhaiter une bonne journée, d’observer sa silhouette aller vers le bâtiment. « ça te va si bien d’être père. » Je finis par avouer à Matthew lorsque nous reprenons la marche vers la Maison d’édition. De nouveau, notre attitude est celle de conserver une distance respectueuse. Je me dis que vis à vis d’Ernest, ça ne fait pas très sérieux. Aussi, c’est en sa compagnie que j’entre dans ce lieu que je côtoie depuis un moment. On se camoufle derrière l’anglais, nous permettant encore de nous comprendre à la condition de ne pas tomber sur celui qui comprendra. Je lui montre brièvement l’endroit où je bosse avant de nous diriger vers le bureau de mon patron. « Ah Monsieur McGregor, je suis ravi de vous voir ! Et bonjour Héloïse ! » C’est alors qu’une voix se fait entendre, doucereuse mais néanmoins vibrante d’une rage sourde « Ah oui… En effet… Je comprends mieux pourquoi il m’était si difficile d’avoir mon mari au téléphone ces derniers temps. Je me faisais du souci pour rien. » Je sursaute violemment en me tournant pour voir Jane, confortablement installée dans une chaise, face au bureau de mon patron, sourire suave aux lèvres, contrastant avec son regard lançant des éclairs. Ernest, lui, n’a visiblement pas compris. « Monsieur McGregor, votre femme est tout à fait charmante ! Vous deviez avoir des soucis de téléphone sans doute… Enfin, le plus important, c’est que votre femme est là ! » Et il ne croit pas si bien dire d’ailleurs.

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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Sam 4 Mar - 20:00

After all this time… Always.

Matthew ne s’était pas imaginé père. Ou du moins, pas depuis très longtemps. L’idée ne lui avait traversé l’esprit que lorsqu’Héloïse l’avait évoqué une fois. Il aurait pu en être effrayé, se montrer réticent, mais il s’était prêté au jeu. Après tout, il ne s’agissait aucunement d’un projet, mais bien plus d’un rêve qu’ils aimaient toucher du doigt. Lorsqu’ils songeaient au futur, ils s’offraient la perspective qu’ils viendraient à bout de ce qui les opposait, que viendrait une heure où ils n’auraient plus besoin de se cacher. Le poète s’était plu à imaginer ces enfants qu’Héloïse décrivait avec autant de tendresse, possédant le talent de leur père et la bonté de leur mère. Ils seraient un parfait mélange couvés d’amour et d’attention. L’avenir était si paisible et prometteur dans la bouche de sa belle. Du bout de ses doigts, elle dessinait un univers tout en féérie, où aucun nuage ne venait assombrir le bleu du ciel et où le soleil se levait chaque jour, toujours plus éclatant. La jeune femme s’était souvent décrite moins talentueuse que Matthew, mais elle avait tort. Tout ce qu’elle imaginait était touché par cette grâce et cette innocence qui la caractérisaient si bien. Tout en elle n’était que le reflet d’une intense pureté, jusqu’à ce que des âmes malavisées ne viennent souiller son cœur et sa naïveté. Ils avaient su émousser son optimisme jusqu’à le détruire. Ils avaient éteint la lueur dans son regard qui était si précieuse au poète. Ils n’en avaient presque rien laissé… Et en même temps que tout espoir s’éloignait d’elle, Matthew avait renoncé à la simple idée d’être père. Héloïse ne s’était pas sitôt envolée qu’il n’y avait plus jamais songé. Il n’aurait pu y avoir qu’elle. Par la suite, son mariage avec Jane n’y avait rien changé. Il s’y refusait catégoriquement. Il ne voyait pas l’intérêt de perpétuer un nom de famille qui avait causé sa perte, qu’il reniait au plus profond de son être. Et pourquoi faire venir au monde des enfants qui n’obtiendraient aucune affection ? Aucune tendresse ? Pas même un peu de temps. L’éditeur s’était jeté corps et âme dans sa profession après son union avec Jane. Il partait tôt, rentrait tard. Il faisait de nombreux voyages d’affaires. Il n’aimait pas se retrouver chez lui. Il n’aimait pas se retrouver inactif. Il n’aimait pas s’offrir le loisir de penser. Car le temps n’usait pas les sentiments. Le temps n’avait aucune emprise sur cet amour qu’il éprouvait pour Héloïse et la douleur immense qu’elle apportait dans son sillage. Le poète ne s’était jamais guéri de cet amour déçu. Malgré la colère et l’incompréhension, elle ne cessait d’habiter la moindre de ses pensées. Que pouvait-elle faire à cette heure ? Quelle était sa vie ? Était-elle heureuse ? L’avait-elle quitté pour un autre que lui ? Les bras de cet homme étaient-ils plus aimant que les siens ? Les questions tourmentaient son âme. Il ne trouvait de refuge que dans sa maison d’édition, dans cette affaire qu’il menait d’une main de fer. Il ne laissait rien au hasard pour s’épargner les douleurs lancinantes d’un cœur brisé à jamais. Au milieu de ce magma de regrets et d’amertume, il n’aurait pu que détester un enfant, fusse-t-il le sien. Il l’aurait méprisé pour ce qu’il représentait : la preuve d’un avenir qui ne s’était jamais réalisé.

