Vice et Versa
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Beds are burning [Nate]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Ann Traur
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 06/06/2017
MESSAGES : 63

MessageSujet: Beds are burning [Nate]   Mer 7 Juin - 16:42

Une grande étendue verte, à perte de vue. Des tentes d'un blanc immaculé, aux bords en flanelle, et l'odeur des kirs en fontaine sur toutes les tables. Des silhouettes agglutinées, toutes vêtues de blanc aussi.
Dans son bleu de travail orange fluo, Ann progresse au milieu de la foule de visages inconnus, un peu hébétée, incapable de se souvenir comment elle est arrivée là.
Derrière, elle entend qu'on la hèle. Dans une robe de mariée bouffante et encombrante, sa mère court vers elle. Un sourire ravi, et pas assez de joues pour le contenir. Elle lui attrape le bras, lui assure qu'elle doit absolument lui introduire quelqu'un.
Une foule de gens muets plus tard, elle attire l'attention d'un homme vêtu de noir, qui se retourne dans un sourire impeccable, sous les louanges fébriles de sa tendre mère. " Je te présente Lord Pasquall. " Manek ? Un lord ? " T'es même pas anglais. " s'entend dire Ann comme un pavé dans la mare, effaçant quelque peu les sourires de l'assistance autour d'elle. Enfin ma chérie, la reprend sa mère, dont la robe de mariée vient de virer au parme fade - la couleur qui n'était pas à la mode même quand on l'a inventée - ce n'est pas comme ça qu'une roturière s'adresse à la noblesse.
" ... Sa femme, la Princesse de Galle. "
Derrière la grimace pétrie de dégoût et de mépris d'une Delilah Goldstein en habits de sacre, sceptre en main, couronne sur la tête, Gabriel et Raphaël dans leur tenue traditionnelle écossaise jouent au cricket avec des flamands roses et un hérisson en guise de balle. Ils rient, à gorge déployée, se donnent des grosses tapes dans le dos, sans qu'Ann ne parvienne à se souvenir quand elle a pu les présenter l'un à l'autre.
" ... Je suis désolée, je crois que j'ai oublié de nourrir le chat. "
" Qu'on lui tranche la tête ! "
Manek ouvre la bouche, mais tout ce qui en sort, c'est un son strident à lui déchirer les oreilles.


***


" Mais si, regarde comme elle est jolie cette guirlande. Je l'ai eue au marché pour trois fois rien ! "
Trois fois rien, c'est souvent ce qu'il faut pour provoquer un incendie.
Il suffit d'une mère qui veut faire plaisir à sa fille, une fille qui n'ose pas chagriner sa mère. Une hygiène de sommeil un peu douteuse, aussi, sans doute.

C'est une femme simple, sa mère. Issue d'un milieu modeste, persuadée qu'il y a mille façon de dire je t'aime, mais seulement deux qui se vaillent de le montrer : en remplissant les ventres et en offrant des décorations. Avoir mis au monde une femme adepte de la décoration nue et obligée de surveiller son poids au gramme près n'a pas toujours été source de compromis facile. Mais la chaleur spontanée, directe de sa mère, et les demis mots sages et plus parcimonieux de son père, Ann se rend compte qu'ils lui ont manqué chaque fois qu'elle les retrouve. Quelques jours parents, et pour les fêtes de famille en Allemagne quand elle trouve le temps. Pas souvent, en somme. Une culpabilité qui se réveille toujours en même temps que la joie de les revoir.

