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 Don't nobody know my trouble but God + Gabriel

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Delilah Goldstein
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MessageSujet: Don't nobody know my trouble but God + Gabriel   Mar 14 Mar - 15:53


   Delilah & Gabriel

   Don't nobody know my trouble but God

   

   Installée devant sa coiffeuse, Delilah vient rougir ses lèvres et ainsi mettre une touche finale à son maquillage. Tous les jours c’est le même rituel. Quelle que ce soit l’occasion, elle éprouve toujours le besoin de parer son visage. Comme un clown qui se costume avant chaque représentation ou comme un pompier qui met son casque avant chaque intervention. Un déguisement et une protection. Une ruse pour détourner l’attention de ses yeux si tristes et pour empêcher quiconque de la questionner sur l’origine de ce mal. "Maman c’est toi la plus belle du monde !" Une petite voix s’élève du lit conjugal, comme étouffé sous un amas de coussins et de couettes. Delilah observe la scène dans son miroir et esquisse un sourire plein de tendresse. Mélodie a toujours adoré se prélasser dans ce grand lit qui pour une enfant de son âge s’apparentait à un énorme terrain de jeu. Les souvenirs de ses réveils matinaux et de ses couchers tardifs remontent à peine à la surface que Delilah coupe court à toute nostalgie en se levant brusquement. Aujourd’hui elle a des engagements, aujourd’hui elle ne peut se laisser bercer par les bras d’une douce mélancolie. La mélancolie elle est plus vicieuse que Morphée, la mélancolie elle vous laisse dans un sommeil paradoxal qui coupe de la réalité tout en empêchant de savourer la quiétude du rêve. C’est jamais reposant de ne dormir que d’un œil. Delilah continue à sourire en regardant Mélodie tout en lui tendant sa main pour l’inviter à descendre les escaliers avec elle. C’est très important pour elle que sa fille soit fière de sa maman, qu’elle la trouve belle et que surtout elle ne se doute pas une seconde du chaos qui règne en elle. Une fois arrivé dans la cuisine, elle l’aide à s’installer sur une des chaises de l’îlot central et dépose un baiser sur son front. "Je reviens vite." Mélodie ne lui prête pas vraiment attention, trop occupée à assister le cuisinier dans la préparation du repas. Haute comme trois pommes mais des papilles gustatives très développées. Peut-être qu’elle voudra devenir chef cuisinière quand elle sera grande, peut-être qu’elle deviendra grande.

La maman appréhende toujours les moments où elle doit se séparer de son enfant parce qu’elle vit  avec la peur constante de ne pas être là au bon moment, de ne pas être là si jamais le pire venait à arriver. Néanmoins le fait de la savoir bien entourée l’aide toujours à ne pas se laisser bouffer par l’angoisse. D’abord il y a tout le personnel de maison qu’elle connait depuis plus d’une dizaine d’années maintenant et surtout elle a engagée une nounou qui a un diplôme de puéricultrice et qui est donc tout à fait apte à réaliser les gestes de premier secours si besoin. C’est le genre de nounou qu’on trouve dans les agences où les stars viennent recruter des nounous qui peuvent préparer des cookies sans gluten et sans lactose pour les enfants. Le genre d’endroit qui ne peut exister qu’à Los Angeles. Au volant de sa voiture Delilah parcoure le même chemin qu’elle parcoure depuis des années et qu’elle pourrait faire les yeux fermés, le chemin qui mène à l’hôpital. L’endroit est devenu une deuxième maison, là-bas tout le monde la connait et elle connait tout le monde. Tant de visages familiers qu’il est frustrant de devoir retrouver aussi souvent mais qui restent tellement nécessaires. Le fait d’avoir créer des liens aussi humains rendent les visites beaucoup plus supportables. La chef du service de cardiologie a d’ailleurs encore témoigné de sa gentillesse en organisant un rendez-vous avec un sophrologue canadien – de passage à LA pour une conférence – afin qu’ils discutent d’une approche plus homéopathique pour apaiser l’état de Mélodie. A l’évocation de ce rendez-vous, Gabriel n’a pas manqué de qualifier cette idée de ramassis de connerie mais Delilah veut croire qu’avoir un esprit sain et relaxé ne peut que lui être bénéfique. Néanmoins elle a jugé préférable de ne pas l’amener à ce premier rendez-vous puisqu’avant de faire entrer un nouvel élément dans sa vie, elle veut d’abord avoir toutes les informations nécessaires ainsi que l’avis de tous ses médecins référents pour peser correctement le pour et le contre. S’accrocher à une lueur d’espoir pour la voir finalement s’éteindre est un ascenseur émotionnel que Delilah peut supporter mais qu’elle refuse d’infliger à son enfant.

Une fois sa voiture garée, elle constate qu’il lui reste une dizaine de minutes avant le rendez-vous. Au regard de la vitesse à laquelle elle conduit généralement, ce n’est pas vraiment une surprise. Elle en profite donc pour baisser la vitre et allumer une cigarette avant de remarquer un appel en absence. Tout en tirant sur sa cigarette, elle sélectionne sur l’écran d’interface de sa voiture l’option qui lui permet d’écouter ses messages téléphoniques et c’est la voix de l’assistante de Gabriel qui résonne dans le véhicule. Enculé. Elle envoie la paume de sa main sur le volant pour y taper un coup sec. S’il veut vraiment, le temps il peut le trouver et surtout, surtout, il ne se fourre pas dans les jupons de son assistante. Peut-être qu’il s’y fourre vraiment après tout, à tel point que ça en serait devenu une habitude. Sa tension en forte hausse, elle termine rapidement sa cigarette et se dirige vers l’entrée. N’ayant pas besoin d’indication elle se dirige directement vers le bureau de la chef du service et croise sur son chemin ces visages amicaux et rassurants qui l’apaisent instantanément. "Bonjour Docteur Pearson," lui dit-elle alors que cette dernière vient à sa rencontre. "Je vous prie de bien vouloir excuser l’absence de mon mari. Il a été retenu mais il est en route." Delilah croise son regard, un regard qui se veut neutre mais dans lequel elle perçoit une surprise, une inquiétude face à la répétition de plus en plus fréquente de ce scénario. Sentiment partagé. Dans le bureau elle prend le temps de remercier chaleureusement le sophrologue d’avoir accepté ce rendez-vous et s’excuse une nouvelle fois du retard de son mari. C’est la honte qui prédomine à ce moment là. Un aveu sous la forme d’une plaie béante à travers laquelle tout le monde peut voir ce qui se passe vraiment dans leur couple. Elle continue quand même à sourire et à écouter attentivement le sophrologue se présenter. Alors qu’il entame les explications sur ses méthodes de travail et ce qu’il aimerait proposer à Mélodie, ils entendent que sa frappe doucement à la porte. L’amour de sa vie, son pire ennemi ; Gabriel vient de faire son entrée.

