Vice et Versa
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 And we'll never be royals || Joe

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Delilah Goldstein
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 01/03/2017
MESSAGES : 165

MessageSujet: And we'll never be royals || Joe    Lun 27 Mar - 18:33


Delilah & Joe

And we'll never be royals


Delilah esquisse un sourire amusé en réponse aux exclamations enjouées et admiratives qui s’échappent de son dressing. C’est sans doute la pièce préférée de sa petite fille et il faut bien l’avouer, celle de sa maman aussi. Pourtant elle n’a pas grandi avec le souhait de jouir d’une telle pièce, bien au contraire. Si l’adulte qu’elle est devenue avait continué à appliquer les préceptes de son enfance, elle aurait sans doute réaménagé cet endroit afin qu’il serve un but. N’importe quoi, un bureau, une bibliothèque ou un atelier de création mais pas un lieu dédié au stockage de ses vêtements de créateurs. Sauf qu’elle n’est pas devenue cette adulte et il faudra bien qu’elle fasse la paix avec cette idée un jour ou l’autre. D’autant plus que les robes de soirées ne sont pas prêtes de disparaître au vu du nombre d’évènements auxquels elle devra assister dans les prochains mois, voire années. Se présenter avec une belle toilette est d’ailleurs bien le seul plaisir qu’elle y trouve puisqu’au fil des années elle a fini par avoir ces réceptions en horreur. Une fois sa mise en beauté terminée, Delilah se dirige vers ledit dressing pour jauger le résultat final dans un grand miroir sur pied. Elle aurait aimé se pavaner devant Gabriel pour avoir son avis comme elle s’amusait à le faire autrefois. Il se montrait généralement très réceptif, à tel point qu’ils se sont souvent pointés comme des fleurs, avec une bonne heure de retard. Sauf que ce soir, comme presque tous les soirs, Gabriel n’est pas là. Du coup elle ne pourra compter sur son mari pour l’épauler et Mélodie ne passera pas sa soirée avec son papa mais avec Thelma, sa nourrice. La petite semble trop occupée par l’exploration de cette chasse au trésor d’un nouveau genre pour s’en préoccuper mais les épaules de Delilah se courbent, chaque jour un peu plus à l’idée qu’elle disparaisse avant que son père ne prenne conscience de ses erreurs. Elle sait pertinemment qu’il ne pourra vivre avec cette culpabilité, comme elle sait qu’elle ne pourra vivre avec cette rancœur. Doucement elle l’attrape par le bras afin d’attirer son attention avant de se baisser pour être à sa hauteur. "Mélodie, tu te rappelles que maman sort ce soir ? Du coup tu vas passer la soirée avec Thelma ! Tu feras déjà dodo quand je rentrerai mais je viendrai te faire un gros bisou et je serai là demain matin quand tu te réveilleras. D’accord amour ?" L’enfant opine de la tête avec assurance et vient serrer sa mère tendrement dans ses bras. Le coucher devrait pouvoir se faire dans de bonnes conditions. Surtout dans l’intérêt de la nounou qui se présente justement à la porte pour récupérer la petite et l’emmener prendre son bain. Un dernier câlin et Delilah laisse partir le centre de son univers avec la sensation d’avoir le cœur encore un peu plus serré que la vieille.

