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 « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥

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Elinor Goldstein
Admin Mourante
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DATE D'INSCRIPTION : 19/08/2015
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MessageSujet: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Mer 9 Aoû - 1:00

Elinor avait l’estomac au bord des lèvres. Dans la voiture qui les ramenait chez eux, David et elle ne s’échangeaient pas un seul mot, ni même un seul regard. Ils restaient stoïques. L’un consultait son portable sans jamais s’en dévisser les yeux, l’autre observait ostensiblement à travers la vitre contre laquelle la pluie s’abattait drument. La nuit lui offrait à peine de visibilité, mais il y avait dans les yeux d’Elinor un besoin terrible de s’échapper d’ici et d’appartenir à ce décor d’encre où elle n’y voyait rien. Cela serait toujours préférable à sa situation actuelle. Son corps avait froid. Elle respirait à peine. Son cœur battait douloureusement dans sa poitrine. Ses entrailles se tordaient. A l’intérieur, elle avait l’impression d’être vide. Qu’un froid immense s’était installé. Et pour la première fois, ce n'était pas à cause de sa maladie. Elle retenait bravement les larmes qui menaçaient la lisière de ses yeux. Des larmes de colère. Des larmes de frustration. Des larmes d’amertume. Des larmes de chagrin. Des larmes d’injustice. Des larmes de honte. « Nous sommes arrivés. » annonça David sans un regard. Le chauffeur ouvrit la porte. Tout en tendant sa main à Elinor pour qu’elle s’extirpe du véhicule, il agrippait un parapluie de l’autre. Lorsqu’elle glissa momentanément ses doigts dans les siens pour sortir, elle vit briller l’éclat de cette bague hideuse à son annulaire gauche. Elle s’empressa de regagner la terre ferme pour échapper à cette vision. David suivit son chemin et ils arrivèrent tous les deux dans la demeure. Un domestique les débarrassa de leurs manteaux et Elinor retira ses gants. Les marques bleues sur ses poignets que son fiancé avait laissé en début de soirée apparaissaient déjà. David donna congés à tout le personnel qui était encore présent en ces lieux. La soirée était terminée. Ils arrivèrent dans le salon où il partit se servir directement un verre d’alcool. Il fit tourner plusieurs fois le liquide ambré avant d’en prendre une gorgée. D'ordinaire, elle partait se couche mais cette fois, Elinor ne le quittait pas du regard, comme s’il était responsable de toutes les atrocités de ce monde. « Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? » Sa voix tremblante était empreinte d’une colère retenue. Elle se souvenait de l’expression de Pyair quand ça s’était passé. De cette gêne qui l’avait éprise face à tous les regards qui se tournaient vers eux et qui croyaient à cette supercherie. De cette sensation d'être prise piège. David l’observa pour la première fois qu’ils avaient quitté le gala de charité. « Faire quoi ? Te demander en mariage ? La raison est plutôt évidente. » La jeune femme réprima un rire sarcastique. Elle se frictionna les bras, ayant froid dans sa robe de soirée. « Ce n’est pas évident du tout, David. Seulement, tu savais que je ne pourrai pas dire non devant tout ce monde. Tu ne m’en aurais pas laissé le choix ! » - « Tu inventes, Elinor. » Il se montrait d’un calme parfait tandis que l’émotion la submergeait. Cette situation était irréelle, surréaliste, cauchemardesque. « Allons, pourquoi jouer la comédie plus longtemps ?! Je ne t’aime pas et tu ne m’aimes pas. Tu passes ta vie ailleurs pour ta carrière ou dans les bras des autres. Et maintenant, un mariage ? Tout ça, ça n’a aucun sens ! » - « Alors si tu es aussi sûre de cela, pourquoi tu ne me quittes pas ? Pourquoi tu n’es pas encore partie, Elinor ?! » Il venait de reposer brutalement son verre sur le buffet, faisant sursauter légèrement la comédienne. Il mimait le calme alors que des nuages noirs peuplaient ses yeux. Il s’approcha d’elle lentement en même temps qu’elle reculait. Elle savait reconnaître quand ses fureurs grondaient jusqu’à bientôt exploser. « Tu veux que je te dise Elinor ? Toute cette situation, elle t’arrange bien. Tu n’as pas envie d’être aimée. C’est pour ça que tu m’as choisie. Pour je ne te regrette pas. Et si tu restes avec moi, si tu joues la comédie aussi bien que moi, c’est uniquement parce que tu es terrorisée à l’idée de crever toute seule ! » Son dos venait de buter contre le mur. Il se tenait devant elle, grand et menaçant. Il s’emporta plus encore. « C’est toi qui as voulu tout ça ! Reconnais-le ! Ta vie est ainsi uniquement parce que tu l’as choisi. Et si tu m’as oui ce soir, c’est bien parce que tu le voulais aussi. Parce que tu as besoin de moi ! » Elle le repoussa violement, révoltée et bouleversée à la fois par ces vérités effrayantes. Il la rattrapa par le bras pour la plaquer contre le mur. Elle poussa un cri. « Lâche-moi ! » - « Admets-le ! Qu’est-ce que ça peut te faire d’être mariée ou non à moi puisque tu vas mourir ! » Cette fois, elle le repoussa plus fort. Sa main partit d’un seul coup pour le gifler. « Je ne vais pas mourir ! » s’écria-t-elle entre ses larmes dans un hurlement désespéré. Elle se condamnait, mais une autre part d’elle criait qu’elle voulait vivre. Pourquoi avait-il raison ? David passa sa main sur sa joue rougie. Il émit un rire effrayant. « Tu crois que je ne le sais pas, Elinor ? Tu penses vraiment que je ne suis pas au courant que le traitement ne fonctionne plus ? Que tu refuses d’être soignée ? » Sa poitrine se comprima. Elle le dévisagea en reculant d’un pas sous le poids de la révélation. Personne n’était au courant de sa décision, ni même encore de son état médical. Qui aurait pu le renseigner ? Mais pire encore, si David était au courant de la prochaine mort d’Elinor, pourquoi l’avoir demandée en mariage ? Les terribles projets de son fiancé se dessinèrent devant elle en quelques instants. Un mariage lui offrirait un soutien par le nom des Goldstein et une épouse magnifique qu’il pourrait exhiber avec fierté. Mais un éventuel veuvage ? La fortune des Goldstein, la réputation de cette famille et la sympathie des votants ou des partisans. La jeune femme se mit à trembler de la tête au pied. « Tu… tu n’as pas fait ça ? » bredouilla-t-elle tandis qu’il s’approchait de nouveau. Il vint caresser du bout des doigts l’angle délicat de la mâchoire d’Elinor. « Tu as décidé toi-même que ta vie n’en valait pas la peine. A ce titre, j’en dispose. Autant qu'elle me soit utile. Et si tu es assez intelligente pour ça, tu n'en parleras à personne parce que tu ne veux pas que ton secret soit découvert. » Elinor en perdit presque son souffle. Choquée. Effrondrée. Brisée. « Un jour, tout te retombera dessus. Tu n’auras que ce que tu mérites. » Elle le contemplait avec stupeur, comme si elle avait affaire à un monstre. « Peut-être bien. L’ironie, Elinor, c’est que tu ne seras plus là pour le voir. » Elle se dégagea d’un coup sec et asséna un gifle retentissante au politicien. Elle lui fut aussitôt rendue, mais avec une force d’homme qui l’envoya parterre et lui fendit la lèvre. Il la releva brutalement en l’empoignant par le bras. « Tu es parfaite pour jouer les victimes, mais est-ce que tu sais ce que ça fait que de vivre avec une morte ?! De vivre avec toi ? Je t’ai aimée, Elinor. Au début, je t’ai aimée, mais tu m’as bouffé en même temps que ta foutue maladie ! » rugit-il. Il était redevenu incontrôlable. Elle voulut se dégager de toutes ses forces mais il la retenait trop fermement par les deux bras. Elle se mit à crier mais il s’en moquait. « Tu t’es tuée toute seule avant même que la maladie ne le fasse ! Est-ce que tu crois que tu crois qu’on peut aimer quelqu’un qui est mort ?! » Il explosait littéralement de rage. Il la repoussa brusquement, la faisant atterrir contre le buffet. Elle s’y écrasa maladroitement, peinant à reprendre ses esprits. Elle dévisagea longuement, autant assommée par ses propos que par ses gestes. Brusquement, son esprit se réveilla et elle se précipita hors du salon. « ELINOR ! » rugit-il. Elle fut malgré tout plus rapide. Elle courut vers l’entrée, attrapa son sac où ses clefs de voiture et son portable étaient et sortit de la demeure. La pluie s’abattit sur elle avec violence. Elle embarqua dans sa voiture, mit le moteur en marche et ne décéléra pas avant d’être à une distance raisonnable de la demeure de David. Au terme de dix minutes, l’adrénaline s’évapora peu à peu. Elle se mit à manquer d’air, à sentir son cœur devenir fou jusqu’à ce qu’elle crie dans sa voiture et qu’elle fonde en larmes. Elle ne réfléchissait plus un seul instant à ce qu’elle faisait. La raison ne dominait plus, mais laissait place à une souffrance atroce qui vrillait son âme. La pluie et ses larmes étaient si opaques qu’elle ne repéra l’animal sur la route qu’au dernier moment. Son cœur rata un battement quand elle l'aperçut. Elle donna un brusque coup de volant qui l’envoya hors de la route. Il s’agissait d’un chemin assez isolé qui s’éloignait des abords de Los Angeles, bordé d’une multitude d’arbres. Sa voiture termina sa route contre le tronc de l’un d’eux.

Le choc fut brutal. Elinor ne sut pas si elle perdit connaissance, mais quand elle émergea, ses oreilles bourdonnaient, une nausée atroce lui tiraillait les entrailles et un mal de tête horrible la prenait. Elle porta sa main au sommet de son front et reconnut le contact poisseux du sang. Tâtonnant dans le noir, elle trouva la poignée de la porte. Elle tomba plus de la voiture qu’elle n’en descendit. Sa tête tournait tant qu’elle peinait à conserver l’équilibre. Dehors, elle put attester que si elle était blessée, c’était bien son tacot qui avait pris le plus gros des dégâts. Elle n’était pas forte en mécanique, mais même pour le meilleur mécanicien du monde, c’était une cause perdue. Elle tituba loin de la voiture avant de tomber à genoux et de déverser tout le contenu de son estomac. Quand les spasmes se turent, elle se remit à pleurer en enroulant ses bras autour de ses épaules. Sur le fiasco qu’était sa vie. Sur l’insoutenable injustice de l’existence. Elle s’entendit même crier au milieu du vacarme du déluge. « Qu'est-ce que j'ai fait ?... » De sa vie. De ce qui lui restait de son existence. Elle ne sut combien de temps s’écoula avant qu’elle ne revienne vers la voiture. Tous ses membres tremblaient sous le choc et par le froid qui s’insinuait à travers la fine couche de ses vêtements à moitié en loque. Elle récupéra son portable et appela le seul numéro qui lui vint à l’esprit. Elle aurait pu appeler n’importe qui. Notamment son frère qui n’aurait pas hésité une seule seconde, mais contre tous ses principes, il n’y avait qu’une seule personne qu’elle voulait voir. « Alaric ?... » bredouilla-t-elle faiblement entre ses hoquets. « Je… j’ai besoin de toi… Je ne sais pas quoi faire… Je ne sais pas où je suis... » Elle éclata à nouveau en sanglots. De ces pleurs qu’elle ne s’était pas autorisée durant des années. Mais par le simple pouvoir de ses paroles, David l’avait brisée. Elle lui donna approximativement la localisation de l’endroit où il pourrait la trouver. « Je t’en supplie, viens… je ne savais pas qui appeler d’autre… » Et elle n’aurait pas voulu en appeler un autre. Son portable se coupa. Plus de batteries. Une boule vint la saisir au ventre. Et s’il ne venait pas ? S’il ne voulait pas après la dernière fois ? Et s'il lui en voulait ? Elle lâcha son portable qui tomba près des pédales. David l’avait déjà appelée une dizaine de fois sans succès. Elle sortit de la voiture, comme pour s’éloigner de son influence. Elle s’adossa à un arbre, se laissant tomber par terre. Puis elle attendit. Elle attendit sous la pluie. Elle attendit qu’il vienne.
Lui. Et juste lui.
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Alaric Winchester
Admin Ours Brun
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Mer 9 Aoû - 19:21


Alaric ne s'intéressait jamais vraiment à la vie des autres. Pas même à celle de ses proches - à quelques détails près. Il n'était pas de nature curieuse. Il n'était pas homme à se mêler de ce qui ne le regardait pas. S'il voyait une personne en difficultés, seule, démunie et dans le besoin il ne se demandait s'il serait plus juste d'intervenir et d'aider, il le faisait. Naturellement. Aussi naturellement que lorsque le foyer avait besoin de lui, financièrement autant que physiquement. Il ne tournerait jamais le dos à ces jeunes défavorisés qui ne trouvaient pas de maison digne de ce nom - tout simplement parce qu'il savait ce que cela faisait. Il savait ce que cela pouvait détruire. Il ne s'intéressait pas à ce qui les avait amenés à débarquer ici. Il ne posait pas de question. Il respectait l'intimité et la vie privée. Il respectait le silence. Tout comme il souhaitait qu'on respecte son intimité. Sa vie privée. Son silence. Il pouvait passe une soirée entière en compagnie de ces jeunes ou même un seul d'entre eux sans parler une seule fois. Juste en partageant un bon repas, une bonne bière ou en regardant un mauvais film. Très souvent, cela était suffisant pour ces jeunes délinquants qui, au fond, ne demandaient rien d'autre que de l'attention. De l'intérêt. De l'affection. Pourquoi en seraient-ils démunis ? Pourquoi en seraient-ils dépourvus ? Pourquoi ne mériteraient-ils pas d'exister aux yeux de quelqu'un ? A défaut d'avoir une vraie famille, une vrai maison et un vrai foyer, ils avaient ce lieu où ils pouvaient se sentir à l'abri. En sécurité. Aimés. Après tout, n'était-ce pas ce que tout le monde désirait dans la vie ? Exister. Vivre. Être aimé. Être important pour quelqu'un. Alaric lui-même n'avait pas su ce que cela représentait avant de rencontrer Dan. Il n'était qu'un adolescent perdu et sur le mauvais chemin. Parfois, il se demandait ce qu'il serait advenu de lui s'il n'avait pas croisé la route de ce mécanicien passionné de boxe. Il s'imaginait sans mal derrière les barreaux pour vol ou autre connerie du genre. S'il semblait droit et en règle avec la justice, il n'ignorait pas que la prison l'attendait toujours au coin de la rue. Les flics ne le lâcheraient pas aussi facilement, persuadés qu'il baignait dans des affaires louches. Peut-être avaient-ils des informations concernant des activités extra-professionnelles. Peut-être existait-il une taupe dans l'entourage de Ric. Quoiqu'il en soit, ils ne semblaient pas suffisamment renseignés pour le surprendre en flagrant délit - fort heureusement. Par prudence, Alaric avait espacé ces soirées illégales et se montrait plus restreint et méfiant quant à qui prévenir et inviter. Avec pareille attitude et pareil risque permanent, avait-il le droit de se considérer comme une personne honnête et bonne ? Personne n'avait jamais réellement pris le temps de lui expliquer les véritables notions de bien et de mal. Personne ne l'avait jamais réellement rassuré quant à ses qualités. Sans doute pensaient-ils tous qu'il n'en avait pas besoin. Et pourtant. Alaric avait un besoin viscéral d'être rassuré. Il ne le disait tout simplement pas.

Alaric n'était pas d'une nature curieuse. Alaric respectait la vie privée d'autrui. Alaric ne s'intéressait pas spécialement aux autres. Alors pourquoi ne cessait-il pas de penser à elle ? Pourquoi ne semblait-il pas capable d'oublier cette soirée ? Pourquoi se demandait-il constamment qui était cet homme venu interrompre leur soirée ? Pourquoi avait-elle tout simplement suivi ? N'était-elle pas libre de ses mouvements et de ses choix ? N'était-elle pas libre tout court ? Qu'elle soit en couple ne lui avait pas traversé une seule fois l'esprit - et pourtant, pourquoi pas ? Pourquoi serait-elle venue à ses rendez-vous ? Pourquoi aurait-il senti une quelconque attirance s'il n'y en avait aucune ? Alaric n'était pas homme à se poser des questions existentielles. Alaric n'était pas homme à s'attarder sur l'impossible et le compliqué. Ceci expliquait qu'il soit si énervé et si peu bavard depuis quasiment plus d'une semaine maintenant. Personne n'osait l'approcher ou le titiller. Même Raphaël évitait de venir lui propose de manger un morceau, Ric se contentait de le rejoindre à table ou de le suivre quand il le voyait prendre ses affaires. Ils ne parlaient quasiment pas ou peu et ça leur convenait bien, tous deux grincheux et peu expansifs. Mais s'il ne parlait pas, Ric n'en pensait pas moins. S'ils savaient tous que le grand Alaric Winchester était perdu dans des millions de pensées liées à une femme, il n'en aurait pas fini d'en entendre parler. Et de le charrier. Le pire dans tout ça était qu'il n'en voulait pas à la jeune femme. Il ne lui en voulait pas d'avoir garde des secrets et de s'être limitée au strict nécessaire avec lui. Il avait fait de même. Au fond, ils ne se devaient rien et elle avait bien droit de mener sa vie comme bon lui semblait. Il s'en voulait plus à lui-même. De ne pas réussir à la zapper de sa mémoire. De ne pas réussir à se dévoiler, ne serait-ce qu'un peu. Étaient-ils si différents ? Sur bien des points, oui. Sur bien d'autres points, non. Ils étaient discrets sur leurs vies l'un avec l'autre, pour des raisons qui leur étaient propres. Il pouvait respecter cela et l'accepter. De toute façon, il n'avait pas le choix. Il se refusait catégoriquement de sombrer dans la bêtise en l'appelant pour avoir des nouvelles. Pire, pour poser des questions. Dieu qu'il détestait ces gens incapables de se mêler de ce qui les regardait et de foutre la paix à ceux qui préféraient rester tranquilles. Pour rien au monde il ne sauterait le pas et deviendrait l'une de ces personnes. Et pourtant, son coeur battait légèrement plus fort lorsqu'il aperçut le nom d'Elinor sur son téléphone. Elle l'appelait. Il eut un instant d'hésitation, pensant que ses pensées obsessionnelles lui jouaient des tours. Mais c'était bien elle. A plus d'une heure du matin. " Allo ? " répondit-il doucement en décrochant, hésitant entre se la jouer cool et détaché ou inquiet et concerné. Mais toute pensée de ce jour fut oubliée aussi rapidement une fois qu'il entendit ses sanglots et sa détresse. Tout en lui se mit en alerte et prêt à dégainer, comme s'il était fin prêt à affronter toutes les tempêtes du monde et non pas sur le point de s'endormir. " Que se passe-t-il ? Où es-tu ? " Il fut étonné du calme de sa propre voix, alors qu'intérieurement il bouillonnait. Il fut difficile de la faire parler, plus encore de comprendre où elle se trouvait. Heureusement qu'il connaissait Los Angeles comme sa poche, sans cela, il n'aurait pas pu aller bien loin. Et la folie l'aurait gagné. " J'arrive tout de suite, " eut-il le temps de la rassurer avant que la communication ne coupe - sans doute n'avait-elle plus de batterie. Que diable faisait-elle dehors à cette heure-ci, seule et complètement perdue ? Concentré, il parcouru le long chemin qui le séparait de l'endroit qu'elle lui avait faiblement indiqué. Arrivé sur les lieux plusieurs minutes après son appel - LA était une grande ville - il aperçut sa vieille voiture dans le fossé, contre un tronc d'arbre. Son sang ne fit qu'un tour et il avait envie de la secouer comme un pruneau. A peine garé sur le bas côté, il sortit en trombe comme un dératé et la peur prit le dessus quand il ne l'aperçut pas tout de suite. " Elinor ? " l'appela-t-il d'une voix calme et posée, ce qui le surprit grandement compte-tenu de sa panique. Il la vit enfin, assise au pied d'un arbre un peu plus loin du tas de ferrailles qui partirait à la casse cette fois pour de bon - cette idée le calma légèrement, aussi fut-il plus doux et plus délicat quand il parvint enfin jusqu'à elle. " Elinor, regarde-moi, " lui demande-t-il doucement en prenant son visage dans ses mains pour voir ses blessures. Il manipulait le plus lentement possible afin de ne pas causer de tort, et quand il fut certain de ne rien briser, il la souleva dans ses bras comme si elle n'avait pas peser plus lourd qu'une plume. Mi-sonnée et mi-choquée, elle se laissa faire sans émettre la moindre plainte. Il l'installa le plus confortablement possible au siège avant, comme il l'aurait fait avec n'importe quel pote ayant trop abusé de l'alcool. Sauf que ce n'était pas un pote. Sauf que ce n'était pas l'alcool. Elle ne sentait rien d'autre qu'un parfum enivrant et voluptueux, et l'herbe fraiche qu'elle venait de quitter. Et le sang. Poisseux et sec, la blessure ne semblait pas extrêmement profonde, cela dit il n'était pas médecin. Et s'il avait réussi à stopper l'hémorragie de Bucky le soir de leur rencontre, il préférait ne pas prendre de risque avec la tête de la jeune femme. "Je vais t'emmener aux urgences. J'ignore si ta blessure est profonde, mieux vaut qu'un médecin voit ça de plus près, et j'en profiterai pour prévenir que ta voiture est ici. L'un de mes hommes va venir la remorquer jusqu'au garage, " et il ne précisa pas qu'elle ne la reverrai jamais. De toute façon a cet instant, le plus urgent était sa blessure. Le reste attendrait. " Ensuite, je te raccompagnerai où tu veux. Mais cette fois, va falloir m'expliquer ce qu'il s'est passé, " ajoute-t-il doucement en la regardant, avant d'allumer de nouveau le moteur. Il allait finalement poser ces questions qu'il avait tenté d'oublier. Elle l'avait appelé. Lui. Ce n'était pas anodin. Ce n'était pas rien. Il méritait de savoir.






