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 When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric

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Alaric Winchester
Admin Ours Brun
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MessageSujet: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Sam 1 Avr - 12:03

Ces derniers temps, il organisait plus de combats. Plus de paris. Plus de défis. Plus d'enjeux. Ces derniers temps, il se perdait dans cette adrénaline qu'il appréciait occasionnellement auparavant. Ces derniers temps, il recherchait du réconfort là où il savait et pouvait en trouver. Il avait beau avoir conscience qu'à trop se mouiller et trop prendre de risques, il aurait des problèmes tôt ou tard, il n'avait pas trouvé de meilleure échappatoire que ces combats à organiser. Lorsqu'il avait racheté le garage à Dan cinq ans plus tôt, il n'avait pas réellement pensé qu'un jour il se lancerait dans l'illégalité - voire même la criminalité. Il n'était pas un enfant de coeur - loin de là - mais son casier judiciaire ne comportait rien d'autre que quelques vols dans sa jeunesse, quelques excès de vitesse dignes de Vin Diesel dans Fast and Furious et quelques - il faut l'avouer - propos agressifs envers des agents de la police. Il n'y avait rien qu'il méprisait mieux que ces hommes qui se croyaient meilleurs qu'eux - alors qu'ils étaient les premiers à fauter et à camoufler leurs crimes. Il n'avait pas réellement pensé qu'un jour il proposerait d'organiser des combats dans son garage - bien camouflés, bien organisés, bien surveillés et surtout bien menés. Dans ce domaine, il s'était montré extrêmement méfiant, extrêmement vigilant et avait su à qui en parler, à qui s'adresser et surtout à qui faire confiance. On ne se lançait pas dans un pareil business à l'aveuglette ou sur un coup de tête. Il n'avait aucune intention ni aucune envie de passer par la case "prison", et de ce fait peu de personnes connaissaient l'existence de ce qui se tramait la nuit tombée dans ce garage qui avait su se faire un nom grâce à Dan - et grâce à Ric. S'il avait été le gosse de personne, et s'il avait été qu'un petit délinquant de plus dans les rues de LA, il avait su tirer son épingle du jeu et devenir un homme et un mécano' hors pair. Quoique... on pouvait avoir des doutes quant à l'homme. Il était devenu celui qu'il était grâce à un seul homme, grâce à une seule personne qui lui avait chamboulé sa vie, et pour ça il lui serait à jamais redevable. Dan était son père d'adoption. Dan était son ami. Dan était son confident. Dan était la personne la plus importante dans sa vie, dans son coeur et dans son âme. Et Dan était mourrant. Comment pouvait-il affronter ça ? On ne lui avait pas appris à gérer la perte d'un être cher. On ne lui avait pas appris à gérer la mort. On ne lui avait pas appris à gérer la maladie. Il avait été seul une grande première partie de sa vie - jusqu'à ses dix-sept ans - et bon sang, il n'avait jamais eu à souffrir véritablement de l'absence de quelqu'un. Comment était-il supposer apprendre à présent ? Comment était-il supposer avancer ? Affronter ? Accepter ? Jusqu'à présent, il avait choisi l'ignorance. Jusqu'à présent, il avait choisi de s'occuper l'esprit du mieux qu'il le pouvait. Et quoi de mieux que des combats, et encore plus de combats ? Il avait même fini par participer directement à l'un d'entre eux. Son arcade sourcilière enflée et fraîchement coupée était là pour le lui rappeler. Il ne participait jamais en règle générale, mais il n'avait pas su résister à l'appel de la boxe. Il n'avait pas su résister à l'appel de sa propre souffrance, de son propre désarroi. Il avait mal, il était perdu, et il devait l'exprimer comme il avait toujours exprimer ses émotions fortes : par la violence, par la rébellion, par la force. Dan n'ignorait rien de ces combats illégaux, mais ignorait tout des tourments qui habitaient Alaric depuis l'annonce de son diagnostic : cancer des poumons - maudit tabac - et il était en phase terminale. Dan vivait très bien cette fin de vie, estimant avoir vécu ce qu'il avait à vivre, et ne regrettant rien de toutes ces aventures qu'il avait déjà connues. C'était sans doute ce qui paniquait et irritait le plus Alaric - ce calme constant et cette résiliation de son mentor, de son maître et de son ami. Finalement, c'était le premier à réellement quitter Alaric car il n'aurait pas le choix.

Il roulait depuis plusieurs minutes, en route pour chez lui, après de longues heures de travail acharné sur le pick-up d'un client habitué - un pick-up qu'il persistait à conseiller d'abandonner mais dont le dit-client semblait incapable de se séparer - quand il aperçut la voiture sur le bord de la route. Seule. Dans une rue mal éclairée. Avec pour propriétaire une jeune femme penchée sur le capot de la voiture. Il la dépassa légèrement. Il tourna la tête pour regarder la route devant lui. Il ne prit pas cinq secondes avant de souffler, de fermer les yeux en maudissant sa bonté d'âme - quelle bonté d'âme - avant de faire machine arrière. Pouvait-il tourner le dos à une demoiselle en détresse ? Pouvait-il faire comme s'il ne l'avait pas vue et la laisser se débrouiller seule ? Pourrait-il dormir paisiblement en la sachant là, seule, risquant bien plus qu'une nuit passée dehors ? Ric n'était pas un enfant de coeur, et Dieu savait combien de péchés il avait déjà commis. Mais au fond, c'était un homme bon. Il descendit de sa propre bagnole une fois garée juste devant elle et se dirigeait vers la jeune femme, qui avait cessé de trifouiller son moteur - Dieu merci ! - et le regardait les yeux ébahis, prête à mordre s'il osait l'approcher. Il leva les deux mains en l'air et ralentissant le pas. " Je me suis pas arrêté pour t'agresser, " la rassure-t-il, ravi cependant de voir la peur dans ses yeux, cela prouvait qu'elle n'était pas idiote. " A vrai dire, t'as plutôt de la chance que ce soit moi qui passais par là, et qui m'arrête pour te donner un coup de mains, " continue-t-il en s'approchant du capot ouvert. " Non seulement je suis mécanicien, " lui dit-il en lui jetant un coup d'oeil. Elle était bien trop jolie et trop délicate pour ne pas attirer l'oeil et la perversité des sadiques de la ville - et du coin. " Mais je suis pas un tueur, encore moins un violeur, " conclut-il sans sourire. Il souriait que trop peu, à trop peu de gens. Il souriait que trop rarement. Ainsi, il inspirait la peur, la méfiance et l'incompréhension à la plupart des gens qu'il rencontrait - peu de personnes le connaissaient réellement ou le cernaient réellement. C'était un petit ours mal léché, un petit ours au caractère de merde mais au coeur gros comme ça - sauf qu'il n'aimait pas l'admettre et le reconnaitre. " Vous ne devriez pas rouler seule le soir dans ce tas de ferraille, " lui lance-t-il légèrement bourru après avoir vérifié le moteur en piteux état. Ce ne devait pas être la première fois qu'elle la lâchait. Et ce ne serait sans doute pas la dernière. Bon sang, les femmes pouvaient se montrer si stupides et si naïves parfois !




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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Jeu 6 Avr - 23:35

Les répétitions avaient terminé très tard ce soir-là. Elinor était totalement rompue de fatigue, si bien que –malgré sa passion dévorante pour ce qu’elle faisait- elle peinait à aligner quelques vers. Fort heureusement, elle n’était pas la seule à manquer cruellement de sommeil suite aux répétitions intensives qui étaient en train de se jouer depuis plusieurs semaines. Au cours des années, Elinor avait connu une telle notoriété qu’elle jouait des pièces illustres pour de grands producteurs. Elle devait cette renommée à son talent, mais aussi à son nom, Goldstein. Son frère, bien avant elle, était très réputé. La jeune femme n’aimait pas profiter de tels privilèges, mais elle admettait être assez chanceuse. La pièce était donc une adaptation de l’œuvre de Shakespeare, Roméo et Juliette où elle jouait le rôle éponyme féminin. La brune n’en était pas peu fière et elle se prêtait à la tâche avec encore plus d’ardeur. Mais voilà, la fatigue s’immisçait à mesure que la date de la représentation approchait. Les autres acteurs étaient les victimes de ce même épuisement. Ce fut donc avec un grand soupir de soulagement qu’Elinor accueillit les paroles du metteur en scène. Ce dernier mettait un terme aux répétitions pour ce soir.
Les acteurs se dispersèrent un à un, se dirigeant vers les loges. Désormais, les entraînements se faisaient avec les costumes de scène. L’actrice prit donc le temps de se changer, troquant son habit de Juliette pour la robe qu’elle avait enfilé le matin. Elle rassembla ensuite toutes ses affaires, saluant au passage ses collègues qui partaient du théâtre. Elle s’attarda encore un peu, consultant son téléphone pour constater qu’elle avait plusieurs messages de Daniel. Depuis plusieurs jours maintenant, il se trouvait en voyage à l’autre bout du globe pour des affaires diplomatiques et politiques importantes. La profession de Daniel échappait quelque peu à Elinor et elle ne savait même pas de quoi il était question. De toute manière, cela ne l’intéressait pas vraiment. Pour être plongée dans l’univers de la politique par sa faute, elle avait eu le loisir de constater que ce n’était qu’un monde d’hypocrites et d’opportunistes. Il était hors de question qu’elle s’en mêle. De plus, ses passions étaient exclusivement réservées à l’art sous ses diverses formes.
Le décalage horaire était trop important pour qu’elle puisse le contacter. Elle se contenta de lui envoyer un message rapidement. Un message tendre mais formel. Rien de bien grandiloquent. Comme d’ordinaire. Elle lâcha un soupir désabusé avant d’embarquer ses affaires et de quitter le théâtre. Sur le parking, elle embarqua dans sa voiture, prenant le chemin du retour vers chez elle. La nuit était tombée sur la ville depuis bien longtemps. Elle n’était pas bien rassurée, mais elle se consolait à l’idée qu’elle n’avait pas grand-chose à craindre. De plus, avec l’apparence de sa voiture, elle ne risquait pas d’attirer une quelconque convoitise. Daniel avait bataillé très longtemps pour qu’Elinor change de moyen de transports, mais il avait dû rendre les armes. Cette voiture était le premier gros cadeau de ses parents quand elle avait eu son permis. Bien qu’elle ait déjà plusieurs kilomètres au compteur, Elinor y tenait énormément. C’était le signe de son indépendance. Certes, ce n’était plus le véhicule le plus performant du monde, mais tant qu’il ne rendrait pas l’âme, elle ne voudrait pas s’en séparer. A ses yeux, ce n’était pas parce que quelque chose était défectueux qu’il fallait s’en séparer et le jeter aux oubliettes. C’était sûrement un peu idiot. Elle-même reconnaissait que c’était une attitude absurde, mais les choses étaient ainsi.

Sur la route, elle fredonnait l’air qui passait à la radio, perdue dans ses pensées. Elle songeait à son frère et sa sœur qu’elle n’avait pas vu depuis un petit moment. Ils lui manquaient terriblement, ainsi que sa petite nièce, et Delilah pour qui elle nourrissait énormément d’affection. Néanmoins, elle comptait bien profiter de l’absence de Daniel et de son weekend pour leur rendre une petite visite.
Elle se plaisait à cette douce pensée, quand tout à coup, sa voiture se mit à faire des siennes. Elle vérifia son carburant au compteur, mais elle se souvenait avoir fait le plein récemment. « Bon sang, qu’est-ce qu’il t’arrive encore ? » ronchonna-t-elle, pressée de retrouver le confort de sa maison. Ce n’était pas la première fois que son véhicule faisait des siennes. Elle passait d’ailleurs le plus clair de son temps chez le mécanicien pour réparer sa voiture. Plusieurs fois, elle s’était entendue dire qu’il vaudrait mieux qu’elle tire un trait sur les réparations et de passer directement à la casse, mais Elinor s’était montrée têtue. Ce soir, elle en payait malheureusement le prix. Elle aurait bien tenté de forcer un peu sur le moteur, mais ce dernier faisait un bruit bien trop inquiétant pour qu’elle soit inconsciente. Elle eut le temps de se garer sur le bas-côté avant qu’elle ne la lâche carrément. Un nouveau soupir, exprimant sa fatigue et son désespoir avant qu’elle ne sorte de sa voiture. Elle se trouvait au niveau de Venice Beach. Soit bien trop loin de chez elle. Elle garda malgré tout courage, soulevant le capot de sa voiture pour observer le ventre de la bête. Mais voilà, Elinor n’y connaissait absolument rien. Elle ne s’y était jamais vraiment intéressée véritablement. Elle aurait dû…

Une voiture passa juste à côté d’elle. Pas très rassurée, elle fut malgré tout assez soulagée de constater qu’elle traçait sa route. Mais ce ne fut que de courte durée. Elle entendit la voiture s’arrêter, avant qu’un homme ne sorte du véhicule pour venir vers elle. Un homme d’une haute stature, et dans le noir de la nuit, elle s’avoua inquiète. Elle s’éloigna du capot, prenant ses distances avec l’étranger qui s’approchait. Ce dernier leva les bras en l’air, affirmant ne lui vouloir aucun mal. Qui était-il pour qu’elle le croie ? Elle se montra prudente, avant qu’il n’ajoute qu’elle était chanceuse de tomber sur lui. Elle fronça les sourcils. Néanmoins, savoir qu’il était mécanicien était effectivement une chance inespérée et acheva de la rassurer. « Vous avez une bien singulière manière de rassurer les gens. » Elle ne put s’empêcher de sourire très légèrement en disant cela. Il fallait admettre que cet homme était quelque peu particulier, mais pas antipathique. Du moins, elle ne le ressentait pas comme cela. C’était peut-être idiot à dire, mais depuis quelques années, Elinor cernait mieux l’âme des gens. Cet homme ne lui voulait aucun mal.
Il se pencha sur le moteur pour analyser la source du mal. Quant à elle, elle l’étudia plus attentivement. Dans l’obscurité, elle ne parvenait à discerner qu’un front volontaire, une mâchoire carrée bordée d’une barbe qui le rendait charmant. Elle se surprit légèrement à avoir cette pensée avant de sursauter quand il prit la parole, d’une voix rauque. «Vous ne devriez pas rouler seule le soir dans ce tas de ferraille. » Elle réprima un soupir, bien qu’elle ne savait pas véritablement que répondre à cela. Elle avait conscience qu’elle était en tort. Trop de gens lui avaient dit qu’elle s’entêtait pour rien. « Jusqu’ici, elle fonctionnait encore… Ce n’est pas parce qu’elle a quelques problèmes que je dois m’en séparer. » Là encore, elle savait que c’était idiot. Mais c’était ainsi. Elle s’éloigna un instant pour ouvrir la portière passager et récupérer des lingettes dans sa boîte à gants. Elle s’était mise du cambouis de partout, et l’homme voudrait très certainement se laver les mains par la suite. Du moins, elle l’imaginait. « Vous savez d’où ça vient alors ? » demanda-t-elle en revenant vers lui. Elle voulut se pencher pour observer à son tour, mais vue l’attitude de l’inconnu, elle se ravisa. Il était un peu trop intimidant. Elle se recula, gênée en ne sachant que dire ou que faire. Elle faisait preuve d’une aisance folle sur scène, mais c’était une toute autre affaire une fois qu’elle quittait les planches. « Je… merci de vous être arrêté malgré tout. Et de ne pas être un tueur… ou un violeur. » Décidément, elle ne passerait pas pour une femme brillante ce soir. Elle tentait bêtement d'ajouter une petite touche de légèreté. Elle ne savait pas si elle s'adressait au bon homme. Elle se racla la gorge. « Hmm… enfin, je m’appelle Elinor Goldstein. » Elle tendit sa main vers l’homme. Elle avisa ses doigts devenus noirs, mais bon… tant pis, elle s’en moquait. En tout cas, il paraissait évident qu’elle ne pourrait pas faire redémarrer sa voiture ce soir. « Je… je devrais sûrement appeler un taxi pour rentrer. Et peut-être une dépanneuse… je ne voudrais pas vous embêter plus longtemps. » Il était déjà bien gentil de s’être arrêté pour elle à une heure si tardive. Sûrement devait-il rêver de son propre lit.