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Gabriel Goldstein
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MessageSujet: Re: Don't nobody know my trouble but God + Gabriel   Jeu 16 Mar - 19:27

Les doigts s'agitaient sur le piano, agiles et précis. La mélodie résonnait dans le studio où il se trouvait, l'enveloppant et le berçant, l'emmenant vers d'autres horizons. Apaisé, la sérénité se lisait sur le visage du pianiste. Un infime sourire s'étalait sur son visage. Il était dans sa bulle, perdu dans un océan de douceur que l'instrument lui transmettait. Il avait l'impression de devenir un autre, d'être dans une dimension autre que celle où il se trouvait. Plus spirituelle, moins charnelle. Il avait l'impression de vivre une symbiose avec le piano, sentant les touches vibrer sous son épiderme, sentant les cordes se tendre, libérant le son. Si beau. Si puissant. Si mélodieux. Il avait l'impression d'être tout seul. Et pourtant, il était entouré, il y avait le chef d'orchestre et les deux hommes étaient en train de s'entendre sur les mélodies, sur la façon dont les morceaux seraient amenés tout au long du spectacle. Moment en soi important. Gabriel veillait à ce que chaque détail ne soit pas mis de côté, que tout soit parfait en somme. Il y tenait à ce projet. Il y avait tant d'acteurs, tant d'investissements de tant de personnes, que tout effort se devait d'être maintenu. Ce n'est pas le moment de relâcher quoi que ce soit. Dire que Gabriel était motivé, demeurait un euphémisme. Il était véritablement investi dans sa mission. C'était l'aboutissement d'un travail acharné depuis de nombreuses années. Un projet qui lui tenait à cœur. Il avait enfin les moyens de pouvoir accéder à un rêve, de pouvoir allier sa connaissance du monde de la musique à celui de la créativité et de l’émerveillement. Il se disait que cette comédie musicale était une chance, qu’il pouvait y trouver un public. Le Moulin Rouge était aimé, il avait eu son succès et le film demeurait encore dans tous les esprits. Le challenge était d’aller au-delà. D’être un peu comme le Roi Lion, de dépasser le statut du dessin animé, pour l’appliquer sur scène, apportant une dimension bien plus intense, plus émotionnellement prenante. Aussi, s’appliquait-il avec le chef d’orchestre. Les deux hommes s’entendaient bien sur ce point : la musique n’était pas seulement une passion, c’était bien plus encore. Une manière de lutter pour rester en vie. Et depuis, la naissance de sa fille, Gabriel y croyait plus que jamais, bien que pourtant, il n’eut jamais été le pianiste mondialement reconnu, il n’eut jamais la vie rêvée alternant de villes en villes, de pays en pays, au bras de Delilah. Bien au contraire, il s’était cantonné à devenir un bon père, à camoufler la frustration par de l’amour, du manque par le sourire, de la souffrance par un rire qu'il maîtrisait au mieux. Et à travers son projet, voilà qu’il se sentait revivre ses premières jeunesses. Il était si motivé.