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Elinor Goldstein
Admin Mourante
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Dim 20 Aoû - 21:55

Le rire des deux enfants résonnait dans toute la maison. D’ordinaire, ils n’avaient pas le droit de faire autant de bruit. Leur père travaillait et leur mère avait besoin de repos détenant cette étrange maladie que possède les gens qui ne font rien : le mal de tête. Mais cette fois-ci, ils pouvaient s’en donner à cœur joie car leurs parents n’étaient pas présents et la nourrice préférait s’accorder une pause dans la bibliothèque. Les voilà qu’ils couraient tous les deux dans le jardin, s’inventant un monde imaginaire où ils pouvaient se réfugier quand ils le désiraient. Un monde si éloigné de la réalité et enchanté. Les boucles brunes et chaudes de la petite fille s’envolaient dans le vent tandis qu’elle courait pour échapper à l’emprise de son grand frère. Mais il courait plus vite et il était plus fort. Il finit par la rattraper, provoquant les éclats de rire de la benjamine. Ils finirent allongés sur l’herbe à contempler le ciel qui s’offrait à eux, dessinant des formes dans les nuages. « Oh regarde, on dirait un éléphant ! » s’écria la petite sœur en pointant du doigt l’azur infini clairsemé de taches blanches. Son aîné se prêta au jeu. « Et là, regarde, c’est un musicien ! » Ses prunelles sombres dévièrent sur la forme d’un homme qui paraissait jouer du piano debout. Elle gloussa en contemplant le dessin s’envoler au loin. « Plus tard, quand je serai grand, je serai un musicien célèbre. Tout le monde connaîtra mon nom et je serai à l’origine des plus grandes comédies musicales. J’aurai une grande maison, avec une femme qui sera la plus belle du monde. Et j’aurai des enfants avec elle. Beaucoup d’enfants. Qui feront de la musique à leur tour. » Elle se tourna sur le côté pour observer le profil volontaire de son frère. « Gabriel Goldstein, le célèbre musicien. Ça te va bien ! » admit-elle tant il était talentueux. Souvent, il emplissait la maison du chant mélodieux de son piano. Elle en jouait parfois aussi, mais elle n’était pas aussi douée que son frère. Elle préférait la danse, s’inventant des chorégraphies au rythme des compositions de son aîné. « Et toi, Elinor, comment veux-tu que ta vie soit plus tard ? » L’enfant se mit à réfléchir intensément, cherchant une réponse dans le ciel. Elle se redressa légèrement, comme pour mieux atteindre les nuages. Cet inaccessible immense. « Plus tard, je voudrais être comme ces actrices qu’on voie à la télévision. Je veux faire pleurer et rire les gens. Je veux les émouvoir. Je veux me glisser dans la peau de tellement de personnages à la fois. Et pouvoir danser aussi. Pour danser dans les bras de l’homme que je choisirai plus tard. Il sera grand et fort pour me protéger. Il sera là, même quand je croirai que je suis seule. Il sera tout ce dont j’ai besoin, même si je ne le sais pas. » Elle se retourna vers son frère. « Quand je serai grande, je veux être heureuse. Et je veux vivre. Je veux surtout vivre. »

Des promesses d’enfants qui ne sont jamais tenues. Que restait-il de ses rêves de gamine hormis des cendres et de la fumée ? Elle n’était pas devenue cette grande actrice qu’elle rêvait d’être. Elle se contentait de ses représentations discrètes alors qu’elle pourrait tant aspirer à mieux. Elle faisait rire et pleurer ; mais ce n’était que si peu de gens face à ses ambitions d’autrefois. Et où se trouvait cet homme avec qui elle souhaitait partager une danse ? Où était cet homme grand et fort à la fois, qui saurait la protéger et être là quand elle se croyait si seule ? Qu’était devenue cette Elinor qui voulait être heureuse alors qu’aujourd’hui, ses larmes s’étaient usées ? Qu’était devenue cette Elinor qui voulait vivre alors qu’aujourd’hui, elle se laissait lentement mourir. Qu’avait-elle fait de sa vie ? Cette unique question résonnait dans son esprit vide de toute émotion. Assise mollement contre le tronc de cet arbre, la pluie ruisselait sur son corps sans la moindre protestation de sa part. Les gouttes essuyaient ses larmes, lavaient le sang qui coulait encore de ses plaies. Elles étaient la dernière chose qui lui permettait de se sentir encore connectée avec ce monde tandis qu’elle ne contemplait plus qu’un champ de ruines. Pourquoi s’était-elle montrée si cruelle envers elle-même pour saccager sa vie de la sorte ? Pourquoi avoir choisi un homme aussi odieux ? Pourquoi avoir créé plus de malheur qu’elle n’en subissait déjà ? Ce qui la frappait en premier lieu dans les propos de David, c’était la force de leur évidence. Elinor n’avait pas été dévastée de ses mensonges, mais de la vérité dont il éclaboussait son visage sans aucune douceur. Il avait compris une chose que les autres ne voyaient pas encore : Elinor n’avait aucun désir de vivre. Elle n’avait aucun désir de se battre. Cette mort, elle ne la craignait pas, elle la voulait. Elle l’attendait d’une impatience malsaine pour mettre un terme à cette farce odieuse qu’était devenue son existence. Depuis qu’elle avait découvert sa maladie, elle avait fait un sorte que sa vie n’en vaille pas la peine pour moins regretter de devoir la quitter. A force de vouloir la rendre si médiocre, elle s’était créé un enfer dont seule la mort pourrait la délivrer. La mort n’était plus une punition. Elle était une récompense. Elle s’était tuée depuis bien longtemps et la mort ne serait là que pour ramasser un cadavre déjà glacé.

« Elinor, regarde-moi. » La voix lui parut si lointaine qu’elle ne lui obéit pas tout de suite. Il sera là, même quand je croirai que je suis seule. Des mains chaudes encadrèrent délicatement son visage glacé. Elle grimaça légèrement jusqu’à ce que son regard n’accroche celui du mécanicien. « Alaric… » murmura-t-elle d’une voix brisée mais elle ne parvint pas à en dire plus. Elle s’accrocha à sa chemise quand il la souleva dans ses bras. Son nez presque dans son cou, elle pouvait sentir les effluves de ce même parfum qu’elle avait senti ce soir-là dans le bar où ils avaient joué au billard. Ce parfum qui l’ensorcelait. Qu'elle croyait sentir parfois dans son sillage. Elle se laissa installer dans la voiture, trouvant le contact chaud et sec de la banquette sur ses vêtements trempés. Elle se mit à frissonner et se recroquevilla un peu plus sur elle-même. La panique la saisit quand il parla de l’emmener aux urgences. Immédiatement, sa main se posa sur la sienne pour l’empêcher de démarrer. Elle se moquait de la voiture et du reste, seule cette histoire d’hôpital la mettait dans tous ses états. « Pas l’hôpital ! C’est bon, je n’ai rien… » tenta-t-elle de le convaincre en secouant la tête. Il se mit à insister mais elle le stoppa immédiatement. « J’ai dit pas l’hôpital ! » s’écria-t-elle, presque hystérique. Elle se rendit compte de son propre comportement car elle lâcha la main d’Alaric comme si son contact l’avait soudainement brûlé. Mortifiée, elle le dévisagea jusqu’à reprendre un calme travaillé. L’idée même de se retrouver à l’hôpital la tétanisait. En premier lieu parce qu’elle craignait que son secret ne soit découvert par Alaric. Mais aussi parce que David pourrait la retrouver trop facilement si elle venait à donner son nom dans un hôpital. Aurait-elle le choix seulement ? Elle dut se laisser convaincre. Cette fois, elle ne l’empêcha pas de démarrer. Pas plus qu’elle ne put échapper à ses questions. Il eut la sensation que cette interrogation ne comptait pas uniquement pour ce soir, mais aussi pour la dernière fois où elle avait dû suivre Max sous les ordres de David. Elle songeait qu’elle ne reverrait jamais Alaric, mais le destin en avait décidé autrement. Elle devait rendre des comptes, mais elle n’était toujours pas déterminée à dire la vérité. « Ce n’est rien, c’est juste… un accident idiot. » voulait-elle dédramatiser en observant par la fenêtre la pluie s’écraser violement contre la vitre et former de longues rigoles. « Il y avait un gala ce soir. Quand j’y suis allée, j’étais déjà fatiguée et en partant, j’étais épuisée. Cette pluie n’a aidé à rien. A un moment donné, je n’avais plus une bonne visibilité. J’ai voulu éviter un animal sur la route et je suis sortie de la route. » Pour se prendre l’arbre. Cette histoire expliquait au moins pour sa tenue et son accident. En soi, tout ce qu’elle disait était vrai, mais il manquait certains détails. Le fameux détail étant David. Elle n’affichait pas une mine ravie de devoir se livrer, mais c’était plus l’idée de mentir qui la rendait ainsi. Un vertige la gagna momentanément, la faisant arrêter de parler pour qu’elle ne proteste pas quand il prit le chemin de l’hôpital. Ils se retrouvèrent sur le parking sans qu’elle n’eut compris pourquoi. Elle se tourna vers le mécanicien, une lueur de désespoir dans le regard. « Alaric… » Mais là encore, les protestations n’y firent rien. Il l’aida à descendre pour se diriger vers les urgences. Cette situation lui tordait les entrailles mais elle tint bon jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’intérieur. Ce ne fut pas long d’attendre avant qu’elle soit prise en charge. Une infirmière arriva vers eux. « Il me faudrait un nom Mademoiselle. » Elinor prit les devants avant que quiconque puisse le faire. « Winchester. Elinor Winchester. » Sa main encercla momentanément le poignet d’Alaric pour qu’il n’intervienne pas au milieu de ce mensonge. Elle osa à peine relever son regard vers lui, se contentant de suivre le reste de la procédure où elle fut prise en charge pour les soins. Par chance, il n’y avait rien qui nécessitait des examens plus approfondis. Au milieu des lits qui s’alignaient dans les urgences, Elinor recevait les soins d’une infirmière avec Alaric à côté d’elle. Un instant que la fameuse infirmière s’était éloignée, elle se permit un regard vers lui. « Je… merci d’être venu ce soir. J’étais tellement perdue… je ne sais pas ce que j’aurai fait sans toi. » Elle lui offrit un sourire reconnaissant et triste à la fois, espérant qu’il ne lui en voudrait pas de tous ces mystères qu’elle faisait. Mais au fond d’elle, elle avait désespéramment besoin de lui. Pour une dernière danse avec lui…
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Lun 21 Aoû - 18:15


Il ne jouait plus de la guitare comme avant. Il ne jouait plus de la guitare aussi souvent. Il ne jouait plus de la guitare depuis Lou. La musique avait longtemps été un passe-temps, apaisant et réconfortant. La musique avait été longtemps un loisir qu’il appréciait. Il aimait toujours autant la musique, mais il ne jouait plus aussi souvent. Voire quasiment jamais. Depuis combien de temps n’avait-il pas touché à sa guitare ? Depuis combien de temps se trouvait-elle dans un coin oublié de sa chambre. Depuis combien de temps ne s’était-il pas senti inspiré ? Motivé ? Depuis combien de temps n’avait-il pas eu envie de s’apaiser l’esprit ? D’oublier ? De s’évader ? Il s’était concentré principalement sur la boxe et sur les diverses soirées à organiser – et elles n’étaient pas simples à organiser. Il aurait été bien incapable d’expliquer le pourquoi du comment et les raisons qui l’avaient poussé à poser son instrument fétiche, pour ne jamais le reprendre. La vérité était difficile à admettre, compliqué à confier car Alaric ne se confiait pas aussi facilement. Il avait posé la guitare le jour où il avait appris la trahison de Lou. Il avait posé la guitare le jour où il avait appris son infidélité. Il avait posé la guitare le jour où elle l’avait trompé, avec une autre femme. Pourtant, il ne pouvait pas considérer la jeune femme comme une muse – il n’était pas un compositeur et n’avait jamais rien composé pour qui que ce soit. Mais c’était la jeune femme qui l’avait encouragé à se perfectionner. C’était Lou qui avait eu envie de l’entendre jouer lorsqu’elle avait aperçu l’instrument dans un coin de chez lui. C’était Lou qui avait exigé qu’il apprenne, qu’il s’améliore et c’était encore elle qui l’avait motivé et encouragé – car il était vraiment bon, selon ses dires. Et pour qu’elle lui balance un compliment digne de ce nom, fallait se lever tôt. Il avait persisté pour elle, pour lui faire plaisir – et un peu parce qu’il aimait bien aussi, il fallait le reconnaitre. N’était-il pas normal qu’il associe son instrument à la jeune femme ? N’était-il pas normal qu’il ait abandonné après leur séparation ? N’était-il pas naturel que de perdre l’inspiration et la motivation de jouer ? Mais n’était-il pas temps de passer à autre chose ? Ce soir, ce soir son regard était tombé sur la guitare poussiéreuse. Ce soir, ce soir il avait été pris d’une certaine nostalgie. D’une envie de la prendre. D’une envie de jouer. D’une envie de s’évader. D’une envie d’oublier. D’une envie de s’apaiser l’esprit. Il n’avait pas pensé à Lou, ou à peine. Et pour la première fois depuis longtemps, il n’avait pas ressenti de peine, de douleur ou de déception. Juste de la nostalgie. Il ne s’était pas rendu compte du temps qui passait, de l’heure qui tournait. Perdu dans ses pensées, perdu dans cette musique qu’il avait longtemps oublié, il avait oublié le monde dans lequel il vivait. Mais il ne l’avait pas oubliée, elle. La jolie brune qui ne quittait pas ses pensées. La jolie brune qui hantait ses nuits et même ses journées. La jolie brune qu’il devait oublier. La jolie brune qui semblait avoir une vie trop chaotique pour qu’il s’en approche. La jolie brune qu’il ne reverrait sans doute jamais. Et pourtant la jolie brune qui avait choisi de l’appeler – LUI – pour venir la chercher. Il s’était forcément demandé pour quelles raisons elle l’avait contacté, lui, et pas un autre. N’avait-elle pas de fiancé ou de petit-ami ? N’avait-il pas des sbires qui la surveillaient ? N’avait-elle pas un grand frère ? Des amis ? Elle n’en manquait pas, il en était certain. Pourtant, c’était lui qu’elle avait appelé. Et c’était lui qui n’avait pas hésité une seconde à tout quitter – guitare, musique, solitude et morosité – afin de lui porter secours. Cela faisait-il de lui un héros des temps modernes ? L’idée le faisait sourire. Non. Cela faisait de lui un homme perdu.

« Alaric… » qu’il l’entend murmurer. Ce murmure qui l’apaise autant qu’il l’effraie. Elle semble faible, et ça l’effraie. Elle semble soulagée de le voir, cela l’apaise. Il la sent frigorifiée, et il se félicite d’avoir toujours une couverture dans le coffre de sa voiture – certes sans doute pleine de poils de chiens. Mais une couverture plus chaude que sa propre veste trempée de pluie. Alors il l’installe, contourne le véhicule, referme la porte, allume le chauffage, récupère la dite-couverture pour la lui donner et envoie un SMS au seul employé dont il est certain qu’il répondra. « Comment ça, pas l’Hôpital ? » qu’il répète ce qu’elle vient de lui dire dans un état second. « Je ne suis pas médecin, Elinor. Et tu as reçu un coup à la tête. Alors, si. Hôpital, » qu’il rétorque en faisant preuve de logique et de simplicité. Mais son cri paniqué le stoppe net un instant. Il la contemple, attendant une explication quant au pourquoi de son refus. Mais elle se tait. Mais elle abdique. Mais elle ne dit rien. Mais elle ferme les yeux. Mais elle ne l’arrête plus lorsqu’il démarre. Un silence s’installe entre eux – apaisant et confus en même temps. Le chauffage fait enfin son effet et il ne cesse de jeter des coups d’œil vers la jeune femme. Elle finit par répondre au peu de question qu’il ose lui poser. Un accident idiot. Un gala. Une fatigue. Un animal. Un arbre. Il écoute. Il observe. Il sent qu’elle ne dit pas tout. Il ignore comment, mais il sait qu’elle ne dit pas tout. Il n’insiste pas, se contente de rouler. Il se rappelle qu’il n’a aucun droit sur elle. Il se le répète. Inlassablement. Une fois arrivés devant l’entrée des urgences, il la rejoint pour l’aider à descendre. « Non, » dit-il simplement à sa dernière supplication quant à son refus de ne pas aller aux urgences. Elle n’insiste plus et se laisse faire. Elle n’insiste plus et se laisse accompagner. La salle est plutôt bien remplie, mais ce n’est rien comparé à d’habitude. « Bonsoir, » s’avance-t-il vers l’accueil pour les enregistrer. « Accident de voiture, avec plaie à la tête, » qu’il énonce simplement. Inutile d’en dire plus à la secrétaire – ils devront tout expliquer au médecin ou à l’infirmière qui viendra les rejoindre. Oui. Il avait l’habitude. Il connaissait ce service comme sa poche. Alors il rejoint Elinor une fois qu’il est certain qu’elle va être prise en charge. « Je ne pense pas qu’on va attendre longtemps avant que… » qu’il commence à lui dire quand une infirmière se dirige vers eux. Bordel. C’était bien la première fois qu’il n’attendait pas deux plombes. « Bonsoir, il me faudrait un nom Mademoiselle, » qu’elle demande sans détour. « Winchester. Elinor Winchester, » qu’elle se présente avec un naturel et une rapidité déconcertante. Lentement, Ric se tourne vers elle l’air de dire « sérieusement ? » Puis il tourne de nouveau lentement la tête vers l’infirmière. « Mais bien sûr, » qu’il dit en souriant. « Ma femme a eu un accident de la route, » qu’il accepte de jouer le jeu. Cette fois, elle lui offrait l’opportunité de poser toutes les questions auxquelles il désirait ardemment une réponse. « Très bien, je vous laisse me suivre, on va examiner tout ça, » qu’elle les rassure avec un sourire avenant. L’auscultation fut rapide. On lui assura qu’elle n’avait aucun traumatisme crânien, aucune commotion cérébrale. On exigea la réalisation d’un scanner pour être sûr qu’il n’y ait rien. On lui fit des points de suture. Il s’écoula bien une heure et demie avant qu’ils ne se retrouvent enfin seuls un moment. « Je ne sais pas par où commencer… » qu’il commence à dire après qu’elle l’eut une nouvelle remercié. Il passa une main sur son visage avant de planter son regard dans le sien. « Je ne suis pas ton mari. Je ne suis pas ton fiancé. Je ne suis même pas ton petit-ami, et je n’ai aucun droit d’exiger des réponses à mes questions. Et crois-moi, crois-moi je me suis fait violence pour ne pas te les poser, » qu’il commence tout simplement. « Mais apparemment, ce soir tu es ma femme, » qu’il dit ironiquement puisqu’elle a choisi d’utiliser son nom de famille. « J’imagine que ça me donne le droit de te poser mes questions finalement, » qu’il en conclu tout bêtement. « Et crois-moi, j’en ai un certain nombre en tête, » qu’il lui avoue dans un soupire mais ne sachant pas par où commencer. Alors il préfère commencer par ce qui lui vient en tête. « Pourquoi m’avoir appelé moi ? Pourquoi avoir donné mon nom à l’accueil ? Pourquoi ne pas avoir appelé ton petit-ami ? Car, tu en as un, n’est-ce pas ? » qu’il demande naturellement. « Quoique j’ai pas bien compris qui était l’homme qui est venu te chercher l’autre soir… » qu’il ajoute, sarcastique. « Tu es une véritable énigme, Elinor. Et je dois avouer que ça commence à me rendre dingue, » qu’il lui dit avec honnêteté. « Pourquoi avoir accepté de manger avec moi l’autre soir ? Pourquoi ces rendez-vous ? Pourquoi… » Cependant, il est de nouveau interrompu par l’infirmière qui revient en compagnie d’un médecin – de toute évidence. « Madame Winchester, » qu’il la salue, non sans un regard étrange vers Alaric. « J’ai cru comprendre que vous aviez eu un accident de la route, » qu’il lui dit sur un ton apaisant comme s’il parlait à une enfant ou une jeune femme traumatisée. « Il semblerait que tout soit bon, cependant il y a quelques blessures qui nous sembles… plus suspectes, » dit-il à défaut d’autre chose, non sans un autre regard vers Ric, qui ne peut que froncer les sourcils. Qu’était-il en train de dire exactement ? Quelles blessures ? « Que se passe-t-il ? » qu’il demande finalement en se levant. « Il semblerait que certaines blessures soient antérieures à l’accident, » que le médecin continue en ne quittant pas Elinor du regard. « Afin de ne passer à côté de rien, Madame, il serait important de tout nous raconter, » qu’il continue à l’inviter à se confier. Etait-il en train d’insinuer qu’Alaric aurait pu lui faire du mal ? « Je peux savoir ce qui se passe ? » qu’il demande d’un ton un peu plus ferme, irrité d’être mis de côté et d’être observé comme un animal. « Est-ce qu’ils sont en train d’insinuer que je t’ai frappée ? » qu’il demande à la jeune femme, choqué à cette idée mais encore plus haineux de penser qu’elle ait pu être victime de coups. De toute évidence, c’est bien ce qu’ils insinuent.


