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 « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥

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TEAM HARRY
Matthew McGregor
TEAM HARRY
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Ven 23 Mar - 14:36

Le Duc ne parvenait à s’expliquer pourquoi les larmes de la Lady ébranlaient autant son âme. D’ordinaire, il n’était pas célèbre pour des excès d’une quelconque sensiblerie ; ce qui ne l’éloignait pas pour autant d’une certaine empathie. Il savait tendre la main vers son prochain quand il le jugeait nécessaire et juste. Cependant, il était rare que les sentiments d’une autre personne viennent moduler les siens d’une manière aussi profonde. Comment un petit bout de femme comme Héloïse Bennett parvenait-elle à créer une telle tempête dans sa poitrine ? Il se sentait désœuvré et impuissant face à la détresse de la jeune femme. Les larmes des dames l’avaient toujours pris au dépourvu, quand bien même elles appartenaient à ses sœurs qu’ils chérissaient tant. Cette douleur qui enflait dans les veines d’Héloïse se communiquait à lui d’une manière inédite. De ce brusque chagrin, le Duc y voyait l’écho d’un épisode précédent. L’inquiétude alourdissait les traits si fins de ce visage gracieux, tout comme ce fameux soir à l’opéra. Quelque chose l’avait fait fuir, pourchassée par un monstre menaçant dont il ne parvenait à définir les contours. Aujourd’hui, ce n’était plus le théâtre dont elle voulait s’échapper, mais bien de Northanger Abbey. Il n’était pas homme à se froisser d’un prompt départ. Son orgueil ne souffrait que de peu d’insultes. Mais présentement, nulle question d’égo. Quand Héloïse annonça son malheur d’être ici, ce fut son cœur qui cria. « Ne bridez pas vos paroles. Je vous en prie, parlez. » Mais la gêne l’envahissait déjà et il ne put tirer plus d’informations. L’ignorance brûlait ses entrailles. Il aurait voulu la forcer à la parole, juste pour l’entendre dire qu’il n’était pas en tort, ou confirmer ce qu’il soupçonnait en son for intérieur. Ses pensées se heurtèrent à une réalité plus effrayante. Le Comte s’était-il enhardi dans ses désirs ? S’était-il épanché de ses élans amoureux auprès de la Lady ? Le Duc jugeait que c’était encore bien trop tôt pour parler de sentiments qu’il estimait peu mûris, mais il n’était pas le meilleur rempart pour refreiner les ardeurs de Boldwood. Ce dernier était un passionné, un sanguin. Cette possibilité ne résonnait pourtant pas avec autant de vérité dans l’esprit du lord. A la place, le visage de Jane s’inscrivit en lui. Le Duc n’ignorait pas qu’elle était une amie chère du Comte et qu’elle avait à cœur ses intérêts. De plus, elle se proclamait adroite entremetteuse, bien que la formule ne soit pas vraie. Aurait-elle fait germer l’idée d’une union dans l’esprit de la jeune femme ? Sûrement aurait-elle appuyé ses arguments en insistant sur le fait qu’il s’agirait probablement du mariage le plus avantageux qu’elle pourrait faire. Pour une simple Lady, devenir Comtesse était un grand honneur et une rapide ascension sociale. En cela, Jane ne pouvait être portée en faux. Rien que McGregor ne cautionnait cependant.

Comprenant qu’il n’obtiendrait rien de Lady Bennett, il interrompit son interrogatoire. Il lui trouva des excuses. Celle de la fatigue, du voyage et de la marche. Autant de mensonges auxquels elle opina. Ses yeux se posèrent par hasard sur le mouchoir qu’Héloïse sortit de sa manche. Il ne reconnut le tissu qu’au blason dont il était frappé. Celui de sa maison et ses initiales. Il ne comprit pas le sentiment de satisfaction qui enroba son être. Elle avait conservé son mouchoir. Etait-ce le signe d’une quelconque inclination ? Il se racla la gorge pour reprendre contenance, niant ce signe du hasard. Sa proximité le troublait à bien des égards. Devaient-ils réellement songer à un départ ? Le Duc ne put empêcher sa question qui le torturait. Voulait-elle s’en aller ? Son âme se conforta de l’entendre se rebeller contre cette idée avec véhémence. Ce fut cet égarement dans ses mots qui provoqua enfin sa sincérité. Elle évoqua en premier des personnalités fortes qui demeuraient entre ces murs. Face à la nature douce et délicate d’Héloïse, il pouvait déjà les désigner tous trois. Ils envahissaient l’espace, étouffant la présence de la jeune femme. Ah ! Et pourtant, comme elle brillait au milieu de ces esprits extravagants, frivoles et assumés. Sa douceur emportait d’un seul coup de vent les fantaisies de la Marquise. De sa réserve, elle ne devait pas rougir. Car, contrairement à ce que Matthew avait pu penser à leur première rencontre, elle était loin d’être sotte. Entre ses doigts, tout s’inondait de lumières et devenait merveille. Et autant qu’il était troublé par son contact léger contre son buste, autant il se sentait serein. Elle détenait un étrange pouvoir sur lui qu’il ne comprenait pas encore très bien. « Je serai le gardien de vos secrets, Miss Bennett. » Il souriait déjà de ce qu’elle allait bien pouvoir lui révéler. Non pas qu’il se moquait. Il la trouvait singulièrement adorable. Matthew ne parvint pas tenir sa promesse de ne pas rire quand il apprit qu’elle était effrayée par la Marquise. Forcément, cela prêtait à rire. Il n’y avait rien de moqueur dans son rire, mais il s’amusait qu’elle provoque cette émotion chez des natures plus sensibles. Lui, il n’était guère impressionné des moindres fantaisies de Jane, ou de ses excès qui en déstabilisaient plus d’un. Il était habitué à ses frasques. « Veuillez m’excuser. Croyez bien que je ne ris pas de vous. Je ne me le permettrais pas. » Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas ri. De manière franche et spontanée. « N’ayez aucune crainte, Miss Bennett. Dewitt est mon amie, mais je ne me fais aucune illusion sur sa nature et son caractère. Elle fait partie de ces choses extravagantes en ce monde. » C’était plutôt lui qui aurait dû se trouver affreux en formulant cette pensée, toutefois, l’image qu’il avait d’elle était bien claire. Jane s’affichait par ce qu’elle renvoyait, brillant par sa toilette, la beauté de son visage et de son port altier. A ne vouloir que se distinguer par son apparence, le Duc ne voyait aucune différence avec un objet. Elle s’exhibait comme une chose jolie. « Vous