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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Sam 8 Avr - 16:02


Il ne prétendait pas avoir tout vu, tout vécu - il n'était pas si vieux, comme on le lui répétait souvent - et il était suffisamment intelligent pour ne pas les contredire. Pourtant, il estimait avoir vécu déjà bien trop de choses en trop peu de temps. Il estimait avoir vu beaucoup de choses en trop peu de temps. Il estimait avoir fait bien trop de mauvais choix, en bien trop peu de temps. Il estimait avoir subi bien trop de choses, en bien trop peu de temps. Il connaissait la violence, verbale et physique. Il en connaissait chaque recoin, chaque parcelle, chaque complexité. Il connaissait la peur. Celle que l’on inflige autant que celle que l’on ressent. Il en avait goûté pendant si longtemps qu’il ne pensait pas pouvoir oublier un jour. Il connaissait la douleur, morale et physique, pour en avoir profité également durant des années. Pouvait-on s’étonner qu’il soit si sombre ? Pouvait-on s’étonner qu’il soit si taciturne ? Pouvait-on s’étonner qu’il soit si imposant et impressionnant ? Pouvait-on s’étonner qu’il soit craint ? Absolument pas. Par contre, l’on pouvait s’étonner de sa loyauté. Par contre, l’on pouvait s’étonner de sa droiture. Par contre, l’on pouvait s’étonner de son sens de la justice, de ses principes moraux. Par contre, l’on pouvait s’étonner de sa générosité. Par contre, l’on pouvait s’étonner de sa sensibilité. Très peu de gens le connaissaient réellement au final. A vrai dire, il pouvait les compter sur les doigts d’une seule main – et pas la main entière. S’il ne se livrait pas facilement, lorsqu’il le faisait il le faisait entièrement, sans retenue. Il ne faisait pas aisément confiance aux gens qu’il rencontrait. Mais quand il le faisait, il le faisait sans crainte, sans retenue. Il ne l’avait jamais vue avant. Il ne l’avait jamais croisée. Il n’y avait là rien d’anormal, ils vivaient dans une ville bien trop peuplée pour connaitre et croiser tout le monde. Il ne l’avait jamais rencontrée. Il n’avait jamais entendu parler d’elle. Il n’y avait là rien d’anormal, il était plutôt solitaire et plutôt casanier – se limitant à son garage, son appartement et les circuits où Otto exerçait son art. Pourtant, il avait cette drôle de sensation. Ce drôle de picotement. Ce drôle de pressentiment. « Je suis plutôt singulier, » lui confirme-t-il, bien conscient de ne pas agir comme le commun des mortels en règle générale. Quand certains exprimaient haut et fort ce qu’ils pensaient, lui visait grandement à tout garder pour lui. Quand certains préféraient garder des secrets pour eux-mêmes, lui était bien trop direct pour y parvenir. Quand certains pensaient tout bas, il disait tout haut. Quand certains craignaient de se faire mal, lui fonçait. Quand certains fonçaient, lui se montrait prudent. Il n’était pas prétentieux. Il n’était pas arrogant. Il accordait juste bien trop d’importance au fait d’être différent des autres. « Cela dit, vous avez ce regard. Ce regard qui dit clairement que si je vous approchais d’un peu trop près, je finirais par le regretter, » et il n’avait absolument aucune idée à quel point il était dans le vrai. Quand il fut certain qu’elle ne l’assommerait pas avec un quelconque objet à sa proximité, il détourna son regard d’elle et se concentra sur ce qu’il connaissait de mieux. Les voitures n’avaient que trop peu de secrets pour lui. Et ce moteur lui criait clairement qu’il était en fin de vie et qu’il désirait plus que tout qu’on lui foute la paix. Mais ça, d’expérience, il savait qu’il fallait parfois éviter de le dire. « Quand ces problèmes vous forcent à vous arrêter sur le bas-côté d’une route déserte en plein de milieu de la nuit, il faut peut-être y songer, » rétorque-t-il non sans un regard en sa direction. Il s’amuse à la taquiner, sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce qu’elle réagit au quart de tour, pas verbalement – elle semble trop bien élevée pour cela – mais ses expressions sont fascinantes et font d’elle un livre ouvert. S’en rend-elle compte ? Il en doute. « Je ne sais pas où vous avez eu cette voiture, ni si vous l’avez depuis longtemps, mais y a pas mal de choses à revoir dessus… où est-ce que vous allez d’habitude ? » demande-t-il en fronçant les sourcils de nouveau. Il n’était pas pour la concurrence et il n’était pas le genre de mécanicien qui se battait bec et ongles pour récupérer des clients. Mais il savait que si elle était passée à SON garage, elle n’en serait pas là. « Votre principal problème, » dit-il alors, en s’essuyant vaguement les mains à l’aide de ce qu’elle lui avait donné – quoique ce soit, « ce sont les bougies. Il faut les changer. Pas d’autre choix, » ajoute-t-il. « Là encore, vous avez de la chance qu’elle ait juste cessé de rouler, » la moralise-t-il encore une fois, les sourcils froncés. Sans prendre en compte sa moue renfrognée, frustrée ou agacée qu’elle peut lui réserver – il n’en doute pas un instant, mais il s’en moque – il se re-penche sous le capot pour déterminer quels autres problèmes il peut trouver. Il ne peut s’en empêcher quand il se trouve en présence d’une bagnole, il faut qu’il l’analyse, il faut qu’il la connaisse, il faut qu’il la répare. Le nez dans le moteur, il ne peut qu’esquisser un sourire invisible à la jeune femme lorsqu’elle le remercie de ne pas être un tueur ou un violeur. Il ne lui rappelle pas que, même s’il en était un, il ne le lui dirait certainement pas. Il attendit plusieurs secondes avant de se relever une fois qu’elle se présenta officiellement – après tout, il touchait sa voiture et lui proposerait bien de s’occuper d’elle plus tard. De la voiture. Bien entendu. Il planta son regard dans le sien et, essuyant sa main pleine de cambouis sur son jean délavé – déjà pas mal sali – il serrai celle qu’elle lui tendit. « Alaric Winchester, à votre service, Mademoiselle Goldstein, » dit-il simplement et sarcastiquement. Il s’amusait du contraste qu’ils représentaient l’un et l’autre – lui à l’allure décontractée et légèrement bouseux, fallait le reconnaitre, et elle à l’allure parfaite de bonne famille. « Goldstein, comme Goldstein ? » demande-t-il soudainement. « Comme le musicien ? » demande-t-il de nouveau. Il ne connait pas le musicien en personne. Mais il connait l’artiste. Parce qu’Alaric apprécie les belles choses contrairement à ce que l’on pourrait croire. Parce qu’Alaric est sensible à l’art, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Il ne cesse de la regarder tandis qu’elle semble mal à l’aise de le retenir, mal à l’aise de son regard, mal à l’aise de leur proximité, mal à l’aise de toute cette situation. Lui, ça l’amuse. Lui, ça lui plait. Lui, ça l’intrigue. « Si vous m’embêtiez, croyez-moi, je serais parti depuis bien longtemps, » lui dit-il. « Je ne suis pas le genre à me forcer à faire quoi que ce soit, Elinor », lui confie-t-il. « Et je ne suis pas non plus le genre à laisser une jeune femme seule, perdue au milieu de nulle part – dans un quartier chaud – sans un regard en arrière. Je ne suis pas taxi, mais je peux vous déposer où vous voulez. Gratuitement, » ajoute-t-il. Un long regard échangé. Un sourire. « Je ne vous demanderai rien pour vous raccompagner où vous voulez, en revanche vous me devrez quelque chose pour la voiture une fois que je m’en serais occupé. Deal ? » lui propose-t-il alors. Car il lui parait évident qu’il s’occupera de sa voiture. Évident. Il lui tend ses lingettes – qui le font sourire – et place celle qu’il a utilisé dans la poche arrière de son jean, comme il le fait habituellement avec le chiffon qui ne le quitte jamais. Quasiment jamais. Il referme le capot, car il n’est pas question qu’il bosse à cette heure-ci non plus. « On va la garer mieux que ça, histoire qu’elle ne gêne personne sur la route, et je reviendrai la récupérer demain matin, » propose-t-il de nouveau tout en allant du côté du volant, ouvrant la portière, plaçant une main sur le volant, et l’autre sur la portière ouverte. Il lui lance un regard, attendant qu’elle prenne une décision. Enfin, elle fait de même du côté passager et à deux, ils dévient la voiture sur l’emplacement adapté quelques mètres plus loin. Une fois fait, il met tout au point mort et la laisse se charger du reste pendant qu’il rejoint son propre véhicule. Il s’écoule plusieurs secondes de silence, tandis qu’il ne démarre pas. Leurs regards se croisent de nouveau. Il sourit de nouveau. « Dois-je vous ramener chez moi ? » la provoque-t-il avec plaisir.




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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Lun 10 Avr - 2:12

Ce soir, Elinor jugea qu’elle n’était pas vraiment en veine. La journée, bien qu’épuisante, s’était merveilleusement bien déroulée jusqu’à ce moment où sa voiture venait de la lâcher au beau milieu de Venice Beach. A noter que l’actrice vivait depuis quelques mois à Hollywood, ayant déménagé pour habiter avec Daniel. Tout à coup, elle se mit à regretter son appartement qui se trouvait en centre-ville. Elle n’aurait pas forcément pu y accéder plus facilement, mais psychologiquement, cela aurait été une certaine consolation. Mais pour l’heure, elle s’était garée sur le bord de la route, le nez plongé dans son capot. Dans le fond, elle savait qu’elle ne devait cette situation qu’à elle-même. Cela faisait un bon moment que sa voiture lui hurlait qu’elle allait bientôt rendre l’âme et qu’il ne servait à rien de s’échiner ainsi à vouloir la rafistoler coûte que coûte. Son entêtement était un peu idiot, mais elle l’assumait totalement. Daniel avait longtemps insisté pour venir à bout des envies de la brunette, mais il avait fini par comprendre ce qui motivait son obstination et il avait lâché l’affaire. De toute manière, son véhicule ne serait pas éternel. Ce soir venait de lui prouver.
Elle n’en était pas moins extrêmement ennuyée. D’autant plus qu’elle venait de passer une journée épuisante et qu’elle aurait bien aimé se retrouver rapidement chez elle pour prendre une douche bien chaude et s’enfouir sous les draps. Mais ses fantasmes s’envolaient en même temps que sa voiture rendait l’âme. Rester au milieu de ce quartier mal famé n’était pas pour la ravir. Elle se trouvait même plutôt inquiète, et elle ne sut pas si elle était soulagée de voir débarquer un homme tout près d’elle. Toutefois, il vint la soulager de la manière la plus étrange qui soit. Décontenancée, elle ne sut pas trop si elle devait le croire, s’en effrayer ou non, mais elle n’avait pas vraiment le choix. Le voir se pencher sur son capot en décrétant qu’il était mécanicien acheva de la rassurer. Elle n’aurait pas bien su ce qu’elle aurait fait le cas inverse, mais à attendre les propos de l’inconnu, elle lui en aurait fait voir de toutes les couleurs. Elle n’était pas bien convaincue par son idée, surtout qu’elle n’était pas d’un naturel violent, mais elle appréciait que son regard laisse sous-entendre qu’elle n’était pas uniquement une pauvre petite brebis égarée. Elle ne chercha donc pas à le contredire.
Toutefois, elle jugea bon de modérer les propos du mécanicien concernant sa voiture. Certes, elle n’inspirait pas la convoitise, mais Elinor resservit le même discours qu’elle tenait pour défendre son fameux tas de ferraille. Elle aurait bien aimé prendre un peu mieux le parti de sa possession, mais les arguments de l’homme étaient assez pertinents. Il est vrai que les problèmes étaient suffisamment importants pour les prendre en considération. Néanmoins, elle retint mal une expression irritée. « Un garage près de chez moi. » Elle lui donna le nom. Elle n’avait absolument aucune idée des compétences de ce garage. Elle savait juste que sa voiture pourrait rouler à nouveau quand elle faisait un tour là-bas. Visiblement, l’inconnu dédaignait ce choix. Il précisa ensuite quel était le problème du véhicule. Elinor fit un effort manifeste pour ne pas donner l’impression qu’elle ne pigeait pas un broc de ce qu’il racontait. Elle hocha néanmoins la tête, ayant cerné l’état critique de sa voiture. Elle n’était pas ravie de s’entendre dire que ça risquait de plutôt mal finir. En tout cas, si l’homme disait vrai, elle lui en devait une. Elle crut bon de se présenter. Sa main serra la sienne, chaude et vigoureuse. Alaric Winchester. Cela sonnait bien. Elle esquissa un léger sourire au léger sarcasme qu’elle décelait dans ses paroles. Peut-être aurait-elle dû s’en insurger, mais quand on manque de temps, on s’attache moins aux choses futiles. Il parut intrigué par son nom de famille. Forcément, la notoriété de son frère le précédait. Elle en fut malgré tout charmée, souriant un peu plus. « Oui, vous aimez sa musique ? Gabriel est mon frère aîné. » Un frère au talent inégalé. Le frère et la sœur auraient pu se disputer leur célébrité, mais il n’avait jamais été question de cela entre eux. Elinor respectait trop son génie pour la musique et la mise en scène, quand Gabriel la complimentait toujours sur son jeu de scène et sa grâce en danse. Elle n’était nullement jalouse qu’il l’ait reconnu lui plutôt qu’elle. D’autant plus qu’elle ne connaissait pas la même notoriété. Le monde du théâtre peut être si petit parfois. En tout cas, un homme qui appréciait la bonne musique ne pouvait pas être complètement mauvais ? Puis elle se mit à penser à tous les films qu’elle avait pu voir où les plus gros psychopathes étaient des mélomanes invétérés. Elle éloigna bien vite ces pensées pour ne pas se ficher plus la trouille.

Son problème de voiture trouvé, elle se vit mal le retenir plus longtemps. Il s’était montré déjà suffisamment attentionné pour s’arrêter, elle n’allait pas abuser. Du moins, cela la gênait fortement. Elle comptait donc appeler peut-être une dépanneuse… bien qu’à cette heure-ci et dans ce quartier-là, elle doutait que quiconque puisse faire le déplacement. Que cela ne tienne, elle trouverait bien un taxi, ou elle appellerait son frère à la rescousse. Il ne serait pas ravi d’être réveillé à une heure aussi tardive, mais il n’hésiterait pas une seule seconde à venir la chercher, même s’il devait râler tout le trajet. La réponse du fameux Winchester fut pourtant tout autre. Non seulement, elle ne l’embêtait pas, mais il s’était arrêté par une belle bonté humaine. Ses arguments n’eurent aucun mal à la convaincre. Elle préférait que l’homme reste avec elle, plutôt que de se retrouver toute seule et démunie. Il proposa de la déposer où elle le souhaitait et il prévoyait même de s’occuper de sa voiture. « Oh… je vous remercie. Je crois qu’à cette heure de la nuit se serait un peu bête de dire non… » Surtout à l’endroit où ils se trouvaient. Elle esquissa un sourire. « Deal. » trancha-t-elle en récupérant les lingettes qu’il lui rendait. Elle le fourra dans la boîte à gants avant de l’aider à déplacer la voiture un peu plus en retrait pour ne gêner personne. Avec sa force de mouche, ce fut un peu plus dur pour elle, mais elle se montra vaillante. Elle fut sans doute un peu trop essoufflée après avoir fini. Cette constatation ne lui plut pas. Elle n’aimait pas quand son corps lui faisait violence. Cela ne présageait jamais rien de bon. Tandis qu’il regagnait sa propre voiture, elle se laissa quelques secondes pour reprendre ses esprits avant de récupérer toutes les affaires essentielles dans sa voiture. Elle attrapa son sac, les babioles importantes qui traînaient là et surtout, son manuscrit sur lequel elle était en train de bûcher depuis des semaines. Hors de questions qu’elle l’oublie. C’est donc les bras chargés de son sac et de ses textes qu’elle s’approcha de la voiture où Alaric l’attendait déjà, prêt à partir. Leurs regards se croisèrent et il se mit à sourire. « Dois-je vous ramener chez moi ? » Sur le moment, elle ne fut pas sûre d’avoir bien compris avant de s’insurger. Pas avec éclat, mais ses expressions parlaient pour elle. « Quoi ? Non, bien sûr que non ! Si vous avez cru que… je ne suis pas comme ça ! Et je… bonne soirée, Monsieur Winchester ! » Choquée sans savoir si elle devait le prendre au sérieux ou non, elle sortit de la voiture, bien décidée à se débrouiller par elle-même. Mais elle n’eut pas fait deux pas dehors qu’elle avisa un groupe d’hommes de l’autre côté de la rue. Pas le genre d’hommes qu’on aime croiser à une heure aussi tardive, et seule. La trouille fut plus forte que le reste. Elle rebroussa chemin, retournant à sa place initiale à côté d’Alaric. Elle ne daigna pas tourner la tête vers lui, assurée qu’il devait encore avoir ce sourire moqueur à ses lèvres. « Je me passerai de commentaires… » ronchonna-t-elle. Et après quelques secondes, il alluma le contact et la voiture démarra. Elinor se crut obligée de préciser leur destination. « J’habite à Hollywood, au fait. » Elle analysa un instant la situation. Bon, même si cet homme était étrange, il n’était peut-être pas si effrayant que cela. Il détenait juste son propre humour qui la déstabilisait. Surtout que c’était le soir tard, qu’elle était seule et que personne ne s’inquiéterait pour elle avant un bon moment. Une nuit, c’est long quand on est dans la merde. Malgré tout, elle se résonna en se disant qu’il serait drôlement idiot de lui faire quoi que ce soit alors qu’il comptait s’occuper de sa voiture. A moins qu’il lui ait menti ? Non, il devait juste vouloir la taquiner. La brune resserra son texte tout contre elle, comme un bouclier. « Vous… vous rentriez du boulot alors ? Vous finissez tard… » Une discussion un peu tarte. Elle s’en voulut légèrement, conservant un silence qui lui permit de l’étudier encore un peu. Avec cette nouvelle proximité, elle voyait les quelques stigmates qu’il portait sur le visage, ou encore les jointures de ses mains si malmenées. « Je ne pensais pas qu’être mécanicien était un métier si dangereux. » A moins que ce ne soit pas cela du tout. Elle ne savait pas trop si elle avait envie d’être au courant d’ailleurs. « Au fait, il faudra que vous me disiez où est votre garage. Je ne voudrais pas vous abandonner ma voiture éternellement ! » Elle tenait trop à son indépendance pour cela. Et à son tas de ferraille.
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Lun 10 Avr - 22:55