Et pourtant… voilà presque un jour qu’il profitait de la présence bénie de son enfant. Un petit garçon âgé de six ans. Le fils d’Héloïse. Son fils. Et il regrettait chaque jour qu’il n’avait pas pu passer avec lui à cause de la cruauté de son père. Il aurait aimé partager toutes les premières fois de l’enfant avec sa belle. Ses premiers mots. Ses premiers pas. Son premier rire. Ses premières rêveries. Il aurait aimé être cette famille qu’ils savaient si bien décrire autrefois. Il aurait aimé être le poète qu’Héloïse décrivait et qui serait venu lire des histoires à son fils le soir. Il aurait aimé être le spectateur de leçons de piano entre la mère et le garçon. Il aurait aimé qu’aucun de ses privilèges de père ne lui soient ôtés. Toutefois, aussi puissant était-il désormais, il n’aurait jamais le pouvoir de retourner en arrière. Il lui faudrait composer avec les choses telles qu’elles étaient présentées aujourd’hui. Il ne pourrait jamais rattraper cette absence non désirée. L’éditeur saurait se convaincre qu’il était chanceux d’avoir pu retrouver Héloïse, même par hasard et après autant d’années ; qu’il avait raté six années mais qu’il n’en gâcherait pas une de plus ; qu’il était confronté à un enfant qui désirait qu’il soit dans sa vie ; qu’il était aimé d’une Héloïse dont les sentiments n’avaient jamais changé ; qu’il allait enfin s’unir à la bonne personne. Matthew ne comprenait pas encore très bien tous les ressorts de la vie. Il ne comprenait pas pourquoi de telles épreuves pour se retrouver enfin. Était-ce pour les rendre plus forts ? Pourtant, il ne s’était jamais senti aussi invincible qu’auprès de sa belle. Dès lors que son regard avait croisé le sien, leurs âmes étaient devenues indestructibles.
Néanmoins, vivre l’instant présent l’empêchait de se tourmenter avec plus de questions. Il profitait de ces instants de bonheur que seuls Héloïse et Ewan parvenaient à lui procurer avec cette simplicité touchante qui caractérisait les Bennett. Et dire que cela deviendrait bientôt son quotidien… Il en rêvait plus que jamais. Il souhaitait revenir à Los Angeles, plus fort encore, avec Héloïse à son bras et avec son fils. Pourtant, il savait qu’il ne pourrait pas se montrer capricieux et que les choses ne se passeraient pas cela. Il lui faudrait s’armer de patience et affronter les jours où il devrait être séparé d’eux. Mais pas indéfiniment. Il s’y opposait totalement. Pas une seconde fois. Jamais plus. « Matthew, est-ce que tu me liras des histoires le soir ? Parce que moi je veux bien aller à Los Angeles plutôt que de rester ici ! Maman m’a expliqué que tu ne pouvais pas venir vivre ici… Alors, on viendra ! Mais faudra que tu saches faire des gaufres… » L’éditeur partit d’un grand éclat de rire. Les remarques de l’enfant l’amusaient toujours autant, ainsi que sa spontanéité. Il ne savait pas bien s’il avait hérité cela de son père ou de sa mère. Une douce chaleur irradiait dans sa poitrine. Il croisa le regard complice et aimant d’Héloïse. Cette dernière avait manifestement eu le temps de parler à son enfant d’un potentiel départ à Los Angeles. Quoi que non. C’était un départ certain. L’enfant n’y semblait absolument pas opposé. Bien au contraire. Cela faisait au moins un souci de moins à penser. Il était d’une nature si agréable. « Je te lirai toutes les histoires que tu voudras, que ce soit ici ou à Los Angeles. J’apprendrai même à faire les gaufres si tu veux, bien qu’entre nous, je pense que c’est ta mère qui les fait le mieux. » En matière de cuisine, il s’en remettait à elle parce qu’elle était bien plus douée que lui. Il adressa un clin d’œil complice avec son fils qui trottinait gaiement avec les mains de ses parents dans les siennes. « Alors j’ai hâte que nous soyons tous à Los Angeles ! » pépia l’enfant en observant vers l’horizon. Matthew s’adressa à Ewan, mais son regard était focalisé sur Héloïse. « Je serai là désormais. Et je serai là pour toujours. » Et c’était plus qu’une promesse. C’était une certitude.