ne devriez pas rougir de prendre moins de place que la Marquise. Elle envahit l’espace par pure vanité. Que lui reste-t-il après quelques répliques bien senties et une toilette chatoyante ? Vous brillez par votre intelligence et la discrétion du cœur si bon qui est le vôtre. Vous existez, Miss Bennett. D’une autre manière, mais vous existez. » Elle existait en lui. Dans chaque fibre de son être. Dans chacune de ses pensées. Dans chacun de ses instants. Dans son cœur. Dans son âme. Dans ses veines. Et dans ses souffles. Elle était présente partout, comme des projections démultipliées au travers d’un diamant brut. Tirant sur les rennes de sa monture, il détourna la trajectoire de son cheval, éloignant l’imposante demeure. « Nous n’allons pas rentrer immédiatement. Je ne voudrais pas vous perdre au milieu de ces personnalités si fortes. » Il lui adressa un sourire complice. L’idée avait germé dans l’esprit du Duc. Il désirait lui montrer un lieu bien particulier. « Accrochez-vous mieux à moi. » Il accéléra l’allure de la chevauchée, forçant la demoiselle à se rapprocher de lui. Il pouvait sentir la chaleur de son corps au travers de ses vêtements, humer les délicates fragrances de sa chevelure et de sa peau. Son cœur battait au rythme de la cavalcade légère, camouflant son émoi. Leur course les enfonçait sous le couvert des arbres, masquant le temps qui s’ombrageait. Après quelques temps, il ralentit l’allure. Les troncs s’effaçaient, dégageant le paysage vers le bord d’une petite falaise. Arrivés tout proches, ils pouvaient contempler l’étendue du domaine, les paysages qui s’étalaient au loin, verdoyants, riches… Ces champs, ces plaines et ces fleurs se dessinaient dans un tableau époustouflant. « Cela vous plaît ? » Il l’avait presque murmuré, son souffle si proche de son oreille. Il descendit de sa monture quand il l’eut immobilisé, portant assistance à la Lady pour lui faire regagner terre. De la tenir brièvement dans ses bras, il lui vint la pulsion de ne pas la lâcher, de la garder contre soi. Il lui rendit pourtant sa liberté, s’accrochant aux beautés de l’horizon. Un silence contemplatif les cueillit. Il semblait que rien ne pourrait troubler ce moment de grâce. Jamais il n’avait partagé cette vue avec quiconque. Egaré dans ses pensées, il perça la quiétude du silence. « Vous êtes une bien étrange personne, Miss Bennett. Quelquefois, je me dis que vous n’êtes pas taillée pour ce monde… » Ses prunelles quittèrent la beauté du paysage pour trouver un doux rivage sur le visage d’Héloïse. Nulle comparaison avec cette vision époustouflante. Elle était si belle. « Et en même temps, vous lui faites du bien. »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Dim 22 Avr - 22:42

Elle était confuse de parler ainsi. Gênée d’oser émettre de tels propos à l’encontre de la Marquise. Après tout, cette dernière avait eu le cœur bon à son égard. Elle avait preuve de courtoisie et de générosité en la laissant entrer dans cet univers londonien, d’ordinaire assez fermé. Aussi, se sentait-elle être une personne affreuse en avouant qu’elle était effrayée de Jane. Pourtant, c’était bien le sentiment qu’elle ressentait. Héloïse étouffait un peu plus, prise par l’étau d’une emprise qu’elle ne savait gérer. L’épée de Damoclès résidait au-dessus d’elle, prête à tomber et ça, elle en avait terriblement peur. Que pourrait-elle répondre lorsque le Comte ferait sa demande ? Il était certain qu’elle ne voulait pas d’une vie sans amour, si fade et tellement peu chaleureuse. Elle ne voulait pas vivre aux côtés de la sympathie. Au contraire, elle souhaitait connaître le battement d’un cœur désordonné, la frénésie du désir de l’autre. Ces choses qu’elle découvrait au gré de sa lecture. La Lady était si naïve, si pure dans ses pensées. L’amour devait se ressentir avec une passion démesurée. Et pourtant, elle savait qu’elle ne pouvait se refuser la main tendue du Comte. Si détestable qu’elle paraissait être, cette vérité lui faisait comprendre qu’elle ne pouvait lutter contre ces conventions, contre ce statut d’être une femme. Et par-dessus tout, elle ne souhaitait pas déshonorer sa famille. Les ragots auraient vite atteints les contrées de son village, laissant entendre que la fille Bennett avait refusé la plus prestigieuse des demandes en mariage. Il était certain que Monsieur Bennett en serait fort contrarié. Aussi, la situation était là. Difficile à admettre. Difficile à raconter aussi. D’autant plus qu’elle était sincère en avouant être effrayée de Jane. La réaction du Duc ne l’étonna guère. « Vous riez ! » S’insurgea-t-elle gentiment, son sourire contredisant cette réaction première. Il était surpris et amusé d’un tel aveu. C’était ridicule en soi, elle avait conscience. Mais dans son esprit innocent, elle ne pouvait pas lui masquer complètement la vérité. Et elle s’évertua à expliquer en quoi la Marquise pouvait se montrer ô combien envahissante et exigeante. Son visage était envahi par cette rougeur délicate commune aux filles Bennett. Elle pouvait presque se mettre à bégayer, cependant, tant les mots avaient ce besoin impérieux de franchir ses lèvres. Il fallait qu’elle le dise. Il fallait qu’elle sache. Et au fond d’elle, Héloïse s’en sentie soulagée. Parce qu’il fut gentil à son encontre. Parce qu’il employa des mots qui la firent se troubler un peu plus. Il fallait qu’elle existe… Que pouvait-elle y comprendre ? Tant de choses à vrai dire. Il y avait une part de vérité. Elle pouvait le faire et au travers des yeux d’un autre. Mais il pouvait y en avoir qu’un seul. Ce n’était pas le Comte. Ça ne le serait jamais. Pourtant, elle savait aussi que d’une manière ou d’une autre, sa place devrait se trouver. Au côté du Comte. D’un autre. Ou bien de… « Votre Grâce… Ces mots me sont si réconfortants. Ils sont emplis de vérité également. Parce qu’au-delà de ce domaine, notre monde est ainsi… Telle la pièce que nous allons voir, il y a une place dans laquelle s’asseoir… » Elle secoua doucement la tête se perdant dans le fil incessant de ses pensées. « Je suis juste incapable de savoir où est la mienne. » Finit-elle par dire, son esprit se centrant sur la Marquise et sa faculté à évanouir tout ce qui se trouvait autour d’elle. Et dire qu'elle aurait aimé que sa place fut à côté de la sienne.