La voiture ralentit pour s’arrêter finalement devant le Beverly Wilshire Hotel tandis qu’un jeune portier descend les marches à toute vitesse pour l’aider à en sortir. Delilah attrape la main qu’il lui tend et le remercie d’un sourire. L’accueil est impeccable, c’est un bon début. Le service a plutôt intérêt à être à la hauteur de sa réputation, autrement elle se fera un plaisir de faire en sorte que cette collecte de fond soit la dernière jamais organisée à cet hôtel. La boule au ventre, elle pénètre dans la salle de réception avec l’intention de vérifier scrupuleusement que ses directives ont été respectées à la lettre par la société qu’elle a engagée pour l’assister. Si les attentes sont si élevées c’est que ce n’est pas une collecte de fond comme les autres. Ce soir elle mouille réellement le maillot et c’est son carnet d’adresses qu’elle met en jeu. Jusqu’à présent Delilah s’est toujours tenue éloignée du cœur de l’action en se contentant de verser de l’argent, anonymement si possible et de faire acte de présence si besoin est. Elle s’est toujours refusée la possibilité d’en faire plus. Elle trouverait affreusement indécent de sa part de se rendre dans un refuge pour sans abris pour y distribuer des repas par exemple. D’abord parce qu’elle aurait trop peur que sa présence fasse de l’ombre à ceux qui méritent réellement la lumière et ensuite, parce qu’elle ne veut pas insulter l’héritage de ses parents en donnant l’illusion d’être à sa place alors qu’elle sait très bien que ce n’est pas le cas. C’est trop important pour faire semblant. Du coup depuis quelques années, elle s’est contentée du minimum. Assez pour ne pas avoir trop mauvaise conscience mais pas assez pour se regarder dans une glace. Sa rencontre avec Joe est venue bousculer tous ses principes. Ce petit bout de femme c’est un peu sa réalité alternative, ce qu’elle aurait pu devenir dans un autre espace temporel. Elle y a vu aussi une forme de rédemption, comme ces anges gardiens qu’on voit dans ses téléfilms de l’après-midi ; envoyés pour pousser l’héroïne à sortir de sa zone de confort et accomplir toutes ces choses qu’elle croyait hors d’atteinte. Armée d’une volonté de fer et d’une énergie très contagieuse, Joe lui a proposé d’être la marraine d’un programme d’activités extrascolaires. Ne disposant d’aucun financement ni d’aucun organisme qui la soutient, Delilah a vu l’opportunité de sortir de son schéma habituel. Voir cet argent, ce statut, qu’elle n’assume pas vraiment, se transformer en un vrai système d’accompagnement pour aider concrètement des enfants et des adolescents. C’est un sentiment de fierté qu’elle n’a pas ressenti depuis longtemps et l’idée de le voir se refléter dans les yeux de sa petite fille l’a définitivement convaincue.

Ses yeux balayant la salle de réception, Delilah est plutôt satisfaite du résultat final. Elle attrape un serveur au vol pour goûter les amuses bouches qui vont être proposés tout au long de la soirée. Faire affaire avec les français n’est jamais de tout repos mais on ne peut contester leur doigté gastronomique phénoménal. Elle aperçoit Joe au loin qui semble en pleine conversation avec l’équipe de sécurité. La sérénité et la résolution qui se dégage de son visage apaise instantanément Delilah. Elle ne s’est pas trompée, elle le sent. Elle constate avec joie que sa partenaire brille de mille feux dans la robe qu’elle s’est permis de lui envoyer. Naturellement elle a déduit que Joe n’était pas du genre à investir de l’argent dans ce genre de frivolité alors elle a voulu faire un geste pour consolider la fusion de leur deux mondes. "Bonsoir Joe ! Comment allez-vous ?" Dans un rire nerveux, elle se reprend presque aussi tôt. "Comment vas-tu ?" Créer du lien, du vrai lien n’a jamais été très naturel pour Delilah. Elle n’a jamais eu beaucoup d’amis, elle n’en a jamais eu vraiment besoin. Son frère a d’abord été son plus fidèle allié puis sa vie s’est recentré uniquement sur le violon avant de tourner uniquement autour de sa famille. C’est peut-être plus une question de courage que d’envie dans le fond. La peur d’être rejeté. Difficile à savoir. D’autant plus qu’aujourd’hui elle entretien presque exclusivement des liens mondains. Créer ce type de lien est devenue une seconde nature, une deuxième langue maternelle qui lui permet d’évoluer comme un poisson dans l’eau. "Je trouve que l’équipe a très bien travaillé, n'est-ce pas ? Qu’est-ce que tu en dis ? Dieu sait que j’ai assisté à tellement d’évènements de ce genre mais c’est la première fois que j’en organise un donc j’espère vraiment ne pas être à côté de la plaque. De toute façon, je vais te dire, le principal c’est que l’alcool coule à flot pour que l’argent coule à flot," dit-elle alors qu’un sourire malicieux se dessine sur ses lèvres rougies par son maquillage. Trente minutes avant le lever de rideau !  