Excepté la boxe, on ignorait tout des goûts d'Alaric Winchester. Excepté les voitures et les motos, on ignorait tout des goûts d'Alaric Winchester. Peu de gens savaient qu'il jouait de la guitare. Peu de gens savaient que, pour se détendre ou pour oublier, il plongeait dans un bouquin. Beaucoup ignoraient qu'il pouvait manier le fusain à la perfection. Beaucoup ignoraient qu'il avait une âme derrière cette colère incessante et cette méfiance sans limite. Les choix qu'il avait dû faire dans la vie n'étaient jamais faciles, tout simplement parce que la vie ne lui avait jamais fait de cadeau. Abandonné à la naissance par une mère et un père inconnus - il n'avait jamais cherché à les retrouver, contrairement à d'autres gamins orphelins - il était prédestiné à s'en sortir seul. Emporté de famille en famille, sans qu'aucune ne réussisse à l'apprécier pour ce qu'il était et ne parvienne à lui offrir ce qu'il désirait ardemment - être voulu, être aimé - la confiance en l'être humain fut difficile à trouver. S'il lui est arrivé de tomber sur des familles respectables, il se souvient particulièrement de celles qui n'ont pas hésité à l'utiliser pour obtenir leur chèque en fin de mois. Il se souvient de celles qui le traitaient comme un bon à rien et le laissaient dormir à la cave. Il se souvient de celles qui ne lui réservaient que quelques restes dans l'assiette, une fois qu'il avait fini de faire les cendrillons. Il se souvient de celles qui osaient lever la main sur lui. Pouvait-on être surpris alors, du chemin qu'il avait parcouru et des terribles décisions qu'il avait dû prendre ? Pouvait-on être surpris de le savoir si en colère, si déçu et si méfiant ? Pouvait-on être surpris de son casier judiciaire ? Pouvait-on être surpris de cette violence qui l'habitait malgré cette bonté dont il pouvait faire preuve ? Dan avait vite cerné le jeune homme, et l'homme qu'il deviendrait. Il avait vite compris que son âme avait été meurtrie, mais n'était pas totalement perdue. Il en avait rencontré des âmes déchues et dont on ne pouvait plus grand chose pour les aider - mais Alaric, Alaric était différent. Il se servait des coups qu'il avait reçus dans la vie - aussi bien physiquement que psychologiquement - comme d'une force. Il se servait de ses expériences difficiles et compliquées comme d'une leçon de vie. Il avait conscience de ses mauvais choix passés, et aux yeux de Dan cela valait toute sa détermination à le sauver. Alors il n'avait jamais abandonné. Il n'avait jamais tourné le dos au jeune homme. Il n'avait jamais considéré comme sa confiance et son affection comme acquise. Il lui avait tout appris, de la mécanique à la boxe. Il lui avait tout donné, de son garage à son héritage en devenir. Il lui avait tout donné - et si cela avait pris du temps, Alaric en avait fait de même. Dan était le seul être au monde pour qui Alaric mentirait, trahirait, mourrait et tuerait. Le seul être au monde qui lui avait permis de faire la paix avec l'humanité. Le seul être au monde à l'avoir compris, à l'avoir soutenu et à lui avoir appris à apprécier la vie malgré les échecs, les coups et les aléas qu'elle pouvait vous exploser à la figure. Que deviendrait-il lorsque Dan disparaitrait ? Que deviendrait-il lorsque ce dernier l'abandonnerait, comme tant d'autres ? Que deviendrait-il lorsqu'il se retrouverait seul, entièrement seul ? Car c'était ce sentiment, très puissant, qui ne le quittait pas depuis des semaines.

Habituellement grincheux et grognon, il n'aimait pas trop le sarcasme dans la voix des autres. Il n'aimait pas trop que son prochain soit grincheux et grognon avec lui - oui il n'y avait que lui qui avait le droit d'agir de la sorte. Pourtant, la contrariété de la jeune femme l'amusait. Son agacement et sa frustration l'amusait. " Ce n'est clairement pas le mien, sans quoi vous ne seriez pas ici. Seule. En pleine nuit. Et clairement pas à l'abri de mauvaises rencontres, " lui dit-il pour enfoncer le clou, pour l'agacer davantage car il n'y a rien qu'il adore plus à cet instant que de voir son regard s'ombrager et ses traits s'enflammer - cela la rendait encore plus belle et plus amusante à ses yeux. Drôle de contraste. Cela dit, il connaissait le quartier par coeur depuis des années et il était parfaitement conscient du danger qu'elle aurait pu encourir s'il ne s'était pas arrêté. Venice Beach venait du rêve la journée - surtout pour les touristes ! - permettant de profiter de la plage, de faire du vélo ou du roller sur des kilomètres et profiter de divers attrapes-touristes tout du long. Mais la nuit, la nuit il valait mieux éviter de sortir et de se promener dans les parages, surtout quand on était sans défense. " Désolé, " dit-il le nez dans le moteur, clairement pas désolé, " promis j'arrête de radoter. J'ai tendance à m'emporter facilement quand je rencontre des personnes qui se montrent légèrement inconscientes, " dit-il naturellement, non sarcastique. Elle avait eu beaucoup de chance de tomber sur lui, et rien que lui. Son visage angélique, son semblant de fragilité, son innocence, sa solitude, sa fatigue évidente - tout en elle aurait attiré le premier prédateur du coin. Et il connaissait suffisamment les prédateurs du coin pour imaginer le pire qui aurait pu arriver - ce qui le rendait encore plus irritable et plus furieux. Mais il pinça les lèvres, bien décidé à ne pas insister sur le sujet. Après tout, elle ne pouvait pas prévoir que sa voiture la lâcherait ici et pas ailleurs. Il se détendit quand elle enchaîna sur Gabriel Goldstein. " J'aime beaucoup en effet, " lui avoue-t-il, presque gêné d'admettre être sensible à la musique quelle qu'elle soit. Il n'était pas un enfant de coeur, tout le monde le savait, et le fait d'aimer la musique le rendait tout à coup plus humain, plus ordinaire, plus... authentique. " Vous êtes musicienne, aussi ? " lui demande-t-il par courtoisie et politesse, non sans un intérêt certain. Il l'imaginait fort bien jouer du piano, ou du violoncelle - oui il l'imaginait un violon en mains, et l'idée lui plaisait étrangement fortement. Décidé à ne plus l'imaginer en train de jouer de la musique, décidé à ne plus l'imaginer faire quoique ce soit à vrai dire, il se concentra sur le problème qui se posait devant lui et dont il pouvait s'occuper sans avoir à trop réfléchir. La mécanique n'avait aucun secret pour lui - grâce à Dan - et il ne se sentait jamais plus à l'aise que lorsqu'il était capable de gérer et contrôler quelque chose. Or, quelle que soit les émotions qui le traversaient, elles le déstabilisaient à chaque fois car elles étaient souvent incontrôlables. La peur. Le doute. La peine. L'incompréhension. Il avait su très tôt gérer et contrôler sa colère, mais certainement pas le reste. Pourtant, il était toujours le premier à aider le petit vieux à monter ses courses chez lui. Pourtant, il était le premier à réparer le vélo du fils du voisin. Pourtant, il était le premier à aider la petite vieille à traverser la rue. Pourtant, il était le premier à donner des sous ou son sandwich au premier sans abri qu'il croisait. Pourtant, il était le premier à offrir un job à celui qui en avait besoin. Il était tout en paradoxe et complexité - et quelque part, c'était ce qui faisait son charme. " Je le crois aussi, " lui répond-il dans un demi-sourire. Décidément, il ne regrettait absolument pas de s'être arrêté. Ou bien si. Ou bien non. Non. Si. Non.

Une fois la voiture hors d'atteinte et ne représentant plus un danger pour quiconque sur la route, il l'attendit patiemment tandis qu'elle récupérait ce qu'elle avait à récupéré - quoiqu'elle ait à récupérer, se dit-il en l'observant dans le rétroviseur. Tout dans son attitude le faisait sourire depuis le début de leur rencontre. Rien dans son attitude ou ses expressions ne lui échappait. Et quand elle s'offusqua - incroyablement - il ne put que la regarder, fasciné. Il n'avait pas besoin de la rattraper et de la forcer à remonter, il savait par avance qu'elle reviendrait - non seulement parce qu'elle était crevée, de toute évidence, et parce qu'elle n'avait pas d'autres choix, si ce n'est marcher et marcher pendant de longues minutes, voire mêmes des heures - mais également parce qu'il avait aperçu le groupe de "drôles de bonhommes" pour ne pas dire totalement louches, un peu plus loin. Il eut envie d'éclater de rire, mais il se retint quand elle revint aussi vite qu'elle était partie. Il lui adressa un sourire équivoque, qui valait tous les commentaires du monde, avant de démarrer enfin. " Hum. J'ai bien cru que vous ne me le diriez jamais, " la taquine-t-il de nouveau. " Désolé pour tout à l'heure, je n'insinuais pas du tout que vous étiez... ce genre de personne, " lui explique-t-il en la regardant un instant. " Il me fallait juste votre adresse pour que je puisse vous déposer, " conclut-il en l'observant de nouveau. Cela dit, il ne pouvait pas lui en vouloir de ne pas la lui donner ouvertement et directement - il pouvait encore être un serial killer pour autant qu'elle le sache. " Vous préférez que je vous laisse à quelques pâtés de chez vous, histoire que je ne vienne pas vous harceler ? Je suis sérieux, " ajoute-t-il les yeux sur la route. " Vous avez raison de vous montrer méfiante. On ne l'est jamais trop dans la vie, " lui dit-il d'un air plus fataliste et plus sérieux qu'auparavant. Il ne lui jetterait certainement pas la pierre, il était le roi de la méfiance et le conseillait à quiconque s'approchait de lui. Méfiez-vous de ça. Méfiez-vous de ci. Méfiez-vous d'eux. Méfiez-vous d'elles. Ne vivaient-ils pas dans un monde complètement dingue ? Sans doute l'avait-il toujours été, mais de toute évidence rien ne s'améliorait malgré l'évolution de l'humanité - et cela le désolait bien plus qu'il ne le laissait croire. " En effet, je suis mon propre patron - je n'ai pas d'horaires fixes, " explique-t-il simplement. Ce soir, il n'y avait aucune activité illégale dans son garage. Ce soir, il rentrait plutôt tôt contrairement à d'autres soirs. Mais ça, elle n'avait pas besoin de le savoir. " Et vous ? Vous faites quoi pour rentrer si tard ? " demande-t-il simplement, bien qu'il se fouette intérieurement pour ne pas poser de questions personnelles, pour ne pas créer de liens, pour ne pas être curieux, pour ne pas s'intéresser à elle. Et pour ne pas qu'elle s'intéresse à lui. Il serre les points sur le volant, spontanément et dans un réflexe habituel. Ses jointures étaient blessées, légèrement, et sa peau ne laissait aucun doute quant aux coups qu'il avait pu recevoir. Il garda le silence un long moment avant de lui adresser un sourire énigmatique. " J'ai toujours pensé que tous les métiers pouvaient être dangereux, " répond-il, laissant planer le mystère sur ses blessures et d'où elles peuvent provenir. Et il le pensait sincèrement. Tous métiers pouvaient être dangereux jusqu'à un certain point. En médecine, on prétendait bien que le risque 0 n'existait pas - pourquoi pas pour la vie dans son intégralité ? " C'est le garage Everwood, il se situe à quelques mètres du Griffith Park, à Santa Monica, " lui dit-il tout en se penchant vers elle, la faisant sursauter et reculer - et le faisant sourire. Il ouvre la boite à gant pour en sortir une petite carte et la lui tendre. " Tout est là, " lui dit-il simplement, non sans un regard amusé lui disant clairement de se détendre. " Elle sera prête pour le début d'après-midi, " lui assure-t-il sans hésitation. Il était plutôt un lève-tôt et il savait déjà qu'il passerait récupérer la voiture à la première heure le matin. Il savait déjà qu'il s'en occuperait en priorité. Il savait déjà qu'il aurait terminé le travail d'ici le déjeuner. Et il savait déjà qu'il attendrait patiemment qu'elle vienne récupérer "son tas de ferraille".

Il s'arrêta à quelques mètres de chez elle, bien qu'elle lui eut donné son adresse exacte, et se tourna vers elle sans arrêter le contact. " Je ne suis pas un meurtrier, mais ne donnez jamais votre adresse à un inconnu, Elinor. Je vous le répète, on ne se méfie jamais assez des gens qui nous entourent. J'attendrais que vous soyez rentrée, " ajoute-t-il simplement mais sérieusement. Il attendit qu'elle sorte, qu'elle marche, qu'elle entre dans son immeuble et qu'elle disparaisse complètement de sa vue avant de passer la première et de faire demi-tour, de traverser la ville pour enfin rentrer chez lui. Un homme ténébreux, complexe et violent, mais un homme capable de faire des kilomètres après une longue journée de travail juste pour s'assurer qu'une jeune femme, inconnue, rentre saine et sauve. Qu'est-ce que cela disait sur lui ? Il s'en foutait royalement.

***

Bien qu'exténué, il ne bossait jamais à moitié et lorsqu'il commençait quelque chose, il allait jusqu'au bout. Lorsqu'il promettait quelque chose, il allait jusqu'au bout. Lorsqu'il rencontrait des difficultés, il s'acharnait à trouver des solutions. Il avait les mains noires, tout comme son visage et ses vêtements - comme chaque jour ou presque. A proximité, une bouteille d'eau fraiche l'attendait patiemment, qu'il avait à peine touchée depuis le matin car il n'y pensait pas. Et son ventre commençait à crier famine. Mais rien ne pouvait le détourner de son travail et de son objectif - quand il était concentré, il en oubliait souvent l'essentiel et le minimum vital. En règle générale, c'était ses "hommes" qui le rappelaient à l'ordre et lui faisaient la morale. Aujourd'hui, ils n'en eurent pas le temps. " Wow, elle, elle est pas du coin, " entendit-il à sa droite. Il releva la tête vers son apprenti, aperçut son oeil avisé et son regard charmé - et quelque peu provocateur. Quand il tourna la tête pour regarder dans la même direction, il la reconnue immédiatement. Certes, ils s'étaient rencontrés dans la pénombre de la nuit et il n'avait pu cerner tous les traits de son visage, mais il l'aurait reconnue entre mille tout de même. Un seul regard suffit à calmer les ardeurs de l'apprenti. Et le fit déguerpir. " Elinor, " la salua-t-il le sourire aux lèvres. Il aimait son prénom, et il aimait le prononcer entièrement. N'allez pas chercher à comprendre pourquoi, lui-même ne se pose pas la question. " Je dois reconnaitre que je ne vous attendais pas de sitôt, " avoue-t-il en grimaçant légèrement, quelque peu honteux de ne pas avoir fini alors qu'il était à peine... midi. Cela dit, il avait dit début d'après-midi. " Vous avez bien dormi ? " lui demande-t-il tout en s'essuyant les mains et en l'observant d'un oeil aguerri. Elle semblait fatiguée et trop palote à ses yeux. Il fut surpris d'en être agacé et légèrement inquiet.


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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Mer 12 Avr - 23:34

Elinor n’avait pas l’habitude de ce genre de situations. Fort heureusement d’ailleurs. Et elle se trouvait terriblement idiote. Au travers de son métier, elle rencontrait des gens de toute sorte. Elle s’en accommodait, elle s’adaptait à l’humeur de chacun. Le théâtre lui permettait de cerner la complexité de l’âme humaine, d’en dessiner les contours et de la deviner pour mieux l’appréhender. Très souvent, elle était décrite comme étant une jeune femme d’une tolérance folle. Daniel lui reprochait souvent ce trait de caractère. Il réclamait des autres bien plus de fermeté. Mais le fait était qu’Elinor comprenait les gens. Certes, elle ne pourrait jamais prétendre ressentir la même chose qu’eux, ni même se mettre à leur place. Elle n’était pas prétentieuse à ce point. Mais elle pouvait l’imaginer et l’accepter. Elle savait lire la douleur là où elle se cachait, même dans les fissures les mieux dissimulées. Comment ? Elle n’en savait rien. C’était presque comme si elle avait toujours été ainsi, et la comédienne tenait à cette particularité. Elle aimait à se dire que, dans ce monde, elle aurait au moins pu être une oreille attentive pour ceux qui en avaient le plus besoin.
Pourtant, ce soir, elle ne parvenait pas à cerner Alaric Winchester. Elle ne s’était jamais sentie aussi déstabilisée par des mots, des gestes, des expressions, un sourire, un regard. Ses entrailles se nouaient sans même savoir pourquoi, éprise d’une confusion qui laissait son esprit pantois. A moins qu’elle ne soit trop fatiguée pour déterminer la moindre émotion chez lui ? Ou cette désagréable sensation d’être démunie face à un inconnu en pleine nuit l’empêchait d’y voir clair ? Peu importe. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle était totalement perdue face à lui. Ces sermons résonnaient avec provocation, et en même, c’était comme si ça lui importait vraiment. Quelque part, dans le timbre rocailleux de sa voix, il y avait un homme qui se montrait bien plus concerné qu’il n’aurait dû l’être. Son sarcasme déguisait des avertissements qui n’étaient pas là par hasard. C’était en tout cas ce qu’elle croyait comprendre. Elle n’était pourtant plus sûre de rien de tout… Elle préféra mettre tout cela sur le compte de la fatigue. De toute manière, elle n’avait guère d’autres choix que de faire confiance à cet homme si surprenant. Il pouvait très bien être un serial killer très convaincant, mais dans le doute, le laisser lui prêter main forte serait sûrement le comportement le plus avisé. Dans le fond, il était sa petite chance de pouvoir rentrer chez elle saine et sauve. Dans sa famille, la raison avait toujours fait loi. Elinor n’avait pas toujours été très convaincue par cet adage de vie, mais elle s’y était pliée avec diligence. Avec les années, elle s’était éloignée de cet état de raison qui jurait tellement avec sa passion sur le théâtre. Et combien de livres avait-elle lu sur le triomphe de la passion par-delà la raison ? Ou bien de la ruine de l’âme quand la raison l’emportait sur tout le reste. Elinor avait voulu vivre sa vie avec passion. En savourer chaque seconde. Et désormais que la maladie l’avait happée depuis quelques années, elle vivait pour que chaque seconde ne soit pas la dernière. Elle était devenue raisonnable. Paradoxal et idiot… mais c’était sa vie.