« Mon ami. Je crois bien que nous avons trouvé un bon accord pour cette partie-là. » Dit-il lorsqu’il prit le temps d’une pause, écrivant sur une feuille de partitions, les arrangements trouvés. « Je suis du même avis que toi. Cependant, sur la deuxième partie, vois-tu, j’aurais bien ajouté quelques notes de contrebasse. Je trouve que ça pourrait ajouter un peu de gravité et de profondeur, d’autant plus que Satine se mettra à chanter, à ce moment-là. » A ces mots, l’homme s’approcha du piano et pianota quelques touches, laissant échapper un son grave. « Peut-être un son en Ré mineur. Je trouve que ça pourrait être pas mal. A voir… Humm.. Peut-être qu’en essayant de calquer sur la voix de… » Mais quelques coups toqués à la porte le fit se taire, tandis qu’ils relevèrent, tous les deux, le regard vers la porte s’ouvrant sur la secrétaire de Gabriel. « Monsieur, pardonnez-moi de vous déranger mais vous m’avez demandé de vous prévenir pour… euh… pour l’heure. » Évidemment. « Merde. » Dit-il faisant claquer sa langue de mécontentement. Fronçant les sourcils et sachant qu’il n’était pas seul, le pianiste se reprit bien vite. « Pardonne-moi Gus’ mais j’ai un rendez-vous très important et je ne peux le reporter. Pourra-t-on se revoir rapidement ? Je dirais à Magda de voir selon tes disponibilités. Je m’adapterais. » Bien sûr, il s’adapterait si sa femme daignerait, la prochaine fois, voir avec lui avant de s’accorder le temps d’un rendez-vous. Mais il avait pris son mal en patience, se contentant de céder face à son épouse. Il s’agissait d’un entretien avec un sophrologue réputé en compagnie de leur cardiologue habituel. A vrai dire, il n’avait pas forcément été chaud pour ça. La sophrologie était une science qu’il ne comprenait pas forcément. Il avait l’impression qu’il s’agissait d’un psychologue et eu égard à la maladie de Mélodie, il ne comprenait pas, non plus, ce que ce type venait faire au milieu. Mais de bonne grâce, et pour faire plaisir à Madame Goldstein, il avait fini par céder. Son emploi du temps demeurait incroyablement chargé. Entre la comédie musicale et sa fille, il voyait peu souvent son épouse. Ils ne s’évitaient pas pourtant mais quelque chose se modifiait, quelque chose que lui-même refusait de voir. C’était bien plus facile de se dire que tout allait pour le mieux. Prenant congé de son ami, il prit quand même le temps de s’attarder avec l’un de ses associés jusqu’à faire un détour par son bureau. Il prit ses papiers, ses clefs de voiture et demandant à sa secrétaire, Magda, d’informer sa femme qu’il partait. Cette dernière lui confirma l’avoir déjà fait mais qu’elle était tombée sur le répondeur. Le soupire que poussa Gabriel fut empli d’une profonde lassitude. Elle devait certainement lui en vouloir d’être, encore et toujours, en retard. Il n’en savait rien. Il préféra nier l’évidence, allant à sa voiture et se rendant à ce putain de rendez-vous. Il n’en avait pas envie pourtant. Il se disait que ce n’était pas d’un psy dont Mélodie avait besoin mais d’un nouveau cœur, un organe vivant, sorti d’un corps d’enfant mort. Tellement glauque mais si nécessaire à ce que sa princesse puisse vivre encore, elle qui rendait le monde si beau. Sur la route, ses pensées allèrent vers son enfant, arrivant à inonder son âme tendresse nouvelle, le détendant à l’idée de se rendre à une réunion qui allait, très certainement, le gaver. Mais il se gara dans le parking, sortit et se rendit vers l’accueil où une secrétaire lui indiqua que le docteur Pearson l'attendait avec sa femme au cinquième étage, dans ce bureau habituel. Il prit l’ascenseur et se dirigea vers le lieu du rendez-vous. Au bout du couloir qu’on lui avait dit. Et lorsqu’il fut face à la porte close, il toqua quelques coups entendant une voix sourde qui se tut. Ouvrant, il entra, l’expression de son visage assez neutre. « Bonjour, veuillez me pardonner mon retard. J’espère ne pas vous avoir fait attendre. » - « Monsieur Goldstein, ce n’est pas grave. Nous n’avions pas encore commencé avec votre charmante épouse. Mais je vous en prie, prenez-place. » Il ne se fit pas prier, s’asseyant à côté de Delilah, non sans avoir serré la main tendue par le médecin et le sophrologue. Pour sa femme, il n’eut qu’un sourire tendre lorsqu'il tourna la tête pour croiser son regard. Les gestes tendres en public n’étaient pas son fort. Dix ans d’amour après, les gestes avaient changé et Gabriel connaissait suffisamment sa femme pour repérer que son retard l’avait bien contrarié. « Puis-je vous proposer un café ? Nous allons en avoir pour un moment. » Un énième soupir franchit les lèvres du pianiste qui posa son coude sur l’accoudoir de sa chaise et ce, afin de se frotter les yeux. Maintenant qu’il était, il ressentait la fatigue et le contrecoup d’un réveil fort matinal, ce matin. Vers quatre heures du matin à peu près, il lui avait pris l’envie de jouer du piano et puis, vers six heures, Mélodie avait fini par le rejoindre afin de partager un peu d’intimité avec son père, avant qu’il ne parte pour le Conservatoire. « Un café, s’il vous plait... » Dit-il simplement laissant le docteur se lever et disparaître du bureau en compagnie de son homologue. Ils se trouvaient tous les deux, dans un silence qu’il rompit bien vite. « Désolée, mon cœur. Je n’ai pas fait gaffe à l’heure… » En guise de sa bonne foi, il prit sa main, caressant la paume du bout de son pouce, tendrement. « Tu vas bien, toi ? » C’était la première fois qu’il lui demandait depuis le début de la journée. Ce matin, il était parti trop tôt.

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Delilah Goldstein
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MessageSujet: Re: Don't nobody know my trouble but God + Gabriel   Mer 22 Mar - 1:56


Delilah & Gabriel

Don't nobody know my trouble but God


Delilah ne le regarde pas tout de suite lorsqu’il fait son entrée. Dans un premier temps, elle bloque sa voix, elle bloque ses excuses, refusant de leur accorder un quelconque crédit. Puis elle sent sa présence à ses côtés pour la première fois de la journée et sa chaleur vient réchauffer son austérité. Alors elle le regarde s’asseoir comme pour s’assurer visuellement de son arrivée. Elle hume son odeur corporelle qu’elle affectionne tant ; elle sait qu’elle n’obtiendra pas plus qu’une présence physique. Gabriel lui adresse un sourire tendre qu’elle ne trouve pas la force de lui rendre. Avec le poids des années leur communication a beau être devenue essentiellement non verbale, le bagage émotionnel est tel que l’écho de leurs mots continue à faire trembler les murs. Sans doute ce qui pousse le médecin à détendre l’atmosphère en proposant un café. L’énième soupire qui s’échappe des lèvres de son partenaire lui hérisse les poils du bras. Là encore pas besoin de mots, les corps parlent d’eux-mêmes. Instinctivement. Comme deux animaux sauvages qui se rencontrent et réagissent l’un à l’autre. Du coin de l’œil, Delilah étouffe un rire moqueur en découvrant la piètre performance d’acteur de son mari. N’y a-t-il donc personne dans la troupe de sa comédie musicale capable de lui apprendre à jouer correctement la fatigue ? Bien sûr qu’il a envie d’un café, non, il a besoin d’un café. C'est le lot des businessman à succès, des pères de familles dévoués, ils ne carburent qu’à ça, c’est leur potion magique. Les pauvres. Il n'a pas le droit d’être fatigué, pas le droit de se plaindre. Malgré le torrent dans lequel est pris sa famille, malgré le bouleversement de leurs priorités, monsieur a décidé que c’était le moment de se faire un petit plaisir en montant une comédie musicale...bien mais il faut assumer maintenant. Sa fille, qui pourtant à de quoi, ne se plaint jamais alors elle estime qu’elle peut légitimement attendre moins de caprice de la part de son mari que de son enfant de cinq ans. Visiblement plus convaincus qu’elle, les deux professionnels de la santé quittent la pièce tandis que Delilah les suit d’un regard implorant. Elle ne veut pas se retrouver seule avec Gabriel, elle ne veut pas le noyer sous un flot de haine. Pas maintenant, pas quand ils devraient se concentrer sur la santé de leur enfant. "Désolée, mon cœur. Je n’ai pas fait gaffe à l’heure…" Frisson le long de sa colonne vertébrale. Est-ce que c’est une provocation ?

