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 got a secret, can you keep it - otto & derek

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Derek Bullock
Admin papa-poule
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DATE D'INSCRIPTION : 08/02/2016
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MessageSujet: got a secret, can you keep it - otto & derek   Dim 16 Avr - 21:42

Les séances de kinésithérapie étaient quelque peu douloureuses - une torture à vrai dire - mais il ne les raterait pour rien au monde. Il n'avait jamais réellement dû affronter la vraie douleur jusqu'à ce qu'il croise le chemin de Raphaël Grimes. Et il était plutôt content de se rendre compte qu'il la tolérait plutôt comme un champion. Il ne se plaignait jamais. Il ne hurlait jamais. Il n'abandonnait jamais - et c'était cela sa plus grande fierté. Aux yeux de son père, et à ses propres yeux à vrai dire, il abandonnait trop souvent, trop facilement. " Tu progresses bien, Der'. Et tu sais que je peux me montrer super exigeant et que je ne fais pas de cadeaux, " lui balance Cooper - collègue et ami. L'avantage de bosser à l'Hôpital de Los Angeles était que l'on connaissait quasiment tout le personnel. Il avait pu choisir son propre kiné' et ses propres médecins. Il savait qu'avec Cooper il serait rétabli en un temps record - et surtout qu'il ne le laisserait pas s'assoir sur ses lauriers. Il avait besoin de quelqu'un d'intransigeant et d' "impitoyable" car il avait besoin de se remettre très vite sur pieds - sans quoi il deviendrait fou. " Je serais tenté de remercier, mais... je ne le ferai que lorsque je pourrais marcher sans boiter, et lorsque je pourrais remonter sur une planche de surf, " lui sourit-il en grimaçant néanmoins. Les efforts faits aujourd'hui avaient été plus intenses et plus nombreux, aussi ressentait-il la fatigue et la douleur de façon continue. " T'en as assez fait pour cette fois, bois un coup, prend une bonne douche et repose-toi le reste de la journée, ok ? Je reviens jeudi à la même heure - d'ici-là je considère que tu auras repris du poil de la bête et que tu pourras faire encore mieux qu'aujourd'hui, " lui dit-il en souriant, mais pas moins sérieux. " Que ça soit le cas ou pas, tu te montreras aussi impitoyable que tu l'as été aujourd'hui. " " Tout à fait. A jeudi, mon pote, en pleine forme, " qu'il conclut en refermant la porte derrière lui - en pleine forme. Se relever lui demanda tout l'effort du monde. Grimper les escaliers lui exigea toute la patience du monde. Se déshabiller et entrer dans la douche fut tout aussi difficile et douloureux. Les blessures étaient encore bien fraiches, rougies et les points n'étaient partis que depuis quelques jours seulement. Peut-être en faisait-il trop. Peut-être devait-il être plus patient et plus magnanime avec lui-même. Mais la douleur, il pouvait gérer et supporter. C'était les cauchemars qui le rendaient fous. Il n'en avait pas parlé à Mia, car il ne désirait pas l'effrayer. Il ne voulait pas l'impliquer dans ses peurs. Il ne voulait pas l'impliquer dans son besoin de vengeance. Il ignorait même ce que ce mot signifiait réellement à ses yeux. Il ne voulait pas qu'elle sache à quel point il se sentait affecté par cette agression - car elle semblait si heureuse, si épanouie, si comblée ces derniers temps. Avec lui. Avec eux. Pour elle, son passé était révolu. Pour elle, l'avenir rimait avec bonheur. Pour elle, cette agression n'avait été qu'une fin à son propre cauchemar. Mais pour lui, ce n'en était que le prélude. Comment lui expliquer qu'à chaque fois qu'il fermait les yeux, il faisait face à cet homme ? Comment lui expliquer qu'à chaque fois qu'il parvenait à s'endormir, il revivait cet enfer ? Il ressentait cette peur, cette peur de ce jour-là ? Comment lui expliquer que la peur ne le quittait plus, ne l'avait pas quitté ? Comment lui expliquer ce sentiment d'inachevé ? Comment lui expliquer qu'il se sentait faible, qu'il se sentait impuissant ? Comment lui expliquer qu'il avait le sentiment d'avoir besoin de retrouver Raphaël Grimes pour mettre un terme à ces cauchemars nocturnes ? Elle ne comprendrait pas. Surtout, elle l'en empêcherait.