Comment interpréta-t-il ses paroles ? Elle ne le sut. Mais elle n’eut pas le temps de réagir que le Duc l’éloigna déjà de l’immense maison. Elle eut juste le temps d’apercevoir un éclat orangé devant l’entrée de la demeure. Un reflet du soleil sans doute. Elle ne le sut guère et ce halo s’éteignit au passage d’un nuage, tandis que le Duc éperonnait sa monture, lui faisant faire demi-tour, partant au grand galop. Elle n’eut même pas le temps de mesurer la portée de ses paroles lorsqu’il la convia à mieux s’accrocher. De toute façon, ce fut instinctif face à la nouvelle vitesse. Elle s’agrippa du mieux qu’elle put, troublée par l’odeur du Duc, le battement de son palpitant qu’elle sentait contre sa peau. La rougeur était plus que présente, son cœur battant la chamade. Néanmoins, elle en demeurait ravie de pouvoir encore profiter de sa compagnie. Et la chevauchée lui parut si courte lorsqu’il s’arrêta au pied d’une falaise, surplombant le domaine et des champs à perte de vue. N’apercevant pas combien le ciel se couvrait, la Lady fut émerveillée par la beauté de ce qu’elle voyait, frissonnant lorsqu’il murmura à son oreille si ceci lui plaisait. Tournant le visage vers la source de la voix, elle n’eut guère la possibilité de s’apercevoir qu’ils étaient si proches l’un de l’autre. Le Duc descendit agilement de son cheval, et l’aida à en faire de même. Encore une fois, la proximité de son être augmenta toute l’affection qu’elle lui portait, lui qui paraissait si froid et renfermé. Héloïse ne savait plus trop où donner de la tête, se décider à savoir ce qui était le plus beau à regarder. Le paysage ou cet homme, qui observait la beauté de ce monde, révélant ce qu’il pensait d’elle, de ce qu’elle pouvait lui apporter. La Lady en fut émue, n’osant rien dire et observant le Duc de ses yeux brillants. Si elle avait pu laisser libre à ses sentiments, elle se serait probablement blottie au creux de ses bras, écoutant le battement si doux de son cœur. Mais elle avait tant de réserves qu’elle resta immobile, les mots dépassant alors ses pensées. « Vous usez de tant de gentillesse à mon égard… Que je me sens en confiance à vos côtés. Il y aurait tant de choses à vous dire… Et c’est là tout ce que je ne ressens pas avec… » Elle se tut, prenant une inspiration osant révéler ce qui la tourmentait tant. « La Marquise m’a laissé comprendre que le Comte souhaitait demander ma main… » Elle inspira profondément, baissant alors les yeux et observant ses mains liées entre elles, destiné à faire taire le tremblement dont elle était traversée de parts et d’autres. « Mais je ne sais que penser à vrai dire…C’est si obscure pour moi, et pourtant ce sont nos mœurs actuelles… Mais une vie entière sans aucune forme d’amour est pour moi quelque chose d’impossible… Je ne pourrais jamais accepter une telle chose. » Et pourtant, elle le devait, pour éviter toute honte portée à sa famille. A moins que l’amour même puisse être le sauveur de son propre destin. Hélas, elle s’aventurait dans un terrain bien trop glissant pour s’imaginer que tout sentiment puisse être partagé. Elle osa lever son regard clair pour observer le visage du Duc. Que pouvait-il comprendre dans ce qu’elle lui disait ? « Et il me sera aussi impossible de vivre sans être auprès de celui que mon cœur a choisi, son absence me sera ô combien difficile, et jamais le Comte ne pourra réussir à combler un tel vide. Parce qu’il me sera impossible d’oublier ce que le regard peut avoir à contempler dans son sillage… » Parce que d’une certaine manière, si elle disait oui au Comte, elle le verrait constamment. Elle n’aurait alors que les yeux pour pleurer, les souvenirs pour se remémorer le courage qu’elle n’avait pas eu lorsqu’il avait fallu dire explicitement cette terrible vérité.
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TEAM HARRY
Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Dim 29 Juil - 16:52

Le Duc ne se considérait pas comme quelqu’un de foncièrement bon. Il était le produit d'une éducation qui avait su le rendre droit, juste, gentleman, travailleur et observateur. Les années et ses expériences avaient su le modifier d'une certaine manière. Il n'accordait pas sa confiance si aisément, il ne se faisait plus un devoir de paraître si aimable en toutes les compagnies, il ne cherchait plus l'assentiment de ses pairs, il ne se livrait plus au sentiment de l'amour avec autant de légèreté qu'autrefois. La vie, les épreuves, les devoirs l'avaient façonnés autrement, avaient érigé des barrières autour de son âme et de son cœur. Il n'était pas chose aisée d'obtenir sa confiance, son estime, ou mieux encore, son affection. Jane s'y échinait depuis tant d'années sans succès. Rares étaient ses amis. Et puis dans ce ciel inaccessible, il y avait Héloïse Bennett. Une créature si singulière que Matthew McGregor n'était pas en mesure d'identifier les sentiments qui enflaient au creux de lui. Ce n'était rien de ce qu'il avait pu connaître autrefois. Cela s'inscrivait dans quelque chose de plus grand, de plus pur, de plus puissant, de plus fort, à tel point qu'il s'en étourdissait et qu'il s'en effrayait. En homme de raison, il préférait se convaincre que ce besoin constant d'être auprès d'elle et de la protéger n'était que le résultat d'une affection qu'il vouait également à ses sœurs. Aussi, était-il sourd aux battements effrénés de son cœur quand le rire de la lady tintait dans la brise. Aussi était-il aveugle au frémissement qui le dévorait quand sa peau frôlait pudiquement la sienne. Aussi ne déduisait-il rien de cette chaleur si particulière qui l'envahissait dès qu'Héloïse se trouvait dans son sillage. Il faisait taire la fureur discrète des sentiments qui fleurissaient en lui, cette sensation désagréable qui le démangeait dès que Boldwood lui parlait d'elle en des termes badins ou la douleur qu'il vivait à la savoir malheureuse. De son chagrin, il voulait en connaître toutes les fissures, les aspérités, les brèches et les nuances. Il lui fallait savoir pour mieux la protéger de ce mal qui grandissait au creux de sa poitrine. Un mal-être qu’il voyait transparaître à travers ses yeux humides, l’inquiétude sur son visage gracieux, la nervosité qui transperçaient ses mains et dont il craignait d’être la cause. Non pas qu’il songeait lui avoir fait grand tort, mais elle était pareil à une fleur fragile et délicate qu’un moindre souffle de vent pouvait abîmer. Sauf que la raison était toute autre. Héloïse Bennett ne se sentait pas à sa place au sein de ce groupe si singulier. Si le Duc reconnaissait volontiers que le Comte Boldwood et la Marquise Dewitt demeuraient de fortes personnalités difficiles à éclipser, leur tempérament ne faisait pas pâlir la nature de la jeune femme. Bien au contraire. D’instinct, il lui offrit des mots qu’il ne donnait qu’en de rares occasions, économe qu’il était de sa sincérité. Réprimant un sourire, il eut le plaisir de constater que cela lui faisait du bien ; et à lui-même par la même occasion.