Hébétée de fatigue, assise dans sa cuisine avec un verre de vin, Ann contemple les décorations encore accrochées au mur, du dîner en grande pompe qu'ont tenu à organiser ses parents - même s'ils n'étaient que trois, pour fêter dignement sa dernière campagne. Sa mère a enroulé tout les murs d'une guirlande électrique douteuse, déménagé toutes les multiprises de la maison dans la pièce pour ce faire, et bricolé une installation électrique à laisser Macgyver pantois de stupéfaction. Le tout enroulé d'étranges cocottes en origami en promotion, auxquelles sont accrochées de félicitations en lettres pailletées. Un accueil somme toute plaisant à sa récente démission, même si Ann ne peut que se demander depuis combien de temps ils attendaient cette nouvelle, pour y réagir avec autant d'entrain. Quant à ses retrouvailles avec Manek, elle n'a même pas osé les mettre sur la table, de peur que ses parents n'envoyassent des faire-parts de mariage à son insu sitôt revenus en Allemagne. Ils adoraient Manek, ils le lui ont toujours dit, et ça l'a toujours prodigieusement énervée - c'est fou comme à dix, trente ou quarante ans, le besoin de ne pas décevoir ses parents supplante encore jusqu'à nos réserves d'énergie vitale habituelle.

Mais en somme, cette visite annuelle s'est bien passée, et il est temps de cuver douze heures de sommeil pour s'en féliciter. Alors sans en être fière, Ann prend le demi somnifère posé à côté de son verre, le fait couler dans sa gorge avec la fin de son vin, et traîne sa carcasse emplie des vices modernes jusqu'à sa chambre, pour s'effondrer d'un sommeil de plomb.


***


Dieu sait depuis combien de temps cette maudite alarme sonne quand elle parvient enfin à la réveiller, le son dantesque résonnant pourtant à plein régime à travers les murs de la maison. Assez pourtant pour qu'en ouvrant les yeux, elle puisse déjà voir les lumières bleues des secours illuminer par intermittence sa chambre de lueurs aveuglantes. A travers, elle s'en rend compte, une fumée opaque qui lui brûle les yeux et l'oblige très vite à tousser. Quand son corps s'aperçoit enfin des signes de danger autour d'elle, Ann est prise d'une terreur aussi fulgurante que son réveil. Mais elle n'a même pas le temps d'avoir des réflexes humainement idiots, de s'occuper de ce qu'elle va mettre pour courir dehors ou de savoir si le chat est dans la maison, ou de courir récupérer ses biens les plus précieux, qu'elle entend la porte de sa chambre être défoncée d'un coup de pied vigoureux. A travers le brouillard opaque de la fumée, une silhouette massive en uniforme s'élance vers elle pour l'attraper à bras le corps. Un homme au visage dissimulé par le casque, l'ombre et l'hébétement lui colle un chiffon humide sur le visage, dans lequel elle doit respirer, et la jette en sac à patate sur son épaule pour franchir avec elle, la porte de sa chambre en sens inverse.

Tout semble aller bien, jusqu'au bas des escaliers. A tel point qu'Ann se demande, malgré ses neurones embrouillés, si la fumée ne vient pas des voisins, ou de son garage. Couloir, murs et quelques marches sont intactes, jusque dans le moindre morceau. Mais arrivée en bas, par dessus son épaule, c'est à l'apocalypse qu'elle croit assister, pendant quelques secondes à peine. L'homme inconnu court vers l'entrée, et Ann s'obstine à regarder dans son dos, le spectacle qui se déroule depuis la porte ouverte de la cuisine. Une fumée opaque comme un mur en pierre voile des trombes de jets d'eau versée sur - et elle peine à y croire - des flammes de plusieurs mètres léchant murs et plafond de toute sa pièce à vivre. Incrédule, abasourdie et terrifiée, Ann pousse malgré tout le masochisme jusqu'à regarder la scène qui se déroule aussi dehors, ou des hommes envoient à leur tour des trombes d'eau à travers les fenêtres, vers l'intérieur de la cuisine. Elle en a la mâchoire décrochée et les oreilles qui sifflent sous le choc, le vertige plein la tête et même une nausée dans le ventre. Hors de danger, Ann s'agite dans un réflexe de conservation pour être reposée au sol, lâchant à terre le chiffon humide qui l'empêche maintenant de respirer ou s'époumoner comme elle le voudrait. Tout en elle se refuse à y croire, et quand ses pieds touchent enfin l'herbe de son allée, c'est pour essayer de lancer son corps droit vers le lieu du danger, d'où elle vient. Malgré son pyjama imprimés de sushis adorablement ridicule, les voitures et le camion des secours, les voisins voyeurs sortis de chez eux qui n'ont rien de mieux à faire que rester regarder au lieu d'y rentrer. Malgré le paparazzi qui doit déjà se dissimuler dans les fourrés et la tribu massive d'hommes pour lui barrer la route et lui dire de se calmer; tout ce qu'Ann veut, là, dans l'immédiat, c'est y retourner pour demander où est la caméra. Qui est l'auteur de ce canular pas drôle. Qui a réalisé des effets spéciaux aussi réel.