Ses élans passionnés parvenaient malgré tout à refaire surface quelquefois. Les remarques du mécanicien la piquaient à vif. Si jusqu’ici, elle s’était insurgée, elle décida de passer outre. Visiblement, son énervement semblait être plus un jeu pour lui qu’une véritable critique. Elle croisa donc les bras sur sa poitrine, une mine évidemment boudeuse plaquée sur le visage. Il ne parvint à la dérider que lorsqu’il évoqua le nom de Goldstein. Bien sûr, il faisait référence à son frère. Savoir qu’il aimait sa musique amena un sourire ravi et fier sur ses lèvres. Elle ne s’étonnait même pas qu’il puisse apprécier ce genre de musiques. Elinor combattait les préjugés, bien à l’inverse de Daniel. En vérité, ils n’avaient pas grand-chose en commun. « Oui, je fais un peu de musique. Du piano. Mais je ne suis pas aussi douée que mon frère. C’est lui le vrai musicien. » Il en avait fait sa passion et son métier. Ce simple cocktail aurait pu suffire à prétendre qu’il était l’homme le plus heureux en ce monde, mais Elinor savait que les choses n’étaient pas si aisées que cela. L’existence était complexe. Parfois un peu cynique. Même trop cynique.
Le problème de la voiture fut trouvé et le deal scellé. Alaric allait raccompagner Elinor chez elle, et au matin, il reviendrait chercher sa voiture pour s’en occuper personnellement. La jeune femme s’avouait franchement reconnaissante de sa bonté. Elle évita de se dire que cela pouvait être intéressé, mais quand elle monta dans sa voiture, il lui dit la phrase de trop. Dans le fond, elle aurait pu en rire, comprendre la blague, mais pas ce soir. Elle prit peur, masquant sa crainte par l’indignation et la colère. Elle aurait pu poursuivre sa sortie théâtrale, mais ce quartier lui donna une preuve suffisante pour rebrousser chemin. L’orgueil dans les chaussettes, elle se retrouva à nouveau dans la voiture d’Alaric. Elle fit un effort manifeste pour ne pas croiser le regard bien trop amusé de son sauveur de ce soir. Elle préféra lui donner l’adresse de son quartier, histoire qu’il comprenne bien qu’elle comptait être ramenée chez elle et rentrer à sa maison. Seule. Il le prit avec humour, et elle eut même droit à un semblant d’excuse. Il ne cherchait qu’à la taquiner. Elle se détendit légèrement, l’observant avec un sourire en coin. Décidément, il était terriblement étrange. Et en même temps, si mystérieux qu’il piquait la curiosité de la comédienne. Elle se l’expliquait mal, mais elle voulait presque tout connaître de lui. Sa vie, son histoire, pourquoi il était ainsi. Qu’est-ce qui l’avait poussé à s’arrêter ce soir pour venir l’aider alors qu’il aurait préféré tracer sa route ? Et ce n’était certainement pas par amour de la mécanique. Elle garda ses questions sous le coude. Inutile de l’effrayer et qu’il la jette sur le bord de la route au bout de deux minutes. « Non, c’est bon. Je vous fais confiance. Et vous aurez du mal à me harceler avec toutes les sécurités que comporte cette maison. » répondit-elle après son appel à la prudence. Elle parlait de la maison de Daniel comme si ce n’était pas la sienne, mais c’était bien le cas. Elle vivait avec depuis plusieurs mois maintenant, mais elle ne parvenait pas à se sentir chez lui. C’était trop impersonnel. Trop à l’image de son petit-ami. Et ce dernier mettait un point d’honneur à vivre dans un lieu sécurisé. La politique n’attirait pas que des sympathisants.
Elinor ne souhaita pas s’étendre sur le sujet. Elle s’interrogea sur les horaires plutôt étranges de son garage. Finissait-il si tard ? Apparemment oui, parce qu’il était son propre boss. Déjà, elle pouvait au moins déduire qu’il n’avait personne qui l’attendait à sa maison pour finir à des heures aussi indues. Puis elle considéra que sa pensée était bête. Elle-même ne comptait pas ses heures de travail. Tout comme Daniel. Ou encore son frère. Et là encore, elle se mit à considérer une chose : aucun d’eux n’avait envie de rentrer chez lui le soir. Gabriel ne voulait pas retrouver la froideur de son épouse. Daniel était perdu dans son travail, ou dans les bras d’une énième conquête. Quant à Elinor, se retrouver seule l’effrayait. Elle n’aimait pas être confrontée à ses propres démons. « Je suis comédienne. Les répétitions se sont terminées très tard ce soir. La représentation est pour bientôt. » Elle l’avait dit, non sans une petite pointe de fierté. Son métier lui tenait à cœur. Il était son merveilleux refuge où elle n’avait plus besoin d’être Elinor Goldstein. L’espace d’un acte, elle oubliait que son existence était triste, que la maladie la rongeait un peu plus chaque jour et qu’elle était désespéramment seule à voguer sur les pentes abruptes de la vie. « Et je suis aussi danseuse. » Sa première vocation avant de se lancer dans le théâtre, même si la comédie avait pris plus de place dans sa vie depuis quelques temps.
Et voilà, désormais, ils connaissaient leurs métiers respectifs. La curiosité de la brune n’était malgré tout toujours pas satisfaite. Ayant à loisir de l’observer à la dérobée durant le trajet, elle pouvait discerner les marques qu’il portait sur lui. Etait-ce dû à son métier ? Sa réponse se fit plutôt évasive et mystérieuse, mais elle contenta étonnement Elinor. Elle appréciait sa manière de voir les choses. « Vous avez raison. Surtout avec des machines aussi dangereuses que les voitures. » Ce fut à son tour de le taquiner. Mais elle lui faisait confiance pour se charger de sa voiture. Elle sursauta soudain quand il s’approcha d’elle. Même pas une seconde après, elle se sentit bête en le voyant fouiller dans sa boîte à gants. Son bras frôla par mégarde son genou et elle ressentit des frissons le parcourir de partout. Son esprit se reconcentra sur la route pour éviter de penser. Elle prit note de l’adresse, sachant où se rendre pour récupérer son véhicule. Demain apparemment. « Dis donc, c’est du rapide. D’habitude, j’attends plusieurs jours. Vous êtes plutôt efficace. » Elle s’avouait assez impressionnée.
Et voilà qu’ils se trouvaient devant chez elle. Au fur et à mesure du trajet, elle n’avait plus eu de crainte à lui donner sa véritable adresse. Une attitude qu’Alaric lui défendit d’avoir à l’avenir. Elle ne broncha pas d’un pouce, son regard braqué dans le sien tandis qu’il la mettait en garde. Elle ne chercha même pas trouver quelque chose à répliquer. Elle se sentit juste frissonner. Il était si particulier. Singulier à vrai dire. « Merci de m’avoir aidée ce soir, Mons… Alaric. » Elle s’était reprise au dernier moment. Après tout, il l’appelait bien Elinor sans lui avoir donné la permission. Prononcer son prénom pour la première fois lui provoqua de légers picotements. Elle esquissa un sourire avant de sortir de la voiture, s’engageant vers la maison de Daniel. Un sentiment idiot la traversa. Un peu de gêne face à cette maison si grande et majestueuse dans laquelle elle s’apprêtait à rentrer. Une maison qui contrastait énormément avec l’état de son tas de ferraille. Cette maison ne lui ressemblait pas vraiment. Ouvrant la porte, elle jeta un dernier regard un arrière. Elle vit toujours la voiture d’Alaric postée devant l’allée. Elle sourit, enclenchant quelques secondes plus tard son départ. Elle regarda sa voiture disparaître dans la nuit avant de s’enfermer chez elle. Seule. Avec ses propres démons.

***

« Elinor ? » Elle se sentit soudainement terriblement idiote et gênée. Tous les regards sur scène étaient tournés vers elle, inquiets. Ces regards-là, elle ne les aimait pas. Elle faisait tout pour les éviter et les fuir. « Tu devrais peut-être rentrer chez toi pour te reposer… on peut trouver un moyen de répéter sans toi. De toute manière, tu connais déjà ton texte. » Elle se pinça les lèvres. Encore étourdie, elle ne savait pas bien ce qu’il s’était passé. Elle s’était levée tôt ce matin, se rendant au théâtre pour répéter. Tout se déroulait parfaitement quand elle s’était mise à oublier son texte. Cela ne lui arrivait jamais. Pas quand elle se trouvait si proche de la représentation. Les mots s’emmêlaient. Ses pensées n’étaient même plus cohérentes. Son souffle n’était plus là. Elle avait fini par perdre pied, ressentant un vertige qui l’avait fait chavirer. Son metteur en scène, la sachant sérieuse, paraissait véritablement inquiet. « On va appeler un taxi. Tu vas rentrer chez toi. » Elle se sentait humiliée. Pas dans ses compétences d’actrice. Mais bien par son propre corps qui bataillait contre elle. La fatigue. Les vertiges. Les douleurs. Elle avait tenté de les occulter. Visiblement en vain. Mais elle ne s’avoua pas encore vaincue. Elle abdiqua malgré tout, montant dans ce taxi qui était censé la conduire chez elle, mais elle préféra dévier la route du chauffeur vers Santa Monica. Il n’était pas encore midi, ce qui était bien avant l’échéance, mais Elinor refusait de rentrer chez elle. Elle ne souhaitait pas être seule. La solitude était bien trop effrayante. Presque plus que la mort.
Elle arriva plus rapidement qu’elle ne le pensait au garage d’Alaric. Elle paya le taxi avant d’en descendre. Elle aurait pu faire fi des regards qui se posèrent sur elle, mais ils étaient bien trop insistants. Fortement mal à l’aise, elle s’avança pour retrouver un visage familier. D’ailleurs, lui aussi l’avait vue et il lui souriait. Tiens… il souriait. « Bonjour Alaric. » Elle lui rendit son même sourire, mais il devait être bien fade. Elle avait recouvert ses esprits durant le trajet, mais elle se sentait terriblement fatiguée. « Oh, je sais, désolée. C’est ma faute. Je suis bien trop en avance, mais euh… mes répétitions se sont révélées plus courtes que prévues et je n’avais pas spécialement envie de rentrer chez moi pour revenir tout de suite après. » Ce qui était défendable en un sens. Cela paraissait malgré tout ennuyer Alaric. A moins que ce ne soit autre chose ? Sa prochaine question la laissa interdite, parce qu’elle n’avait pas été posée sur le ton de la courtoisie. C’était presque avec une inquiétude étrange. Elle n’aimait pas cela. « Oui, mais peu. Ne vous en faites pas, je dois être un peu fatiguée. Les répétitions me prennent une énergie folle. Et vous ? » Elle détourna le sujet avec ses petits tours de théâtre. Elle s’approcha de sa voiture, laissant sa main courir sur la taule. « J’espère que ça ne vous dérange pas si je reste malgré tout le temps que vous finissiez. Je vous regarderai sûrement faire des trucs que je ne comprends absolument pas. Ce sera passionnant.  Comme cela, vous n’aurez plus à me dire que je suis ignorante et inconsciente. Je ne serai qu’inconsciente. » Elle usait de la même ironie que lui, mais son sourire en coin la trahissait bien trop. « Vous l’avez trouvée en un seul morceau alors ? Quoi qu’elle n’a pas dû faire beaucoup d’envieux… » C’était vrai que cette voiture était vraiment minable. Mais elle s’en moquait. C’était la sienne. « J’espère que vous ne vous êtes pas levé trop tôt pour la ramener ici. » Même si elle en doutait. Il paraissait assez pressé d’aller la récupérer dès le matin. Sentant ses jambes encore cotonneuses, elle s’adossa contre sa voiture. Son portable sonna pour lui annoncer un message. Elle s’excusa auprès d’Alaric, vérifia rapidement son téléphone pour constater qu’elle avait un message de Daniel. Son voyage serait plus long que prévu. Il ne savait pas quand il rentrerait. Au départ, Elinor le croyait quand il affirmait que des affaires urgentes le retenaient ailleurs. Désormais, elle savait que ces fameuses affaires prenaient la forme d’une femme. La brune tenta de ne rien laisser paraître, mais un voile d’amertume et de tristesse assombrit momentanément son regard. Elle fourra son portable dans son sac sans répondre, contrariée avant de lever le nez. C’est là qu’elle capta ce qui se passait autour d’elle. « Pourquoi est-ce qu’ils regardent tous vers ici ? J’ai quelque chose sur le visage ? » Elle mimait un nouveau sourire. C’était plus simple de prétendre. Moins douloureux.
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Lun 17 Avr - 12:59

Alaric n'était pas quelqu'un de joyeux. Alaric n'était pas quelqu'un de sérieux. Alaric n'était pas quelqu'un de fiable. Alaric n'était pas quelqu'un de bien. C'était ainsi qu'il se percevait. C'était ainsi qu'il se considérait. Peu importait qu'il était celui qui offrait sa main à un aveugle pour traverser la route. Peu importait qu'il était celui qui aidait une vieille dame à monter ses courses. Peu importait qu'il était celui qui offrait son sandwich du jour au sans abri qui logeait à côté de son garage. Peu importait qu'il était celui qui s'arrêtait en pleine nuit sur le bas-côté de la route pour venir en aide à une jeune femme seule et vulnérable. Il ne se disait pas homme bon, tout simplement parce qu'il n'avait pas été toujours un enfant de coeur - et qu'il ne l'était pas plus aujourd'hui. Il organisait des combats illégaux dans le seul et unique but de gagner de l'argent facile. Il organisait des combats illégaux parce qu'il le pouvait et qu'il aimait cette adrénaline. Il organisait ces combats parce qu'il ne pouvait pas imaginer son monde sans cette violence. Cette violence qui lui rappelait d'où il venait et ce qu'il avait dû traverser pour en arriver là. Cette violence qui faisait partie de lui et qu'il avait appris à exprimer par la boxe. Il lui était interdit de monter sur un ring depuis plus de trois ans maintenant - il avait bien failli tué son adversaire après qu'il ait appris qu'il avait abusé de la fille de l'un de ses amis. Mais sans la boxe, il se sentait quelque peu perdu. Démuni. Vulnérable. Autant que devait l'être Elinor ce soir. Sans la boxe pour extérioriser et évacuer - le stress, la colère ou la frustration - il n'était pas certain de ne pas devenir fou. Aussi avait-il décidé d'ouvrir son propre terrain de jeu - illégalement. Si cette initiative plaisait à beaucoup et que Dan n'avait pas émit d'objection, Alaric avait bien conscience que ses activités étaient dangereuses et malsaines. Il n'était pas un homme bien. Il n'était pas un homme bon. Il en prenait conscience généralement quand on le remerciait - l'aveugle, la vieille dame ou le clochard. Et il en prenait d'autant plus conscience aux côtés de la jeune femme. Elle était son opposé. Elle était son alter-ego. Elle était tout ce qu'il ne saurait être et rêverait d'être. Elle était aussi délicate qu'il était brute de décoffrage. Elle était aussi douce qu'il était violent. Elle était aussi talentueuse qu'il était instable. Elle était aussi belle qu'il était défiguré - autant physiquement que psychologiquement. Il était malsain, alors qu'elle était pure et innocente. Comment pouvait-il le percevoir ? Comment pouvait-il la cerner ? Il lui suffisait de la regarder, de l'observer. Il la trouvait aussi fascinante que dangereuse. Elle réveillait en lui des instincts protecteurs qu'il n'était pas tellement habitué à avoir et cela le perturbait quelque peu - sans l'empêcher de s'amuser de ses réponses, autant verbales que gestuelles. Il ne fut pas étonné d'apprendre qu'elle jouait d'un instrument. Quand on avait un frère tel que Gabriel Goldstein, on ne pouvait que baigner dans la musique et avoir la possibilité de jouer d'un instrument. Il fut plus étonné d'apprendre qu'elle était actrice - comédienne - et danseuse. Bien sûr, elle avait la grâce qu'on pouvait prétendre avoir quand on dansait, mais il n'avait jamais pensé possible qu'on puisse en faire son métier. Quant au monde de la comédie, il avait toujours assimilé cet univers aux paillettes d'Hollywood. A ses yeux, les actrices étaient généralement passées sous le bistouri et comptaient sur leur physique avantageux pour obtenir des rôles. A ses yeux, l'unique objectif de ces femmes étaient la renommée. Il avait du mal à imaginer la jolie brune en recherche de renommée et de succès. Ça ne lui correspondait pas du tout - mais après tout, il ne la connaissait pas. Tout comme il ignorait tout du monde artistique. " Ne le prenez pas mal, mais je vous imaginait plus du genre à bosser dans un hôpital, " lui avoue-t-il après plusieurs secondes de silence. " Vous avez, je ne sais pas, ce petit quelque chose qui fait penser que vous seriez parfaite en blouse blanche, " qu'il continue maladroitement. La taquiner, il adorait, mais pour le coup il de voulait plutôt sérieux et non taquin. " Je veux dire, pas en blouse blanche façon infirmière, " qu'il tente de se rattraper. " Mais en blouse blanche, façon j'aide ceux qui en ont besoin, " qu'il échoue lamentablement. Il était le roi pour les allusions et les taquineries, mais il était plutôt maladroit quand il s'agissait de complimenter. Encore une fois, ça n'était pas son genre. Il n'était pas un homme bien. " Je vous imaginais infirmière, aide soignante ou même médecin, " conclut-il finalement en soupirant. Elle avait cet air délicat et sincère que l'on retrouve généralement chez ce genre de personnes qui dédient leurs vies à aider les autres. Il admirait ce genre de courage et de volonté - il avait été bien trop déçu par l'être humain pour parvenir à comprendre cette détermination, mais cela ne l'empêchait pas d'admirer et de respecter. " Quel genre de pièce c'est ? Je ne suis pas un grand amateur de théâtre, ni même de cinéma, désolé si en temps normal j'aurais dû vous reconnaître, " lui dit-il l'air vraiment désolé et mal à l'aise. Il avait reconnu le prodige de son frère, et avait ignoré son talent à elle. Il en connaissait plus d'une qui l'aurait extrêmement mal pris. Mais pas Elinor. Non, pas Elinor. Il avait perçu la fierté dans son regard à l'égard de Gabriel. Il avait perçu son affection, sincère. Affection qu'il aurait jadis tant désiré connaître de la part des siens. Une famille qu'il aurait tant désiré avoir plus jeune. Une famille qu'il avait accepté ne jamais avoir. " Je joue un peu de guitare de mon côté, " lui avoue-t-il alors. " Pas assez pour oser en jouer devant quiconque, mais assez pour qu'on comprenne que j'aime la musique, " sa façon à lui de lui faire comprendre pour quelles raisons le nom de son frère lui parlait plus que son succès à elle. Il laissa planer un léger silence entre eux, laissant ses pensées vagabonder. Il n'était pas du genre à se poser trop de questions, certainement pas pour des chose aussi futiles que des sentiments dont il ignorait absolument tout. Pourtant, il était là. A se demander pour quelle raisons la jeune femme l'intriguait tant. Pour quelles raisons la jeune femme le fascinait tant. Pour quelles raisons souhaitait-il la connaître ? Pour quelles raisons souhaitait-il qu'elle le connaisse ? Pour quelles raisons se sentait-il aussi protecteur avec elle ? Il ne la connaissait ni d'Eve, ni d'Adam. Il venait tout juste de la rencontrer et de manière peu orthodoxe. Elle n'avait pas à l'atteindre aussi facilement dans son âme. Elle n'avait pas à le mener sur ce terrain cahoteux qu'était le monde des émotions.