AVENGEDINCHAINS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité
avatar

MessageSujet: Re: And we'll never be royals || Joe    Mar 28 Mar - 23:42


Delilah & Joe

And we'll never be royals


" Putain de merde. Merde ! "

La classe, à l'internationale.
Avec une telle entrée en matière, difficile de s'imaginer capable d'affronter les mondanités des plus chers requins de L.A dans moins de deux heures. Réfugiée contre un bord de sa salle de bain, Joe contemple sa bouteille de parfum éclatée au sol, et subit la flagrance qui emplit la pièce, à lui coller mal au crâne. Bien. Tout ça s'annonce. Merveilleusement bien.
Ne tarissant pas de jurons mais sans céder à la panique, elle se dandine dans sa serviette trop courte jusqu'à un placard, pour récupérer de quoi nettoyer la catastrophe. Un balai ruiné, un sac poubelle parfumé de morceaux de verres et une serpillière embaumée à jamais plus tard, Joe a transpiré, elle respire l'odeur par tous les pores de sa peau et ses cheveux sont séchés : en langage de poisse, ça veut dire qu'elle est bonne pour une nouvelle douche.
En retard, aussi.
Elle est très probablement en retard.
D'accord, il est peut-être temps de céder à la panique.

Mais enfin, Joe, s'exaspérera sans doute le spectateur avisé. Quelle espèce d'escort fais-tu, si tu n'es pas capable d'affronter quelques rencontres improvisées, fagotée comme une poupée ? Mais il y a une différence, une énorme différence, entre servir d'objet de décoration à un homme de mauvais goût pour le mettre en valeur, et ce qu'elle est sur le point d'affronter ce soir. C'est le fossé qui sépare l'éducation de l'argent, un univers entier que Joe a dû apprendre à ses dépens, non sans traverser une marée de mépris condescendant pour y parvenir. Un homme qui vous achète pour avoir l'air enviable ne vous demande que ça, il est même utile de paraître plus idiote que vous ne l'êtes en sa présence et ce n'est vraiment pas une tâche difficile à faire. Il suffit de le conforter dans l'a priori qu'il a déjà de vous, lui confirmer votre statut de plante verte et le rassurer sur la taille de son pénis sans y toucher. Le plus vieux tour de magie du monde, que Joe maîtrise avec un doigté d'orphèvre. Tout au contraire, l'exercice qui l'attend ce soir est de convaincre une audience qu'elle vaut la peine qu'on s'intéresse à elle malgré les apparences. Et cet exercice passe par une quantité invraisemblables d'expressions, de manières, d'attitudes, chacune plus mystérieuse que l'autre. Une personne née dans le luxe et les bonnes manières, tous ces codes de conduite réservés aux initiés, incompréhensible pour la populace, repère le bas peuple comme un chien de meute sent le gibier. Ces gens sont programmées à se sentir supérieur tant qu'on ne leur a pas prouvé le contraire, à traquer la moindre preuve qu'ils sont dans leur droit de supériorité. Et sitôt l'odeur vulgaire d'une quelconque pauvreté reniflée, ils referment les mâchoires et l'étau ne se resserre plus.

Excessif, me direz-vous. Un tantinet intolérant, pour quelqu'un qui leur reproche ce même travers. Généralisateur. Mais ce n'est que le fruit d'un traumatisme ancien, répété à de nombreuses reprises, non la conséquence d'une mauvaise expérience mais bel et bien le poids d'un jugement qu'elle a senti toute sa vue. Des médecins devant qui les pompiers amenaient sa mère inanimée, avec sur leur visage cet air de dire oui ma petite, ta mère est bourrée, mais moi j'y peux rien et il y a des choses intéressantes qui m'attendent ailleurs alors ne m'en veux pas d'être pressé. A ces clients de l'hôtel et le confort qu'ils trouvaient à mépriser le bas personnel pour se conforter dans leur classe sociale. En passant par l'avocat exaspéré de devoir entendre la même routine du parent maltraitant, déficient dans son rôle. Mais la pire espèce jamais croisée est encore l'audience de ce soir : des gens tellement hors des réalités, qu'ils n'ont que pour vous de l'indifférence, leur vie est trop importante pour même dépenser de l'énergie à vous mépriser.
Ces gens qu'elle doit convaincre. Née d'un quartier où la vulgarité était un mode de ponctuation.