Parce qu'elle y a bien réfléchi.
Elle a pesé le pour et le contre.
Evalué toute la situation.
Et ça ne peut pas être réel.
Tout simplement impossible.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nathaniel Brady
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 03/02/2016
MESSAGES : 433

MessageSujet: Re: Beds are burning [Nate]   Jeu 8 Juin - 23:39

L’alarme retentit au sein de la caserne, il y a toujours ce moment de flottement où on cesse toute activité et où on tend l’oreille pour apprendre quelle unité est appelée. L’ambulance seulement ? Le camion pour le feu et/ou le camion de sauvetage ? Autrefois, j’appartenais à ce dernier, j’en étais le lieutenant, mais aujourd’hui, je dirige la caserne. Si l’un des camions est appelé, je dois également m’activer et monter dans ma voiture pour les suivre jusqu’au lieu d’incident. Là, toutes mes unités sont appelées et la voix nous annonce un feu de maison à Venice. En moins de deux minutes, nous sommes dans les engins et les véhicules et nous quittons la caserne. Sirène hurlante, nous traversons les quartiers pour arriver jusqu’à destination. Lorsque nous nous garons, on aperçoit directement de la fumée noire sortir par les interstices de la maison. Tout le rez-de-chaussée est en proie aux flammes, quasiment. Je déploie immédiatement mes unités pour d’une part chercher les potentielles victimes, et d’autre part maîtriser ce feu. Je vois mes hommes se dispatcher comme je l’ordonne et j’attends devant la maison que j’observe attentivement. Je dois être vigilent sur la progression des flammes et des fumées, cela peut indiquer une éventuelle explosion. Mes hommes me signalent leur avancement : le courant est coupé comme je l’avais ordonné, et d’autres appellent les potentielles victimes dans le bâtiment. On peut entendre l’alarme de la demeure retentir de l’extérieur, ce qui appelle les curieux, évidemment. L’un d’entre eux a eu l’intelligence de donner l’alerte et d’appeler les secours, dieu merci. Vu le quartier, j’imagine que ce sont des gens bien éduqués qui ont de bons réflexes. Je me demande combien de victimes on va avoir sur les bras. J’espère que personne ne se trouve dans la maison, on l’espère toujours, mais ce n’est que rarement le cas.