" Qu'est-ce qui n'est pas dangereux de nos jours ? " répond-il en souriant à la jeune femme malgré ses pensées tourmentées et chamboulées. " Cela dit, " ajoute-t-il en soulevant ses mains du volant pour mieux regarder ses blessures encore fraîches, " je fais de la boxe. C'est sans doute considéré plus dangereux que la mécanique, " achève-t-il en lui adressant un regard énigmatique. Il ne mentait pas réellement. Il déviait la vérité. Et il n'avait pas à se sentir coupable de le faire. Il ne la connaissait pas. Elle ne le connaissait pas. Peu importait qu'il ait le désir que ce fait change. Peu importait qu'il ait le désir de la revoir et de briser cette carapace qu'elle semblait s'être construite. Peu importait qu'elle lui donne envie de la voir rire, sourire, rougir, se consterner ou même l'envoyer bouler. Il n'était qu'un mécanicien qu'elle avait eu la chance de croiser un soir où sa voiture avait décidé de l'abandonner. Ce qui le ramenait à ses moutons. " Loin de moi l'idée d'avoir la grosse tête ou de dénigrer votre ancien mécano, mais oui. Je suis efficace. Principalement parce que j'aime la mécanique et que je déteste ne pas trouver de solution à un problème, " lui explique-t-il alors qu'ils arrivaient à destination. Il était quelque peu estomaqué par la demeure qu'était la sienne même s'il avait bien compris qu'elle n'avait pas besoin d'aide sur le plan financier. " Wow. Vous ne rigoliez pas avec votre système de sécurité. Vous avez été cambriolée ? Ou vous êtes juste du genre craintive et paranoïaque ? " qu'il lui sourit, de nouveau taquin. " Personnellement, mon unique système de sécurité, ce sont mes poings. Mais ma maison ne ressemble en rien à ça, " admet-il en pointant du doigt l'immense bâtisse qui semblait bien trop grande et trop luxueuse pour la jeune femme. Peut-être n'y vivait-elle pas seule, pensa-t-il soudain. Cette idée le dérangea mais il n'y fit pas cas. " Tout le plaisir était pour moi, Elinor. A demain, " lui lance-t-il tel une promesse. Il avait hâte.

***

Il avait hâte. Mais il ne s'attendait pas à la revoir aussi rapidement. Il ne s'attendait pas à la revoir aussi tôt. Cela ne le dérangeait pas, au contraire, mais il n'était pas à l'aise avec les surprises. Il était un homme de contrôle, un homme organisé. Il n'était pas habitué aux choses non planifiées. Cela rendait ses petites histoires légèrement ennuyeuses comme beaucoup lui avaient reproché. Pourtant, il ne se sentait pas offusqué ni même déçu qu'elle soit arrivée plus tôt que prévu. Surtout quand elle lui proposa de rester, d'observer et d'apprendre quitte à ne plus être qu'inconsciente. Elle taquinait à son tour. Elle plaisantait à son tour. Il aimait bien. Il aimait moins son air fatigué. Il la trouvait bien trop pâle. Bien trop fragile, Plus que la veille tandis qu'elle se tenait à côté de sa voiture inanimée, sans savoir comment la faire redémarrer. Il avait peu dormi de son côté mais ce n'était pas bien grave, il était habitué aux nuits courtes et aux journées longues. Il aurait aimé lui dire qu'il lui fallait dormir et se reposer - il aurait aimé le lui ordonner à vrai dire. Mais il se tait. Il se pince les lèvres. Il se mord la langue. Et il sourit. " Elle n'est pas restée suffisamment longtemps sur place pour laisser le temps à quiconque de la toucher, "lui avoue-t-il. Il était revenu au petit matin pour la remorquer et personne n'avait osé l'approcher tandis qu'il manipulait son gadget. Il n'avait pas besoin de lui dire qu'il était connu comme le loup blanc dans le coin et qu'on savait généralement bien qu'il valait mieux éviter de lui chercher des ennuis. " Ne vous inquiétez pas non plus. Je ne dors pas beaucoup en règle générale. Prenez une chaise, mettez-vous a l'aise. Vous voulez un café ? Ou une boisson fraîche ? Ne le prenez pas mal mais... Vous avez l'air d'avoir besoin d'un petit remontant... ou d'une bonne sieste. J'hésite encore entre vous saouler et vous proposer de dormir dans mon lit, " qu'il lui dit en se dirigeant vers la cafetière qui n'était jamais loin de lui. Il se retourna vivement en réalisant ce qu'il venait de dire. " C'est pas ce que je voulais dire, bien sûr. Je voulais parler de la sieste. Du repos, " qu'il se rattrape autant qu'il le peut. Idiot. " Il y a un petit appartement au-dessus du garage, avec un lit et de quoi vivre... je n'y reste que rarement, mais si vous voulez vous reposez un peu... " continue-t-il néanmoins. Idiot. Pourquoi les regardaient-ils ainsi ? Parce qu'ils n'étaient pas habitués à voir le patron parler à une femme ? Parce qu'ils n'étaient pas habitués à voir le patron se mélanger les pinceaux à cause d'une femme ? Parce qu'ils l'avaient reconnu ? Parce qu'ils la trouvaient tout aussi pâle ? Tellement de raisons pour lesquelles ces idiots regardaient dans leur direction au lieu de bosser comme il l'exigeait. " Ils sont pas bien habitués à voir de jolies femmes débarquer à l'improviste par ici. Et encore moins habitués à me voir proposer quelque chose à boire ou même proposer de monter là-haut. Je suis plutôt grincheux, solitaire et - paraitrait-il - peu fréquentable, " lui avoue-t-il alors, plus pour voir quelle serait sa réaction que pour dire une vérité. Il se retourna vers son équipe, et comme s'ils avaient été brûlés au fer rouge, ils retournèrent à leurs occupations à la vitesse grand V. Il n'était pas un patron strict, mais un patron exigeant. Du boulot, il y en avait - surtout pour ceux qui voulaient bosser dur. Il n'était pas là pour faire du social. " Vous voulez vous salir les mains, alors, Mademoiselle Goldstein ? " qu'il lui lance l'air taquin et le sourire revenu aux lèvres. " Ils ne seront pas habitués non plus à me voir laisser un client, ou une cliente, se mêler de mon travail. Mais je ne sais pas pourquoi, pour vous, je suis prêt à faire une exception. " Parce que ça l'amusait. Parce que ça égayait sa journée. Parce que c'était elle. " J'ai déjà fait le plus dur - enlever les vieilles bougies. Maintenant, va falloir préparer le terrain pour mettre les neuves. Vous avez de la chance, j'en avais qui collent parfaitement à votre tas de... votre merveilleuse voiture, " rectifie-t-il en apercevant son regard. Il se penche sur le capot, et commence à lui expliquer l'importance de chaque pièce. Si elle ne comprend rien, elle n'en dit rien et l'écoute attentivement - et il apprécie, car généralement il déteste voir l'ennui se peindre dans le regard des gens à qui il parle de son métier. Il comprenait qu'on puisse ne pas comprendre cette passion, et il comprenait que l'on puisse ne pas avoir de réel intérêt à l'écouter - mais le respect se perdait un peu de nos jours. Sauf avec Elinor. Elinor respectait son travail, et Elinor l'écoutait attentivement. Et Elinor mettait la main à la pâte. Au sens propre comme au figuré, puisqu'elle se les salit plus rapidement qu'il ne l'aurait cru. " J'espère que vous ne jouez pas le rôle d'une princesse - car ça peut être galère à enlever tout ça, " lui dit-il en désignant ses doigts noirs. " Pas d'inquiétude, j'ai de quoi te nettoyer, " la tutoie-t-il naturellement avant de réaliser qu'il n'aurait peut-être pas dû. " Désolé. J'ai tendance à tutoyer facilement quand je partage mon cambouis, " plaisante-t-il pour alléger sa petite audace. A peine eut-il le temps de lui sourire qu'il la vit vaciller et tanguer. Il la rattrapa de justesse avant qu'elle ne tombe au sol et ne se fasse réellement mal, et à cet instant il ne pensait plus à ses mains sales et au fait qu'il détruisait sans doute ses vêtements. Il la prit naturellement dans ses bras pour l'emmener à l'étage et l'allonger comme il l'avait prédit sur le lit qu'il occupait quelques fois quand il était trop tard et surtout quand il était trop crevé pour prendre la route. Les draps étaient propres, heureusement, et il ne fit pas cas des regards surpris et amusés qui ne les quittaient pas. Il l'installa doucement avant de lui apporter un verre d'eau. Il n'était pas un homme bien. Il n'était pas un homme bon. Il fronçait les sourcils d'ailleurs, ce qui lui donnait un air plus intense et plus ténébreux qu'en temps ordinaire. " Vous devriez vous ménager un peu. Vous reposer. Je n'aurais pas dû vous laisser m'observer et j'aurais dû vous mettre dans ce lit bien plus tôt, " qu'il dit plus pour lui-même que pour la secouer. " Vous avez mangé ? " lui demande-t-il alors spontanément, comme s'il venait d'avoir la solution miracle. Peut-être était-ce qu'une petite crise d'hypoglycémie. " Je déjeune toujours kebab du coin. Il est clean, il est cool et il est pas cher, " le vend-il comme il sait si bien le faire. " Venez, ça va vous faire du bien de manger un morceau et de reprendre des forces. Et surtout des couleurs, " ajoute-t-il tandis qu'il se penche en même temps qu'elle pour l'aider à se relever, et qu'ils entrent en collision. Il ferme les yeux un instant, tandis qu'elle se recule légèrement, sonnée. " Je vous l'avais dit... peu fréquentable, " dit-il simplement en lui prenant les mains et l'aidant à se tenir debout.

Elle semblait légèrement reprendre forme quand ils s'installèrent à une table, loin des regards de ses employés. Il avait commandé le double de son menu, histoire de partager un peu avec elle - ce qu'elle avait commandé ne lui semblait pas suffisant. " Ça vous arrive souvent de tomber dans les pommes, ou c'est moi qui vous ai fait de l'effet ? " plaisante-t-il alors, histoire de la faire sourire. Il préférait largement la voir sourire que la voir défaillir. Pour lui ou pour une toute autre raison.



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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Ven 28 Avr - 22:54

En y réfléchissant bien, la soirée aurait pu très mal tourner si Alaric ne s’était pas trouvé sur son chemin quand la voiture d’Elinor avait décidé de rendre l’âme. Désormais qu’elle se trouvait en sécurité dans sa voiture, sachant que son véhicule serait pris en charge dès demain, elle le réalisait et se sentait plus sereine. Certes, il était encore temps que son mystérieux sauveur montre qu’il n’était pas doté de si bonnes intentions que cela, mais à ce stade de la soirée, la comédienne en doutait fortement. Elle ne s’imposait pas comme étant pourvu d’une sagesse infinie, mais elle savait lire l’âme des gens. Celle de ce Monsieur Winchester était bien plus belle qu’il ne voulait le laisser paraître. A vrai dire, plus elle l’écoutait parler, plus elle lisait en lui une sensibilité cachée, une volonté de faire le bien qu’il assumait à moitié. En vérité, il apparaissait comme étant un être plein de contradiction. Cet aspect l’intriguait bien plus qu’elle ne l’aurait souhaité. Toutefois, son amour pour la littérature et pour les grands héros romanesques nourrissait chez elle une certaine empathie pour le mécanicien. Presque même de la fascination. Était- ce à cause de ces sourires à moitié esquissés ? De ces mains éprouvés qui savaient se tendre vers son prochain ? Son regard froid qui en disait bien plus long ? Le timbre rauque de sa voix qui parvenait malgré tout à dégager une certaine chaleur ? La brune n’aurait su le dire. Elle se laissait juste embarquer par ce flot de sensations étranges. A cause de la fatigue ? Sûrement. Elle préférait mettre cela sur le compte de l’épuisement plutôt que d’admettre une véritable fascination. Cela était moins dur à admettre et à accepter. « Ne le prenez pas mal, mais je vous imaginais plus du genre à bosser dans un hôpital. » Imperceptiblement, le corps d’Elinor se tendit. Alaric n’avait pas donné de mauvaise réponse, malgré tout, il n’aurait certainement pas dû émettre cette idée. Mais comment aurait-il pu le savoir ? Elinor n’aimait pas les hôpitaux. En premier lieu, cela lui rappelait les heures qu’elle y avait passé avec son frère Gabriel et Delilah, son épouse, attendant de savoir ce qu’il en était de l’état de santé de leur fille, Mélodie. Et plus tardivement, la comédienne s’était retrouvée à être enchaînée par une sorte de pacte pernicieux à l’hôpital. Constamment, elle devait y retourner pour faire des tests, ne sachant jamais quel serait le pronostique. La boule au ventre. L’angoisse qui nouait ses entrailles. Elle n’aimait pas les hôpitaux, sachant –presque comme une intuition- que ce serait là qu’elle pousserait certainement son dernier souffle. Y travailler ? Non. En être patiente ? Elle y était contrainte. Elle parvint à esquisser un sourire bien malheureux en secouant la tête. Le mécanicien ne fit que s’embourber un peu plus, peu encouragé par les réactions d’Elinor, jusqu’à ce qu’elle ne soit complètement amusée par ses maladresses. « Ne vous en faites pas, j’ai compris Monsieur Winchester. Et je suis bien navrée de vous décevoir sur ce point. Je ne suis que comédienne. » plaisanta-t-elle afin d’achever son supplice. Par chance, la conversation dévia finalement sur sa véritable profession. « Je joue principalement de grands classiques. Mais je ne me dévoue qu’au théâtre. Les caméras et les paillettes du cinéma ne sont pas trop pour moi. Ne vous en faîtes pas si vous ne m’avez pas reconnue alors. » Bien que son talent soit reconnu dans le monde du théâtre, son univers était autrement différent de celui du cinéma. Elle appréciait cela. Cette intimité. Cette célébrité discrète. Elle s’en accommodait grandement.
Elle fut assez amusée et charmée à la fois de découvrir qu’il jouait d’un instrument ; la guitare. En soi, cela n’avait rien de surprenant puisqu’il avait avoué sans mal reconnaître le nom de Goldstein. Jouer de la guitare lui allait bien. « C’est bien dommage de ne garder ça que pour vous. » Tout talent méritait d’être partagé. Surtout qu’elle ne doutait pas qu’il devait jouer bien. Malgré tout, la conversation ne s’étendit pas trop sur ses compétences en guitare. A vrai dire, la comédienne fut bien plus intriguée par ses poings meurtris. Si au départ, il se montra plutôt mystérieux, il avoua sans mal qu’il faisait de la boxe. « Oh, j’ai donc bien fait de tomber sur vous ce soir. » nota-t-elle avec un léger sourire en coin. En cas de mauvais pas, il aurait sans doute pu bien mieux se débrouiller qu’elle avec sa force en guimauve. Bien que le regard d'Alaric dissuadait déjà bien assez comme ça.
Finalement, ils arrivèrent devant la maison où vivait Elinor. Cette maison, elle ne l’appréciait pas beaucoup, mais c’était un moyen de pouvoir vivre avec David. Elle refusait la solitude, et malgré tout, elle n’avait pas à se plaindre. La remarque d’Alaric la fit rire. « Si je devais rivaliser avec mes poings, je crois bien que je n’aurai aucune chance, à moins d’être cambriolée par un enfant de cinq ans. La sécurité vaut mieux. » Une sécurité instaurée par David. C’était lui le véritable paranoïaque, mais pour une raison étrange, Elinor n’avait aucune envie d’évoquer son petit-ami devant le mécanicien. Et quand elle quitta ce dernier, ce fut comme une sensation étrange. Celle d’avoir perdu quelque chose en même temps qu’elle le vit s’éloigner.

