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 Le secret de la manufacture de chaussettes inusables [Texas to Texas]

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MessageSujet: Le secret de la manufacture de chaussettes inusables [Texas to Texas]   Lun 10 Avr - 17:06

Tire. Tire. Tire.

Trop enthousiaste, Joe se prend un retour de sangle lâchée en plein dans la hanche. Destabilisée, elle manque d'en tomber de son pick-up, se rattrape de justesse au rebord de tôle, dans un grognement de douleur et de mécontentement. Entre sa vieille bécane qui refuse de se faire attacher correctement, sa mère qui vient de lui taxer cinq cent balles et l'hôte chez qui elle devait dormir qui lui a fait faux bond la veille, elle commence à se demander si il ne serait pas plus profitable de lire entre les lignes et d'annuler ce voyage. Le problème, c'est qu'elle a pris dix jours de congé impossible à rétracter pour ses deux jobs, que son association ne tourne pas en période de vacances scolaires et que si elle doit rester inactive aussi longtemps, elle va devenir folle au bout de soixante douze heures et faire une connerie pour tromper l'ennui. Certaines ne sont pas graves, rappeler un de ses ex les plus corruptibles pour remettre un tour ou s'oublier dans une quantité invraisemblable d'alcool. D'autres, comme pousser le vice jusqu'à commettre un vol compulsif et se faire coffrer par pêché d'imprudence, sont à connaître et à surveiller si comme elle, on flirte avec les limites du trouble borderline de la personnalité.

Butée, Joe repousse la bâche en plastique d'un coup de pied et ramasse la sangle agressive au sol pour la repasser par dessus la grosse moto, fixer la première attache sur une largeur du pick-up, et répéter l'opération de traction sur la deuxième, cette fois-ci avec succès. En transe et rouge pivoine mais soulagée, elle s'occupe prestement des derniers réglages, saute d'un bond léger hors de sa voiture et cale le reste de ses affaires à la hâte avant de recouvrir le tout de sa bâche puis faire passer l'effort dans un demi litre de flotte. Exaltée, la demoiselle prend le parti d'économiser le trou d'argent en bouffant des raviolis et en dormant sous tente le temps de trouver une bonne combine. Finalement, se dit-elle, c'est presque un signe que cinq cents balles, le prix que lui aurait coûté une chambre pour dix jours, disparaissent en même temps que ce plan est tombé à l'eau. Un signe positif, en un sens, dont elle ne se formalise donc pas plus. Déterminée, elle s'engouffre dans la voiture surchauffée par le soleil, derrière son volant, et balance un CD à faire ronfler les baffles avant de démarrer la grosse vache avec entrain, une carte du Texas barbouillée d'annotations sur l'un des deux sièges passager encastrés à côté d'elle. Cigarette au bec, jean sur les fesses, baskets aux pieds et vieux T-shirt informe à l'effigie des Stones sur les seins, mademoiselle s'élance, tout feux tout flemme, dans un toussotement de moteur.

Avec un ancien Gouverneur d'état accroc aux Hummers, on a une dérogation spéciale pour tuer la planète chaque fois qu'on démarre sa voiture.

" Don't want to close my eeeeeyes. I don't want to fall asleep cause I miss you baby. And I dont want to miss a thiiiing. "

Steven Tyler, mon héros.
Décidée à longer la côte pour plus de paysage, Joe atteint le premier embranchement hors de la ville, vers les destinations principales. A une vingtaine de mètres, son regard s'accroche sur une silhouette massive campée au bord de la route, le pouce en l'air. Sa musique à toutes balles, fenêtres grandes ouvertes, doit sans doute s'entendre, puisqu'elle le voit tourner la tête de loin vers la provenance de ce bruit incongru. D'habitude, elle n'aurait pas beaucoup hésité - à ne pas s'arrêter. Non qu'elle manque de sympathie pour les situations précaires, bien au contraire, mais seule avec ses petits bras, une moto à voler, à côté d'un type qui fait une fois et demie sa taille et deux fois son épaisseur, ce n'est pas toujours l'idée du siècle.
Sauf que cette fois, elle le reconnaît. Un plombier - le genre physiquement très intelligent, le genre où elle s'est demandée en le voyant arriver si ce n'était pas plutôt un stripteaser déguisé en plombier pour l'enterrement de vie de jeune fille de la voisine d'à côté. On en revient toujours à de bas instincts et elle doit bien admettre qu'elle a un tantinet bavé sur le spectacle, tout le temps de l'intervention, pas toujours avec la plus grande discrétion d'ailleurs. Et puis, il était agréable - un peu bourru, mais efficace, et respectueux. Situation cocasse en prime, il l'a sauvée d'une machine à laver à la tuyauterie explosée partout sur le sol, son linge délicat encore détrempé à l'intérieur. Jusqu'au-boutiste, Joe s'en est amusée sans honte, elle a passé un moment plutôt sympathique en compagnie de cet homme.