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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Dim 10 Sep - 16:13

A mesure que le temps s’était écoulé, Elinor ne voyait en la vie qu’une injustice immense. La jeune femme n’avait jamais été croyante. Elle ne s’était jamais tournée vers aucun dieu. Alors à qui en vouloir quand il n’y a personne qui dirigeait ce grand bordel qu'était la vie ? Qui blâmer quand nous sommes sûrs de notre solitude dans ce vaste monde ? Elle n’avait personne contre qui se tourner, à détester, à haïr ou même à accuser des injustices de cette existence. Et pourtant, la rancœur se répandait en elle. L’amertume empoisonnait son être aussi bien que sa propre maladie. Autrefois, elle était d’un optimisme dévorant. Elle était de ceux qui traversent la vie avec force et courage. Qui considèrent que l’existence est un long chemin parsemé de belles aventures si on s’en donne la peine. Que la douleur et les déceptions sont présentes, mais qu’elles nous forgent pour devenir des êtres meilleurs. Que l’amour peut autant élever qu’il ne peut faire souffrir, mais qu’il ne faut surtout pas en avoir peur. Car même si les sentiments sont un pari dangereux à entreprendre, elle pourrait toujours se targuer d’avoir vécue et non avoir été un être factice créé par son orgueil et son ennui. Désormais, que restait-il de cet esprit passionné et aventurier ? Que restait-il de ce cœur ambitieux et téméraire ? Que restait-il de cette jeune fille qui voulait vivre ? Il n’y en avait plus rien. Lorsqu’Elinor croisait son reflet dans la glace, elle ne voyait qu’une pâle réflexion d’elle-même, un corps tout juste vivant, un fantôme. Ses poumons s’emplissaient d’air mécaniquement, machinalement, mais ce n’était plus dans ce besoin désespéré d’exister malgré tout. Son cœur continuait à battre dans sa poitrine, irriguant encore toutes les parties de son corps, mais il ne s’emballait plus comme autrefois sous le coup d’une émotion. Il lui semblait qu’elle n’était plus qu’une coquille vide, et que lorsque la Mort viendrait pour récupérer sa dépouille, elle n’aurait qu’à se saisir d’un corps déjà glacial. La brune ne faisait plus partie du monde des vivants. Elle n’attendait plus rien de l’univers qui l’entourait, sachant pertinemment que demain n’existerait jamais. Elle ne forgeait plus aucun espoir, se condamnant avant la fin. Elle ne se laissait même plus la chance d’exister encore un peu. Son âme usée et vieillie était déjà fatiguée d’un combat qu’elle n’avait pas encore mené. Son cœur n’en pouvait plus de battre sans aucun but. La fatalité avait chassé cet optimisme qui savait la caractériser autrefois. Elle ne songeait même plus à ses rêves d’antan, sachant que se les remémorer serait bien trop douloureux. Que lui restait-il de cette existence qu’elle avait tant fantasmé ? Elle ne jouerait plus pour personne. Elle ne danserait jamais dans les bras d’un homme. Elle ne serait pas femme. Elle ne serait pas mère. Elle ne serait pas heureuse. Elle ne serait pas vivante. Elle ne serait rien de la femme parfaite qu’elle rêvait d’être. Aujourd’hui, elle n’était plus rien. Elle était seule.

Mais ce soir, il était là. Elle aurait pu songer à n’importe qui. Elle aurait pu appeler son frère. Elle aurait pu demander à David de venir l’aider. Elle aurait pu avoir la faiblesse de rappeler Pyair, de tout lui expliquer, de lui demander de la pardonner, mais à la place de tout cela, c’était le visage d’Alaric qui lui était venu à l’esprit. Ce même visage qui l’observait désormais avec inquiétude. Elinor se sentait comme une créature misérable, blessée, tremblante et toute trempée de pluie. A mesure que l’échéance fatale approchait, elle perdait de sa grande superbe qui savait caractériser les Goldstein. Elle n’eut même pas la force de s’opposer à l’hôpital plus longtemps. Elle ne souhaitait pas y aller. Les établissements médicaux, elle les avait en horreur. Puis elle ne voulait pas que David puisse la trouver. Pas tout de suite. Elle ne voulait pas non plus qu’Alaric puisse apprendre pour cette maladie qui la rongeait. « Winchester. Elinor Winchester. » Elle n’avait rien trouvé de mieux pour échapper aux potentielles recherches de son fiancé, ou pour éviter la découverte de son secret. L’idée était audacieuse. Ses entrailles se nouèrent quand elle croisa le regard surpris d’Alaric, mais il joua le jeu malgré tout. Sans poser de question. Sans demander d’explication. Du moins, pour l’instant. Son cœur reprit un rythme plus normal tandis qu’elle était rapidement prise en charge par le personnel de soin. Elle eut droit à tous les examens d’usage et aux soins nécessaires pour panser ses plaies. Au beau milieu des urgences, elle se retrouva assise sur un des nombreux lits séparés par des hautes tentures. Alaric était à ses côtés. Une situation si étrange qui ne pouvait que motiver des questions. Ses questions… Elle venait de le remercier d’être venue l’aider, une fois encore, mais elle n’était pas assez naïve pour songer qu’il se contenterait uniquement de cela. Elle eut ce sentiment étrange et indéfinissable quand il évoqua le fait qu’elle était sa femme pour un soir, et que cela rendait ses questions plus légitimes. Pouvait-elle lui en vouloir de se questionner autant ? Jamais… Pourquoi l’avoir appelé lui ? Elinor secoua la tête, la gorge déjà nouée d’émotions. « Je ne sais pas… » murmura-t-elle d’un souffle. Elle ne savait pas pourquoi elle l’avait appelé. Elle aurait pu appeler n’importe qui d’autre. Pourquoi lui plutôt qu’un autre ? Pourquoi désespéramment lui ? Elle baissa les yeux quand il évoqua la présence d’un petit-ami. En effet, il n’était pas suffisamment idiot pour ne pas comprendre qu’il y avait quelqu’un derrière tout cela. Il rappela même l’épisode de l’homme qui était venu la chercher l’autre soir. Juste un homme qui travaillait pour David. Ce dernier ne se déplaçait jamais vraiment pour les broutilles, et elle en faisait partie. Elle ne répondit pas, mais son silence était plein d’éloquence, tout autant que la larme muette qui coulait sur sa joue. Une véritable énigme… elle l’était. Peut-être presque autant pour elle-même ? Sa vie avait déraillé le jour où elle avait appris pour sa leucémie. Depuis, il semblait qu’une voix sournoise s’était glissée dans sa tête pour lui dicter toutes les mauvaises décisions à prendre, pour gâcher sa vie suffisamment pour qu’elle ne puisse jamais la regretter. « Je ne sais pas… » continua-t-elle à dire, se sentant impuissante face au discours d’Alaric. Elle se refusait à lui avouer quoi que ce soit. A en faire une nouvelle victime de sa maladie, mais c’était déjà trop tard en vérité… Le médecin arriva, coupant court à leur échange. Elinor balaya prestement les quelques larmes qui s’étaient égarées sur son visage. Elle espérait qu’il serait là pour lui signifier que tout était en ordre et qu’elle pouvait partir. Cet endroit l’étouffait. Mais elle était bien loin du compte. Son cœur se serra quand il mit en évidence la présence de blessures suspectes. Elle n’était pas sotte et comprenait parfaitement qu’il évoquait des blessures antérieures à l’accident. Des blessures causées par David. Que raconter ? Elle ne pouvait pas avouer ce qu’il s’était passé. Néanmoins, elle fut mortifiée quand elle réalisa qu’Alaric était le premier visé par ces accusations. « Non ! » se récria-t-elle, refusant que de tels soupçons puissent être portés sur lui. « Ce n’est pas ce que vous croyez. Ce n’est pas lui. » De telles affirmations n’éteignirent pas la suspicion du médecin. « Madame Winchester, si vous préférez, nous pouvons le faire sortir. » - « J’ai dit non. » répéta-t-elle plus fermement. Cependant, elle ne pourrait pas s’en tenir à ce genre d’explication. Elle tenta un mensonge grossier. « J’ai eu un vertige un peu plus tôt dans la soirée, je suis tombée dans mes escaliers. » Cela n’était pas si étonnant, du moins du côté d’Alaric. Il avait déjà assisté à ses brèves pertes de connaissance. Le médecin ne s’avoua pas convaincu. « Ce ne sont pas des blessures dues à une chute. Ce sont des coups, Madame. » Elinor se pinça les lèvres. Son regard se perdit un instant, ne sachant plus que répondre. Quand bien même elle avouerait la vérité, personne ne pourrait rien contre David. « Je ne suis pas obligée de vous répondre. » répondit-elle finalement. A quoi bon ? Ce n’était qu’une dispute qui avait mal tourné. Ce n’était pas la première fois que David perdait ses moyens, et ce ne serait pas la dernière. Bien à contrecœur, le médecin se résigna. Il signa la fiche de soin, et partit en donnant la permission de pouvoir s’en aller une fois que l’infirmière serait passée. Elinor resta étrangement silencieuse tout le long, évitant sciemment le regard d’Alaric pour ne pas déchiffrer ce qu’il pouvait bien penser de tout ceci. Ils durent repasser rapidement par l’accueil pour le dossier avant de pouvoir repartir. De nouveau dans la voiture, le silence les écrasa. « Je suis désolée qu’il t’ait accusé… » parvint-elle à dire, et avant qu’il n’ait pu poser la moindre question, elle prit les devants. « Ce n’est rien de grave. Juste une dispute qui a mal tourné. » Juste une dispute. Juste une maladie. Juste la mort à la fin. Désormais, elle ne savait plus que faire. S’il était en colère ou non. Elle tourna la tête vers lui, le regardant pour la première fois depuis que le médecin était venu les voir. Son expression changea et devint plus douloureuse. « Je sais que je t’en demande trop et que je te donne si peu de réponses. Mais tout ça… je ne peux pas le dire. Je ne peux pas en parler… et j’en suis désolée. » Elle aurait tant voulu que les choses se passent autrement entre eux. Elle baissa ses yeux sur ses mains qui jouaient avec le tissu encore humide et un peu déchiré de sa robe. « Tu peux… tu peux me déposer où tu veux. Je ne te demanderai plus rien d’autre… juste pas chez moi pour cette fois… »
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Dim 10 Sep - 21:20


« Je ne sais pas… » Une réponse qu’il attendait et dont il n’était pas surpris. Déçu, sans nul doute. Mais pas surpris. Elinor ne cessait de l’intriguer – parfois d’une façon qui lui plaisait, parfois d’une façon qui le rendait fou. Elinor était une jeune femme pleine de secrets. Une jeune femme pleine de mystères. Une jeune femme qui se révélait difficilement. Peut-être était-ce d’ailleurs cette caractéristique qui plaisait à Alaric. Après tout, il était tout aussi rempli de secrets, de mystères et se révélait aux autres tout aussi difficilement. S’il y était parvenu avec Bucky en très peu de temps, c’était principalement parce qu’il s’était retrouvé lui-même chez la jeune femme. Dans son regard meurtri et abîmé par le monde. Dans sa façon d’être. Dans sa façon d’agir. Ils s’étaient reconnus mutuellement. Qu’ils soient parvenus à oublier leurs peurs, leurs doutes et leur méfiance respective aussi facilement les avait autant surpris l’un que l’autre – mais finalement n’était-ce pas cela l’amitié ? « Je ne sais pas… » que la jeune femme répète, comme perdue et pétrifiée. Pétrifiée de quoi exactement, il en saurait le dire. Il n’était pas homme à la forcer à parler – qu’elle soit sa femme pour la nuit ou pour la vie. Il n’était pas homme à forcer qui que ce soit à quoi que ce soit. Dans le passé, lointain, il avait mal agi et avait fait des choses peu glorieuses. Dans le passé, lointain, il avait forcé des personnes – des étrangers – à lui obéir et à lui donner ce qu’il voulait. Mais il avait grandi, il avait croisé le chemin de Dan et il avait appris les leçons de la vie. L’éducation. La politesse. Le respect. La patience. Oui, il avait beaucoup appris auprès de Dan – et c’était drôle de s’en rendre réellement compte qu’aujourd’hui. Il aurait pu insister. Il aurait pu s’emporter. Il aurait pu exprimer une colère – qu’il ressentait par-dessus le marché. Il aurait pu lui exiger des réponses plus concrètes qu’un simple « je ne sais pas ». Pourtant, il se contente de croise les mains et de les serrer fort pour contenir sa mauvaise humeur et son impatience. Pourtant, il se contente de l’observer pour tenter de cerner la jeune femme. Pendant une fraction de secondes, il s’imagine être dans un monde parallèle. Là où les sorciers existent et où il est possible d’obtenir une réponse à ses questions d’un coup de baguette magique. Pendant une fraction de secondes, il s’imagine être dans un monde parallèle. Là où il est possible de courir dans tout Los Angeles à la recherche de Gru et de sa bande de minions, ses maîtres suprêmes, pour l’aider à obtenir ce qu’il désire ardemment – ARDEMMENT ! Soit les réponses d’Elinor. Alaric était certainement un homme respectueux de la vie d’autrui, et sans nul doute l’homme le moins curieux de la planète. Mais quand il s’agissait de personnes qui comptaient à ses yeux, il pouvait devenir aussi inquisiteur que le FBI. Dan. Daisy. Reggie. Bucky. Et il n’osait pas l’admettre, mais Elinor avait déjà fait son entrée dans ce cercle si restreint. Il n’osait pas l’admettre, mais la jeune femme avait déjà pris une grande place dans sa vie, dans ses pensées. Pour quelles autres raisons se sentirait-il si démuni ? Si perdu ? Si irrité de ne pas savoir ? Si impliqué ? Si attentionné ? Si concerné ? Si énervé ? Il était sur le point de le lui dire, de le lui balancer à la figure, histoire qu’elle comprenne que les non-dits et les mensonges ne suffiraient plus à présent. Mais les médecins débarquaient souvent au moment où on les attendait – et les voulait – le moins. Il avait eu l’intention de s’écarter, de s’isoler, de les laisser l’ausculter et/ou de lui dire ce qu’ils avaient à lui dire. Le temps de reprendre contenance et de mettre de l’ordre dans ses pensées. Mais c’était sans compter sur les allusions évidentes que le médecin ferait le concernant. « Non ! » que la jeune femme crie malgré elle. « Ce n’est pas ce que vous croyez. Ce n’est pas lui. » Ce n’est pas lui, quoi ? Ce n’est pas lui, quoi ? CE N’EST PAS LUI, QUOI ? « Madame Winchester, si vous préférez, nous pouvons le faire sortir. » Le faire sortir ? Le faire sortir ? LE FAIRE SORTIR ? Bon sang, il ne comprenait pas ce qui se passait là, sous ses yeux. Ce qu’il comprenait, c’était que s’ils continuaient à parler de lui comme s’il n’était pas là, comme s’il était un mari violent capable de battre sa femme – cette femme – il allait vraiment devenir violent. Ses mains le démangeaient. Cela faisait des jours, des semaines même, qu’il n’avait pas combattu. Qu’il n’avait pas déversé sa frustration, sa colère, sa violence. Qu’il ne s’était pas libéré. Qu’il ne s’était pas évadé. « J’ai dit non. J’ai eu un vertige un peu plus tôt dans la soirée, je suis tombée dans mes escaliers. » Tombée dans les escaliers ? Alaric fulmine intérieurement. Alaric hurle de rage intérieurement. Alaric respire, fort, pour évacuer. Alaric serre les mâchoires, pour ne pas exploser. Puis, il recule légèrement pour s’assurer de ne rien commettre d’irréparable. Puis, il recule pour essayer de se calmer. « Ce ne sont pas des blessures dues à une chute. Ce sont des coups, Madame. » Cette idée le rend malade, mais il recule. Il recule. Il recule. Pour se calmer. Pour respirer normalement. Pour mettre de l’ordre dans ses pensées. Pour mettre de l’ordre dans ses émotions. A une certaine époque, il n’aurait pas pris la peine de reculer. A une certaine époque, il n’aurait jugé utile de se calmer. A une certaine époque, il n’aurait pas fait l’effort de reculer. A une certaine époque, il n’aurait pas trouvé la force de se calmer. La vie était parfois étrange, pensa-t-il. Et penser à son passé, penser à sa rencontre avec Dan et au chemin parcouru depuis sa jeune délinquance et son entrée dans le droit chemin le calmèrent légèrement. Finalement, Elinor estima qu’elle n’avait pas à leur dire quoi que ce soit. Ils n’avaient pas à la forcer. Il ne regardait plus le personnel médical – non pas parce qu’il avait honte qu’ils le voient tous comme un enfoiré qui bat sa femme, mais bien parce qu’il devait éviter ce genre de regard pour ne pas partir en vrille. Ils se retrouvèrent quelques instants, seuls. Dans un silence de plomb. Dans un silence pesant. Dans un silence parlant. Il ne la lâchait pas du regard, quand elle le fuyait clairement. Puis l’infirmière vint vérifier ses constantes et l’autoriser à partir, enfin. A peine fut-elle debout qu’il se dirigeait droit à l’accueil pour signer ce qu’il y avait à signer – après tout, c’était au nom de Winchester. Il ne lui adressa pas un mot jusqu’au retour de la voiture. Il attendit qu’elle s’installe. Qu’elle boucle sa ceinture. Puis il démarra, mettant le chauffage de nouveau à fond pour pas qu’elle n’ait froid. Parce qu’il s’inquiétait encore pour elle. Parce qu’il s’inquiétait PLUS encore pour elle. Le silence lui était vital, tout simplement parce qu’il lui permettait de reprendre du poil de la bête. De calmer ses nerfs à vifs. De ne pas commettre d’erreurs. De ne pas agir sous le coup d’une impulsivité. Autrefois, Alaric aurait sans doute exigé d’obtenir le nom, le prénom et l’adresse de celui qui avait osé lever la main sur elle. Non. Autrefois, il n’aurait rien demandé et serait allé trouver l’Homme en question chez lui – dans ce palace où il l’avait raccompagnée le soir de leur rencontre. Autrefois, il aurait agi, aurait menacé, aurait frappé sans nul doute. Mais cet Alaric avait grandi. Avait mûri. Cet Alaric vivait aux tréfonds de son âme. Aujourd’hui, il avait une vie. Aujourd’hui, il avait une situation. Aujourd’hui, il avait un père qui était fier de lui. Aujourd’hui, il avait des amis qui comptaient sur lui et pour lui. Aujourd’hui, il avait plus à perdre. « Je suis désolée qu’il t’ait accusé… » Elle brise le silence, et sa voix le fait frissonner. De stupeur, et d’un sentiment qu’il ne discerne pas. « Ce n’est rien de grave. Juste une dispute qui a mal tourné. » Qu’elle continue. Qu’elle explique. Qu’elle tente de lui dire une vérité. Qu’elle pardonne. Qu’elle minimise. Il regarde droit devant lui, sans rien dire. Il sent son regard sur lui. Il frissonne de nouveau. Il ignore qui elle essaie de convaincre : lui ou elle ? « Je sais que je t’en demande trop et que je te donne si peu de réponses. Mais tout ça… je ne peux pas le dire. Je ne peux pas en parler… et j’en suis désolée. » Cette réponse, sincère et honnête, lui donne envie de se garer et de la secouer pour lui prouver qu’elle a tort. Qu’elle peut lui dire. Qu’elle peut lui faire confiance. Qu’elle peut se confier. Qu’elle peut se libérer. Qu’elle peut évacuer. Qu’elle peut s’appuyer sur lui. Mais qui est-il pour lui dire ça ? Qui est-il ?

« Tu peux… tu peux me déposer où tu veux. Je ne te demanderai plus rien d’autre… juste pas chez moi pour cette fois… » La ramener où il voulait ? Elle ne demanderait plus rien d’autre ? Pas chez elle ? Cette fois, il se permet un regard vers la jeune femme. « Parce que tu crois vraiment que je te ramènerais chez toi après ce que j’ai entendu ? » qu’il lui dit simplement d’une voix plus douce et plus calme qu’il ne l’aurait cru. L’orage qui planait dans son cœur et dans sa tête était si intense qu’il aurait pensé qu’il s’entendrait en parlant. « Je te ramène chez moi, » qu’il lui dit. Non. Ce n’est pas une question. Ce n’est pas une suggestion. Il est plus de trois heures du matin, voire même quatre heures réalise-t-il en regardant l’heure dans la voiture. Non. Ce n’est pas une question. Ce n’est pas une suggestion. Et le silence s’impose de nouveau entre eux, car elle doit se douter qu’il n’est pas d’humeur à négocier. Il a supporté beaucoup de choses depuis qu’ils se connaissent. Il a supporté beaucoup de non-dits. Il ne l’a jamais harcelé au téléphone pour obtenir des réponses. Il ne s’est jamais pointé chez elle pour obtenir des réponses. Il ne s’est jamais rendu sur son lieu de travail pour obtenir des réponses. Il lui a laissé sa liberté – SA LIBERTÉ. Il a été accusé de l’avoir battue. Oui, il a supporté suffisamment pour qu’elle accepte sans broncher de le suivre. Sans compter qu’avec lui, elle serait bien plus en sécurité que partout ailleurs.

