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 « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥

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Naïa Argent
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DATE D'INSCRIPTION : 19/09/2015
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MessageSujet: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Ven 30 Juin - 13:02

Je ne savais pas comment appréhender cette journée et j’étais dans tous mes états. Une semaine s’était à peine écoulée depuis que j’avais débuté les répétitions, mais il me semblait que cela faisait une éternité. Goldstein n’avait pas menti quand il avait certifié que le rythme serait soutenu. Je m’en rendais compte de jour en jour. De plus, quelques aléas dans ma semaine l’avait rendue mouvementée et peu plaisante à cause de la visite de ce policier. J’avais caché au mieux le bouleversement qu’une telle venue avait opéré chez moi. Toutefois, l’affaire se révélait sous un tout autre jour puisque Jahia était au courant. Je n’aurai pas pu penser que tout lui raconter soulagerait autant mon cœur. Mais pour l’heure, je m’en tenais là, me nourrissant des entraînements toujours plus éprouvant de Goldstein, des répétitions intenses le reste de la journée et de la frénésie de la tournée. Pour cacher cette souffrance qui me rongeait malgré mon naturel optimiste, je me fondais intégralement dans la musique, me vouant corps et âme dans cette comédie musicale. Cela ne devait pas déplaire à compositeur qui m’avait déjà gratifiée de quelques compliments. J’en ressortais toujours le sourire aux lèvres comme une gamine d’avoir obtenu l’approbation d’une personne qui devenait brusquement aussi importante dans ma vie. Je le maudissais tous les matins quand mon réveil sonnait, et quand nous nous trouvions sur le terrain d’entraînement. A chacune de mes pompes, j’avais envie d’enfoncer mes ongles dans son visage. Je n’étais pas d’un naturel belliqueux, mais j’aurai été capable du pire dès qu’un sourire narquois se dessinait au coin de ses lèvres et que je me prenais une remarque acerbe dont lui seul avait le secret. Dans ces moments-là, je me rappelais les paroles de Bucky qui insistaient sur le fait qu’il faisait cela pour mon bien et celui de la comédie musicale. Il souhaitait une Satine parfaite. J’allais lui offrir. Et je redoublais de ces efforts qui m’épuisaient du levé ou coucher du soleil, m’empêchant de me perdre dans de sombres pensées. Puis dès lors que nous nous retrouvions dans la salle de répétitions et que ses doigts caressaient doucement les touches du piano pour se joindre à ma voix, je ne pouvais m’empêcher de l’adorer. Pour ce génie qu’il était. Pour ce musicien extraordinaire. Pour cet esprit inflexible qui obtiendrait assurément le succès. Et cette grande réussite, j’en ferai aussi partie. Cette idée me grisait au plus haut point, d’autant plus que mon amie Héloïse n’arrêtait pas de multiplier les surnoms pour associer mon nom à celui d’une future star. Une étoile qui éblouirait la foule. Parfois, avant de m’endormir, j’en rêvais. Au fur et à mesure, le rang du casting s’était suffisamment grossi pour que nous puissions débuter la confection des affiches de promotion. Avec bonheur, je retrouvais ma jumelle dans le cadre professionnel. Bien qu’elle ne dise rien, je me berçais de ses regards tendres qu’elle ne pouvait s’empêcher de me jeter parfois. Les affiches promettaient d’être fabuleuses. J’avais tellement hâte…

Et dans ce même élan de promotion, aujourd’hui devait se tenir la première conférence de presse attachée à la réalisation de la comédie musicale. J’avais été convié par Goldstein et je me serai mal vue lui refuser, d’autant plus que Damien y serait. Satine ne pouvait être séparée de son Christian. J’étais soulagée de m’entendre aussi bien avec mon compagnon de scène. J’avais eu l’occasion d’entendre sa voix plusieurs fois, si loin de celle d’Ewan McGregor. Bien que je voue un culte à cet acteur, je devais admettre que le choix de Goldstein était brillant. Ce serait un nouveau Christian qui saurait bouleverser son public. Damien était tellement intense. Nous serions donc trois : Goldstein, Damien et moi. J’en étais morte de trouille. J’avais à peine dormi, m’imaginant mille scénarios catastrophiques. J’étais connue pour être une maladroite, une fille qui parlait trop et s’embourbait dans ses paroles. Je craignais qu’avec la pression, je ne réponde mal aux questions et passe pour une sotte. Goldstein ne me le permettrait pas et je me ferai casser les dents dans un couloir. D’autant plus qu’il y aurait des journalistes, des photographes et peut-être même des caméras. La moindre bévue serait enregistrée. Je souhaitais être célèbre, mais pas pour mes bêtises, mais bien mon talent. Je ne voulais rien gâcher.
J’avais eu du mal à cacher mon soulagement quand Goldstein avait décidé que nous nous rejoindrions tous les trois au Conservatoire pour en partir ensemble. Je n’aurai su dire pourquoi, mais ça me soulageait. J’étais bien trop en avance que je me rendis à l’école. On aurait sûrement pu prédire que j’allais être en retard, passant un temps infini devant ma garde-robe pour choisir de la tenue adéquate. Sauf que ce petit manège, je l’avais déjà effectué hier. Héloïse était venue faire un tour par chez-moi en fin d’après-midi et nous avions débattu longuement sur le vêtement qu’il me faudrait. Rien de guindé, mais il ne fallait pas non plus que je me traîne en pantoufle. Tandis que nous effectuions ce choix terrible et que je jouais à Pretty Woman devant elle, elle me racontait avec des étoiles dans les yeux l’officialisation de son histoire avec Matthew. Je ne pouvais m’empêcher de ponctuer chacune de ses phrases de petits cris attendris. Ils étaient définitivement trop mignons tous les deux et je rêvais d’une histoire semblable. J’étais plus qu’heureuse pour elle et je lui fis promettre de me ramener un petit souvenir de France. Finalement, nous avions opté pour une belle robe blanche. Simple mais élégante qui s’arrêtait juste au-dessus de mes genoux. J’avais décidé de laisser mes cheveux libres afin de rester naturelle au possible. Le matin, je partais donc apprêtée de la sorte pour le Conservatoire. Dans les couloirs, il n’y eut que le silence qui me répondit. En même temps, j’étais définitivement trop en avance, rongée par le stress. Néanmoins, les murs de ce qui était devenu mon domaine me réconfortaient. Je m’enfonçais du côté de l’aile où je venais répéter tous les jours quand une mélodie se fit entendre. Laissant mes pas être guidés vers la salle de musique, les notes s’amplifièrent jusqu’à ce que je reconnaisse la main qui jouait ce morceau. J’avais entendu Goldstein jouer trop souvent du piano pour ne pas reconnaître sa manière intense et mélancolique de faire vibrer les cordes de l’instrument. Discrète, je me glissai dans la salle. Goldstein était de dos à moi, si bien que je me retrouvai à le contempler comme une semaine auparavant. Il dégageait cette aura touchante qu’il ne détenait que lorsqu’il se mettait au piano. Comme si, dès lors, il s’abandonnait totalement à la musique. Sans frontière. Sans faux semblants. Sans masque. Ainsi, je l’aimais. Je n’eus le courage de m’avancer que lorsque la mélodie cessa. Pourtant, mon cœur hurlait qu’il ne voulait ne pas qu’elle s’arrête. « Je vois que je ne suis pas la seule à m’être préparée trop tôt. Bonjour Monsieur Goldstein. » je dis avec un petit sourire en coin en rentrant dans son champ de vision. « C’était beau ce que vous jouiez… une nouvelle composition ? » Il risquait de comprendre que je connaissais trop bien tout son registre musical pour remarquer que ce morceau m’était inconnu. Je rougis légèrement. Je mis à tordre négligemment mes doigts. « Je crois que j’ai un peu le trac… concernant tout à l’heure. Vous avez dû tellement en faire, ce doit être un jeu d’enfant pour vous. » Il n’était pas un homme à se laisser facilement décontenancé et les caméras ne devaient pas l’effrayer. A vrai dire, c’était lui qui effrayait la caméra avec son regard noir et froid. « Ça va consister en quoi en juste ? Question que je ne dise pas de bêtises. » Parfois, il y avait des choses à ne pas révéler. J’aurai honte de faire du tort à la comédie musicale. Avant que Damien n’arrive, j’espérais encore quelques conseils.
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Gabriel Goldstein
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Jeu 20 Juil - 16:28