Alors, certes, si caricaturaux soient certains instincts, l'argument ne suffit pas à tout excuser non plus.

Ce qui la décide vraiment, c'est la petite silhouette qu'elle voit se dessiner sur le bas côté, réfugiée sous le seul coin d'ombre du bord de la route, par un soleil de plomb. Une raison si évidente, que Joe s'étonne de voir cet homme attendre encore, d'être la seule des voitures à enclencher un clignotant et dévier sa trajectoire pour s'arrêter près d'eux. Arrivée à sa hauteur, elle coupe Aerosmith qui hurle toujours et ouvre sa portière pour s'extraire du véhicule, dans un sourire accablé de chaleur, mais enthousiaste.

" Bonjour ! " elle lance avec tout l'entrain du monde, sur le ton d'une connaissance. Réalisant après coup que cet homme doit voir une demie douzaine de clients par jour et ne se souvient pas forcément d'elle, elle fait un pas de recul dans la familiarité et ajoute en tendant la main vers lui. " Joe. Joe Eming. Vous êtes intervenu chez moi l'autre jour. Le cataclysme des petites culottes ? " hasarde t'elle, dans un sourire plaisantin. Voyant la petite silhouette qui a décroché de son ombre pour s'approcher, Joe le salue d'un signe de main, gonflée par le plaisir naturel de l'odeur des vacances. " Salut bonhomme. Je vais vers le Texas, je ne sais pas si c'est là que vous vous rendiez. " elle ajoute en revenant à son probable père, et à un peu de sérieux, la main en visière pour se protéger du soleil. " Georgetown ? Enfin, j'en sais rien, mon hébergeur m'a lâchée. Alors j'ai que trois places, on sera un peu serré mais au moins je peux bien vous emmener où vous voulez. "
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MessageSujet: Re: Le secret de la manufacture de chaussettes inusables [Texas to Texas]   Mer 12 Avr - 10:37



Le secret de la manufacture de chaussettes inusables

On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va. - Christophe Colomb



Je tasse dans le sac les affaires. J'suis pas vraiment soigneux dans mes fringues, elles sont vaguement rangées en ordre, un peu tassées, certes, mais pas repassées. Avant, elles étaient impeccablement disposées sur l'étagère, mais maintenant, c'est un peu le bordel. Disons qu'avec mon passé, j'ai pas trop eu l'habitude de prendre soin de mes choses. Y'a que mon fils qui m'importe, mais ça, je l'ai toujours dit. Je passe la tête par l'encadrement de sa porte. Il est en train d'essayer de fourrer son nounours dans le petit sac-à-dos. Je souris et lui dis de le prendre dans ses bras, que je porterais son sac pendant le voyage. J'espère que ça ira. J'espère ne pas faire de boulette. J'veux pas qu'on me l'enlève, je l'aime si fort ce gamin que... j'ferais n'importe quoi pour lui. Oui, je me répète déjà, j'dois être gaga. Mais c'est vrai. Sauf que j'suis pas assez riche pour lui payer le trajet en train ou en avion, que j'ai pas les moyens de me payer une bagnole et que le ticket de car coute une blinde. Alors je me démerde, ça sera du stop sur le bord de la route. Si sa mère l'apprend, je crains le pire. Mais bon, si on tombe sur un camionneur compatissant, il nous prendra jusqu'à Austin ou quelque chose dans le genre, j'ai pas vraiment envie de faire 36 000 voitures. J'pourrais me faire une pancarte avec écrit en gros AUSTIN, mais j'suis pas certain de comment ça s'écrit et puis, j'veux pas que ça ai l'air d'avoir été fait par un gamin de 5 ans... Quoi qu'il a 5 ans mon petit rase-motte. Il demande où on va et je lui réponds que sa maman est en vacances au Texas et qu'il va la retrouver pour une semaine de folie. J'vais en profiter pour aller voir ma soeur, enfin, une de mes soeurs qui habite à une dizaine de kilomètres de là-bas. Ca fait longtemps qu'il a vu ses tantes, alors ça sera le moment d'en profiter. C'est donc tout guilleret qu'il sautille vers la sortie. Il accroche ma main quand je ferme l'appartement de Cy et on sort. On doit marcher longtemps pour arriver sur le bord de la route qui se dirige vers l'est du pays. A mi-chemin, je finis par le porter et il s'endort à moitié dans mes bras. Heureusement qu'il a une casquette, parce qu'il fait si chaud et il n'y a pas un pet de nuage. Je regarde à peine les panneaux, je me repère plutôt pas mal, parce que ça compense avec mon inaptitude à la lecture, mais je sais que j'arrive à la sortie de la ville, direction est. Et puis, je connais bien les chiffres et là, je sais que c'est la bonne route. Je pose le marmot sur une pierre, sous un des seuls arbres du coin et je me poste, pouce en l'air attendant patiemment qu'une voiture n'arrive, se gare et m'embarque avec le fiston. J'espère simplement que ça ne sera pas une voiture de police qui patrouille. D'ailleurs, dès que j'en vois une, je baisse instinctivement bras et yeux et j'attends qu'elle passe, tentant de me faire oublier. Mais visiblement, la gentillesse des conducteurs est mise à rude épreuve face au soleil de plomb car personne ne s'arrête. Quand on est paumé entre deux villes, c'est très rapide, mais faut avouer que j'suis en train de faire du stop juste à la sortie de la ville, alors les gens n'ont peut-être pas envie de se coltiner un autostoppeur tout du long de leur route. Surtout que jusqu'à Austin, y'a 20h de route.