J’ai trouvé une victime ! Une femme. Elle a l’air d’aller bien, me transmet mon collègue dans la maison via la radio. J’appelle mes deux ambulancières pour qu’elles se préparent. Avec cette fumée, ça ne m’étonnerait pas qu’elle ait besoin de respirer un peu d’oxygène. Je le vois rapidement passer la porte d’entrée avec la victime sur son épaule. Il la tient fermement alors que celle-ci se débat, et lorsqu’il la dépose, je m’approche. Mes ambulancières sont presque à notre niveau. Mon collègue repart dans les flammes alors que mes autres hommes ont commencé à éteindre le feu. La jeune femme semble agitée et je m’empresse de la retenir alors qu’elle n’hésite pas une seconde à retourner dans son domicile. Madame ! Je hurle à pleins poumons avant de l’agripper pour la tenir en place. Madame, restez ici, ça ne sert à rien d’y retourner. Y a-t-il quelqu’un d’autre dans la maison ? je lui demande aussitôt. Cela déterminera la continuation des recherches. D’un geste, je demande à mes ambulancières de la prendre en charge et c’est lentement mais avec force qu’elles l’allongent sur le brancard. Et c’est là que je regarde enfin son visage avec attention, et je crois rêver. Le boomerang du passé qui me revient en plein figure. Ann ? je demande machinalement, alors que je sais très bien qu’il s’agit d’elle. Wow. Ann Traur. La mannequin. Et accessoirement mon ex. Qu… qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je vois mes collègues se regarder d’un air curieux - sûrement ont-elles reconnu Ann - avant de lui poser un masque à oxygène. Je m’approche alors du brancard, mais la voix de mon collègue à l’intérieur de la maison m’amène à regarder à nouveau l’incendie. Premier étage nettoyé. Aucune autre victime. Aucune flamme mais beaucoup de fumée. Bien, me voilà déjà rassuré. Très bien Kellermann, sortez de là, je lui indique, soulagé, pour qu'il rassemble son équipe et regagne l'air libre. Le feu perd de son intensité mais la fumée reste écrasante. Je me retourne alors vers la blonde. Comment te sens-tu ? je demande gentiment. C’est vraiment étrange de la voir là, en face de moi. Ca fait quoi… Je suis obligé de compter dans ma tête et j’en déduis que la dernière fois que nous nous sommes vus, c’était il y a environ quatre ans, alors que je mettais un terme à notre relation. Depuis, silence radio des deux côtés. J’ai un peu suivi sa carrière à distance, plus par bienveillance que par regret. Ann est une femme que j’ai commencé à aimer il y a des années, mais à cette époque-là, personne n’arrivait à me faire oublier Charlie, pas même l’une des plus jolies femmes du monde, celle que beaucoup d’hommes aimeraient avoir et que de nombreuses femmes envient. Mais à vrai dire, s’ils la connaissaient vraiment, ils changeraient d’avis. Sa vie n’est pas simple, et ses complications ajoutées aux miennes ont eu raison de notre couple. Je suis tout de même heureux, quelque part, de recroiser son chemin. Il me reste de nous une grande tendresse et un désir d’amitié inassouvi. Je ne le méritais pas autrefois, je sais qu’il est parfois difficile de garder contact avec quelqu’un qu’on a aimé ou qu’on aurait pu aimer. Mais le passé est le passé, n’est-ce pas ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ann Traur
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 06/06/2017
MESSAGES : 63

MessageSujet: Re: Beds are burning [Nate]   Ven 9 Juin - 12:58

C'est le chaos total mais Ann est bien forcée de se rendre compte que tout ça est réel - plus ou moins.
Quelques secondes après avoir posé les pieds sur terre, les choses commencent à retrouver leur consistance matérielle. Les voix lui parviennent, ses yeux s'habituent aux images, ses jambes retrouvent la terre ferme. Sauf qu'elle ne sait pas du tout comment gérer toutes ces informations, quel comportement adopter, si c'est déjà le moment de fondre en larmes ou si elle a intérêt à s'accrocher à ses nerfs encore un moment. Les idées fixes l'aident à traverser une minute après l'autre, et c'est l'une d'elle qui a déjà viré à l'obsession et la fait maintenant essayer de foncer pieds nus vers une enceinte dont le sol doit frôler les deux cents degrés. Pas son allure, étonnamment. Pour une fois, elle ne gère pas les émotions en essayant d'être superbe pour qu'on ne se préoccupe pas de ce qu'elle ressent. Son pyjama couvert de sushis ridicules ne l'émeut pas, pas plus que les voisins qui la regardent ou même - elle s'en étonnerait presque - les photos qui pourraient être prises. Si des cons veulent se rassurer dans la détresses des vedettes de magazine, ça lui passe dessus comme les trains importent aux vaches. La seule chose qui l'obsède, pour l'instant, c'est ce qui se trouve à l'endroit précis qui est entrain de brûler sous ses yeux.

