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 I'm no hero ••• Alex&&Manek

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Team Fluffy
Alex Regan
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MessageSujet: I'm no hero ••• Alex&&Manek   Mer 12 Juil - 19:29




" HEROES MAY NOT BE BRAVER THAN ANYONE ELSE.
THEY'RE JUST BRAVER 5 MINUTES LONGER. "


Le regard désespéré que lui avait lancé cette femme, et la façon dont elle s’était accrochée à elle. Tout cela repassait en boucle dans sa tête. Autant de désespoir et cette force dans le regard, dans les bras. Elle s’était sentie déstabilisée, agrippée et avalée par la puissance de cette femme. Le monde s’était arrêté une nouvelle fois. Suspendu devant l’horreur du monde. Et cette étincelle de joie. Alors qu’elle accompagnait doucement la femme dans sa chute, emmenée au sol par un corps en chute libre et complètement à bout de force elle avait sentit les ongles s’enfoncer dans ses bras. « Merci. Merci. » Avait-elle entendu. « Merci, merci. » Des mots répétés sans cesse. Des mots qui la dérangeaient. Quelque chose s’était agité dans son esprit. Quelque chose de triste. Comme un regret. Elle était resté interdite devant tant d’amour d’un coup délivré, tant de compassion et de reconnaissance. Ça l’avait balayée. Elle n’avait pas compris. Et tandis que les ambulanciers emmenaient doucement la femme, les mots résonnaient encore dans sa tête.

Merci.

Un long soupire s’échappa alors qu’elle refermait le dossier qu’elle avait sous les yeux. « Alex ? Ça va ? » Demanda Anderson d’une voix où se dissimulait l’inquiétude. Ah la la ! Anderson et les autres, toujours à la couver, à s’inquiéter pour elle. Elle se détendit et doucement sourit.
« Ça va oui. Je suis… juste contente qu’on ait ramené Miranda saine et sauve chez elle. »
Pas de condescendance, pas de mensonge dans cette simple affirmation. Juste une joie, une victoire secrète et une satisfaction saine et juste. Comme si retrouver ces femmes était la récompense à ses années de terreur. Comme si ce qu’elle avait vécu était enfin justifié.
« Oui. Elle a eu de la chance. Tu as fait du bon travail. » Lui répondit son collègue avec chaleur et encouragements.

Merci.

Le mot résonna une nouvelle fois dans son esprit. Anderson s’avança vers elle. L’inquiétude de nouveau sur son visage. Ah ! Les profilers ! « Alex ? » Elle avait du froncer les sourcils ou un truc du genre. Alors elle secoua la tête et avoua ce qui la tracassait. Après toutes ces années. Elle ne se rappelait de presque rien. Mais Lui. La chaleur de ses mains, de ses bras, son odeur, sa voix, son visage. 
Elle ne le lui avait jamais dit. Elle ne l’avait jamais avoué. Elle ne connaissait même pas son nom. Seulement ce que ses sens lui avaient dit. Les sens annihilés et désespérés d’une victime. Une victime décharnée, sale et terrifiée.

Merci.

Voilà seulement ce qu’elle avait à lui dire. Un simple mot. Alors pourquoi était-elle là, à quelques mètres de la porte, complètement terrifiée ? Elle ne comprenait pas. Elle n’avait pas peur de lui. Elle ne pouvait pas avoir peur de lui. Il l’avait sauvée. Trouvée là, par hasard. Sa curiosité l’avait poussé à ouvrir la trape en métal du puits. Pourquoi ? S’il ne l’avait pas fait aucun doute qu’elle serait morte dans le froid et l’humidité. Alors pourquoi ? Pourquoi était-ce si difficile de s’approcher et de taper à cette porte ? Cette maudite porte ?
La thérapeute avait approuvé au téléphone. Anderson lui avait sorti le nom et l’adresse dans la minute. Il lui avait même proposé de venir avec elle. Elle avait refusé, naturellement. Comme une bataille secrète à livrer avec elle même. Pas de spectateur. Seul Lui pouvait comprendre. Enfin… peut-être. Et du moment où le papier avait atterrit dans sa main, comportant le nom et l’adresse de celui qui l’avait libérée, son coeur n’avait cessé de courir le marathon.

Figée au milieu de la rue, elle serrait ce petit bout de papier contre sa poitrine et regardait avec des yeux de chiot inquiet la porte de son sauveur. Bizarrement elle avait froid. Et s’il ne la reconnaissait pas ? Et s’il se fichait d’elle ? Et s’il l’envoyait balader, ne voulant rien avoir à faire avec la victime d’un enlèvement ? Et s’il ne comprenait pas finalement ? Autour d’elle des gens passaient lui jetant un regard inquisiteur. Mais que faisait cette jeune femme, là, au milieu de la rue, complètement hagarde ? Il est étonnant de constater comme il est aisé pour certains de juger et critiquer. On se permet d’émettre un jugement ou une opinion sans connaitre le fond de la personne. Sans forcément se donner la peine de comprendre. De comprendre pourquoi cette jeune femme appréhende de revoir l’homme qui l’a sauvée de la mort et de la torture. Qui lui a permit de retrouver la chaleur d’un bain, la douceur d’une couverture ou le gout d’un vrai repas. Cet homme avait tellement bouleversé son existence. Une existence de misère mais qu’elle s’était résignée à vivre après cinq longues années. Mais comme la foudre perce la nuit et l’orage, il avait débarqué, chamboulant son quotidien, sa misère et son désespoir. Lui permettant d’espérer à nouveau. La rendant à la Vie. Curieusement… Il avait ouvert la trappe.

Merci.

Ce n’était pas compliqué à dire pourtant. Inspirant profondément elle se décida enfin. Carrant les épaules elle fit un pas, puis un second, et traversa la rue. À chaque mouvement les souvenirs grimpaient les marches du traumatisme et ressortaient des profondeurs. Le grincement d’un métal rouillé et la poussière qui lui tombe dessus. Un crissement de pneus et un coup de Klaxon. Quelqu’un qui éructe. Encore un qui juge sans savoir. Elle fit un écart, s’excusant poliment. Ma fille ressaisis-toi ! Fais attention à ce que tu fais. Le trottoir d’en face, et la lumière blafard d’un hiver rigoureux et ensoleillé. Une porte avec un joli marteau d’ornement au centre. L’ombre d’une silhouette qui se penche. Une main tremblante qui se lève doucement vers la sonnette, un papier chiffonné en son creux. Une exclamation de surprise, mélange de peur et de dégout. De pitié ? Et tout du long la terreur. Avant et maintenant. Là-bas, et ici.
L’envie de vomir manqua de la submerger, et aussi brutalement qu’elle réprima la bile elle rebroussa chemin. Bien décidée à fuir, fuir le plus loin possible de ces souvenirs, de cette terreur, et de son sauveur.

Merci.
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Manek Kirschnen
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MessageSujet: Re: I'm no hero ••• Alex&&Manek   Mer 12 Juil - 22:19



Manek s’est installé à Los Angeles dans l’unique but de se rapprocher de sa progéniture. Il ne voyait pas assez son Tom, il ne l’avait pas vu grandir comme il l’avait souhaité. Alors, il avait pris plusieurs décisions : à commencer par déménager, pour être plus près de San Francisco, et s’établir réellement. Il avait signé un contrat qui ne lui plaisait pas vraiment, il retournait là où il s’était fait connaître en étant jeune photographe : dans le monde de la mode, des apparences. Par chance, Venus Blossom faisait partie des fréquentations de cette époque, et lorsqu’il avait eu un appel de sa part pour qu’il rejoigne les rangs de son équipe, il n’avait pas hésité trop longtemps. En arrivant dans la ville des anges, il avait sauté sur le premier appartement libre, bien situé. Et finalement, au bout des premiers mois de sa vie ici, il s’était rendu compte à quel point ce logement ne lui correspondait pas, et à quel point il se sentait mal à chaque fois qu’il rentrait chez lui. Manek avait alors pris le temps d’éplucher un bon nombre d’annonces. Le but de ce déménagement était double : se sentir mieux dans un premier temps, et offrir une deuxième maison à son fils, lorsqu’il arriverait à faire modifier cette garde d’un week-end sur deux.
C’est tellement peu. Le blond ne veut plus se contenter de quatre jours par mois en compagnie de son fils. Lorsqu’il voit son ex-femme, avec son nouvel époux, et son fils qui se tient entre eux deux, il a le cœur qui se serre, à chaque fois. La peur que son fils ne se tourne plus vers lui pour l’appeler « papa », voir un trop plein d’admiration dans ses yeux lorsqu’il les tourne dans la direction de Bradley. Manek est ce père inquiet de se faire oublier, remplacer. Il veut créer les souvenirs qui poursuivront son garçon tout au long de sa vie. Il veut être là pour ses matchs de baseball, lui apprendre à améliorer ses lancés, même s’il n’a jamais pratiqué. Il apprendra tout ça, il veut être à la hauteur. Et ça commence par faire tous les efforts nécessaires et se battre pour pouvoir le ramener à la maison, avec lui. Le border tous les soirs, écouter ses histoires de l’école, se battre avec lui pour lui faire faire ses devoirs, lui enseigner les rudiments de la photographie pour lui transmettre une partie de sa passion, l’emmener en balade, pêcher, camper, construire des cabanes, lui apprendre à reconnaître les constellations. Tous ses beaux appareils lui reviendront un jour, il faudra bien qu’il en connaisse l’utilité.