L’idée avait germé dans l’esprit du Duc McGregor. Autrefois, ce lieu était le spectateur de ses premiers émois, puis le linceul de ses plus beaux souvenirs, jusqu’à ce qu’il ne devienne un triste lieu de pèlerinage. Le temps avait fait son œuvre jusqu’à ce que le jeune homme ne puisse plus supporter cette vue d’une beauté surréaliste du paysage et de ses terres. Pour la première fois toutefois, tandis qu’il observait Héloïse découvrir les lumières de ce lieu enchanteur, il n’éprouvait plus ce chagrin persistant dans son cœur. A croire qu’elle éclipsait tous les malheurs de ce monde par un simple sourire, une brève parole, un regard si profond de son regard pâle. Il sentit son cœur s’emballer à ses paroles. Ce qu’elle ressentait pour qui ? Mais le Duc n’eut pas le temps de se poser plus longtemps la question qu’elle annonçait des soupçons qu’il détenait depuis quelques temps déjà. Le Comte Boldwood n’avait jamais caché à son ami qu’il possédait des inclinations certaines pour la jeune lady. La Marquise ne pouvait être aveugle à son affection, et il soupçonnait même qu’ils fomentaient ensembles quelques complots pour que Miss Bennett succombe aux charmes du Comte. Il ne pensait juste pas que la chose serait si soudaine et que la jeune fille serait au courant si vite de cette entreprise. A cet instant, Matthew comprit l’origine de son tourment. Quelque chose en lui s’anima, tel un feu ardent qu’il s’appliqua de toutes ses forces à étouffer et éteindre. Tant de sentiments qu’il ne se permettait pas de ressentir, tant d’émois auxquels il se rendait sourd, tant de jalousie à laquelle il était aveugle. Tout ceci au nom d’une culpabilité qui ne mourrait jamais en son for intérieur. Il ne se sentit pas perdre son souffle à ses paroles qui le bouleversaient plus que jamais. Qu’aurait-il dû comprendre à cette déclaration au voile si fin que l’évidence perçait à travers comme un soleil ardent ? Pourtant, le Duc décida de rester aveugle à ce que le cœur d’Héloïse hurlait avec tant de clarté. Une telle passion défierait la bienséance et la raison. Et son âme, plutôt que de demeurer lucide, se persuada que cet amour si évident dans le regard de la jeune fille était destiné à un autre. « L’amour est un comme un oiseau rare, Miss Bennett. Une fois que vous l’avez rencontré, vous vous rendez compte combien il a autant besoin d’être protégé qu’il n’a besoin de sa liberté. » Le regard du Duc s’était perdu au loin, contemplant ces étendues infinies. Les mariages arrangés faisaient partis intégrantes des mœurs, et surtout, les mariages de raison. L’amour était un facteur secondaire. Une sorte de bonne chance du hasard. « Je ne pourrai me porter juge de cette affaire qui ébranle votre cœur, mais je pourrai vous dire une chose. Il ne tient qu’à vous de savoir si vous désirez voir cet oiseau voler dans votre ciel, ou si vous souhaitez le maintenir en cage et qu’il dépérisse lentement. » Les souvenirs rejaillirent dans l’esprit de l’aristocrate, encore vifs et douloureux. « Votre cœur est encore jeune et plein d’espoir. Ne gâtez pas votre nature par quelques engagements dépourvus d’amour… Néanmoins, je ne peux que vous entretenir dans l’idée que mon ami Boldwood n’est pas uniquement un bon parti, il est un homme charmant et attentionné. Il ferait un excellent époux. » Il se parjurait en affirmant de telles choses. S’il ne pouvait porter son ami en faux, il ne la voulait pas les bras du Comte. Son esprit s’éloigna un peu plus, comme une feuille emportée par le vent. «J’ai aimé autrefois, miss Bennett. Il n’y a pas de sentiment plus beau que d’aimer et de l’être en retour. Hélas, le destin me l’a retirée à quelque temps de notre mariage. La maladie l’a emportée. De la douleur qu’il m’en reste aujourd’hui, je n’en regrette pourtant rien et je bénie le ciel de l’avoir posée sur ma route. Car même si mon cœur est asséché et froid aujourd’hui, il aura connu ce sentiment si pur au moins une fois... » Ses prunelles claires s’accrochèrent à celles de la lady. Il esquissa un triste sourire. « Si votre cœur appartient déjà à un autre, restez-y attaché. Conservez cette chance d’aimer, et ce, jusqu’à votre dernier souffle. » Sortant sa montre à gousset de son veston, il réalisa combien la matinée était avancée. « Miss Bennett, je crois que nous devrions rentrer à la demeure. La Marquise et le Comte pourraient s’impatienter de notre absence. » Il s’arracha à l’emprise de ce lieu enchanteur, attrapant la bride sa monture pour le ramener près d’eux, l’âme envahie de ses démons. Il hissa la jeune femme sur le cheval, prenant place juste derrière elle et ils prirent ensembles la direction de Northanger Abbey.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Sam 18 Aoû - 21:45