Ce n'est pas une personne, c'est une chose bêtement matérielle qui lui retourne le cerveau et l'empêche de réaliser ce qui se passe - pour le meilleur et pour le pire. Elle secoue machinalement la tête aux inquiétudes du type qui s'obstine à la retenir par le bras, sans lui prêter la moindre attention, obsédée par ce que les hommes sortis des flammes entrain de mourir transportent avec eux. Y avait peut-être un chat, celui qui s'obstine à venir manger chez elle et se tirer comme un ingrat ensuite depuis des semaines, mais la bestiole est beaucoup plus maline qu'elle, et elle doute vraiment qu'elle se soit fait prendre par les flammes. Tu parles qu'il s'est tiré comme un lâche, cet animal n'a de considération que pour lui-même et c'est pour ça qu'elle apprécie sa compagnie. Et puis, elle ne va pas pleurer sur une épaule réconfortante pour un chat.
A côté, monsieur l'empêcheur de brûler en rond appelle des secours pour la prendre en charge. Ca va, essaye t'elle de lutter auprès de la demoiselle qui arrive, avec la trempe de caractère bien visible d'une femme qui fait un métier à risque dans un milieu d'hommes. Qui d'ailleurs ne prête pas du tout attention à ses protestations et l'oblige à s'allonger pour lui coller des appareils de mesure sur les bras. Plutôt crever que d'admettre qu'elle a la gerbe et un sérieux mal de crâne, parce que ça peut être aussi bien la fumée que le cocktail qu'elle s'est enfilé avant de dormir. Et les plaintes amènent des questions, et elle sait déjà que les somnifères sont un facteur de l'ampleur de l'incendie, elle n'a pas vraiment pas besoin d'un sermon sur l'hygiène de vie maintenant.

Son prénom fuse à côté d'elle, l'obligeant à décoller enfin les yeux du sinistre pour se retourner dans un réflexe vers l'auteur de cette familiarité. Si c'est un fan qui se pense autorisé à l'appeler comme ça parce qu'il s'est masturbé sur un magazine, cette fois elle va hurler. Mais non. C'est encore plus déroutant. Ses mirettes bleues au ciel d'orage tombent sur le visage familier d'un fantôme du passé. Quelles étaient les chances... Grandes, de croiser un pompier à Los Angeles quand sa maison brûle. Y a t'il un foutu corps de métier qui l'épargnera enfin de tomber sur un de ses exs ?
Les gestes de routine et les ordres de sécurité se teintent d'une surprise un peu concernée. Quand une nouvelle question s'échappe de son grand sauveur, c'est avec la considération de quelqu'un qu'on connaît, et qui s'étonne de nous voir là. Seulement, Ann ne parvient pas à être réceptive. Cette vision la déroute, le visage au dessus d'elle déstabilise un corps qui tenait déjà à peine debout. Epuisée, effrayée et coupable de la situation, elle se sent déjà jugée beaucoup plus que réconfortée - et elle autorise encore moins Nathaniel que les autres à la juger. C'est idiot, c'est humain; elle aurait seulement aimé qu'il commence par compatir à son sort avant de se lancer dans un interrogatoire.

" Pourquoi, maintenant que c'est moi c'est important ? " elle rétorque, sur la défensive, pour couper court. Pour se protéger elle-même, et aussi un peu épargner sa mère. Elle sait que cette guirlande douteuse est la cause de l'incendie, tout le reste de sa cuisine est aux normes strictes de sécurité - c'est d'ailleurs ce qui l'a sans doute empêchée de brûler vive malgré les somnifères. Et sa mère ne se remettrait pas de la culpabilité. Même si déclarer à un pompier à Los Angelesle cadeau d'une femme rentrée en Allemagne n'a aucune chance de parvenir jusqu'à ses oreilles, par fidélité instinctive, elle refuse de rentrer dans cette discussion - encore moins avec lui, sic. Elle n'a pas le courage de jouer à ça, ni celui de faire bonne figure, elle n'a aucune envie de le voir et les autres encore moins. Tout en elle hurle le besoin d'un doliprane et d'un peu de solitude pour se remettre du choc sans des spectateurs à la crise de larmes qui la menacera dès qu'elle relâchera sa garde. " Je me sens très bien. " elle ajoute alors, sur le même ton, que la gratitude n'étouffe pas tellement. Ce n'est pas une bonne façon de réagir, elle s'en rendra compte un peu plus tard, pour l'instant c'est la seule dont elle est capable. Elle est à bout. " Je peux y aller ? " demande Ann à l'ambulancière, comme un passe droit hors de cette conversation, et pour en exclure son ex petit ami, auquel elle n'a pas d'énergie à consacrer.