Comme bon nombre de matin, il était venu assez tôt au Conservatoire. Mélodie le tirait toujours du lit de façon fort matinale. En effet, l’enfant était fréquemment levée aux aurores, profitant du calme de la maisonnée, du sommeil de Delilah pour venir réveiller en douceur son père à coup de baisers et de câlins. Le petit-déjeuner était partagé entre eux, où se fondaient l’odeur du café et du pain de mie de grillé dont la petite raffolait. Cet instant n’appartenait qu’à eux où l’enfant n’était occupée qu’à raconter ses rêves et ses cauchemars face à un papa attentif, ne perdant pas une miette de ce que disait sa progéniture. La petite était intarissable en matière de sujet de conversation. Tout était prétexte à une conversation. Et le père ne pouvait qu’aller dans ce sens, fou amoureux de sa petite fille, agissant avec cet instinct de conservation afin de garder chaque détail sacré de vie passée avec sa petite. Tout pouvait arriver et si vite hélas… C’était l’épée de Damoclès trônant au-dessus de la tête de la petite famille. Il s’efforçait, cependant, de ne pas trop y penser. Et fort heureusement pour lui, il y arrivait plutôt bien. De toute façon, Mélodie était dotée d’une énergie inépuisable. Car, comme à chaque fois, lorsque les petits pains étaient engloutis, elle connaissait la suite de ce matin à l’aube. Sa petite main se glissait dans celle de son père pour l’amenait dans la salle de musique où trônait fièrement son piano à queue. Ça aussi, c’était leur rituel et assis côté à côté, Mélodie collée contre son père, Gabriel jouait pour elle, choisissant les partitions choisis par les délicates mains de la petite fille. Et dans ce monde semé de peur et d’espoir, il oubliait tout en sa compagnie, se perdant dans la douceur de ce confort de roi dans laquelle les Goldstein vivaient. Heureux en surface, craintifs en profondeur. Mais ça, il l’oubliait quand la mélodie emplissait l’air, que tout semblait devenir plus beau. Mélodie était capable de lui faire cet effet. Et quand bien plus tard, il finissait au Conservatoire, lorsqu’il prenait place sur le tabouret, lorsque ses mains se posaient sur le clavier et lançaient quelques notes pures, Gabriel s’apercevait combien tout était différent de la maison, loin de sa fille et de sa femme. Et pourtant, il se laissait envahir par la musique, par la délicate et fragile sonorité résonnant dans l’air, écorchant les murs et son âme tel le musicien meurtri qu’il était, doux au fond de lui. C’était un peu comme s’il ne se révélait que lorsqu’il était temps de faire usage de son talent, de laisser les doigts s’enfoncer agilement dans les touches.

C’était ce qu’il était en train de faire d’ailleurs. S’envoler. Loin du Conservatoire. Il avait du temps de toute façon. Avec les réveils à l’aube de sa fille, Gabriel avait le temps de se préparer par la suite et de finalement, monter dans sa voiture et foncer au Conservatoire lorsque Mélodie finissait par se lasser de lui, allant retrouver la chaleur des bras de sa mère. Il pouvait alors délaisser son rôle de père pour n’être que celui du musicien-compositeur qu’il était en créant cette comédie musicale. Rôle lui tenant à cœur, d’autant plus, qu’aujourd’hui, était un jour particulier. Il y avait les toutes premières conférences de presse et les journalistes avaient été nombreux à se noter comme présent. Forcément, les questions fuseraient de part et d’autre. Sur la pièce, sur la liste des comédiens, chanteurs à dévoiler. Il s’y était préparé avant de s’octroyer un petit peu de répit en jouant quelques musiques n’ayant rien à voir avec la Comédie musicale, de sa propre composition personnelle. Cette musique-là s’appelait « Delilah » et il y régnait comme une pointe de nostalgie et de regret. Douce, mélancolique et si triste. Tel le musicien déchu, il s’y perdait jusqu’à ce que le morceau se termina, qu’il reprit contenance et posa ses pieds sur terre s’apercevant qu’il n’était plus seul. « Ah bonjour Naïa, je suis content de vous voir. C’est tôt, c’est vrai mais l’agitation n’est pas un atout quand il s’agit de se concentrer. » Dit-il en se relevant de son siège et en s’approchant d’elle. Souriante, cette fille n’en demeurait pas moins un vent de fraîcheur bien qu’il aimait plus la martyriser qu’autre chose. C’était pour son bien qu’il se disait. Mais l’endurcir lui semblait être la meilleure des solutions, d’autant plus qu’elle allait faire face à bien pire qu’un Gabriel Goldstein. Bien qu’il ne cessait de lui expliquer de tout cela, il savait qu’elle ne fera son apprentissage que dans le tas. Comme lui. Comme Delilah. Comme tous ses artistes ayant compris que la gloire ne se gagnait pas dans la facilité. Surtout dans leur milieu. Cependant, il se garda de la mettre en garde, de toute façon, Satine était bien plus enthousiaste sur ce qu’il venait de jouer. « C’est un morceau que vous n’entendrez pas sur Youtube. » Il se mit à sourire, mystérieux. « C’est une composition personnelle. » Il ne comptait pas parler de la personne ayant permis cette inspiration, Gabriel était assez réservé sur sa vie privée. Il changea donc bien vite de sujet : « Prête pour tout à l’heure ? » Demanda-t-il avec un sourire en coin, s’asseyant sur une des chaises faisant face à la scène où il avait joué. Elle avait le trac et c’était compréhensible, elle semblait croire qu’il serait à l’aise. Et forcément, les questions fusèrent. « N’ayez aucune crainte, Naïa. Tout se passera bien. Comme je vous l’ai déjà dit, il faut que vous acceptiez l’idée qu’en face de vous, ces journalistes ne seront pas vos amis, qu’ils vous testeront avant de vous aimer. Soyez naturelle.  » Il eut un nouveau sourire et ajoute « Si ça peut vous aider, quand je me trouve en face d’eux, je me dis que ces gens, en face de moi, ne sont rien d’autre que des fouines, qu’ils n’auront jamais ma gloire… ça aide. » Même si ça paraît un peu péteux. Mais il s’en moque. Il a fait fi des journalistes et de leurs comportements trop souvent scandaleux. « Ensuite, ils vont principalement me poser des questions. A vous, ils vont certainement vous poser des questions comme « pourquoi le Moulin Rouge ? », pourquoi « postuler en tant que Satine », vous voyez ? Ils ne vous connaissent pas encore. » Et de ce fait, elle devrait encore être protégée, le temps d’avoir plus confiance en son talent, en ce qu’elle savait faire. « Voulez-vous que nous nous échauffons un peu avant de nous rendre à la conférence ? Pas de pompe cette fois-ci.. » Finit-il par dire précipitamment en voyant la lueur dans son regard. « Juste votre voix et le piano, d’accord ? »

***

Après le temps d’une pause musicale, il avait été temps de quitter le Conservatoire. Il avait apprêté son chauffeur et il était monté à l’arrière avec Naïa en sa compagnie. Le trajet se passait calmement. Sans accroche, si ce n’était que Gabriel, de temps en temps, évoquait ce qu’il faisait concernant la Comédie musicale, sur les nouvelles embauches, sur les commandes, sur les photos que prendrait bientôt la sœur de cette dernière. Rien de bien intéressant pour un public lambda, mais pour Naïa, c’était autre chose. Elle était cette Satine qui se fondrai, bientôt, dans ce décor qu’il imaginait depuis un moment. Il n’avait pas forcément envie que la conversation ne se ramollisse. Dans une voiture, il appréciait peu les silences. Mélodie se chargeait toujours d’apporter un peu de vie dans cet habitacle. Il trouvait d’ailleurs une des figurines de sa fille coincée dans un rangement se trouvant à ses côtés. Et inconsciemment, il fit jouer l’objet entre ses doigts tandis qu’il était curieux au sujet de sa partenaire. Il n’avait jamais vraiment eu le temps de se parler. « Et sinon, Naïa, la chanson a t-elle toujours fait partie de votre vie ou bien est-ce une passion découverte tardivement ? Personnellement, j’ai toujours été convaincu qu’on ne devenait pas artiste en un claquement de doigt, on a cela dans le sang. Un peu comme votre sœur avec la photographie. » Finit-il par dire, vantant les mérites de Jahia, tout particulièrement douée.