Sweet Emotion, Sweet Emotion, I pulled into town in a police car, Your daddy said I took it just a little to far...

J'ai tourné la tête parce que dès que ça parle de police, je suis sur mes gardes. C'est la musique d'un pick-up qui gueule à plein régime. Et contre toute attente, ce même pick-up s'arrête à ma hauteur et une jeune femme descend. Un sourire radieux, elle lance un "Bonjour !" enthousiaste. Visiblement, elle me connait. Mais moi, je ne la connais pas! C'est qui? "Joe. Joe Eming. Vous êtes intervenu chez moi l'autre jour. Le cataclysme des petites culottes ?" Le QUOI? Il me faut quelques secondes avant de me souvenir. Ouiiiiii, la machine à laver et pas mal de dessous affriolants encore tout mouillé. C'est à mon tour de sourire, un peu et de hocher la tête pour confirmer ses dires. Mon fils accourt vers nous et attrape ma main, tout timide face à quelqu'un qu'il ne connait pas. "Salut bonhomme. Je vais vers le Texas, je ne sais pas si c'est là que vous vous rendiez." Bon sang, c'est un pot de cocu ou je ne m'y connais pas! "Georgetown? Enfin, j'en sais rien, mon hébergeur m'a lâchée. Alors j'ai que trois places, on sera un peu serré mais au moins je peux bien vous emmener où vous voulez." Georgestown? Faut que j'arrive à me remettre la ville dans la tête... C'est au nord d'Austin, ça, non? Mince, j'vais au sud, mais c'est pas grave, si au moins on peut faire un grand bout de route avec elle, ça m'arrangerait vraiment. Je hoche la tête vivement.

- On va à San Antonio, pas loin d'Austin. Bon, pas besoin de dire maintenant que je laisse le gamin à San Antonio chez sa mère et que je continue jusqu'à Corpus Christi, ça se fera dans la conversation. Ce qu'elle veut pour le moment, c'est une vague idée de ma direction et d'où elle devra me laisser si jamais elle veut bien me prendre en stop. Ca serait vraiment sympa si on pouvait faire un bout de route ensemble, aujourd'hui, je crois que c'est pas vraiment le jour pour faire du stop, ça fait un moment que j'attends et y'a que vous qui vous êtes arrêtée. Le moment qui suit est un peu bizarre, parce que je ne sais plus trop quoi dire. Après tout, elle m'a reconnu en s'arrêtant, mais... peut-être qu'elle ne se rappelle plus de mon nom, après tout, elle ne doit pas se rappeler de tout le monde non plus. Finalement, je tends la main, par dessus le capot de son pick-up. Texas. Ou Jackson, comme vous préférez. Et lui, c'est Tyler. Nounours dans les bras, Tyler rougit comme une pivoine, couleur homard avant de parvenir à faire un petit signe de la main. Ce n'est que lorsqu'elle accepte de nous prendre que j'ouvre la portière pour faire monter le petit monstre au milieu. J'vais chercher le sac qui était toujours sous l'arbre avant de le caler dans la benne du pick-up. C'est bien chargé, mais c'est mal arrimé. Vous... Vous voulez que je... resserre les sangles? Pour que vous ne perdiez rien en cours de route? J'dis ça parce que la moto va se faire la malle si jamais on se prend du vent de côté. Bref, je prends ensuite place dans le pickup, tout contre la portière, j'attache la ceinture de Tyler avant de... ne pas mettre la mienne, parce que je ne l'ai jamais mise et que j'ai pas l'habitude. OUI JE SAIS C'EST UN MAUVAIS EXEMPLE POUR MON FILS, mais j'y pense pas, c'est tout. Pour le moment, tout ce qui trotte dans mon esprit, c'est d'arriver à San Antonio le plus rapidement possible pour prouver à sa mère que je tiens mes engagements. En tout cas, c'est... c'est vraiment gentil, ça m'enlève une épine du pied. Vous n'avez pas idée.

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