***

Ils avaient continué à se promener le reste de l’après-midi. Tout d’abord pour digérer, et ensuite parce que le charme de Paris ne connaissait guère de limite. Puis Ewan était un puits inlassable de curiosité. Où que se pose son regard, il avait besoin d’y aller, d’en voir plus, d’en apprendre plus, et surtout, de le partager. Cet enfant parlait sans cesse, mais pas de ce babillage enfantin. Il savait s’exprimer avec une sagesse qui ne cessait d’impressionner Héloïse ou Matthew. C’était parfois déconcertant. L’heure de rentrer fut malgré tout venue. Ils firent un rapide saut à l’hôtel de l’éditeur afin qu’il récupère ses affaires. Héloïse n’avait pas hésité une seule seconde à lui proposer de venir chez elle pour le reste de son séjour et Ewan avait usé de toute sa persuasion pour faire céder le poète. Ils n'eurent quand même pas à beaucoup insister. La soirée continua de se passer comme un rêve. Il se trouvait assis sur le canapé, entouré des deux êtres les plus chers sur cette terre. Il écoutait attentivement les propos de son fils, désireux d’en apprendre toujours davantage. Il était un interlocuteur attentif à ce qu’il racontait à propos de ses livres qu’il aimait, de ses activités, de ce qu’il aimait et de ce qu’il n’aimait pas, des jeux qui étaient les siens, de ses rêves d’enfant. Quelquefois, il l’écoutait d’une oreille distraite, ne réalisant pas qu’il s’agissait véritablement de son fils. Il craignait que tout ceci ne soit qu’un songe, un doux mirage pour se retrouver confronté à une réalité terrifiante. « Tout ceci sera notre quotidien. Il n’en sera pas autrement. » murmura Matthew tandis qu’Ewan s’était éclipsé et que la belle Héloïse lui faisait part de ses propres rêves. Lui aussi, il voulait d’un quotidien aussi radieux. Il caressa tendrement l’arête de son visage. « C’est pour bientôt… je te le promets. » Les pas pressés d’Ewan se firent entendre tandis qu’il revenait pour montrer de nouveaux jeux. Il se montrait en ne peut plus enjoué, toutefois, il fallut bien que les réjouissances prennent fin. Ils mangèrent tous les trois, comme une véritable famille avant qu’il ne soit l’heure de mettre l’enfant au lit. Ewan insista plus que de raison pour le poète lui lise des histoires et il s’y plia sans rechigner. Héloïse et Matthew se prêtèrent à ce jeu qui les amusa et les attendrit par la même occasion. Assis l’un à côté de l’autre, ils lisaient à tour de rôle des passages du bouquin, faisant les intonations appropriées et déclenchant les rires de l’enfant. Toutefois, une journée aussi chargée eut raison du petit garçon qui sombra dans le sommeil. En silence, les parents sortirent de la chambre, éteignant la lumière. Quand ils furent tous les deux dans le salon, Matthew agrippa la taille d’Héloïse et il colla son front contre le sien. Il la trouvait si belle. « Ewan a de la chance d’avoir une mère comme toi. Tu as été parfaite durant tout ce temps. » Jusqu’au bout et malgré les obstacles. Il passa tendrement sa main dans les cheveux d’Héloïse avant qu’une expression mutine ne s’inscrive sur son visage. « Est-ce que je t’ai dit que j’aimais tout particulièrement ta nouvelle coupe ? » Ses lèvres capturèrent les siennes l’instant d’après. Passionnément. Intensément. Amoureusement.