Non, répond la dame, nullement impressionnée, d'un ton catégorique. Les yeux rivés sur ses appareils, elle conclut de la saturation qui faut lui bourrer le nez d'une paire de lunettes à oxygène, comme si sa position de vulnérabilité n'était pas encore suffisante. Ann déteste ça. Elle déteste jusqu'à la moindre parcelle de cette situation, encore d'avantage de ne pas avoir de pirouettes sous la main pour s'en sortir dignement. Elle déteste qu'on la voie comme ça, elle déteste être allongée devant des gens comme ça, elle déteste que son ex la regarde comme ça. Son besoin d'une robe de gala et d'une trousse de maquillage commence à la démanger à nouveau, l'indifférence n'aura pas duré longtemps.

Un silence s'éternise, réponse logique à son envie évidente de ne pas discuter. Dans sa tête, c'est un chaos d'énervement, un capharnaüm d'ébullition. L'ambulancière s'affaire à préparer une perfusion dans ce mutisme de plomb, sous les yeux déjà désapprobateurs de la belle, prête à signer une décharge dès qu'ils auront fini pour qu'on ne l'emmène pas finir son hydratation aux urgences - elle boira de l'eau à l'hôtel, merci. Et plus les secondes s'éternisent, plus elle se demande si ce silence n'est pas pire que les mondanités d'usage. Ce silence l'oblige à guetter le désastre qu'elle ne voit plus depuis son ambulance, à sentir la présence étouffante des autres et, surtout, à réaliser de plus en plus ce qui est entrain de se réaliser.
Changement de programme.

" Vous vous êtes donnés le mot ? " elle finit par murmurer entre ses lèvres serrés, s'arrachant à la contemplation de la dame affairée pour relever enfin le nez vers Nate. C'est l'exaspération qui déborde, et la moindre contenance sociale qui lâche les barres pour la laisser partir en roue libre. Ann craque, ça y est. Elle arrive au point de rupture. Elle va finir par hurler. Certaines femmes ont la délicatesse de pleurer, elle se contente de fusiller tout ce qui bouge dans son viseur. Mais il a l'habitude. Il faut juste reprendre le rythme et s'armer de courage. " Est-ce qu'un mémo a tourné dans tout Los Angeles ces dernières semaines ? Vous avez baisé Ann Traur, venez lui rendre une petite visite, et celui qui choisira le plus mauvais moment remportera une médaille ? " siffle t'elle, réalisant dans une bouffée de colère qu'en plus d'avoir brûlé sa maison et de vivre ce moment avec son ex, c'est la troisième fois qu'elle vit un scénario similaire depuis qu'elle est revenue. L'ambulancière hausse un sourcil effaré, ponctuant un sourire hilare qu'elle a du mal à contenir. " Parce que c'est serré, je t'assure. Ca pour me pourrir la vie, vous faites tous preuve d'une créativité méritoire. "

Elle a fait bonne figure quand son ancien amant l'a révélée devant sa femme pour lui faire coup de la franche amitié ensuite. Elle est restée plus que compréhensive quand l'amour de sa vie, qui l'avait quittée parce que la mode est un monde méprisable, est revenu dix ans plus tard la bouche en coeur parce que finalement il se verrait bien y finir sa vie - mais sans elle, du coup, vu qu'il l'avait quittée. Elle n'a tué aucun de ces deux hommes, et elle avait une demie douzaine de raisons de le faire pour chacun d'entre eux. C'est la troisième fois qu'on lui fait le coup, pendant que sa maison brûle, elle estime avoir droit à son quart d'hystérie.