Delilah a envie de croire ce qu’il dit, elle veut croire qu’il a été happé par un décor qui se dérobe ou par les danseurs qui n’arrivent pas à se synchronisés. Plus que tout, elle aimerait que ses paroles apaisent la flamme vindicative qui l’anime. D’autant plus qu’elle a parfaitement conscience des enjeux de ce nouveau projet et qu’elle est mieux placée que quiconque pour comprendre son investissement puisqu’autrefois elle a été, elle-même, habitée par cette même énergie. C'est sans doute l’agonie de sa passion qui l'empêche de célébrer l’épanouissement de celle de son mari. Vivre par procuration ne lui suffit plus. Il n'y a plus rien à se procurer de toute façon, à ce stade il ne reste que des miettes. Il ne peut en être autrement puisqu'à son réveil Gabriel est déjà parti et à son retour elle est déjà couchée. "Tu vas bien, toi ?" En prenant soin de ne pas être trop brusque, Delilah libère sa main de son emprise faisant mine d’en avoir besoin pour replacer une mèche derrière l’oreille. Elle ne peut tolérer un contact physique machinal qui ne peut réduire le faussé qui les sépare. Sans s'en rendre compte, cette même main vient trouver son annulaire pour jouer nerveusement avec son alliance. Est-ce qu’il s’intéresse réellement à la réponse ou est-ce qu’il pose la question par habitude ? Les tâches administratives dont elle s’est occupée ce matin font bien pâles figures face à la richesse créative et musicale de sa matinée à lui. Au fond elle doit bien admettre que leur absence d'échange ne la surprend pas, après tout qu’aurait-elle à dire à ce sujet ? Elle est incapable d’offrir ne serait-ce qu’une opinion sur une partition. Si l’ancienne violoniste a été dans un premier temps blessée dans son égo de ne pas avoir été invitée à ajouter sa pierre à l’édifice, aujourd’hui elle réalise pleinement ne pas disposer des outils adéquats pour occuper la fonction. L’idée que son mal-être puisse finalement être sa responsabilité ou du moins la conséquence de ses actes lui retourne l’estomac. C’est tellement plus rassurant de croire que c’est la faute des autres. "Je sais. J’ai été informée", dit-elle en prenant bien soin d’articuler le dernier mot sans lui jeter un regard. Puis elle pivote légèrement et tout en s’appuyant sur l’accoudoir lui adresse un sourire faussement ingénu. "Dis, t’aurais pas perdu ton téléphone quand même ?" Le ton est léger mais l’intention se veut très agressive. Elle s’est sentie profondément insultée en entendant la voix d’une autre femme parler à la place de Gabriel. Comme une vulgaire maîtresse. Les rumeurs d’infidélités sont une chose. Une chose sur laquelle elle a choisi pour l’instant de mettre un voile, pour se protéger surtout. Parce qu’elle n’a pas la force, parce qu’elle n’a pas de preuve, parce qu’elle a peur, parce que ce serait la goutte de trop. Néanmoins, constater que son époux choisit délibérément de faire constamment entrer cette femme dans leur vie est une autre chose. Au début elle trouvait ça doucement drôle que cette voix lui soit plus familière que celle de sa mère, une sorte d’excentricité hollywoodienne. Sauf qu’il y a bien longtemps que les projecteurs se sont éteints et Delilah aimerait simplement pouvoir évacuer la scène. "Ecoute Gabriel, la dernière chose dont j’ai envie c’est qu’on se donne en spectacle en public. Donc on va la faire courte, je sais que ton temps est précieux et je te remercie infiniment d’avoir daigné nous honorer de ta présence mais je te demande comme un service envers ta fille, de bien vouloir nous accorder ta présence pour au moins une heure. Est-ce que c’est envisageable ?" La tournure aurait pu être moins mesquine mais c’est le mieux qu’elle puisse faire. L’attaque est la meilleure des défenses et elle se sait tellement affaiblie, tellement fragile qu’elle ressent le besoin d'attaquer tout et tout le monde. Elle jette un regard impatient vers la porte, vite que ces médecins reviennent avant que leur bureau ne se transforme en champ de bataille.


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Gabriel Goldstein
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MessageSujet: Re: Don't nobody know my trouble but God + Gabriel   Dim 26 Mar - 10:47

Las. Son corps était lourd, semblable à celui qui subissait bien trop de tourments. Les échos de sa culpabilité se faisaient un peu trop ressentir. Et il avait ce gout amer de bile sur son palais. Comme à chaque fois qu’il fallait se rendre à ces fameux rendez-vous médicaux. Nombreux mais nécessaires. Douloureux mais vital. C’était pour sa femme. Et il en jugeait l’importance. Dire qu’ils avaient eu tout pour être heureux. Ils vivaient une existence de roi. Delilah était sublime dans ce costume de reine. Il l’avait choisi, elle. Pour être à son bras. Pour briller. Mais au lieu de cela, il avait l’impression que tout objet brillant, se recouvrait d’une rouille tenace, que l’éclat lumineux du diamant finissait par devenir un peu trop terne. Leur quotidien se résumait à cette peur viscérale de perdre Mélodie. Tout se résumait à ce petit cœur qui battait. Oui… Mais jusqu’à quel prix ? Gabriel n’était pas prêt à voir disparaître sa princesse. Il aimait être père. Il aimait son enfant. S’il avait pu, il se serait arraché le cœur pour le donner à sa fille. Mais ce n’était pas possible. Nul doute que Delilah avait envisagé la même chose. Mais la science, la médecine, la différence d’âge ne pouvaient permettre ce sacrifice d’amour. Au lieu de cela, ils se contentaient d’attendre et de veiller constamment. La maladie prenait un peu trop de place, elle se cantonnait à les enfouir dans un monde où le parfum aseptisé du désinfectant, se mélangeait à cette odeur de peur. La peur de cette mort qui les ferait sombrer sans arriver à les voir se relever. Il n’était pas prêt. Et sa femme, non plus. Quels parents pouvaient être prêts à une telle horreur ? La réponse était évidente. Aucun. A moins de ne pas aimer son enfant… Mais ça, c’était encore un autre détail. Un détail qui n’avait pas lieu chez les Goldstein. Un détail balayé par l’évidence de l’amour profond que portait Delilah et Gabriel pour leur petite mélodie. Mais si cet amour brillait, il était, aussi, évident que l’inverse entre eux s’envisageait. On aurait presque pu les trouver un peu froid. Le sourire, poli par les coutumes et les usages de leur rang, mais la tendresse n’était pas aussi évidente. Ils étaient semblables à ces êtres crispés qu’on demandait de s’asseoir côte à côté. Et de faire semblant. Pourtant, Gabriel n’avait aucune émotion mauvaise envers son épouse. C’est vrai, il était en retard. Il comprenait qu’elle puisse lui en vouloir. Mais son esprit s’accordait à se dire que malgré tout, il était là. Il était présent. Aussi, n’avait-il de mauvaise pensée, en étant tendre dans ses propos et dans ses gestes. Il aimait Delilah. D’une force inouïe, il l’aimait malgré tous ces secrets qui le plombaient, malgré cette maladie qui les anéantissait un peu trop. Il l’aimait parce que c’était elle, parce qu’il lui avait dit oui, à elle et personne d’autre. Parce qu’il estimait, qu’aujourd’hui, personne n’était assez bien pour se tenir à ses côtés.