Au moins, la robe de Delilah la camouflera jusqu'à ce qu'elle se mette à parler. Ah, Delilah. Exception miraculeuse du système qui n'a même pas conscience d'en être une. Des biographies trouvées sur internet, Joe sait qu'elle vient d'un milieu modeste, pourtant elle évolue dans les sphères les plus riches, les plus anciennes et les plus complexes, comme une danseuse étoile dans un théâtre vide. Habituée au mondain, au luxe et à l'élégance, elle est d'une simplicité d'abord et d'un respect inébranlable derrière sa froideur, que la grande majorité de ses compères a oublié au profit du snobisme. Delilah est son phare dans la nuit noire de ce genre de milieu, probablement sans même le savoir. C'est en la mimant, en se cachant derrière elle que Joe a pu survivre au propriétaire de l'hôtel, à quelques rencontres de son carnet d'adresse. Et ce soir, c'est sa robe seule qui parvient à l'empêcher de fuir cette soirée, cette ville, d'aller se cacher dans un trou avec une bouteille de tequila bon marché comme réconfort.

Des robes, elle en a.
Étrangement, les robes qu'on porte dans le métier d'escort ont aussi des différences majeures avec celles qu'on met à ce genre d'événement.
La quantité de tissu investi, très souvent.

Noire, sobre, un col raz, des manches longues. Le charme se situe dans l'élégance avec laquelle l'objet précieux épouse la taille sans coller la poitrine, une discrète fente à mi jambe. Arrivée dans une salle presque vide, Joe se réjouit de la prouesse de son avance, autant qu'elle déplore l'absence de sa complice pour ce soir. Elle esquive quelques serveurs animés par la frénésie des dernières installations, ne s'accorde pas assez de crédibilité dans ce domaine pour juger de la qualité des choses. Son regard s'attarde plutôt sur l'estrade d'où elle devra introduire la soirée, par un discours autour duquel sa main se serre comme un naufragé à sa bouée. Nerveuse, elle vole un petit four clairement en excès sur ce plateau qui passe, avale l'explosion de saveur sans même prendre le temps de la mâcher. Joe mangerait sa nervosité par tonnes si elle le pouvait, et elle rêve d'avantage d'un énorme gâteau au chocolat que de mignardises qu'il faudrait un microscope pour juger. Elle essaye d'oublier le décor, se concentrer plutôt sur sa raison, le fond de l'histoire. Ce projet si cher à ses yeux, dont elle est fière, et qui n'aurait jamais été possible sans la femme qu'elle attend avec une fébrilité ingrate.

En toute sincérité, elle n'aurait jamais cru ça possible. Il est même difficile de retracer les événements, tant chacun depuis le premier a, encore aujourd'hui, des allures de surréalisme. C'était déjà une chose de tomber sur elle, après avoir été initiée au classique et au violon par ce qu'elle avait entendu de cette femme, et nourri tellement d'admiration pour elle pendant des années. Une autre de réussir à lui parler. Une autre de la rejoindre sur tellement de sujets, surtout celui qui l'intéresse ce soir. Une audace incroyable, de lui demander un parrainage. Mais ce soir. C'est inespéré. C'est celui de Delilah. C'est elle seule qui l'a rendu possible.

Pourtant c'est un soulagement chaud, un sentiment d'amitié déjà, qui la parcourt quand elle voit la violoniste arriver. L'exaltation de parler à l'une de ses idoles a vite et naturellement fait place à une complicité à laquelle elle ne s'était pas attendue. Elle ne la connaît pas beaucoup, pourtant, en tout cas pas dans l'intimité - Joe ne se le permettrait pas. Ce n'est pas une femme avec qui il lui viendrait l'idée d'organiser l'une de ses fameuses soirées hockey, pizza, cannabis. A cause des mondes qui les séparent peut-être, mais Joe veut croire que c'est d'avantage une question de respect des limites. Elle se sait entreprenante, parfois envahissante, et dans cette relation, Delilah doit consentir aux pas à franchir avant qu'elle les amorce.
De loin, elle constate que la femme est seule malgré son alliance. Elle ne questionne pas tellement ce fait, qu'elle s'en réjouit intimement. Une personne de la haute de moins à affronter, et quelqu'un qui ne sera pas là pour lui voler sa bouée de sauvetage. Elle ne connaît pas son mari, n'en a pas une très bonne intuition, même si elle n'est pas là pour en penser quelque chose. Alors dans un sourire élargi par la libération de son poids, elle accueille la femme qui traverse la salle d'une superbe rare et même, sa politesse excessive, avec une tendresse enorgueillie. Elle rit avec une certaine fébrilité à sa question, met carte sur table malgré un sourire de façade parfaitement imité.