Elle paraissait si petite, et lui si grand. Elle paraissait si frêle, et lui si fort. Elle paraissait perdue, et lui si sûr de lui. Inaccessible au sommet de sa tour, et pourtant, c’est à lui qu’elle osait se confier, lui ouvrir son cœur et lui confier ses états d’âmes. Ce n’était pas chose aisée que de parler au Duc, la Lady réalisait combien l’exercice pouvait paraître compliqué. Elle avait du mal mais si délicate et timide qu’elle était, Héloïse prenait sur elle, osant lui révéler que son cœur était épris d’un autre, que cet Autre n’était en aucun cas Boldwood, ce qui noircissait le tableau. Elle ne se sentait pas de taille à vivre une vie sans amour, remplie de devoirs et d’obligations qu’elle ne tenait pas à appliquer. Au contraire, elle voulait vivre d’aimer, rire de contempler l’objet épris. Elle voulait sentir son cœur battre comme un fou, tant de choses que le Duc provoquait en elle. Si rassurant, si humble mais si loin. Et ça lui faisait du mal, parfois, elle se sentait perdre pied, se disant qu’il fallait peut-être agir, taper dans le vif pour cesser de souffrir. Mais se sentait-elle capable ? Oh non. Bien sûr que non… Héloïse ne se sentait pas assez forte pour oser avouer l’inavouable, elle était terrifiée que la Marquise puisse se montrer trop entreprenante. Et que pourrait-elle dire si elle apprenait que son amie avait osé déclarer son amour à son propre promis ? Tous ces comportements lui paraissaient inacceptables et elle était à deux doigts d’exploser, ne sachant pas l’attitude qui était la mieux à adopter. A ce jeu-là, Héloïse était bien faible. Et pourtant, elle sentait qu’elle avait un soutien dans les mots du Duc. Certes, le Comte était un bon parti, son mariage pouvait se révéler être inespéré, heureux bien que tout sauf amoureux. Cependant, le Duc lui dépeignait avec une pudeur désarmante ce que pouvait être son existence si elle choisissait l’amour au rang. Alors, elle se l’imaginait sa vie, à être auprès du Duc, à l’épouser, à l’aimer et à mettre au monde sa progéniture. Elle se voyait s’abreuver de longues promenades à cheval à ses côtés, à être capable de ramener du soleil dans la vie de cet homme au cœur meurtri, de lui réapprendre le gout et la saveur de l’amour, de lui rappeler que rien n’était perdu d’avance, qu’il fallait encore espérer. Elle voulut ouvrir la bouche mais il avait déjà sorti sa montre, considérant que trop de temps s’était écoulé. Elle acquiesça en silence, l’esprit en ébullition et le cœur battant la chamade. La Lady était incapable d’exprimer ce qu’elle ressentait, de mettre un mot sur ses émotions. Elle se contenta de rester silencieuse, de monter sur la monture, et de nouveau, d’éprouver cette gêne face à la proximité désarmante du Duc. Lorsque le cheval reprit une allure tranquille, trottant, que c’était plus détendu, elle osa enfin desserrer les dents. « Je … Je voudrais vous remercier pour vos conseils, votre Grâce. Vous avez toujours un mot gentil à mon égard, chose que je ne mérite absolument pas. Alors… je vous remercie. » Elle conserva le silence tandis que le toit du domaine apparaissait au loin. Ils ne tarderaient pas à arriver. C’est alors qu’elle se rappela ce qui se trouvait là-bas, ce qui les attendait. « Nous devrions rentrer séparément. Je … Enfin, la Marquise risque de désapprouver de nous voir rentrés sur la même monture. Aussi, si votre Grâce me le permet, j’aimerais pouvoir rentrer de mon côté. » L’idée était probablement la plus sensée de l’histoire. Aussi, le Duc descendit-il de sa monture avant d’aider Héloïse. Mais l’enfant gauche qu’elle était, le pied trop délicat se tordit légèrement, et de façon suffisante pour qu’elle manque tomber. Heureusement, la poigne fut bienveillante. Il la sauva, tandis qu’elle releva un regard gêné, se détachant doucement de lui. Il y avait tant contradictions en elle, la fuite, oser dire ce qu’elle avait sur le cœur. Et pourtant, l’aveu brulait les lèvres de la délicate enfant. Face aux mots prononcés par le Duc, elle se sentait une âme à savoir si sa vie s’était finie avant même de commencer. Il était agréable avec elle, il avait toujours un mot bienveillant, une pensée gentille. Néanmoins, elle se contenta de ne rien dire, bien trop intimidée. « Merci votre Grâce... Je vous souhaite de trouver quelqu’un capable de vous guérir de votre passé. Puissiez-vous pouvoir aimer à nouveau. C’est tout ce que je vous souhaite. Je prierai pour vous.  » À défaut de pouvoir être aimée d’un homme tel que le Duc, elle se contenterait de lui souhaiter le bonheur de vous. Elle continua son chemin, tandis qu’il partit de son côté. Le cœur battant fort, elle rejoignit la Marquise s’inquiétant de ne pas la voir. Elle lui trouva l’excuse d’une promenade solitaire, que Jane balaya d’un revers de main, ayant trop de choses à dire la concernant. Pour une fois, Héloïse s’en accommoda, se perdant dans ses pensées, n’ayant que le Duc en tête et ses paroles si pleines de sens. Ô comme elle aurait aimé pouvoir lui guérir son cœur... Si seulement, elle avait eu suffisamment de volonté. 