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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Sam 5 Aoû - 23:11

Les notes s’envolaient avec volupté. Je sentais tout mon épiderme se soulever dès que ses doigts agiles caressaient une touche. Mon cœur se serrait dans ma poitrine quand les notes se déchiraient dans l’espace du Conservatoire. Il y avait quelque chose d’infiniment mélancolique et triste dans le morceau de Goldstein, qui se contrebalançait par une pureté saisissante. La moindre de ses partitions témoignait de l’ambivalence du personnage que représentait mon patron. Il n’était pas uniquement ce génie musical. Il n’était pas uniquement ce tortionnaire perfectionniste. Il était un homme avec ses failles et ses douleurs. Ses frustrations et ses regrets. Ses doutes et ses peurs. Je sentais tout cela juste en laissant la mélodie emplir mon cœur et mon âme. Dans ces moments-là, il parvenait à me toucher jusqu’au fond de mes entrailles. Sa musique faisait ressortir tous mes démons. Elle me les exposait en plein visage à m’en faire pleurer toutes les larmes de mon corps. Les souvenirs douloureux, les déchirures, les traumatismes, les découragements, l’épuisement. Et pourtant, je ne détournais pas les yeux. Il y avait cette note d’espoir qui me donnait la force suffisante pour affronter les ténèbres, pour leur tenir tête jusqu’à ce qu’ils disparaissent d’eux-mêmes. D’une manière surréaliste et mystique, sa musique me rendait plus forte. Plus courageuse. Cette composition, c’était la sienne. Elle sortait de ses tripes, de ses souvenirs, de ses épreuves. Il n’en paraissait que plus humain, et soudain, je me surpris à l’aimer ainsi. Enveloppé de cette musique dépourvue de pudeur. Il était lui.
« Oui, je préfère le calme moi aussi. » dis-je suite à ses réflexions sur l’agitation. J’avais fini par me manifester à lui, l’interrompant dans ses répétitions. Je fis remarquer que ce morceau n’était pas connu. Est-ce que je venais d’assister à la naissance d’un esprit prolifique ? Visiblement, c’était le cas. J’avais l’honneur d’avoir entendu une composition. « C’était magnifique. » Mon sourire se fit mélancolique, comme si la mélodie m’habitait encore. C’était sûrement toujours le cas. Il me demanda ensuite si j’étais prête. Je n’en étais pas bien sûre. Cette conférence de presse me mettait dans tous mes états. Je craignais de ne pas être à la hauteur et de prononcer les paroles qu’il ne fallait pas. Je ne voulais pas mourir de honte, et encore moins faire défaut à Goldstein. Lui, il devait y être habitué depuis le temps. Puis il possédait un aplomb. Je me demandais bien ce qui pouvait le stresser dans la vie. Rien, je pense. Je suis persuadée que si quelqu’un venait lui annoncer qu’il avait le cancer, il resterait impassible. Parce qu’il devait savoir que le cancer partirait tout seul, ayant trop peur de Goldstein. Je fus néanmoins rassurée par ses paroles. J’étais agréablement surprise de le trouver si aimable à mon encontre et de ne pas recevoir une nouvelle parole acerbe. Apparemment, c’était jour de trêve. En soi, je n’étais pas bien rassurée parce qu’il ne se faisait pas d’illusions sur ce qui allait se passer. Les journalistes allaient tout épier. Ils déformeraient sûrement tout. Ils chercheraient à m’évincer. Je fus surprise de son conseil. Un brin gêné aussi. « Sauf que la gloire, je ne l’ai pas encore… » j’osai tout juste. Sans remettre le talent de Goldstein en cause, il n’était pas dit que la pièce serait un succès, que je serai une Satine aimée ou crédible. Je faisais encore partie du banc des anonymes. Je hochai la tête quand il me donna des idées des questions. « Oui, je vois. Je pense que je devrais y arriver. » Je reprenais contenance et mon calme. Puis je n’étais pas seule après tout. Quand il parla de s’échauffer, j’ouvris de grands yeux effrayés. Quoi ?! Encore un entrainement ? A courir et tout ? Mais je ne voulais pas arriver puante et essoufflée à la conférence ! J’avais mis suffisamment de temps à m’arranger ce matin. « Mais, je… » Sauf qu’il parlait de s’échauffer la voix. J’eus un grand soupir de soulagement. « Ouh j’ai eu peur. J’ai cru que vous vouliez encore me briser le corps. » OK, c’était étrange comme formulation. Je devins rouge comme une pivoine et me raclai la gorge. « Mmh oui… juste ma voix et le piano. » Il n’attendit pas une proposition. Il joua un air au piano que je reconnus immédiatement. La première chanson que j’avais chantée aux répétitions. Je souris avant d’allier ma voix à la mélodie du piano. C’était simple. C’était beau. C’était pur.

***

Dans cette voiture avec Goldstein, je me sentais brusquement gênée. Dorian avait précisé que finalement, nous le retrouverions directement là-bas. Ce n’était pas tant le fait de me retrouver seule avec mon patron qui m’intimidait –j’avais l’habitude- mais plus parce que je me faisais conduire par un chauffeur. Pour la première fois de ma vie. Moi, la simple Naïa Argent, j’avais un chauffeur pour une fois. J’étais parfois interrompue dans mes considérations par un Goldstein qui m’en apprenait plus sur la comédie musicale et son déroulement. Agissait-il ainsi avec tout le monde ? J’aimais à croire que non, que j’étais un peu plus spéciale que les autres. J’étais, bien entendu, suspendue à ses lèvres et je buvais ses paroles. Il me semblait que j’étais une petite fille à qui on racontait une merveilleuse histoire. Une histoire dont j’étais l’actrice principale. Ma bulle d’enchantement se perça quand il fut plus curieux à mon sujet. Je ne pus m’empêcher de m’attendrir de l’entendre si bien parler de ma sœur. Jahia, c’était toute ma vie. Ma jumelle. J’aimais que son travail soit reconnu. « Non, c’est arrivé très tôt. Pour le plus grand malheur de ma famille. » je lui appris en riant doucement. « Il me semble que je chante depuis toujours. Toute petite, je cassais déjà les oreilles de toute ma famille. Je chantais tout le temps, et souvent, mon frère Konan m’envoyait des coussins dans la tête pour me faire arrêter. Je suivis des cours de chant, puis au lycée, j’ai créé ma propre chorale. Nous n’étions pas beaucoup et on se moquait de nous. Sauf que je ne pouvais pas m’en empêcher, c’était plus fort que moi. » Imprégnée de ce que je disais, une lueur brilla dans mes yeux. « La musique, c’est toute ma vie. J’en ai besoin continuellement. Quand je suis heureuse ou malheureuse, quand j’ai besoin de m’exprimer ou de me taire. Quand je pleure ou que je ris. Chanter, c’est comme respirer pour moi. Si on m’enlève le chant, je crois que je pourrai mourir. » Ce pouvait être exagéré, mais je le ressentais ainsi. Je tournai le regard vers Goldstein. « Cela doit sûrement vous faire pareil, non ? » je demandai timidement avant de voir l’objet qui se trouvait entre ses doigts. Une petite poupée de fillette. Un sourire s’étala sur mes lèvres. « Vous avez une petite fille ? Je ne le savais pas. Comment s’appelle-t-elle ? Quel âge a-t-elle ? » Je m’enthousiasmai vite, adorant les enfants. De plus, imaginer mon patron en papa avait quelque chose de surréaliste. Je regardai brusquement par la fenêtre quand la voiture s’arrêta. Nous étions arrivés, avec toute une armada de journalistes. Mes entrailles se nouèrent et ma main agrippa le bras de Goldstein sans que je ne m’en rende compte. « Mon dieu… je n’ose pas sortir. Tous ces gens… » J’étais morte de trouille. Pourtant, je l’avais rêvé tout cela. Mais maintenant que cela devenait la réalité, je me sentais défaillir.
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Gabriel Goldstein
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Dim 20 Aoû - 20:25