Il était enfin redescendu pour se concocter un petit sandwich avec tous les ingrédients qu'il trouvait par-ci, par-là, quand la sonnerie se fit entendre. Il mit le temps mais il parvint à ouvrir à l'inconnu numéro 2 de la journée - mais s'il s'attendait à Cooper plus tôt, il ne s'attendait pas à voir Otto sur le seuil de sa porte. Un sourire immense, mais une bouche remplie de son déjeuner, accueillit le jeune pilote. " Bah merde, ça fait sacrément plaisir de voir ta gueule, " lui dit-il simplement en s'écartant. " M'en veux pas si je te prends pas dans mes bras - je sais que t'adore ça - mais ma séance de rééduc' m'a achevé et j'ai l'impression que mon corps peut me lâcher d'un moment à l'autre, " rit-il néanmoins. " T'as mangé un morceau ? Je pense qu'il doit me rester quelques petits trucs pour te faire un sandwich... je crois pas qu'il existe celui-ci, " ajoute-t-il en jetant un oeil au sien, rempli de garnitures plus improbables les unes que les autres - mais c'était un délice tout de même ! " Mia est allée faire quelques courses avec Lily - du coup je n'ai pas grand chose, mais ça devrait faire l'affaire. Je te sers quoi ? " Quelques secondes plus tard, il revint dans le salon où s'était installé son ami - l'un de ses meilleurs amis à vrai dire depuis son arrivée en ville. Ils se connaissaient grâce au surf, et depuis ce jour ils ne manquaient jamais une seule vague et ils avaient passé un sacré nombre de soirées ensemble, avec Nate. " Je ne t'attendais pas, mais je suis content de te voir. La dernière fois, je crois me rappeler que je n'étais pas très bavard... " s'excuse-t-il en souriant. La dernière fois étant à l'Hôpital, alors qu'il se réveillait à peine de son intervention. L'anesthésie, la douleur, la folie de ce qui s'était passé - ouais, il avait été dans le flou un long moment. Il aurait eu envie déjà à cet instant tout balancer à Otto. Lui parler de Mia. Lui parler de Raphaël. Lui parler de cette boule au ventre. Lui parler de l'attente entre le moment où il lui avait tiré dessus et le moment où Mia était revenue pour appeler les secours. Il aurait voulu tout lui dire - parce qu'ils se disaient tout depuis le début. Pouvait-il le faire aujourd'hui ? Pouvait-il lui faire confiance ? Pouvait-il lui confier les secrets de la jeune femme ? A vrai dire, les questions ne se posaient pas - la réponse était oui à toutes. " Qu'est-ce qui t'amène, alors ? Mis à part t'assurer que je marche et que je vais pouvoir reprendre le surf bientôt, " finit-il par lui demander tout en dévorant son sandwich made-in-derek. " Y a de bonnes vagues d'ailleurs en ce moment ? J'en rêve quasiment chaque jour... " lui avoue-t-il en soupirant. Et c'était vrai. Quand il ne rêvait pas de Raphaël Grimes. Quand il ne rêvait pas de lui arracher les yeux.



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Otto Winspire
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MESSAGES : 1346

MessageSujet: Re: got a secret, can you keep it - otto & derek   Mer 3 Mai - 11:53



J’avais complètement flippé. C’était un message qui m’avait averti que Derek se trouvait à l’hôpital, qu’il avait été opéré d’urgence car on lui avait tiré dessus. J’étais resté sans voix. C’était tellement difficile à envisager. Les coups de feu, les revolvers, on les voit dans les films, on en entend parler dans les journaux, dans les faits divers, aux informations à l’heure du dîner pour peu qu’on allume la télévision. Mais pas dans son entourage. On voit jamais ça, on l’imagine même pas. Surtout quand on connaît Derek. Le type, c’est une crème. Pas un mot plus haut que l’autre, un papa aimant, toujours prêt à aider son prochain. Et un cinglé lui tire dessus. Quel monde à la con, sérieux. Quand j’ai appris ça, j’étais dans mon salon, en train de commander du matériel qui m’intéressait. J’avais la tête complètement ailleurs, je m’occupais de mes petites affaires et la nouvelle est tombée comme ça. Sans prévenir, sans te donner l’occasion de t’asseoir confortablement, respirer un bon coup. Pas le temps de se faire à l’idée, que la réalité t’a déjà rattrapé et on peut rien y faire.
