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 « And somehow that makes us, I don’t know, unique. Or maybe even special » + Alaric

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Raphaël Grimes
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MessageSujet: « And somehow that makes us, I don’t know, unique. Or maybe even special » + Alaric   Dim 7 Mai - 19:22

« Et maintenant, il faut que tu souffles sur les cartes. Va-s’y. Pas trop fort ! » Retenant un soupir de lassitude, Raphaël s’exécuta malgré tout entre deux gorgées de bière. Visiblement satisfaite d’elle-même, Becca rassembla le paquet de cartes, fit ses petits tours de magie avant de tirer une carte du jeu, la brandissant fièrement sous le nez de son frère. « Alors, c’est ta carte ? » Le motard l’étudia un moment avant de hocher nonchalamment la tête. « Il semblerait que oui. » répondit-il, laconique. Totalement fière d’elle, la blonde s’extasia de joie. Dans ces moments-là, il avait la sensation de la retrouver des années auparavant quand elle lui faisait des démonstrations de magie. Elle n’était pas plus haute que trois pommes, mais elle était déjà terriblement douée. Malgré la lassitude évidente de Raphaël, elle poursuivit ses tours de magie. Elle n’était pas suffisamment bête pour ne pas se rendre compte qu’il s’en tamponnait ouvertement, toutefois, dans un recoin de sa tête, elle devait se dire que cela finirait bien par lui remonter le moral d’une manière ou d’une autre. Il eut droit à encore trois autres tours de magie avant qu’il ne mette le holà. Il avait attendu que sa bière soit terminée pour cela. « Bon, je pense que ça ira pour la magie. » dit-il en faisant mine de se redresser. « Eh non attends ! Je t’ai pas fait le coup du lapin. » Elle attrapa rapidement son chapeau, en faisant surgir brusquement le lapin, Assistant. Oui, il s’agit de son véritable prénom. Il observa longuement la créature qui semblait aussi ennuyé que lui avant de se redresser d’un air décidé. « Je vais juste aller faire un tour. Tu pourras m’en faire d’autre quand je serai rentré. » Ce soir, il regretterait sûrement ces paroles. Mais pas tout de suite. Il s’éclipsa rapidement de l’appartement, emportant avec lui les clefs de sa moto.

Depuis plusieurs semaines maintenant, il vivait auprès de sa sœur Becca. Cela ne lui aurait pas posé plus de problèmes si la jeune femme ne s’était trouvée en colocation avec deux autres demoiselles. Raphaël n’était plus fait pour vivre en communauté, et certainement pas quand cette dernière était purement féminine. De plus, elles étaient toutes excessivement jeunes. A côté, il avait la sensation d’être un vieux squatteur. Le motard détestait cela. Il était un loup solitaire qui appréciait sa tranquillité, de savourer une bonne bière sans que personne ne vienne le faire chier. Ou même qu’il n’y ait un lapin qui traîne dans ses pattes. Plusieurs fois, il avait manqué de l’écraser, frôlant le drame dans la colocation. Il était donc grand temps qu’il mette un terme à tout cela en prenant les choses en main. Il s’était déjà chargé à distance de mettre en vente sa maison de Philadelphie, lui offrant un pécule de départ. Avec la perte de son garage, il fallait admettre que les finances de Raphaël n’étaient pas florissantes. Jusqu’à il n’y a pas longtemps, Judith prenait tout en charge et faisait vivre le couple. Mais désormais qu’il n’avait plus sa femme auprès de lui, il devait gérer les choses par lui-même. Enfin, pourrait-elle aussi voir qu’il avait changé. Il lui fallait donc un travail. Sa pension d’ancien combattant ne suffisait pas non plus. Ainsi, il s’était mis à la recherche d’un emploi depuis un bon moment. Tout ce qu’il connaissait en dehors de la guerre, c’était la mécanique. Quoi que plus naturel que de proposer ses services dans des garages, mais voilà plusieurs fois qu’on lui fermait la porte au nez. Le motard n’était déjà pas enchanté de devoir travailler pour quelqu’un, alors l’avalanche de refus n’était pas pour le mettre dans de bonnes dispositions. Il commençait à arpenter les rues de Los Angeles sans espoir, affirmant un peu plus son aversion pour cette ville. Malgré tout, il comptait y rester pour de bon. Se trouver un job. Un appartement. Il aurait pu se retourner sans ne jamais se retourner, mais sa rencontre avec sa famille l’avait fait changer d’avis. Il avait promis à Becca qu’il resterait avec elle, qu’il serait le frère qu’il aurait dû être et qu’il continuerait à la protéger comme il le faisait autrefois. Raphaël ne tenait pas souvent ses promesses, mais celle-ci lui tenait à cœur. Et c’est bien parce qu’il aimait éperdument sa sœur qu’il se retrouvait à devoir trouver rapidement un job. Il y avait aussi le désir de pouvoir enfin obtenir son indépendance et avoir son propre appartement. Cela allait de soi.