Il devait admettre qu’il appréciait Naïa. Elle avait du talent, c’était indéniable et il était fier d’elle bien qu’il se gardât de le dire. Les compliments chez lui étaient rares, il n’était pas homme à réellement dire le fond de sa pensée, surtout en compagnie d’artistes. Il trouvait, qu’au contraire, en entretenant une part de mystère dans son jugement, cela permettait ainsi d’apporter plus de stress à celui qui attendait les encouragements et le poussait à se surpasser. Combien de fois, avait-il vu des musiciens, des chanteurs s’écrouler par trop d’autosatisfaction, et de repos sur les acquis. Le monde de la musique était cruel. Il fallait constamment se renouveler, il fallait tout le temps rester sur le qui-vive face à un public se lassant trop vite, face à une concurrence terrible. Aussi, dans la préparation de la comédie musicale, Gabriel se montrait impitoyable, stressant mais surtout, il poussait le comédien à donner le meilleur de lui-même et c’est qu’il ressentait en dévisageant cette Satine qu’il avait fini par choisir. Il n’était pas déçu de son choix car, quand bien même, il ne disait rien, la brune donnait le meilleur d’elle-même, dans les échauffements, dans les cours ainsi que les répétitions. Et puis surtout, elle était un esprit gai et enjoué. Souvent, il la voyait faire et ne pouvait qu’apprécier qu’elle puisse avoir une âme simple et généreuse, qu’elle puisse bien s’entendre avec Dorian, incarnant Christian. Aussi, relâchait-il du lest. Surtout aujourd’hui, parce qu’à la dévisager, il avait fini par apprendre pas mal de détails sur elle, notamment la gestion du stress. C’était une chose qu’elle gérait mal, approchant dangereusement la panique quand elle sentait qu’elle ne maîtrisait plus rien. A vrai dire, Naïa était semblable à un chaton, il ne fallait pas l’abandonner, il fallait toujours être dans son sillage afin de la rassurer, de lui confirmer que tout allait bien, qu’elle n’avait rien à craindre. Parce qu’il fallait voir comme son visage pouvait se décomposer en une fraction de seconde. Comme lorsqu’il prononça le mot « échauffement ». Elle devait, déjà, s’imaginer en train de devoir faire des pompes. Ce qui le fit rectifier ses propos, il parlait juste de chant. Il s’agissait toujours d’un moyen utile pour se vider la tête et décompresser un peu. Quelque chose lui disait que Naïa Argent allait avoir besoin de lui. Ce qui ne lui déplaisait pas.

***

Dans la voiture les menant vers le lieu du rendez-vous, il préféra briser le silence en questionnant Naïa sur des questions un peu plus personnelles. Notamment sur ce qui avait pu la motiver à chanter. Il ne put que sourire en l’entendant évoquer le désarroi de sa famille. C’était normal et il croyait se voir, lui aussi, quand il voulait tout le temps jouer du piano. Combien de fois, la femme de chambre l’avait trouvé endormi sur le tabouret du piano alors qu’il s’était levé à une heure avancée de la nuit pour jouer et ce, malgré l’interdiction de ses parents. Il avait ça dans le sang, au même titre que Naïa. Cette dernière avait toujours aimé le chant, créant sa propre chorale. Ce qui ne manqua pas de le surprendre. « Votre propre chorale ? Et bien, je suis étonné je dois dire. Mais je vous comprends. » Dit-il tout en laissant continuer à parler, à expliquer ce que la musique lui apportait dans sa vie. Et il la comprenait si bien alors. Parce qu’il ressentait la même chose. Parce qu’il avait ce besoin de sentir ses doigts caresser les touches de son piano, parce qu’il avait envie d’entendre ce son si harmonieux emplir l’espace, parce qu’il adorait quand il s’enfermait dans sa bulle, quand il devenait simplement l’artiste, délaissant l’enveloppe de Gabriel Goldstein. Alors là, et seulement là, il avait l’impression d’être lui-même, plus que jamais. « Alors vous êtes vraiment née pour devenir une artiste, Naïa. N’importe quel humain lambda aimant tel ou tel instrument pourrait vivre sans. Alors qu’en réalité, lorsque l’on aime cela, lorsque le désir de jouer, de créer, de chanter est si fort, c’est que, jamais, on ne pourra s’en défaire. » C’est ce en quoi il était différent de Delilah. A l’inverse d’elle, il réussissait encore à jouer. Il ne pouvait vivre sans, surtout dans ces moments difficiles qu’il traversait, auquel il songeait alors qu’il tenait la petite poupée de sa fille entre ses mains. Il ne se rendait pas compte de ce geste machinal jusqu’à ce que Naïa lui fasse la remarque. Les questions le firent sourire comme tout parent souriant de fierté face à la beauté de sa progéniture. « Cette poupée s’appelle Lady. Et en effet, elle appartient à ma petite fille, Mélodie. Elle est âgée de cinq ans. Et c’est une petite merveilleuse. Vous savez, son prénom, a une signification se rapportant à la musique, en français. » Il sourit de plus belle, complètement gaga de son enfant tandis qu’il évoqua ensuite, la mère. « Ma femme est une musicienne aussi, alors forcément, Mélodie évolue dans le monde de la musique. Et c'est une vraie perle, non pas que j'agis en papa gâteux. » Bon c'est vrai qu'il l'était.

Ils arrivèrent bien vite et il fut surpris par l’armée de monde s’y trouvant. Pour l’instant, les gens ne s’étaient pas encore installés à l’intérieur de la salle de conférence. Mais ça n’avait rien d’un gala ou d’une première. Ici, les journalistes s’amassaient mais ce n’était pas comme sur un red carpet. Pourtant, cela fut suffisant pour Naïa de paniquer alors que le chauffeur sortait pour venir lui ouvrir la porte. Le fait qu’elle lui agrippe le bras ne lui parut pas dérangeant. Il comprenait, cependant, il ne pouvait pas la laisser dans sa zone de confort. « Naïa, sortez, vous n’avez rien à craindre. Ce ne sont que des journalistes et ce n’est pas une première. Vous aurez le temps de stresser. » Il se déroba gentimment pour sortir à son tour de la voiture et venir faire le tour pour se poster devant elle. « Ils ne vous mangeront pas. Au pire, ils vous demanderont si vous vous rappelez quand dans le Moulin Rouge, Nicole Kidman est blanche comme un cul et possède des cheveux rouges. » Dit-il avec un sourire en coin, destiné à la décoincer un peu. A ces mots, il lui tendit la main et ajouta d’une voix sans appel « Venez, c’est un ordre. » Non parce qu’elle n’allait pas lui faire son cinéma tout le temps. Le stress, c’était bien, mais il fallait qu’elle se maîtrise. Ce genre de comportement pouvait mettre la puce à l’oreille et il ne tenait pas à ce que ça s’ébruite, ni même que des ragots en découlent. Ça risquerait de fortement le contrarier. « Et vous n’êtes pas seule Naïa, n’ayez crainte, je suis là. »

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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Mer 30 Aoû - 20:01

Se retrouver dans la même voiture que Gabriel Goldstein n’avait rien d’effrayant en soi. Enfin… depuis que je le connaissais mieux. Cela dit, sa présence restait intimidante. Mais ce qui travaillait le plus, c’était cette histoire de chauffeur. De toute ma vie, je ne m’étais encore jamais fait emmener par un chauffeur où que ce soit. Pas même un taxi. Pas même lors du bal de promo où les garçons louent généralement une limousine. Nada ! De ce fait, je me retiens de sourire parce que j’ai la sensation d’être une princesse dans le carrosse qui l’amène à son premier bal. Pitié que la voiture ne se transforme pas en citrouille ! Ainsi, tout ça, c’est le train de vie de Goldstein ? Je parie que chez lui, il doit avoir une armada de personnel à son service. Un pour chaque pièce de la maison. Plus la cuisinière, celui qui cire ses chaussures, le jardinier, le gars qui nettoie les voitures, etc… En même temps, avec tout le travail qu’il a, il n’est pas question qu’il s’occupe de la moindre histoire d'intendance pour sa demeure. Qu’en était-il de sa femme ? Je ne pouvais pas m’empêcher de l’imaginer belle et élégante. Était-elle aussi froide que lui ? Aussi exigeante ? Ou bien était-elle son total opposé ? Frivole et légère. Ce n’aurait pas été la première fois qu’on aurait vu un homme aimer une femme qui ne lui ressemblait en aucun point. Elle aussi était dans le monde de la musique ? Toutes ces questions fourmillaient dans ma tête avec l’envie terrible d’y répondre rapidement. Mais je préfère me taire et poser sagement mes mains sur mes genoux pour éviter tout débordement. Déjà que je suis monstrueusement anxieuse et gênée. Je pourrai faire un malaise tant mon cœur bat à tout rompre. Il me vint brusquement l’idée que cette vie Goldsteine pourrait être un jour la mienne. Et si la comédie fait un triomphe ? Et si ma carrière décollait enfin ? Et si j’étais célèbre et que je ne cessai d’enchaîner les contrats pour les plus grands ? Mon esprit vagabonde vers un destin fait de paillettes, de flashs de photographe et de projecteurs. Je pourrai peut-être même démarrer un jour une carrière dans le cinéma ! Et moi aussi, j’aurai un chauffeur rien que pour moi. Une grande maison avec du personnels où je pourrai loger toute ma famille et mes amis. Je pourrai même créer une salle exprès pour Panpan. Un jardin privé spécial lapin ! Je me retiens d’envoyer un texto à Héloïse pour lui communiquer mon idée de malade. Je lui dirai tout ça en l’appelant après la conférence de presse. Cette dernière m’avait bien fait promettre de tout lui raconter en détail.