Personne. A part, elle…

Et pourtant, il ne pouvait s’empêcher de se sentir vexé lorsqu’elle retira sa main, de façon déguisée mais qui ne lui échappait pas, pour autant. A force de la côtoyer, il avait fini par la connaître par cœur. Il connaissait chaque détail, chaque réaction en passant par la vitesse à laquelle son sourire pouvait s’étirer entre ses fines lèvres. Et là, il reconnaissait cette réaction. D’entre mille. Annonciatrice d’une terrible tempête. Il poussa un soupir, tournant la tête pour regarder droit devant lui. Déjà, son ventre s’était contracté et son cœur se mit à battre un peu plus fort. Se tassant un peu plus contre le dossier de sa chaise, il attendait. Avec un peu d’espoir, elle se contentera de lui répondre qu’elle est fatiguée, qu’elle a mal dormi ou qu’elle a envie d’un chien. Vachement réducteur. Mais il s’accrochait à cet espoir comme un aveugle espérait pouvoir, un jour, voir le soleil. Mais non, il n’en fut rien. Bien au contraire. Les mots furent semblable à un poing s’écrasant sur sa joue. Ça ne faisait pas plaisir. Il avait l’impression d’être pris en faute. Elle n’avait pas appréciée avoir été contactée par sa secrétaire, allant jusqu’à demander s’il avait perdu son téléphone. « J’étais occupé. Tu le sais, Delilah. J’avais un rendez-vous important. Quand bien même... » Il se tut, comme s’il cherchait ses mots, ayant rompu tout contact visuel avec l’être aimé. « Je suis là, c’est le plus important, non ? » Oui, il était là. Mais avec du retard. Tout le monde avait été suffisamment compréhensif. Tous. Sauf elle. Mais il comprenait dans un sens. Il comprenait trop bien toutes choses sans pour autant les accepter. Et surtout les assumer. Malgré tout, il voulait sauvegarder ses arrières, il n’avait pas envie de cette tension. Pas maintenant, pas quand les médecins pouvaient arriver à tout moment. Quand bien même, ils leur offraient cette chance de pouvoir se parler. Chance... ? Malchance ouais. Carrément en fait. Car Delilah sembla ne pas en rester là. Elle prit de nouveau la parole, et cette fois-ci, les paroles furent telles qu’il tourna la tête vers elle, relevant un regard d’acier. Il laissa parler. Parce qu’il avait eu une éducation, que sa mère lui avait toujours appris qu’on ne coupait pas la parole. Mais ces paroles… ne lui plurent point. Au contraire, elles firent surgir de mauvaises émotions, une colère sourde et une envie de s’en aller et de la laisser en plan. Cependant, il savait, tout autant, que ce rendez-vous n’était pas là pour faire joli. Ce n’était ni pour lui, ni pour sa femme. Mais pour leur fille. « J’ai peut-être du retard, c’est vrai et je m’en excuse encore. Mais peut-être que tu pourras t’en remettre ? » Dit-il d’une voix que la rage faisait trembler. Et dire qu’il avait été si content de sa journée. « Et puis, qu’est-ce que tu me fais-là ?! A t’entendre parler, j’ai l’impression de ne jamais être là pour tous ces rendez-vous médicaux. Et pourtant, à chaque fois qu’il y a eu un rendez-vous médical, j’étais là ? Ou alors, tu as la mémoire courte, ce dont je sais très bien que ce n’est pas le cas ! » Il serra légèrement les poings avant de se passer une main derrière le crâne. Il essayait de s’apaiser. Mais c’était difficile. Elle avait ce don rare – et si propre aux femme – de taper là où ça faisait mal, de créer la peine par des illusions, par des idées noires. Il aurait pu croire qu’il n’était pas présent pour sa fille, qu’il ne « daignait » par accorder une heure de son temps comme elle laissait si bien entendre. « C’est vrai que je ne comprends pas l’utilité de voir un sophrologue car on sait très bien ce dont elle a besoin pour guérir. Alors, je ne sais pas ce qu’il vient foutre ici. Quand bien même, j’ai accepté, je suis venu – en retard je l’admets – mais tu sais qu’en ce moment, j’ai la comédie musicale ! Malgré tout, je suis là et serai toujours là, quand il le faudra ! » Il se tut, la mine renfrognée. Il aurait presque pu croiser les bras et bouder, tel cet enfant roi à qui on avait rien refusé depuis son premier souffle de vie. Cependant, il était vexé et surtout, malheureux. Qu’elle puisse croire qu’il n’était pas là, était une insulte. Il essayait toujours d’être là pour sa fille. Et c’était terrible parce que le peu de présence qu’il pouvait avoir, il la donnait à Mélodie au détriment de Delilah. Le sacrifice était immense, et la volonté si molle face à l’amour de la chair de sa chair. « Et tu vas continuer à m’en vouloir longtemps ? Histoire que je sache comment je dois me comporter si tu boudes dans ton coin… » La pique fut lancée. Mais c’était ainsi. Il s’était aimé de cette manière-là. Par les piques acérés et la haine tenace, pour ne pas s’avouer que l’inverse n’était nulle autre qu’un amour sincère et véritable.