***

Lundi était déjà là. Le dimanche fut semblable au jour d’avant. Ce n’était qu’un bonheur simple et entier qui le transperçait de toutes parts. L’auteur renaissait au cœur de cette tendresse et de cet amour. Il s’habituait à l’idée d’être père. Et surtout, il profitait de la compagnie tant aimée d’Héloïse. Il la retrouvait comme aux premiers jours. Souriante, douce et aimante. Peut-être un peu changée, mais elle n’en était que plus ravissante. Il en avait même oublié sa vie à Los Angeles. Bien sûr, il était toujours le nez dans les affaires de la maison d’édition, mais pas une seule fois il ne dénia répondre aux appels de sa femme, ni même à ceux de sa famille. Il avait à cœur de profiter de chaque instant avec sa fiancée et son fils. Il fut même surpris de ressentir un léger pincement au cœur quand ils amenèrent Ewan à l’école et qu’il passa le portail. Il sourit à la remarque d’Héloïse. Etre père lui plaisait. Surtout de ce petit garçon. Surtout si la mère n’était autre que sa dulcinée. Ils durent toutefois conserver les apparences comme autrefois dès qu’ils furent à proximité de la maison d’édition. Matthew était optimiste quant à cette rencontre. Il était évident que les deux hommes étaient motivés par ce projet commun et qu’ils mettraient tout en œuvre pour que tout se passe dans les meilleures conditions. De toute manière, Matthew était si pétri d’amour qu’il serait capable de dire oui à n’importe quelles conditions. peut-être pas en fait. Il prit plaisir à découvrir le lieu de travail d’Héloïse où elle avait évolué les six dernières années. C’était assez déroutant de se dire qu’il se trouvait ici. Si proche et si loin à la fois. Après tout, il avait souvent voyagé à Paris au cours des dernières années. Si seulement il avait su… L’heure du rendez-vous arriva et l’éditeur laissa rentrer Héloïse en premier dans le bureau de son patron. Ce dernier l’accueillit avec chaleur. « Je suis aussi ravi de vous revoir Monsieur Pelletier. » Il lui serra la main quand tout à coup, une voix familière se fit entendre. Elle résonnait avec un soupçon d’amertume que l’écrivain avait su déceler avec les années. Jane. Un frisson lui parcourut le dos de la voir ici. Il était totalement interdit, bien qu’il n’en montrait rien. En revanche, il ne voilait pas son déplaisir de la voir. Que pouvait-elle bien faire ici ? Était-elle au courant pour Héloïse ? Visiblement non, car sa surprise teintée de mépris ne lui échappait pas. Par chance, le patron de sa belle n’avait rien compris. Ces Français… « Oui, sûrement des soucis de téléphone… » C’était un odieux mensonge. Il avait bien reçu tous les appels, refusant d’y répondre. Son regard restait toujours ancré dans celui de sa femme, mauvais et méfiant. « Vous me voyez navré que ma femme ait pu vous causer le moindre désagrément. » Monsieur Pelletier chercha à renchérir que ce n’était en rien en désagrément, mais Matthew ne lui en laissa pas vraiment le temps. Il s’adressa directement à son épouse. « Jane, tu n’avais pas à faire tout ce chemin pour venir jusqu’ici. Tu savais que j’étais en voyage d’affaires et que je ne serai pas disponible durant quelques jours. » Elle haussa un sourcil avec ce léger sourire sur ses lèvres qui ne présageait rien de bon. Jane pouvait être d’une élégance déconcertante, mais elle était comme le serpent. Elle déversait son venin furtivement et rapidement. Elle se redressa avec délicatesse, venant s’approcher de Matthew. « Allons mon amour, tu ne peux pas me reprocher de m’être inquiétée pour mon mari. Tu ne comptes pas me dire bonjour après tout le long chemin que j’ai fait pour toi ? » L’auteur était tendu. Il n’appréciait pas de se donner en spectacle de la sorte. Il ne voulait pas non plus qu’Héloïse soit compromise. « Sortons un instant, je te prie. » Il fit mine de pivoter vers la porte, mais l’attention de Jane se greffa brusquement sur Héloïse. D’une démarche féline, elle s’approcha d’elle. « Héloïse, comme vous avez changé ! C’est à peine si je vous reconnais. L’air de la France vous va si bien. Vous avez bien eu raison de partir ! » Le sang de Matthew ne fit qu’un tour. Il la haïssait. « Jane, ça suffit. » Son ton était son appel. Sa main agrippa le bras de sa femme fermement, quitte