Ma petite bulle de rêve se perce quand Goldstein prend la parole. Il s’intéresse pour la première fois à mon parcours et à mon amour de la musique. Il n’aurait pas pu trouver un sujet qui m’égaye plus que celui-là. Il n’a pas besoin d’en dire plus pour que je monopolise la parole, allant de ma petite enfance en passant par le lycée et en évoquant la puissance de ma passion. Je rougis de contentement et de fierté lorsqu’il s’admet étonné que j’ai pu créer une chorale. Mais de sa bouche, je prends plutôt cela pour une infime part d’admiration. C’est que je commence à le décoder maintenant ! Je me livre entièrement, n’ayant aucune pudeur à évoquer ma nécessité à vivre avec la musique. On pourrait tout me retirer, mais certainement pas la musique, sinon, je pourrai en mourir. Mon cœur bat plus fort dans ma poitrine quand Goldstein échange son point de vue avec moi. Mieux encore, il nous décrit comme semblable. Nous possédons cette fibre artistique, ce besoin constant de jouer, de créer, de chanter… C’était acquis. C’était dans notre sang. Je souris, le regardant avec une admiration que je n’avais jamais eu jusqu’alors. Je finis par me reprendre, détournant subitement la conversation vers un sujet qui m’est évoqué par la poupée qu’il détient entre les mains. Je doute fort que Goldstein s’accorde des pauses pour jouer à la Barbie, donc ce doit être forcément à son enfant. Après tout, Bucky n’avait-elle pas évoqué une petite fille un jour ? Je ne parviens plus vraiment à me souvenir, mais toutes mes questions me permettront de me rafraîchir la mémoire. Je vois le sourire de fierté qui étire les lèvres de mon patron. C’est la première fois que je le devine ainsi. En père aimant. Cette poupée n’est autre que celle de sa fille Mélodie. Je souris. « Un prénom tout à fait à propos pour les musiciens que vous êtes alors. » Son monde entier tournait autour de la musique. Étonnement, je sens une pointe me tordre les entrailles quand j’apprends que sa femme fait aussi de la musique. Je ne sais pas pourquoi, cette information me dérange mais je ne montre rien. « Je devine que vous avez rencontré votre femme par la musique aussi, pas vrai ? Elle chante, elle aussi ? » Inconsciemment, ça me contrarirait qu’elle chante comme moi. Pour quelle raison ? Je l’ignore.

J’en oublie bien vite cette jalousie insoupçonnée quand la voiture s’arrête. Nous y sommes… ça y est. L’interrogatoire de Goldstein m’avait presque fait oublier que la conférence de presse était imminente. L’angoisse revient plus intense encore. Pourtant, il n’y avait rien de terrible qui devait nous attendre, mais je suis morte de trouille, agrippant même le bras de Goldstein. Ce dernier se montre étonnement gentil, sortant de la voiture pour venir de mon côté de la portière que le chauffeur venait de m’ouvrir. J’écarquille de grands yeux face à sa réplique sur les pauvres fesses blanches de Nicole Kidman avant d’étouffer un léger rire. Soudain, il me tend la main et je ne sais pas si je suis tétanisée parce que je ne pourrai plus reculer ou parce que sa main va se retrouver dans la mienne. Face à son ordre, je ne me le fais cependant pas dire deux fois. Mes doigts se glissent momentanément dans les siens pour sortir de la voiture. Mon souffle se coupe et je retire ma main sitôt sur pied. Là, je prends une grande inspiration, fermant les yeux. Je pense à toutes les paroles d’encouragements de ma famille, de mes amis et de mon beau Caleb. Puis je les rouvre, lisse les pans de ma robe, ajuste correctement ma coiffure et j’adopte une posture plus assurée. Je suis morte de trouille à l’intérieur, mais ça ne se voit pas. « On peut y aller. » Je suis Goldstein sans faire plus de cérémonie, rentrant dans le bâtiment par l’entrée des artistes. Il ne faut pas plus de temps pour qu’à l’intérieur, on nous remette des pass spéciaux. Je vois mon petit nom écrit sur le carton et un sourire niais s’affiche sur mon visage. Je croise le regard de Goldstein, ne pouvant pas m’empêcher de glousser comme une enfant de contentement. Je me racle la gorge, reprenant mon sérieux pour le suivre. Nous retrouvons rapidement Damien, avec l’acteur du Duc ainsi que de Zigler. Bref, les rôles principaux. « En route, ça va être à vous. » Mes entrailles se nouent tandis que les autres paraissent complètement détendus. Comment font-ils ?! On quitte les loges pour venir dans une grande salle. Je dois m’admettre assez étonnée. Ce n’est pas trop comme je me l’imaginais. De longues rangées de chaises sont tournées face à plusieurs tables alignées. Sur les tables, plusieurs noms figurent, de même que des micros. Je m’assois à ma place assignée, me retrouvant entre Goldstein et Damien. Dans le fond, ça me rassure quelque peu. Je me concentre momentanément sur le micro en face de moi, tentant de faire abstraction de l’armée de journalistes qui se trouve en face de nous et des quelques flashs qui fusent. Quand tout le monde est installé, la conférence de presse peut commencer. L’organisateur de l’événement fait un rapide discours d’introduction avant que les journalistes ne puissent enfin s’exprimer. Les mains se lèvent telle une nuée, mais je me demande bien à quoi ça sert, puisqu’il semble que c’est celui qui crie le plus fort qui détient la primauté. « Monsieur Goldstein, d’où vous est venue cette idée de vous attaquer à l’une des plus grosses comédies musicales à notre temps ? N’avez-vous pas peur de ne pas être de taille ? » Whaaa ça démarre sec les questions. Je me pince pour ne pas paraître choquée. A cause de moi, Goldstein fait preuve d’un flegme incroyable. Un autre surenchérit. « Les rumeurs disent que votre production se distinguera fortement de la première. En quoi pensez-vous que vous tiendrez votre pari ? » Bon sang… faut que je me prépare pour mes questions là. Sinon, je vais être prise de court ! Je tourne la tête vers Goldstein, curieuse de savoir ce qu'il va répondre.
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Gabriel Goldstein
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Dim 10 Sep - 20:34

C’était étrange… Cette barrière paraissait s’être évaporée. Comme s’il n’y avait plus que deux êtres humains dans cette voiture. Gabriel paraissait plus doux, moins dissimulé derrière son éternel masque de froideur. Cette fois-ci, il ne pouvait se laisser aller à la lubie d’être le tortionnaire comme il l’avait été au début lorsqu’il avait rencontré Naïa, qu’elle semblait croire qu’en évoquant son admiration, il y aurait un quelconque traitement de faveur, que sa douce voix lui apporterait un entraînement plus doux. Que nenni ! Gabriel Goldstein n’était pas connu pour sa patience et sa douceur. Avec lui, les choses allaient dans une unique direction mais elles étaient bénéfiques au final. Et ça, il en était assez fier. Ce n’était pas dans son genre de faire dans le social. La gentillesse ne lui apporterait pas le succès de sa comédie musicale et ça, il y tenait. Parce qu’il avait cela dans le sang, parce qu’il adorait la musique, parce qu’il s’agissait d’un défi de taille après avoir été dans l’ombre suite à la naissance de sa fille. Il voulait que ça marche. Il y tenait ardemment. Aussi, était-il intransigeant mais au moins, il le faisait sans le dissimuler, sans laisser croire qu’être à ses côtés seraient une partie de plaisir. Oh non… Loin de là, Gabriel était sincère de ce côté-là. La comédie musicale devait marcher. Il en tenait de beaucoup de choses. Mais il n’en demeurait pas moins humain et évoquer son enfant ou sa femme avec Naïa, apportait une facette plus douce au personnage. Il paraissait comme métamorphosé, delivré de son enveloppe de tortionnaire. Et ça faisait du bien. De parler de la musique. De parler de sa perle rare. Comme de Delilah. Le souvenir embuait un regard ému tandis qu’il évoquait le choix du prénom de son enfant en rapport avec la musique. Forcément, Mélodie vivait dans une aura musicale entre ses musiciens de parents. Et Naïa lui posa également des questions au sujet de son épouse, quant à savoir si elle chantait ou se contentait de jouer un instrument.  « Non, elle ne chante pas. Elle joue du violon. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés il y a des années de cela. A l’époque, elle était une violoniste qui cherchait à être reconnue et nous devions jouer ensemble. » Il se mit à rire, se remémorant cette rencontre, ô combien chaotique. « C’était assez drôle. Nous nous sommes détestés dès l’instant où nous nous sommes aperçus. Et pourtant, à deux, sur scène, nous étions capables d’être en symbiose. Le son noble du piano allié à la délicate complainte d’une corde vibrant sous la caresse de l’archer. » Et ils étaient tombés amoureux de la manière la plus improbable. D’une façon étrange mais si puissante. Au même niveau que la passion musicale les animant. Et bien des années plus tard, ils étaient encore là. Vieillis mais l’amour subsistait, encrassé par trop de misères. Les Goldstein devaient sans doute prendre le temps de se parler.