La petite maison est la seule à être allumée quand ils arrivent. Il a oublié d’éteindre en partant – dans sa précipitation. Quand il l’a achetée, il ne cherchait qu’un toit où dormir, un lieu où vivre et être en paix – près de l’eau, c’était l’idéal. Elle ne tenait que sur un fil, lui avait-on dit. Là où tout le monde aurait vu une maison à détruire pour rebâtir, il avait vu du potentiel et il avait mis du temps à la remettre sur pied. Des semaines, des mois, mais il était parvenu à la rendre habitable et même plutôt charmante. Oui, il s’était transformé en menuisier le temps d’un été pour construire ce qu’il estimait être à LUI. Il éteignit la voiture et en descendit sans attendre qu’elle ne dise quoi que ce soit – la ramener chez elle finalement ou la ramener chez quelqu’un d’autre, histoire qu’elle ne l’embête pas plus que nécessaire. Il fut soulagé d’entendre la porte claquer, mais pas de l’entendre dire ces conneries. La maison sentait la lessive fraîchement faite – heureusement, il avait décidé ce soir-là de changer les draps. Le destin, pensa-t-il ironiquement. Il restait de la pizza au poulet curry qu’il avait décidé d’acheter en rentrant du boulot. La maison en soi était plutôt rangée, HEUREUSEMENT, car il n’y passait tout son temps non plus. Il n’y avait pas de grande décoration, tout simplement parce qu’il était un homme et qu’il n’y connaissait rien – Daisy l’avait suffisamment taquiné avec ça, proposant ses goûts sûrs et certains. Il avait refusé, estimant que sa maison lui ressemblait. Vide. Masculin. Libre. Brute. Une fois à l’intérieur cependant, une gêne s’empara de lui. Le calme était revenu, il ne tremblait plus, il ne ressentait plus de colère. Juste de la fatigue. Il se passa une main dans les cheveux et se tourna enfin vers la jeune femme. « Ce n’est pas grand-chose, mais c’est chez moi. Je viens de refaire le lit, tu pourras dormir dans des draps propres, » qu’il lui dit d’une voix rauque de fatigue. « Il reste de la pizza, si tu veux te réchauffer une part… je ne suis pas un grand cuisinier », qu’il ajoute l’air gêné. Puis il pose ses affaires et souffle enfin de tout ce stress et cette tension accumulés. « Écoute… je déteste mentir. Je déteste faire semblant. Je ne sais pas faire semblant, » qu’il ajoute en la regardant. « Je n’ai pas l’intention de te forcer à parler et à me dire ce que tu n’as pas envie, ou ne peux pas me dire. Ce que je veux, c’est juste que tu sois en sécurité. Tu es la bienvenue ici, le temps que tu veux, » qu’il continue en se rapprochant d’elle d’un pas lent. « Ce n’est pas un palace, » qu’il dit en repensant à SON palace à elle. « Mais je pense que tu as de quoi te poser le temps de te reposer et de voir clair. La douche est de ce côté, » qu’il indique d’un doigt derrière elle. « Je ne vais pas te forcer à me parler, Elinor, » qu’il ajoute en se retrouvant face à elle. « Mais je crève d’envie de connaitre la vérité, » qu’il lui dit simplement. N’était-ce pas naturel après tout ? « Je vais dormir sur le canapé. Je peux aussi dormir au garage si tu as besoin de plus d’espace, ça ne me gêne pas… Je le fais déjà très souvent, » qu’il lui propose si jamais la cohabitant étroite avec lui la mettait mal à l’aise. Il espérait que non. Pas parce qu’il avait envie de la voir tous les jours, de se lever tous les matins en la voyant préparer le petit dej’ ou en se couchant le soir avant d’aller dormir – ou faire autre chose… STOP RIC. Mais parce qu’il préférait être là pour être sûr qu’il ne lui arrive rien. « La seule chose que je te demande, » qu'il dit en plantant son regard dans le sien. « C'est des pancakes le matin. »

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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Lun 11 Sep - 21:00

Je ne sais pas…
Il s’agissait de l’unique réponse qu’Elinor parvenait à servir à Alaric ce soir. Une réponse pathétique. Et qui prouvait par cent fois l’impuissance terrible de la jeune femme. Elle avait toujours été d’un naturel discret, mais elle n’en était pas moins une personne déterminée et volontaire. Il semblait que ce trait de sa personnalité ce soit envolé avec les années. Le temps l’avait changée. Elle s’était effacée aux regards du monde. Elle était passée de discrète à transparente. La flamme dans son regard s’était métamorphosée en braises mourantes. Pas encore éteintes, mais sur le déclin. Sa personnalité s’était façonnée au travers des épreuves qu’elle s’était elle-même imposée. A devoir quitter l’homme qu’elle aimait. A s’éloigner de ses amis chers. A refuser une carrière prometteuse. A accepter une relation qui n’était en rien idyllique pour vivre ces derniers jours. Et tout aussi patiemment que le temps avait fait son œuvre, David avait fait un sorte qu’elle soit le reflet même de la femme qui suit mais qui se tait. Un beau faire-valoir au regard du monde, pourvue qu’elle ne s’exprime pas trop et qu’elle ne témoigne pas de son point de vue. Car leurs avis concernant la politique étaient diamétralement opposés. Mais si d’ordinaire, ce genre de divergence porte à débat, ce n’était pas le cas du couple. David trouvait toujours le moyen de l’écraser sous ses remarques acerbes, ou de la reléguer au simple rang d’artiste bourgeoise et fantasque qui ne comprenait rien aux véritables enjeux du monde d’aujourd’hui. L’Elinor d’autrefois ne se serait pas laissé parler ainsi. A vrai dire, cette femme-là ne se serait jamais mise avec un homme pareil. Mais les règles du jeu n’étaient malheureusement plus les mêmes. Il n’était plus question de se battre pour quoi que ce soit. Et en même temps que la comédienne avait décidé qu’elle arrêterait de se battre pour sa vie, elle s’était résolue à ne plus se battre pour exister dans le regard des autres. Elle ne devait pas être vue. Pas être reconnaissable. On ne devait pas s’attacher à elle. Tout était prétexte à empêcher les gens de la côtoyer. Mais à s’écarter ainsi du monde, elle avait causé sa propre perte. Car il n’y avait rien de pire que la solitude pour dissuader une âme de se battre dans un but précis. Elinor n’était pas assez orgueilleuse pour se battre pour elle-même. Si elle se battait, c’était pour les autres. Sauf qu’aujourd’hui, elle ne voyait personne pour qui se battre. Pas même son frère. Lui-même avait un propre combat à mener auprès de sa famille.

Ce soir, elle se sentait terriblement honteuse de ne pouvoir offrir les réponses qu’Alaric désirait à ses questions. Pourtant, plus qu’aucun autre, il était l’un de ceux qui méritait le plus de les recevoir. Depuis que leurs routes s’étaient croisées, le mécanicien n’avait cessé d’être son ange gardien. Sans rien demander en retour. Sans s’embarrasser de mille gloires. Il prétendait ne pas être un homme bon, mais Elinor ne voyait que de la gentillesse, de la bonté et un amour débordant chez cet homme. Il détenait ce côté protecteur et rassurant qui lui donnait sûrement ce désir presque viscéral de l’avoir à ses côtés quand son existence partait en lambeaux. Elle aurait pu appeler n’importe qui. Elle l’avait choisi lui et il s’était montré présent. Malgré les silences, malgré les mystères, malgré le doute. Il sera tout ce dont j’ai besoin, même si je ne le sais pas. Par simple gratitude, elle aurait pu lui avouer qu’elle avait un petit ami et qu’elle était désormais fiancée, mais au fond d’elle, elle ne voulait pas perdre cette alchimie déroutante qui existait entre eux. Elle aurait pu lui parler de sa maladie, mais les paroles de David résonnaient encore dans son esprit, comme une marque au fer rouge. Au début, je t’ai aimée, mais tu m’as bouffé en même temps que ta foutue maladie ! Bien sûr, elle n’attendait pas d’Alaric qu’il l’aime, mais lui révéler sa leucémie serait l’entraîner dans cette spirale infernale. Attirés l’un vers l’autre, Alaric et Elinor étaient pourtant deux étrangers, conservant jalousement leurs secrets. Néanmoins, la jeune femme pouvait lire en lui avec une clarté édifiante toute la souffrance qu’il avait pu endurer. Ses prunelles étaient comme le miroir de sa propre âme. Leur histoire était différente, et leurs souffrances n’avaient sûrement pas été les mêmes, pourtant, il lui semblait qu’elle retrouvait une part d’elle en lui.

« Parce que tu crois vraiment que je te ramènerais chez toi après ce que j’ai entendu ? » Elle ne sut que répondre, restant sans voix. La honte l’accablait et si elle avait pu, elle aurait disparu dans un trou pour ne plus jamais en ressortir. Non seulement, elle ne pouvait pas donner les réponses nécessaires à Alaric, mais en plus, il venait d’être accusé d’avoir pu lever la main sur Elinor. Elle s’était récriée contre ces fausses accusations qui ne rendaient pas justice à la bonté d’Alaric. Elle l’avait senti fou de rage, totalement en colère. Elle ne savait pas si cette fureur contenue était dirigée contre elle et ses silences, ou bien contre David et le reste du corps médical. En parlant, elle s’attendait à ce qu’il lui saute à la gorge à tout moment. Il avait démarré sans un mot, visiblement déjà bien décidé sur la destination qu’ils allaient suivre. Tout ce que la jeune femme demandait, c’était de ne pas retourner chez David. Certes, elle savait qu’elle devrait y retourner un beau jour, mais pas ce soir. Elle ne savait pas encore bien chez qui se réfugier. Peut-être Gabriel, ou encore Anne. Elle l’ignorait, mais Alaric ne lui laissa pas le choix, affirmant qu’il la ramenait chez lui. Elle voulut s’opposer à cette idée, jugeant qu’elle l’avait suffisamment dérangé comme cela, mais elle n’osa pas répliquer. Bien que le ton du mécanicien se soit radouci, il ne souffrait pas la réplique. Puis elle lui devait sûrement bien cela… D’écouter et de se taire pour une fois. Elle ne se sentait pas plus à l’aise concernant cette idée, mais elle n’objecta rien, se contentant d’observer la nuit au-dehors et de songer brièvement à David. Qu’était-il en train de faire à cette heure ? Avait-il dépêché des gens à sa recherche ? Elinor savait que le maître mot des affaires de son fiancé était la discrétion. En espérant que cela puisse être à leur avantage…

Elle ne prêta pas garde au temps qui défilait, et ne réalisa qu’ils étaient arrivés que lorsqu’Alaric ouvrit sa propre portière. Elinor sortir à son tour, cherchant du regard quelle pouvait bien être la tanière de l’homme. Visiblement, celle qui était encore toute allumée. Etait-il parti si précipitamment qu’il n’avait rien éteint ? Elle conserva toujours ce silence qu’elle jugeait de circonstance. Elle ne se sentait pas à sa place. Elle se sentait de trop. Elle représentait une charge qu’elle s’était toujours refusée d’être. Elle ne se fit pourtant pas prier pour rentrer et retrouver la chaleur de l’habitation. En s’enfuyant plus tôt dans la soirée, elle n’avait pas songé à prendre un manteau et sa robe de soirée n’était pas des plus chaudes. D’autant plus qu’elle était sale et rapiécée. Elle s’avança prudemment et avec curiosité dans la maison, ressentant un côté chaleureux malgré l’austérité de la décoration. Il ne fallait sûrement pas en attendre plus d’un loup solitaire. Il y régnait aussi une douce odeur de lessive qui fit sourire la jeune femme. Quand ses prunelles rencontrèrent à nouveau celle d’Alaric, elle n’y vit plus cette irritation et cette colère de tout à l’heure. Il paraissait juste terriblement fatigué et elle s’en voulut de lui avoir fait passer une nuit aussi chaotique. Elle hocha docilement la tête à chacune de ses affirmations. Pour le coup, elle n’avait pas très faim. Au contraire, elle avait les entrailles nouées. Elle se tendit au reste de ses paroles, s’attendant à des remontrances ou qu’il ne revienne sur le sujet. Dans le fond, cet homme était terriblement déroutant. Il lui donnait l’envie de tout lui raconter, mais elle craignait que la vérité ne gâche tout. Il y avait quelque chose de spécial entre eux. Un incertain et un danger qui lui plaisaient contre toute logique. Elle ne pouvait qu’être touchée par sa bonté et son hospitalité. « Merci Alaric… » Elle ne pouvait pas mieux lui exprimer sa gratitude. De lui offrir un toit où dormir. Un endroit où se cacher, être en sécurité. De lui permettre d’oublier un instant le chaos de son existence. « C’est très bien ici. J’aime beaucoup… » dit-elle sincèrement. Cet endroit lui ressemblait en définitive. Il le caractérisait si bien. Il s’approcha plus d’elle et elle retint son souffle. « Je ne vais pas te forcer à me parler, Elinor. Mais je crève d’envie de connaître la vérité. » Elle se pinça les lèvres, impuissante et mal à l’aise. Elle ne savait que lui répondre, mais il enchaîna bien rapidement en affirmant qu’il dormirait sur le canapé, ou dans le garage, lui laissant la chambre. « Mais non, je ne veux pas te chasser de ta chambre. Je dormirai sur le canapé, ça ne me dérange pas. Après tout, je ne suis pas censée être là. » Sauf qu’il n’y avait pas manière à débattre avec Alaric. Elle ne remporta pas le combat, et il fut décidé qu’elle serait dans le lit et pas ailleurs. Elle ne put que le remercier encore. Il choisit cet instant pour exposer son unique condition. Son cœur loupa un battement. Elle s’attendit à ce qu’il lui demande à nouveau des explications, mais quand il exigea des pancakes au réveil, elle afficha une mine surprise avant d’éclater franchement de rire. « C’est d’accord. » Les termes n’étaient pas trop compliqués, cela lui allait parfaitement. Ainsi, elle put se retrouver rapidement dans la salle de bain. Elle avait grandement besoin d’une bonne douche qu’elle prit chaude pour réchauffer son corps frigorifié. L’eau dégoulinant sur sa peau, elle s’empêcha de trop réfléchir à ce qu’il se passait, et à la tournure que prenaient les choses. Elle ne voulait plus entendre cette histoire de demande en mariage et cette bague qui trônait à son annulaire gauche. Les suppliques de Pyair et son regard terrible. Sa dispute avec David et ce qu’il en avait résulté. Néanmoins, elle dut se poser un peu plus de questions quand –en sortant de la douche- elle réalisa qu’elle n’avait rien à se mettre. Sa robe était sale, trempée et déchirée. Elle enroula une serviette autour d’elle, sortant prudemment de la salle de bain en voyant qu’il n’était pas dans les parages. Il s’engagea dans la chambre, toute aussi sobre que le reste de la maison. Osant à peine, elle se mit à farfouiller rapidement pour trouver quelque chose à se mettre. Elle était occupée à regarder dans une armoire quand une silhouette à côté d’elle la fit sursauter. Elle en manqua de faire tomber sa serviette qu’elle retint de justesse et posa une main sur son cœur. « Mon dieu, j’ai eu peur… » dit-elle, avant de réaliser la posture dans laquelle elle se trouvait. Elle se rougit plus qu’elle ne l’aurait dû, se trouvant bien peu vêtue. « Je… en fait, je n’ai rien à me mettre et je cherchais… quelque chose que j’aurai pu enfiler. Au moins pour la nuit. Un tee-shirt ou autre… » balbutia-t-elle avec confusion. Sachant qu’avec la carrure imposante de l’homme, elle serait perdue dans son vêtement. Il lui trouva rapidement de quoi s’habiller pour ne pas traîner éternellement en serviette avant de lui laisser de l’intimité pour se changer. Elle se dépêcha d’enfiler ce qu’il lui avait donné, coiffant rapidement ses cheveux avec ses doigts. Finalement, elle sortit de la chambre, retrouvant Alaric dans le salon. Elle vint s’asseoir sur le canapé. « Tu sais, je ne voudrais pas t’empêcher d’aller dormir… tu dois être mort de fatigue. Tu travailles demain ? » Elle espérait que non de toutes ses forces. Pas forcément pour s’assurer qu’il serait là avec elle et lui éviter la solitude, mais aussi parce qu’il risquait d’être bien fatigué au réveil. Elle discerna tout à coup la guitare posée à côté du canapé. Un léger sourire para ses lèvres. « Maintenant que je suis entrée dans la tanière de l’ours, j’aurai le droit d’entendre jouer le musicien ? »
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Lun 11 Sep - 23:06


« Merci Alaric… » Il n’aimait habituellement pas qu’on le remercie, parce que cela sous-entendait qu’il avait fait quelque chose de bien. De gentil. De généreux. De serviable. Et même si c’était le cas, cela ne méritait jamais un « merci » à ses yeux. Il ne faisait jamais rien qu’il n’avait pas envie de faire. Il ne se forçait jamais à agir contre sa volonté. Et il n’agissait jamais en attendant quelque chose en retour. Il avait appris qu’on était souvent plus déçus avec des expectations. Pourtant, il perçoit la sincérité dans sa voix, avec un mélange de désarroi et de solitude qui le bouleversent. Lorsqu’il l’avait rencontrée, il avait été persuadé qu’elle était une fille de « riches », une fille entourée, aimée, choyée, désirée, estimée, heureuse. Il avait été persuadé qu’ils n’avaient rien en commun. Il avait été persuadé qu’ils ne pourraient jamais se comprendre. Il était tellement facile de juger quelqu’un au premier regard. Il avait été si souvent jugé au premier regard. Mais la jeune femme n’était pas qu’une « fille de riches ». La jeune femme n’était pas entourée. Choyée. Désirée. Aimée. Estimée. Heureuse. Il percevait une fragilité qu’elle mettait toute ses forces à camoufler et à faire disparaitre. En vain. Et quelque part au fond de lui, sa solitude faisait écho à la sienne. Deux âmes perdues. Deux âmes sensibles. Deux âmes meurtries. Deux âmes seules, qui ne désiraient qu’une chose : ne plus l’être. Mais la vie n’était pas toujours simple. La vie était parsemée d’obstacles. Il ne leur suffisait pas de dire « hey, je me sens seul… tu as l’air seule aussi, ça te dit d’être seuls ensemble ? » Il ne lui suffisait pas de lui prendre la main, pour la rassurer. Il ne lui suffisait pas de la regarder et de la trouver belle. Il ne lui suffisait pas de lui dire que tout irait bien. Qu’elle ne serait plus seule. Qu’il ne serait plus seul. Qu’ils pouvaient parler. Qu’ils pouvaient se confier. Qu’ils pouvaient se comprendre. Il ne leur suffisait pas de s’assoir et de raconter leurs passés respectifs, leurs présents respectifs et le futur qu’ils avaient envie de percevoir. Il ne leur suffisait pas de raconter leurs échecs, leurs peines, leurs douleurs et de se tapoter l’épaule pour se rassurer. Réconforter. Apaiser. Il ne leur suffisait pas de se contenter d’être ensemble pour guérir les blessures de l’âme, les blessures du corps et les plaies que la vie leur avait laissées. « C’est très bien ici. J’aime beaucoup… » La vie n’était pas aussi simple. Et l’être humain n’était pas fait pour se contenter d’une vie simple quoiqu’il en soit. Ils étaient friands de drames. Ils étaient friands de peine. Ils étaient friands de douleur. Ils étaient friands de complexité. N’était-il pas ici, chez lui, au milieu de son salon, à contempler une jeune femme qui n’avait rien à faire chez lui ? N’était-il pas ici, chez lui, au milieu de son salon, à apporter son aide à une jeune femme qui semblait le tenir à distance tout en le gardant près d’elle ? N’était-il pas ici, chez lui, au milieu de son salon, à répondre de nouveau à son appel à l’aide ? Elle semblait incapable de le laisser l’approcher, mais semblait tout aussi incapable de se tenir éloignée de lui. Et il se sentait incapable de la laisser approcher, aussi sûrement qu’il semblait incapable de se tenir éloigné d’elle. Non. La vie n’était pas simple. « Tu es bien la première à me dire ça. Le peu de personnes ayant eu la chance de venir ici estiment que c’est vide. Froid. Comme moi, » qu’il ajoute en souriant malgré tout. Mieux vaut en rire que pleurer, n’est-ce pas ? Sans compter qu’il estime qu’ils sont dans le vrai. Il n’est pas quelqu’un de chaleureux. Il n’est pas quelqu’un qui vous prend dans ses bras quand vous perdez un être cher, ou quand vous avez besoin d’un câlin ou d’une étreinte pour vous sentir mieux. Il n’est pas quelqu’un qui sait trouver les mots justes pour vous réconforter. « Mais non, je ne veux pas te chasser de ta chambre. Je dormirai sur le canapé, ça ne me dérange pas. Après tout, je ne suis pas censée être là », qu’elle commence à refuser sa chambre, le forçant à froncer les sourcils, mécontent. Elle comprend bien vite qu’il n’y a pas là matière à discuter. Elle a eu un grave accident. Elle a eu une nuit agitée. Elle a besoin d’un repos, et d’un repos apaisant. Elle ne le trouvera jamais dans un canapé vieux de plus de dix ans. Il grogne légèrement quand elle lui fait savoir qu’elle va prendre une douche, et lui indique vaguement où se trouvent les serviettes qu’elle peut utiliser à sa guise. Une fois la porte fermée, il se retrouve seul. Seul avec ses pensées. Seul avec sa frustration. Seul avec ses questions. Sans réponse. Seul avec sa fatigue. Seul avec ses démons. Pourquoi la jeune femme l’atteignait autant en plein cœur ? Sa vulnérabilité lui donnait envie de la protéger contre tout et rien. Sa force lui donnait envie d’en puiser, car il se sentait parfois si démuni dans ce bas-monde. Le mystère qu’elle lui imposait le rendait fou, car il n’avait jamais eu autant envie d’apprendre à connaitre quelqu’un jusqu’à lors. Comme il n’avait jamais eu autant envie de se livrer à quelqu’un, entièrement, jusqu’à lors. N’était-ce pas perturbant ? N’était-ce pas inquiétant ? N’était-ce pas énervant ? Lui qui se vantait de ne jamais s’attacher, de ne jamais accorder la moindre importance au monde qui l’entourait… quelle bonne blague, réalisait-il. Dan était parvenu à briser la carapace. Reggie était parvenu à briser la carapace. Daisy était parvenue à briser à sa carapace. Bucky était parvenue à briser sa carapace. Et Elinor semblait y parvenir plus encore. Et il détestait cette idée autant qu’il crevait d’envie qu’elle y arrive. Qu’elle en ait envie. Histoire de se changer les idées, il débarrasse un peu son salon et disparait un instant dans la cuisine. Le temps qu’il revienne, la salle de bains est entrouverte. Il se rappelle soudain que la jeune femme n’a rien à se mettre. Plein de bonne volonté, il se dirige droit dans sa chambre, la croyant encore dans la salle d’eau, pour lui sortir un ou deux trucs à se mettre. « Mon dieu, j’ai eu peur… » qu’elle lui lance alors qu’elle se trouve là, au milieu de sa chambre, à moitié nue. SEIGNEUR. JESUS. MARIE. JOSEPH. Et non, il n’est pas croyant pour un sou. Il n’avait pas imaginé voir plus de sa peau ce soir. Un soir, oui. Mais pas ce soir. Maintenant, il semblait incapable de détacher son regard d’elle, bien qu’il sache que c’était malpoli et malvenu. Elle avait la peau aussi satinée qu’il l’avait pensé, si ce n’était plus – ou était-ce dû à la douche qu’elle venait de prendre ? Elle semblait si lisse, si douce…

Alors, éreinté, frustré, perturbé et envahi par un désir qu’il n’a jamais ressenti aussi fort jusque-là, il ne peut que se rapprocher vers elle et s’emparer de sa bouche. Alors, éreinté, frustré, perturbé et envahi d’un désir jamais ressenti jusque-là, il ne peut que laisser ses mains se perdre dans sa chevelure. Son souffle mêlé au sien. Sa bouche mêlée à la sienne. Son odeur mêlée à la sienne. Sa peau, brûlante et frissonnante sous ses paumes qui ne peuvent s’empêcher de la toucher et de retirer cette serviette qui est bien de trop. Il n’entend pas le son rauque qu’il émet, preuve d’un désir puissant et violent. Il n’entend pas son cœur qui bat comme un tambour dans sa poitrine, preuve d’un désir indescriptible et irréel.