La journée se termine, Manek remballe ses affaires, range soigneusement tout ce qui reste sur place, et remet l’impression des premiers clichés au lendemain. Venus les aura sur son bureau à son arrivée. En attendant, il salue ses collègues, stylistes, mannequins, journalistes, et se dirige vers la sortie du bâtiment où les locaux de Her ont leur place. La ville grouille de monde à cette heure-ci, lorsque les gens quittent leur travail. Manek se déplace principalement à pied, évitant ainsi les bouchons qui bloquent tout le centre-ville. Il ne met pas plus de temps pour rentrer chez lui, finalement.
Son téléphone affiche un appel manqué. Emma, son ex-femme. Il ferme les yeux un court instant. Il sait très bien pourquoi elle a tenté de le joindre : son avocat l’a sûrement contactée et elle veut des explications. Le photographe la rappelle et tente de lui expliquer alors qu’elle l’inonde d’un flot de reproches. Manque de délicatesse, de communication, de compréhension. Espèce d’égoïste. Il l’écoute un long moment, puis finit par lui expliquer qu’il maintient sa décision, qu’il en a marre de n’être qu’un satellite dans la vie de son fils. Elle reprend la parole, la voix chevrotante, pleine de colère. En l’écoutant, il sait qu’elle a les larmes aux yeux, de rage, de peur. Elle finit par lui raccrocher au nez.
Sans s’en apercevoir, Manek est arrivé dans sa rue. Le regard rivé à l’écran de son téléphone, il manque de rentrer dans une haute et fine silhouette qu’il remarque dans son champ de vision, mais sur laquelle il ne prend pas le temps de poser son regard brun. En même temps qu’il commence à chercher les clés de son chez lui dans la poche de son jean. Mais il sent une présence, un regard porté sur lui, avec insistance. Cette sensation d’être observé, de se sentir presque traqué. Chaque être humain la connaît, l’a ressentie une fois dans sa vie. Alors, il relève le visage, et regarde autour de lui. C’est là qu’il voit plus nettement la jeune femme qu’il a failli percuter. Celle-ci se tient à quelques mètres de lui. Ses clés à la main, des questions lui traversent l’esprit. Et une sensation confuse l’envahit. Il fronce les sourcils en l’examinant du regard, alors qu’ils se tiennent l’un en face de l’autre, comme deux chats qui convoiteraient le même territoire. Puis son visage se déride, il oublie de respirer pendant une seconde ou deux et son ventre se serre. Ces yeux noirs, dessinés en amande, ce regard perçant. Comme c’est étrange, et inattendu, deux ans plus tard. « Vous… » se contente-t-il de dire dans un premier temps. Puis il ferme les yeux, réalisant à peine qui se tient devant lui. « Vous êtes la fille. » annonce-t-il en vrillant ses pupilles dans celles de la brune qui se tient en face de lui. Pas besoin d’en dire plus. Il n’a pas vécu deux fois cette situation dans sa vie, et dans un sens, il en est soulagé. Il a du mal à trouver les mots et se contente de l’observer un peu maladroitement. Un faible sourire lui vient, en repensant à l’état dans lequel il l’avait vue, et aujourd’hui : l’évolution fait plaisir à voir, chaud au cœur. « Je ne pensais pas vous revoir un jour, c’est… » Il est à court de mots pour s’exprimer aussi clairement qu’il l’aimerait. « Est-ce que vous voulez boire un café, un thé ? J’habite ici. » dit-il en désignant la façade qui se trouve juste derrière lui. Cependant il perçoit comme un mouvement de recul chez la jeune femme et s’empresse d’ajouter : « Le café est meilleur au coin de la rue. ».
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Alex Regan
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MessageSujet: Re: I'm no hero ••• Alex&&Manek   Jeu 13 Juil - 13:22


" SCARED IS WHAT YOU'RE FEELING.
BRAVE IS WHAT YOU'RE DOING "


Parfois, la plus grande souffrance, est de faire face à soi-même. D’affronter son propre regard sur son âme. La peur de l’autre ne résulte pas de ce que l’autre peut voir en nous, mais simplement de ce que l’on estime au sujet de ce regard. On juge que ce sera comme ça, comme ci. Mais au final il n’est que le reflet de notre propre jugement envers nous-même. Je ne sais si la chose est claire pour vous. Mais en résumé, la terreur qu’Alex ressentait, n’était pas vraiment la peur de revoir son sauveur. Elle était simplement terrifiée par le regard qu’il pourrait poser sur elle. Sur la façon dont il la verrait. Mais ce regard qu’elle supposait, n’était que le miroir du regard qu’elle d’abord posait sur elle-même. Celui de la victime. Elle se voyait, elle pensait qu’il la verrait comme elle se jugeait elle, depuis toujours. La victime d’un monstre. Une jeune femme perdue et esseulée, retranchée dans sa peur et sa saleté, souhaitant chaque jour que Dieu fasse, mourir. Mourir sans souffrance et ne ressentir plus rien. Ni le froid, ni la faim, ni la peur. Alors oui, submergée par une vague de terreur, la jeune femme rebroussa chemin.

C’est la fuite d’un animal devant la mort. C’est cette louve qui laisse ses petits mourir de peur de revenir à la tanière, parce que l’Homme s’est approché trop près. C’est ce scorpion entouré par les flammes qui se pique et se suicide. C’est ce lézard qui abandonne une partie de son corps aux mâchoires de l’ennemi. C’est ces moutons qui se jettent dans le vide pour échapper à l’orage. C’est cet instinct de survie, cette peur irrationnelle, ces démons sans noms et tapis dans le noir qui soudain ressurgissent. Elle se retourne, aveuglée par les émotions, et percutent dans son mouvement un homme. Le choc lui remet brièvement les idées en place, et plus par manie et par automatisme qu’autre chose ; encore un souvenir de son bourreau ; elle lève les yeux pour s’excuser, blessée, meurtrie, attendant le coup fatidique qui la plongera dans les ténèbres pour plusieurs heures. Au lieu du visage du monstre ce sont les traits d’un sauveur qu’elle entr’aperçoit. L’air lui manque soudainement. Sa respiration se coupe, et elle retient son souffle comme on suspend le temps. Alors c’est comme un ralenti, elle sent son corps toujours entrainé par le choc qui naturellement tourne et s’équilibre pour rester droit sur ses pieds. Un pli chagriné est venu froissé son joli front tandis qu’elle contemple, suspendue dans le vide, l’Homme chercher ses clés.

Il fronce les sourcils, mal à l’aise, et lève le regard vers elle. Et si quelque chose demeurait en elle : air, souffle, émotion… Tout disparait brutalement.
C’est cet iguane qui ne bouge plus en espérant qu’on ne le voit pas, tandis que doucement le serpent s’approche de lui. C’est cet insecte immobile et impuissant dans la main du Destin. Ce papillon qui lutte désespérément dans la tempête.
Quel regard ? Celui d’un étranger ? Celui de la pitié ?
Un seul mot. « Vous. » Une vibration dans le temps et l’espace. Mécaniquement, et parce qu’à un moment le corps se doit d’agir après cette longue apnée, elle inspire. Succintement. « Vous êtes la fille. » La fille. La fille du puits. Cette fille. Cette fille enfermée là depuis on ne sait combien de temps. Disparue depuis des années. Ce semblant de cadavres décharné et poussiéreux, annihilé par la terreur. Trouvé, par erreur, au fond d’un puits verrouillé. Un jour d’hiver. Alex… ma douce… respire. Non pas si vite. Elle a chaud, elle a froid, elle étouffe. Mais de tout cela, presque rien ne parait si ce n’est un malaise évident.

Il faut qu’elle réagisse. Qu’elle fasse quelque chose. Qu’elle dise quelque chose. Un truc. Peu importe. Comme un poisson asphyxié elle ouvre et referme la bouche avec désespoir, mais rien ne sort. « Je… Euh… » Qu’elle est ridicule. Stupide. Stupide petite fille au fond d’un puits. Idiote. Pauvre petite chose apeurée. Victime.
Ce mot résonne dans sa tête comme un gong. Elle détourne alors le regard et lève les yeux brièvement vers le ciel avant de contempler la rue. Refoulant les larmes et les émotions qui vont avec. « Vous ne pouvez pas ne plus ressentir tout cela. Il faut l’accepter. Mais vous pouvez au moins en contrôler l’intensité. Comme… un thermostat ? » Comme un thermostat. La thérapeute a raison. Si elle ne peut faire disparaitre cette vague d’émotions, elle peut au moins tenter de la mettre sous bride. Comme un cheval sauvage qui se débattrait. Là… tout doux… Elle inspire et expire. Calmement. Puis reporte le regard sur Lui.

Il la détaille. Cherche à la reconnaitre. L’image fantomatique de la victime réapparait avant qu’elle ne la refoule. Et lui aussi. C’est alors qu’elle réalise que si elle reconnait les yeux, la voix et vaguement les traits, elle ne le connait pas. Il est un étranger face à elle. Un étranger auquel elle fut liée jadis, dans un autre temps, une autre époque. Un autre monde. Un inconnu avec qui elle a partagé quelques heures de son existence. Mais un inconnu. Soudain il lui apparait si loin, et si… irréel. Elle en serait presque déçue, comprenant amèrement, encore une fois, à quel point elle a été naïve. Mais qu’a-t-elle donc cru ? Qu’elle reverrait cet homme doux, chaud, et bon qui lui tendit la main deux ans plus tôt pour la sortir de ses ténèbres et l’arracher à la mort ? Cet homme à la voix douce qui la rassura en la serrant contre lui, lui prodiguant le peu de chaleur qu’il pouvait tandis qu’il appelait les secours. Il n’était rien de tout cela. Il n’était qu’un homme. Un héros est un homme ordinaire, qui ne vit que cinq minutes, cinq minutes un peu plus longues. Le temps n’avait jamais cessé sa course. Ni pour elle, ni pour lui. Et l’impact de ces dernières années apparaissait au coin de ses yeux, dans le regard à la fois surpris, contrit et curieux qui lui lançait. La dimension humaine qu’elle lui rendait la laissa à la fois éreintée et rassurée. Il n’était qu’un homme. Un homme qui avait fait une découverte hasardeuse, et qui avait vécu cinq minutes un peu plus longues.

Il ne s’attendait pas à la revoir. La remarque est étrange. Elle ne s’attendait pas à le revoir non plus. Elle avait tellement idéalisé le héros, spiritualisé l’homme, que d’un coté elle ne s’était jamais attendu à le revoir. Certes elle avait pris la décision de le remercier, comme ça. Sur un coup de tête.
Un frisson l’ébranle et elle lui sourit. Contrite. En écho à sa remarque.
Presque, elle voudrait s’excuser. Et c’est d’ailleurs dans ce but qu’elle ouvre la bouche, prête à lui dire combien elle s’excuse de se présenter devant lui, qu’elle n’en a pas le droit. Pas le droit de surgir comme ça dans sa vie au bout de deux ans. Elle est désolée, elle le laissera tranquille, et disparaitra.
Mais avant qu’elle ait pu sortir un son il lui propose de boire un thé, un café… d’entrer. Un coup d’oeil vers la porte et un pas en arrière. Non vraiment, elle ne veut pas le déranger. Il a dû passé autre chose, depuis bien longtemps, et reléguer sa découverte aux anecdotes ridicules qu’on raconte lors d’un repas ennuyeux.
Toutefois il insiste. Le café est meilleur au coin de la rue. Elle inspire, perdue. Mais ce qui la rassure c’est le regard tout aussi perdu qu’elle lit dans ses yeux. Il ne sait pas non plus quoi dire, quoi faire, mais il ne semble pas vouloir, comme elle, que cet instant s’achève. Elle sent son corps faire un nouveau pas vers l’arrière, mais elle l’avorte et se redresse, soupirant légèrement. « Un café c’est bien. » Nouveau sourire. Un peu plus assuré. Elle voit très bien de quel établissement il fait mention. Elle est passé devant en venant. C’est une habitude prise, l’habitude d’une proie, que de repérer les lieux public, et enregistrer les chemins pris.

En silence, mais retrouvant enfin l’usage de son corps et de sa respiration, elle regrimpe sur le trottoir et se dirige vers le café. Lentement, elle calque son allure sur la sienne et du coin de l’oeil l’observe avec avidité, bien consciente qu’il en fait de même. Mais elle ne cherche pas à redresser la tête ou les épaules, à prendre un air plein d’assurance et détaché. Non. Elle est. Simplement elle est. Il est moins grand que ce dont elle se rappelle, mais très grand quand même. Son odeur et sa voix lui paraissent être les mêmes. L’allure est différente, mais en même temps elle réalise qu’elle le surprend à une heure de fin de travail, et non pas lors d’une vulgaire ballade en forêt. Ses pas sont grands et assurés, et tout en marchant elle continue de l’observer en secret. Chaque observation le rendant plus réel, plus vrai, plus présent. Il est là. Non l’image fantasmagorique du sauveur qu’elle a gardé, mais lui. Simplement lui. Cet étranger, cet inconnu qui a simplement et curieusement ouvert une trappe.

Une fois devant le café, elle pousse la porte et entre. D’instinct elle va s’asseoir à une table, dos au mur, face à la porte et aux fenêtres. De là où elle est, elle voit les cuisines et elle se trouve en plein sous la caméra. Devenir une proie vous change à jamais. Et travailler pour le FBI ne fait que mettre des mots et de la logique sur ce que votre instinct a durement appris. Une fois assise elle pose les mains sur la table en signe de prise de contrôle, mais se les serrent, signe de malaise. Alors nerveusement, elle les relève, coudes posés et se mordille le pouce. Tu es ridicule. Avant de tout reposer brutalement. Il faut qu’elle se calme. Elle inspire une nouvelle fois, et lui sourit. Timidement. Alors vous voilà. Posé, et face à face. Et tu voulais lui dire quoi ?
« Manek ? C’est ça ? »
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Manek Kirschnen
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MessageSujet: Re: I'm no hero ••• Alex&&Manek   Mer 19 Juil - 11:03



Il n’avait jamais réellement envisagé cette situation. Des retrouvailles, oui, peut-être, un jour. Il avait plutôt imaginé une lettre, ou un coup de fil de sa part. Une approche lointaine, juste pour toucher du bout du doigt et voir si tout était bien réel avant d’imaginer du concret, une éventuelle rencontre, nouvelle, palpable. Mais la voilà, juste devant lui, se tenant toute droite, un peu raide. Son œil aiguisé de photographe lui a permis d’acquérir une facilité déconcertante pour observer en un clin d’œil la disposition d’un corps, la tension qui le maintient, et le langage qui en ressort. Il la sent médusée, un brin tétanisée, mais en même temps, prête à déguerpir à tout instant, d’un bond puissant sur ses cuisses, à rebrousser chemin à toute vitesse.
La femme qui se tient devant lui n’a rien à voir avec celle qu’il a un jour sauvée. Un regard ne change pas, et fort heureusement, c’est principalement ce qui lui a permis de la reconnaître. Maintenant que ses yeux s’habituent, il réussit à retrouver les similitudes avec cette jeune femme, laissée au fin fond d’une forêt, sous terre, en plein hiver.
Dans l’esprit de Manek, en quelques secondes, tout est là. Il était parti en promenade, comme il aimait le faire, et aime encore aujourd’hui, parti se perdre en pleine nature, là où l’homme se sent tout petit et a le devoir de respecter ce qui l’entoure sous peine d’être rapidement châtié. L’observation en forêt est essentielle : si l’on ne regarde pas tous les éléments, en ne connaissant pas l’endroit, il est si facile de se perdre, pour des heures, et des heures entières. Alors Manek, ce jour-ci, comme lors de toutes ses autres excursions, a enregistré de façon photographique chaque détail qui lui permettait de s’orienter, de savoir où aller, par où passer, en plus de ses outils de randonnée. C’est en scrutant la structure de cette forêt paisible, dense et profonde, que son regard a été attiré par quelque chose de tout à fait inhabituel. La curiosité naissante n’avait pas faibli en découvrant une trappe recouvrant un cercle de pierre : un vieux puits. La trappe était recouverte d’un tissu à l’imprimé treillis, qui était mal disposé, et recouvrait de larges et lourdes plaques métalliques qui reposaient dessus. Le blond avait douté sur l’action suivante à mener. Laisser tout en place et poursuivre sa route, ou laisser parler sa curiosité et savoir ce qu’on pouvait bien vouloir cacher là-dedans, en utilisant ce type de camouflage. Il avait regardé autour de lui, pendant une ou deux minutes, à la recherche du moindre mouvement, à savoir si quelqu’un allait soudainement s’approcher de lui alors qu’il serait en train d’ouvrir cette cache. Rien n’avait bougé, alors il s’était décidé : il allait ouvrir cette trappe sécurisée pour savoir ce qu’il y avait dans ce puits.
Cette image restera certainement gravée dans sa mémoire jusqu’à la fin de ses jours. Les sentiments qui y sont reliés également. Il n’avait pas compris tout de suite, que tout cela était bel et bien réel. Il ne pouvait pas le croire. Comment expliquer qu’une jeune femme était enfermée à l’intérieur, plongée dans le noir, vivant dans le froid, l’humidité, l’étroitesse d’un puits ? L’esprit de Manek avait eu du mal à assimiler l’information que lui transmettaient ses yeux. Comment était-ce possible ? Elle n’était pas venue de son plein gré là-dedans, alors qui pouvait commettre cela ? Il n’avait pas pensé au fait de pouvoir être observé par l’auteur de cet acte ignoble à ce moment précis : tout ce qui importait, c’était de sortir de là cette femme qui implorait son aide. Qui lui demandait de ne pas lui faire de mal. L’Allemand avait senti son ventre se tordre à cette demande suppliante, il n’osait pas laisser son esprit s’aventurer à imaginer ce qu’elle avait subi pour être aussi paniquée à l’idée d’être sauvée. Il n’avait aucune mauvaise intention à son égard, bien au contraire. Il n’avait pas compris ce qui lui arrivait. Il avait alors laissé son instinct prendre la relève, le faire agir : il s’était penché à l’intérieur, avait tendu sa main, pour qu’elle la saisisse et ne la lâche pas, puis tant bien que mal, il l’avait remontée à la surface. Cette fine silhouette grelottante, morte de fatigue, de froid, de faim. Ses mains glacées étaient recouvertes des siennes, qu’il tentait de réchauffer. Puis doucement, sans faire d gestes brusques, se contentant de lui adresser des paroles rassurantes, en parlant de secours à appeler, de fin de calvaire, il l’avait prise dans ses bras, dans le but de lui transmettre un peu de chaleur. Quelque part, il souhaitait également la mettre à l’abri. Comme si une menace fantôme guettait aux alentours, prête à reprendre sa proie qui venait d’être fraîchement sauvée. Il n’en était rien, Manek avait gardé la jeune femme contre lui durant de très longues minutes, puis sans la lâcher, il avait appelé les secours, donné son positionnement. Un moment plus tard, on entendait les sirènes au loin, puis les aboiements des chiens de la police.

Le souvenir laisse la place au moment présent. Reprenant ses esprits, il se rend compte qu’il ne lui a pas demandé, mais qu’il a affirmé instantanément, qu’elle était la fille, cette fille qu’il avait trouvée par hasard, dans un endroit improbable. Il la voit chercher ses mots, sortir un début de phrase trop rapidement avorté, puis ne plus savoir quoi faire. Pour lui, c’est un moment émouvant, bien sûr, la voir ainsi, en bonne santé, c’est la plus grande des satisfactions après l’avoir secourue alors qu’elle était laissée dans ce trou pour y mourir. C’est la plus belle des victoires. Mais il peut imaginer sans mal qu’elle soit perturbée de le revoir. Peut-être qu’elle s’attendait à autre chose de sa part ? Une accolade ? Des sauts de joie en l’apercevant ? Malheureusement, Manek est de ceux qui intériorisent énormément les choses, qui se laissent aller dans les passions, et très peu dans la vie de tous les jours. Bien sûr qu’il aurait souhaité se montrer amical, plus que ça, plus que ce qu’il ne paraît, mais il n’est pas comme ça : il garde ses distances, il ne sait pas très bien quelle est l’attitude à adopter et il est un peu sous le choc, pour être tout à fait honnête. Elle ne se rend peut-être pas très bien compte de ce que ça a pu représenter pour lui. Le traumatisme de trouver un être humain dans cet état à cause d’un autre être humain, qu’on aimerait d’abord qualifier de monstre. Manek le lui laisse savoir, il ne cache pas son désarroi face à la situation présente. Elle lui offre un petit sourire en retour. Cependant, il sent qu’elle est sur le départ, et ça, c’est trop bête. Pas après être venue jusqu’ici. Alors il tente une invitation, toute simple, sans prétention. Ca semble être trop. Alors il propose autre chose, il aimerait qu’elle reste un moment. Qu’ils puissent échanger, un peu, qu’il sache ce qu’est devenue sa vie, si elle souhaite le lui dire. « Un café c’est bien. » Il gagne un nouveau sourire, et le lui rend, avec un peu moins de pudeur. Ils se mettent en route, côte à côte, et ne pouvant s’empêcher de l’étudier, il croise son regard une à deux fois, tandis qu’il sent qu’elle l’épie, sûrement à la recherche des ressemblances avec les souvenirs qu’elle doit avoir conservés, si il y en a. Il retient la porte qu’elle a poussée, le temps qu’elle pénètre dans le bar, puis il la suit, la surplombant de quelques centimètres. Elle lui avait paru tellement plus petite quand il l’avait trouvée. En réalité, cette femme est grande, elle a les épaules bien dessinées, se tient droite. Il devine une sportive dans sa stature. Elle choisit une table au fond, Manek prend place en face d’elle et se contente de l’observer dans un premier temps. Il remarque sa gestuelle, la façon dont elle ne sait plus comment se tenir. Elle est nerveuse et si elle continue, elle risque bien de le rendre nerveux à son tour. Elle finit par laisser tomber et lui sourit, un peu, il sourit de son côté, un peu amusé, et rassuré qu’elle se calme. « Manek ? C’est ça ? » Il baisse les yeux vers ses mains posées sur la table puis les relève et avec un hochement de tête, il répond : « Oui, c’est bien ça. Manek Kirschnen. Vous, c’est Alexia-Jane. Je n’ai pas oublié. » Une serveuse arrive à leur hauteur, carnet de notes à la main, prête à écouter ce qu’ils souhaitent commander. « Un cappuccino, et si il vous reste un muffin à la myrtille… » demande-t-il avec un petit sourire. Il se tourne vers la brune qui doit commander et une fois que c’est fait, la serveuse disparaît. Il se passe les doigts dans sa barbe, se grattant doucement la joue. Maintenant qu’elle se tient juste devant lui, il aurait tant de questions à lui poser, tellement de choses à savoir. Bien sûr, il avait lu, à l’époque, les articles qui avaient suivi la découverte, qui était cette jeune femme, où en était l’enquête, si il y avait des suspects. Puis, tout avait subitement disparu, on ne lisait plus rien à ce sujet, et Manek avait dû se contenter d’imaginer qu’elle allait bien, quelque part, en sécurité. Il fronce les sourcils un instant, cherchant ses mots. Puis, il relève son visage, et ses yeux rencontrent leurs semblables. « Merci d’être venue à ma rencontre. Je suis vraiment heureux de savoir que vous allez bien. » Il ne sait pas si il doit rajouter quelque chose, s’il a le droit de lui poser des questions. Mais Manek n’est pas quelqu’un qui réfléchit beaucoup avant de prendre des décisions, ou la parole. Alors il se laisse guider par son instinct et dit ce qu’il pense. « Je me suis posé tellement de questions à votre sujet, ce que vous étiez devenue, pourquoi vous, pourquoi ça… »
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MessageSujet: Re: I'm no hero ••• Alex&&Manek   Jeu 20 Juil - 12:48


" NAMES HAVE POWER "


Les jours qui avaient suivis avaient été un tourbillonnement d’événements. Elle se rappelait l’incompréhension et la terreur à être emmenée. Aussi facilement qu’on déplace un nouveau né, on l’avait arrachée aux bras de l’homme et emmenée vers l’ambulance. Là on l’avait questionnée. Elle avait voulu continuer à le regarder, apeurée et dépendante de ce sauveur improvisé mais une lumière chaude avait surgit devant ses yeux et l’avait aveuglée. On l’avait palpée, touchée, donné à boire et une couverture propre et chaude, puis on lui avait planté une aiguille dans le bras et allongée sur un brancard. Et autour d’elle tout tournait. Beaucoup trop vite, avec beaucoup trop de bruit. Toutes ces questions, ces gens autour d’elle, c’était tellement agaçant et perturbant. Elle n’avait jamais vu autant de monde depuis ces cinq dernière années. Elle n’avait vu personne d’ailleurs depuis ces cinq dernières années. En dehors de LUI, et parfois d’une autre fille. Une fois partie, l’ambulance l’avait déposée à l’hôpital. Des médecins l’avaient prise en charge. Toujours plus de mots, de questions, d’examens. Des machines, des aiguilles, des analyses. Et encore des questions. Avait-elle mal ici ? Là ? À quoi donc correspondaient ces cicatrices. Des photos. De son corps tuméfié. Elle s’était une nouvelle fois sentie violée, humiliée. On l’avait lavée, donné une chemise propre, installée dans un lit chaud et propre, nourrie, puis avec une bonne dose de calmants on l’avait laissée là. Seule. Abandonnée.
Et pendant tout ce temps, elle s’était laissée faire, abrutie, impuissante, perdue. Victime.

Puis d’autres personnes étaient venues, et encore des questions, des photos. Des médecins, des flics, des journalistes. Elle avait été complètement sonnée et avait finalement piqué une crise quand on lui avait appris que cinq ans avaient passé, et que sa mère était morte deux ans plus tôt. Elle avait hurlé, pleuré, et blottie dans un coin de la chambre, elle avait passé la nuit à gémir. Aucun médecin n’était venu la calmer ou lui administrer quoique ce soit. Un psychiatre avait décidé qu’il valait mieux pour elle qu’elle vive toute l’intensité de la situation. Plus vite et durement elle l’assimilerait, plus vite elle pourrait regarder devant. Quelques jours plus tard on l’avait autorisée à sortir dans le jardin de la clinique et profiter un peu du soleil. Nouvelles questions, nouvelles photos. Des journalistes. Vautours, rapaces. Et enfin elle avait été transférée dans un hôpital psychiatrique où doucement elle avait appris à se reconnecter avec la réalité. Même si son existence avait cessé ce soir là, cinq ans auparavant, le monde, lui, n’avait jamais cessé de tourner. Le deuil de son existence d’avant avait commencé par une visite sur la tombe de sa mère. Puis s’était enchainés les entrevues psychiatriques, les exercices physiques pour réapprendre à utiliser des muscles qui depuis trop longtemps n’avaient pas servis. Et la vie avait repris son cours.

À chaque instant. À chaque minute. Elle s’était demandée pourquoi ? Pourquoi et comment ? Pourquoi n’était-elle pas morte alors que tant d’autres étaient tombées sous les mains de ce tortionnaire. Pourquoi avait-elle survécu ? Pourquoi était-elle aujourd’hui libre ? Toutes ses questions aboutissaient toujours à la même finalité. C’était grâce à cet homme. Lui. Lui, était intervenu dans sa vie, son existence misérable. Lui, avait ébranlé et interrompu les plans macabres que le Destin avait prévu pour elle. Lui. Manek Kirschnen. Ce sauveur anonyme. Et aujourd’hui, deux ans et un pays traversé plus tard, elle se retrouvait face à lui. Mue par l’impulsion subite de le retrouver pour le remercier.

Installée devant lui, à cette table, elle ne sait plus quoi faire ou dire. Elle n’a jamais songé à le retrouver. Pas vraiment. Trop avalée par sa vie de victime de séquestration à apprentie agent du FBI. Tout cela interrompu par les séances psy et les instants de profonde terreur et d’angoisse lorsqu’elle est seule chez elle. Chaque jour est un combat pour réapprendre à vivre, à faire confiance. Se faire confiance. Comment croire en soi-même alors qu’on s’est si facilement laissée avoir et abuser. 
Stupidement elle dit son nom. Rendant l’homme plus réel. Plus vrai. Il n'est plus anonyme.
« Oui, c’est bien ça. Manek Kirschnen. Vous, c’est Alexia-Jane. Je n’ai pas oublié. » Elle tique puis lui sourit, tristement. Elle est touchée qu'il se souvienne. Mais... Alexia-Jane… Ce nom évoque tellement de choses pour elle. Alexia-Jane Buckley, disparue un 23 Février. Retrouvée cinq ans plus tard, à moitié nue, à moitié morte, contusionnée et frigorifiée un jour d’hiver par un photographe du coin. Une excellente phrase d’introduction pour les journaux. Alexia-Jane, retrouvée vivante après cinq ans aux mais du Collectionneur. Parce que c’est comme ça qu’ils l’ont appelé n’est-ce pas ? Le Collectionneur…

« Alex. C’est Alex Regan maintenant. J’ai… changé de nom après… Tout ça… Vous savez. » Non il ne sait pas. Il doit se douter ou du moins elle le laisse se faire à son idée. Alexia-Jane, voilà un moment qu’elle est morte au fond du puits.
Son souvenir est interrompu par l’arrivée de la serveuse. Manek commande, puis la jeune femme enchaine. « La même chose s’il vous plait. » Pour être honnête elle n’a pas faim. Bien au contraire, elle a la boule au ventre et plus envie de vomir qu’autre chose. Mais dans ces situations là, manger s’avère parfois salvateur, aidant. Comme fourrer un morceau de gâteau dans la bouche ou siroter un café au lieu de parler, laissant le temps au cerveau de formuler une phrase correcte. La serveuse repart et les yeux de la jeune femme se refixent sur le visage de l’homme.
Elle ne peut s’empêcher de le regarder, de l’observer. Elle se doute, inconsciemment elle sait, que c’est mal avisé, malpoli, gênant peut-être, mais elle ne peut s’empêcher de regarder avec avidité l’homme qui l’a sauvée. Soudain il la remercie. Elle. C’est un comble !

« Merci d’être venue à ma rencontre. Je suis vraiment heureux de savoir que vous allez bien. »


Elle lui sourit, une nouvelle fois. Elle ne sait pas quoi faire d’autre à vrai dire. Ses lèvres sont scellées. Elle ne sait pas quoi dire, ou comment réagir mais les mots de l’homme lui vont droit au coeur. Alors, dans sa franchise toute touchante, il soulève une question qu’elle-même s’est de nombreuses fois posée. C’est certainement l’arrivée de la serveuse avec leur commande qui l’empêche de trop réfléchir à la question et de se perdre à la recherche d’une réponse correcte et satisfaisante. Une réponse qu'elle n'a jamais trouvé. Avec un faux ton d’humour qui se veut détaché elle répond. «  Ah ça… C’est une question à 6 Millions de dollars. Je crois que nous ne l’aurons jamais. Je ne l’aurais jamais… » Son visage se referme sur cet aveu. Pourquoi ? Pourquoi elle ?
Dès les premiers instants de sa captivité elle s’était posée cette question. Elle lui avait même posé la question à lui des milliers de fois. « Pourquoi vous me faites ça ? » D’abord en hurlant, en pleurant. Puis bêtement, sans émotion autre que la fatigue. Et au bout d’un certain temps elle avait cessé de poser des questions, cessé de se débattre. Elle avait juste attendu les visites, les tortures, avait essayé de se montrer une bonne fille, en souhaitant qu’un jour tout se termine dans les ténèbres.

Au lieu de quoi, Manek Kirschnen avait ouvert une trappe et laissé entrer la lumière. Comme à l’époque, elle relève les yeux vers lui pour de nouveau croiser son regard. « J’ai beaucoup pensé à vous aussi. » Ça lui est sorti sans qu’elle n’y réfléchisse. En fait, en réalisant ce qu’elle vient de dire elle sent une chaleur coupable l’envahir. Mais maintenant qu’on y est… « À… à la façon dont vous avez ouvert cette… trappe ce jour-là. Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ? » Ce n’est pas vraiment une question. La réponse est certainement la même que le pourquoi précédent. Sans raison… Son regard dévie ailleurs tandis qu’un rire nerveux s’échappe. L’émotion se refoule aussi aisément qu’elle est apparue. Au moins, pour une fois, elle parvint à la refouler. Ce qui n’est pas toujours le cas. Elle s’est longtemps et souvent posée cette question. Elle ne comprend toujours pas ce qui l’a poussé à venir à cet endroit et à soulever la plaque de métal. Elle ne peut pas imputer ça au hasard. Elle le refuse d’ailleurs, catégoriquement. Mais si c’est le Destin… Alors pour quoi ? Pour quelle raison ?

Soudainement elle plante son regard dans le sien. Un regard brillant, un coeur à bout de souffle. Il faut qu’elle le lui dise, c’est une question de survie.
« D’ailleurs… Je ne sais pas. Et… Je crois que je ne vous ne l’ai jamais dit. Je… Je… Vous… Merci. » Elle serre les dents, cette fois ne parvenant pas à refouler ce qui doucement grimpe en elle. Une reconnaissance aveugle, un soulagement profond et des larmes qui pitoyablement manquent de déborder. « Merci. Merci d’avoir ouvert la trappe. Et de m’avoir sortie de là. » Le menton se plisse, la voix chevrote, la gorge se noue. Brutalement elle détourne le regard et inspire profondément. Une main vient rageusement essuyer les larmes qui auraient pu déborder. Elle se sent gênée, mais aussi terriblement soulagée. Voilà. Elle était venue pour ça à la base, et maintenant c’est fait. Ses yeux se portent machinalement sur la tasse de café et le muffin devant elle. Du bout des doigts elle saisit une pépite de chocolat et la fourre dans sa bouche. Elle a vraiment très envie de vomir, mais le contact du chocolat sur sa langue lui rappelle la douceur et la beauté de ce monde. Grace à cet homme elle peut enfin y gouter de nouveau. Alors elle renifle et inspire avant de relever les yeux vers lui et de lui sourire avec douceur et sincérité. « Vous m’avez sauvé la vie. Et je ne pourrez jamais assez vous remercier pour ça. » Une autre pépite dans la bouche. Le gout se fait plus présent, plus terre à terre et l’éloigne du tourbillonnement émotionnel. « Grace à vous, je peux aider les autres à mon tour. Je suis consultante pour le FBI. Je les aide à retrouver les personnes comme moi. » Elle ne sait pas pourquoi elle dit ça. On dirait une petite fille brandissant désespérément le dessin qu’elle vient de faire.

Elle réalise soudain qu’elle veut qu’il soit fier. Fier d’elle. Qu’avec ce qu’elle a accompli depuis, que le travail qu’elle fait, justifie qu’il ait ouvert cette trappe. Elle a accompli quelque chose de bien. C’est super. Il a bien fait d’ouvrir ce puits. Il ne regrette pas du coup. Comme si avoir été femme de chambre depuis sa libération ou autre, aurait peut-être valu qu’elle reste dans ce trou. Comme si la survie d’un individu se monnayait avec ce qu’il accompli. Ma pauvre fille…
C’est tellement ridicule. Puéril. Pathétique. Cette vérité lui apparait aussi brutalement qu’une gifle et la met face à ses enfantillages. Elle se sent tellement petite parfois. Inadaptée à ce monde, en décalage et incomprise. Comme une petite fille dans un monde d’adultes qui tourne trop vite pour elle. Sa thérapeute lui affirme que c’est normal. Qu’il faut des réajustements et que la privation sensorielle dont elle a été victime pendant toutes ces années fait qu’elle a du mal à retrouver une réalité tangible autre que celle de la séquestration. Honteuse, elle attrape sa tasse et y fourre le nez dedans, sans prêter attention à la brulure du liquide sur sa langue. Mais quelle idiote !
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MessageSujet: Re: I'm no hero ••• Alex&&Manek   Ven 11 Aoû - 11:28


« Alex. C’est Alex Regan maintenant. J’ai… changé de nom après… Tout ça… Vous savez. » Il aimerait lui confirmer, qu’il sait. Au lieu de ça, il se contente d’hocher la tête, en intégrant l’information sur sa nouvelle identité. Il en reste un tout petit bout : Alex, diminutif d’Alexia. Repartir à zéro avec un nouveau prénom, à son âge, ce doit être trop. Trop dépaysant, trop traumatisant. Il imagine que d’un point de vue psychologique, ça lui a été déconseillé. Le fait de rejeter une personnalité toute entière suite à ce qu’il s’est passé. Comme si cela prenait le pas sur tout ce qu’elle avait pu vivre auparavant. Manek ne connaît pas les détails de son vécu entre les mains de ce psychopathe qui l’avait cachée au milieu de la forêt après avoir joué avec elle, comme un chat joue avec une souris pendant des heures avant de lui mettre le coup fatal. Il ne peut qu’imaginer, et à vrai dire, il se demande jusqu’où l’horreur a pu aller. Jusqu’où l’horreur a été, l’a rongée et a empiété sur tout ce qui faisait d’elle, la personne qu’elle était. Il se demande si sa personnalité a été diamétralement modifiée. Si ses goûts ont changé, si elle arrive encore à se souvenir de ce qui lui plaisait, avant. Comme lorsqu’on rentre dans une pièce et qu’une odeur nous rappelle des souvenirs d’enfance. Est-ce qu’elle arrive encore à vivre ce genre de phénomène ou est-ce que tout a été occulté par le traumatisme, ne laissant la place qu’à ça, et à la reconstruction possible ensuite. Pour faire place à Alex Regan. Mais Manek n’est que le type qui l’a tirée de ce trou gelé et humide. Alors il se tait, par politesse, pour ne pas être indiscret. Peut-être aussi pour se protéger des horreurs du monde. Depuis qu’il est père, il est d’autant plus sensible à tout ce que l’être humain peut engendrer, déclencher, ruiner. Il lui répond alors, pour lui assurer qu’il ne recommencera pas cette erreur. « D’accord, Alex. »
Les yeux noirs de la jeune femme le sondent, il n’en fait pas de cas. Peut-être a-t-elle du mal à le remettre, après tout, elle était en état de choc lorsqu’il l’avait trouvée, et sans avoir fait médecine, il sait très bien que les souvenirs peuvent s’altérer dans ces cas là. Puis il la remercie, sincèrement. C’est touchant pour lui, de se trouver dans cette situation et son geste, son déplacement valent de l’or à ses yeux.

La réflexion délicate lui échappe sans qu’il ne puisse y faire grand chose, si ce n’est attendre et obtenir une réponse, ou essuyer un silence. Bien évidemment, la réponse n’en est pas vraiment une : il n’y a pas de réponse à cette question, il n’y a pas d’explications ou de conclusion. Il sent que la réponse qu’Alex lui a apportée l’emmène un peu plus loin, lorsqu’il remarque son visage qui se referme, laissant son minois vide de toute mimique. Alors qu’il l’observe, elle repose ses yeux sur lui et il se sent un peu gênée de l’étudier ainsi, mais sa curiosité l’anime. « J’ai beaucoup pensé à vous aussi. » Il se recule légèrement contre la banquette, un peu surpris par cette confession : il ne s’attendait pas à ce qu’elle le dise, tant sa pudeur est palpable. D’ailleurs, lorsqu’il voit le rose percer sur ses pommettes, il ne peut retenir un petit sourire attendri. Elle s’ouvre à peine sans le faire exprès. Puis elle enchaîne avec une question sur les motivations de Manek à avoir agi ainsi, quelques années auparavant. Elle semble bousculée par ses propres émotions et bien qu’il soit plutôt du genre à garder ses distances et à ne pas être particulièrement tactile, il sent son corps s’avancer un peu vers elle, comme pour pouvoir agir sur elle. Il est hors de question qu’il lui saisisse la main, se déplace pour se rapprocher davantage ; ce serait déplacé et très mal venu de sa part. Alors, plutôt que d’apporter une présence physique pas forcément souhaitée, il lui donnera une réponse, la plus honnête possible. « La curiosité, je crois. C’était étrange, pour ne pas dire glauque, de trouver cette trappe au milieu de nulle part. Je ne sais pas si vous le savez, mais elle avait été camouflée, en partie, et c’est ça qui m’a paru suspect et a renforcé mon envie de voir ce qu’on avait pu mettre à l’intérieur. Si je n’avais pas regardé attentivement autour de moi, je ne l’aurais sûrement pas remarquée. » Il s’arrête un instant de parler, alors que la serveuse dépose leur commande devant eux. Il la remercie doucement puis elle s’éclipse. « Je.. J’ai l’habitude de me promener en forêt dès que j’en ai l’occasion. J’étais en déplacement à New-York, alors j’en ai profité pour visiter les alentours. » Il n’a absolument aucune idée de ce qu’elle sait à son sujet, sur la raison de sa présence à ce moment-là, là-bas. Il veut juste apporter un peu de lumière sur son questionnement, en espérant que ce n’est pas une histoire qu’on lui a dite et répétée d’innombrables fois. Manek est un peu perdu, et il ne sait pas vraiment comment gérer la situation. La questionner, lui répondre, jusqu’où est-ce possible, acceptable ? Il a l'impression de marcher sur des œufs. Le photographe a été pris au dépourvu. Cette femme, ce n'est que la deuxième fois dans sa vie qu'il la voit. La première, dans des conditions à peine imaginables, et maintenant. Ils ne se connaissent pas, et pourtant, Manek, après avoir eu un aperçu de ce qu'elle a vécu, sent bien que quoi qu'il arrive, même si aujourd'hui est la dernière fois qu'il croisera son chemin, leurs vies sont liées par cet instant où il a décidé d'ouvrir cette trappe, et la sortir de l'enfer, sans le savoir.
Il remarque soudainement que sa stature se modifie, ainsi que son expression. Il attend la suite et l'assurance qu'elle exprimait physiquement quelques secondes auparavant s'efface lorsqu'elle commence à parler, en cherchant ses mots, d'une voix incroyablement hésitante. « D’ailleurs… Je ne sais pas. Et… Je crois que je ne vous ne l’ai jamais dit. Je… Je… Vous… Merci. » Il sourit, timidement, saisi par l'émotion qu'elle transmet en lui adressant ses remerciements. Il n'avait jamais attendu ça, il n'a jamais voulu aucune reconnaissance par rapport à ce qu'il s'était passé. Alors, aujourd'hui, en venant le chercher devant chez lui, en échangeant quelques mots devant un café et en recevant ce Merci, Manek se sent un peu privilégié. Dans l'horreur de leur rencontre, il en ressort du bon. Une humanité qui a vaincu la monstruosité, un courage qui surplombe la peur. Elle le remercie encore une fois, et c'est sûrement trop, il sait qu'elle est au bord des larmes. Gêné, il baisse le regard sur son cappuccino qui fume encore légèrement, et au lieu de tendre une main vers elle, les deux siennes se resserrent autour de la grosse tasse. Manek diffère des Américains. Il ne l'est pas, il n'a pas grandi ici. Manek est né dans une Allemagne divisée, dans un pays tellement différent. Même s'il a longtemps vécu aux Etats-Unis, il n'a jamais réussi à se fondre dans la masse, à se comporter comme tout le monde, à coups de grandes embrassades, de mots trop gentils, ou d'un tactile trop exagéré au quotidien. Il est dans la retenue, il réserve son affection aux personnes qu'il connaît depuis longtemps. Alors, aujourd'hui, alors que la bienséance l'exigerait dans un tel moment, Manek est incapable de proposer un geste réconfortant à la jeune femme. Il ose un nouveau regard vers elle, et se sent rassuré en la voyant concentrée à son tour sur sa tasse et son muffin. Il l'observe secrètement un instant, avant qu'elle ne relève son regard, après avoir calmé ses émotions. Son sourire plein de tendresse le touche à nouveau. « Vous m’avez sauvé la vie. Et je ne pourrais jamais assez vous remercier pour ça. » Il hausse les épaules, il ne sait pas quoi répondre, comme à ses précédents remerciements. Sauf qu'elle emploie des mots plus forts, en lui mettant sous les yeux la vérité : il lui a sauvé la vie. Sous l'effet de l'information, il se redresse sur la banquette, et la regarde à nouveau, droit dans les yeux afin d'y capter cette étincelle de vie dont elle parle. « Ne me remerciez pas, j'étais.. J'étais au bon endroit, au bon moment. On va dire ça comme ça. » finit-il par dire en lui offrant un sourire gêné. Il se rend compte que pour elle, son action a été décisive, mais à bien y réfléchir, jusqu'à présent il n'avait pas pris conscience de l'ampleur de son geste. Il avait changé le destin de cette femme en faisant cela. Ce n'est qu'en l'ayant sous ses yeux, deux ans plus tard, transformée, qu'il en est témoin. Il dissipe son trouble en buvant doucement une première gorgée de café.
Elle lui avoue qu'elle collabore à présent avec le FBI, pour secourir les personnes qui comme elle, ont fait des mauvaises rencontres et ont disparu. Manek voit le scintillement de fierté en elle, de motivation. Il trouve que c'est incroyablement courageux d'oser se replonger là-dedans. Mais alors qu'il n'a pas eu le temps de lui répondre quoi que ce soit, un nouveau changement d'expression naît sur le visage d'Alex. Il fronce les sourcils, ne comprenant pas ce qui lui arrive. Ce doit être une véritable montagne russe d'émotions en elle. « Ce n'est pas trop difficile de travailler auprès du FBI, sur des cas qui ressemblent à ce que vous avez vécu ? » Il s'arrête un instant. « Je ne veux pas être indiscret, je pose des questions, vous pouvez y répondre ou non, selon votre envie. Mais, je suis curieux. » confie-t-il à demi-mot. « J'imagine que c'est un domaine particulier, et les personnes qui ont toujours travaillé là-dedans, elles ont dû découvrir et vivre des choses difficiles. Alors, vous... Les souvenirs ne sont-ils pas trop présents dans ces conditions ? » Son intérêt est vif, et il réalise qu'il s'inquiète pour elle à travers son questionnement. Il pense à autre chose soudainement. « Depuis quand êtes-vous à Los Angeles ? La ville vous plaît ? C'est drôle de se retrouver ici, en sachant que je ne suis là que depuis quelques mois. » Manek avait migré ici pour des raisons personnelles et professionnelles. Et depuis, il ne se sent pas vraiment à l'aise dans cette ville. Comme dans toutes les grandes villes où tout va trop vite. Ses doigts s'emparent de la cuillère posée à côté du muffin et il en prend un premier morceau, savourant le goût de la myrtille. Puis c'est son téléphone qui vibre sur le coin de la table. Il voit le nom du nouveau compagnon de son ex-femme et du bout de son index, rejette l'appel immédiatement. Il peut bien attendre, et il n'a pas envie de lui parler maintenant. Emma lui prend assez la tête sans que lui n'en rajoute une couche. « Désolé. » ajoute-t-il à l'attention d'Alex. « Vous aviez l'habitude de travailler dans quel domaine, avant ? » Avant tout ça. Parce que des questions un peu plus banales et humaines, ça redonnera un aspect banal à cette rencontre qui ne l'est en rien.
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MessageSujet: Re: I'm no hero ••• Alex&&Manek   Dim 27 Aoû - 17:43


" FROM DEEP DOWN WE RISE "


Il y a une tension palpable à cette table, dans ce café. Quiconque observe la scène pourrait sans nul doute se demander si l’avenir du monde se joue ici.
Pour elle, c’est à peu prêt ça. Elle ne sait pas très bien ce qui l’a poussée à venir trouver Manek. Un besoin de s’absoudre du merci ? Une curiosité malsaine ? Un syndrome de Stockholm modifié ? Une dépendance quelconque ?
Il faut dire que ces derniers temps la jeune femme se sent un peu comme une junkie. À la recherche de quelque chose dont elle ignore l’origine. Reconstruire une vie n’est pas facile. Et lui…
Il est le commencement. Il est celui de qui tout est parti, tout a recommencé. De qui tout a pu recommencer. C’est la raison pour laquelle elle a du mal à le quitter du regard. Du mal à réaliser qu’il y a deux ans, cet homme lui sauvait la vie et modifiait son destin.
Elle voit la surprise sur son visage lorsqu’il répète son nom, son nouveau nom. Beaucoup songent que changer de nom c’est renier son identité, renier ce qu’on a vécu. Pour elle c’était surtout la paix. La paix de ne pas voir des journalistes camper devant son appartement. Ne pas voir le visage des gens s’assombrir et se remplir de pitié. Alexia-Jane Buckley, cette pauvre gamine. Dans ces cas là les gens se révèlent être de vrais rapaces. Passée la surprise, l’apitoiement laisse place à la curiosité macabre. ”Est-ce qu’il t’a…” Quoi ? Violer ? Et de le savoir ça ferait quoi ? Une raison de plus pour être condescendant, faussement compatissant, et ensuite aller s’empresser de raconter aux voisin ”Tu sais la jeune fille de la télé, celle qui a été kidnappée pendant toutes ces années, et ben tu sais pas…” et se tirer momentanément la couverture de la gloire. Les gens sont tellement pathétiques, pitoyables. Dégoutants.
Alors oui, elle avait pris le nom de sa mère. Sa mère à qui elle n’avait pas pu dire au revoir. Sa mère qui était morte sans savoir si sa fille était vivante ou pas. Sa mère, emportée par le cancer et très certainement morte d’inquiétude et de chagrin. Et Alexia-Jane ? Laissée, là où elle était censée finir sa vie. Au fond du puits.
Pour autant la jeune femme ne reniait pas qui elle était et ce qu’elle avait vécu. Son passé s’imposait de toute façon trop à elle au quotidien pour oser se permettre de l’oublier.

Tandis qu’elle pose les questions où elle n’attend aucune réponse. Pourquoi elle ? Pourquoi ce jour-là, Manek a-t-il ouvert cette trappe ? Il y répond malgré tout. C’est la curiosité qui l’a mené à soulever la plaque. La simple curiosité. Il aurait pu y trouver tout et n’importe quoi. Des chatons, des débris, une poubelle géante ou simplement du vide. Mais une chose était certaine, il ne s’attendait surement pas à y trouver une jeune femme. Alors il lui parle de la façon dont il a trouvé le puits. Un sentiment d’étrangeté. L’édifice avait été soigneusement camouflé. Seul son oeil avisé et curieux lui a permis de décelé le bizarre du paysage… Le récit lui fait froid dans le dos. Elle en frissonne. L’idée que quelqu’un ait délibérément caché son crime. Elle aurait pu mourir là, et y rester des années, des siècles. Personne n’aurait pu ne serait ce que même retrouver ses ossements. C’est effroyable.

« Non. Je l’ignorais. » Elle ne se souvient pas très bien de l’endroit. Voir pas du tout. Lorsque Manek l’avait sortie de là, elle ne retenait de ce moment que la chaleur de son corps et l’idée obsédante que tout était peut-être terminé. Le choc et le décalage avec la réalité l’avait rattrapée et elle ne pourrait dire dans quel type de forêt elle avait passé tout ce temps. De même lorsque son tortionnaire l’y avait emmenée, elle ne se rappelait que du son, des odeurs, du froid, et de la douleur de ses pieds nus. Rien d’autre. En une seconde elle visualisa l’image d’un puits camouflé par des feuillages et une bâche. Soudain ses chances de survie lui apparurent. Aussi limpides que vraies. Nulles. Des ossements à jamais perdus dans la profondeur d’un puits. Et personne ne saurait jamais…
« J’étais… destinée, à mourir de faim et de froid dans ce puits. À y être oubliée.» Elle l’avait toujours su. Mais l’idée même que le puits avait été camouflé, caché, montrait bien là tout le sadisme de l’Homme, et l’intention plus que claire qu’il avait eu de la laisser crever là. Cet homme l’avait condamnée à mort et à l’oubli éternel. Après avoir joué avec elle pendant cinq longues années. C’était effrayant, glaçant. « Heureusement que vous visitiez les alentours. C’était une bonne idée. » Le rire étouffe le sanglot qui menaçait. Autant prendre avec humour ce qui tenait du miracle. D’un mouvement elle se recule, portant ses mains à ses yeux pour essuyer les perles salées qui tentent de s’inviter au souvenir. Elle sourit. Franchement. Inspirant profondément et remerciant le Destin, les Dieux, peu importe, de ne pas avoir suivi les plans initiaux. « Je suis désolée. Surtout ne vous sentez pas coupable. Je… » Reposant les mains sur la table elle les regarde un instant, cherchant à mettre les mots sur une vérité toute simple. Il ne fallait pas qu’il se sente coupable de la perturber ou de la faire pleurer parce que… « Si je n’avais pas voulu me replonger là dedans, je n’avais qu’à pas venir vous voir. » Elle replonge alors ses yeux dans les siens, se sentant soudain plus forte, plus sure d’elle même. Libérée. « Encore merci. Vous confirmez que… sans vous je ne serai plus là. Vous m’avez sauvé la vie Manek. Merci. »

Il semble gêné. Au bon endroit au bon moment. Tu parles d’une coïncidence. Elle l’observe se réfugier dans son café puis décide de lui laisser du répit et fait de même. Le liquide chaud et sucré est d’une extrême douceur sur sa langue et dans sa gorge. Il efface avec tendresse le froid et les frissons d’un peu plus tôt.
Elle lui avoue alors qu’elle travaille pour le FBI et en gentleman qu’il est il pose les bonnes questions. Les questions d’un homme qui se soucie, avec délicatesse. L’espace de quelques secondes elle réfléchit à la réponse. « Si. Bien sur que si. Mais je ne suis pas seule. Il y a l’équipe avec qui je travaille, et un psychologue que je vois tous les deux jours. Mais, avoir tenu cinq ans là où toutes les autres ont échouées… Vous saviez que toutes les autres filles, il les a gardé moins d’un an ? Quelque chose en moi, dans mon attitude lui a donné envie de me garder plus longtemps. Et j’aide  l’équipe à… ressentir, au delà de l’analyse psychologique du tueur, je les aide à ressentir, à comprendre, ce qui peut se passer dans sa tête ou celle de ses victimes. » Elle en avait longuement, très longuement parlé avec son équipe. Qu’est-ce qui faisait qu’elle avait autant de facilité à rentrer dans leur tête à ses monstres ? Était-ce ce qu’elle avait inconsciemment fait pour lui plaire, lui céder et lui résister si habilement pendant cinq ans ? Elle n’avait pas trouvé la réponse. Elle ignorait comment et pourquoi. Elle savait seulement que c’était son instinct qui lui avait dicté quand céder, quand lutter. Et ainsi le chat s’était lassé de sa souris seulement au bout de cinq ans… « C’est pas facile tous les jours. Vraiment pas. Mais j’essaie de me dire que je ne suis plus dans le puits. Et qu’Il n’est plus là pour me faire du mal. Mais que moi par contre, en travaillant, en prenant sur moi, je peux en sauver d’autres… » C’était sa croix et sa bannière. « Comme si en sauvant ces femmes, ces enfants… ça donnait un petit peu de sens à ce qui m’est arrivé. » Comme si ça le justifiait. Il fallait bien qu’elle trouve une raison quelque part non ? Et ça lui permettait au moins d’accepter l’idée de ce qui c’était passé.

Il lui demande alors puis combien de temps elle est ici, à Los Angeles. Merci de changer de sujet. Elle redresse les épaules et boit une rapide gorgée de sa boisson. « Ça fait un an maintenant. Ça va, c’est sympa. Je ne sors pas vraiment beaucoup. » Elle hausse une épaule entendue. Sortir en ville est encore au delà de ses capacités. Pas seule. Pas sans un membre de l’équipe. Elle a encore trop peur des gens, de la foule, du métro. « Le climat est plus agréable que celui de New-York. » Non pas qu’elle craigne le froid en tant que native de l’Alaska. Il lui avoue qu’il n’est là que depuis quelques mois. Tu parles d’une chance ! « Ah oui ? Oui j’ai été surprise quand on m’a dit que vous habitiez L.A. En fait je n’avait aucune idée d’où vous pouviez bien vivre. Le fait d’apprendre que vous étiez à Los Angeles m’a un peu décidé à vous rencontrer. »

C’est un aveu. Aurait-elle cherché à le voir s’il avait habité dans l’Ohio ou à New-York ? Certainement pas. Elle aurait surement trouvé cela comme une excuse pour refuser le face à face, l’affrontement. De la lâcheté pure. Mais elle s’était dit que le fait qu’il soit à Los Angeles ne pouvait signifiait qu’une chose : elle devait le rencontrer.
Soudain son téléphone à lui sonne. Machinalement elle lit le nom à l’envers et note que Manek ne tient pas à répondre. L’espace d’un instant il se renfrogne, refuse l’appel, soupire puis s’excuse. « Il n’y a pas de mal. » Si cet personne embête Manek, elle connait un super endroit pour planquer un cadavre. Un puits extraordinaire dans les alentours de la grosse Pomme. Ah ah… Humour…
Alors là c’est la surprise. Il lui demande ce qu’elle pouvait faire avant toute cette histoire. La question la surprend, elle ne s’y attendait tellement pas. « Oh… euh… J’étais serveuse dans un café. Et… » Elle se met à rire. C’est tellement ridicule de parler de ça. « Je venais de décrocher un contrat dans une agence de mannequin, pour des photos… » Elle se rappelle avec précision sa joie, ses rêves qui se bousculaient brusquement dans sa tête, l’espoir de pouvoir gagner suffisamment d’argent pour payer les soins de sa mère. Et la fierté de sa maman, son bonheur d’avoir une fille dont la beauté était enfin reconnue. Elle s’était sentie heureuse alors. Elle était si jeune. Si naïve. Un sourire nostalgique s’étire. « C’est incroyable. J’avais presque oublié… » Elle hausse les épaules. Ça appartient au passé maintenant. Elle n’est plus la même. « Et vous ? Vous faites quoi dans la vie ? A part sauver des gens je veux dire… »
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