Bien vite, cependant, la conversation fut interrompue par leur arrivée et au stress que Naïa témoigna. Là encore, le pianiste se montra plus que patient. Il comprenait après tout. Et il jugeait son idée de l’amener ici, très bonne. C’était un excellent exercice en comparaison avec ce qui l’attendrait par la suite. Pourtant, ses paroles furent pleines de bon sens. Et il ne se montra pas brusque ou intransigeant. Même lorsqu’il évoqua l’ordre. Il ne put s’empêcher de sourire tout comme de lui tendre la main. Elle devait comprendre qu’elle n’était pas seule. Aussi, fut-il content de la voir glisser ses doigts délicats contre sa paume rugueuse. Le contact lui provoqua un courant électrique partant de la lisière de son cou et descendant dans sa colonne. Quelque chose qu’il ne comprit pas immédiatement et donc le battement affolé de son cœur s’apparenta à la seule adrénaline d’arriver parmi les journalistes. Après tout, Gabriel avait aussi des choses à prouver. Il était le pianiste s’étant tu pendant les cinq dernières années. Il devait montrer qu’il n’avait pas perdu la main, qu’il avait toujours ce génie et cette créativité. Aussi, il resta digne tandis qu’ils se dirigèrent vers les sièges attribués. Aussitôt, les questions fusèrent auquel il répondit avec tout le calme et le sang-froid dont il pouvait faire preuve « Vous savez, si je ne me pensais pas capable, jamais je ne me serais lancé dans un tel projet. Avoir le cran de faire une telle reprise, c’est avoir les compétences nécessaires pour le faire. Et puis, j’ai une bonne équipe. Question suivante. » Et aussitôt, une autre intervint, évoquant les atouts de sa propre reprise. « L’idée c’est d’arriver à faire quelque chose d’encore plus grandiose. De surcroit, c’est une comédie musicale alors, il sera question pour l’équipe d’apporter un spectacle plus vivant que jamais. En un mot, nous comptons vous éblouir.  » Et ça les journalistes aimaient être présentés, ainsi, d’ailleurs, l’un d’eux curieux, posa une nouvelle question. « Et pensez-vous qu’en recrutant une équipe d’anonymes, vous allez pouvoir tenir votre pari. Ne craignez-vous pas le désintérêt général suite à un tel choix ? » Il prit le temps de réfléchir, avant de répondre toujours de ce ton détaché. « Et bien, je dois admettre que non. Après tout, quelle différence peut avoir quelqu’un de connu à celui d’un inconnu en dehors de la célébrité. Nous avons fait en sorte de recruter des talents novateurs. Nous avons confiance en eux et par exemple, vous avez l’honneur d’avoir devant vous ceux qui incarneront Satine et Christian. Ils sont inconnus et pourtant, ils sont dotés d’un talent fou et d’une envie de vous émerveiller. Le rêve de gloire entretien encore plus l’envie de bien faire. » Et à ces mots, il glissa un sourire confiant à ses protégés lorsqu’un journaliste bien vite sa question. « Mademoiselle Argent, pouvez-vous nous parler de votre travail avec Monsieur Goldstein ? Il est décrit comme quelqu’un de particulièrement terrible. Est-ce vrai ? Que pouvez-vous dire, vous qui êtes sous les feux des projecteurs ? Comment percevez-vous ce qui adviendra bientôt, à savoir la fameuse grande première ! Vous sentez-vous à la hauteur ? »


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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Jeu 5 Oct - 22:16

Je me sens terriblement démunie, au bord de la crise de nerf. Devoir m’exprimer face à un public, ça m’a toujours fichu une frousse monstre. Un comble pour une fille qui rêve de devenir célèbre ! Sauf que voilà, j’étais ainsi. Mes pires souvenirs d’école étaient toutes les fois où j’avais dû passer à l’oral devant mes camarades ou devant un jury. Les épreuves du BAC… une horreur. Je bafouillais. Je me tordais dans tous les sens. Je balançais des âneries alors que je connaissais parfaitement mon cours, juste parce que l’angoisse venait me saisir. En revanche, je n’avais aucune pression à me produire devant un large public ou d’être le centre de l’attention quand il s’agissait de chanter. Dès lors que je m’exprimais au travers de ma voix et d’une mélodie, tout me paraissait bien plus simple, comme si ce n’était pas moi qui chantais véritablement. J’étais étreinte d’un sentiment de liberté grisant. J’en oubliais le public qui m’entourait, la scène autour de moi ou le jugement des gens. Je me trouvais habitée par ce que j’étais en train de produire. Mais une fois qu’on m’ôtait le chant, toutes mes faiblesses se manifestaient à moi avec violence. Je rougissais, j’étais mal à l’aise. Jusqu’ici, l’enjeu n’avait jamais été véritablement important. Aujourd’hui, c’était autrement différent. Je devais prendre la parole concernant la conférence de presse qui se déroule avec Goldstein et une partie de l’équipe. Je préférerais m’enterrer six pieds sous terre que de devoir faire face à une armée de journalistes voraces. Je me console avec les paroles de Monsieur Goldstein, mais c’est peine perdu. Une seconde plus tard, mes angoisses reviennent au grand galop. Je suis prête à courir dans le sens inverse si mon esprit n’était pas aussi résolument décidé à devenir la nouvelle Satine de la comédie musicale. En définitive, mes rêves et mes ambitions prenaient le pas sur toutes les peurs que je pouvais ressentir. Je les faisais taire. Je m’appliquais à ne pas montrer que j’étais totalement terrorisée à l’intérieur.