« Je… en fait, je n’ai rien à me mettre et je cherchais… quelque chose que j’aurai pu enfiler. Au moins pour la nuit. Un tee-shirt ou autre… » Et il sort de sa torpeur passagère. Violent. Puissant. Brutal. Douloureux. Il parvient à détacher son regard et à lui tendre un t-shirt propre qu’il avait oublié de ranger un peu plus tôt. Un t-shirt AC/DC qu’il avait acheté lors d’un concert à Los Angeles. La gorge nouée, il préfère ne rien dire pour ne pas trahir ses émotions, trop fortes et trop intenses. Alors, il tourne les talons et repart dans le salon en fermant la porte – frustré comme jamais. Il ferme les yeux un instant et souffle profondément pour évacuer le trop plein accumulé. BORDEL DE MERDE, qu’il pense intérieurement. « Ressaisis-toi, Ric. Ressaisis-toi, » qu’il répète en allant s’installer enfin dans le canapé. Il lui semble qu’il s’écoule plusieurs minutes quand la porte d’ouvre enfin et qu’elle vient s’installer à côté de lui. Le t-shirt recouvre suffisamment sa peau, mais il peut tout de même voir ses jambes nues et magnifiques. BORDEL DE MERDE, qu’il pense en détournant le regard et en penchant la tête en arrière. « Tu sais, je ne voudrais pas t’empêcher d’aller dormir… tu dois être mort de fatigue. Tu travailles demain ? » Demain, ou plutôt dans quelques heures. « Ce n’est pas grave, » qu’il dit d’une voix rauque – autant de fatigue que de désir pour le coup. « Je suis mon propre patron, je peux me permettre d’arriver à l’heure que je veux, » qu’il sourit malgré tout. « Toi, en revanche, » lui dit-il en relevant la tête vers elle, à quelques centimètres seulement de lui. BORDEL DE MERDE. « Tu dois être extrêmement fatiguée. Tu as besoin de repos, avec la soirée que tu as eu, » qu’il suppose en l’observant attentivement. « Je te promets que mon lit est confortable, » qu’il ajoute en riant légèrement. Il était bien confortable pour pleins d’autres choses aussi, mais ça il se retient de le dire in extremis. Humhum. « Maintenant que je suis entrée dans la tanière de l’ours, j’aurai le droit d’entendre jouer le musicien ? » Il observe son regard et tourne la tête vers sa guitare. Il rit, mi-jaune, mi-amusé. Un ours, il l’était assurément. Un musicien, c’était moins sûr. « Est-ce que tu as envie que je te joue une musique pour t’endormir ? Ou tu as peur de te retrouver seule dans mon lit ? » qu’il finit par lui demander doucement. Parce qu’il parvient tout de même à lire en elle, bien plus qu’elle ne le croit, bien plus qu’il ne le croit, bien plus qu’elle ne le voudrait, bien plus qu’il ne le voudrait. « Je ne l’avais pas ressortie depuis des années. Je n’avais pas joué depuis des années. C’est en t’en parlant l’autre fois que j’ai eu… » quoi, l’envie ? Sans doute. Elle avait ouvert la porte à pleins d’envie. BORDEL DE MERDE. « Je ne joue jamais devant qui que ce soit… pourquoi jouerais-je devant toi ? » qu’il lui demande un sourire aux lèvres, la défiant de le convaincre.

« Est-ce que j’ai toujours droit à une place pour venir te voir jouer ? » qu’il demande soudainement. Il a proposé à Bucky de l’accompagner par-dessus le marché. « Ou… préfères-tu que j’évite de me retrouver dans la même pièce que lui ? » qu’il demande, sa voix plus intense à l’évocation de l’Homme qui ose partager la vie de la jeune femme et de ne pas en être digne. Oh que oui. Il avait envie de jouer des poings avec cet enfoiré.



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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Mer 13 Sep - 23:55

Elle ne se sentait pas véritablement à sa place. Elinor n’avait jamais aimé être dépendante de qui que ce soit. Cela faisait partie des raisons pour lesquelles elle dissimulait sa maladie. Pourtant, née dans une famille plus que favorisée, elle aurait pu être une femme capricieuse. Une petite princesse prête à être entretenue et comptant principalement sur les compétences des autres. Néanmoins, les deux enfants Goldstein n’avaient pas été élevés ainsi. Ils avaient grandi avec la conscience qu’ils devaient faire honneur à leur nom, mais ne pas se laisser paresser dans le luxe qui était à leur disposition. Ils s’étaient battus pour obtenir ce qu’ils désiraient. Ils ne jugeaient jamais rien comme acquis. Ils ne pensaient pas que tout leur était dû. Bien au contraire, ils connaissaient la valeur du travail, et la satisfaction d’être récompensé de leur labeur. Autant qu’ils étaient reconnaissants de la chance qui leur avait été accordée de naître dans une bonne famille, d’avoir eu le privilège de vivre leur passion respective et de n’avoir jamais véritablement craint pour l’avenir au début de leur vie. Ainsi, elle ne voulait pas devenir un fardeau, une charge ou une contrainte pour quiconque. Hélas, ce soir, elle avait l’impression de représenter un poids pour le mécanicien. Dans la confusion de l’instant, elle n’avait songé qu’à appeler Alaric, mais désormais, elle regrettait quelque peu son choix. Elle lui avait gâché sa nuit, lui provoquant une dose de soucis supplémentaires. Non contente de le noyer dans l’incompréhension la plus totale, elle le faisait crouler sous la montagne de questions qu’elle suscitait chez lui. Elle aurait voulu lui en apporter toutes les réponses, ne serait-ce que par gratitude, mais cela n’aurait pas été lui rendre servir. Très clairement, elle entendait encore les paroles de David qui lui disaient qu’elle l’emportait avec lui dans cette mort. Elle était une créature égoïste qui l’entraînait dans son cycle infernal. Les mots de Pyair étaient bien plus pénibles à encaisser. Dès lors qu’elle les entendait résonner dans sa tête, son cœur se serrait dans sa poitrine et une envie terrible de pleurer l’assaillait. Il aurait souhaité ne jamais la connaître… Le pire discours qu’il n’aurait jamais pu lui tenir, il l’avait eu. Si Elinor l’avait quitté, c’était pour ne jamais entendre ses mots de sa bouche. Ce soir, il les lui avait jetés avec du chagrin dans le cœur, de la souffrance dans la voix et de la haine dans les yeux. Elle en était dévastée… Reproduire ce même schéma avec Alaric lui était inconcevable. Il n’était certes pas un personnage aussi important dans sa vie que l’était Pyair ou même David, mais la vie lui apprenait qu’on ne savait pas de quoi demain serait fait. Elle ne pouvait cependant nier qu’il détenait une place bien spéciale. Un sentiment qu’elle craignait autant qu’elle cherchait. Car même si elle savait combien ce qui était en train de se créer entre eux était dangereux, cela lui permettait de se sentir vivante. Elle renaissait. Alors elle n’était pas prête à ruiner tout cela en racontant la vérité. Ou prenant le risque qu’il ne se montre un jour cruel avec elle autant qu’avaient pu l’être David ou Pyair. Mais elle ne les blâmait pas. Elle n’y arrivait pas. Dans un coin de son esprit, elle savait pertinemment que tout ceci était de sa faute. Jusqu’ici, elle avait toujours essayé de faire les choix qui lui paraissaient bons. Elle ne s’était jamais targuée de faire des choix justes…

« Tu es bien la première à me dire ça. Le peu de personnes ayant eu la chance de venir ici estiment que c’est vide. Froid. Comme moi. » Cela n’avait pas été dit avec fatalité, mais Elinor ne pouvait s’empêcher de ressentir une tristesse l’envahir face à un tel constat. Alaric n’avait rien d’un homme vide ou froid. Bien au contraire. Il était un homme généreux, protecteur, chaleureux et bien meilleur qu’il ne pensait l’être. Elle esquissa un léger sourire envers le mécanicien. « C’est sans doute parce qu’ils ne regardent pas correctement. » Parce que sinon, ils verraient combien ils se trompent. La demeure était peut-être sobre, mais pas impersonnelle. D’une façon étrange, la comédienne pouvait y ressentir l’âme d’Alaric dans chaque recoin. Ceux qui ne le comprenaient pas étaient des idiots. Finalement, après quelques paroles échangées, Elinor demanda si elle pouvait prendre une douche. Elle avait grandement besoin de se sentir propre et de réchauffer son corps rendu froid par la pluie. Elle se délesta de sa robe qui ne ressemblait plus à rien, n’offrant aucune seconde chance en la jetant à la poubelle. Quoi qu’il advienne, elle ne ferait que lui évoquer de mauvais souvenirs. De même que cette bague qui trônait à son annulaire gauche. Néanmoins, elle n’osa la retirer, comme si un maléfice pouvait s’abattre sur elle. En son for intérieur, cela lui rappelait que David détenait toujours une empreinte importante sur elle et qu’elle ne pourrait pas se défiler éternellement. Elle devrait rentrer chez elle un jour ou l’autre… En même temps que la saleté, elle tenta de se laver de tous les souvenirs horribles de cette soirée. Sa rencontre avec Pyair. La demande en mariage et le scandale qui avait éclaté. Le moment où Pyair s’était interposé, exultant de rage et de colère. Elle aurait sûrement dû comprendre qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il disait, mais Elinor n’en retenait que la cruauté. Dans le fond, cela la rassurait... cela la confortait dans son idée qu’elle avait bien fait de le quitter et de ne pas être revenue vers lui ce soir, bien qu’une telle décision lui avait déchiré le cœur. Car malgré les années, elle l’aimait encore. D’un amour différent. Un amour plus douloureux et ancien. Mais elle l’aimait encore.

Sa prochaine quête fut celle de vêtements. Partant seule en exploration dans la tanière de l’ours, elle manqua une crise cardiaque quand Alaric se présenta à côté d’elle dans la chambre. Alors qu’elle était uniquement vêtue d’une serviette de bain nouée autour de sa taille. Ses joues rosirent d’un seul coup, décontenancée par la situation. Elle ressentit subitement le même sentiment étrange que le soir au bar. Un envoûtement. Un ensorcèlement. Son regard était si intense qu’il lui commandait de détourner le regard, mais elle n’y parvenait pas. Elle était captivée malgré elle. Néanmoins, elle parvint à formuler sa demande et se retrouva bientôt avec un tee-shirt entre les mains avec quelques grognements en guise d’instructions. Elle se dépêcha d’enfiler le fameux habit qui lui tombait à la moitié des cuisses. Ce n’était peut-être pas grand-chose, mais ça devrait suffire pour l’instant. Ils auraient le temps de voir pour demain. Elle s’occupa rapidement de mettre de l’ordre dans ses cheveux humides avant de venir dans le salon. Alaric s’y trouvait, assis sur le canapé. Elle l’y rejoint, s’inquiétant de savoir s’il travaillait demain. Elle grimaça en apprenant que c’était le cas. Sa culpabilité s’accrut, mais il lui assura qu’il pouvait bien arriver à l’heure qu’il voulait puisqu’il était le patron. Cela la soulagea quelque peu et elle lui sourit. Quant à sa propre fatigue, elle ne pouvait pas lui dire non. En effet, elle tombait presque de sommeil, pourtant, elle n’avait aucune envie de se coucher. Aucune envie de se retrouver seule avec elle-même. Aucune envie d’être livrée à la nuit et à ses cauchemars. La présence d’Alaric la rassurait. Elle l’apaisait. « Oui, il a l’air. Je suis désolée de t’en chasser… » dit-elle quand il lui confirma que son lit était confortable. Pour le coup, l’attrait du lit était surtout celui de la couette qui pourrait la réchauffer tandis qu’elle ressentait toujours ce froid la transir de l’intérieur. Mais elle n’aurait su dire s’il s’était agi de la fatigue ou de la maladie… Ses pensées dévièrent en avisant la guitare à côté du canapé. Pour faire durer le moment comme un enfant qui refuserait d’aller au lit, mais aussi parce qu’elle rêvait de l’entendre jouer, elle le taquina à ce sujet. « Est-ce que tu as envie que je te joue une musique pour t’endormir ? Ou tu as peur de te retrouver seule dans mon lit ? » Un rire léger glissa d’entre les lèvres d’Elinor. « Je suis si transparente ? » Elle craignait effectivement de se retrouver seule dans cette grande chambre. Une peur d’enfant. Une peur un peu puérile. Son cœur battit plus fort d’entendre qu’elle était celle qui avait permis à cette pauvre guitare de sortir de son placard. Elle se sentit décontenancée quand il lui demanda pourquoi il jouerait pour elle. Pourquoi elle spécialement ? Elle eut un sourire mutin. « Parce que je serai sûrement ton meilleur public. Puis que je l’ai demandé très gentiment. » Elle retrouvait un peu de sa candeur avec lui. Une volonté de rire et de s’amuser un peu. L’insouciance l’habitait l’espace d’un instant, et ça lui faisait un bien fou. Mais ce n’était pas encore l’heure d’écouter de la musique. Il réitéra sa demande concernant la pièce de théâtre, et s’il pourrait venir malgré la présence de David. Elle eut un sourire triste. « Crois-moi, s’il y a bien un endroit où tu ne le croiseras pas, c’est à l’une de mes pièces. Il ne vient plus me voir depuis bien longtemps. » Parce que le théâtre était quelque chose de futile. Ce n’était qu’un loisir pour la bourgeoise qu’elle était. C’était ainsi que David le définissait, sans comprendre qu’il s’agissait d’un véritable métier pour elle. Une passion. Elle ne se battait cependant pas pour qu’il vienne. Elle préférait voir le visage de son frère à ses premières. Et pourquoi pas celui d’Alaric. « Et tu peux toujours venir bien sûr. Je serai heureuse que tu sois là. » Quel mal cela ferait-il ? Puis ce serait aussi une manière de le remercier de ce qu’il faisait pour elle. Elle lui attrapa momentanément le bras et le secoua légèrement. « Mais arrête de changer de sujet. Joue-moi de la guitare. Je serai un public attentionné et calme. » exigea-t-elle, espérant qu’elle l’avait suffisamment convaincu. Visiblement, ce fut le cas car il s’empara de sa guitare et commença à gratter quelques notes. La jeune femme se tut, ramenant ses jambes contre sa poitrine pour l’écouter confortablement. Elle ne put s’empêcher de le contempler tandis qu’il jouait. L’expression de concentration sur son visage, et en même temps, cet abandon dans la musique. Elle se laissa emporter par cette mélodie simple, son cœur se serrant dans sa poitrine. Elle sentit à peine les larmes couler sur ses joues, et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de sourire en même temps. Quelquefois, elle fredonnait en même temps l’air. Hélas, autant que la musique l’habitait, le sommeil la gagna et elle se fit happer dans les bras de Morphée avant d’entendre les dernières notes.

***

Lorsqu’elle se réveilla, ce fut subitement et douloureusement. Elle retint un cri, se délivrant d’un énième cauchemar où les scènes de la soirée défilaient dans son esprit, puis des créations toujours plus cruelles de son inconscient. Un bref instant, elle ne reconnut pas son environnement. Elle se remémora là où elle se trouvait. Chez Alaric. En sécurité. Et dans son lit alors qu’elle se souvenait s’être endormie sur le canapé. Elle aurait pu se rendormir, mais tout en elle tremblait. La solitude devenait un monstre effroyable. Ses blessures se rappelaient à elle, le faisant grimacer. Au bord des larmes et presque paniquée, elle s’extirpa des draps pour rejoindre le salon. Sur le canapé, le mécanicien dormait. Elle hésita à le réveiller, mais sa raison ne parlait plus pour elle. Elle s’accroupit à côté de lui. « Alaric ? » appela-t-elle doucement en lui secouant légèrement l’épaule. « Alaric. » Elle avait parlé un peu plus fort, parvenant à l’extirper d’un sommeil qui ne devait jamais être bien lourd. Elle se sentit tout à coup idiote, sa voix tremblant un peu. « Je… c’est… ça va te paraître idiot mais… tu pourrais venir dormir avec moi ? » chuchota-t-elle plus comme une supplique qu’une simple demande. Elle se sentait honteuse d’exiger une telle chose comme si elle était encore une petite fille, mais là encore, la peur était bien plus puissante que tout le reste.
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Jeu 14 Sep - 18:15


Qu’est-ce que tu fous ? Bon sang, qu’est-ce que tu fous ? La vie ne t’a pas appris à faire attention ? La vie ne t’a pas appris à te méfier ? La vie ne t’a pas appris à être vigilant ? La vie ne t’a pas appris à ne penser qu’à toi, ne compter que sur toi ? Non, il a fallu que tu joues les héros. Il a fallu que tu t’arrêtes sur ce bas-côté. Il a fallu que tu proposes ton aide. Il a fallu que tu croises son regard. Il a fallu que tu la raccompagnes chez elle. Il a fallu que tu te casses le cul pour réparer sa voiture – alors que tu savais très bien qu’elle était foutue et qu’il n’y avait rien à faire – RIEN A FAIRE ! Il a fallu que tu te décarcasses tout de même, pour une raison obscure, et que tu parviennes à tes fins. Il a fallu que tu la trouves belle. Il a fallu que tu la laisses parler. Il a fallu que tu l’écoutes. Il a fallu que tu acceptes de boire un verre avec elle. Il a fallu que tu t’intéresses à elle. Pourtant, tu sais mieux que n’importe qui. Tu sais bien qu’il ne faut pas baisser sa garde. Tu sais bien qu’il ne faut pas faire confiance aveuglément. Maintenant, tu souffles. Maintenant, ça t’importe. Maintenant, tu y penses tout le temps. Maintenant, tu es impliqué. Maintenant, ça compte. Maintenant, elle occupe ton esprit. Maintenant, elle a une place. Minime, certes, mais elle en a UNE. Idiot. Imbécile. Peu importe à quel point je me secoue les plumes, peu importe à quel point je râle intérieurement. Le mal est fait, et je suis dans la merde jusqu’au cou. Peu importe à quel point je me répète qu’avec des « si », je n’en serais pas là. Le fait était que j’en étais LA. Elle appelait, je répondais. Elle avait besoin d’aide, je répondais. Elle avait besoin de parler, j’écoutais. Elle avait besoin de dormir, je lui passais mon lit. Elle avait besoin d’un vêtement, je lui passais mon t-shirt. NORMAL. Quel bouffon. Quel bouffon. Quel bouffon. L’envie de frapper dans un punchingball n’avait pas été aussi intense depuis très longtemps – depuis Lou ? Bon sang. BON SANG. Depuis l’annonce de la phase terminale de Dan. Bon sang. BON SANG. Et me voilà maintenant, avachi sur mon canapé à attendre qu’ELLE sorte de MA chambre. Il était passé où Ric, celui qui se fichait pas mal des convenances et de ce qu’il fallait faire ? Il était passé où Ric, celui qui ne s’attachait pas et profitait de l’instant présent ? Il était passé où Ric, celui qui n’aurait jamais laissé une femme – même ELLE – dans sa chambre à moitié nue ? Il était passé où Ric, celui qui n’aurait pas hésité avant de l’embrasser et de la posséder comme il en avait eu envie un peu plus tôt ? Hein, il était passé où ? Quel bouffon. Quel bouffon.

En tête-à-tête avec lui-même, il ne l’avait pas entendue ouvrir la porte et la refermer. Ce n’était pas simple pour lui de se voir et de se sentir si faible et démuni face à une femme. Depuis Lou, aucune n’avait eu une telle influence sur lui. Physique. Psychique. Il avait fait en sorte que cela n’arrive jamais. Il avait fait en sorte que cela ne se reproduise plus jamais. Malgré ses efforts et sa bonne volonté, Elinor semblait plus forte que n’importe qui d’autre – même lui – et dire que ça l’irritait était un euphémisme. « Oui, il a l’air. Je suis désolée de t’en chasser… » Elle pouvait être désolée de le chasser. Elle pouvait être désolée de le faire dormir sur le canapé. Elle pouvait être désolée de foutre sa vie sans-dessus-dessous. Elle pouvait être désolée de le tourmenter. Elle pouvait être désolée de le perturber. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il tente de se convaincre, il semblait incapable de lui tourner le dos et de lui en vouloir. « Je suis si transparente ? » Si seulement ! Transparente, elle ne le tourmenterait pas. Transparente, elle ne foutrait pas sa vie sans-dessus-dessous. Transparente, elle ne le perturberait pas. « Je suis surtout très observateur, » qu’il lui dit simplement comme si c’était évident. Non. Ce n’était pas évident. Car même à l’observer attentivement, il ne parvenait toujours pas à la comprendre. « Je ne sais pas ce qui s’est passé avant ton accident, mais je vais supposer que ça a été important et bouleversant. Ce genre de soirée, ça te plombe et ça ne t’empêche de trouver le sommeil même quand t’en a besoin », qu’il explique simplement, car il a déjà connu ça. Car il ne connait QUE ça. « Tu n’as pas choisi la meilleure personne pour te tenir compagnie, » qu’il lui dit en la regardant. Oui. Il était foutu. Se montrer méchant, violent, brutal et impartial avec elle lui serait tout simplement impossible. Il n’y parviendrait pas, même s’il le désirait ardemment. Il avait autant envie de se débarrasser d’elle que de la garder près de lui. Il avait autant envie de la secouer sans ménagement que de l’embrasser avec fougue et passion. Il avait autant envie de lui dire de dégager que de lui ordonner de ne plus jamais le laisser en plan – comme l’autre fois. « Parce que je serai sûrement ton meilleur public. Puis que je l’ai demandé très gentiment. » Hum. Surtout parce qu’il était faible. Surtout parce qu’il était con. Surtout parce qu’il était RIDICULE. « Surtout parce que tu serais mon SEUL et UNIQUE public, » qu’il lui répond néanmoins. Il se pince les lèvres, car il n’a pas joué depuis des lustres, et encore moins devant quelqu’un. « On t’a déjà refusé quoique ce soit ? » qu’il lui demande alors spontanément. Car il a comme l’impression d’être face à une sorcière qui arrive à obtenir ce qu’elle désire rien qu’en le demandant. Alaric ne faisait jamais rien, JAMAIS RIEN, s’il n’avait pas envie de le faire. Alaric ne se forçait jamais, JAMAIS, à faire quelque chose qu’il n’avait pas envie de faire. Pourtant, pour ses beaux yeux et pour qu’elle trouve le sommeil et la paix pour la nuit, il était prêt à faire l’effort. Si ça ce n’était pas un miracle. « Crois-moi, s’il y a bien un endroit où tu ne le croiseras pas, c’est à l’une de mes pièces. Il ne vient plus me voir depuis bien longtemps. » Si ça ce n’était pas de la merde. Il détestait ce type. Il haïssait ce type. De toute son âme. De tout son corps. Un monstre silencieux mais perfide et puissant semblait naître dans les entrailles de Alaric. Un monstre qu’il ne comprenait pas – pas de ce monstre avec lequel il vivait depuis des années, appelé Amertume. Appelé Colère. Appelé Rage. Appelé Révolte. Non. De ce monstre qui nous faisait perdre la tête et faisait faire des choses dont on ne comprenait pas toujours les sens. « Et tu peux toujours venir bien sûr. Je serai heureuse que tu sois là. » « Tant mieux… car j’ai déjà proposé à quelqu’un de m’accompagner, » qu’il lui avoue du tac-o-tac, quelque peu soulagé de savoir qu’il n’aurait pas à expliquer de long et en large à Bucky le pourquoi du comment ils n’auraient pas pu aller à la pièce dont il lui avait parlé. « Mais arrête de changer de sujet. Joue-moi de la guitare. Je serai un public attentionné et calme. » Non. Je n’ai pas envie de jouer. Je n’ai pas envie de jouer devant toi. Je n’ai pas envie de jouer pour toi. Je n’ai pas envie de te faire plaisir. Je veux que tu me répondes. Je veux que tu me parles de toi. Je veux que tu me dises la vérité. Je veux que tu me dises TOUTE la vérité. « Très bien, » qu’il dit cependant d’une petite voix. Alors il prend sa guitare, se positionne et attend plusieurs secondes avant de se lancer. Un peu plus tôt dans la soirée, il avait été agréablement surprise de réaliser qu’il n’avait rien oublié. De la sensation des cordes sous ses doigts, de la sensation de l’instrument contre lui, de la sensation de la musique à ses oreilles. Il avait été agréablement surpris et quelque peu soulagé de n’avoir rien oublié et de se souvenir de tout. De temps à autre, il l’observait. Elle était comme emportée par sa musique. Elle était comme bouleversés par sa musique. Elle était comme fascinée par sa musique. Plus les notes défilaient, plus sa frustration, sa colère, son irritation se dissipèrent. Et quand elle s’endormit, profondément, c’est avec délicatesse et patience qu’il la souleva pour l’emporter dans son lit. Et ce n’est pas de frustration qu’il se contenta de la couvrir, de l’observer un instant et de repartir rejoindre Morphée sur son canapé.


« Alaric. » Hein ? Quoi ? Hein ? Il ouvre les yeux, perdu entre un sommeil profond et un sommeil léger. Il l’avait sentie venir, du moins avait-il eu l’impression, mais il avait aussi cru être en train de rêver. « Qu’est-ce qui se passe ? » qu’il demande en se relevant légèrement plus rapidement qu’il ne l’aurait fallu. A sa tête, il avait bien cru qu’il s’était passé quelque chose de grave et d’important. « Je… c’est… ça va te paraître idiot mais… tu pourrais venir dormir avec moi ? » Hein ? Quoi ? Hein ? Quoi ? HEIN ? QUOI ? Dormir avec elle ? Dans le même lit ? Ses jambes nues ? Il avait lui-même ôté son t-shirt un peu plus tôt, accablé par une chaleur soudaine. Mais il n’était pas vraiment en état de débattre sur la bizarrerie de se retrouver dans le même lit. Dormir n’était pas vraiment le verbe qui lui venait à l’esprit quand il pensait à Elinor et à un lit – mais SOIT. Le voilà qui la suit, tous deux exténués. Le voilà qui se faufile sous ses draps propres, et qu’elle fait de même. Le voilà qui pose sa tête sur l’un des oreilles et ferme les yeux, comme s’il allait être capable de se rendormir. Et la voilà qui pose sa tête sur l’autre oreiller avant de soupirer. C’était étrange. C’était la première fois qu’il se retrouvait dans son lit. En compagnie d’une femme. Sans la toucher. Sans l’embrasser. « Est-ce que je dois comprendre que ma musique est ennuyeuse ? » qu’il demande en brisant le silence. Il plaisantait bien évidemment. Il avait surtout besoin de dire quelque chose, pour éviter de commettre des choses irréparables et interdites. A le tenter sans cesse ainsi, il allait finir par devenir fou. « Tu as une jolie voix… je ne savais pas que tu chantais aussi, » qu’il ajoute en n’ayant pas cessé de l’entendre dans sa tête depuis qu’elle s’était endormie et qu’il l’avait couchée. C’était délicat, tendre, doux. Comme elle. « Désolé… tu devrais dormir. J’ai pas l’habitude d’avoir une femme dans mon lit, à côté de moi. Je crois que ça me perturbe, » qu’il plaisante de nouveau en riant légèrement. Mais son rire disparait quand il la sent se rapprocher et se blottir contre lui – NORMAL ? HEIN ? QUOI ? SÉRIEUSEMENT ?


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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Dim 1 Oct - 13:06

Elinor avait toujours défini sa vie comme étant simple. Sans ombrage et bien moins chaotique que celle de certains. En somme, elle admettait qu’elle avait eu de la chance. Elle était bien-née dans une famille importante, mais qui n’avait jamais véritablement bridé ses désirs. Elle avait pu suivre sa passion de la danse, du théâtre et des arts. Personne n’y avait trouvé à redire. Puis elle possédait un certain talent qui lui avait permis de s’épanouir dans ce qu’elle faisait et atteindre des objectifs et des rêves. En amour, sa rencontre avec Pyair avait été celle d’un roman, d’un film, d’une histoire. Jouant tous les deux en vedettes principales la pièce On ne badine pas avec l’amour du célèbre auteur français Musset, ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre autant que l’étaient Camille et Perdican. Cette histoire aurait pu s’étendre si loin dans le temps. Devenir leur rêve et leur avenir. Il y avait des projets de mariage, d’enfants, d’une carrière phénoménale dans le cinéma. Pyair souhaitait pousser la jeune femme à apparaître à l’écran afin que tout le monde puisse constater de son talent. Cela avait plu à Elinor et elle y avait songé sérieusement. Hélas, l’annonce de sa maladie avait frappé tel un glas terrible la fin de toute une idylle. Dès lors, l’ordre n’avait plus sa place dans son existence. Tout s’était emmêlé, s’était déréglé, s’était envenimé pour détruire peu à peu tout ce qui avait pu être construit. La vie ne se définissait plus comme étant simple. Elle n’avait plus cette sensation d’avoir de la chance. La roue avait tourné. Mais pourquoi ? Qu’avait-elle fait de mal ? De quoi était-elle punie pour que son univers entier s’écroule du jour au lendemain ? Elle avait tout abandonné pour ne rien laisser qu’un champ de ruine derrière elle. Elle avait voulu créer l’indifférence de ceux qu’elle aimait pour les faire moins souffrir, mais elle n’avait réussi qu’à nourrir une haine atroce et destructrice. Du plus profond de son âme, Pyair la détestait. Ses yeux hurlaient combien il souffrait. Tout cela à cause d’elle. Et même si David n’était pas le petit ami idéal, elle s’en voulait de lui infliger tout ce qui arrivait. Autrefois, il l’avait aimée. Au début. Elle avait gâché tout ceci. Et elle ? L’avait-elle aimé un jour ? En était-elle encore capable ? Elle l’ignorait. Il semblait que la maladie ne la tuait pas seulement elle, mais le moindre de ses sentiments. Son humanité. Elle était comme un poison qui se répandait jusque dans son cœur. Il battait à peine. Tout juste comme un compte à rebours qui la rapprochait chaque seconde un peu plus de la mort.

Avec Alaric, il semblait que c’était différent. Son cœur s’emballait à une vitesse folle. Pour un regard. Un sourire. Une parole. Un geste. Elle craignait ce phénomène autant qu’il la rassurait. Elle pouvait encore ressentir. Elle n’était pas encore ce corps dépourvu de vie que décrivait David. Cette alchimie effrayante et grisante, elle ne souhaitait la briser pour rien au monde. Elle en avait désespérément besoin. Chaque fibre de son être le réclamait. Et si elle s’en donnait la liberté, elle irait se réfugier dans ses bras. Se consoler à la chaleur de son corps. S’apaiser au battement de son cœur. S’adoucir l’âme au goût de ses baisers. Elle se refusait pourtant à abaisser ses défenses. Bien qu’elle ait fait un bond dans sa vie, elle ne voulait pas la gâcher. Et cette haine qu’elle avait pu lire dans les yeux de Pyair, jamais elle ne voulait la voir luire dans le regard d’Alaric. « On t’a déjà refusé quoique ce soit ? » La question amena un sourire triste sur les lèvres de la jeune femme. Bien entendu, des choses, on lui en avait refusé. Comme à tout le monde, sans doute. Peut-être avait-elle plus de facilité à obtenir ce qu’elle voulait. Elinor était une belle femme. Douce et avenante. La chose qu’on lui refusait, c’était de vivre. Heureusement, Alaric reporta ses questionnements sur l’éventualité de toujours pouvoir venir à la représentation. Elle n’y voyait aucun mal, d’autant plus que David n’y serait pas, et encore moins après ce qu'il s’était passé. Du moins, elle en doutait fortement. Son cœur sombra dans sa poitrine aussi vite qu’il s’était envolé en apprenant qu’il avait déjà proposé à quelqu’un de venir. Parlait-il d’une femme ? Une femme importante pour lui ? Elle sentait grossir en elle un sentiment qui lui déplaisait affreusement si bien qu’elle exigea qu’il joue pour elle maintenant au lieu de détourner la conversation. Il aurait pu lui refuser. L’envoyer sur les roses. Il ne le fit pas. Sa guitare en mains, il se mit à gratter quelques notes. Elle l’écouta avec l’attention d’un enfant. Médusée. Ensorcelée. Il y avait quelque chose de terriblement émouvant et de déroutant. A tous ceux qui osaient prétendre qu’Alaric était vide et froid, elle voulait leur hurler le contraire. Sa mélodie jouait une plénitude qui n’existait plus depuis longtemps dans sa vie. Elle se sentit sereine pour la première fois depuis si longtemps qu’elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Comment était sa vie avant qu’elle n’en fasse un champ de ruines ? Qu’elle décide de tout saccager pour avoir moins peur de la mort ? Il lui semblait qu’elle en avait un bref aperçu au travers de ses notes. Une réminiscence de ce bonheur d’autrefois. Les images joyeuses du passé qui paraissaient appartenir à une autre vie. Dans le tumulte de ses émotions, il y trouva aussi la paix. Et avec la paix, le sommeil.

***

Elle aurait souhaité ne pas le réveiller. Ne pas gâcher plus sa nuit qu’elle ne l’était déjà. Elle n’avait aucun droit de lui demander tout cela alors qu’elle n’offrait rien en retour. Pas même des réponses. Mais c’était plus fort qu’elle. Comme une peur d’enfant incontrôlable qui l’avait poussée hors de son lit pour demander piteusement à Alaric de venir dormir avec elle. Cela n’était pas sage. Ce n’était pas raisonnable non plus. Mais elle se sentait comme une fillette perdue. Une pauvre âme qui tentait vainement de se raccrocher à quelque chose. A lui. Une fois encore, il accepta. Sans un mot. Sans une protestation. Juste parce qu’elle l’avait demandé. Elle se faufila rapidement sous les draps en même temps que lui, comme si un monstre sous le lit pouvait lui saisir les chevilles. Elle craignait tout, jusqu’à sa propre ombre. Avec le mécanicien à ses côtés, il semblait qu’elle respirait déjà mieux. Un semblant de sécurité s’emparait d’elle. Les images brouillon de ses mauvais rêves dansaient dans son esprit quand Alaric la ramena brusquement à elle en lui posant une question. Elle ne comprit pas immédiatement, avant de secouer la tête. « Non, bien sûr que non… c’était magnifique. » dit-elle dans un souffle, l’esprit ailleurs bien que la mélodie de la guitare revint sonner à ses oreilles. Elinor haussa les sourcils quand il parla de sa voix. Elle ne se souvenait pas avoir chanté, mais c’était tout à fait possible. Elle n’avait pas dû s’en rendre compte. « Oh merci… je ne chante pas vraiment. Juste pour moi. Un peu. » Le chant n’avait pas forcément été son domaine de prédilection. Peu de gens l’avaient entendue chanter. Son frère, un peu. Pyair, surtout, qui affirmait que sa voix était merveilleuse. Un infini sentiment de mélancolie l’étreignit. Elle ne réfléchit pas vraiment quand elle vint d’instinct se blottir dans les bras d’Alaric. Sans ambiguïté. Elle avait juste terriblement froid à l’intérieur d’elle-même. Elle grelottait un peu, ne sachant si c’était la fatigue, le contrecoup de l’accident ou bien la maladie. « Je suis désolée… » murmura-t-elle. Désolée pour ce qu’elle lui faisait endurer. Désolée des silences. Désolée de mettre sa vie en vrac. Désolée d’être ce qu’elle était. Désolée de devoir bientôt disparaître de sa vie. Désolée de n’avoir aucune emprise sur les choses. Désolée de ne pas pouvoir poursuivre les élans de son cœur. Elle se mit à pleurer doucement, se laissant aller contre lui avant de sombrer d’épuisement.

***

Elle se réveilla comme elle s’était endormie, lovée dans ses bras. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser où elle se trouvait et se souvenir de la manière dont elle était arrivée ici. Les lambeaux de la soirée d’hier se reconstituaient lentement tandis que son cœur battait à une allure folle. Elle était si proche de lui, tous les deux dans une tenue plus qu'équivoque. Malgré tout, il n'y avait plus cette pudeur alors qu'elle pouvait le contempler à loisir. Il dormait paisiblement, comme si la soirée d'hier n'était qu'un lointain cauchemar. D'un geste léger, elle retraça l’arête de son visage. Des émotions confuses se livraient bataille en elle. Elle s’y arracha en s’extirpant discrètement du lit. Elle passa rapidement par la salle de bain, se passant de l’eau sur son visage portant les stigmates de la nuit passée. Elle quitta prestement cette vision, partant dans la cuisine. La jeune femme n’oubliait pas la contrepartie de sa présence ici. S’autorisant à fouiller dans les placards, elle trouva les ingrédients pour se mettre à la confection des fameux pancakes. Elle en avait déjà fait cuire plusieurs quand Alaric débarqua dans la cuisine. Elle lui offrit un sourire. « Bonjour, tu as bien dormi ? » Il était à peine neuf heures passé. Ils n’avaient pas dormi bien longtemps, mais c’était toujours mieux que rien. « Comme promis, je t’ai fait des pancakes. J’espère qu’ils seront bons. » Déjà, ils n’avaient pas une trop mauvaise tête. Elle déposa une assiette qui en contenait quelques-uns sur la table. Ses joues rougirent légèrement, un peu mal à l’aise. « Je suis désolée pour… cette nuit. J’ai fait un cauchemar et j’avais peur d’être seule… je ne sais pas trop ce qu’il m’a pris… »
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Lun 2 Oct - 16:05


Il aurait souhaité retrouver le Ric qu’il connaissait si bien et qu’il façonnait depuis des années. Il aurait souhaité pouvoir être le Ric’ qui se foutait bien de tout et de tout le monde – bien qu’il ne soit jamais réellement parvenu à devenir aussi solitaire et aussi je-m’en-foutiste. Il aurait souhaité pouvoir s’éloigner de la jeune femme, de tous les moyens possibles. Il aurait souhaité pouvoir lui dire « non ». Il aurait souhaité n’avoir rien à faire de ses histoires, de ses problèmes et de tout ce qui faisait d’elle, elle. Il aurait souhaité pouvoir lui fermer la porte au nez, sans un regard en arrière, sans un regret. Il aurait souhaité lui résister, comme il s’était promis de résister à tout depuis des années. Il aurait souhaité ne pas s’attacher, ne pas lui accorder autant d’importance. Il aurait souhaité en être capable, de toutes ses forces. Mais il pouvait y mettre du sien, il pouvait essayer tant qu’il voulait, il pouvait s’en donner autant de moyens possibles. Il n’était pas fait ainsi, et il le savait. Il n’avait pas su empêcher son amitié avec Bucky de naître. Il n’avait pas su tourner le dos à la jeune magicienne. Il n’avait pas su tourner le dos à Régie. Il n’avait pas su tourner le dos à Dan – encore moins à Dan. Il n’avait pas su tourner le dos aux jeunes de la rue qui se retrouvaient sans rien – comme lui à une époque. Il n’était pas capable de tourner le dos, de fermer les yeux et de faire comme s’il ne voyait rien. Il était incapable de faire preuve d’insensibilité, bien qu’il eut tout donné pour pouvoir l’être. Insensible. Immunisé contre la douleur. Contre la peine. Contre la déception. Immunisé contre l’abandon et ce que ça peut engendrer. Alaric avait été maltraité par la vie plus d’une fois, et chaque fois il s’était promis que c’était la dernière fois. Chaque fois, il s’était promis que plus rien ni personne ne parviendrait à l’atteindre en plein cœur. Chaque fois, il s’était promis que plus rien ni personne ne parviendrait à le blesser. Et chaque fois, il semblait incapable de garder cette promesse. Oh, il ne s’ouvrait pas facilement. Oh, il ne se confiait pas facilement. Oh, il n’accordait pas sa confiance facilement. Oh, il n’était pas aussi gentil et généreux aussi facilement. Mais il aidait. Mais il écoutait. Mais il accordait de l’importance. Mais il ne tournait pas le dos. Mais il était incapable d’être indifférent. Oui, il aurait souhaité pouvoir rayer Elinor Goldstein de sa vie. Oui, il aurait souhaité voir Elinor Goldstein sortir de sa vie une bonne pour toute, au lieu de la bousculer et de la chambouler comme elle le faisait depuis qu’il l’avait croisée sur cette route en pleine nuit. Oui, il aurait souhaité être capable d’emmurer son cœur. Oui, il aurait souhaité être capable d’être indifférent. Oui, il aurait souhaité ne pas être fasciné par cette femme. Oui, il aurait préféré ne pas être si impliqué. Mais à quoi bon le souhaiter si ardemment ? A quoi bon l’espérer si fortement ? Aujourd’hui, elle était là. Aujourd’hui, elle était sur son canapé. Aujourd’hui, elle portait son t-shirt. Aujourd’hui, elle était avec lui. Aujourd’hui, elle l’avait appelé, lui. Aujourd’hui, il avait répondu à l’appel. Aujourd’hui, il avait proposé de l’héberger. Aujourd’hui, il l’avait secourue – encore une fois. Aujourd’hui, perturbé et confus, il était incapable de lui tourner le dos. Et aujourd’hui, il avait fini par comprendre. Qu’il ne pourrait jamais lui tourner le dos. Qu’il ne pourrait jamais fermer les yeux. Qu’il ne pourrait jamais l’évincer. Qu’il ne pourrait jamais s’en foutre. Qu’il ne pourrait jamais ne pas répondre. Qu’il était prisonnier. Qu’ils le veuillent l’un et l’autre ou pas, c’était ainsi. Il était fait ainsi, et il ne pouvait pas aller contre-nature. « Non, bien sûr que non… c’était magnifique. » Sa musique. Sa mélodie. Elle la trouvait magnifique. Il réalisait que maintenant à quel point son avis lui importait, car il respira mieux. Comme délivré d’une crainte invisible. Les mots sont vides de sens, aussi ne la remercie-t-il pas. Il n’y a pas besoin. « Oh merci… je ne chante pas vraiment. Juste pour moi. Un peu. » Non. Il faut qu’elle chante. Pour elle. Pour le monde. Pour lui. Sa voix est magique. Sa voix est apaisante. Sa voix est envoûtante. Mais n’est-ce pas Elle qui est envoûtante ? N’est-ce pas Elle qui est fascinante ? N’est-ce pas Elle qui le rend fou ? N’est-ce pas Elle qui chamboule son monde ? N’est-ce pas Elle qui perturbe son quotidien ? N’est-ce pas Elle qui envoie balader tous ses principes et ses promesses en un claquement de doigt ? N’est-ce pas Elle qui vient se blottir contre lui ? N’est-ce pas Elle qui fuit, mais qui le réclame à la fois ? N’est-ce pas Elle qui fout en l’air des années de solitude ? N’est-ce pas Elle qui réveille en lui des émotions éternellement enfouies et oubliées ? N’est-ce pas Elle qui change sa vie, à jamais ? « Je suis désolée…. » qu’elle murmure avant de s’endormir de nouveau dans ses bras. Elle est désolée. Elle est désolée. Elle est désolée. Lui. Il ne l’est pas. Lui, il est égoïste. Lui, il est content qu’elle soit là. Lui, il est content qu’elle l’appelle, Lui. Lui, il est heureux qu’elle soit incapable de rester loin. Lui, il est heureux qu’elle ait besoin de Lui. Lui, il aime la sentir près de lui. Lui, il la désire. Comme jamais. Lui, il est foutu.

***

Il a senti son regard. Il a senti sa peau. Il a senti l’effleurement de ses doigts. Il a senti son souffle. Mais il n’a pas bougé. Il n’a pas fait le moindre geste, ni dit le moindre mot. Il a senti qu’elle se levait. Il a senti qu’elle refermait la porte. Et il a ouvert les yeux. Il a soupiré. Il a calmé les battements de son cœur. Un désir trop ardent et trop intense, auquel il n’est pas habitué – pense-t-il simplement. N’y a-t-il rien de plus normal que de désirer une femme aussi belle qu’Elinor ? Il défiait n’importe quel homme d’être indifférent et de ne pas se montrer aussi troublé et perdu que lui à cet instant. Oui. Ce n’était que du désir, un désir pas assouvi, un désir qui ne s’assouvirait sans doute jamais. Il resta plusieurs minutes ainsi, allongé, à calmer ses ardeurs et à reprendre ses esprits. Avoir dormi près d’elle n’a pas été une torture comme il l’imaginait. Au contraire même, il se sent revigoré et reposé. Il ne dormait jamais d’un sommeil profond, mais les évènements de la nuit l’avaient sans aucun doute assommé suffisamment pour qu’il dorme profondément. Oui, il était apaisé. Il finit par se lever et par ouvrir la fenêtre histoire d’aérer. Son odeur envahissait la pièce, et c’était perturbant. Il passa dans la salle de bains avant même de passer par la cuisine. Une bonne douche lui fit du bien, et finit par le réveiller complètement. « Bonjour, tu as bien dormi ? » Il lui adresse un sourire avenant avant de déposer le journal qu’il vient de récupérer sur le perron. Il ne le lit jamais. A vrai dire, il est habitué à les jeter chaque fois qu’il rentre du garage le soir. Mais ce matin, c’est différent. Il y a une femme chez lui, qui cuisine des pancakes et qui l’amène à se rendre au garage plus tard que prévu. « Étonnement… merveilleusement bien. Je n’ai pas souvenir d’avoir aussi bien dormi depuis longtemps. J’espère que tu as réussi à mieux dormir toi aussi, » qu’il lui demande gentiment. « Comme promis, je t’ai fait des pancakes. J’espère qu’ils seront bons. » « Ils sentent bons en tout cas, » qu’il la remercie en en prenant un – nature – avant de le dévorer de bon cœur. Il ne peut que fermer les yeux et apprécier l’instant. « Je n’ai pas mangé de pancake depuis mes quinze ans – et je ne plaisante pas. Dan ne sait pas les faire, et je ne prends jamais le temps d’en faire moi-même. Si je m’écoutais, je t’épouserais sur le champ. C’est délicieux, » qu’il lui dit en souriant avant d’étaler de la confiture sur un nouveau pancake. « Je suis désolée pour… cette nuit. J’ai fait un cauchemar et j’avais peur d’être seule… je ne sais pas trop ce qu’il m’a pris… » Il prend le temps de terminer d’étaler la texture rougeâtre avant de relever les yeux sur elle et de lui répondre. « Tu as eu une soirée assez mouvementée et éprouvante, y a de quoi faire des cauchemars. Tu n’as pas à t’excuser. Surtout que j’ai super bien dormi, » qu’il la rassure de nouveau avant de feuilleter le journal et de lire les gros titres. Elle s’attelle à faire davantage de pancakes, aussi ne voit-elle pas ce qu’il voit. Il beugue pendant un instant. Il ne sait pas trop définir ce qu’il ressent. Mais c’est fort. Brutal. Violent. Intense. Puissant. Il avale son pancake mais cette fois, le goût reste amer. Il contemple le journal, exhibant la photo d’Elinor et de cet autre homme, annonçant leurs fiançailles.

Elle était fiancée. Elle était fiancée. Elle allait se marier. Avec cet homme. Cet homme qui la faisait fuir. Cet homme qui ne la rendait pas heureuse. Cet homme qui n’était pas digne d’elle. Et elle avait dormi chez Lui. Elle s’était blottie contre Lui. Il aurait dû être furieux contre elle. Il aurait dû être choqué. Outré. Déçu. Dégoûté. Il était surtout perdu. Confus. Énervé. Contre lui-même. « Je vais te laisser la voiture pour la journée. Je vais prendre ma moto, » qu’il finit par lui dire doucement. « Tu as besoin que je te dépose quelque part ? » qu’il lui demande en se levant. Chez elle ? Pour prendre des affaires. Ou pour le quitter. Une bonne fois pour toute. MERDE. « Tu as mon numéro si tu as besoin de quoique ce soit… tu sais où me trouver, » qu’il lui dit les yeux dans les yeux, restant là plusieurs secondes à essayer de lui dire ce qu’il n’arrive pas à dire en un seul regard. En vain. Il tourne les talons, laissant le journal sur le plan de travail, certain qu’elle le verra et qu’elle comprendra qu’il sait. Lui laissant libre choix quant à la suite des évènements. Lui enverrait-elle un message pour lui dire au revoir ? Rentrerait-il ce soir, trouvant la maison vide ? Choisirait-elle de retourner vers l’Autre ? Choisirait-elle de rester avec Lui ? Parviendrait-elle enfin à s’éloigner et aller jusqu’au bout de ses projets, aussi absurdes qu’ils soient ? Ou en serait-elle incapable, malheureuse de cette vie ? C’est la tête remplie de ces questions qu’il part. Parce qu’il est incapable d’aborder le sujet. Parce qu’il est incapable d’affronter son regard. Parce qu’il est incapable d’accepter qu’elle le choisisse, l’Autre. Parce qu’il n’est pas certain de pouvoir garder son calme.

***

La journée est longue, bien qu’il eut commencé plus tard. La journée est fatigante, bien qu’il ait bien dormi. Il n’a reçu aucun message. Il n’a reçu aucun appel. Il ignore donc ce qui l’attend en rentrant. Il ignore s’il doit lui envoyer un message lui-même, s’assurer qu’elle va bien, qu’elle ne manque de rien, qu’elle a réussi à prendre la voiture… Mais il ne fait rien. Elle n’est pas SA fiancée. Elle n’est pas SA petite-amie. Elle ne lui doit rien. Il n’a rien à exiger d’elle. ABSOLUMENT RIEN. Et quand il gare sa moto ce soir-là, trouvant la voiture à sa place, il n’ose pas regarder la maison. De peur de ne pas voir les lumières, indiquant une présence humaine. De peur de ressentir ce sentiment si familier – l’abandon, la déception, la colère, l’amertume. Idiot, puisqu’elle n’est rien pour lui, et qu’il n’est rien pour elle. IDIOT. Et c’est un soulagement indescriptible qui l’envahit quand il entre et qu’il sent l’odeur d’un bon repas qui l’attend. Des lasagnes, qu’il parierait volontiers. Et c’est un étrange sentiment, aussi fort et puissant que cette jalousie malsaine qui l’avait envahi le matin-même, qui le submerge quand il la voit derrière les fourneaux. Quand elle l’aperçoit enfin, leurs regards se rencontrent et cette fois la conversation ne peut pas être évitée. « Je dois avouer que je n’étais pas certain de te trouver ici ce soir, » qu’il lui dit simplement en s’approchant. « Je pensais que tu serais retournée vers David. Ton fiancé, » qu’il lui dit naturellement. Il n’a pas de haine envers elle et ses secrets. Mais il ne peut pas prétendre ne pas en avoir pour David. « Tu es fiancée. Avec un homme suffisamment influent pour que vous fassiez la une des journaux. Tu es fiancée. Et le soir de tes fiançailles, tu as un accident et tu m’appelles, Moi. Moi, » qu’il insiste sans la quitter du regard. « Pourquoi ? Pourquoi lui as-tu dit oui, si tu le fuis ? S’il te plait… » qu’il lui dit plus doucement, comme une supplique. « Je sais que tu ne veux pas, ou ne peux pas, tout me dire. Mais tu es fiancée. Pourtant, c’est chez moi que tu as dormi. C’est dans mes bras que tu as dormi. J’ai le droit de savoir, » qu’il estime légitimement, s’approchant d’elle encore. Il a le droit de comprendre. Elle lui doit bien ça, n’est-ce pas ? Le temps semble se suspendre. La tension est palpable à chaque pas qui le rapproche d’elle. Il devrait arrêter. Il devrait dire stop. Il devrait s’éloigner. Elle devrait l’arrêter. Elle devrait lui demander de rester loin d’elle. Mais aucun son ne sort et rien ne l’empêche de s’approcher encore d’elle, le cœur battant. Cette fois, la tension est à son comble et il est sur le point de perdre le contrôle.

« Oh, désolé, fiston. Je ne savais pas que tu avais de la compagnie, ce soir, » qu’il entend soudainement. Il ne sursaute pas et ne recule pas, contrairement à Elinor. Mais pour la première fois de sa vie, il a envie d’étrangler Dan. « Dan… je te présente Elinor, » qu’il dit doucement avant de reculer légèrement et de se tourner vers son père adoptif. Le regard est rieur et joyeux. « Une amie, » qu’il ajoute à défaut de pouvoir dire autre chose. « Elinor, je te présente Dan. Mon père, » qu’il dit simplement en se mordant la lèvre inférieure. « Nous reprendrons cette discussion plus tard, » qu’il lui promet avant de rejoindre son père et de lui offrir une accolade – car même s’il a envie de l’étrangler, il a d’autant plus envie de le serrer dans ses bras. Avec Dan, Alaric est différent. Plus ouvert, plus spontané, plus affectueux, plus lui-même. « Je ne savais pas que tu passerais ce soir, mais tu es le bienvenu. Je crois qu’Elinor a préparé des lasagnes. Elle avait besoin d’un endroit où dormir pendant quelques jours, » qu’il ajoute – ne cachant rien à son père, mais ne dévoilant que le strict minimum par respect pour la jeune femme. « Je vais prendre une douche, » qu’il leur annonce les mains en l’air, pleines de cambouis tout comme son visage. Ce n’était peut-être pas plus mal que Dan soit arrivé à l’improviste, car Ric n’était pas certain qu’embrasser Elinor comme il avait eu l’intention de le faire – fiancée ! – aurait été une bonne chose.

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Elinor Goldstein
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Mer 11 Oct - 21:56

Elinor s’était réveillée avec une foule d’étranges sensations. La soirée d’hier s’imposait à elle comme un cauchemar. Tout ceci lui paraissait à peine réel. La réception, la demande en mariage de David, le coup d’éclat de Pyair, sa dispute avec son fiancé, les cris, les coups, et finalement, sa fuite et l’accident. Tous ces éléments constituaient le début de la nuit la plus longue de toute son existence. Puis il y avait eu Alaric. Un semblant d’équilibre et de protection dans un monde qui s’acharnait sur elle. Il avait pris soin d’elle en dépit des interrogations qui le torturait. Car des questions, il en avait énormément. Elle le voyait dans chacun de ses regards, dans ses paroles non formulées, dans ses soupirs réprimés. Ces réponses, elle aurait voulu les lui offrir, car elle les lui devait. Tout son être ne pouvait cependant s’y résoudre. Les paroles de Pyair ne cessaient de tourner dans sa tête… Il aurait souhaité ne jamais l’avoir rencontrée… ne jamais l’avoir connue pour ne pas souffrir autant… Chacune de ses paroles avait meurtri son âme. Elle s’était retrouvée anéantie. Autrefois, elle avait quitté Pyair pour cette même raison : ne jamais entendre de tels mots de la bouche de l’homme qu’elle aimait le plus au monde. Elle s’était sacrifiée pour qu’il puisse poursuivre sa vie, mener sa carrière et ne pas subir le chagrin de son combat, puis de sa mort. Mais elle avait échoué. Des années de calvaire pour réaliser que toute son entreprise avait été vaine. Elle n’avait pas seulement gâché sa vie, mais aussi celle de Pyair, et peut-être même celle de David. Malgré la rudesse de ses propos, elle n’oubliait pas qu’il l’avait aimée autrefois, et qu’elle avait épuisé cette affection. Leur histoire n’était plus qu’une grotesque mascarade. Une fois encore, cela était de sa faute. En s’éloignant de tout le monde et d’elle-même, elle pensait protéger ses êtres chers et elle-même. Le constat terrible était qu’elle n’était parvenue qu’à détruire petit-à-petit tous ceux qu’elle aimait. Honteuse, elle se haïssait. Son esprit était appesanti de culpabilité, de colère et d’injustice. Alors la dernière chose qu’elle pouvait faire, c’était taire sa situation à Alaric. Elle ne voulait pas l’emporter dans sa spirale infernale, le faire mourir avec elle ou gâcher son existence. Si elle n’avait pas été complètement égoïste, elle aurait déjà pris son envol. Elle serait sortie de sa vie avant de la faire voler en éclat, mais elle ne pouvait s’y résoudre. D’une manière bien singulière et insoupçonnée, elle avait besoin de lui. C’était vital, viscéral, désespéré. Partir tout de suite n’était pas envisageable. Au moment où sa vie n’avait plus aucun sens et où elle aurait le plus souhaité s’en détacher, voilà qu’elle se raccrochait à Alaric. Elle voulait vivre.

Alaric débarqua dans la cuisine et Elinor lui accorda un sourire. Comme il était convenu, elle était aux fourneaux, produisant les fameux pancakes qui étaient la contrepartie de sa présence. Elle fut soulagée d’apprendre que le mécanicien avait étrangement bien dormi. Elle ôta de son esprit que cela pouvait être dû à sa présence. Elle lui servit les premiers pancakes bien chauds, espérant qu’ils seraient bons. Effectivement, l’odeur était plutôt engageante. Cette dégustation motiva une anecdote de la part d’Alaric. Dans le fond, elle ne connaissait rien de lui, ce qui n’était que justice puisqu’il ne connaissait rien d’elle. Pourquoi depuis ses quinze ans ? Quant à Dan, il lui semblait qu’il l’avait déjà évoqué comme étant son père. Elle se tendit imperceptiblement quand il évoqua l’idée de l’épouser pour ses délicieux pancakes. Ses paroles étaient tout ce qu’il y avait de plus innocent, mais cela lui rappelait avec trop de force qu’elle serait bientôt liée par le mariage à David. Sa bague n’était plus à son doigt. Elle pouvait cependant la sentir encore, comme une ombre posée sur elle. « Merci. » dit-elle simplement. L’esprit plus clair au matin, elle s’en voulut de son comportement de la veille et s’excusa auprès du mécanicien. Elle devait être un tel poids pour lui. Une fois de plus, il lui répondit avec douceur et compréhension. Elle lui offrit un sourire reconnaissant, repartant à la confection de ses pancakes. Elle ne prêta pas attention à ce qu’il se passait derrière elle. A Alaric qui lisait le journal, qui découvrait un pareil scandale. Ce ne fut pas dit sèchement, mais l’annonce de son départ fut abrupte. Elinor se retourna, surprise. « Tu t’en vas déjà ? Tu n’as presque rien avalé. » Il était cependant bien décidé à partir. Il prendrait la moto, et elle aurait la voiture. Elle secoua la tête négativement quand il proposa de la déposer quelque part. Son attitude était étrange, la laissant interdite et sans voix. Il y avait quelque chose de particulier dans son regard. Malgré la douceur de ses yeux, il y avait une évidente douleur. Son cœur se serra. « A ce soir… » dit-elle simplement quand il choisit de mettre les voiles. Quelle mouche l’avait piquée ? Pourquoi un comportement subitement si étrange ? Elle l’observa partir sans un mot, ne décrochant pas ses prunelles de cette porte qui avait englouti sa silhouette. « Merde ! » L’odeur de brûlé la sortit brutalement de sa torpeur. Elle se jeta sur la poêle où un pancake cramait. Elle le retira du feu, envoyant le contenu dans l’évier. Elle éteignit le feu et s’assit à la table, les entrailles tordues. Devait-elle partir ? Était-ce ce qu’il tentait de lui faire comprendre ? Où irait-elle alors… Elle ne voulait pas retourner chez David. Pas tout de suite. Aller chez Gabriel avec un corps ravagé par les blessures n’était pas envisageable. Son regard tomba sur le journal. Elle retint une exclamation en plaquant sa main devant sa bouche. Un frisson parcourut sa colonne vertébrale. Elle l’attrapa, contemplant avec horreur l’un des encarts qui faisait les nouvelles. Le scandale de la veille était affiché dans la presse. Par chance, il ne s’agissait que d’une photo de la partie où David la demandait en mariage. Rien qui n’illustrait le débordement de Pyair quand il l’avait frappé. Son manager avait sans doute dû œuvrer dans ce sens… Il n’avait pas pu éviter que le journal en parle tout de même. Elinor Goldstein, l’ancienne fiancée de Pyair Lucky, demandée en mariage par David Peterson. Quelle réputation devait-elle se faire ? La soirée de la veille avait été un pur cauchemar. Mais ce qui l’horrifiait le plus, c’était qu’Alaric soit courant. Ceci expliquait son départ… était-il déçu ? En colère ? Dépité ? Son jugement comptait tant à ses yeux. L’idée même qu’il puisse la mésestimer lui retournait les entrailles. Un sanglot de frustration et de déception s’échappa d’entre ses lèvres. La honte l’accabla. Devait-elle s’en aller ? Il ne voudrait pas d’une femme comme elle chez lui… Et en même temps, pourrait-elle se résoudre à partir ? Ne lui devait-elle pas des explications au moins pour cette partie-là ? Aussi brusquement que ses larmes, une quinte de toux la secoua et un goût de sang envahit sa bouche. Elle se retira dans la salle de bain, crachant un filet écarlate dans le lavabo. Ses prunelles rencontrèrent son teint crayeux dans le miroir. Il y avait quelque chose de morbide à contempler un corps qu’elle se savait mourant.

***

Une odeur alléchante de lasagnes flottait dans la maison. Elle ne s’était pas résolue à partir. Toute la matinée, elle avait eu le temps d’y songer. Elle avait besoin de lui. Si elle s’en allait maintenant, elle se perdrait. Ne lui devait-elle pas aussi des explications ? Et dans le fond, il n’y avait rien entre eux. Il n’était pas un ex petit ami, pas plus que son fiancé, ou une éventuelle relation. Qu’étaient-ils vraiment l’un pour l’autre ? Pour s’épargner la moindre ambiguïté, elle était prête à rester et à lui expliquer une partie de son histoire. Elle le lui devait.
Elle avait pris une douche, s’était débrouillée comme elle avait pu pour arranger sa robe, l’enfiler de nouveau et partir avec la voiture chez Anne. Elle serait bien passée chez David pour récupérer des affaires, mais l’entreprise n’était pas envisageable. Elle aurait pu le croiser, ou croiser un de ses hommes de main. Personne ne l’aurait laissée repartir. Son amie lui devait un service. L’amitié entre les deux jeunes femmes était spéciale et unique. Elle avait obtenu d’elle qu’elle lui prête des vêtements sans avoir à s’expliquer sur sa situation, ou son piteux état. Elinor lui avait simplement dit qu’elle lui expliquerait sûrement un jour. La blonde avait respecté son secret. Elle lui avait prêté des vêtements et de quoi passer quelques jours hors de chez elle. La comédienne était partie, emplie de gratitude et promettant qu’elles se reverraient bientôt. Elle était revenue à la maison d’Alaric. Cette même atmosphère réconfortante l’avait enveloppée. Elle s’était changée, enfilant une des robes simples prêtées par Anne-Evangeline. Puis elle s’était attelée au ménage de la maison, à arranger certains aspects qui ne passeraient jamais par la tête d’un homme, avant de se résoudre à faire la cuisine. En fouillant dans les placards, elle réalisa bien vite qu’il n’y aurait pas de quoi faire un grand menu. Elle se décida sur des lasagnes, sachant que c’était certainement un plat qui lui plairait. Quitte à s’imposer, elle désirait se montrer utile. « Je dois avouer que je n’étais pas certain de te trouver ici ce soir. » Elinor se retourna, n’ayant pas entendu rentrer Alaric. Son cœur se serra dans sa poitrine. « Je n’étais pas certaine de pouvoir rester non plus… » S’il lui permettait toujours. Pas après ce qu’il avait pu lire. Car le doute n’était plus possible. Elle pouvait le lire dans ce regard indéchiffrable qu’il lui adressait. Ses yeux se baissèrent quand il évoqua David comme étant son fiancé. Elle ne pouvait le démentir. « Ce n’est pas aussi simple… » Il n’y avait pourtant rien de plus clairs que les faits. David l’avait demandée en mariage et elle avait dit oui. Mais personne ne connaissait les véritables motivations de l’homme politique, ni ses effroyables projets. Ce n’était pas un geste d’amour. Sauf qu’au cœur de ses fiançailles, elle avait fui David, elle avait eu cet accident et elle avait appelé Alaric. Juste Alaric. La sincérité dont il faisait preuve la prit au dépourvu. Elle avait envie de tout lui avouer juste pour chasser l’air de supplique de ses yeux. « Tu l’as dit toi-même… C’est un homme influent, je n’ai pas eu le choix. » Elle ne pouvait pas se permettre de s’étendre sur le sujet, mais elle se refusait à mentir. Que lui dire ? Que ce ne serait pas un mariage d’amour, mais d’intérêt pour David ? Il serait inutile de lui raconter la conversation de la veille. Elle n’était pas là pour diaboliser David, même si elle aurait pu dévoiler l’homme qu’il était véritablement. Elle se tendit quand il se rapprocha mais elle ne bougea pas. Elle aurait sûrement dû se reculer, ou briser cette proximité troublante. Ses prunelles épousèrent les siennes, lui ôtant tout souffle. Le temps parut s’arrêter. Assommée de cette tension qui planait entre eux, son cœur battit à tout rompre. La gorge sèche, elle murmura : « Je ne sais pas pourquoi à chaque fois tout me ramène à toi… »