J’étais resté un moment sans rien faire. Puis j’avais pris les clés de ma voiture, direction l’hôpital. Sauf que lorsque je suis arrivé, il était au bloc. Et c’était impossible pour moi de rester là-bas. Alors je suis reparti. Je ne pouvais pas supporter la pression qui règne dans ces moments-là, les regards des proches qui te questionnent, alors que tu ne détiens absolument aucune réponse. J’avais détalé, j’étais allé me réfugier face à l’océan, bien à l’abri du vent dans l’habitacle de ma voiture, à me demander à partir de quel moment on pouvait devenir une cible potentielle et se prendre une balle. Et plus précisément, à quel moment, Derek, ce père sans histoire, était devenu susceptible de rentrer dans la catégorie des victimes de ce genre d’acte. Evidemment, aucune réponse ne m’était apparue.
Alors, j’avais patienté jusqu’au lendemain, et j’étais retourné à l’hôpital, une fois qu’il avait quitté le bloc opératoire pour de bon et que les plus proches avaient pu lui rendre visite au préalable. C’aurait été moche d’empiéter sur le temps de visite de sa fille, par exemple. J’étais resté un petit moment, mais je ne me sentais pas vraiment à l’aise dans cette pièce aux murs blancs, où le temps passe au rythme cardiaque qu’indique le moniteur. Les questions me brûlaient les lèvres, mais ce n’était pas le moment de chercher à obtenir ce genre de réponses ; mon ami était épuisé, choqué, il n’avait pas besoin que je me rajoute aux policiers qui allaient sans doute passer le voir, pour des questions. Alors, j’étais reparti, après le passage d’une infirmière qui devait lui prodiguer quelques soins. Je n’étais définitivement pas dans mon élément, alors je m’étais éclipsé, après avoir promis de passer le voir quand il se serait un peu rétabli.

Nous voilà donc, à ce jour de retrouvailles. Après avoir passé du temps à régler pas mal de choses suite à mes nouveaux projets professionnels, je prends le temps d’aller voir Derek, maintenant rentré chez lui. Je me trouve devant sa porte, à frapper mon poing contre le bois dans l’attente que quelqu’un vienne m’ouvrir. Et je tombe sur la bonne personne ! Un grand sourire me vient quand je le vois debout, et lui aussi, il affiche une sacrée banane en me voyant. « Bah merde, ça fait sacrément plaisir de voir ta gueule » Je me marre en l’entendant et écarte les bras, comme si j’étais le messie en personne, débarquant sur son perron. « Eh ben, je m’attendais pas à te voir en pleine forme ! » Il m’explique que la matinée a été éprouvante pour lui, et j’ose à peine imaginer. Je suis déjà passé par la rééducation suite à des chutes et blessures en motocross, et ce n’était jamais une partie de plaisir. Alors la rééducation à laquelle il a droit, ça doit encore être autre chose. « T’inquiètes, on se rattrapera plus tard pour les embrassades. » Puis, je le suis à l’intérieur, tandis que je remarque qu’il se déplace bien tranquillement. Ouais, il a encore du travail avant de retrouver la grande forme. « Non, j’ai rien becté, je me contenterai de ce que t’as, j’suis pas difficile, tu sais bien ! Mais, t’embête pas, j’ai pas très faim pour l’instant. » Puis je me dirige vers le salon, jetant un coup d’œil à la pièce. « D’ailleurs, tu dois pas suivre un régime spécial, pour la reconstruction des muscles et tout ça ? » Et quand il m’annonce que Mia et sa fille sont parties faire quelques courses, un sourire amusé me vient. « Ah c’est ça, en fait, Mia n’est plus là et tout fout le camp ! » J’aime bien le voir comme ça, tout amoureux de cette fille. Autant j’aime charrier Nate dès qu’il jette son dévolu sur une gonzesse, autant avec Derek c’est pas pareil. Il est plus sérieux, plus posé, il est papa, et il a vécu la perte de sa femme ; alors ça fait du bien de le voir heureux avec quelqu’un. A sa question lancée depuis la cuisine je réponds simplement : « Une bière si tu as, et quand j’aurai faim, j’irai taper dans ton frigo ! ».