à lui faire mal. Tout ceci était fort déplacé devant le patron de la maison d’édition, mais il fallait que tout ceci cesse. « Si vous voulez bien nous excuser. Il faut que je m’entretienne un moment avec ma femme. » Jane lança un regard à peine déchiffrable à Matthew. Entre délectation et amertume. Elle se défit de son emprise, partant d’elle-même du bureau en préservant les apparences comme elle savait bien le faire. Après avoir échangé un bref regard avec Héloïse, il la suivit. Ils ne furent pas à peine hors du bureau qu’il agrippa le bras de sa femme pour la guider à travers la maison d’édition. Elle eut beau protester, il ne lui laissa pas le choix. Il se dirigea automatiquement vers le bureau d’Héloïse comme elle lui avait montré un peu plus tôt ce matin. Ils savaient qu’ils seraient seuls. Il n’eut pas aussitôt fermé la porte qu’il la plaqua sans douceur contre le mur. Il la saisit par la gorge, totalement hors de lui. « Tu le savais, n’est-ce pas ?! Tu savais où elle se trouvait depuis le début ? » Il tentait de maîtriser sa voix, mais elle n’était que le reflet d’une haine profonde, à l’instar du regard qu’il lui jetait. Il aurait été capable de la tuer sur-le-champ. Tout était de sa faute. « Matt, lâche-moi. » grinça-t-elle, mais comme elle n’obtint aucune satisfaction, elle dut se plier. « Je ne savais pas pour la France. Je savais juste pour les menaces de ton père ! » Des menaces qui étaient tout autant les siennes. « Tu me dégoûtes. » cracha-t-il en relâchant brusquement sa gorge. Il se recula, passant une main dans ses cheveux. Il cherchait à maîtriser cette rage qui le consumait tout entier. « Mais je vois que cela ne t’a pas empêché de retourner auprès d’elle. Était-ce parce que tu étais dans ses bras que tu ne me répondais plus ? » Elle était bien mal placée pour lui reprocher la moindre infidélité. Il n’avait pas besoin de répondre pour que Jane ait sa réponse. Il lui jeta un regard noir avant que sa main ne fouille dans sa poche. Il récupéra son pass à l’hôtel qu’il fourra sans douceur dans la main de Jane. « J’ai une chambre dans cet hôtel payé d’avance. Elle est libre. Je te la laisse. Demain, à la première heure, tu rentres à Los Angeles. » Il allait s’apprêter à rejoindre son rendez-vous mais elle lui barra le passage. « Ne pense pas que je ne comprenne pas ce qu’il se passe. Je ne serai pas un de tes partenaires que tu rejettes dès qu’il ne t’apporte plus de bénéfices. Je suis ta femme, Matthew ! J’ai toujours été là alors qu’elle, elle a fui ! J’étais présente durant ces six années. Elle n’est rien pour toi comparé à moi ! » Oh si, elle était bien plus. Elle était la femme qu’il n’avait jamais cessé d’aimer. Elle était la mère de son enfant. Elle était sa future femme. Jane ne pouvait s’en targuer. De plus, elle n’était partie qu’à cause de l’odieuse manigance de son père et de Jane. « Elle est bien plus pour moi que tu ne le seras jamais. Et si tu t’es toujours trouvée sur mon chemin, ce n’était que par profit. Tu n’es rien de moins qu’une salope, Jane. » Il reçut immédiatement une gifle qu’il rendit la seconde d’après. Légèrement choquée, Jane ne riposta pas. « Maintenant, rentre à l’hôtel et tu y restes jusqu’à ce que je revienne. Nous parlerons plus tard. » Il la contourna sans lui accorder un regard, quittant le bureau pour rejoindre celui de Monsieur Pelletier. Il sentait sa joue le brûler, mais sa rage était trop grande pour qu’il s’en préoccupe. « Monsieur McGregor, tout va bien ? » s’enquit le patron tandis qu’il prenait place en face du bureau à côté d’Héloïse. L’auteur hocha la tête, un peu impatient. « Oui, ne vous en faites pas. Veuillez m’excuser pour le désagrément occasionné. Vous avez désormais toute mon attention. » Son regard ne croisa que brièvement celui de sa belle. Il souhaitait tout lui raconter, mais il pensait aussi aux intérêts de sa maison d’édition. Sa présence ici était avant tout professionnelle. Il avait besoin que tout se déroule dans les formes avant qu’il ne se charge de sa vie personnelle et qu’il ne raconte tout à Héloïse.
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« Please… Give me your mercy » ♥ Matthew & Héloïse ♥
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