A côté de moi, je ne comprends pas comment Goldstein fait pour se montrer aussi impassible. Face à de telles questions, je me serai déjà roulée en boule en pleurant dans un coin. Sauf qu’il agit avec la plus grande décontraction, comme si tout ceci n’était que de la routine. Dans le fond, des conférences de presse, il en a fait des tas. Il connait les questions, il doit sûrement savoir les points sur lesquels ils veulent l’évincer et obtenir des informations. Il a dû se préparer en conséquence, ou simplement, il est rodé pour le combat. Ce qui n’est pas mon cas. Ni même celui de Damien. Ce dernier paraît cependant détendu aussi. Est-ce qu’il n’y a que moi qui angoisse comme une folle ?! Mais j’oublie deux secondes la terreur qui me tord les entrailles pour écouter la réponse de mon patron au flot des journalistes. Son aplomb me méduse totalement. Dans le fond, ses propos possèdent tout ce qu’il y a de plus prétentieux, ambitieux et imbu de lui-même, et pourtant, il ne fait qu’inspirer le respect et la reconnaissance. Ce mec est définitivement trop fort. Et lorsqu’il en a terminé avec les premières questions, je lève les mains dans le but d’applaudir, mais je me ravise bien vite en réalisant la stupidité de mon geste. Mon dieu, mais qu’est-ce qu’il me prend ?! Des questions fusent, amenant tout autant de réponses qui me laissent sans voix – même Goldstein paraît bien plus sympathique vis-à-vis de nous. Hélas, je suis bien obligée de vite la reprendre quand une question m’est posée personnellement. Je me redresse sur mon siège, comme si quelqu’un m’avait piqué. Je suis prête à me lever, avant de me rappeler que je n’étais pas été interrogée par un professeur quelconque. Je suis la star là !! Je déchante malheureusement bien vite en constatant la perversité de la question. En gros, il veut que je sois une grosse menteuse ou que je discrédite mon directeur de comédie musicale en direct. Aussi, je prends le temps de répondre. Tous les regards tournés vers moi en attente d’une réponse me tétanisent, mais je conserve mon sang-froid. Quand il faut y aller, il faut y aller… « Terrible, le mot est un peu fort, mais il faut reconnaître que ce n’est pas vraiment un tendre. » Je souris, encouragée par les quelques rires feutrées qui s’élèvent dans l’assistance. Même Damien s’en amuse, en connaissance de cause en plus. « Néanmoins, ce n’est rien de plus que le reflet d’un esprit exigeant et brillant de perfectionnisme qui font son succès. Travailler avec Monsieur Goldstein, ce n’est pas uniquement une chance, c’est un immense honneur et je m’en rends compte chaque jour un peu plus. J’ai été une admiratrice avant d’être la vedette de sa comédie musicale, et mon respect ne fait que grandir. » Tout ceci était vrai. Même si j’avais régulièrement envie de le tuer, je savais que mes efforts servaient son perfectionnisme. La pièce serait un succès, sans aucun doute. « Ce n’est pas à moi de juger si je serai à la hauteur ou non. C’est à Monsieur Goldstein, aux membres de la troupe, au public surtout. Mais ce que je sais, c’est que je ferai de mon mieux et je donnerai tout pour cette comédie musicale, car je suis entièrement certaine de son succès. » Mon regard se tourne bref instant vers Goldstein. Mes prunelles rencontrent les siennes. M’électrisent. Je me sens brusquement pantelante. « Cette production, c’est du pur génie. » J’ai presque la sensation de m’adresser à lui quand je prononce ses mots. Je détourne rapidement mon attention vers les journalistes qui notent scrupuleusement chaque parole. Je me détends quand les questions sont désormais adressées à Damien. Ce dernier se débrouille comme un chef, tandis que j’ai l’impression d’avoir livré la troisième guerre mondiale. La conférence de presse se poursuivit. Les questions deviennent bien moins subtiles, s’axant principalement sur l’organisation de la comédie, les dates éventuelles de représentation, la formation de l’équipe, etc. Les réponses alternent entre nous trois et je me détends progressivement. Finalement, au bout de deux heures, c’est terminé. Après avoir salué les journalistes, nous nous retirons tous les trois. Dans les coulisses, je m’accorde un long soupire. « Whaaa quelle ambiance ! Ils n’y vont pas de main morte et vous deux… quel aplomb ! » D’ordinaire, je suis plus réservée, mais la pression redescendue, je papote comme avec mes copines. « Alors, vous trouvez que ça s’est passé comment ? » J’interroge les deux, mais c’est l’avis de Goldstein qui m’intéresse principalement. Fiasco ou pas fiasco ?

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Gabriel Goldstein
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Dim 22 Oct - 17:35

Les questions fusaient mais Gabriel ne se laissaient pas démonter par ce qui en découlait. Il n’était pas un homme à se laisser abattre par ce genre de personnes. Il avait l’habitude de se faire questionner ainsi par les journalistes. Ils faisaient leur boulot après tout. Et depuis longtemps qu’il vivait au milieu de la lumière, il avait pris l’habitude de ce genre de questions. Aussi, ne se laissait-il pas avoir. De même, il était conscient de sa nature peu tendre. Il ne faisait pas dans la dentelle et pour cause, il dirigeait une comédie musicale, pas un centre pour adulte handicapé. Aussi, veillait-il à ce que les choses se passent bien. Il ne tolérait pas l’erreur et l’échec. Aussi, même si la question paraissait ardue pour Naïa, Gabriel ne tenait pas à ce que tout s’effondre face à l’inaptitude de la jeune femme à répondre. Elle pouvait même dire de lui qu’il n’était qu’un connard, il s’en offusquerait pas. Il savait qu’elle dirait la vérité et il savait ce qu’il était réellement. Pas un tendre du tout, mais comme disait Delilah, il était surtout un homme juste. Un homme qui savait ce qu’il voulait, ne reculant devant rien pour atteindre ses objectifs. Aussi, tenait-il à ne jamais lâcher le moindre effort. Il ne pourrait pas tolérer que cela en pâtisse sur la comédie musicale. Aussi, se contenta-t-il de tourner la tête vers Naïa, de lui glisser un signe de tête pour qu’elle n’hésite pas à dire les choses telles qu’elle les envisageait. Il préférait passer pour un con, plutôt que de se retrouver face à une Satine en train de s’effondrer en larmes parce que tout était trop dur. Il la voyait d’ailleurs réfléchir – peut-être un peu trop – mais elle se tut jusqu’à finalement parler. Et il devait admettre une chose : si elle était un peu cruche, il devait admettre qu’elle parlait bien. Il l’écouta vanter les mérites de travailler à ses côtés. Comme elle l’expliquait si bien, c’était dans le seul but de réussir cet immense défi. Et lui-même admettait qu’il était en confiance pour elle, pour son équipe, pour tout ce qu’ils étaient en train de préparer. Et lorsqu’elle se tut, lorsque son visage se tourna vers le sien, Gabriel lui glissa un sourire aimable, hochant la tête pour lui dire qu’elle avait bien parlé, qu’il était content d’elle. Cependant, il ne s’éternisa car les autres questions fusèrent aussitôt et il fut accaparé par beaucoup d’interrogations, sur la musique, la scène, le décor, les chansons. Tant de points qu’ils abordèrent tous les trois jusqu’à prendre congés de tous ces curieux. Finalement, ils allèrent se replier dans une petite loge prévue pour eux. Immédiatement, Naïa se mit à babiller comme à son aise, visiblement surprise par l’interrogatoire subi. Gabriel ne put s’empêcher de sourire « Et ce sera de pire en pire. Il faudra vous accrocher. » Au moins, elle savait à quoi s’attendre pour la prochaine fois. « Mais dans l’ensemble, on peu être content de nous. Je pense qu’on a dû leur faire bonne impression. Reste à voir ce qu’il sera dit quand ils feront leurs compte-rendu.  » Mais il s’en moquait. A ses yeux, l’entrevue s’était bien passée d’ailleurs. Et s’ensuivit quelques paroles échangées jusqu’à ce qu’il fut temps de prendre congé. « Naïa, vous viendrez avec moi. Nous avons des répétitions à faire cet après midi. » Dit-il en songeant qu’il n’était pas prêt à rentrer de sitôt à la maison.

Aussi, ils se retirèrent de la salle de conférence, ayant participé à un petit buffet apéritif jusqu’à ce qu’il fut véritablement l’heure de s’en aller. Ils allèrent à la voiture où le chauffeur les conduisit au lieu des répétitions. Le Conservatoire. Son refuge où il fut heureux de revenir, retrouvant la grande salle où le piano était là. Et puis, il fut temps de se remettre au travail. Il fallait travailler la voix de la chanteuse, ajuster les petites fautes de justesse. Mais elle progressait et c’était vraiment une bonne chose. Il était véritablement content de ses progrès, se disant qu’il avait bien fait de lui faire confiance. Bien sûr, il y avait encore des choses à travailler encore. Et justement, il révisait une chanson de monter assez haut dans les aigus. « C’est bien Naïa. Vous progressez mais il y a parfois des erreurs encore. » Finit-il par dire avec un sourire, se levant pour venir se poser à côté d’elle. « Mais vous ne puisez pas assez la force de votre voix en utilisant vos tripes. Vous restez trop souvent dans votre zone de confort. » Il vint se mettre à côté d’elle, prenant alors l’une de ses mains pour la poser au dessus de sa poitrine et une autre sur son ventre. Il posa ses propres mains sur les siennes, obligeant ainsi le pianiste à presque l'enlacer, à sentir son parfum et à se trouble de lui-même. Bien sûr, ça leur demandait une proximité, il n'avait pas le choix, mais Gabriel était professionnel. Il n’y avait aucune arrière pensée si ce n'était que le rythme cardiaque s'emballait un peu trop. « Maintenant, je veux que vous me fassiez un « La » que vous maintenez le plus haut possible en augmentant votre timbre. Ne brisez ce son que lorsque vous n’aurez plus de souffle. N’oubliez pas de respirer. » Il observa le visage, croisant son regard et ajouta « Vous allez sentir par vous-même que vous sortirez de votre centre de confort, que vous pouvez faire mieux. Allez-y  »  Et il laissa faire, sentant ses mains vibrer sous le timbre puissant de Naïa. Il avait l’impression de ressentir encore mieux tout ce qu’elle était, tout ce qui faisait qu’elle était Satine et qu’il ne pouvait être autrement. Il ressentit un pincement à l’estomac et ses doigts serrèrent un peu plus leur prise contre ceux de la jeune chanteuse tandis qu’elle continuait jusqu’à s’arrêter lorsque le souffle lui manqua. « Alors, avez-vous senti jusqu’où vous pouvez aller ? Vous avez une voix extraordinaire mais vous ne vous en servez pas. Imaginez que c’est comme si c’était moi. Vous avez du mal avec, mais vous vous accrochez. Votre voix, c’est pareil. Vous pouvez faire mieux, ne soyez pas juste « potable », soyez juste bluffante. » Et il avait foi en elle, foi en ce qu’elle pouvait donner, en ce qu’elle dégageait. Il fallait juste qu’elle prenne conscience. Et surtout qu’elle en est pas peur. Naïa possédait un potentiel fou et s’il était terrible avec elle, c’est bien parce qu’il l’avait décerné depuis le départ.
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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « You can’t right all the wrongs in this world by yourself.» + Gabriel ♥    Mer 1 Nov - 17:53