Derek me rejoint dans le salon et s’installe en face de moi, je le remercie pour la bière. « Je ne t'attendais pas, mais je suis content de te voir. La dernière fois, je crois me rappeler que je n'étais pas très bavard... » Je relève les sourcils, est-ce qu’il est bien sérieux ? « D’ailleurs, j’suis encore super vexé ! » je dis en plaisantant. « Non, sans déconner, t’étais dans un état, mon pauvre vieux. Et puis ben là, j’étais dans le coin, alors je me suis dit que j’allais passer, maintenant que t’es rentré chez toi, c’est mieux. » J’me sens bien plus à l’aise qu’à l’hôpital, où on a limite l’impression qu’il faut murmurer pour parler, de peur de déranger tout ce monde autour. Et puis avec le défilé incessant des médecins, des infirmiers, y a pas moyen d’être tranquilles. « Tu m’étonnes. Mais tu vas être content d’apprendre que les coefficients ne sont pas terribles en ce moment, alors les vagues sont pas bonnes, tu loupes rien. Enfin, pour l’instant ! » Je commence par répondre au sujet le plus léger, mais j’ai pas envie de tourner trop longtemps autour du pot. J’ai envie de savoir ce qui lui est vraiment arrivé. Ce n’est pas du hasard. Et puis j’ai envie de le mettre au courant sur le tournant que va bientôt prendre ma vie. Et au sujet de mon départ aussi. « Ben.. Faut bien que je te mette au courant. J’ai décroché un contrat en Europe. En Allemagne. C’est pour une saison, un peu comme un essai. C’est pour du rally. J’ai accepté. » J’écarte les mains puis les rapproche à nouveau, dans l’attente de sa réaction. « Ca fait chier de partir si loin, mais.. Je reviendrai de temps en temps, c’est sûr. Pour voir vos sales gueules ! » Je ris doucement. « Ca m’offre un nouveau départ. Et c’est quelque chose que j’ai jamais fait. Ca va me changer un peu. Même si louper une saison de FMX me taraude un peu. » C’est ma passion première et je sais très bien que la frustration de pas enfourcher ma motocross sera bien présente. Je baisse les yeux un court instant. Hésitant sur la suite à avouer. « Tu sais, Kimia… Il se trouve qu’elle part avec moi. » Et je suis incapable de cacher mon sourire plus longtemps.
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Derek Bullock
Admin papa-poule
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MessageSujet: Re: got a secret, can you keep it - otto & derek   Mar 30 Mai - 14:37


Il n’y avait pas grand monde avec qui il se sentait entièrement à l’aise. Il n’y avait pas grand monde avec qui il savait qu’il pouvait être lui-même et dire ce qu’il pensait, comme il le pensait sans craindre d’être jugé ou d’être rejeté. Bien qu’il ne les connaissait pas depuis des années, son amitié avec Otto et Nate était sincère et vraie. Il les considérait comme ses meilleurs potes, et il ne doutait pas un instant que ce fut réciproque. A eux trois, ils se complétaient parfaitement bien. Ils avaient des personnalités très différentes et en même temps très complémentaires – et lorsque Derek avait commencé à se poser des questions quant à ses sentiments envers Mia, il n’en avait parlé qu’avec eux. Ils savaient quand le charrier et quand être sérieux – et quand il s’agissait de parler de femmes, et surtout de parler de sentiments, ils se montraient toujours attentifs et respectueux avec le jeune infirmier. Sans doute parce qu’il avait été marié – avec une seule femme depuis le lycée – et qu’il l’avait perdu bien trop rapidement, trop brutalement. Ses deux amis étaient plus « volages » et plus indépendants quand il s’agissait de relations amoureuses – bien qu’Otto soit destiné à une seule femme, Derek n’en doutait pas – et il n’était pas rare de les entendre plaisanter sur le sujet l’un envers l’autre. Mais pas avec Derek. Quand il leur avait parlé de Layce, des questions qu’elle le poussait à soulever, ils avaient écouté. La jeune fille réveillait en lui un espoir, un espoir qu’il pensait totalement impossible. A l’époque, il ne pensait même pas pouvoir un jour retomber amoureux. A l’époque, il ne le désirait même pas d’ailleurs. Mais au contact de la jeune cavalière, il s’était surpris à pouvoir l’imaginer. A pouvoir le concevoir. Petit à petit, la douleur disparaissait. Petit à petit, la souffrance s’envolait. Petit à petit, il ne se trouvait plus marié, mais veuf. Et bien qu’il ait l’impression souvent de tromper sa femme – ou sa mémoire – il savait parfaitement qu’elle n’aurait jamais voulu qu’il ne se prive de vivre et d’aimer de nouveau à cause d’elle. Au final, il s’était avéré que Layce était principalement une excellente amie mais il avait compris qu’il l’adorait comme un grand frère pouvait adorer sa petite sœur. Puis, Mia avait débarqué dans sa vie. Mystérieuse, fragile, indépendante, énigmatique, sauvage et indomptable. Elle était douce et fascinante au contact de Lily, mais elle était craintive et sur ses gardes avec lui – et forcément, ça l’avait poussé à se poser des questions, à s’intéresser à elle. Et à tomber amoureux malgré lui. A qui d’autre aurait-il pu en parler, si ce n’est ses meilleurs potes ? « Pleine forme, c’est un bien grand mot mais… j’avoue que je pourrais aller plus mal, » lui dit-il en massant un peu son épaule endolorie. Les cicatrices étaient encore bien fraiches et il mentirait s’il osait dire que ça ne le lançait jamais, mais il supportait plutôt bien la douleur à son grand étonnement. « Je boite encore pas mal et selon le médecin, ça risque de durer un long moment – mais je sais qu’il sous-entendait que ça risquait d’être permanent, » papillonnant dans ce milieu depuis quelques années, il connaissait parfaitement le protocole de chaque médecin et leur façon de vous annoncer les mauvaises nouvelles. Il y avait ceux qui ne prenaient pas de pincettes et allait droit au but, avec des mots sans équivoque. Et il y avait ceux qui jouaient avec les mots pour ne pas dire franchement ce qui pouvait blesser. Derek avait parfaitement conscience qu’il ne retrouverait peut-être pas l’intégralité de sa force et de sa mobilité – surtout au niveau de la jambe. Il espérait juste pouvoir défier le destin et la réalité en essayant de croire à un miracle. « Je me rassure en me disant que ça aurait pu être pire. Il aurait pu me tirer une balle en pleine tête, et le reste n’aurait pas eu d’importance, » dit-il en plaisantant mais sa blague tombait un peu à plat, car on ne plaisantait pas avec sa propre mort. « Oublie ce que j’ai dit, l’humour ça n’a jamais été mon fort, vous le savez bien. De toute façon, tu fais comme chez toi comme d’habitude tu le sais – mi casa es tu casa. Et oui, j’ai un régime alimentaire plutôt poussé – mais comme tout patient qui se respecte, je ne le suis que partiellement, » sourit-il en grimaçant. Il éclate de rire ensuite quand il évoque un monde qui s’écroule sans Mia à ses côtés – ce qui n’est pas entièrement faux cela dit. « J’avoue que je ne sais pas comment je ferais sans elle – et pas seulement parce que je l’aime. J’ai à peine trente-trois ans, Otto, et j’ai l’impression d’être un vieux quinquagénaire qui ne peut plus bouger son cul tout seul. Sincèrement, je ne te souhaite jamais de te faire tirer dessus, parce que c’est un vrai calvaire une fois que t’as passé le cap des « cicatrices trop bad-ass » comme dirait Lily. D’ailleurs, elle risque d’être super-déçue quand je lui dirais que tu es passé et qu’elle n’était pas là – je crois que ma fille a un faible pour toi, » ajoute-t-il en souriant, mais en fronçant les sourcils également. Sa fille grandissait trop rapidement et très vite, le sujet des garçons sera à aborder. Bordel de merde. « Si j’ai de la bière ? » lui demande-t-il en haussant les sourcils, l’air de dire « attend, tu me prends pour qui ? Évidemment ! » Il la lui apporte, tout en s’ouvrant une par la même occasion. Incompatible avec son traitement ? Fuck it. « J’imagine. Mia a attendu plusieurs jours avant de laisser Lily venir me voir. Entre la morphine et la douleur, je n’étais pas vraiment dans mon état normal je suppose. Tu dois te poser pas mal de questions… » qu’il sous-entend en sirotant sa bière. Il y pense depuis plusieurs jours, à en parler à ses amis, mais il craint leur réaction. Il craint qu’ils lui conseillent de le balancer, de le retrouver, de le dénoncer. Il a une confiance aveugle en eux, mais il sait qu’ils auraient raison s’ils pensaient ainsi. « Les vagues seront toujours là quand je pourrais remonter sur une planche de toute façon – faut que je sois patient. Vous y aller toujours le samedi ? Je passerais peut-être ce week-end vous faire un coucou, histoire de sortir un peu d’ici, de prendre l’air et de me donner l’illusion de surfer avec vous, » rigole-t-il doucement. « Heureusement, y a pleins de choses auxquelles penser pour l’instant pour que je me morfonde à ce sujet. On cherche une nouvelle maison, » lui avoue-t-il. Pour quitter celle-ci, empreinte de son sang et de souvenirs terribles, et pour construire leur nouvelle vie ensemble, à partir de 0. Et quand lui recommence à 0, Otto n’en fait pas moins. « En Allemagne ? Tu ne pouvais pas aller plus loin ? » qu’il le charrie un peu. « Plus sérieusement, félicitations, » lui dit-il sincère. « Je ne vais pas te dire que tu ne vas pas nous manquer – surtout Nate, s’il est seul sur la planche pendant plusieurs mois il va dépérir, » qu’il rit de plus belle en imaginant leur ami quand il réalisera qu’il n’aura plus de partenaire sur les vagues pendant un bout de temps. « Mais c’est une belle occasion, une chouette opportunité. Tu as raison de la saisir. Pour avoir vu ma vie défiler devant mes yeux il y a quelques semaines, je ne peux que te conseiller de la vivre à fond. Sans te poser de questions. Sans regret, » qu’il continue en sirotant toujours sa bière. Avec laquelle il s’étoufferait presque quand Otto lui parle de Kimia, avec ce sourire qui veut tout dire. « Hé bah voilà, » qu’il dit simplement comme une évidence. « Il en aura fallu du temps, mon poto. Je t’embrasserai presque si je pouvais dis-donc. Enfin, on est d’accord que si elle t’accompagne… c’est parce que ENFIN, vous vous êtes montrés raisonnables et francs l’un envers l’autre ? » lui demande-t-il alors feintant le doute. Depuis le début, Derek a toujours su qu’entre les deux c’était inévitable. « Manque plus que Nate nous annonce qu’il a rencontré la perle rare, » ajoute-t-il avec un regard amusé.

« Je voulais reprendre des études de kiné il y a quelques semaines… » finit-il par avouer quelques minutes plus tard. « Mais ce face à face avec la mort a complètement chamboulé tous mes projets. Je ne sais pas, c’est très étrange c’est comme si avant je me limitais à ce que je savais être capable de faire… et qu’à présent j’avais plutôt envie de me dépasser. C’est con ? » lui demande-t-il alors, sincèrement, son avis. Frôler la mort était peut-être une expérience qui vous changeait entièrement. Peut-être bien. Définitivement.




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