***


Les jours se suivirent et Héloïse se promenait souvent seule. Les environs étaient splendides, les jambes la menaient loin et elle n’en souffrait pas. Parfois, elle croisait le Duc, mais il était occupé par ses affaires. Ils passaient beaucoup de temps tous les quatre, les promenades étaient nombreuses mais trop courtes pour Héloïse. Les soirées étaient longues et dénuées de poésie, la Marquise ne cessant de s’accaparer l’attention. Aussi, était-elle souvent perdue dans ses pensées, se faisant reprendre pour son air distrait. Héloïse se sentait bien uniquement lorsqu’elle faussait la compagnie du Comte et de la Marquise. Souvent Boldwood protestait ainsi que Jane, mais Héloïse n’en tenait rigueur. Elle préférait le charme des bois à ces conversations insipides que les deux comparses lui offraient. Ces derniers s’étaient mis en tête d’organiser un bal masqué. Ils avaient demandé avis à la Lady mais elle n’avait su que répondre, trouvant étrange que l’idée ne vienne pas du propriétaire des lieux. Dans l’esprit fantasque de la Marquise, s’il y avait du monde, ce serait parfait pour que le Duc la demande en mariage. De même que Boldwood avait confié à la rousse qu’il demanderait la main de cette frêle créature qui ne se doutait de rien. Elle les observait faire, confortablement installée et occupée à lire un énième livre conseillé par le Duc. Elle voyait ce bal avec un œil étrange. Mais elle participa aux préparatifs, s’occupant l’esprit, ne se doutant de rien jusqu’au jour j. Jane mit un point d’honneur à l’aider à préparer sa tenue, lui conseillant une robe mettant sa silhouette en valeur, blanche. Dans l’esprit de la Marquise, il fallait qu’Héloïse soit éblouissante pour recevoir une pareille demande de la part du Comte. La pauvre enfant se laissa faire et le soir arriva où elle se trouva sans voix devant ce que Jane avait fait, quelque chose de beau, de pur. Des diamants se trouvaient dans sa chevelure, relevée en un chignon où des tresses et quelques boucles rebelles reposaient paresseusement sur son épaule. Elle se sentait intimidée mais jolie. Puis, il y avait le masque pour masque son identité et ça l’aidait. Elle le mit en retenant son souffle, puis entrant dans la salle de réception, emplie de monde. Tous étaient masqués et elle ne reconnut personne. Pourtant, elle avait expliqué à la Marquise qu’elle reconnaîtrait n’importe qui. Mais là, elle se sentait encore plus intimidée, plus perdue, ne se doutant de rien. Elle avança timidement, regardant à droite et à gauche, sans trop savoir vers qui s’adressait. Elle aurait donné cher pour reconnaître un de ses amis. À force de regarder partout, elle avait même percuté une vieille dame qui s’exclama d’une voix stridente. Elle se confondit en excuses, puis battit bien vite en retraite, se planquant dans un coin de la pièce et n’osant plus rien faire. Ce n’était décidément pas pour elle, l’inconnu l’effrayait presque. Alors, elle se décida à sortir dehors, profitant de l’air frais. Le calme qui régnait dehors et ça l’apaisait. Si le jour ne déclinait pas, elle se serait octroyée une promenade. Au lieu de cela, elle se contenta de marcher de long en large partagée entre l’envie d’aller se balader et l’envie d’entrer à l’intérieur. C’est là qu’elle se rendit compte que depuis son arrivée, elle n’était pas seule, qu’il y avait un homme. Un seul, dont elle était capable de reconnaître vêtu d’un masque ou non, lui rappelant comment elle l’avait rencontrée la toute première, fuyant ce genre de festivités. « J’aurais dû me douter que je vous trouverais ici. Vous n’appréciez pas la récepton qui se déroule dans votre propre demeure, votre Grâce ? » Dit-elle tout simplement.
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MessageSujet: Re: « Pride and Prejudice » ♥ Matthew & Héloïse ♥    Mar 21 Aoû - 20:45

Le Duc n’était pas aigri de nature, pas plus qu’il n’était né cynique et méfiant. Certes, il n’endossait pas le masque de l’ingénu, mais quelque chose au fond de lui revêtait l’habit de l’innocence. Il avait été un enfant rêveur, aventurier, passionné. A l’âge s’était mêlée la sagesse et la discipline, mais il n’en avait jamais perdu son appétit de vivre. De lourdes charges pesaient sur ses épaules mais il s’en acquittait sans se plaindre. Il n’était pas aussi juge de la perversité de l’âme humaine ou de ses manèges que maintenant. Il n’y était pas aveugle, mais ça ne détenait aucune importance. Cela ne noyait pas son ciel de nuage. Et cette existence, il l’avait aimée plus encore lorsqu’il était tombé amoureux de la belle Rose ; cet être doux et délicat. Elle représentait tout ce que son cœur désirait entre tendresse, bonté, intelligence et vertu. Il n’avait vécu qu’à travers ses yeux d’un bleu profond. Encore aujourd’hui où son regard s’était voué à la nuit, le Duc songeait qu’il ne pouvait connaître un amour égal à celui-là. Il ne lui semblait pas que l’on pouvait aimer plus sur cette terre et chérir autant. Quand la mort avait emporté Rose, quelque temps avant leur union, quelque chose s’était brisé chez le jeune homme. Une partie de lui s’en était allée avec elle, unique détentrice de son cœur et de son âme. Lui serait-il possible d’aimer à nouveau ? Matthew se convainquait que non. Son insouciance s’était évanouie dans l’amertume. Son chagrin avait tari les sources de son cœur et de son amour. Il se croyait asséché, aride, usé par cette épreuve dont il ne se remettait pas, accablé de culpabilité et fou d’injustice. A qui pouvait-il en vouloir ? Au reste du monde ? Au destin ? A Dieu lui-même ? Il ne trouvait de repos à ses lentes agonies que dans une solitude forcée que la Marquise –parmi tant d’autres- s’employait à briser par les armes de sa volonté. Pour l’heure, il n’en était pas question pour le Duc. Ce dernier n’était pas prêt à céder aux charmes d’une quelconque demoiselle, si bien faite soit-elle.
Et pourtant… C’était demeurer sourd aux élans de son cœur qui le poussaient tout droit vers Héloïse Bennett. C’était rester aveugle à la passion et au trouble qui l’animaient dès lors qu’elle se trouvait dans son sillage, qu’elle faisait battre les courbes délicates de ses cils, qu’elle distillait son parfum sur son chemin, qu’elle étirait ses lèvres délicates en un sourire ravissant, qu’elle s’exprimait avec tant de pudeur et d’insouciance auprès du Duc. Il ne demeurait pas indifférent à l’honneur qu’elle lui faisait d’être son confident et la bouche qui savait le mieux la rassurer. Il aimait ce rôle qui lui ordonnait de la protéger et de veiller sur elle. Non pas en gentleman, mais également en homme soucieux de cette âme si pure que la sienne. Mais cette passion était bien trop risquée, trop incertaine, trop effrayante pour qu’il ne l’accepte en son cœur. Il mimait l’indifférence à cette douleur qui le dévorait tout entier rien qu’en songeant que son ami Boldwood puisse unir son destin à celui d’Héloïse. De même qu’il se faisait spectateur de cette parade des sentiments alors qu’il en était l’un des acteurs principaux. Il préférait ne pas comprendre que chaque fibre de son être était terrassée par un amour qui dépassait l’entendement. Un amour irraisonné. Un amour si évident qu’il en devenait effrayant. « Ayez l’assurance que je serai toujours là pour vous, Miss Bennett. Vous n’aurez qu’à me demander. » En ami, bien que les battements effrénés de son cœur contaient une toute autre vérité. Désormais qu’ils étaient à proximité du domaine, la lady estima qu’il serait plus convenable qu’elle termine le chemin à pied. En homme de raison, il ne pouvait lui donner tort ; plus encore en connaissant la nature de la Marquise. « Ma foi, vous devez avoir raison. Je vous le permets, bien sûr. » Il mit pieds à terre, offrant son assistance à la jeune fille pour qu’elle puisse descendre. Hélas, au mauvais pas manqua de la faire tomber. Agile, le Duc la rattrapa prestement, accroissant leur proximité. Il se sentit à nouveau le trouble l’envahir et il ne s’interrompit que lorsqu’elle prit ses distances doucement. Ce fut alors qu’elle lui accorda des mots d’une bonté qu’il ne pensait pas mériter. De même qu’il ne se sentait pas capable d’aimer encore. Mais à tout cela, il n’osa pas la contredire. Il se contenta de lui accorder un sourire reconnaissant. « Je vous remercie de votre bonté, miss Bennett. Je souhaite également que votre cœur trouve la paix en dépit de la tempête qui l’anime. » Un cœur qui ne trouvait d’échappatoire entre son affection pour le Comte et un autre homme dont il ignorait tout. Ainsi, sur ses paroles sincères, il la laissa partir, contemplant trop longuement sa silhouette qui s’éloignait vers la demeure. Et, enfin, quand il jugea que la distance était suffisante, il remonta à cheval pour prendre la route des écuries du domaine, incapable de se débarrasser de l’empreinte du visage d’Héloïse sur sa rétine.