Le plus malheureux, c'est que c'est sans doute Nate qui a le moins à se reprocher dans toutes ses histoires. Il est là pour faire son travail - celui qu'il fait depuis toujours et qu'il n'a pas balayé d'un revers de la main quand ils étaient ensemble - il a mené des opérations qui lui ont sauvé la vie et il ne lui a pas présenté sa femme dans la bataille. Il a même le bon goût de ne pas avoir d'alliance. Il est l'une des seules relations saines qu'elle a pu avoir depuis Manek et à part un ego en miettes et un coeur malmené d'avoir essayé pour rien, il ne lui a pas laissé une âme en décombres et des traumatismes irrémédiables non plus, il ne faut pas exagéré. Il a peut-être manqué un peu de courage ou d'honnêteté dans leur histoire mais elle ne lui simplifiait vraiment pas l'envie de monter au front avec courage. Ann se connaît, la moindre des choses c'est de reconnaître qu'elle est un casse tête chinois sur deux longues jambes/ Alors oui, la décence aurait voulu qu'elle hurle sur les concernés et ne lui reproche que d'être là au mauvais moment, en qualité d'ex petit ami.

Mais c'est sans doute ça qui fait défaut à Nate. D'avoir été trop compliqué pour qu'elle sache comment s'énerver ensuite. Le pauvre a les épaules trop solides et la philosophie trop simplement directe, du coup il prend pour les autres.
Mauvais karma.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nathaniel Brady
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 03/02/2016
MESSAGES : 433