***

Le lendemain fut moins long à arriver qu’elle n’aurait pu le penser. Bien malgré elle, sa matinée de répétition fut écourtée et elle se retrouva rapidement au garage d’Alaric. Le voir amena un sourire sur ses lèvres. Rien de théâtral. Un véritable plaisir et une sincérité se dégageaient d’elle quand elle était proche de lui. Elle s’en rendait tout juste compte, encore ankylosée de cet épuisement qui ne la quittait pas. Pourtant, elle n’en oubliait pas ses petites taquineries qui amusaient le mécanicien. Ils étaient parvenus à trouver naturellement un même ton sur lequel se parler. Toutefois, Alaric le brisa légèrement en se montrant bien plus prévenant qu’il n’aurait dû l’être pour les étrangers qu’ils étaient finalement l’un face à l’autre. Là encore, il s’empêtra dans ses explications, se montrant bien maladroit. Cela attendrit Elinor qui sourit. « Je ne vous pensais pas aussi entreprenant. » Mais il se rattrapa bien vite en précisant qu’il ne s’agissait que de repos. Son sourire devint un peu moins franc. Elle savait qu’elle avait besoin de repos et de sommeil, mais que sa fatigue n’était pas uniquement due à des répétitions trop intenses. Elle se refusait néanmoins à l’admettre. Elle détestait que la vie puisse lui rappeler à chaque instant qu’elle était malade et que ses jours lui étaient comptés. Elle secoua la tête avec une expression rassurante. « Ne vous en faites pas pour moi, je vais très bien. Je me reposerai une fois chez moi. » Elle n’avait pas besoin d’être cajolée ou maternée. Elle allait proposer de démarrer l’apprentissage, mais les nombreux regards tournés vers eux la prirent de court. « Ils sont pas bien habitués à voir de jolies femmes débarquer à l’improviste par ici. Et encore moins habitués à me voir proposer quelque chose à boire ou même proposer de monter là-haut. Je suis plutôt grincheux, solitaire et –paraitrait-il – peu fréquentable. » Elinor pouffa, affichant après une mine faussement outrée. « Vraiment ? Je n’en crois pas un mot ! » Elle-même l’avait craint quand il s’était approché hier soir. Mais à sa décharge, elle ne l’avait pas vu venir, et elle se trouvait seule et démunie au beau milieu de la nuit.
Ils se mirent ensuite au travail. Elinor retira sa veste et remonta les manches de son chemisier. Elle noua sa chevelure brune en haut chignon sur sa tête avant de se pencher sur le capot, écoutant attentivement l’enseignement d’Alaric, ses conseils et ses instructions. Elle ne comprenait pas forcément tout, ni même les termes, mais elle lui sembla saisir l’essentiel. De toute manière, la pratique serait le meilleur des entraînements. « Oh ne vous inquiétez pas. Je pense que ça ne fera pas de mal à Juliette Capulet de se salir un peu les mains. » Elle avait beau être une princesse, il fallait parfois savoir mettre la main à la pâte. Elle s’appliqua à faire ce qu’Alaric lui disait, à corriger ses erreurs et à prendre conseils de ce qu’il disait ; si bien qu’il la tutoya fatalement. Elle ne s’en formalisa aucunement. D’ailleurs, elle allait lui signifier, mais elle n’eut pas le temps de le rassurer. Elle ne se fut pas sitôt redressée qu’elle se sentit tanguer. Elle ne réalisa même pas qu’elle perdit momentanément connaissance. Elle ne sentit même pas l’étreinte du mécanicien quand il la rattrapa et la souleva dans ses bras. Elle ne reprit pied que lorsqu’il la déposa sur le lit. Elle papillonna des yeux, rassemblant ses sens embrumés. La mine inquiète d’Alaric lui fit fasse. « Ne vous inquiétez pas pour moi. Tout va bien. » Énorme mensonge, et elle s’en rendait malheureusement de plus en plus compte. Ses vestiges n’étaient pas dus à la fatigue, hélas. Mais si elle ne pouvait plus se mentir à elle-même, elle pouvait encore le faire auprès des autres. « J’ai sûrement dû sauter le petit-déjeuner. » Ce n’était pas vrai, mais cela apaiserait sûrement l’esprit du mécanicien pendant un temps. Après tout, elle n’était pas destinée à le revoir par la suite. Afin de lui donner raison, elle ne polémiqua pas quand il proposa de commander à manger pour eux deux. « Vous le vendez bien. Vous avez des parts de marché là-bas, pas vrai ? » plaisanta-t-elle quand il s’employa à rendre le kebab du coin plus séduisant. Toutefois, elle ne se montrerait pas très difficile. Elle accepta l’aide d’Alaric pour se redresser, mais leurs têtes se percutèrent. « Outch. » Elinor retomba directement sur l’oreiller, posant sa main sur son front. Malgré tout, elle ne put retenir un sourire. Peu fréquentable, mais sûrement plus attentionné que quiconque. Elle fut finalement debout et elle put aller se laver les mains pour se débarrasser de tout le cambouis.

Ils se retrouvèrent rapidement avec leur commande sous le nez. Le tout avait l’air bien alléchant, mais elle y toucha à peine. Elle n’avait pas véritablement faim. L’esprit totalement préoccupé par cette santé défaillante, les propos d’Alaric la tirèrent de ses pensées. Sa remarque la fit rire. « Ne vous vantez pas trop. Je crois qu’il faut accuser la mécanique et son aura envoûtante. » se moqua-t-elle gentiment. Elle redevint plus sérieuse. « Mais surtout, ne soyez pas inquiet. Je ne me ménage juste pas beaucoup en ce moment avec les répétitions. Et puis je vous rappelle que je joue une princesse. Les princesses passent leur temps à tomber dans les pommes. C’est une tradition. » Bien que le destin de Juliette soit bien plus tragique qu’un simple évanouissement. Leurs destins n’étaient pas si différents l’une de l’autre. Elle souhaitait en aucun cas en parler à Alaric. Ou à qui que ce soit autour d’elle. Elle ne supportait pas ces regards qui se voilaient de pitié. A vrai dire, elle était plus en colère contre elle-même, contre son propre corps, contre cette maladie qui grossissait de jour en jour et qui était une partie intégrante d’elle-même. « Je vous remercie de m’avoir rattrapée à temps tout à l’heure. Et pour… tout ça. » Ces attentions qu’elle comprenait à peine mais dont elle ne souhaitait pas chercher l’origine. Elle savait qu’elle jouait à un jeu dangereux où il n’y a pas vraiment de règles. Son portable se mit soudain à sonner. S’excusant auprès d’Alaric, elle s’éloigna légèrement, sachant qu’elle devait prendre cet appel. Il s’agissait du médecin qui la suivait. Elle l’avait déjà appelé la veille, lui demandant d’avancer leur rendez-vous. Le nouveau rendez-vous était prévu pour après-demain, mais lorsqu’elle décrocha, son médecin lui avança à cet après-midi même. L’appel terminé, elle revint auprès d’Alaric. « Je euh… je suis désolée, il faut que j’y aille. J’ai un rendez-vous que je ne peux pas repousser. Je reviendrai pour la voiture une autre fois. Je ne sais pas encore quand… » Tout dépendrait sûrement de la suite. Elle enfila sa veste, recouvrant légèrement les traces de noirs sur son chemisier. « Encore merci pour tout, Alaric. » Un léger sourire et elle se fut envolée. Elle trouvait étrange cet au revoir qui la tiraillait plus qu’il ne devrait.

***

« Mademoiselle Goldstein, il va falloir augmenter le traitement. Je ne vois pas d’autres solutions pour l’instant. Cela stabilisera votre état. » Mais pour combien de temps ? C’était la question qui lui trottait dans la tête tandis que la comédienne observait son médecin. Elle hocha malgré tout la tête. Deux jours s’étaient écoulés depuis. Son premier rendez-vous avait servi à faire toute une batterie de tests et Elinor avait pu exposer ses troubles passagers qui devenaient de plus en plus fréquents. Le lendemain, elle s’était rendue chez son frère Gabriel, profitant de sa présence et de celle de sa nièce. Et deux jours plus tard, elle se retrouvait à nouveau dans le bureau de l’hôpital. Elle écoutait attentivement les conseils de son médecin, mais ses silences étaient bien plus évocateurs que ses mots. Finalement, dans un soupir résigné, il dit ce qu’il avait sur le cœur. « Écoutez, je ne souhaite pas vous mentir. Nous risquons d’arriver au point que nous craignions. Augmenter le traitement pourrait ne pas être suffisant. Cela pourrait ne pas fonctionner du tout. Vous savez alors quelle sera la prochaine étape, Mademoiselle Goldstein… » La tumeur qui grossit. La chimiothérapie. Des chances minces d’en réchapper. Et finalement, la leucémie qui l’emporte. Elinor connaissait le schéma par cœur pour l’avoir répété bien trop de fois dans son esprit lors de longues nuits de solitude. « Je comprends. » dit-il d’une voix qui ne trahissait en aucun cas le chaos qui résidait au fond d’elle, comme si elle n’avait même pas conscience du bordel qu’était sa vie. « Vous devez en parler autour de vous. Vous devez vous préparer à ce qui pourrait suivre… »

De retour chez elle, Elinor sut que David était rentré par l’unique tour de clef qui avait été actionné sur la serrure de la porte d’entrée alors qu'elle en avait fait deux en partant. Une fois dans le salon, elle balança son sac et sa veste sur le dossier du canapé, allant se verser machinalement un verre de whisky qui trônait sur le meuble du salon. Elle but une première gorgée quand elle entendit les pas de son petit-ami descendre les escaliers et arriver dans le salon. « Ah Elinor, tu es là. » Il s’approcha d’elle, déposant un rapide baiser sur ses lèvres. « Ton voyage s’est bien passé ? » demanda-t-elle, s’adossant contre le buffet tandis qu’il rassemblait une multitude de dossiers qui étaient éparpillés sur la table basse. Elle savait déjà comment il s’était passé, et ce qui avait causé son allongement. « Excellent. La Finlande est vraiment un merveilleux pays, de plus, les gens avec qui j’ai eu à traiter étaient très accueillants. » Ou plutôt accueillante, mais Elinor s’était fait une raison depuis longtemps. « Et toi, tu as répété aujourd’hui ? » Elle esquissa un sourire de circonstance, avalant une nouvelle gorgée. « J’étais à l’hôpital pour un rendez-vous. » - « Et alors ? » Elle haussa les épaules nonchalamment, l’air de rien. « Comme d’habitude. » Mais quel que soit sa réponse, il écoutait à demi, regardant son portable par intermittence, emportant des dossiers. « Super. Au fait, je n’ai pas vu ce qui te sert de voiture. Tu t’es enfin décidée à l’envoyer à la casse ? » Elle secoua la tête. « Non, il est au garage. » Un long soupir désabusé s’échappa d’entre les lèvres de David. « Je ne comprends pas pourquoi tu t’attaches à ce vieux tas de ferrailles. Quand quelque chose ne fonctionne plus, on le jette et on passe à autre chose. » Elle ne prit pas la peine de répondre, s’offrant une gorgée plus conséquente que les précédentes. Elle ne souhaitait pas abandonner cette voiture. Cela était idiot, mais ça avait encore du sens pour elle. « Bon, je dois aller au bureau. » - « A cette heure-ci ? » Le début de la soirée venait de pointer le bout de son nez. La comédienne fronça les sourcils. « Oui, j’ai une réunion de dernière minute et une tonne de dossiers en attente. Je ne sais pas quand je rentrerai. » Il s’approcha d’Elinor, venant l’embrasser encore avant de prendre un petit moment pour la regarder. « Je dois y aller maintenant. Tu devrais te reposer, tu as vraiment une sale mine. » Un faux sourire fut la réponse aux paroles de David avant qu’il ne s’en aille définitivement de la maison, la laissant seule. Encore. Seule avec ses démons. Seule avec cette maladie qui la dévorait de l’intérieur.

***

Elle ne sut pas vraiment ce qui l’avait mené là. En vérité, elle ne s’expliquait pas non plus que ce soit la première personne qui lui était venu à l’esprit. Dans le fond, c’était idiot. Il était un peu plus de dix-neuf et le garage aurait pu être fermé, mais quelque chose lui disait qu’elle trouverait malgré tout ce qu’elle cherchait. Elle n’expliquait pas son geste. Elle était tel un bateau à la dérive qui s’accrochait à la moindre lueur dans la nuit. Pourquoi brillait-il dans son obscurité ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Mais elle sut qu’elle ne s’était pas trompée quand, en sortant du taxi, elle vit le garage qui était toujours ouvert. Elle y rentra et fut assez soulagée de constater qu’une seule silhouette se découpait au milieu des voitures. Ses pas la menèrent vers lui. « Bonsoir, Alaric. » Un léger sourire para ses lèvres, bien plus heureuse de le retrouver qu’elle n’aurait pu le penser. « Je suis désolée de ne pas avoir donné de nouvelles depuis la dernière fois. J’ai été malheureusement assez occupée. » Même si elle aurait souhaité que ce soit pour d’autres raisons. Elle resta un instant silencieuse, l’esprit en ébullition et incertaine. Elle enfouit ses mains dans les poches de son manteau, peu sûre d’elle. « Est-ce que… Je ne sais pas trop si vous avez fini, mais est-ce que je peux vous offrir un verre ? » Idiotement, elle se sentit rougir. Elle jouait à un jeu dangereux, allant à l’encontre de ses principes. « Pour vous remercier de la dernière fois. Et m’excuser aussi de vous avoir laissé la voiture aussi longtemps. » Malgré tout, elle voulait prendre le risque. C'était plu fort qu'elle.
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Sam 29 Avr - 14:53


Cela faisait douze ans qu’une femme ne l’avait pas atteint. Douze ans qu’il ne s’était pas laissé aller à faire confiance à l’une d’entre elles. Douze ans qu’il s’était barricadé – fortement – sans aucune intention d’y remédier. Douze ans qu’il avait éprouvé quelque chose d’étrange et de fort, de puissant et d’incontrôlable. Douze ans qu’aucune d’entre elles n’était parvenue à briser cette carapace qu’il avait bâti. Douze ans de solitude – bien qu’il ne fut pas le dernier à dire non à une ou deux soirées de plaisir, il n’était pas moine non plus – et douze ans de tranquillité, selon lui. Vivre à deux ne lui manquait pas. Aimer ne lui manquait pas. Sa vie de couple avec Lou était aussi électrique et chaotique que l’était la jeune fille à l’époque. Il était tombé sous le charme d’une fille imprévisible et pleine de surprises. Elle avait su, par sa spontanéité et sa folie atteindre son cœur et mérité sa confiance. Avec elle, il avait connu des moments de joies, des fous rires, des disputes impressionnantes tout autant que leurs réconciliations. Il avait connu la passion, autant qu’il avait connu l’amour. Il avait été aimé, s’était senti aimé. Il avait aimé. Il avait désiré. Il avait cru au possible. Il avait cru à un avenir plus joyeux et plus lumineux. Jusqu’à ce qu’elle le trahisse aussi – comme tous les autres avant elle. Une déchirure comme celle-ci, il avait mis du temps avant de s’en remettre, il devait bien le reconnaitre. Depuis Lou, les femmes ne l’intéressaient pas plus que nécessaires – c’est-à-dire quelques heures par-ci, par-là. Depuis Lou, il n’avait jamais accordé la moindre chance à aucune de celles qui avaient montré un semblant d’intérêt envers lui. Depuis Lou, il n’en avait jamais éprouvé l’envie ou le manque. Depuis Lou, il n’avait jamais souffert de la solitude – préférant largement cela à la vie à deux mensongère. Peut-être était-il aigri. Peut-être était-il pessimiste. Peut-être était-il têtu. Mais il s’était promis que jamais plus personne, JAMAIS, ne viendrait lui briser le cœur en mille morceaux. Qu’il ne laisserait jamais, JAMAIS, plus personne le décevoir. Il l’ignorait ce soir-là. Il l’ignorait le jour suivant. Il l’ignorerait encore un long moment, mais il finirait par comprendre. Par comprendre qu’on ne contrôle pas forcément son destin. Par comprendre que l’on ne choisit pas de qui on s’attache, de qui on tombe amoureux. Par comprendre que la vie est courte. Par comprendre que la vie mérite d’être vécue dans son intégralité – tout ce qu’elle a de mal à offrir autant qu’elle a de bien. Par comprendre que vivre, c’est profiter de l’instant présent et non pas se barricader et s’empêcher d’aimer, de croire et d’apprécier. Par comprendre que le destin peut tout chambouler. Par comprendre que peut-être, peut-être, tout son parcours l’avait mené jusqu’à elle.