" Nerveuse. Effroyablement nerveuse. Je fais un sérieux complexe d'infériorité. " elle se confesse, balayant aussitôt les mauvaises ondes avec humour malgré tout. " Je devrais peut-être vider tous les jurons que j'ai dans la tête avant de risquer de le faire en plein discours. "

Elle y pense, sincèrement. Mais déjà, la maîtrise et l'aisance de cette femme sont contagieuses, et Joe sent ses épaules se détendre. Le petit four qu'elle attrape subrepticement pour faire saliver sa bouche sèche est même mâché, cette fois, et savouré comme il se doit, même si ça reste un peu compliqué pour elle.

" Oui, je dirais même que les deux vont de paire. On est jamais plus généreux qu'après trois coupes de champagne. " approuve Joe dans un sourire complice en lorgnant d'ailleurs sur le bar, luttant elle-même contre la pulsion d'une vodka pour se détendre avant le lever de rideau. Elle s'autorise un regard, un nouveau sourire, renoue avec le naturel qui la caractérise mieux que cette boule de nerfs dans son ventre. " Tu les fais parler, je les fais boire, on reste ensemble et dans nos domaines d'expertise. "

Et c'est un zeugma.
Mais le savoir de lui servira pas à grand chose au moment d'être dévorée par les requins.


AVENGEDINCHAINS
Revenir en haut Aller en bas
Delilah Goldstein
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 01/03/2017
MESSAGES : 165

MessageSujet: Re: And we'll never be royals || Joe    Jeu 13 Avr - 17:38


Delilah & Joe

And we'll never be royals


C’est avec beaucoup de tendresse que Delilah écoute la confession de Joe, comme si elle écoutait Mélodie lui avouer qu’elle avait terminé le sachet de bonbons. Le rapport qu’elle a à cette jeune femme qui est entrée dans sa vie telle une tornade est très particulier. D’une part elle ressent le besoin presque instinctif de la protéger comme on protège une enfant, de l’autre elle est persuadée que cette même enfant a tant de choses à lui apprendre. Delilah a été profondément touchée de l’admiration que lui a témoignée Joe lors de leur rencontre. Surprise, elle l’a été aussi. Elle qui croyait être complètement tombée dans l’oubli, s’est retrouvée face à quelqu’un dont les souvenirs remontent à plusieurs années. A travers le regard de Joe, c’est son identité de violoniste qui a été ressuscitée. L’espace d’un instant, elle s’est sentie complète. Si elle n’existe plus en tant que musicienne, ses créations, ses mélodies, elles, continuent à voyager d’oreilles en oreilles et c’est ce qu’il y a de plus important. Une chaleur s’est alors manifestée dans son cœur, comme elle n’en avait pas connue depuis longtemps. Comment refuser quoi que ce soit à une telle source de bonheur ? Pour la première fois les choses lui sont apparues très clairement. Dès que Joe a commencé à évoquer son projet, elle a su qu’accepter d’y participer était la bonne chose à faire. Surtout lorsqu’elle a évoqué la branche musicale des activités extrascolaires. Encore un coup de pouce du destin vers un retour aux sources, au cœur de son être. Bizarrement elle n’a pas eu peur. Pourtant ces dernières années, dès qu’il s’agit de musique c’est la panique qui s’installe. Qu’il s’agisse de créer un morceau, de donner son avis, même de jouer tout simplement ; c’est impossible. Le néant, le trou noir, la page blanche, le blocage. Tant de mots mais si peu d’espoir. Elle ne se sent pas d’attaque pour prendre une classe en main ou mener un atelier mais Joe, son énergie incroyablement contagieuse, l’a convaincu de rester au moins dans les coulisses. Leur association a naturellement annihilé ce sentiment de culpabilité qui assaille Delilah à chaque fois qu’elle s’engage dans des projets associatifs. Sans savoir vraiment pourquoi, cette fois-ci elle se sent complètement à sa place. Sans doute parce qu’elle commence à accepter qu’elle en fait moins, beaucoup moins, que ses parents mais qu’elle ne devrait pas pour autant dénigrer ses activités. C’est chouette les montées d’adrénaline qu’elle aurait envie de dire Delilah. On a plein d’idées, plein d’envies, on a l’impression qu’on est capable de tout. Certes. Faudra juste faire attention à pas se casser la gueule en redescendant.

