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 « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥

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Raphaël Grimes
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MessageSujet: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Mar 4 Avr - 21:14

Il savait qu’il ne serait pas bien accueilli. Tout comme il savait qu’il aurait un nombre incalculable de choses à se faire pardonner. Pourrait-il nommer un jour tous ses forfaits ? Dans le fond, il osait à peine esquisser qu’une seule ébauche d’idées concernant le passé de sa sœur. Il préférait se convaincre qu’il ne s’agissait que d’un caprice de gamine, plutôt que d’admettre que son existence avait tourné au cauchemar sans qu’il n’ait pu agir. Que ce serait-il passé s’il n’était pas parti ? Comment aurait pu être les choses s’il était resté pour protéger sa famille ? Ses sœurs. Veiller sur ses frères. Prendre soin de sa mère. En partant un jour au loin sans jamais se retourner, il pensait avoir pris la bonne décision. Surtout pour lui-même. Il était parti par égoïsme. Sans même savoir ce qui le poussait vers cet horizon. Pour la première fois, il voulait vivre pour lui car il craignait de ne jamais exister alors. Année après année, il avait tenté de se construire une vie que son caractère avait vicieusement détruit jusqu’à n’en plus rien laisser. Judith s’était éclipsée, et avec elle, tous ses espoirs de fonder un jour une famille. Son groupe de biker s’était dissous à cause de ses excès de violence. Même son garage n’avait pas tenu le choc. Plusieurs mois en prison avaient achevé de faire couler son affaire jusqu’à ce qu’il ne se retrouve sans rien pour vivre, hormis sa pension d’ancien militaire et de biens maigres économies.
En marchant ainsi dans les rues de Los Angeles, Raphaël savait qu’il était un homme qui ne possédait plus rien. Et dans le désespoir de ce genre de constatation, il se raccrochait à la plus infime lueur d’espoir. Car aussi fort et insoumis que l’était Raphaël, il était pétri de peur. La solitude était pour lui effrayante. L’absence de sens dans sa vie était un néant qui lui donnait le tournis. Il craignait de tomber, alors qu’il chutait déjà. Et il était proche de la fin…

Il n’était pas en forme. Son corps le faisait encore souffrir atrocement. Il marchait en claudiquant. Il grognait à chaque pas, râlait un peu. Il se tenait les côtes en jurant contre cet abruti qui était désormais avec sa femme. Cette femme qui ne serait sûrement plus longtemps la sienne. La fin d’une ère approchait, sans même annoncer la nouvelle. Que se passerait-il alors par la suite ? Que deviendrait-il ? Quel nouveau sens donner à son existence ? Raphaël repoussa toutes ses pensées angoissantes qui n’avaient jamais fait partie de ses préoccupations. D’ordinaire, il choisissait de lui-même ce que sa vie allait devenir. Il ne s’en remettait jamais au destin impitoyable. Pourquoi les choses lui paraissaient-elles soudain si hasardeuses ? Lui qui ne croyait ni en la chance, ni au coup du sort. Il en voulait à la terre entière. Il en voulait à ceux qui lui avaient tout pris. Il en voulait à lui-même. Alors il arrêta de penser. Il arrêta de se poser des questions.
Il avança simplement.
Ses doigts se serrèrent autour du petit bout de papier sur lequel étaient griffonnés quelques mots. Une adresse. Celle de Rebecca. Quelques semaines auparavant, il ne se serait jamais embarrassé de savoir où elle vivait. Il n’était pas habité que par cette obsession malsaine de retrouver Judith pour la ramener auprès de lui. Cet amour l’avait aveuglé. La culpabilité concernant sa famille l’avait fait reculer. Il n’avait aucun désir de renouer. Aujourd’hui non plus… il ne savait pas réellement. Il avait juste désespéramment besoin d’aide. Il n’avait plus personne d’autres vers qui se tourner.
Pour obtenir cette adresse, il avait fait ce qu’il pensait ne plus jamais pouvoir faire. Il avait appelé sa mère. De tout son répertoire, le numéro de sa mère était étonnement celui qu’il n’avait jamais effacé. Sûrement au cas où. Juste comme ça. Pour, inconsciemment, s’offrir un dernier lien avec cette famille qu’il avait abandonné un beau jour. Leur conversation fut bien plus étrange qu’il ne l’aurait pensé. Leur mère était un personnage particulier. Jusqu’ici, personne n’était parvenu vraiment à la déchiffrer. Elle n’était guère tendre, pas vraiment douce, mais elle avait cette capacité à savoir comment agir en toutes circonstances sans émettre le moindre doute. Et après plus d’une quinzaine d’années d’absence, Raphaël avait appelé juste pour demander une adresse. Elle ne lui avait pas posé la moindre question. Elle n’avait pas cherché à savoir pourquoi il l’appelait, pourquoi cette adresse, ni même ce qu’il était devenu durant toutes ces années. Après tout, un bon nombre aurait pu le croire mort après un silence aussi long. Et il avait obtenu ce qu’il désirait. Sans une parole de plus, ils s’étaient quittés ainsi. Voilà l’échange d’une mère avec son fils après le silence. Ce n’était pas édifiant. Ça n’avait rien d’émouvant. C’était à l’image de leur relation.

Raphaël tapa plusieurs fois contre le bois de la porte. Manifestement, il ne s’était pas trompé. Si plusieurs noms traînaient sur la boîte aux lettres, celui de Swan y figurait aussi. Cela lui avait suffi. Il n’avait besoin de rien d’autres.
Le motard n’était sûrement pas d’humeur, ni même en état de voir apparaître un autre visage que celui de sa sœur. Il ne s’attendait pas à des retrouvailles émouvantes, ni même à de grandes effusions vue la manière dont il l’avait quittée la dernière fois. De toute manière, il n’appréciait pas ce genre de démonstrations d’affection. Ça le faisait chier. Il n’aimait pas ça. Il était trop pudique. Trop orgueilleux. Heureusement pour lui, ce fut la petite tête de sa jeune sœur qui se présenta à lui. Ils échangèrent un long regard où Raphaël jugea qu’il serait sûrement bon qu’il parle en premier. Il était dans un piteux état. Un peu trop essoufflé par sa marche. « R… Becca… je… » Peut-être était-ce Bucky aujourd’hui, mais s’en moquait éperdument. Depuis toujours, il l’avait appelée Becca. C’était ainsi. Il ne changerait pas pour un coup de tête. « J’ai besoin de toi… » Des mots, Raphaël en avaient prononcé beaucoup dans sa vie. Des élégants, des vulgaires, des beaux, des laids, des conventionnels, des normaux. Mais jamais ceux-là. Parce que Raphaël n’avait jamais reconnu avoir besoin de qui que ce soit dans sa vie.
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Bucky Swan
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Mer 5 Avr - 0:37

Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger !
Raphaël ∞ Bucky
J'ai fait ci... Et après j'ai fait ça... Et même qu'à un moment je me suis arrêtée parce que je savais plus ce que je voulais faire... J'ai fait demi-tour, je me suis souvenue et je suis donc allée faire cette chose...
Oui on m'a dit que c'était une bonne formule afin de commencer une journée... Je trouve ça un peu réducteur mais pourquoi pas... Et puis non, moi dans le fond j'ai surtout envie de vous parler de Jahia. Ou alors de Billie. Ou alors d'Assistant ! Vous savez quoi, je vais faire tout ça à la fois (je suis une femme tellement pleine de surprises!)
Alors avec Jahia, ça va bien. Ca va faire déjà deux mois qu'on est ensemble et c'est tout simplement merveilleux. Billie me fait rire en me disant parfois que je n'ai rien de croustillant à raconter, le fait est qu'on n'est pas encore passé à l'acte. Si j'ai du mal avec les hommes, je ne sais pas vraiment comment m'y prendre avec une femme. Et puis, j'ai besoin d'encore un peu de temps je crois. Jahia le comprend, elle y va doucement avec moi. De petits baisers, elle ose m'embrasser avec fougue. De légères caresses sur la peau, elle ose poser sa main sur ma cuisse quand on regarde un film, ou encore me faire des câlins sans que je n'en sois l'investigatrice. Elle me permet de repousser mes limites sans me faire peur. Au contraire, chaque jour je suis un peu plus fière de moi.
Avec Billie on vit bien ensemble, je lui fais des tours de magie, elle me fait à manger (ou alors on commande... Parce que les sushis c'est compliqué à faire). Et puis voilà, elle est adorable avec moi, elle est à l'écoute même si elle ne connaît pas toute mon histoire. Et puis elle n'a pas à la connaître. Le plus important est celle que je suis maintenant.
Et puis on a Assistant maintenant. Assistant c'est le lapin que j'ai déjà fait disparaître 86 fois depuis son arrivée. Je crois qu'il le vit bien, la preuve, c'est qu'il a le droit de se balader dans l'appartement et qu'il ne me boude pas. Dès qu'il peut, il se colle à nos pieds et voilà... Quand je le dis que ce lapin est en fait un chat.
Et puis voilà, la vie suit son cours. La famille est plus présente que jamais et même si je suis parfois un peu plus solitaire, je suis juste rassurée de les savoir autour de moi. C'est ainsi, c'est ma famille et sans eux je ne serais rien. On m'a déjà demandé si je ne leur en voulais d'avoir été sous le même toit et de ne pas avoir vu. Non, je ne leur en veux pas. Comment le pourrais-je. J'ai tout fait pour qu'il ne voit rien afin que papa ne s'en prenne qu'à moi. Le fait est que j'ai bien réussit...
Et puis ils ont été tellement parfait avec moi après l'annonce. Surpris, choqué, dégoûté, mais surtout présent pour essayer de me remettre debout. Je pense aussi que c'était, et que c'est encore un peu, une façon de s'excuser de n'avoir rien vu, de n'avoir rien fait avant.
Enfin, il y a juste une exception à cela... Raphaël.
J'ai toujours aimé mon grand frère, mais il est parti. Si au début je ne lui en ai pas vraiment voulu c'est surtout que je ne me suis pas rendue compte que je ne le verrais plus. Et puis tout est devenu sombre autour de moi. Il a toujours été très protecteur envers moi, c'est pour ça que souvent je pensais à lui. Je me demandais ce qu'il aurait fait, est-ce que lui, il aurait vu cette petite étincelle disparaître au profit de la peur et du dégoût ?
Mais à quoi bon se demander ce genre de chose. Il n'est jamais revenu. Enfin si, il y a un peu plus d'un mois je l'ai croisé. Et alors que je pensais pouvoir retrouver mon frère, je me suis juste pris à nouveau une claque. Comme si la vie me rappelait d'être toujours méfiante, surtout envers les personnes auxquelles on a le plus confiance. Il a raison sur un point, j'ai été bien naïve de croire une seule seconde que je pourrais le retrouver à nouveau. Il est parti, il m'a abandonné, il nous a abandonnés et il en a eu tout simplement rien à foutre...
C'est ce que je me dis pendant que je bois mon chocolat chaud devant mes dessins animés, AVENGERS Rassemblement ! Captain c'est mon chouchou. Il est gentil lui, et humble, et il a une éthique... Il aurait pu me sauver s'il avait été mon grand frère lui...
Toc toc toc...
Je tourne la tête vers la porte. J'ai pas envie de répondre, je suis en train de regarder mon dessin animé. Seulement quand on retape à la porte, je pose ma tasse sur la table basse et décide enfin de me lever (je sais, quelle héroïne!) Sans jamais vraiment regarder par le judas, j'ouvre la porte et me bloque net...
Quand on parle du loup...
Et puis là, je regrette clairement de ne pas avoir regardé par le judas.
Seulement une part de moi se sens soudainement mal. Mais pas mal genre le vilain frère, mais mal parce que lui à l'air de souffrir. Cela passe par son corps meurtri, mais aussi par son regard...
Moi je le vois la détresse dans tes yeux...
Je ne dis rien. Je n'ai rien à dire. Je crois que tout a été dit.
- R… Becca… je…
Je croise mes bras autour de ma poitrine, montrant clairement mon hostilité. Franchement il a du culot de se montrer ici après avoir clairement dit qu'il en avait rien à foutre de moi, de nous et qu'il avait tourné la page pour vivre sa propre existence blablabla... Pourtant entendre ce surnom qu'il est le seul à me donner ne peut m'empêcher d'avoir un léger pincement au cœur... Merde que je suis faible...
- J’ai besoin de toi…
Je reste totalement interdite. Je connais sa fierté, je ne l'ai jamais vraiment oublié. C'est un peu de cette façon qu'on le caractérise dans la famille, tout comme moi on me caractérise comme la magicienne et Juliette comme la coincée de la maison. Mais là, il a besoin de moi... Seulement notre dernière rencontre me reviens en mémoire, et surtout ses paroles que je me reprends comme une claque.
- Moi aussi j'avais besoin de toi... Mais si je me souviens bien d'un tu t'en fou, de deux, tu t'es bâti ta propre existence et c'est à elle que tu te consacres... Et je ne fais pas partie de cette nouvelle existence j'ai bien compris !
Je ne digère pas vraiment la façon dont il m'a rejeté.
- Et puis qui t'as donné mon adresse ?!
Ouais, c'est une bonne question ça. Qui je vais devoir gronder au téléphone pour avoir fait ça ?! Même si je pense avoir déjà la réponse. Il n'a pu appeler qu'une seule personne...
- Le fait est que tu vois, j'ai des trucs de gamine à faire, je suis douée apparemment pour ça. Et quand on dit Adieu à quelqu'un, c'est qu'on ne compte jamais la revoir par la suite... JAMAIS !
Je fronce le nez et commence à fermer la porte sans même lui laisser le temps de répondre. Mais je ne lui claque pas non plus au nez. Je le sais, je le sens. Mon corps, non, plutôt mon cœur ne veut pas totalement lui fermer la porte, je crois que j'ai besoin d'être certaine qu'il veut vraiment un dialogue avec moi si j'ose dire. Je crois surtout que, si lui a tiré un trait sur nous, je me sens totalement incapable de le laisser dans un tel état de détresse...
Retiens la porte... S'il te plaît...
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Raphaël Grimes
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Mer 5 Avr - 23:07

Si Raphaël avait dû compter toutes les bonnes choses qu’il avait pu faire dans sa vie, il savait déjà que la liste serait bien trop courte. Le motard collectionnait les erreurs. Les mauvaises décisions. Les moments impulsifs. Les fois où il aurait dû fermer sa gueule. Les choix égoïstes. Au cours de son existence, il n’avait rendu personne heureux, pas même lui-même. En partant une dernière fois pour le front, il avait éveillé la douleur de Mary. Cette dernière l’avait cru mort pour toujours, abandonnant ses rêves de construire une vie avec lui. Il l’avait laissée sur l’autoroute de la vie, démunie, seule et sans aucun bagage. En partant sur un coup de tête, il avait fait souffrir sa famille, et sa sœur Becca bien plus encore. En décidant de tirer un trait sur les relations amoureuses, il avait fait souffrir bien plus de femmes qu’il ne le pensait. Des femmes qui avaient cru à un avenir avec lui alors qu’il était devenu un homme à vivre au jour le jour. Et même lorsque sa route avait croisé celle de Judith et qu’il avait cru au mariage, il n’avait pas rendu son épouse heureuse. Peut-être un peu au début. Aveuglée par cet amour merveilleux qu’elle lui portait, par la vanité d’attirer un homme bien plus âgé qu’elle. Mais elle était trop jeune, trop douce, trop pétillante, trop pleine d’espoir. Elle n’avait pas assez vécu, et c’est ce qui avait détruit leur couple. Elle n’avait jamais pu comprendre ses blessures et ses démons. Elle voyait ses cicatrices sans en imaginer la douleur. Avec le temps, il avait fini par la souiller sans vraiment le vouloir avec son cynisme, son désenchantement, sa rudesse et ses ténèbres. Il l’avait aspirée dans la spirale infernale de sa tourmente. Elle méritait mieux. Elle méritait d’être heureuse.

Alors aujourd’hui, qui voudrait bien lui tendre la main ? A quel moment avait-il mérité que quiconque ne lui vienne en aide au moment il en avait le plus besoin ? Il n’avait jamais su rendre quelqu’un heureux. Tout juste l’esquisse d’un sourire. Le mirage d’un bonheur qui prenait déjà fin. L’illusion d’un rire qui résonne dans le lointain. Raphaël n’avait réussi qu’à faire souffrir les gens. Il s’était échappé constamment, filant entre les griffes du destin. Il en récoltait désormais les fruits. Toutes les portes se fermeraient sûrement devant son nez. Pourrait-il leur en vouloir ? Sûrement pas. Il l’avait mérité. Il se souvenait de son père qui, au milieu de ses récits délirants, prodiguait des discours d’une intense sagesse. Il affirmait qu’il fallait toujours se montrer bon. Que chaque jour ne devait pas être vécu comme un fardeau, mais comme une bénédiction. Que même si les jours étaient sombres, la lumière refaisait toujours surface pour ceux qui savaient regarder le ciel. Raphaël n’avait jamais suivi l’un de ses beaux conseils. Chaque jour était une torture. Il se moquait entièrement du genre humain. Il le débectait viscéralement. Il n’avait pas été bon. Il n’avait jamais su regarder le ciel. Il s’était contenté d’observer le noir et la froideur du bitume sous ses pieds. Il n’avait profité d’aucun instant.
Dans le regard de Becca, il sut désormais que c’était aujourd’hui qu’il en payait le prix.