Une vague de soulagement m’assaillit dès lors que nous sortons de la salle de conférence. Tout le temps que cela a duré, j’étais tendue au possible. Néanmoins, je n’en perdais pas l’objectif de vue. De plus, je ne voulais décevoir en rien Goldstein ou encore Damien. J’étais nouvelle dans ce milieu-là. Je n’y connaissais rien à la presse, au travail de l’image. Quelquefois, je me demandais comment faisaient ces célébrités pour apparaître sûres d’elles et irréprochables à chaque fois. Est-ce qu’elles mourraient de peur à l’intérieur, elles aussi ? Dans le fond, une telle information m’aurait consolée. J’entrais dans un monde qui m’effrayait, pourtant, j’en avais tellement rêvé. Je me revoyais petite dans mon lit, imaginant ma vie lorsque je serai devenue une chanteuse de grande renommée. Je me voyais sourire sous les flashs des appareils photos, briller derrière les caméras, être adulée par cette foule d’inconnus qui rêverait à leur tour d’être comme moi de la même manière que j’avais pu envier mes idoles. A aucun moment, dans un de mes scénarios, je ne voyais l’angoisse et la terreur m’étreindre comme aujourd’hui. J’avais failli partir en courant, mais ma simple volonté d’en démordre avec la vie et de réussir m’avait maintenue. Je savais que cette célébrité ne me serait jamais donnée. Constamment, il faudrait que je me batte pour elle, tout comme je m’étais démenée pour obtenir mon audition, pour briller aux yeux de Goldstein et pour faire partie de cette formidable aventure. Aujourd’hui, j’avais accompli une partie de ce chemin, mais je réalisais qu’il ne s’agissait que du début. Le plus dur restait à venir… et c’est effectivement ce que me rappelle Goldstein en m’informant que les prochaines conférences de presse seront de pire en pire. Toute ma bonne humeur s’effondre à cette perspective. Il m’avait semblé que c’était le bout du monde pour venir à bout de celle-là, mais les autres seront pires ?! Je cachais cependant mon découragement, reprenant bien vite de la contenance face aux remarques de notre patron. Lui aussi se montrait assez satisfait de cette entrevue avec les journalistes et misait sur la bonne impression que nous avions dû leur faire. En l’entendant, j’avais hâte d’être à demain ou dans les prochains jours pour connaître le fin mot de l’histoire. Je croyais m’être libérée des contraintes de ma journée, jusqu’à ce que Goldstein ne réclame que nous travaillions cet après-midi au Conservatoire. Une fois encore, je dus dissimuler ma déception de ne pouvoir courir auprès de mes sœurs ou d’Héloïse pour tout leur raconter en détails.

Ainsi, je suivis Goldstein sitôt que nous en eûmes fini avec la conférence de presse. Je n’étais pas mécontente du buffet qui avait été dressé. Le matin même, j’étais tellement stressée que je n’avais pas pu avaler quoi que ce soit, et je savais que si je ne mangeais pas maintenant, je ne pourrai rien avaler avant ce soir. Les pauses déjeuner avec mon directeur artistique, c’était accessoire. Si bien que je me remplis la panse autant que je peux sans passer pour un ogre avant d’embarquer pour les répétitions. De nouveau dans la voiture, je suis tendue, mais pour une raison inconnue. Après tout, la conférence était terminée et la prochaine ne serait pas annoncée avant un certain temps. Pourquoi est-ce que je ressentais cette sensation étrange au fond de moi ? J’étais habituée aux répétitions avec Goldstein aussi… Brusquement, l’image du sourire de Goldstein me revint à l’esprit et j’en rougis de la tête aux pieds. Heureusement, notre arrivée au Conservatoire m’ôta ma gêne. Les répétitions débutèrent, comme d’accoutumé. Il fallait travailler toujours plus, tendre vers une perfection Goldsteine. Sans jamais rechigner, je m’arrêtais quand il me coupait brusquement, j’écoutais attentivement ses conseils et je reprenais de plus belle. J’en oubliais la fatigue, la dureté du travail. Goldstein avait raison. Il m’avait rendue bien plus endurante qu’auparavant. De même que je progressais, lui devenait bien plus agréable. Il plaignait moins ses compliments. Il m’accordait des sourires encourageants. Pour peu, j’en venais à le trouver sympathique alors que je l’avais surnommé le « tyran » sur mon portable.
Lorsque j’eue fini un morceau, il remarqua mes progrès, mais visiblement, ce n’était pas assez. Ma zone de confort ? Pourtant, j’essayais toujours de me surpasser. Je le vis se lever, s’approcher de moi pour venir se poster derrière moi. Toutes les fibres de mon être se tendirent de le sentir si proche de moi. Son parfum. Sa chaleur. Ses mains contre les miennes qui me forçaient à en poser une sur mon ventre et l’autre au-dessus de ma poitrine. Par chance, il ne pouvait voir la rougeur qui me montait aux joues ou l’étincelle dans mon regard. Il me demandait de tenir un « la » le plus longtemps possible, mais du souffle, je n’en avais déjà plus. Pourquoi au juste ?! Il repassa légèrement devant, pouvant croiser mon regard. Je fis tous les efforts de la création pour dissimuler mon trouble. Tout à coup, je réalisais combien son regard était beau. Froid et doux à la fois. C’était si étrange… Je buvais ses paroles sans un mot jusqu’à ce que ma voix ne s’élève pour former cette note qui je ne cessais d’amplifier jusqu’à n’avoir plus de souffle. La note resta en l’air longtemps, toujours plus puissante jusqu’à m’en étonner moi-même. Était-ce moi qui étais capable de sortir un son pareil ? « Wha… c’est moi qui viens de faire ça ? » je dis dans un rire surpris. Effectivement, je réalisais combien je pouvais aller loin. Une nouvelle fois, je rougis brusquement, mais pas pour les mêmes raisons. Ce n’était pas forcément un scoop, mais je n’étais pas très fière qu’il ait pu remarquer que j’avais du mal avec lui. Enfin… que j’ai pu avoir du mal avec lui au départ. Mais en définitive, tout était comme j’avais pu le dire ce matin. Son comportement était la rançon de son succès. Il était un génie. En l’entendant me rappeler « potable » je compris que ceci n’avait rien d’anodin. C’était aussi une stratégie pour que je puisse toujours plus me dépasser. Je le voyais sous un nouveau jour. « Merci. » dis-je simplement. Merci pour ce qu’il venait de dire. Merci de me pousser toujours plus loin. Merci de me donner ma chance. Merci de me rendre exceptionnelle. « On reprend. Je serai bluffante maintenant. » Ma voix était pleine de triomphe. Je savais qu’il faudrait encore que je le travaille, mais j’avais bien cerné ce qu’il voulait dire. Nous partions donc sur « Come what may » lors de la version finale. Sauf que cette fois-ci, je n’y mis pas seulement tous mes efforts. J’y mis toute ma voix, toute mon âme jusqu’à ce que je me retrouve à bout de souffle au terme du morceau, mais terriblement fière de moi. Mon regard retrouva celui de Gabriel. Mes yeux ne brillaient pas uniquement de contentement, mais aussi de reconnaissance. Bien que Goldstein soit pour moi un tyran parfois abject, il était l’homme qui me rendait meilleure, qui m’aidait à me surpasser pour ne pas simplement être bonne, mais au-dessus des autres. Tout ce que j’allais devenir, je lui devrais.
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