Son périple l’avait déjà mené dans de nombreux garages. Il avait arpenté tout Downtown, Beverly Hills et Venice Beach sans succès. Dans ses recherches d’aujourd’hui, son chemin le guida vers Santa Monica. Il lui semblait que c’était quelque peu reculé, mais à force de croiser plusieurs garages, il se dit que ce n’était pas si mal par ici. Il se hasarda dans plusieurs garages, obtenant toujours les mêmes réponses. Ils réfléchiraient avant de lui donner la moindre information. Pourtant, il suivait les conseils de Becca en emportant avec lui son CV de partout. L’après-midi était déjà bien entamé quand il atterrit au garage d’Alaric. Il observa en tout premier lieu l’endroit qui n’apparaissait pas trop dégueulasse, puis la gueule des gens qui bossaient ici. Finalement, il s’approcha de l’un des gars qui bossait ici. Il était d’une carrure grande et massive. « Hey ! Vous sauriez qui est en charge ici ? Faudrait que je lui parle. » demanda-t-il quand il fut à la hauteur de la personne en plein ouvrage, sans se douter qu’il s’agissait effectivement de la personne qui gérait le garage. « Vous savez s’ils cherchent des gens pour bosser ici ? »
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Alaric Winchester
Admin Ours Brun
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MessageSujet: Re: « And somehow that makes us, I don’t know, unique. Or maybe even special » + Alaric   Mer 2 Aoû - 15:19


« Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ? Et ne me balance pas des cracs du style « on s’en tape, je profite du temps qu’il me reste », sinon je te jure, Dan… je te fais avaler tes comprimés par les trous de nez, » qu’il menaçait son père adoptif qui venait de rentrer de son rendez-vous hebdomadaire chez le médecin. « J’ai encore le droit de choisir comment je veux mener la fin de ma vie, fiston. Il ne m’a rien dit de plus, ni de moins que d’habitude tu sais, » qu’il lui répondit tout de même d’une voix trop paisible et trop optimiste à son goût. Comment faisait-il ? Comment parvenait-il à être si impassible ? A être si confiant ? A accepter si aisément la situation ? Sa fatalité ? Alaric n’avait jamais vraiment compris l’homme qu’il admirait plus que tout au monde. Il n’avait pas compris ce comment un tel homme avait pu lui offrir une place dans son monde. Il n’avait pas compris pour quelles raisons il lui avait accordé sa confiance – en sachant pourtant qu’il avait essayé de le voler. Plusieurs fois. Il n’avait pas compris comment il avait pu lui pardonner ses erreurs. Il n’avait pas compris comment, un voyou tel que lui, avait pu atteindre le cœur d’un homme tel que Dan. Par contre, il comprenait parfaitement pourquoi Dan était la personne la plus importante à ses yeux. Il était le seul à être resté. Il était le seul à lui avoir tendu la main, au pire moment de sa vie. Il était le seul à l’avoir sorti d’une vie misérable et sans doute chaotique. Il était le seul à avoir cru en lui. Il était le seul à avoir été suffisamment patient pour l’apprivoiser. Il était le seul à l’avoir réellement aimé. Comment pouvait-il alors accepter de le perdre ? Comment pouvait-il alors rester planté là, à le regarder crever lentement ? « Ce traitement, c’est important. Tu dois le prendre, Dan. Tu dois le prendre, » qu’il insistait. Peu auraient pu cerner le désespoir et l’inquiétude réelle dans la voix et dans le regard d’Alaric, mais Dan connaissait le jeune homme par cœur. Il n’avait pas besoin qu’il lui dise qu’il s’inquiétait. « Ce traitement, fiston, ne fait plus d’effet. La maladie a progressé. Et à présent, plus rien ne peut l’arrêter, » lui avoua-t-il dans un souffle. Sans doute aurait-il préféré garder cela pour lui. Sans doute aurait-il préféré ne pas apitoyer son fiston plus que nécessaire. Sans doute aurait-il préféré ne pas l’inquiéter plus qu’il ne l’était déjà. Mais Dan avait appris il y a longtemps que la vérité finissait toujours par éclater, et que mentir à Alaric, c’était comme lui arracher le cœur. Le jeune homme avait suffisamment souffert dans sa vie. Il s’était promis de ne jamais, jamais, être la raison de son malheur. Aujourd’hui, il était forcé de rompre sa promesse. Car il mourrait. Car il abandonnerait ce gamin paumé qui n’avait jamais rien désiré d’autre que d’être accepté et aimé pour ce qu’il était. Oui, ça faisait mal. Comme un poignard dans le cœur. Mais ils devaient affronter la réalité. Ensemble. Et il espérait que Ric trouverait la force de le soutenir, de l’accompagner jusqu’au bout et surtout de lui pardonner. « Je suis fatigué, fiston. Ce traitement m’affaiblit plus qu’il ne m’aide. Je me sens plus léger, plus moi-même depuis quinze jours que je ne le prends plus. Le médecin m’a donné son accord pour tout arrêter. Fiston… » mais Ric s’était retourné vers la porte de sortie, incapable de le regarder en face. « J’ai du boulot, » dit-il simplement. « Je repasserai demain, » qu’il termine avant de s’éloigner et de fermer la porte sur un père malade et désolé, et sur son cœur meurtri et enragé.

Il fit ce qu’il faisait de mieux pour décompresser. La mécanique. On avait vite compris que c’était un jour sans et qu’il fallait le laisser ruminer dans son coin, bosser seul, et attendre que la tempête s’éloigne. Dans ces moments de désorientation et de colère sourde, il était capable de réagir trop impulsivement – et tous préféraient éviter ça. Alors il mit les mains dans le cambouis. Il mit les mains dans le moteur. Il mit les mains sous le capot. Il s’écoula quasiment plus de quatre heures avant que le calme ne soit revenu et qu’il se sente plus détendu. Il refusait de comprendre Dan. Il refusait de se mettre à sa place comme il le voudrait. Il était malade. Et quand on était malade, on prenait un traitement. C’était aussi simple que ça dans sa petite tête. Que Dan puisse choisir de stopper son traitement sous prétexte que ça l’affaiblissait plus que ça ne l’aidait le rendait furax. Pourtant, quand l’orage passait et qu’il prenait deux minutes pour réfléchir concrètement… Il comprenait. Mais c’était une idée bien trop dure à encaisser pour l’instant. Une idée bien trop compliquée à accepter pour l’instant. « Hey ! Vous sauriez qui est en charge ici ? Faudrait que je lui parle. » Finissant ce long et périlleux travail, qui lui avait permis de décompresser, il releva la tête vers l’homme qui l’interpelait. Il l’observa quelques secondes avant de refermer le capot et de s’essuyer les mains sur le chiffon qui ne le quittait jamais. « Alaric Winchester, » se présente-t-il alors en lui tendant une main quelque peu dégueulasse – mais il avait le sentiment que l’homme lui faisant face ne lui en tiendrait pas rigueur. Surtout s’il venait pour trouver un job. Du travail, il y en avait toujours ici. Il y en aurait toujours ici. Était-ce une chance ou le hasard qui faisait bien les choses ? Jimmy venait de les quitter, déménageant au Texas avec sa récente femme, et Ric’ n’avait pas encore passé d’annonce pour ce nouveau poste. « J’ai en effet une place qui s’est libérée récemment. T’es mécano’ ? Ouais, ici tout le monde se tutoie – je ne suis pas un grand fan du vouvoiement, » qu’il lui dit naturellement en marchant jusqu’au bureau. « Je suis ne suis pas un patron tyrannique – ils te diront tous le contraire, évidemment – mais je ne suis pas un pantin non plus. Les horaires, ça se respecte. Le client, ça se respecte – ça veut dire que s’il t’insulte ou qu’il te menace, tu te défends, » qu’il lui énumère point par point. « On ne rechigne pas sur le temps de travail, et t’as droit à deux heures de pose dans la journée – pour bouffer, cloper, sortir, tu choisis, peu importe, » qu’il termine avant de lui refaire face. Il l’observe de nouveau. « Je te propose une période d’essai de quinze jours. Après ça, tu fais l’affaire le job est à toi, tu me ralentis et tu me fais de la merde, la porte reste au même endroit, » qu’il la désigne d’un vague geste de la main. Rien de plus. Rien de moins.
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Raphaël Grimes
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MessageSujet: Re: « And somehow that makes us, I don’t know, unique. Or maybe even special » + Alaric   Sam 5 Aoû - 22:50

Avec le temps qui défilait, c’était à croire que Raphaël s’était finalement habitué à cette ville. Los Angeles. Cette maudite cité des anges qu’il avait haï du plus profond de son être. Cet endroit représentait le lieu où sa femme s’était réfugiée, avait changé son identité, s’était fondu dans la masse pour ne plus jamais réapparaître. Le motard avait nourri un dégoût farouche pour ce ciel qu’elle devait contempler chaque jour en se pensant libre, pour ces rues qu’elle arpentait sans même avoir le désir de revenir auprès de lui, pour ces façades immenses qui la dissimulaient à son regard. Il s’était pris à haïr les gens qui peuplaient cette ville. Combien d’entre eux avaient pu croiser le regard heureux de sa femme ? Combien s’étaient repaît du corps de son épouse, en l’admirant, en la contemplant en tant que cette femme libre qu’elle était ? Dès que son pied s’était posé dans cette ville, elle s’était métamorphosée en un ennemi fait de briques et de goudron. Une ville bien trop grande qui l’empêchait de retrouver sa femme. Une ville inconnue où toutes les rues lui étaient semblables. Une ville qui abritait l’amour de son épouse pour un autre homme que lui. Durant les semaines qui avaient suivi son arrivée, il n’avait eu d’accélérer ses recherches pour déguerpir le plus rapidement d’ici. Que désirait-il le plus ? Retrouver sa femme ou quitter cette ville ? Dans le fond, les deux allaient de pair et Raphaël s’était acharné jour et nuit à guetter la moindre trace de Judith pour la retrouver, la ramener auprès de lui et faire un sorte qu’elle ne lui échappe plus jamais. Los Angeles aurait alors été jetée dans l’oubli. Une ville au loin, perdue dans la distance. Une ville qui portait un secret terrible que le motard s’efforcerait de bouter hors de sa mémoire pour que sa haine dévorante ne détruise pas leur couple à nouveau. Il réclamait de Judith qu’elle soit cette femme qu’il pensait mériter. Il réclamait cette famille qu’elle ne lui avait pas encore donnée. Il réclamait de ne pas être seul, car sinon, il ne serait rien. Il serait passé sur cette terre sans même y aller sa trace. Un atome perdu dans la foule immense et tourbillonnante. A qui aurait-il manqué alors ? A personne. Raphaël avait cette certitude bien ancrée en lui.

Et pourtant, cette ville voyait naître un nouveau Raphaël. Pas moins cynique. Pas moins désabusé. Pas moins rustre. Pas moins alcoolique. Pas moins douloureux. Il s’était uniquement résigné à ce que sa vie soit bien différente que celle qu’il désirait. Jeune, l’ex militaire avait pris une décision. Celle de ne jamais laisser le destin lui ôter quoi que ce soit. Tout ce qu’il posséderait, il ne pourrait que se féliciter lui-même de l’avoir obtenu. Il s’échinerait à le garder quoi qu’il advienne. La douleur de la perte était bien trop insoutenable pour lui. Raphaël n’était pas brutal parce qu’il était ainsi. Il était devenu brutal par peur. Toute son existence n’était qu’un rapport de force avec la vie. Aujourd’hui, il en était sûrement fatigué. Il avait laissé partir sa femme vers un autre, parce qu’il la préférait encore heureuse dans les bras d’un autre, plutôt que brisée dans les siens. Raphaël se connaissait. Cet amour obsessionnel allait finir par la tuer. Il allait finir par la tuer. Raphaël était beaucoup de choses, mais certainement pas un meurtrier. Il ne l’était plus, du moins. Los Angeles aurait pu n’être que cette ville de passage, mais sans le vouloir, il y avait trouvé bien plus. Sa sœur. Et une partie de sa famille. Comment aurait-il pu y croire ? Le motard avait, depuis longtemps, coupé les ponts avec sa famille. Il avait besoin d’être ailleurs et d’avancer. Quand il se retrouvait au milieu des siens, il avait la sensation de ne pas être à sa place. Son avenir appartenait à l’horizon. Et un matin, il était parti avec sa moto et un sac. Plus personne ne l’avait jamais revu. Désormais, il récoltait les erreurs d’un départ sans explication, ni justifications. Bucky avait désespéramment besoin de lui. Il ne savait pas pourquoi. Il ne cherchait pas vraiment à le savoir non plus. La vérité, éclatant à son visage avec force, alimenterait une culpabilité qu’il souhaitait s’épargner. Car d’une certaine manière, il serait la responsable des malheurs de cette sœur qu’il adorait tant. Il était parti par lâcheté. Il était parti sans regarder derrière lui. Il était parti par égoïsme. Il était parti sans raison.
Aujourd’hui, il n’allait plus partir. Il l’avait promis. Il l’avait dit.
Et surtout, il le désirait.

C’est ainsi qu’il se retrouva devant un énième garage pour demander s’il y avait une place de disponible. A part être un soldat, Raphaël ne connaissait que la mécanique. A l’intérieur, il trouva un homme. Grand, robuste et d’une large stature. Il possédait le même air méfiant et antipathique que Raphaël. Cet aspect lui plaisait bien. En quelques mots, il apprit qu’il était Alaric Winchester, le gérant du fameux garage. Il devait admettre que le préambule lui plaisait assez. Le tutoiement, le fait qu’il allait droit au but. « Ouais, j’suis mécano. » En revanche, il appréciait moins les conditions. Le motard avait toujours été habitué à être sous ses propres ordres. Néanmoins, il devrait faire des efforts. Surtout pour un premier oui qui lui était adressé. Les horaires, il se démerderait. Quand il fut question des clients, il changea vite d’avis en apprenant qu’il pourrait défendre sa pomme en cas de litige. Parfait. Il se montrait peu prolixe. Il disait même le strict minimum mais cela convenait parfaitement à Raph. Il ne s’emmerdait pas à tourner autour du pot. « Ça marche. » Cela valait même le coup d’avoir tourné en rond pendant trente ans pour trouver ça. « Je commence quand ? »

***

Et le fameux jour, il fut là. A l’heure, comme l’avait précisé Alaric. Il ne s’était pas embarrassé de beaucoup de paroles, grognant tout juste parce que Raph n’était pas un mec du matin. Toutefois, il n’était certainement pas un mauvais mécanicien. Il effectuait les tâches sans rien demander à personne de la marche à suivre. Il n’était pas un débutant dans le métier. Il s’arrêtait quelquefois pour aller en fumer une. Quand il rencontrait des clients, il se satisfaisait du minimum syndical sans être pour autant grossier. Il était juste lui-même. Avec Alaric ou d’autres mécanos, ils se croisaient parfois et ils échangeaient de brèves paroles. Raph ne vit pas le temps passer et quand il fut treize heures, la faim le tenailla. Il partait pour prendre sa pause quand il réalisa qu’Alaric se trouvait encore dans le garage. Il s’approcha du mécanicien la tête dans son capot. « Il est treize heures passés. Tu viens bouffer ? » D’ordinaire, il n’aimait pas trop partager le repas, mais il se souvenait que ça faisait partie de ses habitudes avec ses propres employés. Il ne souhaitait pas forcément faire plus connaissances, mais à tout hasard, c’était un peu con de bouffer d’un côté et de l’autre. « Tu bouffes où généralement ? »
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: « And somehow that makes us, I don’t know, unique. Or maybe even special » + Alaric   Mar 8 Aoû - 11:02


S’il était aussi passionné par son travail – et c’était une chance, puisque sa carrière en tant que boxeur avait été compromise – il mettait un point d’honneur à faire marcher son affaire. Pas seulement pas principes. Pas seulement parce qu’il fallait bien vivre. Mais parce que Dan lui avait accordé une confiance inégalable. Parce que Dan l’avait choisi, lui, pour reprendre l’affaire et la faire perdurer. Parce que Dan avait cru en lui et en ses capacités. Il mentirait s’il disait que c’était simple chaque jour. Il mentirait s’il disait que tout se passait à chaque fois comme sur des roulettes. Il choisissait fort bien ses employés – des hommes sur qui il pouvait compter, des hommes qui bossaient et avaient de bosser et des hommes qui ne se payaient pas sa tête. Une fois la confiance professionnelle installée, il n’y avait pas de client roi – Ric se positionnait toujours aux côtés de ses hommes quand un client venait à lui manquer de respect. « J’avais dit midi, espèce d’incapable ! Si vous ne savez pas respecter les horaires, fermez boutique ! Hors de question que je paie pour ce travail de charlatan, » qu’un client avait osé balancer à Boyd – tout jeune dans le métier, mais déterminé à faire ses preuves. Ric n’avait pas pu laisser faire, et Ric était le patron – il se devait d’intervenir. « Il y a un problème, Monsieur Clayton ? » avait-il alors demandé, courtois bien que le ton était ferme. « Un problème ? Je devais récupérer ma voiture à midi aujourd’hui, et elle n’est toujours pas prête, vous appelez ça un problème ? » qu’il s’emportait, rouge comme une pivoine. Alaric trouvait cela pathétique et tellement bourgeois qu’il avait été à deux doigts de l’envoyer bouler comme une merde – mais là encore, il se devait de garder son calme et de répondre le plus gentiment possible. « Je me souviens bien que vous la vouliez pour midi, Monsieur Clayton. Je me souviens bien aussi vous avoir prévenu que cela risquait d’être trop court en ne l’amenant qu’hier en fin de journée. Je crois même vous avoir demandé d’appeler sur mon téléphone avant de vous déplacer pour rien… » avait-il rapporté les faits calmement, forçant le client à respirer comme s’il venait de faire un marathon. « Je vous avais demandé midi, Monsieur Winchester… » « Et je vous ai expliqué les raisons pour lesquelles ce serait difficile de respecter votre désir, » l’avait-il interrompu. « Vous êtes un excellent client, Monsieur Clayton, malheureusement – ou heureusement – vous n’êtes pas mon seul client. Mes hommes font le maximum pour votre voiture, je peux vous l’assurer et vous savez que je ne parle jamais en l’air. Vous pourrez revenir la chercher… 14h ? Ça me semble bien. Vous avez un excellent fast-food au coin de la rue, je suis certain que vous allez vous régaler en attendant, » l’avait-il invité à patienter. De toute façon, il n’avait pas le choix. Et bien qu’il se soit montré odieux, impatient et désagréable, Monsieur Clayton était le genre de client fidèle. Ric avait rassuré Boyd à sa manière, bourrue et rapide, et le gamin avait réussi à terminer son job à l’heure définie.

Alors, oui. Ric était juste et loyal. Ric était respectueux et impartial. Ric était perfectionniste et patient. S’il se montrait ferme et juste avec ses employés, il n’en faisait pas moins pour ses clients. Il ne fallait pas lui demander le bras quand il vous prêtait le poignet. Il ne fallait jamais pousser le bouton trop loin, car s’il disait « oui » une fois certains s’imaginaient aisément que ce serait « oui » tout le temps. « Tu commences lundi, à 9h. Je suis pas tant à cheval que ça sur les horaires, tant que tu les fais et que tu les fais bien. On ouvre à 8h, on ferme à 19h – quoique ça dépend du dernier client chieur qui débarque à la fermeture, évidemment, » qu’il ajoute dans un mouvement de tête signifiant qu’il détestait clairement ce genre de clients. Mais après tout, les gens avaient aussi un job et des horaires à respecter, pas vrai ? « T’apportes pièce d’identité et un rib – j’ai besoin de rien d’autre. Les pourboires, c’est pour toi. La paie, c’est tous les fins de mois ici, par virement. Si t’as des questions, n’hésitez pas. Tu l’auras compris, » ajoute-t-il en lui tendant la main pour le saluer, « pas besoin d’y aller par quatre chemins avec moi. Direct et franc. Pas plus, pas moins, » termine-t-il sur une bonne note.

Au fil du temps, Alaric avait appris à observer sans surveiller. Il avait appris à prendre connaissance d’absolument l’entièreté du garage et de ce qui s’y tramait – d’employés à clients, de clients à employés. Ainsi, il avait viré ceux qui volaient en ne pensait pas être vus. Ainsi, il avait récompensé ceux qui bossaient durs sans rechigner et qui ne s’emportaient pas à la première critique. Ainsi, il put vite s’apercevoir que Raphaël Grimes était un excellent mécano’. Il bossait, sans rien demander à personne – ni quel outil utiliser, ni aucune aide de qui que ce soit pour achever un travail attendu. Il lui avait fallu moins d’une heure pour comprendre et décider qu’il avait trouvé le remplaçant de Beckett. Cela dit, il s’en tiendrait tout d’abord aux quinze jours proposés. Après tout, le mécano’ peu bavard pouvait ne pas se sentir à sa place et à l’aise avec eux. Au bout de quatre heures de boulot, parsemés de quelques petites pauses méritées, il avait arrêté d’observer Raph depuis un long moment quand ce dernier vint le trouver. Machinalement, il s’essuya les mains sur son chiffon déjà noir. « Y a pas mal de choix dans les alentours. Ça dépend de ce que tu veux bouffer – burgers, kebab, pizzas, italien, chinois… » énumère-t-il vaguement. « J’ai rien mangé depuis 8h, et bordel je ne me serais pas rendu compte que je crevais la dalle si t’étais pas venu me trouver… Blake, je te laisse gérer, » lance-t-il à son plus vieil employé qui ne lui répond que par un vague geste de la main, trop occupé sous un capot. « Allez, viens. Aujourd’hui, on se fait une pizza, » qu’il décide pour eux. Aux grands appétits, les grands moyens, pas vrai ? « Alors, comment se passe ta matinée ? De ce que j’ai pu voir, tu gères comme un pro’ » lance-t-il après la première bouchée de sa pizza au poulet – sa favorite. « Je te l’ai pas dit, mais t’hésites jamais quand t’as besoin d’un truc. Si jamais il manquait du matos, tu me le dis et je commande, » lui fait-il savoir naturellement. Ça pouvait arriver que du matériel soit trop abîmé ou inexistant, bien que ce soit peu probable pour ce dernier point. « T’es de LA ? Ou tu viens de débarquer pour changer de vie, comme pas mal de ces gens, » demande-t-il d’un mouvement de tête vers la populace qui se trouvait pas loin sur la plage de Venice Beach. S’ils devaient bouffer et bosser ensemble, autant qu’ils apprennent à mieux se connaitre, non ? « Moi, j’ai toujours vécu ici. A Venice, même. J’y ai grandi et j’y crèverai sans aucun doute, » dit-il simplement en haussant les épaules. Il n’avait jamais voyagé et à vrai dire, il n’avait pas l’impression que ça lui posait problème.



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