Une troisième voix les arracha à leur transe. Les joues d’Elinor s’enflammèrent tandis qu’elle reculait d’un pas. Le fameux Dan… La jeune femme était écrasée de honte et de gêne, mais Alaric agit le plus normalement du monde. Il présenta Dan à Elinor, et Elinor à Dan. Elle osa relever le regard vers lui et lui accorder un sourire quand son sang se figea dans ses veines. Elle le reconnut instantanément, ce qui ne sembla pas être le cas de Dan pour l’instant. Le vieil homme de l’hôpital. Souvent, ils s’étaient vus à l’hôpital. Un peu de vue, de brèves paroles. Le souffle lui manqua tant elle craignait qu’il ne puisse la reconnaître. Elle blêmit. « Enchantée… » bredouilla-t-elle presque avant d’aller faire mine de s’intéresser aux lasagnes. De plus, Alaric ne comptait pas lâcher l’affaire. Heureusement, la présence de Dan repoussait ses aveux. Elle se retourna pour observer les deux hommes. Le mécanicien adoptait un comportement différent face au vieil homme. Ce dernier avait un regard tendre et rieur. Souvent, il avait adressé ce même regard à Elinor pour lui donner du courage. Elle se retrouva bientôt seule avec Dan, Alaric partant presque sa douche. Ses entrailles se nouèrent, craignant que la mémoire ne lui revienne. A moins que ce soit déjà le cas ? Elle lui souriait, lui la scrutait. « C’est étrange, votre visage m’est familier. Est-ce qu’on se connaît ? » - « Je ne pense pas. Mon visage est assez banal. » Il secoua la tête, toujours ce sourire bienveillant sur les lèvres. Il partit se chercher une bière dans le frigo, en proposant une à Elinor. Elle dit oui, et il posa trois bières sur la table, en prévision pour le retour d’Alaric. « Votre visage n’a rien de banal. Je suis certain de vous avoir déjà vue. » Les battements de son cœur s’accélérèrent. Une solution bête lui arriva subitement. « Je suis comédienne. Vous avez dû me voir sur des affiches. » Cette idée sembla satisfaire le vieil homme. Il s’intéressa alors à son métier. Un peu plus détendue, Elinor lui expliqua qu’elle faisait du théâtre et quelle pièce elle était en train de répéter. Il eut sûrement assez de correction pour ne pas lui poser de questions sur les blessures à son visage, bien que des questions semblaient le tarauder. En même temps qu’elle lui parlait, elle ne pouvait pas s’empêcher de penser que ce fameux Dan faisait parti de la vie d’Alaric. Un homme mourant, lui aussi. Il n’avait pas besoin d’une personne en plus qui viendrait mourir dans ses bras. Elle s’en voulut d’autant plus. « En tout cas, vos lasagnes sentent très bons. J’ai hâte de les goûter. » Elle le remercia dans un doux sourire, allant vérifier la cuisson. Ce devrait être bientôt terminé. Elle s’occupa de mettre la table et Alaric revint au même moment. Son cœur se serra dans sa poitrine en le voyant, ayant cette sensation de le revoir comme la fois où il s’était douché avant d’aller prendre un verre. « Tu as passé une bonne journée ? » lui demanda-t-elle, éclipsant toute la gêne qui pouvait résider entre eux. Ils se retrouvèrent tous les trois autour de la bière. Dan insista pour qu’ils trinquent avant de boire. « Je suppose que vous devez être la fameuse jeune femme dont parle tout le garage. » Dan s’accorda un rire en voyant la mine mécontente d’Alaric. Au-delà de son embarras, Elinor ne put s’empêcher de se joindre à son hilarité. C’était amusant de voir quelqu’un taquiner ainsi le mécanicien. « Si on parle de la pauvre idiote qui roule dans un tacot, je crois que c’est bien moi. Par chance, ma route a croisé celle d’Alaric ce soir-là. » Enfin roulait… Elle se doutait qu’il n’y avait plus rien à faire avec son tas de ferraille. En soi, si elle n’avait jamais rencontré Alaric, elle n’aurait pas su vers qui se tourner hier soir. Elinor se leva quand le four sonna. Les lasagnes étaient prêtes. Avec précaution, elle les sortit du four et les posa sur la table. « Et voilà ! J’espère qu’elles seront à votre goût. » Elle commença à servir les parts. « Ainsi, le garage où Alaric travaille est le vôtre ? Vous avez toujours vécu ici avec votre fils ? » demanda-t-elle à Dan, désireuse d’en apprendre plus sur Alaric à travers l’histoire du père.
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: « Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥    Jeu 12 Oct - 16:16


Habituellement, il ne restait qu’une dizaine de minutes sous la douche – le temps de se tremper, de se laver, de se rincer et de sécher. Ce soir, il avait besoin de prolonger son moment de solitude. Ce soir, il avait besoin de se remettre les idées aux claires. Depuis qu’Elinor était entrée dans sa vie – soudainement, et chamboulant tout sur son passage – il avait l’impression que sa vie prenait un tournant décisif. Pour quelles raisons, il les ignorait encore à ce jour mais il espérait bien pouvoir trouver des réponses à ses questions. Bien sûr, la jeune femme était superbe. Bien sûr, la jeune femme dégageait une fragilité et une force indéniables, qui l’attirait plus que nécessaire. Bien sûr, elle était intelligente. Bien sûr, elle était fascinante et intéressante. Mais d’autres femmes avant elle l’avaient été tout autant, n’est-ce pas ? Il eut une pensée pour Daisy et l’époque où ils étaient bien plus que des amis. Pourquoi Elinor parvenait-elle à le déstabiliser ? Pourquoi Elinor parvenait-elle à lui faire perdre la tête ? Pourquoi Elinor parvenait-elle à briser la glace ? Pourquoi Elinor parvenait-elle à l’atteindre en plein cœur ? Pourquoi Elinor parvenait-elle à briser sa carapace ? Pourquoi ne parvenait-il pas à s’éloigner, à prendre les distances nécessaires ? Pourquoi semblait-il incapable de lui refuser quoique ce soit – son temps comme son amitié ? Pourquoi semblait-il incapable de ne pas répondre à ses appels, à son désarroi ? Tant de questions, là encore sans réponse. Pourquoi était-elle fiancée à cet homme ? Pourquoi avoir dit oui à cet homme ? Elle n’avait pas eu le choix, lui avait-elle dit plus tôt. Pas le choix ? Comment ne pouvait-on pas avoir le choix ? Cette histoire puait à plein nez, et cette histoire le rendait malade – tellement qu’il ne pouvait s’empêcher d’y penser. Avec n’importe quelle autre femme, il aurait sans doute juste tourné les talons et évincer la dite-demoiselle de sa vie. Il détestait les emmerdes pour les emmerdes, et il aurait estimé que tout cela ne le regardait tout simplement pas. L’histoire d’Elinor ne le regardait tout simplement pas. Pourtant, il n’arrivait pas à tourner les talons. Pourtant, il n’arrivait pas à s’en foutre royalement. Pourtant, il n’arrivait pas à l’accepter. Il lui suffisait de croiser son regard pour être perdu. Il suffisait de voir ses blessures pour être perdu. Il suffisait d’entendre le doute, la peur et l’incertitude dans sa voix pour être perdu. Parce qu’elle ne lui disait rien. Parce qu’elle ne lui dirait sans doute rien. Mais elle en disait bien plus dans sa façon de le regarder, de lui parler. Malgré elle ou pas, elle se dévoilait suffisamment pour qu’il comprenne que sa vie était sans-dessus-dessous. Pour qu’il comprenne que sa vie n’était pas aussi idyllique et parfaite. Pour qu’il comprenne qu’elle n’aimait pas cet homme. Alors oui, il restait sous la douche plusieurs minutes, savourant l’eau qui coulait sur son corps tendu – de colère, de frustration, de fatigue et d’incompréhension. Finalement, ce n’était peut-être pas plus mal que Dan ait débarqué à l’improviste – il serait un bon moyen de se détendre et de prendre le recul nécessaire à toute cette histoire. Leur laissant le temps, tant à lui qu’à elle, de réfléchir et de peser leurs mots. Car il n’était pas prêt de la laisser se terrer dans le silence, pas prêt de faire comme si de rien n’était le temps qu’elle resterait vivre chez lui. Il l’aiderait, sans aucune condition valable car il était ainsi. Mais il ne pouvait pas faire semblant.

Il était un jeune délinquant dépassé par la vie et déçu par l’être humain quand il avait rencontré Dan Johnson. Il n’avait pas encore 18 ans, mais il travaillait déjà – de petits jobs par-ci, par-là. Il n’avait pas encore 18 ans, mais il était déjà débrouillard et avait compris qu’il ne pouvait compter que sur lui-même. Dan possédait déjà son garage à cette époque, et c’était en tentant de lui en voler une qu’ils s’étaient rencontrés. Bien que Dan soit plus vieux, expérimenté et sans doute trop philosophique pour Alaric, le gamin qu’il était encore s’était senti quelque peu mal à l’aise face à l’homme. Il n’avait pas cru possible d’être pris sur le fait accompli, et il avait bien cru qu’il retournerait en maison de redressement pour avoir osé pénétrer sur une propriété privé – garage ou pas – et tenté de voler une voiture. Mais Dan n’avait jamais appelé les flics. Il l’avait surpris, il avait relevé les sourcils, interrogatif, et il avait proposé à Ric’ une bière fraiche. Puis il lui avait donné un certain nombre de conseils pour entretenir la voiture qu’il avait essayé de voler. Alaric avait cru à une bonne blague. Alaric avait cru être face à un homme complètement fou. Mais loin de partir en courant, il était resté et avait écouté l’homme parler. Il était reparti. Sans la voiture. Et était revenu le lendemain. Pendant des semaines, ce manège avait duré. Jusqu’à ce qu’il termine par dormir au garage. Jusqu’à ce qu’il termine par dormir dans la maison de l’ancien boxeur. Il n’y avait pas eu de long discours et de longue demande interminables entre eux, jamais. Jamais Dan ne lui avait dit qu’il souhaitait qu’il reste et qu’il souhaitait l’adopter. Jamais Ric’ ne lui avait dit qu’il souhaite rester et qu’il souhaitait reprendre le garage. Au fil du temps, ils n’avaient plus eu besoin de mots pour se comprendre. Dan savait que Ric le considérait comme son père, intégralement. Et Ric savait que Dan le considérait comme son fils, intégralement. Peu importait qu’il eut d’autres enfants avant lui. Peu importait qu’il eut une famille avant lui. Sa famille était partie et l’avait laissée, aussi sûrement que celle d’Alaric l’avait abandonnée. A eux d’eux, ils s’étaient trouvés, destinés l’un à l’autre. Et de le savoir là ce soir, en compagnie d’Elinor pendant qu’il prenait sa douche, ça lui faisait plaisir.

« En tout cas, vos lasagnes sentent très bons. J’ai hâte de les goûter. » Qu’il entend Dan compliment Elinor tandis qu’il sort pour les rejoindre. Enfin à l’aise dans un t-shirt et un jean propres. Il sent les gouttes d’eau lui tomber sur la nuque, n’ayant pas pris le temps de se sécher les cheveux, mais cette sensation lui fait du bien car il fait drôlement chaud. « Tu as passé une bonne journée ? » qu’elle lui demande gentiment, s’efforçant d’oublier la tension qui existait entre eux un peu plus tôt. Et ça marche, car il se sent mieux. Elle se sent mieux. Alors il attrape sa bière et la lève dans sa direction avant de trinquer avec son père. « Longue, » qu’il répond tout d’abord. « Mais j’ai un don pour m’entourer des meilleurs, donc je ne vais pas me plaindre, » qu’il compliment son équipe – il le fait que très rarement, aussi quand il le fait c’est sincère et véridique. « Je suppose que vous devez être la fameuse jeune femme dont parle tout le garage. » DAN ! qu’il pense intérieurement en le fixant du regarde, l’œil noir. Mais il en faut bien plus pour effrayer et intimider Dan Johnson. Ancien boxeur, il pourrait aisément le mettre KO, peu importait son état de santé. « Si on parle de la pauvre idiote qui roule dans un tacot, je crois que c’est bien moi. Par chance, ma route a croisé celle d’Alaric ce soir-là. » Par chance, qu’il se répète mentalement. Par chance. Par chance. Ou pas, il ne savait pas trop. Par chance. Par chance. « Si on parle de la jolie brune qui fait tourner la tête du patron, je crois bien que c’est vous, » que rétorque Dan cependant. Cette fois, Ric’ manque de s’étrangler avec sa bière. Il est sérieux ?! Oui, Dan se moquait bien de le mettre mal à l’aise. Dan se moquait bien de l’énerver. Dan se moquait bien de dévoiler sa vie, ses émotions et ses sentiments. Contrairement à Alaric, il avait fait la paix avec son passé et ses démons. Contrairement à lui, il estimait n’avoir rien à cacher. Pas même les anecdotes concernant son fils adoptif. Il ne s’offusque donc pas, cela ne ferait qu’encourager Dan sur sa lancée et il n’en a pas envie, mais il se tourne vers Elinor et leurs regards se croisent. Pourquoi mentir ? C’était une vérité pure et dure, elle lui faisait tourner la tête et avait une influence sur lui qu’il ne comprenait pas et ne contrôlait pas. C’était rageant. C’était terrifiant. C’était perturbant. Et c’était excitant. Elle finit par tourner les talons, terrifiée ou mal à l’aise il l’ignorait, pour sortir le plat du four et clore le sujet la concernant. « Et voilà ! J’espère qu’elles seront à votre goût, » qu’elle leur dit tout en découpant les parts et en les servant. « Vu les pancakes que tu m’as fait ce matin, et l’odeur alléchante, je crois qu’elles ne vont pas faire long feu. Dan est pire que moi quand il s’agit de manger, » qu’il plaisante avec un regard malicieux envers son père. Bien que son appétit ait diminué au fil des mois. « Ainsi, le garage où Alaric travaille est le vôtre ? Vous avez toujours vécu ici avec votre fils ? » Dan prend le temps d’avaler sa bouchée de lasagne engloutie – fermant les yeux et souriant comme un gosse. « Jeune fille, si je n’étais pas si vieux et s’il n’y avait pas cet énergumène-là, » qu’il dit en pointant Alaric du doigt, « je vous épouserai sur le champ, » qu’il plaisante comme l’avait fait Ric le matin même. « Le garage était à moi, en effet. J’y ai bossé un vingtaine d’années avant de le lui léguer. J’ai été boxeur avant ça, c’est même moi qui lui ai tout appris au gosse, » qu’il enchaîne en parlant de Ric’ encore une fois. Oui, il lui avait tout appris. Tout. Absolument tout. La vie, finalement, Ric’ il la devait à cet homme. « Ric’ n’est pas vraiment mon fils, mais tout ce qui m’appartient lui appartient. Et aujourd’hui, le garage est à lui – entièrement, » qu’il ajoute vers Ric’ comme pour lui annoncer une bonne nouvelle. Un silence s’installe avant que Ric’ ne réagisse. « Entièrement ? Officiellement ? » qu’il demande doucement. Car si c’est vrai pour les deux hommes et dans leur cœur, ce fut plus compliqué que prévu sur le plan administratif. « En effet, gamin. Tu es le seul nom que j’ai inscrit, » et il n’en dit pas plus car il y a certaines choses qui ne se disent pas. Pas quand ils ont une invitée aussi charmante que Elinor. Ils ne parleraient pas testament, maladie et décès ce soir. Hors de question. « Du coup… je voulais marquer le coup et je suis passé, et je ne regrette pas parce que bon sang c’est un délice ! Je n’avais rien mangé d’aussi bon depuis des années – c’est que le gamin et moi on n’est pas des pro’ de la cuisine. Avec ses plats préparés, dégueulasses, et ses fast-food… je me demande comment tu fais pour te maintenir autant en forme, d’ailleurs, » qu’il lui dit en riant légèrement. « Enfin, je t’avais apporté un petit cadeau, » qu’il finit par lui dire en se levant. « Un cadeau ? Je n’ai besoin de rien, Dan, » qu’il commence à dire tandis que son père sort à l’extérieur, les laissant seuls quelques instants. « Désolé… je ne savais pas qu’il viendrait. Et désolé, il peut être plutôt bavard quand il veut. Au cas où il oserait en dire davantage sur moi… » qu’il continue, mi-mal à l’aise et mi-rieur, « ne crois pas un seul mot de ce qu’il dit. Il a juste décrété que tu étais celle qui… » mais il est interrompu par le retour de Dan, qui porte un carton, un carton qui semble instable. Il fronce les sourcils, en se demandant ce son père avait bien pu foutre encore une fois. « Je sais que tu n’es pas souvent là, et je sais que tu vas me dire que je n’aurais pas dû, et que tu vas râler, et que tu vas faire ton emmerdeur… » qu’il commence à lui dire en ouvrant le carton, libérant ainsi une boule de poil toute excitée. Boule de poil qui saute au cou d’Alaric sans même qu’il ne s’y attende, mais il ne peut que la rattraper et rire comme un gosse sous l’effet de la surprise. « Je détestais l’idée de te laisser seul, gamin. Et Shadow ici présent – oui parce qu’il te suit comme ton ombre – a besoin de trouver une bonne famille. Ne me regarde pas comme ça, tu veux. Tu es content, je le sais, je le vois. Et je le suis aussi, » qu’il lui dit en caressant la bête avant de poser la main sur l’épaule de Ric et de la serrer plus fort que nécessaire, comme pour lui dire qu’il serait toujours là, mais que ça ne faisait pas de mal d’avoir Shadow avec lui quand il disparaitrait. « Même Elinor valide Shadow, » qu’il rit légèrement en voyant la jeune femme et le jeune chien fou ensemble. « Tu m’offres un chien pour que je souffre moins quand tu ne seras plus là, » qu’il dit lentement mais sans haine, sans colère et sans amertume. C’est juste un constat, et aussi dur qu’il soit, Alaric est ému et touché par l’attention de son père. Jusqu’au bout il aura veillé sur lui, jusqu’au bout il aura été là. Sans jamais l’abandonner. « J’ai comme l’impression que Shadow ne te posera pas de problème pendant ton séjour ici, » qu’il dit plus qu’il ne demande à la jeune femme, lui souriant légèrement. Il attrape le chiot dans ses bras et ce dernier lui offre des câlins et des bisous à n’en plus finir – comment ne pas craquer ? Damn you, Dan. « J’ai pas vraiment le choix, pas vrai ? » qu’il demande à Shadow, s’offrant un face à face adorable. Non, il n’avait pas le choix parce qu’il avait déjà capturé son cœur.

Une fois que Dan fut partie, repu et heureux comme un pape, Ric prit le temps de caresser le chiot endormi dans ce qui lui servirait de panier. Elinor débarrassait. Le silence était revenu, apaisant et soulageant. « J’avais 7 ans, » qu’il lui dit alors, toujours accroupi non loin. « Quand j’ai compris que je ne pouvais faire confiance qu’à moi-même, » qu’il continue en se relevant et en la rejoignant. « J’étais dans une famille d’accueil, à cette époque. On s’imagine facilement que les familles d’accueil sont merveilleuses, généreuses et géniales… mais beaucoup de familles, si ce n’est pas toutes, ne s’engagent que pour percevoir leur chèque à la fin du mois, » qu’il lui explique du mieux qu’il peut. « Il y a eu les Larson. Il y a eu les Bishop. Il y a eu les Lancaster. Il y a eu les Parker. Il y a eu les Mingazzini. Il y a eu les Braxter, » qu’il énumère un à un ces familles qui l’avaient accueilli. Certaines du mieux qu’elles l’avaient pu. D’autres du pire qu’elles l’avaient pu. « J’avais 18 ans quand j’ai rencontré Dan. J’en ai eu 19 ans quand j’ai accepté de dormir au garage. J’ai eu 20 quand j’ai emménagé chez lui, » qu’il continue de lui raconter, tout en faisant la vaisselle. Puis, il laisse le silence s’installer, les mots faire leur chemin dans l’esprit de la jeune femme. Le temps de tout laver. De tout rincer. De tout sécher. Puis de lui faire face de nouveau. Affronter son regard. Parce qu’il ne s’est jamais véritablement livré, par peur de tout. Et surtout du regard des autres. Et bien qu’il ait plus peur du sien à cet instant, il a envie qu’elle comprenne. « Dan est la seule et unique personne à m’avoir accueilli chez lui, sans hésitation, sans condition, sans jugement, sans arrière-pensée. Je n’accorde pas ma confiance facilement. Je ne suis pas quelqu’un de facile. Si je te dis tout ça, c’est pour que tu comprennes… » qu’il dit avant de s’interrompre. Qu’elle comprenne quoi ? Qu’elle était spéciale ? Qu’elle était différente ? Chanceuse ? Poisseuse ? « Je comprends que la vie parfois peut être dure, » qu’il dit alors. « Je comprends que tu n’aies pas envie de te livrer facilement. Je ne me livre pas facilement. Je comprends que tu veuilles garder une distance avec les personnes que tu ne connais pas, ou peu. Je tiens à garder mes distances avec chaque être humain que je rencontre. Seulement, tu m’inclus dans ta vie. Quand tu m’appelles à plus de minuit. Quand tu me demandes mon aide. Quand tu vis chez moi. Tu m’inclus dans ta vie, aussi facilement que tu sembles avoir envie de me tenir éloigné. Ca aussi, je comprends, » qu’il lui dit encore et encore en ne la quittant pas des yeux. Il perçoit bien son désarroi, sa panique, ce mal-être qu’il n’arrive pas à cerner. Il la voit bien trembler, frissonner. Alors il lui prend une main dans la sienne, pour la calmer. L’effet est immédiat. « On a toujours le choix dans la vie, Elinor. Quand tu dis que tu ne l’as pas eu, tu as tort. J’ai eu le choix de faire confiance en Dan quand j’étais incapable de me fier à qui que ce soit. J’ai eu le choix d’arrêter mes conneries, quand il me semblait que je n’étais pas fait pour autre chose dans la vie. J’ai eu le choix d’accepter Shadow, » qu’il continue avec un demi-sourire en faisant allusion au chien. « Ou d’en vouloir à mon père parce qu’il m’offre un chien pour me faire oublier qu’il va mourir, » qu’il conclut simplement. Ils sont proches. Il lui tient la main. Il lui caresse la main. Il sent son odeur. Il sent presque son souffle. Mais contrairement à plus tôt, il est calme. Serein. « Est-ce que tu l’aimes ? » qu’il finit par lui demander doucement.


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« Sometimes you love a person because of all the reasons they’re not like you. And sometimes you love a person just because they feel like home. » ∞ Alaric ♥
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