Un mélange de colère. D’amertume. De rancune. D’hébétude. De douleur. Pouvait-il lui en vouloir pour un seul des sentiments qui ébranlait son cœur à cet instant ? Il s’étonnait presque qu’elle n’ait pas explosé avant. « J’ai besoin de toi… » Les paroles de trop. Les mots qu’il ne fallait sans doute jamais prononcer. Il n’avait pas le droit de lui quémander son aide, et pourtant, il se retrouvait devant sa porte. Comme un condamné à mort qui supplie pour une grâce. Elle lui rejeta les mêmes mots qui avaient été les siens plusieurs semaines auparavant où il s’était montré si cruel. Obnubilé par ses désirs de retrouver Judith, il avait tourné le dos à ceux qui l’aimaient encore. Ce n’était qu’un juste retour des choses que la situation s’inverse. « Becca… » souffla-t-il, plus douloureusement qu’il ne voulait le laisser paraître. Était-ce ses blessures qui lui faisaient autant mal ou bien l’attaque de ses mots ? Un peu des deux, sûrement. Elle finit par s’inquiéter de savoir qui lui avait donné son adresse. Il lâcha un soupir. « A ton avis ? Ce n’est pas l’ange Gabriel… » Il ne put s’empêcher d’être sarcastique. Ce n’était pas la bonne riposte, mais la douleur qui le lançait le rendait impatient. « Le fait est que tu vois, j’ai des trucs de gamine à faire, je suis douée apparemment pour ça. Et quand on dit Adieu à quelqu’un, c’est qu’on ne compte jamais la revoir par la suite… JAMAIS ! » Son pied retint juste à temps la porte avant qu’elle ne lui soit claquée au nez. Il écarta légèrement plus l’ouverture du bras qui ne tenait pas ses côtes, apposant une résistance contre Becca. « Bon sang, Becca, attends ! » Il était à la fois excédé et résigné par cette situation. Pour la première fois, il sentait qu’il n’était pas dans son bon droit. Pas face à sa sœur. Il resta là un instant, immobile à l’embouchure de cette porte. Il prit une grande inspiration. « Écoute, je suis désolé. Pour tout ce qu’il s’est passé. Pour toutes ces années où je n’ai pas été là. Pour toutes ces choses que je n’ai jamais sues. » Les excuses n’étaient clairement pas son fort. Il n’en avait présenté que peu durant sa vie. S’excuser, ce n’était pas pour des hommes de sa trempe. « Plusieurs années auparavant, j’ai fait l’erreur de partir. J’ai fait l’erreur de vous laisser derrière. De te laisser derrière. Tout ce que j’ai su dire, c’était adieu… et regarde où j’en suis aujourd’hui. Becca, ne commets pas les mêmes erreurs que moi. Ne sois pas égoïste. Ne sois pas aveugle. Ne sois pas idiote… ne sois pas moi. »
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Bucky Swan
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Jeu 6 Avr - 1:25

Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger !
Raphaël ∞ Bucky
Je le vois, il est là en face de moi et je me demande qui je suis en train de regarder dans le fond. Parce que si ce personnage ressemble physiquement à mon frère, je ne le reconnais tout simplement plus. Plus depuis notre dernière rencontre en tout cas.
Je me souviens de son regard, plus pétillant autrefois. Chaque fois qu'il me voyait faire un tour de magie, je savais qu'il feignait l'intérêt, mais son regard semblait tellement plein de vie que je ne lui en voulais pas. Même s'il voulait se donner le genre du grand frère qui n'en avait rien à faire, je savais qu'il aimait ce moment de complicité entre nous. C'est ce que je cherchais en faisant des tours de magie avec lui, ce que je cherche encore aujourd'hui dans la rue. Après tout, je crois que c'est lui qui m'a surtout donné envie de faire ce que je fais aujourd'hui. Chaque fois que je vois quelqu'un qui me le rappelle je fonce vers lui afin de retrouver ce moment de complicité. Je cherche ceux qui se sentent un peu seuls, je cherche ceux qui semblent un peu perdus dans ce monde trop grand, je cherche ceux qui râlent plus que d'ordinaire, mais je cherche surtout à retrouver cette petite lueur si spéciale, comme celle que je faisais apparaître dans le regard de mon frère.
Je me souviens de son sourire. Souvent mes frères et sœurs disaient qu'il était rare. Mais moi, je n'étais pas d'accord. Il n'était pas rare, il se faisait voir seulement dans les moments uniques, les moments de partages, les moments où il était vraiment heureux. Il apparaissait quand je venais lui faire un câlin, quand je réclamais qu'il me raconte une histoire, mais aussi chaque fois que je le surprenais en train de m'observer, comme un grand frère aimant sa petite sœur.
Je me souviens de sa force, cette force que j'ai toujours tant admirée, que j'ai toujours voulu imiter. Je me souviens ainsi de cette façon de me porter plus haut sans même véritablement s'en rendre compte. Cette façon qu'il avait de me montrer que rien au monde ne devait me faire peur, car j'étais plus grande que le reste du monde.
Je me souviens de sa présence, un havre de paix dans une enfance à la double face. Je me souviens de nos moments de partages, de douceurs, d'amour... Surtout de l'amour...
Mais l'homme que je vois en face de moi n'est pas celui de mes souvenirs.
Je vois son regard, abîmé, sombre, perdu et surtout sans une once de cet éclat que j'aimais tant.
Je regarde ses lèvres, mais pas une once de sourire. Cela se voit, il a perdu ce tout petit tic de l'être humain qui représente l'une des émotions les plus positives, la joie, l'amusement, le bonheur.
Mais ce qui me choque le plus, c'est ce manque évident de force, il a perdu de sa superbe. Plus que ça, c'est comme si on lui avait enlevé sa grâce. Il est un ange déchu et alors qu'il fut mon ange à moi, c'est maintenant à moi de devenir le sien.
Seulement, ses mots ont été trop durs envers moi, sa façon d'agir aussi. Je pensais être différente à ses yeux, sa sœur bien sûr, mais il y a toujours eu un lien spécial entre nous. Pourtant ses paroles m'ont juste montré que j'avais été trop naïve. Envers lui. Envers mon père aussi... La vie cherche juste à me rappeler que je ne peux faire une confiance aveugle comme ça, que je dois faire attention.
Cependant, c'est mon frère... Et ça la vie ne pourra jamais le comprendre.
Je l'entends murmurer mon surnom, encore.
Becca.
Cela me ramène à l'époque où nous étions encore ensemble, heureux il me semble. Dans cette grande maison à Chicago. Je revois les jours d'été où les rideaux donnaient une ambiance tamisée à la scène : des enfants jouant, rigolant, vivants tout simplement. Mais je ne me sens pas encore prête, car ce souvenir est terni par les années, par le temps qui passe, par les souvenirs qui brûlent.
Je commence à fermer la porte, même si dans le fond la fermer me serre le cœur. S'il ne réagit pas, la rouvrirais-je à peine fermé ? Certainement, mais pour l'instant je veux juste me montrer forte, lui prouver que j'ai bel et bien changé. Seulement son pied se glisse entre la porte et je n'ai plus à me poser la question. Toujours à trois quarts fermée, je finis par plonger mon regard dans le sien. Je suis toujours en colère, mais bon sang, cette profonde mélancolie ne me quitte pas, et d'un côté, je rêve de retrouver mon grand frère.
- Bon sang, Becca, attends !
Son ton me redonna du courage, tout comme il me donna à nouveau une raison d'être en colère. Il n'a pas le droit de se montrer aussi désobligeant alors qu'il me demande de l'aide !
- Attendre quoi... Que tu me brises à nouveau le cœur... Je crois que j'ai assez donné...
Et tu ne t'imagine même pas à quel point. Pourtant je ne bouge pas, je ne force pas la fermeture de la porte non plus.
- Écoute, je suis désolé. Pour tout ce qu’il s’est passé. Pour toutes ces années où je n’ai pas été là. Pour toutes ces choses que je n’ai jamais sues.
Je sens mon corps frissonner doucement alors que mes yeux commencent à s'embuer. Seulement non, je ne pleurerais pas devant lui. Mais ses excuses... En avais-je vraiment besoin ? Il était parti, et puis personne ne savait... Alors pourquoi son départ m'a-t-il tant affecté ? Ses mots me transpercent le cœur. Il est désolé pour ce qu'il n'a jamais su... Mais si seulement il savait, me verrait-il toujours comme sa petite sœur ? Et même s'il semble gauche dans ses paroles, il n'imagine pas à quel point celles-ci trouvent un chemin tout droit en moi.
- Plusieurs années auparavant, j’ai fait l’erreur de partir. J’ai fait l’erreur de vous laisser derrière. De te laisser derrière. Tout ce que j’ai su dire, c’était adieu… et regarde où j’en suis aujourd’hui. Becca, ne commets pas les mêmes erreurs que moi. Ne sois pas égoïste.
Un rire nerveux m'échappe. S'il y a bien une chose que je ne suis pas, c'est égoïste. Se rend-il compte du sacrifice que je faisais dès mon plus jeune âge afin de protéger Fiona. S'il y a bien une chose dont je suis fière, malgré tout ce qui m'est arrivé, c'est le fait qu'il ne l'a jamais touché. Mais ce qui me trouble le plus, c'est l'utilisation du mot « erreur » si souvent. Il a dû lui arriver tellement de choses depuis toutes ses années qui l'ont conduit à cet instant. Et quand il regarde dans le passé, c'est son départ qu'il considère comme le début de ses erreurs... Et voilà que je me sens presque coupable de ne pas l'avoir retenu, de ne pas avoir tout fait pour être certaine que tout ce qu'il a pu vivre ne lui arrive pas. Mais on ne fait pas ce genre de chose quand on est la petite sœur. On ne fait pas ce genre de chose quand on a six ans.
- Ne sois pas aveugle. Ne sois pas idiote… ne sois pas moi.
Je cligne des yeux quelques secondes. De sa propre manière, il est en train de s'excuser pour tout, mais en même temps il s'ouvre à moi. Ne pas être lui... Mais j'ai toujours voulu être comme lui, il était une source d'inspiration quand j'étais petite.
Mais il n'est plus du tout cet homme.
Que lui est-il arrivé pour devenir cette personne si sombre, triste, détruite ? J'ai l'impression de ne plus connaître cette personne qui me fait face, et pourtant, il m'émeut au plus haut point. Je veux connaître son histoire, je veux comprendre ce qu'est devenu ce grand frère que j'admirais tant. Je crois que je veux surtout retrouver mon grand frère, parce qu'il m'a terriblement manqué.
Je ferme les yeux un instant avant de grogner. Je lâche la porte et me recule. Il a le champ libre, et je me tourne pour retourner au salon où m'attende mon chocolat chaud. Je ne sais pas s'il me suit, s'il entre. Ce que je sais en revanche, c'est que cette conversation n'est pas fini, loin de là, mais au moins, sur le canapé, ça sera peut-être plus sympa, ou encore plus propice à une véritable discussion, je l'espère.
- Je ne suis pas idiote et je suis bien loin d'être égoïste, mais j'aimerais maintenant des explications... J'ai eu les excuses... Je les accepte même si franchement, j'ai besoin de dire que t'as vraiment été con avec moi l'autre fois.
Gratuit ? Oui, mais il doit le savoir.
- Ca m'a fait un mal de chien, de retrouver enfin ce frère qui m'a tant manqué, qui m'a tant inspiré, pour finalement retrouver un sale con.
Je vais peut-être arrêter d'utiliser le mot con pour cette fois.
- Maintenant, tu dois te souvenir que nous sommes une famille, et une famille ça reste soudé, peut-importe les aléas de la vie, du temps, ou encore des caractères de chacun. Tu n'étais pas là, mais crois-moi... Cette famille est forte et plus attachée que jamais... Et elle n'a jamais pu t'oublier... Je ne t'ai jamais oublié Raph... Tu as toujours eu cette petite place spéciale dans mon cœur. Elle est encore là aujourd'hui, même si tu en as écorché le portrait.
Je soupire, me penche pour prendre ma tasse, bois une gorgée et me racle la gorge avant de reprendre :
- Tu as décidé de partir... Et même si tu dis que c'est une erreur, on ne peut revenir sur le passé... Je suis bien placé pour le savoir, je marmonne. Mais j'espère que tu vas revenir... Parce que con ou pas... On a besoin de toi... J'ai besoin de toi.
Oui, j'ai encore utilisé le mot con, mais c'est pas faute, ça l'illustre en ce moment... Mais ce n'est pas ça qui est important. Le plus important c'est qu'il se souvienne de ce que nous sommes, tous ensemble.
Une famille.
Ohana signifie famille, et famille signifie que personne ne doit être abandonné, ni oublié.
Cela résume parfaitement notre famille, tous ensemble, et toujours dans le cœur des autres, même après n'avoir donné aucun signe de vie pendant des années. Mais je me suis gardé la citation Disney pour moi, sinon j'allais gagner le surnom officiel de gamine.
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Raphaël Grimes
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Lun 10 Avr - 2:21