Oui le discours, c’est vrai. Delilah n’avait absolument aucune crainte à ce sujet. Si Joe avait réussi à entraîner un esprit aussi cynique et sceptique que le sien, elle n’aurait aucun problème à soulever cette foule alcoolisée et de nature dépensière. D’autant plus qu’elle s’était permise de lui donner quelques conseils en amont. Avec ces gens là il ne faut pas faire appel à leur bon cœur de samaritain, ils n’en n’ont pas. Il faut commencer par flatter leur égo, leur expliquer que c’est grâce à eux, et uniquement à eux, que la suite est envisageable. C’est important qu’ils aient l’impression d’avoir l’exclusivité. Les gens riches tiennent à leur statut de privilégiés, sinon à quoi bon avoir autant d’argent ? Sauf qu’ils sont nombreux dans la salle, trop nombreux pour se sentir réellement privilégiés. C’est à ce moment que se déclenche la guerre des égos pour savoir qui va mettre le plus d’argent, qui sera le plus bienfaisant donc qui aura le droit d’être reconnu par ses pairs comme étant celui qui a rendu tout cela possible. Leur argent ils ne le donnent pas, ils l’investissent donc il faut être très clair sur les profits dès le départ. Confiante de lui avoir donné toutes les cartes en main et d’avoir une excellent élève, Delilah pose une main sur son épaule en laissant échapper un petit rire. Elle se veut rassurante et surtout présente pour Joe. Elle a eu la chance d’avoir Gabriel à ses côtés lorsqu’elle faisait ses débuts timides dans ce milieu alors elle sait à quel point il est important d’être soutenue. A deux elles seront plus fortes. Le sourire aux lèvres, elle approuve la proposition de Joe d’un hochement de tête. "Je suis certaine que tout va bien se passer," conclue Delilah. C’est alors qu’un fond musical jazzy se fait entendre et que les lumières se tamisent légèrement. La violoniste jette un regard à la grande horloge de la salle de réception et ne s’y trompe pas, c’est le signal qu’il ne reste plus qu’une dizaine de minutes avant l’arrivée des premiers invités. Sans attendre, elle entraîne Joe par le bras afin qu’elles se postent toutes deux à l’entrée. En tant que maîtresses de cérémonie, elles se doivent d’offrir l’accueil à leurs hôtes. A peine a-t-elle le temps de se repoudrer le nez et de donner ses dernières consignes aux serveurs que le défilé commence. Bonsoirs par-ci, bienvenus par-là. Comment allez-vous ? ... Quelle joie de vous revoir ! … Vous avez bonne mine ! ... Finalement rien de plus que les banalités que s’échangeraient des voisins devant la boîte aux lettres, juste avec des vêtements beaucoup plus chers. Une fois la première vague passée, Delilah attrape deux coupes de champagne au vol pour en tendre une à sa complice. "Tiens, pour se donner du courage !" Il en fallait du courage pour tenir toute la soirée dans ses robes, avec ses talons et le sourire figé aux lèvres. "Est-ce que tu as des questions avant qu’on commence la ronde des présentations ?" C’est maintenant à Delilah d’entrée en scène, le moment de mettre à profit son expérience. Pendant le one on one il lui incombe de présenter Joe et son projet sous son meilleur profil dans l'espoir que les portefeuilles se mettent à trépigner d'impatience.


AVENGEDINCHAINS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
And we'll never be royals || Joe
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» We'll never be royals × Liens des perso's de Maly.
» We'll never be royals ­¯ Sydney G. Colville
» And we'll never be royals (Sienna)
» royals + VONBODMAN-STERLING
» And we'll never be royals ➹ JUDAH & SOMEONE

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vice et Versa :: Où allons nous? :: Beverly Hills :: Beverly Wilshire Hotel-