Un jour, tout prendrait un sens.

Pour l’instant, il se voilait la face. Pour l’instant, elle n’était qu’une jeune femme perdue. Pour l’instant, elle n’était qu’une simple comédienne qui roulait dans une voiture digne de terminer à la casse. Pour l’instant, elle n’était qu’une jeune femme rencontrée sur le bord de la route. Pour l’instant, elle n’était qu’une jolie brune qu’il appréciait voir rougir, s’énerver et sourire. Pour l’instant, elle n’était qu’une jeune femme qui l’amusait. Pour l’instant, elle n’était qu’une jeune femme qui l’intriguait. Et pour l’instant, elle n’était qu’une cliente à mettre dans la poche. « Vous devriez, » finit-il par lui dire après l’avoir longuement observée quand elle lui assura ne pas croire un mot de ce que l’on supposait chez lui : à savoir qu’il était peu fréquentable. Si lui ignorait encore beaucoup de choses la concernant, elle n’en savait pas plus sur lui. Elle ignorait qu’il n’avait pas connu ses parents et qu’il avait essuyé abandons sur abandons. Elle ignorait que ces abandons l’avaient affecté bien plus qu’on ne l’imaginait. Elle ignorait que les familles se sentaient incapables de le gérer, de l’aimer, et que cela avait perturbé son idée qu’il se faisait de l’amour. Elle ignorait qu’il avait commencé la boxe à 20 ans et que ce sport était bien plus qu’un sport pour lui, mais une échappatoire, un exutoire et un besoin vital. Elle ignorait qu’il lui était interdit de monter sur un ring après avoir quasiment tué son adversaire – parce que sa colère et sa rancœur envers l’être humain avaient été plus fortes que tout. Elle ignorait qu’il était tout autant capable de violence que de bonté. Elle ignorait qu’il n’y avait qu’une seule personne pour qui il était capable du pire comme du meilleur. Elle ignorait qu’il était même capable du pire tout court. Et tout compte-fait, mieux valait qu’elle ignore tout. Aussi se concentra-t-il à lui donner quelques conseils mécaniques – éloignant les démons qui planaient au-dessus de lui, tout autant qu’au-dessus d’elle. Ils n’étaient pas prêts à se dévoiler, ni l’un ni l’autre, et bien que quelque chose d’étrange et d’incompréhensible semblait naitre entre eux, ils n’étaient pas prêts à le reconnaitre. Peut-être le seraient-ils jamais. « Ainsi, vous jouez Roméo & Juliette, » sourit-il. « Une version revisitée, ou bien fidèle à Shakespeare ? Quoi ? » continue-t-il en arquant un sourcil mais gardant toujours son sourire en coin. « Je ne connais pas le monde du théâtre et je n’ai pas eu la chance d’avoir une éducation digne de ce nom, mais… je sais lire. Surtout les classiques, » ajoute-t-il en haussant les épaules. Il ne le reconnaissait pas facilement, mais il aimait autant lire que de jouer la guitare – bien que moins que de pratiquer la boxe. Il connaissait les classiques par cœur, mais il préférerait crever la bouche ouverte que d’admettre avoir lu de la poésie autant que des polars et des autobiographies. Il était curieux. Il l’avait toujours été. Et il était persuadé que l’on n’apprenait jamais mieux que dans les bouquins. Pas forcément à l’aise sur le sujet, il fut soulagé de la voir parée et prête à se salir les mains – et à apprendre. Pendant plusieurs minutes, ils n’échangèrent rien d’autre que sur la mécanique et ils en oublièrent le temps qui passait. Jusqu’à ce qu’il les rattrape et qu’elle défaille dans ses bras. Jusqu’à ce qu’il en perde les moyens et qu’il laisse l’inquiétude prendre le dessus. Dans ces cas-là, il n’était pas forcément très à l’aise. Il était fortement plus à l’aise quand il contrôlait la situation. Il était fortement plus à l’aise quand il était maître de la situation. Il était fortement plus à l’aise quand il savait comment réagir, quoi faire et quoi dire. Il était fortement plus à l’aise quand il s’agissait d’être solitaire, taciturne et violent. Mais il était hors de question de se montrer grossier, brutal et ignoble avec la jeune femme. Elle lui assurait qu’elle allait bien, qu’elle avait dû sauter un repas et que les répétitions devaient être plus éprouvantes qu’elle ne l’imaginait – et il aurait pu la croire car elle était fortement convaincante. Pourtant, il n’en crut pas un mot mais ne dit rien de plus. Cela ne le regardait pas, même si ça le démangeait que de poser les questions et d’obtenir les réponses coûte que coûte. Au lieu de ça, il l’emmena manger un morceau pour reprendre des forces et des couleurs – car il n’y avait rien de mieux que la nourriture pour ça, non ? En tout cas pour lui, seule la bouffe était le remède à ses problèmes – avec la boxe. Bien entendu. La curiosité s’empara de lui lorsqu’elle dû prendre l’appel et s’éloigner. La curiosité s’empara de lui quand elle le rejoignit pour le remercier encore une fois et le prévenir qu’elle récupèrerait sa voiture plus tard car elle devait soudainement partir. La curiosité s’empara de lui quand il la vit déguerpir sans qu’il ait le temps de la retenir ou de dire quoique ce soit à vrai dire. Elle avait à peine touché son repas. Elle n’avait pas de voiture. Mais il fut incapable de la poursuivre pour lui proposer de la déposer quelque part. Il fut incapable de bouger pendant plusieurs secondes. Cela faisait douze ans qu’aucune femme ne l’avait atteint.

Douze ans. C’est long.

***

« J’ai entendu dire qu’une jeune fille avait débarqué dans le garage et t’avait rendu tout bizarre, » que lui lance Dan tandis qu’il fignolait la voiture de la dite-jeune fille. La tête sous le capot, il levait les yeux au ciel sans que Dan puisse le voir, mais son père d’adoption le connaissait par cœur. « Ne lève pas les yeux au ciel avec moi, fiston. J’ai entendu dire qu’une jeune fille avait débarqué dans le garage et t’avait rendu tout bizarre, » qu’il répète en attendant une autre réponse qu’un grognement de la part du jeune mécanicien. Alaric soupira avant de se relever et de se retourner face à son mentor. Cet homme pour qui il serait capable du pire. « Tu as entendu dire qu’une jeune femme avait débarqué pour récupérer sa bagnole, point barre. Je viens de la terminer d’ailleurs, et crois-moi c’était mal barré – cette voiture a sa place à la casse, » qu’il répond d’un air nonchalant et je m’en-foutiste qui ne prend pas avec Dan. « Hum, hum. Tu ne me la fais pas à moi, fiston. Je te connais mieux que n’importe qui – peut-être même mieux que toi-même, » qu’il lui dit. « T’es du genre grognon, bourru et à envoyer chier le client quand il débarque à l’improviste et trop en avance. Cette fois, apparemment ça n’a pas été le cas. » En effet. Il avait été charmant. Il avait été blagueur. Il avait été poli. Il avait été ridicule. Et alors ? Il haussa les épaules en s’essuyant les mains. « J’étais sans doute de meilleure humeur, tout simplement. Au lieu de m’emmerder avec cette cliente – qui n’est qu’une cliente gagnée en plus – dis-moi plutôt ce qu’a dit le doc’, » qu’il change de sujet. Même s’il déteste parler de la maladie de son mentor, même s’il déteste penser à sa fin de vie. « La routine, fiston. La routine. Au moins, je ne traverse pas tout ça seul. Ça aide d’être entouré de personnes qui vivent la même chose. Ne te méprends pas, fiston, t’avoir près de moi c’est ce que j’ai de plus précieux. Pouvoir parler et partager ça avec des personnes qui comprennent exactement ce que je traverse, c’est tout aussi précieux, » lui explique-t-il, inutilement car Alaric le comprend très bien, même si ça l’attriste. « As-tu réfléchi à ma proposition d’aller voir cet autre docteur, à New York ? » finit-il par lui redemander pour la millième fois – car Alaric est têtu et n’abandonnera jamais l’idée de la possibilité de sauver la vie de cet homme qui a sauvé la sienne. Dan ne répond qu’avec un sourire, à chaque fois, avant de s’ouvrir une bière ou d’enchaîner sur un sujet moins important. « Alors, cette fille ? Comment s’appelle-t-elle ? »

***

Il ne l’avait pas appelé. Tout simplement parce qu’il n’avait pas son numéro. Il n’était pas allé la trouver non plus chez elle – bien qu’il connaisse son adresse – ou encore au théâtre. Tout simplement parce qu’il avait promis de ne pas la harceler. Il prenait son mal en patience. La vie continuait. Les voitures se présentaient chaque jour. Il ne chômait pas, aussi avait-il l’esprit suffisamment occupé pour ne pas trop penser à elle. La veille, des combats lui avaient permis de s’évader également et de gagner une sacré somme d’argent – le genre de somme qui peut vous permettre de partir au Bahamas pendant un bon bout de temps. Il n’avait pas participé cette fois, et bien que cela soit frustrant il n’avait pas ressenti le désir et l’envie de grimper sur le ring. Première fois. Il avait congédié tout le monde à 19h, plutôt content d’eux et désirant par-dessus tout se retrouver seul après une dure journée de travail. Il n’avait pas du tout prévu de la voir débarquer – ni dans le garage, ni dans sa vie. Il n’avait pas du prévu de lui faire face ainsi, le visage, les bras et les mains crasseux de cambouis et les vêtements témoignant d’une dure journée de travail. Il était dans un piteux état, et si habituellement cela ne le gênait en rien, il en fut légèrement honteux en la voyant si fraiche, si belle et si… parfaite. « Bonsoir, Elinor. Pour une surprise, » qu’il dit en s’essuyant le front, mais en s’en foutant d’autant plus sur la tronche, laissant une marque plus que nette et visible. « J’avoue avoir pensé un instant que tu avais décidé de l’abandonner, » pour ne pas dire l’abandonner lui, ce qui était totalement con. Totalement idiot. Elle ne lui devait rien. Aucune explication. Son cœur manqua un bond quand elle lui proposa d’aller boire un verre. Pas parce qu’il était choqué et surpris. Il l’était, mais bien plus parce qu’il en mourrait d’envie. Il prit quelques secondes de répit avant de lui répondre, le sourire aux lèvres. « Si elle avait été gênante, je te l’aurais déposé tôt ou tard, » qu’il lui explique. « Mais… je ne peux pas refuser un verre. Question de principe, » ajoute-t-il avec humour. Il se mord légèrement la lèvre inférieure et finit par s’observer rapidement. « Si ça te dérange pas, on va rentrer pour que je puisse tout fermer avant qu’un client de dernière minute ne s’imagine pouvoir me demander un service, » sourit-il. « Ça arrive bien plus que tu ne l’imagines, » dit-il en refermant la porte du garage une fois qu’ils furent à l’intérieur. Il se retrouva quasiment nez à nez avec elle quand il se retourna et leva les mains en l’air pour ne pas la salir. Il ne bougea cependant pas d’un centimètre avant de lui sourire. « Je vais aller prendre une douche et me changer, » finit-il par lui dire avant de s’éloigner et de la laisser dans son chez lui, dans son domaine, dans son univers – sans la connaitre ni d’Eve ni d’Adam mais en lui accordant une confiance qui lui est habituellement extrêmement difficile à accorder. Il se le répète indéfiniment sous la douche. Il s’auto-corrige mentalement sous la douche. Il s’auto-insulte mentalement sous la douche. Il se promet d’être moins touché, d’être moins impliqué une fois qu’il redescendra les marches. Il se promet de lui accorder un verre, de lui rendre sa voiture et de lui dire au revoir. Pour toujours.

Mais il la voit, les mains dans ses gants de boxe, en train de cogner dans le vide. Et toutes ses bonnes résolutions s’envolent. Il sourit et l’observe quelques instants, avant qu’elle ne se retourne en donnant un coup imaginait et ne l’aperçoive. « Laisse-moi deviner, » lui dit-il une fois qu’elle eut sursauté, « tu n’as jamais fait de boxe de ta vie, » qu’il ajoute en la rejoignant. Il a opté pour un tshirt blanc et un jean simple qui lui correspondent à la perfection. Les cheveux encore trempés, l’eau perle au bout et viennent s’effondrer sur sa nuque. Il est éblouissant – mais il l’ignore. « Tu as envie d’apprendre ? » lui demande-t-il alors en lui attrapant ses mains gantées. « Histoire de ne plus avoir à craindre qui que ce soit quand ta voiture te lâche au milieu de nulle part ? » plaisante-t-il en souriant – car il est hors de question que cela lui arrive de nouveau. « Tu as meilleure mine, » lâche-t-il tout à coup sans la lâcher du regard. Elle n’est plus blême, elle ne semble plus exténuée et ses joues rosies font plaisir à voir. Lui tenant toujours les mains, et bien que sa peau ne la touchait pas ce geste semble bien trop intime tout à coup, il la relâche doucement. « Je sais que tu m’invites pour un verre mais j’avoue avoir faim aussi. Pas toi ? » abuse-t-il en souriant avant de se diriger vers la porte, et de s’éloigner d’elle.


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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Sam 6 Mai - 22:07

Elinor ne savait pas vraiment ce qu’elle faisait. Elle était comme une âme perdue en plein désert, désespéramment à la recherche d’une présence, d’une lueur dans son obscurité. Sûrement n’aurait-elle pas agi ainsi quelques semaines auparavant. Elle se serait contentée d’aller chercher sa voiture et elle n’aurait très certainement plus jamais revu Alaric. Alors pourquoi ce soir venait-elle à sa porte ? Pourquoi lui ? La brune ne se l’expliquait pas, n’ayant pas le courage d’admettre une vérité qui l’effrayait plus qu’autre chose. Il n’y a sûrement rien de pire que d’être entouré de gens qui nous aiment de tous leurs cœurs, et de se sentir terriblement seul malgré tout. C’était ce qui était en train d’arriver à Elinor tandis que l’horrible échéance pointait le bout de son nez. Depuis plusieurs années, la jeune femme vivait avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ne sachant jamais quand elle allait s’abattre sur elle. Elle savait uniquement que les minutes s’estompaient. Que les jours se raccourcissaient. Que l’univers était en train de se rétrécir autour de ses frêles épaules. Et cette spirale infernale dans laquelle elle était engloutie était en train de la noyer toute entière.
Elinor se souvenait encore du jour où elle avait appris que la maladie envahissait son corps. La chute avait été brutale. Il lui était difficile de réaliser à quel point l’être humain pouvait être finalement si vulnérable, que l’on pouvait souffrir d’une chose invisible à l’œil. Elle s’était sentie faible. Elle s’était sentie perdue. Elle avait senti le vide sous ses pieds. Mais elle restait encore persuadée qu’elle serait suffisamment forte pour affronter cela. Même si elle ne gagnait pas contre la maladie. Même si elle mourait malgré tout. Même si elle partait trop jeune. Elle était heureuse de ce qu’elle avait réussi à accomplir. Sa volonté d’être forte faisait parti des raisons qui l’avaient poussée à garder le silence sur sa maladie. Elle n’avait pas besoin d’infliger l’angoisse et la peur à son entourage. Cette même peur qui la rongeait presque autant que la leucémie. Toutefois, elle avait vu les ravages de telles situations. Elle n’avait pas besoin de chercher bien loin pour s’en rendre compte. Sa petite nièce, la fille de Gabriel, était atteinte d’une faiblesse cardiaque. La pauvre enfant vivait dans un monde où ceux qui l’aimaient tremblaient de la voir faire le moindre effort, de percevoir un essoufflement. Demain était incertain. Le futur imprévisible. Et chaque jour gagné, une victoire. Elinor ne voulait pas cela pour elle. Elle refusait de lire la moindre souffrance, la moindre inquiétude ou la moindre pitié. Elle n’aurait même pas supporté cela du regard de Pyair, le quittant sitôt sa maladie apprise. La simple idée que quelqu’un puisse pleurer sa mort parce qu’elle s’était montrée suffisamment égoïste pour poursuivre cette mascarade la révoltait. Elle souhaitait partir sans regret, sans avoir la pensée que la vie de quelqu’un pourrait s’arrêter en même temps que la sienne. Elle avait préféré briser le cœur de l’homme qu’elle aimait autrefois plutôt que de le voir perdre la vie en même temps qu’elle, voir le désespoir l’envahir pour finalement se résigner à la laisser partir. La brune avait vu ce scénario bien trop de fois. La solitude paraissait une compagne bien moins douloureuse, mais avec le temps, sa présence devenait bien lourde. Il n’est pas donné à l’être humain de pouvoir vivre seul. Alors pourquoi David ? Sûrement à cause de la solitude. Sûrement à cause du fait qu’il était le choix le plus rassurant. Sûrement parce qu’il paraissait suffisamment détaché. Sûrement parce qu’il ne savait pas vraiment aimer. Sûrement parce qu’elle ne lui manquerait pas si elle venait à disparaître. Mais il s’agissait uniquement d’une façade pour se donner l’illusion de ne pas vivre seule. Toutefois, le chemin qu’elle arpentait chaque jour, toujours plus sombre, elle l’affrontait sans personne à ses côtés. Ni même sa famille. Ni même ses amis. Ni même David. Personne. Néanmoins, elle détenait l’unique satisfaction de suivre à la lettre ses adages. Ne s’attacher à personne. Et ne laisser personne s’attacher à elle.

Alors pourquoi ?

Pourquoi aller le voir ? Pourquoi une telle visite ? Pourquoi ce besoin désespéré d’avoir une compagnie ? Sa compagnie ? Elinor n’en était plus à se poser des questions. L’annonce de l’avancée grandissante de sa maladie la rendait bien plus vulnérable qu’elle ne le pensait. Et puis elle s’enfonçait, plus elle avait l’impression de tenir le cap. Mais la nuit était d’encre et le courant était capricieux. Ainsi, elle se retrouvait au garage d’Alaric ce soir-là. Avec un soupçon de ce regret qui lui rappelait qu’elle ne prenait pas les bonnes décisions. Elle jouait à un jeu dangereux. Mais dans ce jeu, il n’y avait malheureusement pas de règles. « Je n’oserai jamais l’abandonner. » dit-elle avant un léger sourire. Non, elle ne pourrait certainement pas laisser sa voiture ici. Ou même se résigner à ne plus venir ici non plus. Le garage n’avait, en soi, rien d’exceptionnel. Il s’agissait uniquement de la personne qu’elle abritait. Son regard s’attarda ensuite sur Alaric, plein de cambouis. Cette vision l’amusa légèrement tandis qu’elle espérait que sa voiture n’avait pas gêné outre mesure. Par chance, la franchise du mécanicien lui apprit que la voiture se serait vite retrouvée en sa possession si cela avait été le cas. « Alors elle a eu de la chance de trouver un propriétaire temporaire patient. » Bien qu’elle n’appréciait pas d’avoir éternisé autant sa venue. Elle n’avait malheureusement eu que peu d’emprise sur le cours des choses. Son verre ne fut pas refusé non plus. Sa remarque la fit sourire. « Heureusement que certains hommes ont encore des principes alors. » plaisanta-t-elle à son tour avec une moue mutine. Le garage fut rapidement fermé afin que personne ne vienne troubler la fin de journée d’Alaric. Apparemment, les clients de dernière minute n’était pas rare. « Je veux bien le croire. J’en fais partie. » nota-t-elle, faisant allusion à ce soir, et également à la première fois où ils s’étaient rencontrés en pleine nuit sur le bord de la route. Elle se retourna et brusquement, ils se retrouvèrent nez-à-nez. Bien que cette sensation lui déplut une microseconde plus tard, elle sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Une tension l’habita, son regard dans le sien, avant qu’il ne rompe le charme en parlant. Elle sourit à son tour, bien plus gênée qu’elle ne l’aurait voulu. « Oui, bien sûr. » Et elle le laissa aller prendre sa douche, tentant de se raisonner elle-même pour tous ces sentiments confus. La solitude dans laquelle elle se trouva lui permit de reprendre ses esprits en même temps qu’elle étudiait l’antre de cet homme atypique. Malheureusement pour sa curiosité, il n’y avait guère à apprendre sur lui. Il n’y eut que ses gants de boxe en témoignage de sa vie personnelle. Elle les observa en premier lieu, osa à peine les toucher avant de s’enhardir à les enfiler. Il était sans surprise d’admettre que la comédienne n’avait jamais fait de boxe de toute sa vie. Les gants étaient mal mis. Ni lacés. Elle frappait dans le vide un adversaire imaginaire qui se serait bien moqué d’elle s’il avait été réel. Mais il y avait quelqu’un d’autre pour se payer sa tête. En se retournant, elle aperçut la haute silhouette d’Alaric et sursauta. Elle rougit violement de se retrouver dans une situation aussi gênante, mais il ne sembla pas s’en formaliser. « La douche a été rapide. » crut-elle bon de faire remarquer pour s’offrir un peu de contenance, mais il s’amusait plutôt de noter qu’elle était inexpérimentée en boxe. « Est-ce que ça se voit tant que ça ? » plaisanta-t-elle, n’ayant aucun souci à se tourner en dérision. En s’approchant, elle put le discerner en entier. La moindre trace de cambouis avait été balayée. Il était propre, simple et beau à la fois. Elle s’en rendit compte pour la première fois. De ce charme qu’il portait sur lui sans s’en rendre forcément compte. Sans en jouer. Sans en avoir l’air. « Hein ? » demanda-t-elle soudain, n’ayant pas écouté un mot de ce qu’il venait de dire. Heureusement, il précisa un peu mieux. « Oh euh… je ne sais pas vraiment. Pourquoi pas. Bien que je doute que cela me transforme en Wonder Woman si quelqu’un me veut vraiment du mal. » Son souffle se coupa quand il attrapa les gants entre ses mains. Intérieurement, elle se morigéna. Leurs peaux ne se touchaient même pas. Ses prunelles ne lâchaient plus ses doigts qui tenaient presque les siens, quand il parla à nouveau. Un léger sourire para ses lèvres. « Rien de mieux que le sommeil. » mentit-elle. David ayant dit l’exact contraire en partant, elle ne sut pas vraiment si Alaric avait dit cela pour lui faire plaisir ou parce qu’il le pensait vraiment. Elle ne le connaissait que depuis peu, mais elle pouvait s’avancer sur le fait qu’Alaric ne disait que ce qui était vrai. Était-ce le fait d’être en sa présence qui lui donnait cette sensation-là ? Quand bien même, avec son nouveau traitement, les choses ne pourraient qu’aller mieux. Ses frissons la quittèrent dès lors qu’il s’éloigna d’elle. Elle retira les gants, déjà amusée de le voir demander plus qu’un verre. « D’accord, mais c’est toi qui trouves l’endroit. » Employer le tutoiement lui parut un peu étrange. Toutefois, il commençait à le faire, pourquoi pas elle ? Elle récupéra son sac qu’elle avait posé et se dirigea vers la porte qu’Alaric venait d’ouvrir. « Et je veux aussi mon verre avant. » Elinor en avait bien besoin. Ils sortirent tous les deux, et apparemment, leur bonheur ne fut pas très loin. Ils atterrirent dans une sorte de brasserie. La comédienne aima l’endroit par son bruit, sa vie et ce cadre bien plus chaleureux que les restaurants où l’amenait David. C’était simple. Et Elinor appréciait la simplicité. Ils s’assirent rapidement à une table. Elle observa un peu l’animation autour d’eux. Dans une autre partie de l’établissement visible de loin, il y avait un billard où des clients jouaient déjà. Il y avait même un jeu de fléchettes. Et le jukebox jouait une musique entraînante. « J’aime beaucoup cet endroit. Tu y viens souvent ? » demanda Elinor en se recentrant sur le mécanicien en face d’elle. Puis chose promise, chose due, elle eut son verre en premier. Elle commanda un verre de vin blanc et une fois en possession de leurs boissons, ils trinquèrent. « A ce vieux tacot qui renaît une fois de plus de ses cendres. » plaisanta-t-elle en parlant de sa voiture. Cela risquait d’être l’une des dernières fois qu’elle pourrait faire réparer sa voiture, mais elle y tenait malgré tout. Elle but une première gorgée, déjà de meilleure humeur que cet après-midi. « Au fait, je me suis permise de dire à mon frère qu’il détenait un admirateur. J’espère que tu ne m’en voudras pas. J’ai tu ton nom si ça peut te soulager. » La veille, elle avait été chez Gabriel, lui évoquant brièvement sa petite mésaventure. « D’ailleurs, pourquoi tu ne joues jamais à personne ? Monsieur Winchester serait-il un grand timide ? » se moqua-t-elle gentiment en prenant une nouvelle gorgée de son verre.
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Alaric Winchester
Admin Ours Brun
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MessageSujet: Re: When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric   Lun 29 Mai - 17:42


Il se sentait un peu démuni. Un peu perdu. Un peu interrogatif. Un peu chamboulé. En terrain inconnu. Habitué à avoir le contrôle sur l’entièreté de sa vie en temps normal, il détestait se sentir si vulnérable au contact de la jeune femme. Il ne parvenait pas à comprendre ce qui la rendait si mystérieuse et si intriguante à ses yeux, le poussant à avoir envie de la connaitre – et même de la revoir. Mais il la trouvait mystérieuse et intriguante, et il avait envie de la connaitre et de la revoir. Depuis leur rencontre, il ne se passait une seule journée où il ne pensait pas à elle. Oh, bien sûr, il n’y pensait pas 24h/24 – n’est-ce pas – mais il avait toujours une petite pensée pour la jeune femme insouciante qui s’était arrêtée un soir sur le bas-côté de la route. Faut dire aussi que ses collègues – non, ses employés – ne cessaient de le charrier et de le taquiner à ce sujet. Selon eux, il était évident que quelque chose se tramait entre eux. Selon eux encore, il était évident qu’elle en pinçait pour lui – et surtout qu’il en pinçait pour elle. Il leur avait maintes fois demandé de fermer leur gueule sous peine de baisse de salaire – voire même d’un renvoi immédiat. Mais ils avaient ri, et n’avait pas arrêté leurs blagues idiotes. Il avait bien trop besoin d’eux pour qu’il ose les renvoyer pour si peu, ils le savaient bien. Ils avaient fini par cesser un peu leurs taquineries, mais il ne doutait pas un instant que s’ils apprenaient que la jeune femme était revenue le voir ce soir-là, et l’avait invité à boire un verre en sa compagnie, ils recommenceraient de plus belle. Il la remerciait silencieusement du coup pour avoir choisi de venir au garage en fin de journée, en début de soirée, là où il était sûr d’être seul pour l’accueillir. Il avait eu l’intention d’appeler Dan afin de prendre de ses nouvelles – et lui demander encore une fois s’il n’avait pas réfléchi au traitement. Il connaissait la réponse à chaque fois, mais il ne pouvait s’empêcher de la poser tout de même, quitte à énerver son mentor et père de cœur. Il avait même pensé passer le voir directement. Mais la perspective d’une soirée tranquille en compagnie de la jeune femme lui plaisait bien davantage. Comble de la surprise, lui qui n’accordait que trop peu d’importance aux femmes et aux autres s’ils n’étaient pas Dan ou Daisy. « Je ne suis pas le genre d’hommes à faire des compliments facilement, » qu’il lui dit en souriant en coin, « mais tu n’es pas une cliente comme les autres, » lui dit-il pour l’excuser d’être venue se présenter aussi tard au garage, sans prévenir, sans guérir. Sa manière à lui de lui dire qu’il apprécie qu’elle soit là, qu’il ne lui en veut pas et qu’au contraire ça lui plait bien. « En plus, il me semble que la dernière fois tu n’as pas eu le temps de finir ton repas. Tu étais même plutôt pressée, » ajoute-t-il un regard en coin. Il n’était pas de nature curieuse, alors pourquoi se poser la question ? Pourquoi désirer obtenir une réponse ? « J’ai dû finir mes deux plats, plus le tien pour la peine. Tu me dois forcément un repas, selon mes calculs, » plaisante-t-il en refermant derrière lui avant de la laisser quelques minutes seule pendant qu’il se changeait et se préparait. La légère proximité qu’ils venaient de partager avait été aussi intriguante et mystérieuse que ne l’était la jeune femme – de quoi le perdre un peu plus. Dieu qu’il détestait être perdue et nagé en mer inconnue. Il était partagé entre la contrariété et la curiosité. Il n’avait pas été intrigué et fasciné par une femme depuis des années – même Daisy n’était pas parvenue à brisa sa carapace et il s’en était voulu car la jeune femme méritait un bonheur sans fin. Il avait su dès le départ qu’il ne lui était pas destiné, aussi avait-il mit fin à leur idylle aussitôt qu’il avait senti que les choses dérapaient un peu trop. Ils étaient amis à présent, et Alaric se contentait de nuits sans lendemain la plupart du temps – c’est-à-dire rarement. Elinor était différente. Elle réveillait des choses en lui qu’il ne comprenait pas, qu’il ne saisissait pas – des émotions ? des craintes ? des envies ? des doutes ? des rêves ? Il ne parvenait pas à le comprendre pour l’instant, mais il était bien décidé à en apprendre un peu plus sur elle, un peu plus sur lui, un peu plus sur ce que tout cela voulait dire.

« La boxe a longtemps été un rêve, c’est uniquement pour ça que je peux dire que tu n’en as jamais fait. Sans cela, je te rassure… » dit-il en s’approchant, « tu n’étais pas du tout ridicule, » ajoute-t-il avec un sourire déstabilisant et taquin. Il rit légèrement devant son air légèrement perdu – et il espérait secrètement qu’il en fut la raison – avant de lui répondre. « Sans te transformer en wonder-woman – je t’imagine un instant dans la tenue et c’est plutôt… fascinant – tu connaitrais au moins des bases pour éviter les ennuis. Tu dois me trouver légèrement trop strict et protecteur, » ajoute-t-il en fronçant légèrement les sourcils en le réalisant lui-même, « mais l’idée de te savoir démunie face à une bande de voyous si tu devais te retrouver seule sur le bas-côté de la route me fait rager. J’ignore pourquoi, » ajoute-t-il après cette révélation d’un air désinvolte. « Je suis le meilleur dans les environs, » pour ne pas dire de la ville et de l’état, « donc tu serais plutôt gagnante, » achève-t-il de la convaincre de le laisser lui donner des cours – gratuits par-dessus le marché. Il ne l’offrait pas à n’importe qui. A vrai dire, pas mal des combattants anonymes venaient le voir en espérant gagner sa sympathie pour qu’il accepte de les entraîner, de les guider et de les aider à s’améliorer. En vain. Cela dit, ce n’était pas le même job que d’entraîner des combattants pour de vrais combats et une jeune femme pour qu’elle sache un minimum se défendre. La dernière fois qu’il l’avait vue par ailleurs, elle avait été blême et s’était évanouie dans ses bras – de quoi la rendre plus vulnérable encore à ses yeux. « C’est donc cela… et moi qui pensais que seule la nourriture permettait de respirer la joie de vivre, » plaisante-t-il à moitié – il pensait vraiment que la vie sans bouffe n’était pas une vie. « T’en fais pas, je sais exactement où t’emmener pour te remplumer un peu et tu pourras boire autant de verre que tu le désires, » lui promet-il en l’attendant à la porte du garage, qu’il referma à double-tour avant de la faire grimper de nouveau dans sa voiture et de l’emmener dans une brasserie qu’il connaissait très bien – le propriétaire étant un client.

« Je suis content qu’il te plaise. J’y viens dès que je peux, le patron est un de mes clients réguliers – et je lui dois pas mal d’autres clients d’ailleurs. Il me fait toujours une petite ristourne quand il est là. C’est plutôt simple, mais je trouve qu’on s’y sent bien. A l’aise. Chez soi, » lui dit-il en haussant les épaules. Il n’y avait pas beaucoup d’endroits qu’Alaric pouvait considérer comme « être à la maison ». Celui-ci en faisait néanmoins parti. Il commanda un simple coca-cola, ne buvant pas d’alcool, et ils trinquèrent à cette fameuse voiture antique qui les avait malgré tout placés sur le même chemin. Il devait bien le reconnaitre – intérieurement. « T’as de la chance que j’ai pu faire quelque chose d’elle, sans ça je ne suis pas certain que tu l’aurais retrouvée, » lui dit-il en buvant une gorgée, cachant son sourire derrière le verre. « Quoi ? Je n’aurais pas hésité si ça avait signifié te mettre en danger. Mais j’ai pu réparer le plus gros des dégâts. Je ne dirais pas qu’elle va faire encore des années, mais tu devrais être tranquille un petit moment avant de devoir revenir me voir, » et cette idée l’irritait beaucoup. Car pour quelles raisons se reverraient-ils alors ? Pour quelles autres raisons viendrait-elle au garage lui rendre visite ? « Tu aurais pu lui donner mon nom, l’adresse de mon garage si tu le voulais. Je n’ai pas honte d’adorer la musique de ton frère. Cela dit, je ne suis pas le genre de personne à demander un autographe… une simple place pour son prochain spectacle suffirait, » lui dit-il avec un clin d’œil avant de rire légèrement. « Timide ? Non. Juste amateur. Crois-moi, ça ne vaut pas le coup d’être écouté, » lui confie-t-il en haussant de nouveau les épaules. Il savait qu’il s’en sortait bien, plutôt bien même selon Dan et les quelques privilégiés à l’avoir entendu, mais il n’était pas un musicien hors pair. Il n’était pas Gabriel Goldstein. « Quand est-ce que ta pièce doit se produire ? Les places ont déjà été vendues ? Car oui, » ajoute-t-il tandis qu’elle l’observait, « si je suis fan de ton frère, j’aimerais beaucoup te voir sur scène, » dit-il spontanément. Il n’y avait pas du tout pensé, ce n’était pas du tout prémédité. Il cherchait juste un moyen, une raison de pouvoir la revoir encore et que cette soirée ne soit pas la dernière.

Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ?



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When the night was full of terror And your eyes were filled with tears When you had not touched me yet Oh take me back to the night we met - elinor & alaric
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