MessageSujet: Re: Beds are burning [Nate]   Ven 9 Juin - 18:28

Outre la surprise, revoir Ann me fait quand même un petit quelque chose au fond du cœur. Je veux dire, passer quatre mois avec quelqu’un, ce n’est pas rien. Ça vous marque. Surtout pour quelqu'un comme moi qui a une peur bleue de l'engagement. Ou alors c’est que vous avez réellement perdu quatre mois de votre vie, mais avec elle, ce n’est pas le cas. On a essayé, chacun de notre côté, de poser jour après jour une pierre à notre édifice. Et puis j’ai fini par me rendre compte que ça ne nous mènerait nulle part. De mon côté, je n’oubliais pas Charlie, et Ann n’était que très peu à Los Angeles, c’était compliqué. Alors ça ne me ressemble pas, mais j’ai baissé les bras, j’ai renoncé. Je pense que ce n’était pas encore le moment pour moi de me caser. Pas que je veuille retenter avec elle aujourd’hui, non non non. Simplement qu’aujourd’hui, tout est clair avec Charlie et au lieu de vivre dans le regret, je vais de l’avant. Je laisse même sa chance à Athénaïs, alors que ma vie est déjà assez compliquée avec cette plaie d’Ellis, mon « épouse ». Mais j’ai bon espoir que cette histoire se termine par une belle fin, c’est-à-dire elle et moi à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Par pitié.
Alors je regarde Ann, allongée devant moi sur le brancard. Elle me paraît complètement perdue et dans l’un de ses mauvais jours. J’avais appris à l’apprivoiser, autrefois, mais il faut croire que j’ai perdu la main. Pourquoi, maintenant que c'est moi c'est important ? Je fais un geste de recul face à autant d’agressivité. J’imagine son état mental actuellement, ça ne doit pas être très folichon. Sa maison est en train de brûler, elle se retrouve à contempler ça en pyjama… sushis, d’après ce que je vois… sur un brancard dans la rue, aux yeux de tous alors que je sais qu’elle tient à sa vie privée. Et elle tombe sur l’un de ses ex qui a eu la mauvaise idée de rompre avec elle il y a quelques années de ça. Pas folichon, donc… Mais vous savez quoi ? Ca aurait pu être pire. Elle aurait pu être brûlée et défigurée, alors qu’on parle là de son gagne-pain. Ou pire encore… Mais je ne prononcerai pas ces mots. Je lui demande comment elle va, mais toujours sur un ton agressif, elle m’affirme aller très bien. J’en doute. Enfin je veux dire… C’est plutôt évident. Sa colère, son impatience, c’est quelque chose qu’on doit « traiter » avant de pouvoir la remettre sur pieds, littéralement. Alors que Miss Traur aboie sur mon ambulancière, je retiens un rire parce que je sais pertinemment comment cette dernière va lui répondre. Elle n’a pas misé sur le meilleur cheval, sur ce coup. Le non catégorique que Liebovic lui renvoie me fait lâcher le rire que je retenais. Hormis ça, je préfère garder le silence car toute parole que je pourrais dire pourrait être retenue contre moi, malheureusement, vu l’état d’Ann. Je reste tout de même à côté d’elle, je ne sais pas trop si ma présence la dérange, mais ça me fait plaisir de garder un œil sur elle alors que mes hommes commencent à venir à bout de l’incendie.
La voix d’Ann me fait tourner la tête à nouveau vers elle. Vous vous êtes donné le mot ? me demande-t-elle d’une voix un peu plus calme, j’ai l’impression. Je fronce les sourcils en réponse, ne comprenant pas de quoi ni de qui elle parle. Le mot de ? je demande doucement. Est-ce qu'un mémo a tourné dans tout Los Angeles ces dernières semaines ? Vous avez baisé Ann Traur, venez lui rendre une petite visite, et celui qui choisira le plus mauvais moment remportera une médaille ? Je reste médusé par sa réplique et c’est quand je vois Liebovic ricaner que je réagis, mais Ann me coupe la parole afin d’en rajouter une couche. Parce que c'est serré, je t'assure. Ca pour me pourrir la vie, vous faites tous preuve d'une créativité méritoire. Wow. Elle doit être sacrément mal dans sa vie pour penser des choses pareilles. Bien, je pense que je vais te laisser un peu respirer, là, tu en as grand besoin, Ann. Je commence à reculer alors que Liebovic reprend la parole. Oh ben non, chef, restez ! Ca commençait à devenir intéressant ! Ce qui m’arrache un nouveau rire. Mes yeux se rivent à nouveau dans le regard glacial d’Ann et j’hésite. Mais je finis par revenir vers elles et je congédie mes ambulancières avant de me concentrer à nouveau sur mon ex. Tu peux te lever, si tu préfères, je ne vais pas te retenir. Mais garde le masque, crois-moi, tu en as besoin pour le moment. Puis je soupire, un peu gêné de lui causer toute cette agitation. Je suis désolé que tu le prennes comme ça, Ann. Je sais que je dois être l’une des dernières personnes que tu as envie de voir en cet instant. Je termine avec mes hommes et je te laisse tranquille, promis. Et… je suis désolé pour ta maison. Si tu as besoin d’aide par rapport à ton assurance ou quoi que ce soit, tu pourras toujours me demander via la caserne. J’imagine que tu n’as plus mon numéro. Je crois que tout est clair à présent, je vais me retirer à nouveau de sa vie pour éviter de la lui « pourrir ». Ah et dans l’histoire, c’est toi qui a été créative, sur ce coup. Moi, pour une fois, j’y suis pour rien ! Je hausse les épaules et regarde la maison qui émet de sacrées volutes de fumées à présent, mais plus de flammes. Il y a cette odeur dans l’air qui m’est tant familière, elle pique le nez, mais qu’est-ce que je l’aime.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Beds are burning [Nate]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Legend of the burning sands
» ronon&logan ☍ « don't walk away when my world is burning »
» Nate Yassine Taylor || Finished
» Kyurem Sparkling Blue / Kyurem Burning Red
» Voila un grand dresseur , voila Nate River !

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vice et Versa :: D'où venons nous? :: Une fois, j’me suis couché il était minuit dix.-