Vice et Versa
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Elinor Goldstein
Admin Mourante
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/08/2015
MESSAGES : 516

MessageSujet: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Dim 20 Aoû - 22:07

Il n’était pas dans les habitudes de la famille Goldstein de mentir. Ils n’avaient pas été élevés ainsi. Ou bien, on leur avait inculqué les bienfaits du mensonge poli. Celui qui était nécessaire pour protéger la personne, pour ne pas heurter sa sensibilité ou simplement parce qu’il s’agissait de l’usage. Mais depuis plusieurs années désormais, Elinor avait appris à maîtriser l’art du mensonge à la perfection. A la moindre de ses fatigues, elle se donnait les répétitions pour excuse. Avec un frère qui travaillait dans le monde du spectacle comme elle, il ne pouvait que comprendre que le rythme était généralement soutenu. A ses faiblesses inattendues, elle prétextait de ressortir d’une récente maladie sans incidence. Jusqu’ici, elle trouvait toujours une parade aux inquiétudes de sa famille concernant ses passages de grosse fatigue. Elle s’employait aussi à limiter les visites afin qu’ils ne puissent pas se douter de quelque chose. Et quand elle-même jugeait qu’elle n’était pas en état de se rendre où que ce soit, elle décommandait à temps. Dans ses mensonges, elle s’était trouvé un allié. David. Au courant depuis bien longtemps de son état car elle n’avait pu lui cacher au quotidien, il n’avait aucun scrupule à dissimuler sa maladie d’Elinor à sa famille. De toute manière, il n’était pas assez présent dans la vie de la brune pour avouer quoi que ce soit. Bien au contraire, cette situation l’arrangeait au plus haut point. Depuis son altercation vigoureuse avec son fiancé, Elinor ne faisait que ressasser les paroles qu’il lui avait jetées au visage. Elle aurait pu le traiter de monstre si les horreurs qu’il avait proférées n’étaient pas des vérités effrayantes. La comédienne ne se battait plus depuis longtemps. Avant même de démarrer concrètement son combat, elle avait baissé les armes. Pour quelles raisons ? Pourquoi attendre une mort qui la tétanisait autant ? Quand la jeune femme avait appris pour sa leucémie, elle avait cru que la meilleure chose à faire serait de tout garder pour elle, de s’éloigner du plus de gens possible afin qu’un cercle unique et restreint compose encore son entourage. Elle voulait limiter la tristesse. Elle ne voulait pas que quiconque puisse ressentir du chagrin si elle venait à disparaître un jour. Mais à s’ôter au fur et à mesure la moindre once d’amour ou d’amitié, elle en avait perdu la motivation de se donner une chance. Elle ne trouvait refuge qu’auprès de sa famille pour obtenir cette tendresse qui lui manquait tant. Plusieurs fois, elle avait songé à leur en parler, à dévoiler ce secret qui pesait sur sa conscience. Mais chaque ride d’inquiétude qui striait le visage de Gabriel, de Delilah ou de leurs parents concernant l’état de santé de la belle Mélodie lui ôtait tout courage. Seule sa belle-sœur était au courant de son état. Elle lisait assez bien la pitié dans son regard quand elle la voyait essoufflée ou fatiguée. Elle était la seule à savoir que ce n’était pas bénin. Par chance, elle gardait son secret. Ils avaient déjà tous suffisamment peur comme cela pour ne pas ajouter une douleur supplémentaire à leurs angoisses quotidiennes.

Malgré tout, les mensonges n’excluaient pas une culpabilité immense. Elinor n’aimait pas mentir à sa famille. Encore moins à son frère en sachant que Delilah était au courant de la leucémie qui la rongeait depuis tant d’années. Lors de sa dernière visite chez elle, elle avait été contrainte de mentir à contrecœur, cernant déjà les soupçons dans la voix de son frère. Son nez avait saigné, tout comme chez sa mère la dernière fois. L’évènement était un peu trop récurent pour qu’il laisse ça de côté. Elle connaissait Gabriel. Il était un homme têtu et déterminé. Pourtant, elle était parvenue à attendre momentanément ses inquiétudes en affirmant que son médecin lui avait dit qu’elle possédait des vaisseaux fragiles au niveau du nez. Les saignements s’en trouvaient plus fréquents, notamment au moment de l’été avec la chaleur. Il se contenta de cette explication au grand soulagement de la comédienne, même si elle cernait une pointe d’insatisfaction dans son ton. Elle s’en était tirée ainsi et ne l’avait pas revu depuis. A peine deux semaines s’étaient écoulées, mais il semblait que c’était une éternité pour la jeune femme. Tant de choses s’étaient passées depuis… Sa rencontre avec Pyair, la demande en mariage de David, sa dispute avec lui, son accident de voiture, et cet épisode avec Alaric… Malgré ce qu’il s’était passé, elle n’avait pu se tenir plus loin de David. Elle était rentrée chez elle, attendue par un David froid mais qui n’avait pas émis le moindre reproche. Ils avaient repris leur vie quotidienne comme si de rien ne s’était passé. Comme s’il ne s’était pas montré odieux. Comme si elle n’avait pas disparu quelques temps. Comme s’ils n’étaient que des étranges l’un pour l’autre. Il n’y avait que le poids immense de cette bague qui pesait à son doigt pour lui rappeler ce qu’il s’était passé. D’autres jours s’étaient encore écoulés, achevant de faire disparaître ses blessures de l’accident ou de la violence de David envers elle. Tel un charme, tout avait disparu. Mais pas le malaise immense qui ébranlait la jeune femme, ni même cette sensation d’être perdue dans un infini effrayant avec la cette proximité terrible de la mort. Cette mort qui la narguait. Elle se jetait à corps perdu dans son travail, dans ses répétitions. Elle ne vivait plus que pour le théâtre et cette première qui se rapprochait à grand pas. Aujourd’hui ne dérogeait pas à la règle. Depuis ce matin, toute la troupe répétait avec frénésie et en costume. Elinor portait sa robe de Juliette, récitant ses vers face à son Roméo en faisant fi de la fatigue, de ses vertiges et de la douleur. Elle ne vit pas son frère et sa nièce rentrer dans la salle de théâtre et se poser sur des sièges en attendant que la scène soit terminée. Quelques regards s’étaient tournés vers eux, reconnaissant le célèbre Gabriel Goldstein. Quand le dernier vers retentit, les applaudissements vigoureux de deux petites mains se firent entendre. Un sourire immense envahit les lèvres d’Elinor lorsqu’elle vit la frimousse adorable de sa nièce. Elle descendit de scène, relevant ses jupons pour ne pas s’embroncher dans sa robe et s’accroupit pour réceptionner la blondinette qui courait dans ses bras. « Tatiiie ! » La jeune femme parsema le visage de l’enfant de baisers sous le rire cristallin de cette dernière. « Coucou toi ! Tu sais que tu m’as manqué ? » Elinor se redressa difficilement, venant enlacer son frère avec la tendresse si simple qu’ils savaient se communiquer. « Bonjour Gabriel, je suis tellement contente que vous soyez ici. Je ne m’attendais pas à vous voir. C'est une belle surprise ! » Son frère était si occupé la plupart du temps qu’il avait du mal à se dégager des heures de liberté. Malgré tout, il savait toujours trouver du temps pour sa famille. « T’es tellement belle, tatie… on dirait une princesse ! » s’enchanta la fillette, des étoiles plein les yeux. « Merci ma chérie. Mais venez dans ma loge tous les deux, c’est la pause. Il y a de quoi se rafraîchir. Tu as soif, pas vrai ? » - « Ouiiii ! » Sa petite main se glissa dans celle d’Elinor et ils partirent tous les trois en direction des loges. « Comment est-ce que tu vas ? Où en es-tu de tes répétitions ? » demanda-t-elle à l'adresse de son frère. Quand ils furent dans la loge de la comédienne, elle s’empressa de donner à boire à son frère et sa nièce. Cette dernière remarqua soudainement un détail. « Oooh ce qu’elle est belle ta bague, tatie ! Mais ça veut dire que tu vas te marier avec tonton David ? » Elinor fut prise de court, ne s’attendant pas à ce que ce détail soit remarqué de la sorte. D’ordinaire, elle n’aimait pas la porter, mais David lui avait justement fait le reproche ce matin. Elle n’osa pas croiser le regard de son frère, sachant d’office qu’il désapprouverait. « Eh bien… disons qu’il me l’a demandé oui. » Dans son innocence d’enfant, le visage de Mélodie s’éclaira de bonheur. « Papaaaa ! Tatie va se marier !! »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gabriel Goldstein
Admin infidèle
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/09/2015
MESSAGES : 1168

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Sam 14 Oct - 12:56

Il s’était octroyé un peu de temps pour lui. Il avait décalé ses rendez-vous, annulé les répétitions, accordant ainsi un jour de repos pour l’ensemble de l’équipe. Cette décision avait été accueillie avec un soulagement manifeste qu’il avait ignoré ouvertement. Il s’en moquait de faire du bien ou du mal, il voulait juste que sa comédie musicale avance. Et il ne comptait pas les jours, les heures, délaissant parfois un peu trop sa fille ou sa femme. Et si Mélodie savait s’en accommoder, pour son épouse, c’était plus dur. Il voyait bien combien les yeux clairs étincelaient de reproches. Combien elle n’aimait pas qu’il ne soit pas là. En même temps, lorsqu’il faisait acte de présence, les remontrances fusaient, les remarques acerbes également. Ainis, en apparence, Gabriel et Delilah paraissaient être le couple idéal, celui faisant rêver lorsqu’ils devaient apparaître en public lors d’une réception ou d’un repas avec des amis. Mais à l’intérieur, lorsque l’on grattait, il n’y avait qu’un couple dont l’amour s’affronterait au gré des rendez-vous médicaux, un couple qui ne voyait pas toutes ces fissures. Le fil du temps était là. Il faisait ses ravages. Et lorsque Delilah lui avait demandé de rester avec Mélodie pour une journée, il n’avait pas cherché à protester. Il y avait bien longtemps que son objectif premier avait changé. Son mariage se brisait doucement mais c’était comme s’il ne le voyait pas. Comme si la brume s’était emparée de lui, qu’il ne voyait rien qu’un mur opaque que seule la comédie musicale ou sa fille pouvaient franchir sans crainte. Il n’avait pas ronchonné sur l’idée de passer une journée entière avec son enfant. Bien au contraire. Il avait prévu une journée bien précise et chargée motivée par la volonté de son enfant à vouloir voir sa tatie Elinor. Un simple appel avec son directeur de théâtre et il avait obtenu de pouvoir venir aux répétitions. Sa sœur n’était pas au courant et nul doute qu’elle apprécierait grandement la surprise. Elle était sa plus proche famille en dehors de sa famille et elle était consciente que le mariage de Gabriel battait de l’aile, même si ce dernier préférait nier et ajouter que tout allait pour le mieux. Pourtant, sa femme n’était pas là, tandis qu’il observait sa petite sœur se mouvoir sur scène. Elle était si majestueuse, si belle, si rayonnante. Elle possédait toute la grâce et le charme d’une Goldstein et elle brillait tel un halo. Mélodie ne disait rien, bouche bée et observait la prestation de sa tante, si belle dans sa robe de Juliette. Elle ne manqua pas de l’applaudir lorsque cette dernière eut terminé sa scène. Les regards convergèrent vers eux mais Gabriel lui, n’avait d’yeux que pour sa petite sœur lorsqu’elle vint vers eux. Sa fille s’était jetée dans les bras de sa tante et Gabriel lui adressa un sourire éclatant « Tu fais une formidable Juliette ! » Dit-elle en la serrant dans ses bras et en déposant un baiser sur sa joue. « Je suis content de te voir mais je crois que Mélodie l’est encore plus. » Il ébouriffa les cheveux de sa fille tandis que cette dernière accepta l’invitation d’aller boire dans la loge de sa tante. « Je vais bien et Princesse va bien aussi. Aujourd’hui, c’est jour de repos pour tout le monde. Et toi comment tu vas ? »

Ainsi, le petit trio se rendit dans la loge d’Elinor, pour profiter d’un peu de calme et d’intimité. Il était content de voir sa sœur depuis la dernière fois. Bien sûr, ils avaient passé une merveilleuse après-midi mais à chaque fois, il avait l’impression de n’avoir le temps de rien. Tout passait si vite. Il remercia sa sœur qui lui tendit un verre d’eau, observant sa fille qui buvait comme seule une Lady Goldstein pouvait boire. Avec classe bien entendu. Il avait à peine pris place sur sa chaise que Mélodie usa de son œil aguerri d’enfant et la questionna concernant une bague trônant sur sa main gauche. Aucun doute, il n’y avait que les femmes pour s’apercevoir de cela. Il ne put s’empêcher de sourire, se disant que ce n’était qu’un accessoire destiné à sa pièce. Bien sûr, dans l’esprit de Mélodie, tout devait s’apparenter à quelque chose de romantique et fantaisiste comme tous ces nombreuses histoires que ses parents lui lisaient le soir. Or, en l’occurrence, il était loin de se douter que sa petite fille frapperait juste. Surtout lorsque sa sœur confirma les dires de l’enfant. Visiblement « tonton » David avait voulu voir plus loin dans leur relation. Car c’était bien une bague de fiançailles et de toute façon, Elinor paraissait désormais gênée, ne croisant pas le regard d’un frère dont le sourire avait disparu. Il se demandait si ce n’était pas une blague. Il leva un sourire interrogateur jusqu’à détourner le regard pour se centrer sur la petite lui exposant sa joie de la voir bientôt se marier avec David. Et ça, il ne cautionnait pas du tout. Il en était sûr que son père dirait la même chose d’ailleurs. Mais il n’était pas là et il devait répondre à sa fille. « Et oui, ma chérie, c’est une nouvelle… Fort surprenante. » Le dernier mot fut appuyé d’un regard lourd de sous-entendus envers sa sœur. « Je dois dire que je ne m’y attendais guère. » Il ne se voyait pas aussi souvent, c’était vrai. Mais quand même, elle aurait pu appeler, elle aurait pu le lui dire plutôt que de se faire démasquer par une enfant. Il ne savait pas en quoi il était le plus déçu. Le fait qu’elle se fiance ou qu’elle ne lui dise rien. « Tu attendais un événement spécial pour l’annoncer à notre famille ? » Non parce que si c’était des cachotteries, autant dire que Gabriel les appréciait difficilement et que cette visite surprise pouvait vite prendre fin face au caractère impétueux du pianiste.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elinor Goldstein
Admin Mourante
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/08/2015
MESSAGES : 516

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Lun 6 Nov - 11:49

Dans le chaos de son existence, les moments privilégiés qu’Elinor passaient avec sa famille étaient toujours synonymes de bien-être et de calme. Durant ces courts instants, elle en oubliait qu’elle était malade, qu’elle n’en avait plus pour longtemps à vivre. Elle n’en était plus au stade du fatalisme à se répéter que tous ses efforts étaient vains. Désormais, elle savait que lutter n’était plus d’aucune utilité. La mort se répandait en elle, la grignotant un peu plus chaque jour, happant les derniers souffles de vie qui lui restaient. Ce devait presque être une douce mort… un départ qui ne connaissait aucune crainte. Sa fin, d’une certaine manière, elle l’avait acceptée. Plus encore, elle la désirait. Parce qu’elle était trop fatiguée, parce qu’il s’agissait de la meilleure solution, parce qu’elle ne désirait pas en trouver une autre, parce que cela n’avait plus d’importance et surtout, parce que cela restait le meilleur moyen pour elle de s’extraire des problèmes qui encombraient son esprit. Une dernière raison bien futile… mais elle en faisait partie. Une pierre de plus jetée contre la paroi de sa volonté. Désormais, elle attendait sa mort comme une vieille amie. Elle avait jeté les armes sans même s’être battue… lâchement, hypocritement, idiotement. Mais cela faisait bien longtemps qu’Elinor ne prenait plus les bonnes décisions. Tout comme cette décision d’accepter la demande en mariage de David. Elle s’était répétée qu’elle n’avait pas eu le choix et que dire « oui » avait été sa seule importunité face à une foule aussi importante à ce gala. Elle se cachait derrière mille mensonges pour ne pas s’avouer qu’elle aurait pu refuser son offre, public ou non. Sa liberté ne valait pas une humiliation de son petit-ami. Quelle piètre mascarade… dans laquelle elle s’impliquait bien malgré ce qu’elle disait. Jusqu’au dernier moment, elle souhaitait se trouver toutes les excuses possibles pour ne pas regretter son départ hâtif sur cette terre. Elle voulait se donner une dernière raison de quitter ce monde sans le regretter trop amèrement. Quoi de mieux que de s’unir à un homme qu’elle haïssait de tout son être ? Qui la dégoûtait jusqu’au tréfonds de son âme ? Il ne la voyait que comme une pièce maîtresse sur son échiquier politique. Elle connaissait ses manigances. Il ne se montrait pas assez discret avec elle, et elle n’était pas suffisamment sotte pour ne pas comprendre. Dans le fond, tout ce qu’elle subissait, elle l’avait déjà accepté. Elle aurait pu se révolter contre toutes ces injustices, vouloir se battre pour terminer son existence d’une manière moins misérable, mais une force incontrôlable la poussait constamment vers les abysses. Elle s’était découvert un attrait morbide vers les ténèbres… A l’image de la Juliette qu’elle incarnait encore sur scène quelques secondes plus tôt. « Merci Gab. » dit Elinor en prenant son frère dans ses bras. Mélodie et lui étaient venus lui faire une visite surprise durant ses répétitions comme cela arrivait parfois. La comédienne ne cachait jamais son plaisir débordant de les retrouver. Cependant, une gêne voilait son regard aujourd’hui en leur présence. « Je vais très bien. La première approche, quel stress. » Nouveau mensonge. Encore un de plus après toutes ces années où elle ne cessait de lui dissimuler la vérité. Même Delilah était dans la confidence. Quelquefois, elle s’en voulait de l’exposer autant et de la laisser impuissante. Quelle réaction aurait son frère en apprenant que sa femme savait tout depuis le début ? Cela n’arrangerait pas leur couple. Cette situation confortait Elinor dans l’idée qu’elle représentait la source de nombreux problèmes et que tout le monde se porterait mieux sans elle. Alors non, elle n’allait pas bien. Pas après avoir accepté la demande en mariage de David, pas après avoir quitté Alaric auquel elle était si attachée pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, pas en sachant qu’elle ne pourrait jamais voir sa nièce grandir, ni voir son frère être heureux à nouveau. Il le méritait tellement…

Ils arrivèrent tous les trois dans la loge de la comédienne. Ils seraient bien plus au calme pour parler en toute intimité. Elle proposa à boire à Mélodie qui ne résista pas à l’attrait d’un jus de fruits. L’ambiance aurait pu continuer à être apaisée, mais ce fut sans compter sur l’œil aguerri de la petite fille. Elle remarqua bien vite la bague au doigt de sa tante, en déduisant immédiatement un éventuel mariage. Au travers de son âme de romantique, il ne pouvait être question que de cela. Elinor ne put démentir, hélas et guetta la réaction de son frère. Elle n’ignorait pas l’inimitié qui liait David à Gabriel. Aucun des deux hommes ne s’en cachait véritablement. Aussi, une telle nouvelle ne pourrait pas apporter beaucoup de bonheur, hormis pour Mélodie. Heureusement, la présence de cette dernière permettait à son père de se contrôler, bien qu’Elinor voyait luire dans son regard l’amertume et la surprise. Bien sûr qu’elle aurait dû le prévenir, mais les choses ne s’étaient tout à fait déroulées de la manière qu’elle le souhaitait. « Je ne m’y attendais pas non plus… » glissa la comédienne comme si cela pouvait être une excuse à son silence. Sauf que la demande datait de plus de deux semaines maintenant. Ses yeux oscillaient entre la mine ravie de sa nièce et le regard de reproche de son aîné. « Gabriel… » souffla-t-elle. « Bien sûr que je comptais vous en parler. C’est juste que… cela a été assez soudain. J’attendais le bon moment pour vous en parler. Je voulais… me laisser le temps de la réflexion. » Parce qu’un bref instant, Elinor avait envisagé l’éventualité de changer d’avis et de ne pas s’unir à David. Elle aurait alors mis un terme à cette relation qui n’avait aucun sens. « Dis tatie, je pourrai être ta demoiselle d’honneur ? J’aurai une belle robe moi aussi ? » Elle ne pouvait s’empêcher de craquer devant le minois adorable de la petite. Elle lui caressa doucement les cheveux. « Bien sûr, tu pourras même porter les alliances si tu le désires. » Il en aura au moins une heureuse de ce mariage. Elinor releva son regard vers son frère. « S’il te plaît, ne m’en veux pas. Je sais ce que je fais. » Même si ce n’était en rien une bonne décision. Elle lui accorda un sourire. « Je voudrais que tu sois mon témoin. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gabriel Goldstein
Admin infidèle
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/09/2015
MESSAGES : 1168

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Mar 19 Déc - 18:39

Il était abasourdi par la nouvelle. Il ne s’attendait pas à entendre cela de la bouche de sa petite sœur. Un mariage… et pas des moindres. Ce n’était pas une surprise, ni un secret sur l’animosité liant Gabriel et Daniel. Les deux ne s’étaient jamais vraiment entendus. Et depuis des années que sa sœur fréquentait ce type, rien avait changé depuis. Aussi, ce mariage n’apparaissait pas comme une aubaine pour le pianiste. Bien au contraire, il n’arrivait pas à en être heureux, ni même à adresser une quelconque félicitation où pouvait poindre un semblant de sincérité. Non, cela lui était impossible quand bien même, les mots paraissaient en démontrer le contraire. Il le faisait uniquement parce qu’il y avait l’enfant au milieu. Pour Mélodie, l’annonce d’un mariage paraissait être une nouvelle merveilleuse : ce serait synonyme de fête, d’une jolie robe à porter et d’une soirée qui finirait tard. Ce serait aussi l’occasion de réunir leur famille nombreuse et de pouvoir retrouver des cousins, des cousins, des oncles, des tantes, des gens que les Goldstein ne pouvaient voir qu’à des fêtes bien précises. Et visiblement, les retrouvailles allaient bientôt avoir lieu, si ce n’était que le musicien attendait, déjà, qu’Elinor veuille bien l’annoncer à sa mère et son père. Ils ne devaient pas être au courant, c’était une évidence. C’était surprenant et Elinor le confirma également lorsqu’elle affirma qu’elle-même ne s’était attendue à pareille demande. Le sourire d’excuse, l’attitude fuyante furent de trop pour l’artiste qui ne put s’empêcher de lâcher une pique, se questionnant sur le moment où Elinor finirait par rendre l’annonce officielle. Forcément, le ton qu’employa sa sœur acheva de l’apaiser un peu. Il ne voulait pas heurter sa sœur, ni lui faire de la peine mais c’était plus fort que lui. Elle comptait bien le dire, se donnant quelques temps pour la réfléxion comme elle le disait si bien. « Réfléchir un peu pour savoir si tu devais dire oui non ? » Dit-il avec un sourire dubitatif. Il n’était définitivement pas convaincu.

Fort heureusement, il y avait Mélodie pour apporter la source de joie que sa sœur devait attendre de lui. Mais il n’y arrivait pas. Il n’arrivait pas à faire semblant avec sa sœur. Mélodie se voyait déjà être la demoiselle d’honneur de ce mariage. Et Elinor lui proposa même d’être celle qui apporterait les alliances. Forcément, il en fallait peu pour satisfaire la petite fille. « Oh ouiiiiii ! » Dit-elle avant de se mettre à taper dans ses mains, prise d’une joie extrême à l’annonce d’un tel événement « Il faudra que je dise à Maman que je vais être ta demoiselle d’honneur ! Faudra qu’elle prenne rendez-vous avec son styliste, comme ça il va pouvoir me colorier d’abord ma robe, avant de la coudre lui-même ! Tu crois que je pourrais mettre des brillants dessus, papa ? » La furie blonde était plus que motivée, se faisant des plans sur la comète en un rien de temps. Gabriel ne put s’empêcher de rire face à l’engouement. Heureusement qu’il y avait des enfants dans le monde, ça apportait un peu d’innocence. « Calme-toi donc mademoiselle, pour l’instant, ta tante vient juste de te l’annoncer. Nous ne savons même pas quel jour ce sera. Tu auras largement le temps de faire ta robe par la suite… » Même s’il espérait que cela ne se produise jamais. Ce n’était pas gentil pour sa sœur, c’est vrai. Mais il était convaincu que c’était le mieux. En effet, il ne sentait pas sa sœur être si heureuse. Pourtant, il fut surpris lorsqu’elle lui demanda s’il voulait être son témoin lors de son union. Allié à l’étonnement, il ne pouvait s’empêcher d’être touché, culpabilisant un peu d’être un peu dur avec elle. Après tout, c’était sa petite sœur, elle lui annonçait une jolie nouvelle. Le seul bémol était juste Daniel. Il soupira plus longuement, essayant de prendre sur lui pour ne pas répondre trop brusquement ou lui faire de la peine. « Bien sûr Eli… Je me ferais une joie d’être ton témoin. » Il l’observa et confirma de plus belle « Et ke suis sincère, ça me touche que tu me le demandes. » Il lui offrit un sourire tendre, sentant tout sentiment de colère, de frustration s’envoler face au regard de sa sœur. Il ne restait plus qu’à annoncer la nouvelle à ses parents. Seraient-ils autant heureux que lui ? « Il faudra qu’on organise un repas un de ces quatre pour que tu puisses l’annoncer aux parents. Et puis à Delilah aussi. » Il imaginait déjà l’engouement de son épouse à l’idée d’aider sa belle-sœur dans l’organisation du mariage. « J’en suis sûre qu’elle sera ravie de t’apporter toute son aide pour l’organisation. » Et pour cause, son épouse avait toujours fait preuve d’une imagination sans borne lorsqu’il s’agissait de préparer un repas ou un événement particulier. Il repensait notamment à toutes ces garden party ou ces soirées produites chez eux. Oui, sa femme avait un don pour cela. « Je dois dire que je suis surpris malgré tout. » Finit-il par dire en ne sachant que dire d’autre. Il éprouvait un sentiment intense de gêne qu’il chercha à faire passer par tous les moyens. « Vous avez pensé à une date en particulier ? » Finit-il par demander en se demandant si un répit serait donné jusqu’au jour j où si Elinor avait déjà pensé à pas mal de choses. Il ne pensait pas qu’elle ait prévu quelque chose. Mais ne sait-on jamais, sa sœur savait se montrer pleines de surprises. « Il faut que ce mariage arrive viiiiiite! » S'écria Mélodie, toujours aussi ravie.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elinor Goldstein
Admin Mourante
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/08/2015
MESSAGES : 516

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Lun 5 Mar - 21:07

« Réfléchir un peu pour savoir si tu devais dire oui ou non ? » Elinor se mordit l’intérieur de la joue pour réprimer un soupir. Elle connaissait son frère par cœur. Même si un sourire parait ses lèvres, elle reconnaissait le ton de sa voix. Il n’était pas convaincu par ce mariage. Il se doutait que quelque chose clochait. Il était bien trop surpris et dépourvu de joie face à l’annonce des fiançailles de sa sœur. C’était pour cela qu’elle aurait aimé lui présenter d’une autre manière. Pas comme si elle venait d’être prise en défaut. Elle se donnait l’impression d’avoir voulu cacher la vérité à son frère alors qu’elle comptait véritablement lui en parler. Il cherchait juste à trouver le bon moment, comme elle l’expliquait. Toutefois, aucune de ses explications n’était véritablement pertinente. Elle le sentait, et Gabriel ne serait pas dupe non plus. A ses yeux, tout ceci paraîtrait incohérent… « J’ai dit oui… » Avait-elle eu seulement le choix ? David avait agi intelligemment en faisant sa demande en mariage en public, face à une foule de gens importants. Il s’était exposé au risque qu’Elinor puisse lui dire non devant les médias et trop de spectateurs, mais il connaissait suffisamment la jeune femme. Elle n’aurait jamais su dire non. Pas même en sachant que Pyair était dans la foule. Ainsi, il s’était assuré que son plan fonctionnerait. Il avait eu raison. Elinor avait accepté sa demande. Ce mariage devenait une décision irrévocable. De toute manière… à quoi bon ? Il n’y avait que devant son frère qu’elle se sentait si mal à l’aise. Il ne cachait pas son inimitié pour le fiancé de sa sœur. De même que David ne dissimulait pas le fait qu’il n’appréciait pas Gabriel. Aucun des deux ne s’appréciaient et ils se le faisaient sentir. Moins ils se voyaient, mieux ils se portaient. Dans le fond, cela arrangeait quelque peu la comédienne. Elle préférait encore que son frère ne soit pas plus au courant de la nature de son fiancé. Quand Gabriel était un véritable artiste dans l’âme malgré sa rigueur, David était un homme politique implacable aux convictions bien appuyées. Des convictions qui ne les faisaient pas se rejoindre sur un terrain d’entente.

Si personne ne semblait se réjouir de cette prochaine union, ce n’était pas le cas de Mélodie. Son âme d’enfant ne voyait qu’un prétexte à la célébration de l’amour et à la fête. Aussi, elle imaginait la belle robe que porterait sa tante, la robe de princesse qu’elle pourrait porter en tant que demoiselle d’honneur. Sa bonne humeur et son excitation amenèrent un sourire sur les lèvres d’Elinor. A cette vie qui ne lui offrait pas de cadeau, la jeune femme trouvait refuge dans l’amour que lui communiquait sa famille. En dépit de tout, Gabriel l’aimait. Ses parents, à leur manière. Sa belle-sœur Delilah, avec qui elles partageaient ce funeste secret. Et puis il y avait Mélodie, cette merveille qui illuminait la vie de toute la famille. Son père fut là pour calmer les plans qu’elle se faisait dans sa tête. A l’entendre, le mariage se déroulerait dès demain. Pitié non ! L’empreinte d’Alaric restait imprimée dans sa chair. Ses pensées étaient constamment tournées vers lui. Elle se souvenait encore de la saveur de ses baisers, de son parfum… « Ne t’en fais pas, Mélodie. Tu auras la plus belle robe du mariage. Une vraie petite princesse. » Elle serait sûrement la plus jolie de ce mariage, en effet. Quant à la date du mariage… Elle n’en avait aucune idée. Si cela ne tenait qu’à David, elle savait que cela devrait se produire rapidement. Il avait appris récemment que son traitement ne fonctionnait plus, ce qui pressait considérablement les choses. Pour Elinor, il ne s’agissait que d’un engagement sans importance. Toutefois, elle souhaitait que son frère soit son témoin. Elle crut un bref instant qu’il dirait non. Son soupir détonait avec l’engouement de la fillette. Sa réponse la soulagea et la fit sourire. Grâce à cette requête qu’elle lui exposait, elle sentait qu’il se détendait et qu’il envisageait ce mariage avec moins de griefs. « Oui, je comptais justement l’annoncer prochainement à vous tous. Un dîner serait parfait. » A une telle réunion, Elinor savait que David ne pourrait pas être présent. Tout ceci était tacite. Elle songea un instant à la réaction qu’aurait Delilah face à un telle nouvelle. Elle qui savait beaucoup de choses… Que pourrait-elle penser d’une telle union avec l’état de santé actuel de la jeune femme ? Elle balaya cette idée. « J’avoue que tout cela est très récent, nous n’avons pas encore pensé à une date précise. Je sais que David voudrait que ce soit le plus rapide possible. » Elle ne voyait pas l’intérêt de mentir. Elle pourrait même faire passer le geste empressé de David à un élan d’amour. « Le début de l’été pourrait être une bonne période. Généralement, c’est à ce moment-là que David est le plus disponible. » Il est moins plongé dans ses campagnes. D’ordinaire, il s’enfuit avec une maîtresse quelconque, mais là, il en profiterait pour faire avancer ce mariage. Une main frappa à la porte de la loge. La tête de l’assistant du metteur en scène apparut. « On reprend dans cinq minutes. » Elinor hocha la tête. Elle proposa à son frère et sa nièce qui insistait pour voir la suite de la pièce de regagner la salle de spectacle le temps qu’elle arrange son costume et qu’elle revoit son maquillage. Judicieuse idée, car un vertige la saisit brusquement une fois seule. Elle s’assit, prenant son visage entre ses mains. Blanche, elle l’était bien trop. Fatiguée, elle l’était bien trop aussi. Il lui fallut une minute pour reprendre pleinement ses esprits. Elle prit une grande inspiration, se remit un peu de maquillage pour se donner des couleurs et rejoignit le reste des acteurs sur scène. Un coup d’œil dans le public et elle croisa le regard de Mélodie et Gabriel. Elle leur sourit tendrement. « On reprend à la scène juste avant. C’est parti quand vous voulez ! » Silence dans la salle où les répétitions se déroulaient. Sur les planches, le Roméo et sa Juliette. La scène débuta entre les deux acteurs. Les vers s’envolaient. L’émotion prenait place. Mais à mesure que la scène avançait, la comédienne se sentait progressivement mal. Tout d’abord son manque de souffle qui pouvait être amputé à son jeu d’acteur. Et puis sa tête qui se comprima, qui se mit à tourner jusqu’à ce qu’elle ne se mette à vaciller. Les vers s’emmêlaient dans sa bouche, se brouillaient. Un goût ferreux envahit ses papilles. Son décor prenait des formes incongrues. Elle ne sut si elle s’était arrêtée de réciter ou si tout ceci se faisait par automatisme. La dernière chose dont elle se souvint avant de perdre connaissance, ce fut de porter sa main à son visage et de n’en récolter que du sang. Puis le noir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gabriel Goldstein
Admin infidèle
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/09/2015
MESSAGES : 1168

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Mer 14 Mar - 6:46

Il n’arrivait pas à être content de cette nouvelle. Le sourire n’allait pas au delà des simples mots. Pourtant avec sa famille, Gabriel n’avait aucune retenue lorsqu’il s’agissait de partager un événement heureux avec. Pour eux seuls, il était capable de casser son armure d’acier et de laisser passer les émotions, dévoilant un coeur étonnamment bon. D’ordinaire, il était le premier fan de sa petite sœur. Cependant, ce n’était pas le cas. Il n’y arrivait pas. Il ne me voulait pas non plus. Après tout, que pouvait-il y avoir de bon dans ce mariage ? Gabriel n’était pas dupe. David n’était jamais là. Il ne l’avait jamais été. C’était aussi simple que soleil se levait chaque matin. Où l’amour avait-il pris place ? Pourtant il n’avait jamais abordé ce sujet-la avec sa sœur. D’une part parce que ce n’était pas à lui de lancer cette conversation et d’autre part, sa sœur connaissait l’animosité régnant entre les deux hommes. Gabriel aurait alors tout fait pour ne pas que sa sœur puisse dire une bêtise. Mais là, c’était trop tard. Il ne pouvait même pas exprimer son mécontentement. Pas devant sa fille d’ailleurs. Et puis une date semblait se fixer assez vite. Trop vite à son goût. Gabriel ne savait que penser de positif. Son ventre se tordait en se voyant être témoin de l’enchaînement de sa sœur dans cette cage dorée. Inconsciemment, il voulait la voir rester sa petite sœur, cette gamine insouciante qui venait s’asseoir à côté de lui lorsqu’il avait ses leçons de piano, ce regard empli d’amour lorsqu’il avait assisté à sa première place dont elle tenait le rôle principal. Il avait l’impression de la perdre. Et ça le rendait triste. Pourtant Mélodie arrivait à le réconforter, évoquant tout ce qu’elle pouvait porter. A l’entendre, elle avait plusieurs tenues avec différentes couleurs pour pouvoir satisfaire ses besoins d’être habillée le plus joliment possible même si ça voulait dire plusieurs changements d’habits. gosse de riches. « Si tu estimes que c’est ce que tu veux... » Finit-il par dire en poussant un soupir forcé. Il n’avait pas le choix et ça l’agaçait. Il n’aimait pas cela. Surtout quand ça concernait sa sœur. Dans son for intérieur, il avait prévu d’en parler à sa femme. Il voulait avoir son avis parce qu’elle connaissait son aversion pour David. Sans doute, comprendrait-elle et en parlerait à Elinor. Il y croyait naïvement. Il était si faible quand tout portait le mot « famille ».

Fort heureusement, on frappa à la porte, les sauvant tous de cette ambiance pesante. Il ne savait que penser d’autre. Il préférait fuir pour se laisser le temps de réfléchir et de ne pas sortir une parole malheureuse, témoin de son désespoir. « Allez viens Mélodie, ta tante va devoir jouer à nouveau ! » Rien était moins bien pour la petite qui ne fut qu’enthousiaste « Oh ouiiii ! Quand elle aura fini, on pourra manger tous les trois ensemble ? Hein, dis papa ! Dis ouiiiii ! » Le pianiste ne put s’empêcher de rire, venant attraper sa fille et la soulevant doucement. Ce geste déclencha le rire de l’enfant. Il en était tellement fou, heureusement qu’elle était là. Melodie faisait tampon avec le feu de son aversion pour ce mariage. Il était contre. C’était ça le problème. Pourtant, Elinor pouvait être butée. Comment pouvait-il la faire changer d’avis ? Il déposa un baiser sur la joue de sa sœur « Eblouis-nous Tata Eli’. » Le sourire qu’il lui adressa était surtout destiné à calmer toutes tensions. Il n’aimait pas cela. Pas avec sa sœur du moins. Prenant la main de la petite, il sortit de la pièce, se dirigeant vers les sièges. Il s’arrêta pour discuter avec le metteur en scène, homme qu’il connaissait pour avoir partagé quelques galas de bienséance en sa compagnie. