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 « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥

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Matthew McGregor
Admin prétentieux
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DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
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MessageSujet: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Dim 28 Mai - 13:06




(c) crackle bones

L’an de grâce 1819

D’un vif mouvement de talon, l’homme fit partir sa monture au galop. La bête s’emballa, s’élançant à travers les arbres imposants, sautant au-dessus des buissons touffus et fendant la brise légère du matin. Arme au poing, son cavalier tira à plusieurs reprises jusqu’à ce que l’un de ses coups soit triomphant. Dans un concert d’aboiements, les chiens de chasse se jetèrent sur la pauvre créature qui venait d’expier son dernier souffle de vie. L’homme stoppa la course de son cheval, permettant à l’un de ses acolytes de le rejoindre plus aisément. « Félicitations, McGregor ! Que voilà une belle prise. » Le Duc opina du chef, avare de la moindre parole qui lui aurait coûté cher, semblait-il. Le Comte Boldwood comptait malgré tout parmi ses amis les plus proches qui ne s’embarrassait que de peu de manière en sa compagnie. « S’ils mettent assez de cœur à l’ouvrage dans les cuisines, sans doute pourrions-nous en déguster ce soir. » s’enthousiasma Boldwood avec gourmandise. Le Duc, quant à lui, observa d’un œil attentif les domestiques se ruer vers la bête meurtrie pour la récupérer. Il tira ensuite sur les rennes de sa monture qui dévia de trajectoire. Côte à côte, les deux cheveux trottaient paresseusement à travers les bois. « McGregor, que diriez-vous de m’accompagner la saison prochaine à Londres ? La période des bals débutera tout juste. » Le Duc ne goûtait que peu à ce genre de réjouissances vaniteuses où le paraître était la notion la plus cruciale de toutes. L’impassibilité de son ami ne rompit pas l’aplomb du Comte Boldwood. « A cette occasion, de nombreuses jeunes filles feront leur entrée dans le monde. Il serait sûrement temps pour vous de trouver une épouse ayant les épaules suffisamment solides pour s’atteler à la gestion de Northanger Abbey. » Un rictus presque amusé étira la bouche de McGregor. « Ma mère gère, à ce jour, parfaitement bien l’intendance de cette demeure. Je suis moi-même très occupé par le gestion du domaine. Inutile de m’encombrer d’une jeune écervelée. » Boldwood laissa échapper un rire franc. Avec les années, il préférait rire des réticences de son ami à se marier plutôt que de tenter de le convaincre. Il s’était échiné trop de fois en vain pour ne pas retenir enfin la leçon. Depuis que feu sa Grâce John McGregor avait quitté ce monde, son fils avait hérité de tous ses biens et de la gestion de Northanger Abbey, ainsi que du titre de Duc. Matthew McGregor s’y attelait avec une minutie certaine, ayant à cœur que sa mère et ses sœurs conservent le même confort de vie. La veuve McGregor vivait encore sur les terres de son mari, souhaitant gérer l’intendance malgré son âge. Son fils veillait sur elle, de même qu’il prenait soin de ses trois jeunes sœurs. La première s’était déjà trouvé un parti confortable auprès d’un Comte possédant des terres dans le Hertfordshire. Quant aux deux dernières, elles étaient encore à l’ouvrage de parfaire leur éducation auprès de bonnes sœurs dans un couvent. « Dans ce cas, accompagnez-moi en tant que conseiller. Je suis persuadé que votre regard avisé sur les jeunes demoiselles d’aujourd’hui m’aidera à choisir la meilleure prétendante au titre Comtesse Boldwood. » McGregor lui jeta un de ces regards que son ami ne connaissait que trop. « Allons McGregor, vos affaires et votre domaine peuvent bien attendre. Vous ne refuseriez pas de venir en aide à un ami de longue date ? »


***


Il n’avait pu refuser éternellement. La saison suivante, le Duc prit ses dispositions pour venir passer plusieurs semaines à Londres où il possédait une confortable demeure. Depuis la capitale, il avait prévu de gérer ses affaires malgré tout, n’affectionnant pas de rester loin de son domaine trop longtemps. Il détestait la société pour ce qu’elle avait plus artificieux et vaniteux à offrir. Son haut rang n’était pas sans attirer la convoitise des femmes ambitieuses de ce monde. Les mères cherchaient le meilleur parti pour leurs filles, tandis que celles qui avaient trop tardé à prendre époux couraient après ses faveurs. Le Duc préférait éviter la société pour ces multiples raisons, mais il avait placé son amertume et ses réticences de côté pour venir en aide à Boldwood. Bien plus enclin aux choses de l’amour, il nourrissait depuis quelques temps le souhait de se marier et de fonder une famille. Il tentait d’insuffler les mêmes désirs à son ami, mais à bien grandes peines. Il s’estimait malgré tout chanceux d’avoir pu le traîner dans les premiers bals de la saison.
Voilà près d’une heure que les deux hommes avaient fait leur apparition auprès de la société londonienne. Et si tout le monde affichait leur plaisir de les voir, McGregor ne masquait pas son ennui et chacune de ses paroles laissaient transparaître un sarcasme évident. Mais sûrement par politesse ou par totale ignorance, ses interlocuteurs ne lui en tenaient pas rigueur. Il avait donc affaire à toute l’aristocratie d’Angleterre, venant de loin ou d’ici, à qui il était présenté. Son nom et sa réputation le précédaient bien avant que quiconque prononce son nom. De nombreuses dames avaient à cœur de lui présenter leurs filles, la plupart fraîchement arrivées du couvent, ou faisant leurs premiers pas dans le monde. Il se pliait à ces conventions, ne pouvant aller à l’encontre de son éducation bien que chaque conversation soit une véritable torture pour lui. Si bien qu’à la énième demoiselle posée devant ses yeux, il prit la fuite, prétextant aller prendre l’air pour un moment. Il laissa là son ami Boldwood, tout affairé à une conversation ennuyeuse et stérile. De nature solitaire, il n’y avait rien qui exécrait plus McGregor que de se retrouver au milieu de cette foule dense et compacte, se bousculant de tous les côtés. Il possédait à son profit sa carrure pour fendre le flot humain avec plus d’aisance. Son âme entière réclamait le calme de la nuit et le réconfort des étoiles, mais il ne les verrait pas tout de suite. Tandis qu’il approchait de la sortie, son attention s’accrocha à un duo qui l'aurait laissé de marbre s’il n’avait pas saisi quelques bribes de la conversation. Le Duc détestait se mêler d’affaires qui ne le concernaient pas et il s’épargnait toujours les ennuis des autres, mais la mauvaise posture de la demoiselle finit par le prendre en pitié. Visiblement incapable de se défaire d’un gentilhomme qui n’en possédait que les airs, elle peinait à trouver les moyens d’éloigner un tel parasite. Épris d’un cas de conscience qu’il ne se connaissait pas, McGregor rebroussa chemin pour intervenir auprès de ce couple si peu assorti. « Je vous trouve enfin. Auriez-vous oublié que vous m’avez promis une danse plus tôt dans la soirée ? » Ne s’embarrassant pas d’attendre une réponse ou de guetter la réaction du jeune homme, il offrit son bras à la demoiselle. D’un bref coup d’œil, il estima qu’elle devait avoir à peu près l’âge de ses jeunes sœurs. Malgré une certaine hésitation, elle ne fut pas assez sotte pour ne pas saisir cette échappatoire. Ils s’éloignèrent au bras l’un de l’autre. Quand ils furent assez loin, le Duc ne put s’empêcher de la sermonner. « Il faut être totalement inconsciente ou ignorante pour se faufiler seule dans la fosse aux lions. » la rabroua-t-il avec froideur. Il n’eut aucun égard pour sa robe et sa coiffure qui prouvaient par mille fois qu’ils n’appartenaient pas à la même couche sociale et qu’il s’agissait sans conteste pour la jeune fille de sa première entrée dans le monde et la société de Londres. « A qui dois-je vous rendre ? » Malgré l’absence d’étiquette qui marquait leur première rencontre, il ne poussa pas l’affront jusqu’à lui demander son nom avant d’être présentés en bonne et due forme. Par chance pour elle, McGregor connaissait le nom qu’elle prononça pour les avoir croisés lors de précédentes saisons. Ils les trouvèrent sans chercher trop longtemps et Matthew put rendre la demoiselle à ses protecteurs. « Monsieur le Duc, quelle plaisir de vous voir ici. Il est si rare de vous croiser à Londres ! Je constate que vous avez la connaissance notre protégée, Miss Héloïse Bennett. » Son regard se porta pour la première fois avec plus d’attention sur le minois de la jeune fille. Reconnaissant sans mal qu’elle était fort charmante, il ne vit pas ses douces prunelles claires, brillant d’innocence et de curiosité. Il ne vit pas sa délicieuse peau de porcelaine, sublimée par la rose délicat de ses lèvres. Pas plus qu’il ne prit garde à la couleur chaude de sa chevelure soyeuse. Ni même à son regard alerte et émerveillé. Elle ne brillait pas encore pour lui. Il détourna son attention sur son interlocuteur. « Je crains que nous n’ayons pas été présentés. J’ai dû faire fi de mes manières pour la tirer d’un mauvais pas. » Sans guère de regrets. Les conventions l’ennuyaient, bien qu’elles lui soient parfois utiles pour lui épargner des conversations auxquelles il n’avait pas goût. Affichant bien plus d’enthousiasme pour cette rencontre que McGregor, le protecteur de la jeune demoiselle fit les présentations avec beaucoup de plaisir. « Monsieur le Duc, permettez-moi de vous présenter Miss Héloïse Bennett qui tout juste son entrée dans le monde. » Matthew se plia à une légère révérence, désireux d’en finir rapidement pour prendre cet air dont il avait désespéramment besoin. « Héloïse, j’ai l’honneur de vous présenter sa Grâce le Duc McGregor, riche propriétaire du domaine de Northanger Abbey. »
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Héloïse Bennett
Admin bisounours
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Lun 29 Mai - 15:12



Lord Edward James Bennett était connu pour sa bienveillance. Héritier en première ligne, il avait hérité du domaine de Thornfield-Hall qu’il gérait d’une main  de maître depuis de nombreuses années en compagnie de sa famille et de son armée de domestiques. Tous tendaient à dire qu’il était un homme d’une bonté rare et d’une générosité sans égale. Eloigné de l’agitation mondaine de ces grandes villes, Lord Bennett avait su vivre à profit de cette simplicité caractérisant cette ribambelle de personnages tous autant attachants que naïfs, les uns des autres. Il faut dire qu’il n’était pas des premiers gens à qui l’on venait rendre visite. Le domaine restait beau, les terrains assez vastes de par ces plaines verdoyantes dont la délimitation se traduisait par des forêts ombragées entourant l’imposante demeure et son jardin immense. Située au Nord de l’Angleterre et un peu en hauteur, le domaine jouissait d’un climat tempéré si ce n’était que les hivers étaient des plus rugueux, obligeant quelques dents à claquer un peu trop fort. Les Bennett vivaient en harmonie et parfaitement heureux, perdus dans une atmosphère candide que leur bonté alimentait constamment. Le personnel était à leur disposition, désireux de servir et connaissant l’incroyable chance de service ces gens aux mœurs bien différentes de la Noblesse. Après tout, ils n’étaient pas des plus riches, des plus importants par leur titre. Mais ils vivaient aisément et surtout, l’amour et la tendresse alimentaient leur quotidien. Ainsi, Lord Bennett ne cessait d’avoir de tarir d’éloges son épouse, Lady Catherine Morland dont la rencontre s’était faite lors d’un dîner mondain. Il s’agissait là d’une des rares sorties du Lord, alors jeune héritier et investi d’une véritable mission quant à la gestion de l’intendance du domaine. Il n’était pas l’homme convoité, il n’était pas celui que l’on remarquait. Mais il était bon et juste. Et d’ailleurs, les longs hivers à Thornfield Hall avait su agrémenté une soif de culture et une sagesse sans précédent. Il était aisé de parler en sa compagnie et le coup de foudre n’avait su tardé. La Lady, d’une noblesse inférieure, avait succombé au charme de cet homme de la compagne et il n’avait fallu attendre que peu pour apprendre l’annonce de leurs fiançailles. Ils se marièrent dans leur nouvelle demeure qui prit un souffle nouveau. La Lady apporta une chaleur et une convivialité nouvelle. Maîtresse des lieux, elle sut se faire une place dans le cœur de son époux ainsi que dans celui du personnel. Beaucoup la disait fort gaie, toujours enjouée et le sourire aux lèvres. Elle apportait le soleil dans cette contrée où le temps demeurait, le plus souvent, capricieux. Et surtout, elle sut apporter un vent d’innocence en mettant au monde les héritiers de la famille. Il y eut d’abord James, premier fils de la lignée et de ce fait, héritier du domaine. Et puis, vint ensuite Mary, et quelques années plus tard, au terme d’un hiver particulièrement froid, naquit la petite dernière : Héloïse. Et c’est justement d’elle que nous parlerons tout au long de ce récit. Sa vie commença au milieu de la froideur et de la neige et il y eut une crainte de la perdre. Après tout, comment un petit bébé pouvait résister à une telle froideur. Pourtant, à la surprise générale, la petite fille passa l’hiver entier et les parents, bienheureux, ne purent nier qu’elle était dotée d’une ténacité sans égale. Bien plus jeune que ses frères et sœurs, Héloïse grandit dans un cocon d’amour agrémenté par sa famille. Enfant idolâtré, bien que dernière-née, elle était cajolée et élevée dans une atmosphère emplie d’une candeur innocente. Elle ne cessait d’aller et de venir, de courir dans tous les sens, d’être curieuse de tout et de rien, si ce n’était qu’elle aimait apprendre, aimait lire et écrire. Bien moins loti en termes de fortune, les enfants avaient suivi un enseignement afin qu’ils soient cultivés, et pouvoir vivre sans difficulté dans ce véritable monde de brutes. Héloïse, elle, ne vivait que pour ces aventures qu’elle lisait sans relâche. Tout devenait prétexte à ce que son imaginaire lui donne l'impression d’être pourchassée par un fantôme féroce la poursuivant dans une maison hantée, quand, en réalité, elle n’était que suivie de leur chien. Pour le reste, elle était une enfant gaie et enjouée, naïve à l’excès. Elle disait vouloir devenir une aventurière, chassant des trésors et des fantômes, au grand dam de sa mère, La Lady, bien plus désireuse de la voir épouser un illustre gentilhomme. Elle souhaitait que sa fille puisse suivre le chemin de sa grand-sœur, mariée il y a peu à un homme de la bourgeoisie londonienne. Mais Héloïse était bien trop têtue. A trop courir derrière les poules, à se rouler dans l’herbe et à lire de la poésie tout en contemplant le ciel azuré, elle savait qu’elle ne pourrait épouser qu’un homme dont elle tomberait amoureuse. Seulement voilà, elle se disait que jamais, il ne pourrait ressembler à celui qu’elle idéalisait. Un fort et preux chevalier qui la sauverait des griffes d’un méchant sournois, qui saurait se montrer tendre tout en lui lisant de la poésie. Elle croyait qu’il pouvait exister, qu’il ne serait pas armé de mauvaises intentions. Mais perdue dans son cocon, Héloïse ne se rendait pas bien compte qu’elle prenait ses songes pour une réalité.


***


Lorsqu’elle eut dix-sept ans, sa mère estima qu’il était bon pour elle de se marier. Thornfield-Hall n’était pas le meilleur endroit pour attirer la visite sympathique d’un preux Chevalier. Aussi, l’envoya-t-elle chez sa sœur, Mary. Mariée depuis quelques années, Héloïse voyait souvent sa sœur l’été, lorsque le temps le permettait. Mais cette année, tout était bien différent. Ce ne serait pas dans sa confortable maison de Thornfield mais bien à Londres, au sein du foyer confortable que sa sœur s’était constitué après un mariage se voulant heureux. Les deux sœurs furent donc ravies de se revoir, la cadette ne se doutant pas que son aînée était chargée d’une véritable mission : celle de pouvoir marier sa sœur à un homme de la haute bourgeoisie. Héloïse avisait cette venue d’un œil innocent, affrontant la mondanité avec un enthousiasme touchant. Elle allait vivre de nouvelles aventures comme dans bon nombre de ses romans. Les premiers jours furent consacrés à la visite de la ville, aux achats de strict nécessité. Ses parents lui avaient donné l’argent nécessaire pour qu’elle puisse jouir des plaisirs de la ville tout en apportant une condition sociale suffisamment claire aux yeux d’autrui. Et puis, elle avait hâte de pouvoir fouler une de ces nombreuses soirées mondaines dont Mary parlait avec tant d’entrain. Aussi, un soir apprêtée et pomponnée pour la soirée, Héloïse se rendit à un bal en compagnie de sa sœur ainsi que de son mari, Lord Beckett. Ce dernier possédait un château au sud de l’Angleterre mais lorsque la saison reprenait, il venait siéger en compagnie de son épouse dans leur bien londonien afin de pouvoir profiter de la haute bourgeoisie. Le nom connu suffisait au respect, bien plus connu que celui de la Lady Bennett, ne s’apercevant pas qu’elle se jetait droit dans un univers impitoyable.

Elle fut effarée du monde se trouvant autour d’elle. Mais bien vite, elle se prit au jeu des présentations, saluant bon nombre de gens que son beau-frère lui présentait. Son minois charmant attirait la sympathie tout comme son sourire. Héloïse paraissait fort enthousiaste de ce qu’elle rencontrait, de ce qu’elle disait. Elle eut un peu crainte de paraître mauvaise dans ses réponses, ou de ne pas montrer ce qu’elle savait, de cette culture qu’elle avait appris. Sans doute, s’angoissait-elle un peu trop. Pourtant, le drame se joua autrement, si ce n’est qu’elle ne fit aucune fausse note. Elle eut simplement le malheur de s’attarder sur un visage perdu dans la foule et lorsqu’elle voulut échanger quelques notes à sa sœur, elle constata avec stupeur que cette dernière s’était visiblement envolée. Elle ne devait pas être bien loin et Héloïse la chercha, paniquant un peu mais essayant de rester digne. Toutefois, il demeurait difficile d’avancer tant la foule était immense. Elle avait l’impression de mal respirer. Peu habituée à la foule, elle regrettait presque ses terres natales et ses étendues désertiques. Quand bien même, elle tenait bon. Il ne fallait pas faillir maintenant. Elle n'eut d'autre choix que de continuer à chercher, se sentant apeurée lorsqu'elle aperçut une femme dansant parmi tant d'autres. Mais celle-ci attirait particulièrement son regard de par sa chevelure de feu, agrémentant un joli visage rond. Sa tenue laissait entrevoir une richesse bien supérieure à celle d'Heloïse  et surtout, elle dégageait une véritable confiance en elle-même. Quelque chose qui la tétanisa sur place. Elle sentit un mouvement à ses côtés et sans savoir à qui s'adresser, elle ne peut s'empêcher de s'extasier " Qu'est-ce qu'elle est belle ! " - " Vous avez raison. Il s'agit de la Comtesse Dewitt. Elle vient souvent par ici :  c'est une femme fort belle. Mais elle n'a pas votre sourire. " La réponse la surprit et elle releva le regard vers un homme au visage assez doux. Le compliment la fit rougir mais il n'en tient compte. Il se contenta de se présenter, ce qu'elle fit en retour aussi. S'il se montra charmant au début, il ne fut rien de tel par la suite. Bien au contraire, il devint bien vite insistant pour passer du temps avec elle. La brune refusa la danse pour simplement signifier qu'elle cherchait sa soeur, Mary Beckett. " Ça tombe bien, suivez-moi, Mademoiselle. Votre soeur se trouve dans le jardin. " Pourtant, elle ne semblait pas le croire. Quelque chose clochait. Il était étrange. Il ne lui inspirait pas confiance et de surcroît, il lui prit le bras comme pour l'amener dehors. " Monsieur Tilney, je vous en prie ! " La supplique ne sembla l'ébranler au même titre qu'elle ne s'exclamait pas avec suffisamment de force. Mais fort heureusement, elle eut la main sauve par l'intervention d'un autre homme. Dans un excès de naïveté, elle eut du mal à saisir ses propos. Elle ne lui avait pas accordé de danse pourtant ! " Mais je... " Mais elle se tut, prise par la profondeur de son regard clair. Héloïse se sentit rougir fortement avant de balbutier " Vous avez raison. " Dit-elle en baissant les yeux, et en posant sa main sur ce bras tendu. Au moins, elle put s'échapper de cet homme un peu trop insistant et ils s'éloignèrent. Durant l'avancée hardie face à la foule, la jeune fille ne put s'empêcher d'observer son sauveur à la dérobée. Il était si beau, c'est vrai et il lui avait sauvé la mise. Il n'en fallut que peu pour sentir son palpitant s'emballer comme si soudain, elle réalisait qu'elle venait de croiser le héros de ses songes. Pourtant, une fois éloigné de l'élément perturbateur, il s'adressa à elle d'un ton plus que froid. Il était véritablement en train de la sermonner mais elle ne retint qu'un bout de phrase. " Vraiment, il y a des lions ici ? Je n'en ai vu aucun pourtant ! " Son sourire disparut aussitôt lorsqu'elle compris ce qu'il voulait réellement dire. " Oh... " Elle se mit à rougir, gênée de se montrer si ridicule " Je n'avais pas compris, je vous prie de m'en excuser. " Mais il ne sembla en tenir compte, demandant simplement à qui il devait la rendre. " Mais vous n'allez danser avec moi ? " Demanda-t-elle d'un regard innocent. N'avait-il pas dit cela en la sauvant de ce Monsieur Tilney ? De surcroît, elle aurait bien en envie de se prêter à quelques danses, de pouvoir briller comme cette femme à la chevelure de feu. Mais elle se rendit compte de son erreur assez vite. Penaude, elle ajouta " Décidément... Je cherchais ma soeur et son mari. Au milieu de cette foule, nous nous sommes perdus de vu. C'est Monsieur et Madame Beckett. " Dit-elle simplement. Elle avait l'impression d'être une sotte. Il devait la considérer comme tel en grand habitué des lieux qu'il semblait être. Et sans attendre, ils se mirent en route et retrouva sans aucun mal sa soeur et son beau-frère. Ces derniers furent ravis de la revoir d'autant plus, accompagné de cet homme fort charmant. Les présentations purent être faites non sans voir la rougeur d'Heloïse apparaître sur ses joues enfantines lorsqu'il évoqua la situation dans laquelle il l'avait héroïquement sauvée. " Je vous en serais éternellement reconnaissante, Monsieur. " Dit-elle en inclinant la tête, mal à l'aise. Heureusement, les présentations furent faites et quelle ne fut sa surprise d'apprendre qu'il s'agissait là d'un Duc fort bien riche. À ce moment-là, le regard de l'ingénue brilla d'admiration pour cet homme si grand et si bon. D'ailleurs, il était d'une condition sociale bien plus élevée que la sienne et elle le salua en s'inclinant avec toute l'humilité dont elle était capable. " C'est un véritable honneur pour moi de faire votre connaissance votre Grâce. " Dit-elle en relevant le regard vers celui du Duc. Nul doute qu'il respirait tout ce qu'elle avait imaginé dans ce que devait être un héros de roman. Hélas, il ne paraissait pas pour autant sympathique ou romantique, quand bien même, elle le regardait avec admiration, ce que sa soeur Mary détecta bien vite. Sourire aux lèvres, cette dernière n'eut sitôt trouvé un prétexte quelconque pour s'enfuir au bras de son mari, délaissant le Duc et la Lady. Héloïse n'eut le temps de rien, à vrai dire, elle contemplait l'homme avec l'innocence d'une enfant et ne s'aperçut de la disparition qu'au dernier moment. Fort embarrassée, elle ne sut que répondre si ce n'était qu'elle se sentait incroyablement stupide. Gênée, elle ne sûr rien dire, bien trop intimidée par cet homme qu'elle jugeait sévère malgré sa bravoure. " Je suppose que vous avez du monde à rencontrer. Un homme de votre rang doit être fort sollicité. " Elle eut un maigre sourire et ajouta " Je ferai attention à ne pas tomber dans la fosse aux lions. " Et puis, fronçant les sourcils, elle ajouta innocemment " En avez-vous déjà vu en vrai ? Cela doit être fort impressionnant. Je me suis toujours imaginer le bruit d'un rugissement. Mais à Thornfield-Hall, il n'y a, hélas, point d'animaux exotiques. " S'apercevant qu'elle parlait, sans doute, un peu trop, elle se tut rougissante " Je vous prie de m'excuser votre Grâce. Ma mère me dit souvent avoir la langue bien pendue, elle n'a pas tort. "


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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Ven 2 Juin - 19:57

Le Duc ne parvenait pas à prendre plaisir aux réjouissances et à la fête. Pourtant, la musique était là agréable et mélodieuse. Les jeunes filles y étaient fraîches et charmantes. Les convives portaient leurs plus beaux atours et faisaient bonne figure. La piste de danse ne désemplissait pas sous le regard admiratif de la foule. La vie n’était qu’allégresse. Mais McGregor ne la partageait pas, pour le malheur de ceux qu’il comptait parmi ses amis. Il n’avait d’yeux que pour le silence paisible de la nuit. L’homme n’était pas forcément un grand solitaire, mais il avait appris à se lasser dans cette foule aux discours sirupeux et pompeux. Il préférait encore le calme de sa demeure et la gestion de son immense domaine plutôt que de s’embarrasser d’une foule hypocrite. Le jeune homme n’était pas vieux, toutefois, il estimait en avoir assez vu pour savoir ce qu’il désirait ou non. Ainsi ne put-il supporter qu’une brève heure de discussions avant que le désir d’air ne se fasse sentir. Toutefois, avec grand chagrin, il dut renoncer à son avidité de tranquillité. Quiconque aurait vu le Duc agir de la sorte –sous réserve qu’ils le connaissent bien- se seraient sentis en mal de croire à un tel élan de bonté de sa part. Il était bien connu pour ne jamais se mêler des affaires des autres, et se tenir de tout problème extérieur à sa situation, déjà fort préoccupé par les siens. Matthew aurait pu se défendre en affirmant qu’il l’avait prise en pitié, ou que son jeune âge lui avait rappelé celui de ses sœurs qu’il n’aurait pas souhaité dans une telle position ; mais en son for intérieur, il savait que ce n’était pas le cas. Pourquoi alors ? Lui-même l’ignorait. Il n’eut même pas à cœur de se poser la question, préférant agir directement. Monsieur Tilney était aussi célèbre pour ses fausses allures de gentilhomme que pour son insistance pressante auprès de ses dames. Pour peu qu’une demoiselle timide et peu avertie ne tombe entre ses griffes, elle était perdue. Un instant, il crut bien qu’elle n’allait jamais saisir la main qu’il lui tendait, au sens propre comme au figuré. Ses yeux d’ingénus le dévisageaient comme s’il était une créature étrange ; du moins, il le prit comme tel. Fort heureusement, son bras finit par s’allier au sien et il put arracher la demoiselle à ce gêneur qui ne lui chercha pas querelle. Ce Monsieur Tilney n’était pas un homme de bonnes mœurs, mais il était assez instruit pour reconnaître le Duc McGregor et savoir qu’il ne fallait pas l’affronter, même pour les beaux yeux d’une si charmante demoiselle. Dès qu’ils furent suffisamment éloignés et que la foule étouffait leurs voix, le jeune homme ne put s’empêcher de la rabrouer, de la même manière qu’il l’aurait fait pour une de ses sœurs. Se retrouver seule dans une réception aussi grande pour une jeune fille écervelée comme elle était de l’inconscience pure. Si les réjouissances se voulaient douces et innocentes, ce n’était pas le cas pour toutes les personnes qui peuplaient les lieux. Qui donc avait pu la laisser à sa solitude ? Ses sourcils se froncèrent brusquement, oubliant les malheureux qui étaient en charge d’elle pour se concentrer sur les paroles de la brune. « Bien sûr que non. Il s’agissait d’une expression. » crut-il bon de corriger puisque la demoiselle était induite en erreur. Avait-il hérité d’une simple d’esprit ? Il était à deux doigts d’aller la rendre sans scrupule à Monsieur Tilney quand elle se rendit compte de sa propre étourderie. Il détourna le regard, échappant à l’empourprement qui saisissait les joues de la jeune femme, plus par trouble profond que par égard pour sa rougeur honteuse. Il marmonna une brève syllabe pour lui signifier que cela n’avait pas d’importance suite à ses excuses. Il pensait l’incident définitivement clos, et il se renseigna sur ses protecteurs. La réplique de l’inconnue fut immédiate. McGregor faillit en rire, par franc amusement ou par dépit. « Je pense que nous avons déjà suffisamment défié la bienséance pour que je vous fasse danser alors que nous n’avons pas été présentés. » Il ne la connaissait ni d’Eve, ni d’Adam, et elle ne paraissait pas être plus informée de son identité. Cela n’aurait pas été convenable, et même si McGregor détestait par-dessus tout les conventions, il exécrait être pointé du doigt. De plus, il ne nourrissait aucune affection pour la danse. La jeune fille n’eut pas besoin de lui pour se rendre compte de son erreur et son air penaud lui arracha un léger sourire qu’elle ne vit pas.

Il fut vite renseigné sur les personnes qui l’accompagnaient : Monsieur et Madame Beckett. McGregor n’était pas sans connaître l’homme qu’il avait croisé à de nombreuses reprises à Londres, parfois dans un cadre mondain, et d’autres fois pour les affaires. Depuis quelques années, il était marié à une jeune Lady que le Duc avait eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois. La jeune fille à son bras était visiblement une de ses jeunes sœurs. Mais quel était le nom de jeune fille de la femme de Beckett ? L’homme se tritura un instant les méninges, tout occupé à la recherche des Beckett avec la demoiselle. Finalement, ils les trouvèrent non loin de la piste de danse. Le couple ne cacha pas sa joie de retrouver leur petite égarée, et surtout au bras d’un personnage si illustre dans le monde de l’aristocratie. Les présentations purent être faites et le Duc dut admettre qu’il avait définitivement oublié le nom des Bennett. Quand la fameuse Lady Héloïse fut au courant de son titre, il ne sut comment appréhender la rougeur à ses joues. D’ordinaire, ce teint pourpre ne venait au visage de ces dames que par pur intérêt, mais dans le cas de miss Bennett, il n’aurait pu se montrer aussi formel. Il se contenta uniquement d’une inclination de tête quand elle le remercia. « Vous m’en voyez honoré aussi. » Il n’en oubliait pas la politesse qu’il appréciait malgré tout. C’étaient les manières artificieuses qui le débectaient. Présentement, les manières de la demoiselle étaient surjouées, mais empreintes d’une sincérité et d’une maladresse qui étaient facile de noter. A cet égard, elle gagna son attention. Malgré tout, cet air d’adoration peint sur le visage de la demoiselle lui fit détourner le regard vers la piste de danse non loin de là. De nombreux couples s’y trouvaient, souriant. La crinière rousse de Jane Dewitt lui sauta aux yeux. Il masqua avec beaucoup de mal l’ennui qu’il avait à la voir. De toutes les jeunes femmes qui détenaient l’ambition de devenir la Duchesse McGregor, elle était sûrement celle qui marquait le plus d’audace. Dès qu’elle était dans son périmètre, elle le couvait de mille attentions et de tendresse qui servaient à l’amadouer, mais qui n’avaient pour don que d’irriter le Duc. Néanmoins, tout le monde les trouvait si bien assortis et après de nombreux discours de son ami Boldwood, il s’était laissé tenter à croire qu’elle pourrait être la prochaine détentrice du titre de Duchesse McGregor. Il fit subitement dos à la piste de danse, souhaitant échapper d’une manière ou d’une autre à l’emprise de la Marquise. Il remarqua ainsi le départ du duo Beckett. Ses yeux se posèrent sur le visage contemplatif d’Héloïse. Quand étaient-ils partis ? Soudain, il ne sut pas ce qu’il préférait entre la présence de la Marquise et de la Lady. Heureusement, cette dernière combla le vide de ce silence. « Le malheur d’être une personne d’un rang comme le mien, c’est qu’on est sollicité plus de fois qu’on ne sollicite nous-mêmes les gens. Le monde m’ennuie pour être honnête. » Il ne savait pas pourquoi il se montrait aussi honnête avec elle. D’ordinaire, il se serait contenté d’un sourire ou d’une brève parole. Peut-être souhaitait-il au fond de lui tout simplement l’éconduire avant qu’il ne lui vienne des idées de grandeur. Un serviteur passa non loin. Il attrapa deux verres de vin sur le plateau et en tendit un à la jeune fille. Il ne savait pas si elle buvait, mais cela aurait pour don de le détendre un peu. Avalant une première gorgée du breuvage, la remarque de la Lady lui arracha un sourire. Si elle s’était méprise un peu plus tôt, elle savait en rire et en faire un trait d’esprit. Elle n’était peut-être pas si sotte que cela. « Prenez bien garde alors. Vous avez tout de cette innocente créature que les hommes adorent. » Et non les hommes bien intentionnés. Il ne cherchait pas à l’effrayer, uniquement à la mettre en garde, tout comme il avait pu le faire avec l’aînée de ses sœurs. Il ne sut si c’était le vin, mais la langue de la Lady se délia, si bien qu’elle s’excusa même de parler trop. « Cela ne me dérange pas à condition que ce ne soit rien de sot. » Et ce ne l’était pas. Son discours était différent de celui des autres dames. « Malheureusement, je n’ai pas eu cette chance de voyager au travers des grands continents ou de rencontrer des lions. Néanmoins, mon père, feu le Duc, a eu l’occasion d’en voir. D’après lui, bien qu’ils soient impressionnants, ils n’égalent pas les lionnes. Ce sont ces dernières qui chassent leurs proies. » Son regard s’échoua malgré lui du côté où il avait vu Jane un peu plus tôt. Elle ne se trouvait plus là. Il ne sut pas s’il était rassuré ou inquiet de ne plus l’avoir dans son champ de vision. « Est-ce votre première entrée dans le monde ? » demanda-t-il, étonnement curieux. Autrement, il ne s’expliquait pas un tel comportement, et surtout, une telle innocence qui serait bien vite gâtée par les mondanités londoniennes. « Ah McGregor, je vous trouve enfin ! En vous voyant fuir tout à l’heure, j’ai bien cru ne jamais vous revoir. » Boldwood rejoignit le duo avec son enthousiasme caractéristique. « J’ai dû revoir mes plans. » - « Je ne peux que vous comprendre. » Le regard de son ami venait de s’échouer sur le délicat visage d’Héloïse. Si d’ordinaire, les remarques du Comte le laissait de glace, il n’y resta pas indifférent. « Je n’ai fait que prêter assistance en la ramenant à ses protecteurs. » se défendit le Duc. Dits protecteurs qui n’étaient plus présents. Mais Boldwood ne releva pas, bien trop occupé à contempler la Lady. McGregor n’aima pas ce regard qu’il coulait vers elle. Il connaissait les projets de son ami de trouver épouse et de s’offrir une descendance, mais il savait tout aussi bien que cela n’avait pas toujours été le cas. Combien de jeunes filles avaient nourri de faux espoirs et avaient sombré dans le chagrin ? Il ne les comptait plus. « N’allez-vous jamais me présenter à cette délicieuse jeune fille ? » Bien à regret et avec un léger soupir, Le Duc McGregor se plia aux convenances. « Lady Bennet, je vous présente le Comte Boldwood. Boldwood, voici Lady Héloïse Bennett. » Enchanté de ces présentations, son ami poussa le vice jusqu’à prendre la main de la demoiselle pour y déposer un baiser. « Vos parents semblent vous avoir gardée bien jalousement hors de la société. Quelle grande perte. » McGregor se retint de lever les yeux au ciel devant tant de cérémonie et de galéjades qui auraient été inappropriées s’ils s’étaient retrouvés que tous les deux. De tels compliments de la part de son comparse eurent l’effet de le forcer à observer plus en détail la Lady. En effet, elle était des plus charmantes et elle détenait cette étincelle qui accrochait le regard. Sa beauté ne demandait encore quà fleurir et s’épanouir. « Accepteriez-vous que je vous l’enlève pour une danse ? » demanda-t-il au Duc. Qui était-il pour refuser quoi que ce soit ? Et si seulement ce n’était que pour une danse. Il n’eut pourtant pas le cœur de formuler le moindre mot, et il n’eut qu’à faire un signe de main désabusé pour montrer qu’il consentait. Boldwood se tourna vers Héloïse et lui présenta son bras. Elle-même ne pouvant pas refuser, et semblant pas en avoir l’envie, ils embarquèrent tous les deux sur la piste de danse sous le regard étrange de McGregor. Il but une gorgé de vin et, bien décidé à ne pas en voir plus, tourna les talons pour s’éloigner. « Votre Grâce… quel honneur et quelle joie de vous revoir ici ! » Il s’arrêta net, reconnaissant entre mille la voix caressante de la Marquise Dewitt. De sa démarche gracieuse, elle s’approcha de lui, un sourire séduisant sur les lèvres. « Voilà si longtemps que personne ne vous avait plus vu à Londres. Je me suis languie de vous, cher Duc et je dois vous avouer avoir craint de ne jamais plus vous revoir. » Le discours pétri d’une émotion feinte de la demoiselle n’ébranla guère McGregor. « Vous me voyez navré de vous avoir causé tant de soucis. » répondit-il, sardonique. « A l’avenir, consolez-vous avec l’idée que ma compagnie n’est pas la meilleure. » Un rire raffiné et travaillé s’échappa d’entre les lèvres de la Marquise. Son regard se fit brûlant. « Mais votre compagnie est ma favorite, Monsieur le Duc. » Son regard profond vogua sur les convives qui se tournaient vers eux. « Vous n’auriez pas l’audace de me refuser une danse ? » Avait-il seulement le choix ? Le regard de la foule était comme un couteau sous la gorge. Sans gaieté de cœur, il offrit son bras à Miss Dewitt, l’amenant sur la piste de danse. Dire qu’il détestait cela. Il reçut un regard approbateur de la part de Boldwood avant que tout le monde ne soit bien mis en place dont il fit fi. La musique se mit en train et tous les regards furent rivés vers les couples.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Dim 11 Juin - 10:31


Elle avait conscience d’arriver dans un monde qu’elle ignorait encore. Toutes les coutumes, les mœurs, les formules de politesse, elle les avait découvert à travers la lecture effrénée de ces livres. Mais avec du recul, et en se trouvant au cœur des évènements, notre héroïne s’apercevait désormais combien elle était si éloignée de la réalité. Tout était extrêmement différente et elle accumulait gaffe sur gaffe. Du moins, avait-elle conscience de faire n’importe quoi, de paraître, sans aucun doute, fort étrange aux yeux de son interlocuteur. Elle se sentait rougir un peu trop, terriblement confuse de sa maladresse. Bien sûr, cela n’arrêtait pas pour autant sa curiosité. Elle avait envie de découvrir ce monde nouveau, ces gens si différents de ceux qu’elle côtoyait près de Thornfield-Hall. Ici, les gens étaient magnifiques, portaient des toilettes fort élégantes et son regard ne cessait de devenir fou, en observant chaque personne qu’elle pouvait croiser. Héloïse se trouvait alors en compagnie de ce bel homme lui ayant été présenté précédemment. Le Duc McGregor. Et quand bien même, ce dernier lui paraissait froid, cela ne lui empêchait pas de faire la conversation. Après tout, il lui avait sauvé la mise face à un Monsieur Tilney lui faisant un peu trop froid dans le dos. Bien entendu, il avait été plus chaleureux mais son insistance l’avait terriblement mal à l’aise à l’inverse du Duc. Ce dernier lui avoua ne pas réellement aimer ce monde apparent. « Il est vrai qu’on s’y perd vite avec une telle foule. » Dit-elle avec un air navré pour rappeler, avec une vérité innocente, que par deux fois, elle avait perdu de vue sa sœur. « Cela doit être une habitude à prendre. » Et pour être franche, la jeune fille y tenait terriblement. Elle trouvait l’endroit fort excitant et son esprit fantasque s’imaginait déjà de nombreuses aventures à vivre. La brune fut cependant touchée de la mise en garde du Duc, quoi que ses propos la fissent rougir un peu plus fort que d’habitude. Savoir qu’elle pouvait être de celle que les hommes adoraient, étaient à fois effrayants et flatteurs. Mais ne sachant que répondre, elle préféra hocher la tête et changer de sujet, évoquant tant de sujets de conversation, qu’une fois l’erreur aperçue, elle ne peut s’empêcher de s’en excuser. Elle parlait trop. Voilà quelque chose que Lady Bennett, sa mère, lui disait toujours. Fort heureusement pour elle, le Duc ne s’en formalisa pas, laissant entrevoir un caractère bien plus affirmé aux yeux de la jeune fille. Elle se disait qu’il ne devait pas être ce genre d’hommes à se laisser mener par le bout du nez. A juste titre, il lui sembla, plus que jamais, terriblement beau et jamais, les yeux d’Héloïse ne brillèrent autant. Il entreprit de prendre deux verres de vin et elle le remercia humblement. Il avait de si bonnes manières. Même s’il n’avait pas vu de lions. Toutefois, son père en avait eu le privilège, et la remarque au sujet des lionnes la fit sourire. « C’est si intéressant ce que vous me dites, Votre Grâce. Jamais, je n’aurais pu croire une telle chose des lionnes. » Elle trouvait ça effrayant que ces dernière soient celles qui chassent à l’inverse des mâles. N’était-ce qui devait assurément nourrir le foyer ? Elle se posait la question mais son attention fut bien vite détournée par une nouvelle question posée par le Duc. « Je… Euh… Oui, on peut dire ça. D’ordinaire, ma sœur et son mari venaient toujours nous voir dans notre domaine. Mais cette année, les choses changent. Mais je dois dire que Londres est une très jolie ville et qu’il me tarde d’en découvrir chaque recoin. » Elle lui sourit doucement quand leur échange fut interrompu par l’arrivée d’un nouveau venu.

L’exclamation la fit sursauter légèrement lorsque l’homme s’adressa directement au Duc. Silencieuse, elle laissa le temps à leur échange quand l’inconnu se tourna vers elle tout en entendant le Duc évoquer le secours porté à son encontre. La remarque de l’homme la fit rougir et elle se contenta d’ajouter humblement « Et je vous en suis reconnaissante, Votre Grâce. » Elle ignorait qui il était, mais visiblement les deux se connaissaient. Et les présentations furent faites. Il était le Comte Boldwood. Elle s’inclina légèrement mais fut surprise lorsque ce dernier prit sa main pour y déposer ses lèvres. Ainsi, était-ce ainsi que l’on baisait la main d’une Lady. Les joues rosies de contentement, la jeune fille appréciait de plus en plus cette soirée, découvrant les us et coutumes de ce monde mondain qu’elle ignorait encore. Toutefois, les paroles du Comte la mirent mal à l’aise mais elle se contenta de répondre poliment « Je suis ravie de faire votre connaissance. » Que pouvait-elle dire d’autre ? Néanmoins, le Comte avait plus de retenue que Monsieur Tilney. De surcroit, il avait un visage assez doux et il plut bien vite à Héloïse. D’autant plus qu’il l’invita pour une danse. Néanmoins, le Comte sembla avoir besoin de l’aval du Duc, ce qu’elle ne comprit pas forcément. Tout lui semblait si étrange parfois. Mais fort heureusement, elle put bien vite enrouler son bras autour du Duc et se rendre vers la piste de danse. « Je dois vous avouer, Monsieur le Comte, que je n’ai jamais pratiqué de danse avec autant de monde autour de moi, je crains de ne pouvoir vous suivre correctement. » Dit-elle d’une voix fort peu assurée. Elle avait un peu peur de faire n’importe quoi, de se prendre les pieds dans sa jolie robe. Mais la voix du comte la rassura aussitôt. « N’ayez crainte Milady. Tant que vous êtes à mes côtés. Vous ne risquez rien. » - « Vous êtes si gentil. C’est la première fois que j’affronte une telle soirée. » Dit-elle avait d’un regard innocent et délicat qu’elle ne se rendit même pas compte combien cela plaisait au Comte, désireux de trouver la perle rare pour se marier. Il était, d’ailleurs, un homme fort charmant plein d’humour et de charme. Et bien plus souriant que le Duc. Ils étaient extrêmement différents. Et lorsqu’ils furent en place pour la danse, Héloïse constata, avec surprise qu’ils avaient été rejoints par le Duc et notamment la femme à la chevelure de feu. Si belle. Sa beauté paraissait irréelle aux yeux de la jeune fille. Elle se contenta de leur sourire à tout deux avant de se laisser envahir par la musique. Et la danse commença. Fort heureusement, dans son éducation, la jeune fille avait eu des cours de maintien et de danse. Sa mère y tenait particulièrement. Et son apprentissage lui servit. Pas une seule fois, elle ne fit un faux pas, croisant le regard émerveillé du Comte, riant à ses mimiques. Elle souriait plus timidement au Duc lorsque leurs regards se croisaient dans cette danse où chacun se croisait au rythme de la musique. Et puis, il y eut une autre danse. Et encore une autre. Et vint ensuite le temps de faire une pause. La jeune fille sortit son éventail tandis que le quatuor se frayait un chemin pour arriver vers la terrasse et prendre un peu d’air. « Et bien, nous pouvons dire que la danse nous met hors d’haleine. » Ajouta la brune avec bienveillance. Cette petite pause lui permit de pouvoir enfin être présentée à la rousse, le tout prodigué par un Comte jovial. « Lady Héloïse Bennett, je vous présente la marquise Jane Dewitt. » - « C’est un très véritable honneur de faire votre connaisse. » Répondit poliment la jeune fille, ce à quoi les coutumes rendirent la pareille. « Le plaisir est partagé Miss Bennett. » Et Dieu qu’elle la trouvait belle. Jane brillait de mille feux que ce soit par l’éclat, de sa robe ou de sa chevelure. Avec envie, elle se disait qu’ils formaient un couple magnifique entre le Duc et la Marquise, grand dans leur titre et dans leur beauté. Malgré, elle en ressentit une pointe d’envie, cependant, le sentiment demeurait bien plus fort. Et bien plus tard, notre héroïne comprendrait qu’il ne s’agissait là que d’un pur sentiment de jalousie. Pour l’instant, elle était bien trop occupée à s’émerveiller des propos de chacun, de rire face à la bonne humeur du Comte, et d’être bouche-bée face à la connaissance du Duc. Le résultat était que par sa nature passionnée et spontanée, Lady Bennett venait de se faire des amis. Il s’agissait d’une amitié intéressée forcément. Rien ne se faisait avec le cœur dans les soirées londoniennes. Pourtant, elle en savourait les effets avec son air candide et enthousiaste. Il vint un moment où le quatuor se sépara. Héloïse se sentit intimidée de rester avec Jane, mais cette dernière se révéla fort charmante. Elle enroula son bras autour de celui de la brune et ensemble, elles firent une promenade. Les joues roses de contentement, la brune ne cessait de sentir son cœur battre plus fort en s’entendre être qualifiée de « Ma très chère Amie » ou bien « Chère Héloïse ». Dit par la si belle rousse, cela lui semblait être beau pour être vrai si ce n’était qu’elle s’amusait pleinement. Bien sûr, elles retrouvèrent bien vite les deux hommes et la conversation ne fut qu’encore plus enrichissante et rien ne lui fit plus plaisir que de promettre à la marquise de la revoir d’ici demain à la Pump Room qui se déroulerait dans le quartier de Milton Street. Autant dire qu’elle avait déjà hâte d’y être. Et la soirée prit fin sur ces entrefaites. Elle regrettait de ne pas avoir danser le Duc mais depuis sa rencontre avec la Marquise, elle avait compris une chose fondamentale: elle destinait son coeur à cet homme et elle trouvait fort peu conventionnel de barrer le chemin de la rousse. Au contraire, Héloïse souhaitait que la Marquise puisse rayonner de joie comme elle était actuellement. Elle l'observait souvent avec un émerveillement fasciné jusqu'à ce qu'il fut l'heure de se quitter. Elle les salua avec chaleur et rejoignit bien vite sa sœur et son beau-frère. Dieu qu’elle était contente de sa soirée. Tout s’était passé à merveille. Et une fois au lit, elle s’endormit au milieu des rêves parmi lesquels un visage si beau en ressortait avec plus de clarté que d’ordinaire.

Le lendemain, elle s’éveilla, fébrile et plus motivée que jamais. Elle prit le temps de déjeuner en compagnie de sa famille quand quatorze heures arriva bien vite. Milton Street ne se trouvait non loin de là où elle habitait. Et elle entra dans le lieu, fort intimidée. Les Pump Room étaient un salon de thé où il faisait bon de parler et d’écouter des derniers potins. Cependant, elle reconnut bien vite un seul visage parmi tant d’autres inconnus. Elle alla dans sa direction, le visage frais, la mine bienveillante et le sourire grand jusqu’aux oreilles. « Votre Grâce, je suis si heureuse de vous voir. J’ose espérer que je ne vous dérange point. » La voix toujours aussi polie et difficilement maîtrisée, la jolie brune demeurait néanmoins heureuse de revoir le Duc. Il se trouvait être comme dans ses rêves et à ce moment-là, elle se sentir rougir. Fort heureusement, la voix du Comte se fit entendre. « McGregor vous voilà donc ! » Lorsqu’il prit conscience de la présence d’Héloïse, son attitude changea légèrement. « Lady Bennett, mais quel plaisir de vous voir. » Comme hier soir, il lui baisa la main avec ce charme si particulier achevant de faire rougir la jeune fille. « Monsieur le Comte, je suis heureuse de vous voir et j’espère que, tous les deux, vous vous portez bien. »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Sam 17 Juin - 23:54

Héloïse Bennett avait ce petit quelque chose d’intrigant que le duc peinait à définir. Loin d'être ennuyé par la présence de la Lady -bien qu’elle lui soit imposée - l'homme préférait se convaincre qu'il restait à ses côtés uniquement par peur de la voir à nouveau en mauvaise posture. Elle lui apparaissait comme un oiseau fragile et naïf, tout juste sorti du nid. Son envie de s'envoler était présente, mais elle était ignorante des moindres embûches de la route. Il aurait pu s'en désintéresser mais il avait à cœur de ne pas voir s'évanouir ses airs d’ingénue. Par égard pour le passé ou bien parce qu'elle lui rappelait légèrement ses sœurs ? Il n'en savait rien. Il n'était pas homme à se poser la question. Il trouva soudain rafraîchissant qu'elle en vienne à lui parler de créatures aussi exotiques que les lions. Cela lui fit presque oublier ses désirs de grand air. Elle ne pouvait avoir pris connaissance de ces animaux que dans les ouvrages, ce qui l'encouragea à songer qu'elle n'était pas si sotte qu'elle y laissait paraître. Cette constatation amena la question de McGregor qui se découvrait plus curieux qu'il ne l'était. En effet, ses maladresses n'étaient dues qu'à une première entrée dans le monde qui devait être intimidante pour la jeune fille. Il n'avait pas la prétention de s'y connaître autant en ce qui concernait les états d'âme des filles de cet âge mais il se souvenait trop bien des angoisses de sa sœur Juliet lors de sa première soirée mondaine. Évidemment, le duc surveillait ses arrières et protégeait ses intérêts tandis que leurs parents étaient bien trop préoccupés par la découverte d'un bon parti. La bonne fortune de Juliet avait fait naître un mariage heureux et d'intérêt. Toutefois, le noble anglais n'était pas pressé de présenter ces deux autres sœurs au reste du monde. Il n'aimait pas les savoir sous le regard et à la merci de ceux qui ne cherchaient que l'amusement. La société londonienne n'était pas toujours aussi reluisante qu'elle le paraître. De cette même manière, il n’appréciait pas les regards des autres sur la jeune Lady. D'autant plus qu'elle était ignorante de la moindre mise en garde. Il semblait que les protecteurs de miss Bennett n'étaient pas trop préoccupés par ce genre de soucis, pourtant ils n'étaient pas que des chimères. La preuve étant qu'il avait dû tirer la brune d'un fort mauvais pas. « Cela est plus qu'une habitude à prendre. Ne perdez pas des yeux les gens qui vous accompagnent. » Dans le cas actuel, il s'agissait visiblement de lui puisqu'ils avaient été délaissés l'un avec l'autre. La jeune Lady lui apprit que les choses changeaient pour elle cette année. Effectivement, d’après sa famille, elle devait être jugée suffisamment vieille pour être présentée au monde et attirer un bon parti. Si elle semblait n’en avoir nullement conscience, Matthew le comprenait que trop bien. Il avait eu l’exemple frappant avec ses parents et sa première sœur. A lui aussi, il lui avait été conseillé de se trouver une épouse. Il était l’aîné d’une famille illustre qui ne demandait que la naissance d’un héritier mâle. Les choses étaient malheureusement plus compliquées que cela. Il s’étonna d'être attendri par son émerveillement à vouloir découvrir les recoins de Londres, bien loin de se douter des desseins de ses protecteurs. Cette sensation en était étrange. Mais il n’eut pas à y réfléchir bien longtemps. Avec sa bonhomie naturelle, Boldwood les rejoignit. Si le Duc pensait être soulagé de la présence d’une troisième personne, il le fut bien moins quand les yeux de son ami se posèrent sur la délicate miss Bennett. Il refoula ce sentiment qui ne lui était guère familier, ne comprenant pas en quoi tout ceci pouvait le déranger, bien qu’il connaisse les mœurs parfois un peu légères du Comte. Il s’activa sans cœur à faire les présentations et réprima un soupir de voir l’anglais faire autant de manière. Ce dernier était conscient de tous les charmes dont il était doté et dont il savait si bien user. Sans s’en rendre compte, McGregor ne fut pas enchanté de voir la brune partir au bras de son ami. Faisant malgré tout preuve de flegme, il partit vers cet air tant désiré au cours de cette soirée. Toutefois, rien ni personne en ce monde ne voulait lui offrir l’opportunité de profiter du calme de la nuit. Sa route croisa celle de la Marquise Dewitt. Il aurait pu s’en réjouir, ou au moins ne pas se montrer ennuyé s’il ne connaissait pas parfaitement la nature de l’attachement que la rouquine lui vouait. Ses manières et ses attentions cachaient un dessein bien ciblé : être la future et nouvelle fiancée du Duc McGregor. Son entêtement aurait pu paraître grossier si cette jeune femme intrigante n’était pas auréolée de sa grâce naturelle et d’une beauté féline. Son caractère audacieux en venait parfois presque à charmer le Duc lui-même. Mais au grand damne de la Marquise, son cœur n’était pas si aisé à conquérir. Il ne put cependant lui refuser cette danse qu’elle désirait tant.

Ils se retrouvèrent ainsi sur la piste de danse avec les autres couples. Du coin de l’œil, il vit le regard ravi de son ami avant que son attention ne se pose momentanément sur Héloïse. Il aurait pu répondre au sourire qu’elle lui lança, mais il se contenta de détourner ses prunelles sur sa partenaire avec indifférence. Il ne sut pourquoi. Un peu comme si les yeux de la brune l’avaient brûlé. Il préféra se concentrer pleinement sur la danse afin d’exorciser tous les sentiments inégaux qui se mêlaient en lui. Jane le couvait de mille regards, de sourires qui laissaient transparaître le plaisir de sa compagnie. Pour rien au monde, elle ne le lâchait des yeux. Malgré lui, il en finit par être fasciné. Ses prunelles claires étaient envoûtantes, profondes et intenses. Il se serait complètement laissé ensorcelé s’il ne rencontrait pas le doux visage de Lady Bennett quand leurs pas se croisaient. Son regard lui faisait l’effet d’un électrochoc qui le ramenait sur terre pour l’envoyer plus loin dans les hauteurs de son âme. Ce fut l’âme légèrement ébranlé qu’il se réjouit que les danses aient pris fin. Il offrit son bras à la Marquise pour qu’ils rejoignent le duo qui s’était déjà éloigné. Plus que jamais, Boldwood affichait une humeur ravie. Sa compagne de la soirée ne cachait pas non plus son plaisir de prendre part aux festivités auprès de lui. Son ami se chargea de faire les présentations. Il put lire sans mal toute l’admiration qui brillait dans les prunelles de la Lady face à Jane Dewitt. Elle n’était pas la première à afficher un air si contemplatif, mais jamais encore, il n’avait vu une expression autant dénuée de jalousie. A peine de l’envie. Il resta en retrait des échanges qui fusaient, se rafraîchissant d’un verre de punch. L’air frais leur fit envie à tous les quatre, si bien qu’ils se retrouvèrent sur la terrasse. Des conversations mondaines s’engagèrent où Dewitt et Boldwood étaient les acteurs les plus actifs. Lady Bennett s’enthousiasmait de tout. Quant à McGregor, il n’intervenait que lorsqu’il était sollicité, ce qui arrivait très souvent de la part de son ami, mais surtout de la Marquise. Il n’offrit guère de sourire ou de paroles rafraîchissantes, n’ayant pas l’humeur de paraître plus aimable. De nombreux sentiments indicibles torturaient son âme. « J’espère que vous ne nous en voudrez pas messieurs de vous fausser momentanément compagnie. Il y a des conversations que seules les femmes ont le privilège d’avoir. » lança Jane avec un regard espiègle. Le regard du Duc suivit avec attention le duo féminin se dérober à leur présence. Il n’appréciait guère l’influence que la rousse pourrait avoir sur la Lady. « McGregor, n’est-elle pas infiniment charmante ? Ne ferait-elle pas une parfaite Comtesse Boldwood ? » s’enchanta le Comte dès qu’elles furent assez loin. Son regard ne lâchait pas la silhouette lointaine de miss Bennett. Ses propos piquèrent étrangement le Duc. « Si vous avez à cœur d’exhiber une jolie créature, soyez au moins avisé de la prendre intelligente. » Il n’y avait plus de raisons qu’il puisse penser que la brune était sotte, toutefois, il ne put s’en empêcher. Sûrement parce qu’il avait à cœur les intérêts de son ami. Boldwood partit d’un grand éclat de rire. Trop bon connaisseur des attitudes et du tempérament de McGregor, il ne lui en tint pas rigueur. Il gratifia le Duc d’une légère claque dans le dos. « Vous êtes bien chanceux de n’arriver à décourager aucune jeune fille face à un tel tempérament que le vôtre. Et surtout pas miss Dewitt. » McGregor ne releva pas, mais son regard était suffisamment éloquent. La Marquise ne perdait pas espoir parce qu’elle avait à cœur de protéger ses intérêts et qu’elle avait son ambition pour motivation principale. Il admettait tout de même qu’elle était tenace. « Vous seriez si bien assortis. Contrairement à ce que vous pensez. » Le Duc n’en pensait pas grand-chose en réalité. Il était éloigné depuis longtemps de toutes considérations relatives au mariage. Toutes ses plaies ne s’étaient pas pansées avec les années. Bien tristement, il admettait que la prochaine avec qui il déciderait de s’unir ne pourrait pas bénéficier de son amour plein et entier. Ecoutant d’une oreille distraite Boldwood louer toutes les qualités de Lady Bennett, il détailla la Marquise d’aussi loin qu’il la voyait. Ses manières étaient tout à fait celles d’une grande dame. Elle était instruite et elle savait converser avec sagacité. Sa compagnie était appréciée par beaucoup, et sa beauté était sans égale. Sa famille était respectable et ne souffrait d’aucun scandale. Elle était ce parti que tout le monde attendait pour le Duc bien qu’il soit le seul à ne pas être au courant. Un peu plus sérieusement, il considéra l’idée. Il ne put mener complètement à bien ses réflexions. Son regard ne cessait de dévier vers Lady Bennett. Il se résolut à les quitter des yeux. La soirée ne dura guère longtemps après qu’elles les retrouvent. Il fut décidé qu’ils se retrouveraient tous les quatre à la Pump Room d’un salon de thé très en vogue à Milton Street. Enfin, ils purent se quitter avec la promesse de se revoir bientôt. McGregor fut soulagé de retrouver le calme de sa demeure de Londres.


***


Le Duc n’eut pas un sommeil paisible. De trop nombreux visages étaient venus hanter ses rêves, ainsi que de désagréables scènes du passé. Il se réveilla le cœur plus lourd que jamais. Malgré un billet de Boldwood qui l’enjoignait à venir se promener dans Londres avec lui, il occupa toute sa matinée à gérer ses affaires depuis la capitale. Il n’avait aucune envie d’entendre le Comte s’étendre durant plusieurs heures sur les qualités et la beauté de Lady Bennett. Il prit soin de rédiger une lettre pour sa mère, mais aussi pour chacune de ses sœurs. Il n’y cachait guère son ennui de se trouver à Londres, omettant quelques détails qui auraient pu lui faire penser le contraire. Quatorze heures arriva bien plus vite qu’il n’aurait pu le penser. Il régla ses dernières affaires avant de se rendre au lieu-dit. S’il n’était pas certain d’être ravi d’y aller, il détestait néanmoins être en retard. Il fut donc parmi les premiers à s’y rendre. Tandis qu’il cherchait des visages familiers dans la foule, il salua quelques connaissances. Une voix qu’il s’étonnait de reconnaître aussi bien se fit entendre à côté de lui. Il se tourna face à elle pour observer ce visage toujours aussi doux et bienveillant, non sans cette légère rougeur que la Duc ne pouvait s’empêcher de trouver charmante. Il ne parvint pas à afficher autant d’enthousiasme que la brune, bien que son cœur lui dictait tout le contraire. « Le plaisir est partagé, Lady Bennett. Vous ne me dérangez pas. A vrai dire, je vous cherchais vous, ainsi que Boldwood et Dewitt. » Il était presque étonnant qu’ils ne se soient pas montrés déjà tous les deux. Mais le Duc n’en était pas mécontent. Au contraire, quand il se retrouvait seul avec la jeune fille, il n’était pas pétri de tous ces sentiments confus et si désagréables. « J’espère que vos rêves n’ont pas été trop peuplés de lions cette nuit. » L’esquisse d’un sourire se dessina sur ses lèvres. Fugace, mais bien présent. Ils ne restèrent seuls très longtemps. Boldwood les rejoignit, affichant cette bonne humeur constante, ravivée par la présence de la Lady. Le sourire de McGregor s’envola complètement. « Ma foi, je me porte très bien Miss Bennett. Mais je me serai encore bien mieux porté si McGregor m’avait fait l’honneur de sa présence dans la matinée. » Visiblement quelque peu fâché, il apparut encore plus évident au Duc qu’il souhaitait lui parler d’Héloïse. Il se félicitait donc d’avoir décliné l’invitation. « J’avais des affaires à régler. » se défendit sobrement McGregor. Boldwood ne s’arrêta pas longtemps sur cet incident. « Mais soyez bien assurée que votre présence me rend plus heureux que jamais, Miss Bennett. Elle me fait oublier le moindre désagrément. » Matthew ne s’offusquait que rarement des paroles flatteuses que son ami aimait dispenser aux dames, mais cette fois, l’envie le démangea de lever les yeux de dépit. « Allons nous asseoir. La Marquise nous rejoindra. » enjoignit le Duc en montrant la voie. La rousse aimait se faire attendre. Cela faisait partie de ses tours favoris pour agacer la patience de ces messieurs. Ils trouvèrent place autour d’une table où le thé leur fut rapidement servi. Le cadre coquet du lieu était au goût du Duc, mais certainement pas les ragots qui y étaient servis. D'autant plus qu'il ne savait que trop que la Marquise n'était pas la dernière à les alimenter. Cela aurait pu ne pas le déranger outre mesure si Lady Bennett n'était pas présente. Sans doute ne saurait-elle pas déceler la malice dans les propos de la rousse. Toutefois, il se confortait dans l'idée qu'elle n'en serait pas la cible. Boldwood se mit à évoquer avec enthousiasme la soirée de la vieille. Bennett partageait son sentiment et le Duc fut un spectateur attentif. Dès que son regard croisait pas mégarde celui de la brune, tout son épiderme se soulevait sans qu'il ne puisse le contrôler. « Votre chère sœur et votre beau-frère n'ont-ils pas eu peur de vous lâcher dans les rues de Londres sitôt arrivée ? » D'une certaine manière, il se montrait protecteur. Sûrement un peu trop. « A vous entendre McGregor, Londres est un guêpier où le danger guette à chaque coin de rue. » se moqua le Comte avec bonhomie. Matthew ne releva pas. Il savait comment il était. Trop méfiant. Mais il savait aussi que le danger pouvait bien se trouver dans les visages les plus charmants. C'est sur cette pensée que la Marquise décida de faire son entrée. Affectant de donner la sensation qu'elle s'était pressée pour arriver, elle s'éventa de la main. « Veuillez m'excuser mes amis, Londres est infernal à cette saison. » Les deux hommes se levèrent comme il était d'usage, attendant que la dame s'assoit pour en faire de même. La main de Jane vint serrer affectueusement celle de Lady Bennett. « Ma chère amie, j'espère que vous n'avez pas trop souffert de la compagnie de ces deux vilains gentilshommes. » dit-elle avec un soupçon d'humour. McGregor répondit du tac au tac sans laisser à miss Bennett l'opportunité de répondre. « A vrai dire, nous conversions si bien tous les trois que nous avons à peine souffert de votre absence. » Ils échangèrent un long regard empli de tensions que Jane désamorça par un rire léger et clair. « Votre Grâce, vous aimez me torturer ! » Ces joutes verbales étaient presque devenues des jeux. Le Duc sourit de sa réponse. Elle ne manquait pas de belles ressources et de verve. Quoi qu’il advienne, elle savait rebondir comme nulle autre. Les discussions furent bien plus légères par la suite, à parler de l’animation de Londres et de ce qui était en train de se préparer. Avec un enthousiasme qui fut rapidement partagé, Dewitt proposa qu’ils assistent vendredi soir à un opéra joué au théâtre de Londres. Comme le Duc n’avait manifesté aucun assentiment, le regard de la Marquise se braqua que lui. « Votre Grâce, vous nous ferez l’honneur de votre présence, bien sûr ? » - « Quitte à être coincé ici à Londres, autant assister aux spectacles qu’il propose. » répondit-il simplement, ce qui ravie la rousse. Elle revint vers Héloïse qu’elle ne cessait de harceler de questions en tout genre, ayant visiblement à cœur de s’en faire une amie. McGregor soupçonnait qu’elle avait cerné l’enclin de Boldwood pour Lady Bennett et qu’elle avait pour ambition de favoriser leur rapprochement par elle. « La capitale doit tellement vous changer de là où vous vivez ! Thornfield-Hall avez-vous dit ? Je n’en avais encore jamais entendu parler jusqu’alors. Vous devez vivre dans un cadre tellement champêtre. Comme cela doit être vivifiant ! Racontez-moi tout mon amie, comment est la vie si loin de la ville ? » Sans en avoir l’air, McGregor prêta bien plus l’oreille à la conversation, curieux d’en apprendre plus sur cette sage Lady Bennett.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mar 27 Juin - 13:38


Héloïse était vraiment ravie de ces retrouvailles. Elle n’avait eu de cesse d’y penser. Constamment. Il faut dire que tout était nouveau pour elle. Le monde. La ville. La mondanité. Tout était synonyme de nouveauté, de découverte face à un esprit aussi intrépide et innocent que le sien. Elle était si enthousiaste de son séjour qu’elle ne s’apercevait nullement des sourires en coin se glissant entre sa sœur et son beau-frère. Ces derniers semblaient tout à fait enchantés de la voir si facilement s’intégrer au sein de ce milieu, pourtant très fermé. Mais on pouvait bien se demander qui était le monstre capable de résister face au regard gracieux de la brune et de ces grands yeux verts capable d’englober le monde s’ouvrant devant elle, de ne pas sourire face à ces adorables fossettes lorsqu’elle exprimait sa joie. Héloïse était d’une nature simple, s’émerveillant d’un rien. Parfois, on disait d’elle, qu’elle paraissait fort simplette. Et pourtant, la pauvre enfant n’était rien d’autre qu’une personne vivant simplement, ne connaissant nullement les torts de ce monde, ignorant combien était vicieux l’esprit londonien, combien les regards pouvaient en dire bien plus que les simples mots prononcés. Et pourtant, elle ne remarquait rien de cela. Elle évoluait, innocente et petite, dans sa robe et sa jolie coiffure, fière comme elle pouvait l’être de ce privilège, timide par l’idée de se montrer entreprenante en allant saluer le Duc. Et pourtant, quelle ne fut sa joie de le voir lui répondre, de la saluer avec toute la politesse dont il était capable. Savoir que son plaisir était partagé lui conférait un sentiment chaleureux à l’encontre de cet homme, si grand par son titre qui, pourtant, ne manqua pas de se rappeler de leur discussion au sujet des lions. Son rire résonna discrètement avec toute la délicatesse dont elle était capable. Mais alors qu’elle allait répondre, leur conversation fut entrecoupée par l’arrivée du Comte. Héloïse, perdue dans l’ignorance de son âge et de cette joie de voir du monde, ne s’aperçut même pas de la perte du sourire du Duc. A vrai dire, elle était si enchantée qu’il était difficile pour elle, de comprendre combien cette arrivée soudaine – et tout à fait bruyante – ne semblait pas être du gout de chacun. Pourtant, elle fit une grande démonstration de joie en accueillant cet homme dont le bagout et l’hilarité étaient presque contagieux. Sa remarque quant à l’absence du Duc ce matin, fit relever le regard clair de la jeune fille. « J’espère de tout cœur que vos affaires ont pu être réglées, votre Grâce. Il est toujours facile de profiter d’un instant en bonne compagnie, en ayant la tête ailleurs. » Elle lui glissa un sourire avant de tourner son visage vers le Comte, accaparant son attention et achevant de la faire rougir plus que de raison. Il faut dire qu’il avait l’art et la manière d’aborder la gente féminine. Et pourtant, Héloïse se sentait terriblement mal à l’aise. « Vous êtes si aimable, Cher Comte. » se contenta-t-elle de dire humblement. Elle ne savait que dire d’autre. Bien sûr, sa mère, Mrs Bennett, souhaitait, ardemment, voir sa fille être mariée. Mais était-ce ainsi que l’amour se créer ? Dans ses lectures, rien ne se produisait de la sorte. Et ne sachant que répondre et afin de ne pas laisser transparaître cette gêne, elle préféra se mettre en route lorsque le Duc proposa de prendre place. Heureusement, elle eut le temps de pouvoir reprendre contenance, de se dire qu’il ne s’agissait que d’une simple formule de politesse. Cette idée la calma et finalement, la jeune femme prit place face à ces deux Messieurs, si grands et si beaux, tous deux. Elle se sentait intimidée, quand bien même, elle ne manquait jamais de conversation.

D’ailleurs, le Comte évoqua bien vite la soirée d’hier tandis que le thé leur fut servi. Et si Héloïse n’était de condition aussi avantageuse que celle du Duc et du Comte, quand bien même, elle n’était pas le parti envisageable au vu de sa faible fortune, elle n’en demeurait pas moins élégante et délicate dans sa façon de se mouvoir. L’aventure n’était réservée qu’à Thornfield-Hall. Pour le reste, elle avait suffisamment été briefée par sa sœur pour savoir comment se comporter. De toute manière, aucune remarque ne fut faite si ce n’était qu’elle partagea le point de vue du Comte. « Je dois dire que pour un premier bal, j’en suis revenue fort enchantée. C’était un instant incroyablement merveilleux, presque féérique à mes yeux. » Elle continua à pérore en compagnie du Comte ne manquant jamais de répartie. « […]Et Londres est réellement un endroit agréable. » Finit-elle par dire ce qui eut pour effet de ramener le Duc, un peu en retrait de cette conversation. Héloïse ne savait si c’était de l’ennui ou de l’indifférence, elle n’était pas assez stupide pour oser la question. De toute façon, il revenait dans la conversation, l’interrogeant au sujet de sa sœur et de son beau-frère. « Oh non, ils n’ont aucune crainte. Et puis, pour m’être promenée quelques fois dans les rues en compagnie de ma chère sœur, elle a pris le temps de me montrer les chemins à prendre fréquemment. » Elle sourit de plus belle, perdue dans l’innocence de son âge, riant de la répartie du Comte « Je ne risque rien ici, y compris en étant en votre compagnie. » Et bien évidemment, cela s’adressait aux deux hommes. Cependant, l’intimité fut vite interrompue par l’arrivée de Lady Dewitt. La Marquise était égayante et de cette même beauté qu’Héloïse appréciait. Elle les salua avec chaleur, semblant s’amuser de la remarque du Duc. Une chose est sûre, s’il avait répondu ainsi à cette pauvre enfant, il aurait été fort possible de s’en émouvoir, et également de fondre en larmes. Mais pour l’heure, Héloïse devint bien vite silencieuse, comme si la présence de la nouvelle venue s’imposait tant qu’elle n’avait plus sa place. Pourtant, elle écoutait la conversation n’en perdant pas une miette. Son visage n’exprimait qu’un vif intérêt tandis qu’il était question de bal, de pièces de théâtre, d’opéra. Tant de choses lui paraissant inconnues. Elle ne connaissait rien car dans sa bien-aimée contrée de Thornfield-Hall, les réceptions organisées paraissaient bien moins importantes.  Le Comte Boldwood et la Marquise s’empressèrent de l’inviter, décrétant que sa présence était plus qu’indispensable. Son habituelle rougeur couvrit ses joues et elle leur répondit avec une émotion mal contenue « Ce sera une telle joie pour moi de partager cet instant avec vous. » Dit-elle quand Lady Dewitt proposa au Duc. Ce dernier ne semblait pas forcément aussi enthousiaste que l’ensemble de ses comparses. Mais il accepta. Héloïse ne peut s’empêcher de remarquer cet ennui caractéristique. Il semblait ne pas vraiment apprécier se trouver ici. Et dans son esprit innocent, la seule question lui venant en tête était de ce qu’il faisait ici ? Répondait-il à une obligation, une contrainte ? Elle en était fort désolée mais bien vite, son attention fut accaparée par la Marquise lui posant tout un tas de questions concernant le domaine de Thornfield-Hall. L’évocation de cet endroit cher à son cœur élargit son sourire « C’est un endroit tellement merveilleux. » Dit-elle, le regard brillant. « Et c’est très différent de Londres, je dois admettre. Mais à Thornfield-Hall, on est alors en harmonie avec la nature, nous avons une très belle forêt ainsi que de très belles promenades à faire. Je dois dire que toute une année à vivre la-bas, permet d’apprécier le calme, d’admirer la beauté du paysage. Vous savez… Rien n’est plus beau que le Printemps lorsque les arbres se couvrent de feuillages, que les fleurs bourgeonnent. C’est à ce moment-là que les oiseaux se mettent à chanter, que le temps est le plus propice à séjourner dehors. » Sans s’apercevoir, le regard de la Lady s’était voilé d’un souvenir cher à son cœur, d’un sourire candide à l’évocation de ce lieu tant aimé. Pourtant, elle se reprit bien vite, désireuse de ne pas trop en faire, et surtout d’en savoir un peu plus au sujet de ses amis. « Et vous, mes chers amis ? Vivez à Londres quotidiennement ou bien avez-vous aussi votre petit coin de Paradis ? » Tour à tour, le regard de la Lady s’attarda sur la Marquise racontant sa vie opulente partagée entre la compagne et Londres. Elle préférait l’agitation de la ville au calme paisible de la campagne. Quant au Comte Boldwood, la campagne n’avait d’intérêt que des parties de chasse à faire et de longues marches à y faire. Pour le reste, il semblait aimer ce qui était endiablé et bruyant. Avec son humeur joviale, il fit sourire la Lady qui le trouvait fort attrayant. Et lorsqu’il eut terminé, son regard clair se posa sur le visage parfait du Duc. Sentant son cœur s’accélérer, la Lady s’apercevait de l’empressement ressenti à entendre la version de cet homme si peu ordinaire à ses yeux.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Ven 30 Juin - 17:43

Le Duc n’était pas enchanté de se retrouver en pareille situation. Il avait Londres en horreur, presque autant que la foule qui y pullulait. Avec tout ce faste, toute cette agitation constante. Sans compter les cancanages des demoiselles, mais aussi de certains messieurs qui s’y prêtaient avec joie. Matthew McGregor exécrait la fausseté et l’hypocrisie. Dans ces foules qui dansaient, conversaient et riaient, il ne voyait qu’une confuse perversion de l’âme qu’il ne retrouvait pas dans ses douces terres. Il se montrait d’autant plus fatigué de l’acharnement de ces dames à déployer leurs charmes pour s’attirer ses faveurs. Tout Londres le savait : Sa Grâce McGregor était un cœur à prendre et toutes s’y échinaient avec passion. La plus entêtée mais la plus charmante de toutes était la fameuse Marquise Dewitt. Il ne cherchait généralement pas sa compagnie, mais il ne pouvait détester pleinement sa présence. Il se plaisait à la piquer et la taquiner, de sorte qu’il puisse attester des ressources de la rouquine. Cette dernière ne se laissait que peu désarçonner et elle trouvait souvent d’amusantes répliques à lui rétorquer. Le Duc appréciait ce petit jeu sans réaliser les véritables enjeux d’une telle relation. Mais peu importait. Il se moquait des jugements, des convenances et de ce qui pouvait passer à travers la tête de la Marquise. En son for intérieur, il la testait sans s’en rendre compte. Il n’était pas sourd aux ragots qui circulaient à leur sujet. Beaucoup les destinaient mari et femme dans peu de temps. L’impatience grandissait dans l’attente de l’annonce de tendres fiançailles. Le Duc n’en était pas encore à considérer de tels projets. D’autant qu’il n’avait le plaisir d’être en présence de miss Dewitt que dès lors qu’il se retrouvait à la capitale ; une destination qu’il évitait généralement. Il n’y multipliait pas les relations de courtoisie, bien que beaucoup collaboraient avec lui dans les affaires.
Ainsi, McGregor n’entretenait que peu de relations et exécrait la plupart des compagnies. Pourtant, quand Lady Bennett apparut auprès de lui sans qu’ils ne soient embêtés d’une quelconque présence, il ne put que ressentir un plaisir certain et sincère. Il aimait à voir son sourire léger et ravi, non entaché par la moindre bassesse. Dans ses prunelles, il aurait pu croire que cette sortie dans un salon de thé relevait de la pure aventure. Une expédition extraordinaire. Le monde dans lequel elle évoluait était bien différent du leur. Il aurait pu associer une telle attitude à de la sottise et de l’insouciance. Il ne s’y résignait pourtant pas. Il n’y voyait qu’une attitude rêveuse et rafraîchissante. Quand il se perdait dans ses prunelles sombres, il en oubliait un bref instant qu’il se trouvait à Londres. Malheureusement, le reste du monde savait lui rappeler sa place et sa situation. Boldwood avait jailli entre eux, coupant court à cet échange qui ravissait le Duc. Toutes les charmantes manières qu’il déployait auprès de la Lady l’agaçaient. Il bénissait ses affaires de l’avoir retenu ce matin. « Les affaires ne s’arrêtent jamais, Miss Bennett. Toutefois, rassurez-vous, la plupart d’entre elles ont été réglées. » L’ombre d’un sourire apparut sur son visage, vite balayé par les propos de Boldwood. Plutôt que de l’entendre à nouveau énoncer des paroles équivoques à la Lady, il préféra proposer de se mettre autour d’une table où ils pourraient attendre la Marquise.

Le Duc s’effaça bien vite pour laisser le duo converser de la soirée d’hier. Il n’en restait pas moins un auditeur attentif. Discrètement, il détaillait Héloïse. Les attitudes de la Lady ne souffraient aucun impair. Tout en elle respirait une grâce naturelle et enchanteresque que McGregor notait mieux aujourd’hui. Dès qu’elle se mouvait, il eut semblé qu’elle était portée par le vent. Dans son étude, le jeune homme se convainquait qu’il œuvrait dans l’intérêt de son ami qui l’avait sélectionnée comme prétendante au titre de Comtesse Boldwood. Au fond de lui, il en était tout autre. En l’entendant parler de Londres, il fut presque jaloux de la vision merveilleuse qu’elle en détenait. Le Duc ne put s’empêcher de la mettre en garde face à tant d’insouciance. Sa remarque fut raillée par le Comte, mais il n’en avait cure. Il ne s’apaisa qu’aux paroles de la Lady qui lui assura qu’elle était protégée par des conseils avisés et de bons compagnons. Il se détendit dans son fauteuil, mais cet état ne dura pas. L’arrivée de la Marquise éveilla tous ses sens. Bien qu’il cherchait rarement à attirer son attention, il se tenait aux aguets pour répondre au mieux à ses réparties. Cela fut le cas. Il ne s’assit pas sitôt sur sa chaise que, déjà, le Duc lui cherchait querelle. Leurs joutes les amusèrent tous les deux avant qu’ils ne s’attachent au groupe. Il redevint spectateur de la conversation quand Boldwood et Dewitt s’enthousiasmèrent du prochain opéra qui allait être joué vendredi soir. Aussitôt, il fut décidé que tous les quatre s’y rendraient pour profiter d’un tel spectacle. Répondant non sans sarcasme, McGregor assura sa venue. Lady Bennett en fit de même avec émotion et un bonheur aisément constatable. Absolument ravie de cette sortie, la Marquise se trémoussa sur son fauteuil de contentement. Elle prit une gorgée de thé et bénéficia de suffisamment de salive pour pouvoir converser à nouveau. Elle paraissait curieuse de la vie de la nouvelle venue à Londres, provenant de sa charmante campagne. Dès qu’il fut question de ses terres, le visage de la Lady se recouvrit d’un voile de tendresse et de rêverie. Une certaine note de nostalgie n’échappa cependant pas au Duc tandis qu’elle poursuivait son récit. A l’entendre en parler, on eut cru qu’elle s’y trouvait encore, à fouler l’herbe grasse de ses jupons et à caresser du bout des doigts les branches des vergers en fleurs. Les pensées du Duc s’égarèrent dans l’image de cette chevelure brune indisciplinée dans la douce brise du printemps. Un instant, il se trouvait aussi avec elle dans cette campagne enchantée. Il reprit corps avec la réalité quand la voix plus aiguë que celle de miss Bennett s’éleva. « Oh, je ne supporte guère la campagne et je m’y ennuie bien vite. Je ne sais comment vous faîtes pour y trouver du réconfort, ma chère amie. J’aime la vie de Londres. Ses fêtes et son agitation. J’essaye d’y rester aussi longtemps que je le peux malgré les foudres de mon père. » Son récit se perdit dans un rire mutin que leur petite assemblée imita. McGregor se contenta d’un sourire. Le Comte prit la parole à son tour. Bien qu’il marquât sa préférence pour Londres, il ne put s’empêcher de vanter ses terres. McGregor ne pouvait l’en blâmer. Elles étaient parfaitement bien gérées et étendues, ainsi que fertiles. Il avait plaisir à s’y rendre parfois sous l’invitation de son ami. Toutefois, il décela bien vite que le Comte cherchait principalement à faire briller le regard d’Héloïse. La Marquise ne perdit pas une miette de ce qui se jouait dans ce salon de thé. « Monsieur le Comte, voilà que vous taquinez ma curiosité ! Ne serait-il pas rafraîchissant que nous nous retrouvions tous ensembles en vos terres ? Qu’en dîtes-vous miss Bennett ? N’êtes-vous pas aussi intriguée que moi ? » Le visage de Boldwood se para d’un sourire chaleureux. « Les portes de Mansfield Park vous seront toujours ouvertes, gentes dames. Mes terres manquent de charmantes compagnies. Je suppose que vous serez des nôtres, McGregor. » Un sourire fendit ses lèvres. « Aurai-je le choix ? » La Marquise nia du chef. « Point du tout, votre Grâce. Ma chère amie, il nous faudra demander la permission de votre charmante sœur et de votre beau-frère. » dit-elle en agrippant le bras de la Lady avec tendresse. « Sans doute pourrions-nous vous rendre visite dès la fin de la saison, Comte Boldwood ? Le temps y sera doux et nous pourrons faire les balades que vous affectionnez tant. » Elle parlait à la fois au Comte et à Héloïse. Boldwood approuva avec enthousiasme. L’affaire était entendue et Jane rappela que McGregor n’avait pas répondu à la question. « Je crains de n’étonner personne en affirmant que je porte guère Londres dans mon cœur et que je tente de m’y rendre le moins souvent possible. De plus, mes terres requièrent toute mon attention et je m’y plais comme nulle part ailleurs. Je pense me languir de mes paysages du Hertfordshire autant que vous, miss Bennett. » Il eut un sourire pour elle qui lui était semblable en ce point.
Une heure s’écoula encore, gorgée de leurs conversations où le Duc prit un peu plus part. Ce fut la Marquise qui coupa court à cette partie de thé en poussant un soupir désabusé, mais élégant. « Me voilà soudain bien lasse. Que diriez-vous d’aller nous promener dans la campagne environnante ? Cela nous ferait le plus grand bien. Je suis venue avec un attelage qui nous portera bien tous les quatre avec aise. » Et ce que la Marquise exigeait, elle l'obtenait.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mer 5 Juil - 20:21

Elle passait une après-midi fort charmante et en bonne compagnie. Rien n’aurait pu la rendre plus heureuse que de côtoyer la Marquise, le Comte ainsi que le Duc. Chacun paraissait si gentil avec elle, que la Lady se sentait comblée par toutes ces délicates attentions. Elle avait eu l’impression d’avoir été écoutée alors qu’elle vantait la beauté du paysage de Thornfield-Hall. Elle s’y était projetée durant l’espace de quelques instants avant de revenir sur la terre ferme, de constater que Lady Dewitt n’aimait pas vraiment la nature. Selon ses dires, une vie mondaine paraissait bien plus enrichissante qu’une vie paisible, loin de toute cette agitation. La Lady éprouvait le besoin constant de faire la fête, ce dont Héloïse ne partageait pas vraiment. Chez elle, le repos salutaire d’un bon livre ne pouvait être comparé à un bal où l’effervescence et l’engouement étaient tout à fait autres. Mais par politesse, elle se contenta de sourire, se disant que la Lady n’avait jamais connu d’aussi beaux paysages que celui de Thornfield-Hall. Elle en était donc excusée et puis la voix de Boldwood chassa toute idée de contradiction. Il attira, ainsi, l’attention de tous et de toutes évoquant ses terres. Elle paraissait être fort attrayante et sa gaieté était fort contagieuse. A l’en croire l’illustre personnage, il n’y avait pareil gibier à savourer qu’en ces terres. Forcément, tout ceci attisait la curiosité de la jeune fille mais elle resta docile, à l’inverse de Jane qui trouva l’endroit assez attrayant pour qu’une visite soit effectuée. Forcément, le Comte s’en enthousiasma un peu plus, appréciant l’idée que deux jeunes filles puissent se trouver dans son domaine. Héloïse était invitée, tout autant que la présence du Duc fut réclamée. La Marquise y tenait et le manifesta à voix haute. La jeune fille, elle, se contenta d’espérer silencieusement, le regard humble et le sourire sincère. C’est ainsi que ceci se décida. Il ne manquait que l’autorisation de sa sœur et de son beau-frère, ce qui était tout à fait compréhensible « Je tâcherai de vous prévenir le plus rapidement possible. » Ses yeux brillèrent lorsque son visage se tourna vers le Comte et ajouta doucement « Quant à vous, Cher Comte. Sachez que cette invitation me fait extrêmement plaisir et j’ose espérer que nous pourrons voir nos projets se concrétiser. » C’est qu’elle s’imaginait déjà, parcourant ces terres isolées, s’enivrant de la beauté du paysage, de sentir la chaleur du vent contre sa peau, marchant au gré de la brise l’accompagnant. Elle voulait retrouver cette sensation de liberté qu’elle ne ressentait pas ici. Aussi, espérait-elle, de tout cœur, obtenir l’aval de sa chère sœur. Il ne restait qu’à en parler, une fois qu’Héloïse la verrait.
Mais pour l’heure, c’était surtout au compte d’évoquer ses terres. Et la Lady ne fut guère surprise d’apprendre qu’il ne tenait pas Londres dans son cœur. Elle l’avait plus ou moins pressentie lors de leur premier échange, lorsqu’il avait avoué ne pas aimer ce genre de réception. De surcroit, il semblait avoir cœur à prendre soin de ses terres, ce qu’elle trouva touchant, quand bien même, il se languissait autant qu’elle de la campagne. La confidence la toucha et Héloïse se sentir rougir doucement, n’osant pas répondre. Ce n’était pas dans ses habitudes d’avoir suffisamment de répondant. Surtout en si charmante compagnie. Elle se sentait en deçà de ses compères. Et puis de toute façon, la Marquise reprit bien vite la conversation, se l’accaparant dans le seul but d’attirer l’attention. Elle proposa une balade, désireuse de ne pas rester ici. Elle était lasse disait-elle, ce que la Lady ne comprit. En effet, elle se trouvait fort bien installée, le thé était délicieux et l’assise, confortable. Mais il y avait dans le ton et le regard de Jane, une force faisant qu’elle ne sentait pas de taille à opposer une quelconque résistance. « Avec grand plaisir ! » Dit-elle et sur ces mots, le quatuor prit congé de la Pump Room, se rendant vers l’attelage de la marquise. Ils prirent place, les femmes côte à côte en face des hommes. Et encore une fois, le Comte et la Marquise monopolisèrent la conversation, à grand coup d’exclamation tapageuse qui perdit son intérêt quand les abords de Londres furent atteints, que les immeubles laissèrent place au Londres campagnard. Héloïse ne cessa de contempler les vastes plaines arides par la chaleur de cet été, perdues dans l’immensité de ce si beau paysage. La conversation lui paraissait insipide et dénuée d’intérêt tandis qu’elle observait la forme des arbres, les champs de culture, les oiseaux volant dans le ciel. L’émerveillement se lisait sur son visage tandis qu’elle observait avec l’innocence d’une enfant. Fort heureusement, le Comte et la Marquise n’eurent pas besoin d’elle pour alimenter les mots échangés, ils étaient occupés à converser au sujet de leur prochain déplacement à Mansfield Park. Mais Héloïse était si loin de cela, son esprit vagabondait dans ces romans d’aventure qu’elle lisait tant, perdue dans cet imaginaire débordant quand elle baissa le regard pour rencontrer celui du Duc. Elle eut l’impression que son cœur s’était arrêté de battre, perdant le fil de sa respiration et se sentant rougir. Pourtant, elle ne baissa pas les yeux pour autant, jusqu’à lui sourire doucement. Peut-être partageait-il ses rêves de liberté et de se trouver loin de l’agitation. Héloïse ne sut réellement et se retint de poser toutes questions. Elle se contenta de lui sourire encore un peu avant de détourner le visage, de se reporter sur ce qu’elle voyait. Et ça lui plaisait, le sourire demeurait présent autant que le rose sur ses joues.
Mais cette fois-ci, ça n’avait rien à voir avec le fil de ses pensées…

Au bout d’une heure, ils s’arrêtèrent et empruntèrent un chemin dédié à la promenade au travers des bois. L’allure était bonne et Héloïse, par ses nombreuses escapades en forêt, ne se sentit jamais essoufflée. Elle avançait d’un bon pas, sans trop chercher à savoir si ses partenaires suivaient ou non. A vrai dire, les deux hommes suivaient, sans doute, entraînés, par de nombreuses parties de chasse. Mais la Marquise, elle, semblait souffrir. Il faut dire qu’Héloïse avait naturellement pris la tête de la marche, avançant à une cadence soutenue. Elle ne s’en rendait même pas compte, bien trop habituée à se trouver seule au milieu de la nature. Le soleil perçait à travers la cime des arbres et diffusait une douce chaleur. Elle s’y sentait bien quand la Marquise Dewitt émit une protestation. « Assez mes amis, je n’en puis plus. Souhaitez-vous que je m’évanouisse chère Amie, à marcher aussi vite ? » Ce qui empourpra les joues de la concernée. « Veuillez m’excuser, Mademoiselle Dewitt, je… » - « Appelez-moi Jane voyons, nous sommes amies. » Déclara la rousse levant la main d’un geste impatient. Héloïse fronça les sourcils, ouvrant la bouche pour proférer des excuses, mais l’emportée se reprit bien vite, reprenant ses airs doux et un sourire compréhensif. « Ce n’est pas grave ma bonne amie. Je m’en vais m’asseoir sur cette souche durant quelques instants. Comte, restez avec moi pour me tenir compagnie, nous avons à parler vous et moi. » Le sourire s’élargit et elle ajouta à l’attention du Comte « Vous devez, à tout prix, me parler de Mansfield Park. » Il n’y avait plus aucun doute sur la suite de l’avancée. Héloïse était désireuse de continuer sa promenade et venant de se faire éjecter ainsi que le Duc, elle préféra sourire à son tour, ajoutant qu’ils ne seraient pas longs. A vrai dire, elle n’avait aucune idée du temps de marche. Elle souhaitait juste continuer à marcher et non pas entendre la Marquise s’apitoyer sur une quelconque douleur aux pieds ou au dos. Aussi, sans attendre, Héloïse et le Duc se remirent en route, laissant le bruit de la conversation s’envoler au rythme de la distance se creusant. La Lady était silencieuse appréciant le confort d’une avancée sans bruits autre que le murmure du vent à travers le bruissement des feuilles. Elle se sentait, soudain, bien plus apaisée sans qu’elle ne comprenne que l’amitié de la Marquise l’étouffait. Au contraire, elle était heureuse d’avoir des amitiés, créées de façon si naturelle. « C’est si agréable… » Finit-elle par dire esquissant un sourire à l’encontre du Duc. « Votre Grâce… Êtes-vous de ceux aimant marcher sans but autre que celui de suivre l’horizon, sans savoir où vous allez, vous laissant porter par la direction du vent ? » Le regard interrogateur, elle l’observait tout en ralentissant sa cadence pour lui laisser un peu d’avance sur elle, dans le seul but de pouvoir observer son visage. Cependant, à trop lever la tête, elle en oublia de regarder droit devant elle. La racine accueillie son pied délicat et Héloïse se sentit tomber en avant, poussant un petit cri aigu. Elle ne dût son salut qu’à la présence du Duc. Il ne pouvait être que son seul appui de toute façon. Et ses mains trouvèrent appui sur son torse, tandis que le corps se trouvait amorti par l’autre. « Je… je… » Balbutia-t-elle encore étourdie par la peur, ses joues se voilant de cet éternel rougeur. Elle eut le courage de relever la tête et de se sentir encore plus rouge de honte à l’idée d’être si près de Lui en cet instant. Si la Marquise la voyait, elle risquerait fortement d’être déçue.


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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Lun 24 Juil - 16:53

Le Duc McGregor était le genre d'homme à vouloir tout contrôler. Il appréciait que les choses se déroulent tel qu'il l'avait imaginé. D'une certaine manière, il était un homme de pouvoir mais il n'en abusait jamais à de mauvaises fins. Pourtant, aujourd'hui, il laissait la Marquise et le Comte diriger bon nombre de décisions. D'ordinaire, il aurait certainement pu décliner l'offre de se rendre sur les terres de son ami Boldwood mais il n'exprima aucune réticence. Au contraire, il usait d'un fatalisme amusé. L'idée que son temps soit occupé plus souvent par la présence de Miss Bennett l’enchantait d'une manière inédite. Et plus intérieurement, il souhaitait conserver un œil sur la relation qui était en train de se tisser entre le Comte et la Lady. Les inclinations de Boldwood étaient bien trop affichées pour ne pas être vues. Hormis par Miss Bennett sûrement. La jeune fille lui plaisait énormément, c'était un fait, mais pas de cette façon qu'il avait de regarder les femmes avec un œil gourmand. Il s'agissait d'un intérêt nouveau que la brune suscitait chez lui : celui du mariage. Jusqu'ici, le Comte appréciait la compagnie féminine pour ce qu'elle avait de plus charnel à offrir. Durant ses séjours dans la capitale, il n’était pas toujours le parfait gentleman qu’il montrait. Les choses semblaient changer. Ayant parfaitement compris les projets de son ami, McGregor cherchait à s'assurer du sérieux de la Lady et des compétences qui étaient les siennes pour assurer le titre de future Comtesse Boldwood. Du moins, il préférait admettre qu'il s'inquiétait des intérêts de son ami plutôt que de reconnaître dans ses attitudes quelques fonds de jalousie. Il ne fut donc guère difficile à convaincre concernant leur projet durant l'année. Tout semblait régler et tout le monde était enchanté. Il ne manquait plus que l'approbation des protecteurs de Miss Bennett mais aucun ne doutait que la compagnie de trois membres aussi illustres de la société d'Angleterre ne pourrait lui être refusée. Ce futur moment de villégiature risquait de se montrer des plus intéressants. De plus, l'air de la ville ne lui plaisant pas, le Duc serait plus enclin à se retrouver dans un lieu serein et propice à la balade. Son humeur ne pourrait aller qu'en s'améliorant et le groupe lui reprocherait moins son caractère.
Les questions de Miss Bennett leur donnèrent à tous l'occasion d'émettre leur avis sur la ville. Boldwood et Dewitt s’accordèrent à penser que Londres leur était plus agréable par son aspect grouillant de vie et d'attraits. McGregor songea subitement qu'ils étaient bien assortis, appréciant tous les deux d'être et de paraître. Quant au Duc, il ne pouvait aller à l'encontre de son amour pour ses terres et de son aversion pour l'univers mondain. Au grand damne de la Marquise qui masquait mal son mécontentement. Si ses désirs de devenir la Duchesse McGregor restaient intacts, elle devrait s'habituer à perdurer de longs mois à la campagne. Il n'était pas certain qu'une telle perspective lui plairait ; à moins qu'elle ne se figure changer la nature de Matthew. La pauvre ne manquait pas d'espoirs.

Cédant au caprice de la Marquise, il fut soudain décidé qu'ils allaient quitter le salon de thé pour s'accorder une promenade. Le Duc n'était certainement pas contre, n'aimant pas de rester statique aussi longtemps. Ainsi, ils laissèrent la Pump Room derrière eux pour s'embarquer dans l'attelage de la rousse. La Marquise prit place à côté de la Lady et le Duc auprès du Comte. La campagne n'était guère longue à rejoindre depuis Londres avec un attelage de quatre chevaux. Boldwood et Dewitt ne tardèrent pas à reprendre le contrôle de la conversation sur des sujets qui ne passionnèrent pas suffisamment McGregor pour qu'il décide d'y prendre part. Même la Lady parut s'en désintéresser au profit du paysage qui défilait sous leurs yeux. À cet instant, elle lui apparut comme un peu avant dans le salon de thé. Elle possédait ce même air égaré et rêveur qu'elle portait en parlant de la tendre campagne de son enfance. Il aurait pu partager ce spectacle grandiose que leur offrait la nature, mais ses prunelles ne purent se détacher de ce doux visage. Le vert des feuillages lui plaisait mais était insipide dès lors qu'il se perdait dans l'éclat de ses prunelles sombres. Le vent sur son visage lui plaisait, mais jamais autant que les délicates effluves du parfum d’Héloïse qui venait effleurer ses narines. Il finit par s'égarer dans cette étude appuyée de la douce personne d’Héloïse, si bien qu'il fut fatalement pris en faute. Les regards se croisèrent et ce fut comme un coup d'éclair dans la poitrine du Duc. Il ne sut détourner les yeux, captivé bien malgré lui par la rougeur de ses joues. Les babillages de leurs compagnons parurent bien lointains. Un sourire fendit les lèvres de la Lady. Un sourire tendre et doucereux qui eut pour don de réchauffer l'âme du Duc. Il ne sut s'il parvint à esquisser un sourire en retour. Tout son être se heurtait aux méandres des sentiments qui agitaient son cœur.

Une heure s’écoula sous le vacarme des sabots et les soliloques incessants et inintéressants de la Marquise et du Comte jusqu'à ce qu'ils atteignent enfin la lisière de la forêt. McGregor détenait soudain un désir fulgurant de quitter ce huit-clos afin de profiter du calme de la promenade. Avec l'effort, leurs deux compagnons songeraient sûrement moins à parler. Il avait aidé Héloïse à sortir du carrosse et l'empreinte de sa main chaude restait imprimée sur la sienne. Que n'aurait-il pas donné pour la tenir encore un peu plus longtemps. Ils se mirent en route au cœur de ces paysages tranquilles. Le Duc dut admettre que Miss Bennett marchait à bonne allure. Elle devançait presque le groupe, étant à peine essoufflée. L'habitude des longues promenades transparaissait. Leurs deux amis ne pouvaient pas en dire autant, et certainement pas Dewitt. Cette dernière peinait à suivre le rythme, soupirant, soufflant et marquant quelques pauses. Finalement, elle souffrait tant qu'elle n'en puit plus. Elle protesta d'un aussi mauvais traitement. Les aigus de sa voix essoufflée arrachèrent le Duc à sa douce contemplation de la nature environnante. Les arbres touffus offraient une ombre réconfortante que seule une brise amicale venait percer. Malheureusement, ce n'était pas au goût de la rousse qui se laissa tomber sur une souche d'arbre. A cet instant, il sut qu'elle ne se relèverait sûrement jamais. Il assista sans mot dire à l’impolitesse que la Marquise ne savait plus aussi bien masquer sous l'effet de la fatigue. Elle se montrait empressée, tempérée par les mauvaises humeurs que cette promenade lui procurait. Quand il fut finalement conclu qu'elle resterait en retrait en compagnie du Comte, McGregor songea qu'ils s'en tiraient à bon compte. Il n'aurait pas supporté ses jérémiades jusqu'à la fin du jour. Mieux valait qu'ils se déchargent d'un tel fardeau. Il se sentit si enthousiaste à reprendre une marche apaisante qu'il ne décela aucune malice à délaisser ses deux amis en compagnie l'un de l'autre. « Allons. Venez, Miss Bennett. » l’enjoignit le Duc en lui ouvrant la marche d'un bras tendu. Aucun des deux ne se fit prier pour s'éloigner du duo et poursuivre leur promenade. Le jeune homme s’accommoda à merveille du silence respectueux de la Lady. Il aimait ses airs de contemplation et son besoin égal de calme. En cela, ils étaient semblables. Pourtant, quand la charmante Héloïse brisa le silence, il n'éprouva pas le même sentiment d'agacement que lorsqu'il s'agissait de Jane. Il fut premièrement surpris par la question de la Lady, avant d'esquisser un sourire. Elle apportait un tel vent de fraîcheur dans son existence maussade qu'il peinait à suivre son naturel. « Je n'avais jusqu'alors jamais exprimé cette idée à voix haute, mais je crois bien qu'il en est ainsi. Il n'y a rien de plus réconfortant qu'une promenade pour chasser les idées noires. Ou simplement arrêter de penser. » Et McGregor avait bien besoin de chasser ses idées noires. Tout comme de ne plus penser quelquefois. Uniquement pour moins souffrir. « Attention, vous... » il eut à peine le temps de la prévenir qu'il la vit trébucher sur une racine traitresse. La jeune fille perdit l'équilibre et termina sa chute contre le torse du Duc qui avait levé ses bras pour la retenir. Leurs corps étaient accolés l'un contre l'autre dans une proximité troublante. La gêne s'empara de l'un et de l'autre. Le carmin enflamma les joues de la brune. « Vous n'avez rien ? » s’enquit-il d'une voix qu'il souhaitait assurée. Seulement, son timbre plus grave que d'ordinaire le trahissait. Malgré l’équivoque de leur posture, McGregor ne lui rendit pas sa liberté tout de suite. Perdu dans les yeux d’Héloïse, il en oubliait tout. Même lui-même. Il reprit brusquement contenance, comme si une guêpe l'avait piqué. Il s’écarta d'elle quand il fut sûr que sa position soit stable et se racla la gorge. « Vous devriez prêter plus d'attention à l'endroit où vous posez vos pieds. Les racines soient parfois traîtresses, même sur des sentiers utilisés. » Il reprenait sa morale et ses sermons, mais en laissant sa froideur derrière lui cette fois-ci. D'un mouvement de tête, il enjoignit la jeune femme à lui emboîter le pas afin que la marche dissipe leur étourdissement. Ils s'accordèrent plusieurs minutes de marche avant que le Duc reprenne la parole. « Vous allez sûrement me trouver bien audacieux de vous tenir ce genre de discours Lady Bennett, malgré tout, je ne peux m'empêcher de vous mettre en garde face à un monde qui vous est incontestablement inconnu. » Il n'avait aucun véritable droit de s'immiscer dans l'existence de la jeune femme. Néanmoins, il était connu pour être un homme franc et honnête. « Vous ne devriez pas vous user pas à admirer la vanité des autres. Eux ne contempleront pas votre modestie. Cela pourrait gâter votre nature douce. » Bien évidemment, il parlait de Jane. Il avait cerné que l'affection de la rousse était surtout intéressée. À quel fin ? Il ne le savait pas encore, mais il ne souhaitait pas que la nature capricieuse de la Marquise use la simplicité de la Lady. Il affectionnait trop sa douceur et son honnêteté. Son regard se reporta sur l'horizon de leur route. Héloïse avait raison. Il aimait cette vue et ce sentiment d'égarement plus que toute autre chose en ce moment. Il songeait à cette personne qu'il avait connue autrefois, semblable à la Lady qui se tenait face à lui. Il ne souhaitait pas que leurs destins se confondent. Il n'en fit pas mention à Héloïse. « Voilà longtemps que nous sommes partis de notre côté. Nous devrions rejoindre le groupe. Je crains que la Marquise ne nous suive jamais jusque-là. » Un léger sourire malicieux para ses lèvres, signe de sa moquerie. Ils prirent le chemin inverse pour revenir sur leurs pas. Quand ils retrouvèrent Boldwood et Dewitt, ces deux derniers n'avaient pas bougé d'un pouce. « Ah ! Vous voilà enfin. Nous craignions de vous avoir perdus ! » s’exclama Jane en se levant de sa souche. Matthew ne put résister à l'envie de la taquiner encore. « Le plaisir aurait été immense, malgré tout, nous avons jugé bon de vous rejoindre. Le jour ne devrait plus tarder à tomber. » La Marquise eut un sourire pincé. Pour la première fois, elle ne savait comment réagir à cette provocation. Boldwood se montra soudain empressé. Il offrit son bras à Miss Bennett. « Oui, rentrons. » Étrangement, il aurait souhaité que ce soit à son bras que la demoiselle s'accroche, mais il n'en laissa rien paraître. Ils partirent ainsi, Dewitt s’emparant du bras du Duc.

***


Les conversations emplissaient les lieux dans un bruissement feutré. Tout n'était qu'enchevêtrement de belles toilettes, de plumes, de gants, de redingotes, de chapeaux et de châles ouvragés. Les femmes étaient parées de leurs plus beaux atours et plus fardées que d'ordinaire. Les hommes s'étaient vêtus pour l'occasion, portant des costumes magnifiquement bien taillés. L'air se partageait entre les odeurs de cigares, de fragrances féminines et de Brandy. En arrivant au théâtre ce soir-là, McGregor n'avait pas trouvé la compagnie de ses compagnons tout de suite. Il avait été contraint d'entretenir la conversation avec des connaissances de Londres, se pliant aux convenances. Et tandis qu'il était en train d'échanger avec un riche membre de la Chambre des Lords d'Angleterre, son regard embrassa la foule qui se massait dans la grande salle du théâtre. Ce fut là qu'il la vit. Il en oublia sa conversation et la compagnie des autres. Il n'avait d'yeux que pour cette nouvelle venue qui faisait s'interrompre son cœur pour repartir de plus belle. Elle brillait au sein de cette assemblée par sa simplicité délicate et sa grâce naturelle. Son regard d’ingénue semblait perdu, mais ses prunelles scintillaient de contempler la beauté de ces lieux. Il quitta le groupe pour s'approcher de la Lady encore seule pour l'heure. « Miss Bennett, vous êtes… » - « Vous êtes plus splendide chaque jour qui passe, Miss Bennett ! Vous êtes éblouissante ! » coupa Boldwood en arrivant brusquement près du duo. McGregor ne chercha pas à poursuivre. « Vous ne trouvez pas, McGregor ? » Voilà qu'il était désormais pris à parti. L'amertume l'habitait quelque peu, se métamorphosant en froideur. « Oui, c'est possible. » Il se sentait idiot d'agir ainsi, mais il ne pouvait s'en empêcher. Son amertume le tenaillait trop. « Êtes-vous impatiente pour ce soir ? Ce doit être votre premier opéra ! » demanda le Comte, prenant possession de la conversation et de l'attention de miss Bennett par la même occasion.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Jeu 17 Aoû - 20:16

Elle n’avait pas fait attention aux racines se trouvant sur son chemin. Elle s’était perdue dans la contemplation de ce visage lui faisant des ravages au sein de son âme et de son cœur. La jeune fille se contentait d’observer, de savourer en sachant qu’il était, de toutes les manières possibles, inaccessible. Héloïse était naïve, certes. Mais elle n’était pas dupe. Elle avait vite compris qu’à trop s’attacher, les plates-bandes de Jane Dewitt finiraient par être franchies. Ce dont elle ne souhaitait guère. Et dont elle s’estimait être peu à la hauteur. Après tout, le Duc demeurait, aux premiers abords, un homme froid et fort intriguant. De sa froideur, elle ne s’en formalisait peu. Elle était ainsi, Héloïse ne demandait pas plus que ce que l’autre pouvait donner. L’âme humaine se révélait si étrange parfois, et la brune avait un trop grand cœur pour oser s’offusquer des attitudes des uns et des autres. Elle prenait ce qu'on lui offrait. Une délicate parole. Un sourire furtif. Rien n'était pas assez bien pour cette nature généreuse et spontanée. Héloïse évoluait depuis peu avec le sentiment que sa vie n'était qu'une formidable aventure, qu'un prince devait probablement l'attendre quelque part. Son esprit romantique ne pouvait s'empêcher d'admettre qu'il pouvait se trouver à ses côtés. Mais l'aura de Jane persistait. Menaçante. Et terrifiante à ses yeux. La jeune fille préférait balayer toutes ces pensées impures admettant qu'il valait mieux rester sagement dans son coin et continuer à profiter de chaque seconde de cette existence. Elle s'admettait chanceuse. Issue de la campagne. Sans une quelconque connaissance dans le milieu mondain. Voilà qu'elle évoluait parmi des personnages illustres, tellement plus importants qu'elle. Et ça, Héloïse ne tenait pas à le gâcher. Ce n'est pas ce que Mère souhaitait en l'envoyant à Londres. Aussi, prenait-elle garde à chacune de ces paroles quand bien même, la Lady n'avait pas besoin d'émettre le moindre effort. Sa gentillesse et son innocence faisaient le reste. Et quand bien même, les choses semblaient se précipiter, ce n'était, hélas, pas de son fait. Pourtant, c'est contre le Duc qu'elle se retrouva avachie, après s'être pris le pied dans cette racine. Situation ô combien fâcheuse, elle se sentait terriblement gênée et tétanisée par les yeux clairs du Duc. Elle aurait dû se redresse, s'excuser mais elle n'y arrivait pas. Elle se sentait confuse et à la fois attirée comme un aimant par cet homme. Le palpitant pulsait comme un fou, à en perdre raison. Et seule la voix de l'homme lui permit de reprendre contenance, d'arriver à ciller, d'arriver à respirer. « Non... Je n'ai rien... J'ai juste eu... » Les mots lui manquèrent ou alors était-elle en train de perdre la tête, de se perdre dans un très beau rêve. Un rêve où il lui paraissait tellement proche et où la distance ne devait pas être rompue. Mais le charme se rompit très vite. La voix de Jane paraissait résonner dans sa tête. Et la jeune fille se sentit rouge tout en se redressant maladroitement, ayant besoin de l'appui du Duc contre elle. Et c'est ainsi que la proximité cessa au profit d'un silence gêné. « Je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses, votre Grace. Me voilà fort empotée aujourd'hui. » Et elle inclina délicatement la tête, la figure toujours aussi rouge comme une tomate. Les Dieux étaient tolérants et Héloïse se félicitait de ne pas être en compagnie de Jane et Boldwood. Certainement l'auront-ils blâmé ou moqué ? Et elle ne tenait pas à perdre ses nouveaux amis. Et visiblement le Duc ne semblait pas lui en vouloir. Au contraire, il crut bon de lui rappeler de prendre garde à ces chemins et ce danger résidant partout. Mais cette fois-ci, sa voix paraissait beaucoup moins froide. Il y avait bien plus de douceur que la Lady n'avait encore jamais vu. Elle se contenta d'acquiescer tout en rougissant à nouveau « Vous avez entièrement raison, Votre Grace. À l'avenir, je prendrai garde. » Et la jeune fille resta silencieuse, encore bien gênée par son comportement. Que pouvait-il penser sincèrement d'une telle stupidité ? Pourtant, elle ne pouvait nier les battements de son coeur, d'entendre encore cette voix résonner comme elle ne l'avait jamais ouï auparavant. Et ses pensées s'égarèrent sur ce seul souvenir jusqu'à ce que le Duc ne brisa le silence pour émettre une nouvelle mise en garde. Cette fois-ci, il n'était pas question de racines. L'avertissement paraissait sérieux et il concernait visiblement les personnes l'entourant. Cependant, que pouvait comprendre une âme innocente n'ayant jamais connu un seul brin de méchanceté ? Héloïse ne perçut pas où le Duc souhaitait en venir ? Elle ne comprit pas dans l'immédiat qu'il s'agissait de faire attention à Jane, que sa nature n'était pas aussi vraie. La douce enfant était persuadée de la bonté de son amie. Tout comme, elle restait convaincue que le Duc ne pouvait qu'être animé de bonnes intentions. Aussi, elle resta polie, touchée par l'attention de ce compagnon de marche. « Je vous remercie de vos conseils, votre Grace. Je saurai en tirer un enseignement et en faire bon usage. » Quand bien même, elle ignorait de quoi il en retournait. Elle était si heureuse, pourquoi donc se méfier ? Son sourire témoignait de cette innocence la caractérisant. Les conseils étaient avisés mais elle ne connaissait rien à la fourberie et la méchanceté. Aussi, elle se contente d'être enthousiaste à l'idée de retrouver la Marquise et le Comte, reprenant le chemin inverse. Elle maintint son sourire sur ses lèvres y compris face à la moquerie du Duc. « L'air de Londres ne sera jamais autant vivifiant que dans cette campagne. On bouge beaucoup mais le coeur s'essouffle vite. » Et s'emballait vite songea-t-elle tandis qu'ils avancèrent d'un bon pas, retrouvant bien vite leurs amis. Elle ne tint pas compte du courroux difficilement dissimulé par la Marquise, et lorsqu’elle monta dans le fiacre. A nouveau, son regard se perdit dans la vaste étendue de ces paysages campagnards, se rappelant au seul souvenir de ce cœur battant contre le sien, à un rythme effréné.

***

La main pâle et délicate de sa sœur continua d'assembler les dernières parures de la coiffure d'Héloïse. Ce soir, un opéra avait lieu et elle avait été invitée par le Comte. L'invitation l'avait mise dans une joie immense et durant tout la journée, la jeune fille ne cessa de courir dans tous les sens, de sentir son cœur à l'idée de les revoir, et plus particulièrement le Duc. Depuis, leur dernière promenade, peu de temps s'était écoulé mais pour la brune, c'était affreusement long. Aussi, lorsque le jour J arriva, elle ne tenait plus en place sous le regard amusé et attendri de sa sœur. Cette dernière l'avait habillée avec un soin particulier, sortant une jolie robe aux ornements de couleur lavande. La blancheur du tissu faisait ressortir la pâleur de sa peau et ses yeux paraissaient plus brillants qu'à l'accoutumée. Elle était en beauté comme si la vie à Londres paraissait la grandir. Et ce fut toute intimidée qu'elle se fit amener par l'attelage de sa soeur. Elle était seule et face à l'immense bâtisse que pouvait être l'opéra, Héloïse était plus qu'intimidée. Mais elle s'arma de courage et entra donc dans le lieu, cherchant un visage connu lorsqu'elle repéra bien vite le Duc. 
Comme à chaque fois, son cœur fit un bond dans sa poitrine, s'envolant comme une nuée de papillons tandis qu'un sourire flotta immédiatement sur son visage. Ses pieds la portèrent vers lui, et déjà il avançait vers elle comme le plus beau des instants à lire dans un roman. Elle était heureuse de ces retrouvailles. Mais le Comte apparut si vite et la pauvre enfant se retrouva bien vite face aux deux hommes. La rougeur apparut sur son visage face aux compliments du Comte. Il était bruyant mais elle ne put s'empêcher d'en rire. « Je suis si ravie de vous revoir mes chers amis. Mais je ne peux m'empêcher de constater que la Marquise nous fait encore défaut. Elle ne devrait pas tarder certainement. » Elle observa les deux hommes d'un air radieux, se sentant si jolie ce soir. « Et vous, comment allez-vous ce soir ? Je suis si impatiente ! » Son rire retentit dans l'assemblée, et elle s'empressa de répondre à la question soulevée. « Vous avez raison, c’est bien mon tout premier opéra. Alors, j’admets en être toute retournée. » Et Dieu qu’elle était impatiente. Son regard se perdit parmi les invités, illustres personnages qu’elle ne connaissait pas. Mais l’exploration fut vite interrompue par l’arrivée tapageuse de Jane Dewitt. Elle était en beauté ce soir et la Lady n’en fut qu’encore plus émerveillée. « Votre toilette si est belle. » Son regard brillait tendrement. Et les quelques paroles courtoises échangées, furent vite interrompues par l’appel pour venir prendre place. Le spectacle allait bientôt commencer. Héloïse suivit le trio devant elle, évitant de se cogner dans une autre personne, prenant garde à ne pas abîmer sa robe. Puis, ils arrivèrent au petit salon les menant à la scène. Et le dilemme s’imposa bien vite quant au choix des places. La marquise tenait absolument à avoir le Comte et le Duc entre elle. Et la Lady ne fit qu’acquiescer, prenant place où on le lui disait. Sans doute dans l’esprit de Jane était-ce une manière d’attirer l’attention et de laisser Héloïse de côté. L’esprit féminin se révélait parfois étriqué et Jane Dewitt semblait croire que que le Duc mettait mal à l’aise la brune. Pourtant, cette dernière ne broncha pas. Au contraire, son cœur s’emballait déjà comme un fou furieux à l’idée de se trouver à côté de lui. Le silence l’enveloppait, et avec le bruit des conversations environnantes, la jeune fille avait du mal à entendre ce que son amie disait. Pourtant, elle n’essaya pas d’interrompre, se contentant de prendre les jumelles permettant de voir la scène du balcon haut où ils se trouvaient. « Êtes-vous un fervent admirateur d’opéra, votre Grace ? » Demanda-t-elle au Duc avec un sourire léger sur les lèvres. Mais la voix de la Marquise résonnant en lieu et place du Duc « Votre Grace, il faut que je vous raconte absolument qui j’ai rencontré la veille. Vous n’allez jamais me croire ! » Héloïse perdit bien vite le fil de la conversation, ennuyée d’avoir été interrompue de la sorte. Elle ne trouvait pas cette attitude correcte mais le caractère fort de Jane avait eu raison de sa nature délicate. Elle s’en accommodait, croyant à l’amitié et ne se remémorant pas les paroles avisées du Duc. A vrai dire, elle était bien trop innocente pour le comprendre. Et les lumières s’éteignirent tout à coup et l’opéra commença. C’était une découverte pour elle et c’était bien la première fois qu’un chant lyrique résonnait à ses oreilles. Bien sûr, sa sœur Madeleine chantait divinement bien. Mais c’était moins bouleversant. Et les frissons la parcoururent de mille pointes tandis que sa bouche s’entrouvrit. L’émerveillement se lisait sur son visage. Elle était subjuguée par la beauté de l’histoire, par le chant si beau, si bouleversant. Malgré cela, elle entendait le murmure incessant de la Marquise en grande conversation avec le Comte, ce qui l’agaça. Comment pouvait-on outrepasser une telle beauté ? Elle jeta un coup d’œil au Duc et fut satisfaite de voir qu’il regardait la scène avec attention. Ce fut bref, car elle ne tenait pas à ce qui la découvre en train de le contempler. Et puis, de toute façon, elle se retrouva bien vite prise par les décors, par la tragédie de cette histoire d’amour impossible. Il y vint un moment où l’auditoire craignit pour la vie du héros et la Lady ne put s’empêcher de sursauter d’effroi à l’idée que le personnage principal puisse ne jamais retrouver son aimée, qui l’attendait. Les larmes lui vinrent aux yeux tant elle se sentait imprégnée de l’histoire, qu’elle ne remarqua pas le geste tendre qu’elle effectua envers le duc. Ses bras étaient posés sur l’accoudoir et sa main pendant mollement à son extrémité, un peu comme elle. Une proximité qui sembla l’appeler et plusieurs fois, ses doigts frôlèrent ceux du Duc. Mais elle n’y prenait pas garde, perdue dans cette histoire d’amour. Si bien, qu’à la fin, ses doigts s’entrelacèrent aux siens, témoignage d’une douce tendresse envers le Duc. Comme si à travers ce geste, Héloïse revivait le destin tragique d’une histoire d’amour impossible.

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Vice et Versa :: J'ignore de le savoir :: Des fois, t’as pas un peu envie de pas rien faire ? :: Et si... les choses avaient été différentes?-