***

Il la contemplait trop. Lui-même s’était dénoncé coupable en interceptant le regard sentencieux du Comte ou l’expression acide de la Marquise. Il ne prêtait même plus attention à ses égarements lointains. Dès lors qu’il se trouvait en compagnie de ses amis, les babillages incessants de Jane et les rires de Boldwood emplissaient l’espace à les en étouffer. Pourtant, dans cette cacophonie grotesque, son refuge le plus sûr s’édifiait en la personne d’Héloïse. Il l’observait lorsqu’elle était en proie à ses rêveries secrètes, le regard déjà loin, l’âme en voyage et le cœur à la dérive. Et à ces heures-là, il se demandait vers quel rivage elle pouvait bien s’aventurer, sur quelle terre emplie de solitude trouve-t-elle son apaisement ? Souvent –trop- elle était ramenée à la réalité par les deux autres convives. Le Duc se reprenait alors aussitôt, gêné de son propre égarement. Jour après jour, il se morigénait de toute l’attention qu’il portait à la lady, mais son cœur était plus fort que sa raison. Il ne parvenait à extraire ses pensées d’Héloïse. Pour vaincre son mal, il se plongeait dans ses affaires. Cela n’était guère difficile de trouver une échappatoire car il était régulièrement sollicité. Parfois, Boldwood l’accompagnait, cherchant autre chose que la compagnie féminine, mais le Duc supportait difficilement ses discours interminables sur toutes les qualités de miss Bennett ou sur tous les avantages à considérer pour une union avec Dewitt. Aussi s’épargnait-il, la plupart du temps, la compagnie de quiconque. Hélas, il songea qu’il aurait dû se montrer moins absent quand le Duc et la Marquise se mirent en tête l’idée d’organiser un bal masqué dans la demeure même de Northanger Abbey. Aucun de ses refus ne compta. Ils s’étaient déjà mis en train pour les préparatifs d’une réception qui s’annonçait opulente. D’ailleurs, bien à regret, il se terminait de se préparer dans ses appartements quand le Comte vint lui rendre visite. Ce dernier portait déjà son masque, manifestement satisfait de son apparence. « Alors, mon ami, comment me trouvez-vous ? » Qu’aurait-il bien pu y répondre ? Le Duc releva un regard austère sur la toilette de Boldwood. « Je dois reconnaître que vous êtes élégant. » Il sentait que là n’était pas véritablement l’effet qu’attendait le Comte, mais Matthew se refusait à lui donner ce plaisir. Il ne le questionnerait sur les raisons d’une toilette si soignée, craignant d’en connaître déjà l’objet. Boldwood fut plus déterminé que lui. « Élégant, cela est le mot juste ! Je me dois de l’être pour cette soirée toute particulière. Je compte enfin demander la main de Lady Bennett. » Tandis qu’il ajustait le nœud de son foulard, le Duc tressaillit. Il n’ignorait pas l’entreprise du Comte et il désapprouvait cette union en tous points, mais il ne pensait pas que cela serait si précipité. Son expression devint de marbre. « Déjà ? Pourquoi donc un tel empressement ? » Il regretta sa question sitôt posée. Boldwood se lança dans un florilège de qualités sur la jeune femme qui, une fois bien étudiées, mettaient particulièrement en valeur son unique beauté physique et la docilité de sa nature timide. En soi, le Comte ne cherchait qu’à s’approprier la compagnie d’une épouse jolie et obéissante. Cela déplaisait à McGregor. « Puis en amour, pourquoi attendre ? Je ne suis pas aussi timoré que vous, McGregor. Je ne serai même pas pudique et la demanderai en mariage aux yeux de tous. » Ajustant ses manches et son veston, le Duc grimaça. Il se tourna enfin vers son ami, lui faisant face. « Je crains que votre absence de pudeur n’incommode la première concernée. Sans doute aurez-vous remarqué qu’il ne lui est pas aisé de s’exposer de la sorte à la foule. » Le Comte ne se démonta pas, bien au contraire. Un sourire satisfait ourla ses lèvres. « Tout l’intérêt est bien là, mon ami ! » Matthew trouva le procédé parfaitement scandaleux. Son ami lui semblait d’autant plus horrifiant qu’il revêtait un masque qui ne laissait paraître que son sourire. « Votre attitude n’est en rien celle d’un gentleman. Vous n’auriez pas à recourir à un tel stratagème si vous étiez assuré de son affection pour vous. Je vous demande d’abandonner votre idée, ou de faire cela dans un cadre plus discret, ne serait-ce que par égard pour Lady Bennett. De même, je ne vous conseille guère une union dénuée d’amour. » Matthew lui devina une expression étonnée sous son masque. Mais Boldwood n’était pas si facile à déstabiliser. Bien au contraire, il en usa à son avantage. « McGregor, je vous suis grés de toute l’attention que vous portez à cette affaire et de vos mises en garde qui, je n’en doute pas, sont celles d’un ami. Toutefois, n’oubliez pas que vous m’avez retiré par une première fois une personne qui était si chère à mon cœur. » Le Duc fut assommé par le poids de ses paroles. La culpabilité surgit subitement dans sa poitrine, comme l’explosion d’un volcan. « Boldwood… » Ce dernier agita la main pour le faire taire. « Cela est de l’histoire ancienne, je vous le concède. Il faut laisser ma tendre sœur à son repos éternel. Mais vous savez comme sa perte fut grande et mon chagrin reste entier en dépit des années. Alors me refuserez-vous un si grand bonheur que celui d’être lié à Lady Bennett ? » En effet, il ne le pouvait pas. Quelles étaient ses prétentions pour empêcher un tel mariage ? Dans cette affaire, il ne pouvait que se féliciter d’avoir pu conseiller à Héloïse de suivre les jugements de son cœur lorsque le moment viendrait. Un simple hochement de tête fut sa réponse pour le Comte, signe d’assentiment.