« Raaaaaaaaphëëëëël ! » Raphaël ne portait pas le prénom le plus compliqué du monde, mais il semblait que pour les enfants, le « a » était en option. Le jeune homme détourna son attention de son ouvrage. Depuis plusieurs jours, il retapait la façade de la maison que le temps avait usée. Ainsi, il apportait son aide auprès de sa mère pour la délester de certaines tâches, de même que son beau-père. Cela lui permettait de ne pas rester complètement oisif. Il avait besoin de s’occuper l’esprit. D’oublier ce qu’aurait pu être sa vie à cette heure-ci si tout n’avait pas dérapé. Une tête blonde apparut dans son champ de vision en courant. Pas plus haute que trois pommes, Rebecca sautait dans tous les sens. « J’ai appriiiis un nouveau tour de magiiie ! Tu veux voir ?! » Avait-il vraiment le choix ? Raphaël leva les yeux au ciel, mais la blondinette connaissait trop son frère pour prendre cela pour une réaction qui reflétait le fond dans sa pensée. Que ce soit de bon matin, en plein milieu de son travail ou tard le soir, il était toujours son meilleur public. N’ayant pas besoin de plus d’encouragements, elle se mit à éparpiller les cartes dans ses mains trop petites d’un geste encore maladroit, mais qui se voulait expert. « Choisis une caaarte ! » Le frère s’exécuta, obéissant aux prochaines instructions de la petite. Il observa discrètement la carte avant de la remettre dans le paquet. Avec beaucoup d’application, Rebecca mélangea le paquet. Raphaël retint un sourire en coin, ayant clairement aperçu sa sœur cacher la carte dans sa manche. Il fit mine de n’avoir rien vu. Si bien que lorsqu’elle poursuivit son tour et qu’elle lui brandit avec fierté la fameuse carte de Raphaël, ce dernier feignit d’être impressionné. « C’est exactement ma carte. T’es une championne ! » Il lui accorda un clin d’œil complice. L’instant d’après, elle plantait ses mains sur ses hanches, une moue boudeuse plaquée sur le visage. « Je ne suis pas une championne. Je suis une magicienne ! » Un rire s’échappa d’entre ses lèvres. Il ébouriffa la chevelure blonde de Rebecca d’un geste un peu bourru mais tendre. « Oui, c’est vrai. Tu es une petite magicienne. » Une magicienne parce qu’elle parvenait à le faire sourire. Une magicienne parce qu’elle le rendait patient. Une magicienne parce qu’elle motivait sa tendresse. Une magicienne parce que le monde devenait bien plus beau dès qu’elle se trouvait dans les parages. C’était Rebecca. Sa magicienne à lui.

Alors comment avaient-ils pu en arriver là ? A cette scène où Rebecca tentait par tous les moyens de refermer cette porte au nez de Raphaël. Toutefois, le frère ne s’avouait pas vaincu dès maintenant. Son pied bloqua la porte et il lui somma de lui laisser une chance. « Attendre quoi… Que tu me brises à nouveau le cœur… Je crois que j’ai assez donné… » L’ancien militaire méritait ces mots même si son expression paraissait ennuyée. Il n’était pas un saint dans cette histoire. Il était même le premier coupable d’avoir laissé mourir cette relation si précieuse. L’était-elle toujours ? Au fond de son cœur, il espérait que oui bien qu’il ne l’admettrait jamais vraiment. Il se contentait seulement de lui demander un sursit, de lui faire comprendre qu’il n’avait pas fait les bons choix aux bons moments et qu’il en arrivait là aujourd’hui. A une vie ravagée. Beaucoup de regrets et de déceptions. Une âme appauvrie et sèche parce qu’il avait tourné le dos à tout le monde, même à ceux qui l’aimaient. Il voulait épargner une telle existence à Rebecca. L’égoïsme ne l’avait pas rendu plus heureux. La violence ne lui avait rien donné. L’ingratitude ne l’avait rendu que plus amer.
Il sentit les résistances de sa sœur faiblir tandis qu’il conservait toujours son pied dans l’ouverture. Elle ne tentait plus de fermer la porte, mais on ne savait jamais… Un long silence s’étendit durant lequel Raphaël masqua très mal sa gêne. Il n’y avait que Becca pour lui arracher ce genre de discours, mais ce n’était pas pour autant qu’il les assumait entièrement. Finalement, elle lâcha la porte, s’engouffrant dans l’appartement et invitant implicitement son frère à en faire de même. Un grognement s’échappa d’entre ses lèvres avant qu’il n’entre à sa suite. L’appartement était… à l’image très certainement de ce que sa sœur était. Un endroit chaleureux, doux et quelque peu bordélique par certains aspects, mais il n’était personne pour critiquer qui que ce soit sur le rangement. Il n’en avait rien à branler présentement. Il referma simplement la porte derrière lui, évoluant toujours de ce pas boiteux dans le salon. Elle s’était assise sur le canapé. Le motard prit place sur le siège le plus proche qu’il trouva, se tenant ses côtes douloureuses en grimaçant. « Je ne suis pas idiote et je suis bien loin d’être égoïste, mais j’aimerais maintenant des explications… J’ai eu les excuses… Je les accepte même si franchement, j’ai besoin de dire que t’as vraiment été con avec moi l’autre fois. » Il leva les yeux au ciel. Parler des raisons qui l’avaient poussé à avoir un tel comportement ? Cela paraissait difficile. Être traité de con ? Il l’avait sûrement mérité un peu. Elle poursuivit, exprimant sa douleur face à son absence, appuyant bien sur le fait qu’il n’avait été qu’un parfait abruti. spoiler : ce n’est pas le mot qu’elle a utilisé. Durant tout ce sermon, Raphaël ne broncha pas. D’aucun qui le connaissait aurait pu trouver ce comportement tout particulièrement étrange. Personne ne l’aurait reconnu. Mais Raphaël n’avait pas toujours été cet abruti pathologique.
Elle s’engagea dans un long laïus sur la famille. La famille, il en avait sucré durant de nombreuses années. Il avait fait partie des années, et la tâches de s’occuper des plus jeunes lui avait incombé. Il savait ce que c’était que d’être une famille unie et soudée. Il était même parti dans l’armée pour subvenir aux besoins de sa famille, alors qu’il était évident qu’il n’avait aucun désir de s’engager dans la défense américaine. Mais il l’avait fait. Il était conscient des enjeux que représentait une famille. Sauf qu’un beau jour, il n’avait plus pu se montrer aussi fort qu’avant.
Imperturbable, le motard ne montra pas à quel point ses propos étaient en train de le toucher. Raphaël n’était pas un gros sensible. Il s’était souvent convaincu qu’il n’avait besoin de personne pour exister et pour apprécier sa vie. Mais entendre aujourd’hui sa sœur lui dire que sa famille l’aimait et ne l’avait pas oublié, ça remuait des choses en lui. Il n’en prenait pas vraiment conscience. Il sentait juste ses entrailles se tordre en peu plus, empêtré dans cette culpabilité qu’il gérait si mal. « Tu as décidé de partir… Et même si tu dis que c’est une erreur, on ne peut revenir sur le passé… Je suis bien placé pour le savoir. Mais j’espère que tu vas revenir… Parce que con ou pas… On a besoin de toi… J’ai besoin de toi. » Une fois encore, cette même litanie. Rebecca avait besoin de lui. Encore aujourd’hui, il apparaissait comme un être essentiel à sa construction future. Etait-il possible de pardonner aussi facilement ? Certes, ce pardon n’était pas encore acquis. Mais quand Raphaël réalisait toute l’amertume, se muant en haine qu’il avait pu ressentir pour Judith, il la trouvait bien magnanime. Mais ce passé –comme elle le disait si bien- ne pouvait pas être changé. « Et je suis là. » Il l’avait marmonné tout bas, presque comme s’il avait voulu qu’elle n’entende pas.
Dans le silence qui envahissait l’espace, l’ancien militaire ne se sentait pas à sa place. Le regard de Becca était rivé sur lui, attendant des réponses qu’il n’était pas vraiment prêt à donner. Peut-être parce qu’il ne les connaissait pas lui-même. Sûrement parce que c’était trop dur de l’admettre. Raphaël lâcha un long soupir. « Tu n’étais même pas encore née quand je l’ai connue. Mary. Nous étions profondément amoureux l’un de l’autre. Nous avions prévu de nous marier dès mon retour de ma prochaine mission. » Bref et concis. Il n’avait aucun désir de s’étendre tout particulièrement sur le sujet. Il poursuivit, ne jetant pas un seul coup d’œil à sa sœur. Il s’occupait à rafistoler le bandage de fortune qu’il s’était fait autour de son bras meurtris. Il ne savait même pas quand il s’était ouvert. Sûrement durant l’accident de voiture. « Mais ça, tu le sais, je ne suis jamais revenu. Du moins, pas avant longtemps. » Raphaël n’avait jamais parlé de ces longues années de captivité, mais la famille avait vécu son absence. Elle avait été marquée au fer rouge dans leurs cœurs. Un beau jour, il était malgré tout revenu. Alors que tout le monde le croyait mort. C’est dur d’être mort au milieu des vivants. « En revenant, je ne l’ai pas retrouvée tout de suite, comme si elle s’était évanouie dans la nature. Il m’a fallu de longs mois avant de la revoir. Mais je n’ai jamais pu lui parler. Elle avait un mari. Une fille. Elle avait fait sa vie avec un autre que moi. Cet enfant avait un autre père que moi. Plus rien ne m’attendait. Je suis parti. » Un matin, sans rien dire à personne. Il lui restait sa famille, mais il n’avait pu en endurer plus. Il lui fallait se trouver loin et rebâtir une vie ailleurs. « Il n’y a rien de passionnant pour la suite. Je suis allé au loin. J’ai fini par monter un garage. J’ai trouvé une femme. Mais elle est partie ici. » D’où sa présence. D’où sa froideur. « Je suis venu ici pour la retrouver. Du moins, je le voulais… » Et ce serait tout ce qu’il dirait à ce sujet. La douleur était encore trop vive, trop intense. Judith n’était plus qu’un souvenir qu’il effleurait du doigt. Il se laissa retomber en arrière. « T’aurais pas de la glace ? » Pour diminuer la douleur à ses côtes et lui faire oublier celle qui vrillait son cœur.
Il finit par capter le regard de sa sœur quand elle fut plus proche de lui. Sa main se referma sur son poignet. « Maintenant, dis-moi… pourquoi tu as tant besoin de moi, Becca ? » Désormais, il était prêt à l’écouter. Il était prêt à ne plus penser qu’elle était cette gamine qu’il voulait voir en elle. Elle n’était plus cette enfant qui courait après lui pour lui montrer des tours de magie.
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Bucky Swan
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Lun 10 Avr - 13:44

Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger !
Raphaël ∞ Bucky
Il est rentré. Je l'ai laissé rentrer chez moi et je ne sais pas trop comment je me sens par rapport à cela.
D'un côté je me sens excédée parce que cet homme m'a tout simplement rejeté de la pire façon qu'il soit. Il m'a insulté (bon pas vraiment mais je l'ai pris comme tel), et j'ai mal pris sa manière de dire que j'étais qu'une gamine et de prétendre que je ne savais rien de la vie. Que sait-il de ma vie après tout. Il est parti et n'a même pas demandé à avoir des nouvelles. Il n'a pas envoyé de lettre et puis après, avec la création du portable, il aurait très bien pu envoyer des petits sms. Seulement il n'a rien voulu savoir, il a coupé les ponts sans demander son reste. Il n'a même pas cherché à me revoir, même après nous être croisés dans les rues de LA, il m'a bien fait comprendre qu'il n'était pas là pour moi.
Je ne suis là que pour ma femme.
Ces mots m'ont tout simplement brisé le cœur. Je retrouvais une partie de mon cœur, une partie de moi-même et il avait tout réduit en une simplement phrase, non en un simple mot "que"... Que pour sa femme... Pas pour sa famille, pas pour moi mais QUE pour sa femme... C'est comme s'il avait rayé l'option famille afin de garder qu'un aspect affectif dans sa vie : celui de cette femme avec qui il a vécu un nouveau mariage sans que personne ne soit au courant.
J'y ai beaucoup réfléchi, et me suis demandé si dans le fond il n'avait pas honte de cette famille... Il pourrait très bien. Que penserait-il de cette nouvelle famille qui a sombré suite à son départ. Car il ne connaît pas la sombre histoire durant son absence, rendant cette famille un peu plus sale, mais aussi plus soudée. Parce que dans le fond cette famille était hantée par un monstre, mais aujourd'hui il n'est plus et la famille est plus forte que jamais. Cependant, il manque un aspect important à cette famille : notre frère...
D'un autre côté, le laisser entrer chez moi me laisse entrapercevoir une lueur d'espoir. Je sens cet appel au secours dans son regard et malgré tout ce que je peux ressentir de négatif pour lui, rien ne surpassera l'amour que je lui porte. Parce que c'est comme ça oui, j'aime cet homme, parce qu'il est ma famille et mon frère. Mais au-delà de ça, il a toujours été un exemple pour moi, une force que j'ai toujours eu envie d'égaler sans même la toucher du bout des doigts. C'est fou, même si dans le fond j'ai envie de le détester pour ne pas avoir été là, si j'ai envie de me mettre en colère pour les paroles blessantes qu'il a eu envers moi, je n'y arrive pas. Il y a bien plus de souvenirs positifs qui me donnent du baume au cœur, de moments ensemble qui me redonnent le sourire quand je pense que tout vas mal. Je me demande si cela est un don ou une faiblesse. Après tout il pourrait me faire beaucoup de mal, est-ce que je cesserais de l'aimer pour autant ?
Certainement pas.
Cependant avec ce que j'ai vécu, je me plais à croire que je sais faire la part des choses. Je ne pardonnerais jamais à mon père pour ce qu'il m'a fait, Raphaël par contre ne m'a pas brisé et il ne m'a pas fait autant de mal que lui. Et c'est ce qu'on fait dans la famille n'est-ce pas, et une famille ça se pardonne tout, une famille permet de s'élever plus haut. Une famille permet de ne pas oublier qui on est réellement n'est-ce pas ?
Je m'installe sur le canapé et laisse parler mon cœur. Oui, il m'a blessé, et j'ai besoin qu'il le sache. Je pense que c'est important aussi qu'il comprenne que son comportement m'a fait du mal, dans l'espoir qu'il ne recommence pas. Mais ce que je veux surtout qu'il sache c'est qu'il fait parti de cette famille malgré tout, malgré son silence radio, malgré ces années d'absence. Raphaël est un Grimes, il est notre frère, mon frère... Il a été mon cobaye de la magie, le seul à avoir la patience sans m'envoyer bouler, il a été mon mentor sans même véritablement le savoir et je n'ai jamais eu l'occasion de lui dire. Peut-être que je pourrais enfin le faire, dans l'avenir, mais pas maintenant. Maintenant il faut mettre les choses à plat, maintenant il faut qu'on recommunique ensemble pour partir sur de bonnes bases, car après tout ce temps je crois qu'on ne sait plus vraiment comment communiquer avec l'autre. Et cela commence par des mots difficiles, des mots que j'ai souvent pensés lors de pires moments.
- J'ai besoin de toi.
Je me demande si je ne devrais pas utiliser le passé, mais mon cœur sait parfaitement que non, je ne peux pas. Même si je me montre forte, même si je fais tout pour prouver aux autres que je vais bien et que ce que j'ai vécu a été une force, cela reste pour moi une de mes plus grandes faiblesses. Oui, encore aujourd'hui j'ai besoin de lui, mais sera-t-il présent ou partira-t-il encore une fois ?..
- Et je suis là.
Je redresse un peu la tête pour le regarder. Sa voix est si basse, sa phrase un murmure. C'est comme s'il me faisait une petite promesse sans en être sûr lui-même. Je préfère donc ne pas en tenir compte, parce que si je commence à m'attacher à cet espoir, j'ai peur de tomber plus bas encore... Je reste donc silencieuse, mais si d'habitude j'apprécie ce genre de moments paisibles, en cet instant nous sentons la gêne croître dans la pièce. J'ai dit tout ce que j'avais sur le cœur et tout ce qu'il trouve à me dire c'est qu'il est là... Je me demande si je vais avoir des explications finalement, sur son passé ou peut-être plus facile, sur le pourquoi de son état actuel. Il semble tellement mal en point, j'aimerais prendre soin de lui mais ma fierté pour le moment me dit de ne rien faire et d'attendre.
Finalement, il prend enfin la parole, me parlant de Mary. Son premier amour. La famille la connaissait, et je dois avouer que parfois je la jalousais. Elle aussi elle rendait mon frère heureux et faisait apparaître ce sourire si spécial dans ses yeux. Mais comment en vouloir à une femme qui rend heureux l'une des personnes les plus importantes pour nous. Mais il est parti, on pensait même qu'il était mort et pour la suite, nous n'avons jamais rien su. Mary s'est éloigné de notre famille. Quand on a su qu'il était encore en vie, je ne saurais expliquer la joie que j'ai eue. Une joie de petite sœur qui avait besoin de son grand frère. Mais après des mois avec nous, il a fuit à nouveau... Quoi ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais depuis notre dernière rencontre qu'il a eu une autre femme dans sa vie, femme qui vit à LA...
- En revenant, je ne l’ai pas retrouvée tout de suite, comme si elle s’était évanouie dans la nature. Il m’a fallu de longs mois avant de la revoir.
C'est donc ça... Tous ces mois passés avec nous n'étaient encore qu'un moyen de trouver une femme... sa femme... Encore une fois, j'ai l'impression d'être trahi mais je ne dis rien. Je ne suis plus une enfant après tout et comprendre aussi que je ne suis pas le centre du monde, même si j'aurais aimé l'être un tant soit peu.
- Mais je n’ai jamais pu lui parler. Elle avait un mari. Une fille. Elle avait fait sa vie avec un autre que moi. Cet enfant avait un autre père que moi.
Je le regarde sans rien dire. Qu'est-ce que je pourrais dire de toute façon à part je suis désolée, et je ne suis pas certaine que cela lui fasse plaisir, bien au contraire. Je n'imagine même pas la déception de mon frère de voir la femme qu'on aime finalement refaire sa vie avec un autre alors qu'il a dû se battre pour rentrer au plus vite afin de la retrouver. Non je ne peux imaginer parce que je ne suis jamais tombée amoureuse. Je n'ai jamais connu cette déception d'être complètement amoureuse et de n'avoir aucun sentiment en retour.
- Plus rien ne m’attendait. Je suis parti.
Là non plus je ne réagis pas, mais mon cœur si. Il se serre et je ne peux que penser que finalement, je n'étais pas assez bien pour qu'il ait la décence de rester ou encore de revenir nous voir à la maison... A la place je baisse la tête pour essayer de cacher ma déception.
- Il n’y a rien de passionnant pour la suite. Je suis allé au loin. J’ai fini par monter un garage. J’ai trouvé une femme. Mais elle est partie ici. Je suis venu ici pour la retrouver. Du moins, je le voulais…
Je sens à sa voix que les choses ne se sont pas passé comme il voulait. Je me sens tellement désolée pour lui, sincèrement. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais je sens que la blessure est aussi fraîche que celles qu'on peut voir sur son corps. Corps qui semble le faire souffrir si bien qu'il me demande finalement si j'ai de la glace. Je ne dis toujours rien mais me redresse pour aller dans la cuisine Américaine, pouvant ainsi toujours garder un certain contact avec lui. Je sors quelques glaçons, les emballent dans un torchon et reviens vers lui. Je lui tends le torchon qu'il prend et alors que je vais me rasseoir, je sens sa main prendre mon poignet. Mon corps réagit automatiquement, je frissonne et le regarde presque avec une peur incontrôlée.
- Maintenant, dis-moi… pourquoi tu as tant besoin de moi, Becca ?
Je retire mon poignet de sa main un peu sèchement, mais il ne doit pas faire ça, pas aussi brusquement. Je reste un instant à le regarder avant de soupirer. Sans rien dire je vais dans la salle de bain chercher ma trousse de secours et reviens dans le salon. Je m'installe par terre et prends sa main dans la mienne afin d'observer le bandage de fortune sur son bras. Sans lui demander son avis, je le retire pour constater les dégâts. C'est très laid à voir, mais je ne montre rien. A la place, j'ouvre ma trousse pour en sortir du désinfectant. Je prépare le coton et commence à tamponner sa peau. Je ne le regarde pas dans les yeux, prenant ma tâche peut-être un peu trop à cœur.
- J'avais neuf ans quand papa est venu dans ma chambre pour la première fois... Il était tard et je ne comprenais pas ce qu'il faisait ici... Il a commencé à poser ses mains sur moi et... Il me disait que c'était pour mon bien, que c'était normal... Quand j'ai commencé à avoir peur, à vouloir crier, il a menacé Fiona... C'est alors que j'ai tout gardé pour moi... Pour protéger ma petite sœur, mais aussi ma famille...
Je reste les yeux rivés sur sa blessure, je n'ose plus du tout le regarder. J'ai honte, tellement honte de raconter ça et je ne sais même pas pourquoi je le fais dans le fond, mais il doit savoir non ?
- Quand j'avais seize ans, un soir maman est rentrée dans la chambre et a surpris ce que papa faisait... Elle a commencé à lui hurler dessus... Il a voulu lui faire du mal et... En le poussant il est tombé sur le coin de ma table basse et... le monstre n'était plus...
Je me souviens parfaitement de sa mort, de cette sensation de peur mais surtout de soulagement qui m'a envahi... J'ai honte par moments de ressentir cela, pourtant comment ne pas sentir un sentiment de liberté quand votre bourreau n'est plus et que vous savez qu'il ne vous fera plus jamais de mal.
- Et puis, il y a eu ensuite l'enquête... Tout le monde a été au courant par la suite... C'était... Humiliant et... J'avais tellement honte... J'avais l'impression de ne plus rien ressentir tellement j'étais... brisée... Pourtant au lieu d'être dégoûtée, toute la famille est restée auprès de moi...
Je commence à mettre le bandage autour de son bras alors que je me sens pale, vide même.
- J'ai eu besoin d'eux pour me montrer que je ne méritais pas ce qui m'était arrivé... Pour me rappeler que je n'étais et que je ne suis pas une simple chose... Mais j'ai aussi besoin de toi pour me souvenir de ta force... de ton courage... pour que tu me dises que je suis une championne... Et non cette fille faible que j'ai pu devenir... Besoin de ne pas oublier qui...
Je n'arrive même pas à finir ma phrase alors que je sens les larmes menacer. Je secoue rapidement la tête.
- Je dois prendre l'air.
Sans même lui demander son avis, je me redresse vivement et cours presque pour aller sur le balcon. Je me cramponne à la rambarde et tente de reprendre ma respiration calmement, comme j'ai pu l'apprendre au cours de ses dernières années... Je dois me calmer, je dois respirer...
Ce n'était pas de ma faute...
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Raphaël Grimes
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Dim 7 Mai - 18:32

Raphaël aurait aimé que les choses se passent autrefois. Pas uniquement pour ce soir où il venait frapper à la porte de Becca, balayant des années de séparation. Avec le recul, il aurait aimé ne pas partir aussi abruptement. Il aurait aimé que son départ se fasse avec un peu plus d’explications. Il aurait aimé que le contact ne soit pas totalement perdu. Il aurait aimé se montrer là à des moments où il aurait pu changer les choses. Chaque acte, si infime soit-elle, entraîne des conséquences. Un acte fait ou pas fait. Et parfois, il se révèle être dévastateur. Si Raphaël avait eu le moindre soupçon de ce qui aurait pu se tramer après son départ, il n’aurait jamais quitté sa ville natale. Il n’aurait jamais laissé sa famille derrière lui. Que serait-il arrivé alors ? Comment aurait été sa vie sans Judith ? Sans son propre garage ? Sans ses bikers ? Et avec sa famille à ses côtés. Il aimait à croire qu’il n’aurait jamais trouvé ce qu’il cherchait. Qu’il se serait à jamais senti vide, incomplet, insatisfait. Mais après vingt années d’exil à Philadelphie, il se sentait plus incomplet que jamais. Plus vide que jamais. Plus insatisfait que jamais. Et plus que tout, il souffrait de cette vie qui l’avait mené à tout perdre du jour au lendemain. Raphaël avait construit sa propre perte. Son univers entier qu’il avait construit de ses propres mains avait été bâti sur un château de cartes. Aujourd’hui, il en payait le prix fort, mais il n’était pas le seul à en avoir souffert.
Il le voyait dans le regard de Becca. Il le voyait dans ce voile qui s’étendait sur ses prunelles. Il l’entendait dans le ton plus sombre de sa voix. Dans l’éraillement parfois imperceptible de sa voix. Il le discernait dans ses larmes et dans ses tremblements. Raphaël avait déjà compris tout ce qu’il aurait dû comprendre, mais admettre la vérité devenait bien trop douloureux pour lui. Il était fatigué de cet amoncellement de mauvais choix qui l’avait poussé à presque tuer un homme pour récupérer sa femme. Et face à sa jeune sœur, il se trouvait plus démuni que jamais. Lui raconter son histoire n’était pas une chose qu’il appréciait. Il ne l’avait jamais fait pour personne d’autre. Alors pourquoi maintenant ? Sûrement pour se racheter un petit peu de tout ce qui s’était passé durant ces longues années. Il lui devait bien ça. Raphaël n’avait pas pour habitude d’enrober la vérité. Il la jetait crue à la face du monde. Peu importe si elle plaisait ou non. Il s’agissait de la sienne. Et il ne prit pas compte des états d’âme de sa sœur, lui offrant son histoire telle qu’elle. Sans artifice, ni mensonge. Il reconnaissait avoir été un lâche. Il reconnaissait s’être perdu. Il reconnaissait qu’il n’avait pas été un bon frère. Mais les choses étaient ainsi. Il ne pourrait jamais revenir en arrière. Mais il avait encore la possibilité de comprendre.

Raphaël ne lui laissa pas le choix. En contrepartie de sa propre honnêteté, il désirait celle de sa sœur. Il perçut le tremblement qui la fit tressaillir. L’horreur dans son regard. Et de la honte, peut-être ? Il n’était pas certain de discerner tous les sentiments qui se livraient bataille dans le regard et le cœur de sa sœur. Néanmoins, l’intensité de son regard eut pour don de la faire se livrer sans protester. Il ne sut pas vraiment s’il était prêt à entendre tout ce qu’elle allait lui expliquer ici et maintenant. Est-on jamais prêt à entendre de telles horreurs ? Une telle abomination ? Raphaël ne comprit pas tout de suite, fronçant les sourcils tandis que le regard de sa sœur se dérobait au sien. Et finalement, mot après mot, la vérité lui éclata au visage dans ce qu’elle avait de plus laid et de plus ignoble. Contre toute attente, il ne broncha pas. Il avait trop peur de l’interrompre et d’ignorer le cours de son histoire. Mais à chaque parole, une colère sourde montait en lui, en même temps qu’une souffrance indicible. Il n’avait pas été là. « Le monstre n’était plus… » Leur mère. Leur propre mère à tous les deux avait tué l’homme qui faisait tant souffrir sa fille. Il y avait eu des histoires d’enquête, de procès où la vérité n’avait pu être dissimulée. Mais toute la famille savait. Toute la famille était là. Et Raphaël se rappela soudain cette période où sa mère n’avait cessé de l’appeler. Encore et encore. Sans que jamais son fils ne décroche. Aujourd’hui, il comprenait la raison de chacun de ses coups de fil. Mais il n’avait jamais répondu. Il n’en avait jamais eu le courage. Les dernières paroles de Becca l’achevèrent totalement. « Mais j’ai aussi besoin de toi pour me souvenir de ta force… de ton courage… pour que tu me dises que je suis une championne… Et non cette fille faible que j’ai pu devenir… Besoin de ne pas oublier qui… » Le reste de sa phrase mourut sur ses lèvres tandis qu’elle quitta le salon pour se réfugier sur le balcon. Le motard ne la rejoignit pas tout de suite, assommé une telle révélation. Des émotions confuses se mélangeaient en lui, entre une colère dévastatrice pour cet homme et envers lui-même, une souffrance immense et une honte à peine exprimable. Il passa une main sur son visage, encaissant mal le poids d’une telle vérité. Finalement, il se leva, grimaçant au moindre mouvement qu’il effectuait, mais il la rejoignit malgré tout sur ce balcon. Sa main se tendit vers elle, mais il n’osa même pas l’effleurer. Il réprima son geste, venant se placer à côté d’elle. Il voyait les larmes qui dévalaient le long de ses joues, ce corps si fragile et bafoué qui tremblait comme une feuille. « Becca… » Sa voix rauque se perdit légèrement dans la brise. Il se sentait idiot, grossier, maladroit. Il aurait voulu laisser éclater toutes les émotions en lui. Il aurait souhaité que ce connard soit toujours en vie afin de pouvoir le torturer et le tuer lentement, appréciant chaque instant de son agonie. « Je suis désolé. » Qu’aurait-il pu dire d’autre ? Il était désolé pour ce qu’il s’était passé. Désolé de ne pas avoir pu être là. Désolé de ne pas avoir pu empêcher cela. Désolé pour la honte. Désolé pour la souffrance. Désolé pour l’humiliation. Désolé pour toutes ces fois qui auraient pu n’avoir jamais existé s’il n’était pas parti. Il n’avait besoin que de trois mots pour exprimer l’immensité de ses regrets. Il était malheureusement trop fier pour en dire plus. Trop orgueilleux. Et trop blessé par sa propre lâcheté. Avec le peu de délicatesse dont il était capable, il vint la prendre dans ses bras, la serrant comme un frère devrait le faire pour la première fois depuis tant d’années. « Je suis là maintenant. Plus personne ne te fera jamais de mal. Je te le promets. » Des promesses, Raphaël en avait fait souvent. Il ne les avait jamais vraiment très bien tenues. A commencer par ses vœux de mariage. Pour la première fois, il pensait sincèrement ce qu’il disait. « Tu as été tellement courageuse… » Il aurait souhaité lui dire qu’il aurait dû être là, mais il ne voulait pas l’appesantir de tous les regrets qui étaient les siens. Elle portait déjà son propre fardeau.
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Bucky Swan
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Lun 8 Mai - 23:27

Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger !
Raphaël ∞ Bucky
La faute est avouée.
Enfin j'ai partagé avec lui mon histoire. Je lui ai annoncé la pire de mes fautes, le pire de mes péchés, ma plus grandes hontes ainsi que ma plus grande peur. Je lui ai parlé de mon père, ce père tellement aimant qu'il en a oublié le côté paternel. Il n'a écouté que sa soif de désir, que son besoin d'assouvir sa perversion. Et moi j'étais là... Je n'ai jamais compris pourquoi il m'avait choisi moi et pas une autre. Pas que je m'en plaigne car si cela n'avais pas été moi, je m'en serais voulu de ne pas avoir protégé ma sœur. Seulement je ne sais pas ce qu'il a vu en moi qui lui a plu. Était-ce ce soupçon d'innocence quand je faisais des tours de magie ? Était-ce ce regard que je pouvais avoir toujours émerveillé ? Était-ce cette innocence qui me quittait tout en restant présente ? Ou alors c'était mon silence qui lui convenait le plus, pouvoir faire ce qu'il veut de moi sans que je ne fasse rien pour l'en empêcher...
Pendant longtemps j'ai pensé qu'il se souviendrait alors que c'est mal, qu'il est mon père et qu'il ne devrait plus me faire ça. Seulement ce moment n'est jamais venue. Et puis je suis tombée enceinte, il a été très présent pour moi, presque autant que quand maman attendait Fiona. Ils m'ont souvent questionné sur qui pouvait être le père. J'ai dit que c'était un camarade d'école sans jamais prononcé son prénom. Comment aurais-je pu alors que je sentais le regard de mon père sur moi telle une épée Damoclès. C'est alors qu'ils ont décidé de faire comme s'il était le petit frère... Si seulement ils avaient su que c'était vrai, à moitié du moins...
Seulement ça, je n'ai pas pu encore lui dire, je n'avais pas la force après ce que je viens d'avouer. Se rend-il compte de la difficulté pour moi, alors que ma famille l'a appris seulement après la mort de mon père, juste avant le procès... Je n'ai jamais eu le courage d'avouer ce qui m'était arrivé.
Sauf qu'avec Raphaël c'est différent. Depuis notre dernière rencontre, je me sens comme l'envie de me justifier, de lui montrer que je ne suis plus cette petite fille qu'il a connue, que j'ai grandi et que moi aussi j'ai eu mon lot de difficulté. On ne fait pas un concours, c'est certain, mais je ne supportais pas de le voir en train de me parler comme si j'étais encore cette pauvre petite fille... Je ne suis plus une petite fille depuis longtemps, j'ai grandi trop vite et cela fait ma personnalité aujourd'hui. Je suis parfois lunatique, un peu gamine mais j'assume dans le fond. J'ai grandi trop vite et aujourd'hui je gère cela comme je peux.
Seulement maintenant que c'est dit, je n'ose plus le regarder dans les yeux. J'ai peur d'entendre ce qu'il a à me dire. Je en sais pas ce qu'il pense de moi maintenant et cela m’effraie, comme cela m'a effrayé quand mon père est mort. Je n'aurais jamais pensé qu'il puisse réagir de cette façon. Ce n'est pas que je doutais d'eux, seulement je ne croyais tellement plus en moi que cela ne m'aurait pas étonné... Je n'ai cru en plus rien suite à tout cela et c'est ma famille qui m'a permis de tenir bon.
Plusieurs fois j'ai voulu en finir, j'ai voulu mettre fin à ce cauchemar. Je me suis demandé ce que cela ferait si je me laissais partir, si je fermais les yeux une dernière fois afin de retrouver un semblant de paix. Et puis je pensais à Fiona, à la menace qui pesait sur elle... Elle m'a fait tenir en vie, d'une manière certes obscure, mais pourtant réelle. Et puis ce ne fut pas seulement elle mais toute la famille qui m'a permis de ne pas dire adieu à la vie.
A présent, sur ce balcon je sens mon cœur battre terriblement fort, terriblement vite alors qu'il doit digérer l'information. Quand j'ai dû l'annoncer (car je voulais le faire moi-même et non la police), il y a eu toute sorte de réaction, mais une chose similaire : la surprise. Raphaël n'échappe pas à cette réaction. Seulement je n'arrive pas à le regarder dans les yeux c'est pour cela que je suis sur le balcon.
Je tente de reprendre mon souffle, laissant le vent caresser mon visage comme pour me ressourcer alors que je laisse les larmes couler librement sur mes joues. Je ne sais combien de temps je reste ainsi, seule, mais je finis par sentir la présence de Raphaël. Je ne dis rien, lui aussi d'une certaine manière. Est-ce qu'il y a quelque chose à dire après ce genre de nouvelle ?
- Becca...
Il est le seul à m'appeler comme ça... Bucky est devenu mon nouveau prénom, et en donnant l'explication ils ont vite compris pourquoi. J'ai même entamé des procédures et c'est ce nom qui figure sur ma carte d'identité. Je regarde toujours un point au loin, frissonnant légèrement. De froid, ou serait-ce de l'appréhension ?
- Je suis désolé.
Je pince mes lèvres et ferme les yeux un instant.
- Ce n'est pas à toi de l'être...
Et c'est la vérité... même si je lui en ai voulu d'être parti, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Soudainement il me prend dans ses bras et je me laisse un peu plus aller. Ma main vient agripper son T-shirt comme une bouée de sauvetage alors que je pleure un peu plus fort.
- Je suis là maintenant. Plus personne ne te fera jamais de mal. Je te le promets.
Je ferme les yeux et reste proche de lui. Je la retrouve en cet instant, cette force qui semble me porter vers le haut quand je suis au plus bas.
- Tu as été tellement courageuse…
Je secoue vivement la tête.
- Non... Non je ne l'ai pas été... J'ai été si faible... Comment être courageuse quand on est brisée... je murmure avant de me reculer pour le regarder droit dans les yeux.
- Je sais que tu n'es pas là pour moi seulement... Tu crois que tu pourrais m'aider... Un peu...
J'ai déjà beaucoup travaillé sur moi depuis près de dix ans, seulement entre nous c'est comme recommencer à zéro. Il va falloir apprendre à se connaître, à se retrouver, à comprendre qui nous sommes devenus. Car nous avons changé depuis longtemps, mais une chose n'a jamais changé : nous sommes une famille.
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Raphaël Grimes
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MessageSujet: Re: « Le petit oiseau a pris sa volée... Sur un o à la volette. Sur un o à la volette. Sur un oraaanger ! » ∞ Bucky ♥    Jeu 6 Juil - 18:30

Raphaël n’avait pas quitté sa famille pour lui faire du tort. Et même s’il était un terrible égoïste, une part de lui pensait sincèrement qu’ils seraient mieux sans lui. Parce qu’il sentait qu’il était en train de se détruire de l’intérieur. Parce qu’il sentait qu’il aurait bientôt trop mal pour parvenir à rester l’homme qu’il était. Parce qu’il sentait que la guerre avait fait des ravages sur lui. Elle l’avait rendue plus torturé, plus violent, plus sombre. Tout cela, il n’avait pas voulu le faire endurer à sa famille. Du moins, cette idée faisait partie des nombreuses raisons qui l’avaient poussé à prendre son envol de la demeure des Grimes et des Swan. Principalement, il évoquait l’insoutenable présence de Mary et de son enfant. Depuis qu’il l’avait recroisée, sachant qu’elle avait fait sa vie sans l’attendre, il n’avait pu supporter d’être cet homme qu’il était avant la guerre. Quand sa vie avait encore un sens. Du moins, ce qui lui paraissait être un sens. Éloigné de son passé, il comptait devenir un homme bien différent, affranchi de tous ses souvenirs. Pas un homme meilleur. Juste différent pour ne pas s’encombrer des ombres du passé. Il n’y était jamais parvenu… Il avait eu beau s’en convaincre, tout le ramenait à cette douleur muette qui couvait au fond de son cœur, à cette rancœur contre une vie injuste, à cette peur viscérale de mourir qu’il avait eu durant plus de six ans et qui lui faisait encore faire des cauchemars. Il était un homme ravagé par des milliers d’images qu’il n’aurait jamais dû voir, par une horreur qu’il n’aurait su décrire. Mais il était un homme. Il n’avait pas le droit d’en être effrayé, ni même d’être traumatisé. Il n’y avait que son orgueil pour l’empêcher de devenir cet homme qu’il ne voulait pas être mais qu’il était au fond de son cœur. Un déchet de la guerre, ramené à sa patrie avec les honneurs. Mais l’honneur pour quoi ? Pour avoir tué des vies. Pour avoir décimer des populations. Détruit des familles. Il pouvait encore ne pas détruire la sienne.

Pourtant, dans les larmes de Becca, il comprenait toute l’ampleur de son erreur. L’horreur n’était pas uniquement logée dans le reste du monde ou dans son âme. Elle se trouvait parfois dans les foyers les plus doux. Raphaël n’était pas du genre à se complaire dans le regret. Après ce qu’il venait d’entendre, bien entendu qu’il aurait préféré rester pour éviter le drame qui s’était produit, pour la protéger du mal qui allait se produire et durer de trop longues années. Il aurait aimé être ce frère qui protégeait sa famille coûte que coûte, mais il n’avait pas pu. Il n’avait pas pu, et à cette heure, c’était la rage plus que le remord qui l’étreignait. Et si son beau-père n’était pas déjà mort, sûrement n’aurait-il pas attendu une seconde de plus pour sortir de cet appartement et s’en charger lui-même. Peu aurait importé la prison. De toute manière, sa vie était déjà un véritable champ de ruines. Il n’y avait rien de bon à en récupérer. Tout y était en lambeaux. A qui aurait-il manqué s’il s’était retrouvé derrière les barreaux ? Et puis finalement, il avait fini par s’y habituer. Aux barreaux d’une cage… Sauf que le bourreau n’était plus en vie et il n’y avait rien contre quoi il pouvait décharger sa fureur hormis contre lui-même, contre le monde entier et contre cette chienne de vie.
Il la rejoignit sur ce balcon où elle avait cru bon de s’isoler. Raphaël n’avait jamais été bon pour les mots de réconfort. Il n’avait jamais su commencer rassurer les gens. Il ne voyait pas l’intérêt, car le plus souvent, rassurer les gens revenait à leur mentir effrontément sur la vie. Cette dernière était dure et injustice. Toutes les promesses qui étaient faites finissaient par être brisées un jour. Il n’y avait qu’à voir celle de son mariage. Raphaël ne l’avait pas respectée, ni aimée comme il aurait dû. Judith n’avait pas été fidèle, et elle ne l’avait pas aidé dans le pire. Une pure comédie… Pourtant, quand l’ancien soldat fit la promesse à sa sœur d’être là et de la protéger, ce ne fut pas une de ces promesses que le vent emporte. Il y croyait profondément. Autant qu’il y croyait quand son regard d’adolescent se plongeait dans celui de Mary pour lui dire combien il l’aimait. Autant qu’il y croyait quand il avait demandé à Judith de sortir de la voiture pour la laisser s’échapper. Car il ne voulait pas seulement récupérer sa femme. Il voulait récupérer son amour ; mais un cœur, ça ne se vole pas. « Tu as été tellement courageuse… » Pour se dresser contre lui. Pour épargner l’innocence de ses sœurs. Pour endurer une épreuve qu’il aurait pu lui épargner s’il avait eu le cran de rester. Mais Becca ne l’entendait pas ainsi. Le courage, elle ne le détenait pas. Et en l’entendant soudain dire qu’elle était brisée, il sentit son âme résonner avec la sienne. Autant l’un que l’autre, leurs âmes étaient salies, souillées, éprouvées et irréparables. Mais quand deux âmes écorchées se retrouvaient, un sentiment étrange se développait. Comme une reconnaissance de l’autre dans un monde injuste. Peu importait désormais car ils s’étaient retrouvés et il prendrait soin d’elle désormais. Il en eut la plus intense conviction à ses dernières paroles. « Je sais que tu n’es pas là pour moi seulement… Tu crois que tu pourrais m’aider… Un peu… » Cette complainte l’ébranla dans ses tripes. Bien plus que la douleur qu’il pouvait ressentir dans sa chair à cause de ses blessures. Il vint s’accouder contre la balustrade du balcon, lâchant un léger soupir. Un soupir sur la vie. Un soupir sur le monde. « Les choses ont légèrement changé depuis la dernière fois… mes raisons ne sont plus les mêmes… à vrai dire, je pourrai ne plus avoir aucune raison d’être ici. » Judith était partie dans les bras d’un autre homme. Un homme qui la faisait sourire. Qui la rendait heureuse. Pouvait-il lui ôter une part de bonheur qu’il lui avait jalousement arrachée ? Pour l’instant, il ne le pouvait pas. Judith était désormais un combat perdu. « Mais j’ai trouvé bien plus que je n’étais venu chercher ici. Plus que ce que je n’aurai cru. » Il conserva l’un de ses silences songeurs où il regardait l’horizon avec l’envie de s’y perdre. Toutefois, ce fut dans les yeux de Becca que son avenir s’échoua. Il se tourna vers elle. « Alors oui, je pense que je pourrai t’aider. Que je pourrai être là pour toi. Je ne partirai pas. Pas cette fois. » Sa main bourrue et abîmée par le travail vint caresser doucement sa joue. Un geste de tendresse qu’il s'épargnait depuis bien longtemps. « Si tu m’aides à redevenir un peu moi-même un retour… » Il s’était perdu en chemin. Il osait en prendre conscience dans ce bref moment où les cœurs s’ouvraient, se dénudant de leur pudeur. Il souhaitait redevenir lui-même. Mais qui était-il autrefois ? Qui était véritablement Raphaël Grimes ?
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