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Delilah Goldstein
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MessageSujet: Re: Don't nobody know my trouble but God + Gabriel   Jeu 6 Avr - 0:05


Delilah & Gabriel

Don't nobody know my trouble but God


Gabriel et Delilah sont tous deux de nature plutôt pudique et bien qu’élevés dans deux milieux sociaux complètement différents, on leur a rapidement fait comprendre que partager leurs émotions à tout va était malvenu et tout à fait inapproprié. Les joutes verbales ont donc toujours été caractéristiques de leur relation. Au début c’était séduisant, stimulant, une forme de challenge pour voir qui serait le premier à craquer en mettant son cœur à nu. Sauf que le poids des années a altéré la dynamique et aujourd’hui les intentions ne sont plus les mêmes. La rancœur, les reproches sont venus corsés les enjeux. La démarche est devenue plus autocentré, le but étant surtout de masquer sa propre douleur en noyant l’autre sous un flot d’attaques. Enfin c’est surtout Delilah qui a instauré ces nouvelles règles du jeu, Gabriel n’a eu d’autre choix que de s’y plier. Donc il est là. Il est en retard, il a l’esprit ailleurs mais il est là et paradoxalement sa présence la rassure. Sa carrure, la maîtrise de ses gestes, la profondeur de son regard, tout en lui inspire l’assurance et malgré les désaccords, Delilah garde la certitude profonde qu’à ses côtés elle est beaucoup plus forte. C’est pour ça qu’elle insiste autant sur sa présence et qu’elle se raccroche, beaucoup trop, à lui. L’espace de quelques instants, la violoniste se laisser bercer par l’illusion d’une paix intérieure retrouvée avant de réaliser qu’il ne semble pas saisir la source de son agacement. Le retard c’est une chose mais c’est l’implication de sa secrétaire qui est venue asséner le coup de grâce. Elle a vu dans son appel une manière pour son mari de se dédouaner de ses responsabilités ainsi que de sa faute et ça, c’est contre les règles du jeu. Après le fait qu’une autre femme soit invitée à se joindre à la partie a surtout porté un coup à son ego. D’abord parce que l’évocation d’une quelconque personne féminine extérieure à leur mariage titille le loquet de cette boîte de Pandore dont l’ouverture pourrait absolument tout détruire. Ensuite parce que Delilah a beau avoir des difficultés à être démonstrative avec son mari, elle n’a jamais regardé d’autres hommes que Gabriel et elle attend le même niveau de dévotion de la part de son partenaire. Néanmoins elle préfère abandonner l’intention de lui expliquer ce qui cause réellement son sursaut de colère parce qu’il ne se doute sûrement pas que l’écho de ces rumeurs est arrivé jusqu’à elle, peut-être n’est-il lui-même pas au courant de ces bruits qui circulent. Enfin la possibilité que les médecins arrivent en pleine scène de ménage l’emporte sur le reste ; première manche remporter par le russe.

Toujours cette histoire de retard et ça devient de plus en plus difficile de se retenir. D’autant plus que les termes employés sont tellement, mais tellement, mal choisis que si l’intention était de l’apaiser, c’est raté. Il la somme de se remettre. Comme on se remet d’un caprice ? La futilité qu’il semble accorder à son coup d’éclat lui donne le tournis. Peut-être qu’elle aurait mieux fait de prendre le temps de lui expliquer le pourquoi du comment. Maintenant c’est trop tard. Il n’y a plus de place pour les éclaircissements, il ne reste qu’une soif de vengeance. Les mains serrées sur les accoudoirs elle tourne un regard ahuri vers lui, prête à abattre la foudre. Sauf qu’il enchaîne et d’une voix qui trahit sa perte de patience. Delilah relâche son emprise sur les accoudoirs et se laisse retomber dans un rire moqueur sur le dossier de sa chaise. Elle croit percevoir un besoin de se rassurer quant aux preuves qui s’accumulent contre lui. Il semble beaucoup se justifier pour quelqu’un qui assure être constamment présent, non ? Le venin de la culpabilité qui se propage lentement dans ses veines, elle sent qu’elle prend le dessus alors elle le laisse parler. Logiquement il tente de retourner la situation en sa faveur en soulignant la prétendue inutilité de ce rendez-vous. Elle s’en fiche, elle au moins elle essaye. Les seuls efforts qu’elle le voit fournir sont exclusivement dirigés vers cette foutue comédie musicale. Delilah estime que son investissement à elle, à beaucoup plus de mérite puisqu’elle vise à soulager leur petite fille et à mesure qu’il continue à dénigrer ses efforts, elle réalise qu’elle souffre de son manque de reconnaissance. Cette quête elle en a fait son quotidien, c’est la seule chose qu’il lui reste à offrir alors que lui il dispose d’une œuvre en plusieurs actes. Une frustration mêlée à de la jalousie pour un monstre sans visage, c’est difficile à gérer. A cet instant, elle se sent tellement vulnérable. Si Gabriel estime qu’elle n’est pas efficace dans la seule mission qui lui a été confiée, elle ne peut s’empêcher d’imaginer qu’il va finir par conclure qu’elle ne sert plus à rien. A part à bouder.

"Si tu crois que je suis en train de bouder c’est que t’es encore plus déconnecté de la réalité que ce je croyais !" Le regard vissé dans le sien, elle rompt le contact le temps d’un claquement de langue ponctué par le soulèvement de sa main. "Tu t’attendais à quoi en fait ? Tu penses mériter une médaille peut-être ?! Mais bordel…mais encore heureux que tu te pointes !" Le volume de sa voix a soudainement augmenté et le silence qui les entoure ne fait que l’accentuer. Dans l’inconscient collectif Delilah ne jure pas mais la colère est telle qu’elle se fiche bien de savoir que l’étage entier risque de l’entendre. Pas la peine de jouer la comédie devant son mari non plus. Si elle est incapable de lui exprimer le fond de sa pensée, qu’elle puisse au moins se libérer dans son vocabulaire. Néanmoins elle sait que Gabriel ne supporte pas qu’on élève la voix sur lui, à juste titre considérant la facilité avec laquelle il s’est promené sur le chemin de la vie sans jamais rencontrer un seul obstacle. Jusqu’à aujourd’hui. En qualité d’épouse, Delilah est bien la seule à se permettre un tel écart. Au début de leur relation c’était pour le remettre gentiment à sa place, lui rappeler qu’il n’est pas la réincarnation du roi soleil. Actuellement c’est pour l’affronter, comme toujours. Se donner l’illusion que c’est elle qui tient les rennes, que c’est elle le gage de stabilité dans leur couple et dans leur famille. C’est pas évident de déléguer, d’accepter de passer la main quand on réalise qu’on n’est plus apte à tenir ses engagements. Surtout quand on n’a pas assez confiance en l’autre pour lui faire cet aveu de faiblesse. D’un soupir, elle tente de faire le vide dans sa tête et trouve une forme de réconfort dans la vue que donne la baie vitrée du bureau sur le parc de l’hôpital. Des malades en rémissions, en phase terminale, des infirmières, des proches ; le monde qui continue à tourner sans elle. Finalement Delilah se tourne de nouveau vers Gabriel, les bras croisés sur sa poitrine comme pour signaler que si elle est prête à baisser le volume, elle n’en baisse pour autant sa garde. "Justement, si tu n’avais pas les oreilles obstruées par ces choristes du dimanche que tu entends à longueur de journée, tu aurais pu écouter ce que je t’ai expliqué. La sophrologie est une médecine alternative, donc complémentaire. Je suis pas complètement sotte, je suis parfaitement consciente que ce n’est pas ce qui va la guérir. Tu veux que je lui demande de faire des pas de bourrés pendant qu’il te l’explique ? Peut-être qu’il arrivera mieux à capter ton attention !" Impossible. Impossible de rester sereine quand il évoque sa comédie musicale, cette espèce de réincarnation de l’Hydre de Lerne qu’elle a beau essayer de tuer mais qui devient plus forte à chaque coup. Nourrie par l’ardeur fanatique de son géniteur. "Et la prochaine fois que tu arrives en retard à un rendez-vous et que tu me demandes de m’en remettre, je te déconseille de rester." Delilah n’a pas de créature mythologique sous la main mais elle a sa hargne. Tout le monde sait que le courroux d’une femme, d’une mère, peut faire beaucoup plus de dégâts qu’un monstre à plusieurs têtes. Elle-même ne sait pas ce qu’elle sous entend par cette pseudo menace mais elle prend soin de soutenir le regard de Gabriel assez longtemps pour lui faire passer l’envie de le découvrir. Puis elle détourne les yeux, réalisant qu’elle cherche l’affrontement avec son seul allié. Le visage tourné de nouveau vers la baie vitrée, elle sent les larmes lui monter aux yeux mais sa détermination à ne pas pleurer devant lui est telle, qu’elle parvient à les retenir. "Tu sais Gabriel… Je crois qu’à l’insolence de tes justifications, je préfère encore le silence de ton indifférence." Un  ton plat, calme, elle le dit comme une vérité préétablie qui ne souffre aucune contradiction. On y vient. L’indifférence. Insinuer que Gabriel n’est pas un bon père, qu’il n’est pas assez présent est facile parce qu’elle sait que ça lui fera mal. Toutefois insinuer qu’il n’est pas un bon mari, elle a peur que ça lui fasse mal à elle. Delilah sait que l’évocation de Mélodie touche Gabriel en plein cœur parce qu’elle ne doute pas une seconde de l’amour inconditionnel qu’il lui porte. C'est l'amour qu'il porte à son épouse qu'elle craint de remettre en question et elle préfère se laisser dévorer par la peur qu’obtenir une réponse définitive. Le secret d'un bon tour de magie, détourner l'attention.


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Gabriel Goldstein
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MessageSujet: Re: Don't nobody know my trouble but God + Gabriel   Jeu 20 Avr - 8:45

Delilah était son tout. Son univers. Les étoiles et les galaxies. L'infiniment grand et petit dans un seul regard. Le raz de marée des émotions par le simple fait de la voir sourire et rire. Son plus grand remède et son plus grand mal. Elle  était tellement de choses à ses yeux. Et Gabriel l'aimait. Il l'aimait pour tout ce qu'elle était depuis de nombreuses années. Elle avait acquis tant de rôles tout au long des années. Elle avait été le rien devenu un tout dans lequel il avait attaché une importance inouïe. Dire que Gabriel Goldstein n'aimait pas sa femme était un pur mensonge éhonté. Il l'aimait, il était attaché à elle autant qu'il l'était à leur petite fille. Mais le poids des années était là, ils étaient arrivés à un stade où se parler relevaient d'un exercice bien trop difficile. L'éternel conflit ne traînait jamais trop loin. Il était là. Furieux et sournois. Haineux et froid. Il entamait cette complicité qu'ils avaient acquis tout au long des années. Il la voyait, cette fissure. Cette brèche qui lui arrachait le coeur. Mais dont il préférait se cacher derrière le sourire éclatant et faire semblant. C'était mieux pour se convaincre, pour se dire que le plus important restait Mélodie, eux, passaient en second plan. Il avait peur. Effrayé par les conséquences et les actes. La conversation fatale devait forcément arriver mais il préférait se dissimuler derrière les faux-semblants, les raisons d'être un meilleur père plutôt qu'un meilleur mari. Mais dans cette pièce, rien n'était possible. Mélodie n'était pas là. Et sa présence manquait, leur rejetant à la figure qu'avant tout, là en ce moment-même, ils étaient mari et femme. Incapable de se parler sans se balancer des châtaignes dans la figure. Il regrettait toujours de s'emporter. Il réfléchissait après l'impulsivité. Delilah et ce qu'elle déclenchait en elle. Ces feux impétueux, ces colères qu'il ne maîtrisait pas. Jamais avec elle. D'autant plus qu'en tant qu'homme, il ne comprenait pas forcément le message caché. Il avait l'impression que le seul problème résidait dans ce retard. Un retard se traduisant par sa présence malgré tout. Il était là. Sans doute aurait-il pu avoir un brin de jugeote et comprendre ce que sa femme souhaitait réellement. Mais l'esprit était si petit et celui de Gabriel, tellement empli de milles pensées. Il pensait trop. Il avait trop de choses en tête. Et c'était parfois la conquête de l'Amérique pour arriver à tout emmagasiner. Il était un homme terriblement occupé. Cette comédie musicale lui prenait un temps de dingue. Et parfois, il regrettait, quand bien même il n'en demeurait pas moins passionné. Il avait l'impression de moins être présent mais pas pour Mélodie. Pour elle, il était là, toujours. Mais Delilah ne semblait pas le voir de cet œil. Le dialogue semblait être difficile, quand bien même, ils manquaient tous deux de tact. L'un vexé. L'autre, énervée. Forcément, la conversation virait droit dans le mur. Et lorsqu'elle rétorqua, il ne put s'empêcher de lâcher un profond soupir. Bien bruyant. Ce genre de soupir voulant dire « Tais-toi, tu me fais chier. » Mais, il avait de l'éducation, du respect et il préféra se taire, détournant le regard au même titre que son épouse. « N'importe quoi... » Dit-il, encore plus mouché. Une médaille ?! Non mais sérieusement, ce n'est pas ce qu'il venait de dire ! Elle avait du culot. Quand bien même, elle ne lui laissa pas la possibilité de rétorquer, préférant se justifier d'avoir organisé ce rendez-vous. Les mots le firent lever les yeux au ciel. Forcément, il savait que la comédie musicale était ce qui attisait le feu, un peu comme cette huile que l'on jetait négligemment en espérant éteindre le brasier. Il préféra ne pas répondre. Que pouvait-il  dire ? C'est vrai, il jugeait la sophrologie comme quelque chose d'inutile, quand bien même l'idée de sa femme n'était pas si mauvaise. À vrai dire, il avait accepté ce rendez-vous. Mais ce n'était pas suffisant.

À croire que ça ne l'était jamais de toute façon...

Il tenta de rester calme, de ne pas s'énerver. Il n'avait pas réellement envie. Pas maintenant. Pas en public. Pas avec les médecins menaçant de surgir. Toutefois, il lui sembla que le coup de grâce fut porté au coeur. Ça l'atteignait trop. Y compris ces menaces voilées. Elle répondait à sa propre défense. « Ça veut dire quoi ça ?! » Demanda-t-il d'une voix sombre. Et dire qu'il avait été si content de sa journée. Elle réduisait tout à néant. Enfin, jusque là, il se disait qu'il était préférable de ne plus rien dire, de laver son linge sale en privé plutôt qu'en public. Et pourtant, elle porta le coup fatal, emportant là manche dans cet affrontement silencieux mais poli. Le coup lui alla droit dans le coeur. « Mon ... Mon indifférence !? » Il était indigné. Choqué. Révolté. Lui indifférent !? Au sort de sa famille, de sa fille. Sa petite fille qu'il chérissait plus que tout, qu'il gâtait plus que de raisons, qu'il mettait sur un piédestal immense. Lui... Indifférent... Ça aurait pu le laisser sans voix. Mais non... Il ne pouvait pas. Il était bien trop en colère. Triste aussi. C'était si désolant à entendre. « Ainsi, c'est comme ça que tu me vois ? Indifférent au sort de notre fille ? Es-tu vraiment sérieuse ? Est-ce que tu réalises ce que t'es en train de dire !? Moi, je suis indifférent !? » Il répéta ces mots avec un éraillement dans la voix. C'était bien trop douloureux. C'était injuste. Il était toujours là. Il ne comprenait pas qu'elle puisse l'attaquer sur sa présence, sur son implication au sujet de la vie de leur enfant. Sa petite princesse... Cette petite boule de vie qui nourrissait le désespoir de ce couple allié à cette peur viscérale de la voir partir. C'était d'autant plus terrible que plus le temps passait, plus l'attachement était là. Il croyait toujours que l'amour se plafonnait. Mais non... Il était immense et infini. Et Mélodie était cette merveille : la vie devait rester en elle, elle devait vivre. Quand bien même, c'était difficile de vivre avec, surtout quand il fallait évoluer en laissant croire à l'enfant que tout allait bien, qu'il ne fallait pas s'inquiéter tout en évitant de d'emballer son coeur, de vivre comme une enfant de son âge tout en lui rappelant que courir n'était pas une bonne idée. « Putain Delilah ! Comment peux-tu dire une chose pareille !? Tant que tu y es, dis-le que je n'ai pas ma place ici. Si tu veux d'ailleurs que je m'en aille maintenant. Dis-le aussi. Je m'en irais si ça peut te suffire à croire que je suis tout les défauts du monde, un mari débordé, mais pas indifférent... à... » Il se tut, sentant la gorge se nouer. Comme à chaque fois. La vie d'un parent d'enfant malade était si pesant. Ils avaient tout eu pour être heureux. « Ma petite fille... » Arriva-t-il à dire avant de se taire définitivement. Ça ne servait à rien d'en dire plus. Le chagrin était bien trop présent, autant celui qui rongeait Delilah. Il avait cette impression de voir cette douleur jumelle à la sienne. Pourquoi était-ce difficile de crever l'abcès ?

La porte s'ouvrit, clôturant la conversation du coup. « On parlera de tout ça plus tard. » Murmura t-il sans même la regarder. Il était en colère. Cette conversation future ne présageait rien de bon. Il avait besoin de vider son sac sur cette façon qu'elle avait de le voir. Il ne s'estimait pas être le papa de l'année mais on ne pouvait nier que chaque minute de son temps libre était accordé à sa fille. Perdu dans le flot de rendez-vous et d'auditions, il ne se rendait pas compte de ses erreurs, de ce qu'il disait, de cette façon dont il avait de gérer ce temps si précieux et partant si vite. Il n'était pas habitué à cela, il avait toujours été l'homme à qui rien n'avait été refusé, contesté. La facilité de son existence avait été réduite à néant avec Mélodie. Il s'était rendu compte que sa fortune, son nom célèbre. Rien de tout cela n'était utile pour sauver l'enfant, encore plus quand ça ébranlait le couple. Quelle serait l'issue ? Il préférait nier l'évidence. « Monsieur et Madame Goldstein, je suis ravi de faire votre connaissance. Vous avez bien fait de prendre contact avec moi. La sophrologie est encore une science méconnue. Mais elle est ce qu'on appelle une médecine douce. Elle ne guérira pas votre enfant mais ça la soulagera. » Il était souriant et avenant, quand bien même, Gabriel n'avait pas décroché un sourire. Il boudait. « Je pense que vous devez vous poser des questions sur ce que c'est. Pour parler vulgairement, c'est une forme de médecine basée sur la sérénité de l'esprit. Il y a cette science qui explique que quand l'esprit va bien alors le corps suit. Ça se résume par des exercices de respiration et de méditation. Je pense que la méditation serait trop difficile pour votre enfant. Elle est encore je. petite mais des exercices de respiration pourraient être une bonne alternative, qu'elle soit détendue sans que cela ne fasse fatiguer son coeur. » Gabriel fronça les sourcils et finalement, prit la parole. « Que je comprenne bien... Et pour éviter de paraître indifférent » Il appuya sur le dernier mot sans jeter un seul regard à Delilah. « Est-ce que cette forme de médecine douce a déjà été utilisée, avez-vous vu des résultats concrets ? » Demanda-t-il croisant les bras. Il était dubitatif, il avait besoin d'être convaincu. « Et bien tout dépend du patient, du degré d'atteinte de sa maladie. Mais comme je vous disais, c'est une façon d'améliorer le quotidien, de le soulager. » Le docteur alternait entre lui et Delilah, détendu par son sourire et assez avenant. « Et si vous me parliez un peu de votre petite Mélodie ? Comment est-elle ? Comment vit-elle sa maladie ? »
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