« Cette réception n’est-elle pas un doux succès ? » roucoula la Marquise, accrochée au bras du Duc. Ce dernier grimaça un peu, grommela quelques mots imperceptibles et enfonça son nez dans son verre de vin. Il n’était pas connu pour apprécier grandement les soirées mondaines et il préférait se les épargner, mais lorsqu’elles se déroulaient directement chez lui, c’était bien pire. Il pouvait difficilement s’en extraire, d’autant que –sous l’idée ingénieuse de cette suivante- Jane avait minutieusement fait parvenir l’invitation au nom du Duc et au sien. L’entreprise était osée, mais à la hauteur de la rousse. Ainsi, elle marquait formellement son territoire et plongeait le lord dans l’embarras. « Cessez donc de ronchonner. Voyez comme tout le monde se plaît ici. Organiser un bal masqué était une idée de génie. Sachez que c’est très en vogue à Paris. » Oui, Paris est les Français. Ils étaient bien connus pour les dépravations. Au travers de son masque, les yeux émeraudes de la Marquise brillaient de mille feux. « De plus, cela est le lieu rêvé pour enfin officialiser une certaine union. » Le corps de Matthew se raidit et Jane dut le sentir car elle tourna un regard étonné vers lui. Son expression s’assombrit. « Une union qui me paraît bien précipitée, cependant. Croyez-vous que Boldwood fasse le bon choix ? » Les lèvres de la Marquise se pincèrent en une moue contrariée, mais élégante. Elle attrapa le verre du Duc sans cérémonie pour lui piquer une gorgée. « Sachez, mon cher ami, que c’était à notre union-là que je songeais, mais à la nôtre. Quant à l’affaire qui vous préoccupe, je pense que Boldwood ne pourrait pas trouver épouse plus délicate et dévouée qu’en la personne d’Héloïse. » Il en doutait fortement. Privée d’amour, elle ne serait plus que l’ombre d’elle-même, une âme qui s’éteindrait lentement. Boldwood, les premiers temps, ivre de bonheur ne jurerait que par elle. Sauf que le Duc entrevoyait trop clairement l’avenir. Comme avec toutes les autres femmes, il finirait par s’en lasser et la délaisserait complètement. Hélas, Miss Bennett aurait le désavantage d’être sa femme et de ne pouvoir se défaire de cette situation. Voilà pourquoi il percevait ce mariage d’un mauvais œil. Il ne fit cependant aucune remarque sur l’énième proposition de mariage de Jane. Il était habitué et son esprit était bien trop préoccupé. La Marquise le remarqua bien assez car elle souffla bruyamment de dépit avant de s’envoler vers des convives, un grand sourire sur ses lèvres écarlates une seconde plus tard. Le Duc en profita pour se défiler plutôt que d’assister à une mise en scène aussi grotesque. Il sortit, allant se réfugier dans le jardin d’hiver qui était désert en ce début de soirée. Le soleil déclinait tout juste, offrant des reflets d’ambre et d’or sur les carreaux de verre. Il trouva une paix confortable pour mettre en ordre ses pensées confuses et orageuses. Une tempête grondait en son cœur sans qu’il ne puisse comprendre d’où elle jaillissait. Soudain, comme si la réponse n’en pouvait plus de rester cachée, une silhouette passa près de son champ de vision. Il ne la vit pas tout de suite. Ce furent d’abord une voix et un parfum qui lui permirent d’identifier la personne qui se trouvait avec lui. Héloïse. « Je crois que vous commencez à bien me connaître, Miss Bennett. » s’amusa-t-il à ses déductions. L’avait-elle cherché ? « Disons que je n’aime pas les réceptions en général et les mondanités. Celle-ci ne fait pas exception aux autres, plus encore car elle se déroule… » Ce ne fut plus une voix et un parfum, mais un corps. Le Duc s’était retourné, faisant face à une apparition qui lui coupa le souffle. Il demeura hagard, contemplatif devant une Héloïse plus resplendissante que jamais. Une beauté simple, sans prétention, sans artifice. Une beauté pure qui lui ôta tous les mots de la bouche. Il se retrouva dépossédé de son assurance, de ses réflexions, de cette armure qu’il érigeait constamment contre le monde. « Miss Bennett, vous… vous êtes époustouflante. » Il sentit son cœur pulser comme un dément dans sa poitrine. L’évidence ne résidait-elle pas déjà dans le regard du Duc ? Pourtant, il se refusait à cette vérité simple qu’elle venait de lui prendre son cœur et sa raison. Il lui fallut concentrer son attention sur l’horizon à son crépuscule pour qu’il reprenne contenance. « Nous n’avons guère eu l’occasion de nous parler depuis notre chevauchée, n’est-ce pas ? Je suis malgré tout content que vous soyez restée. » N’avait-elle pas parlé de son mal-être de se trouver au milieu de la Marquise et du Comte ? Cependant, elle était restée, et ce, même si elle s’effaçait quelquefois. Pourquoi s'infliger un tel mal ? « En ami, je crois bon de vous prévenir que ce cher Boldwood compte concrétiser ses projets ce soir. » S’il ne pouvait pas changer la décision du Comte, il la préviendrait au moins. Il ne voulait pas qu’elle se retrouve devant le fait accompli. « Pensez-vous pouvoir lui répondre ce soir ? Je suis également son ami… Si son cœur et son honneur doivent être ébranlés, je me dois de le protéger d’une humiliation. » Et la protéger elle d’une situation aussi embarrassante.
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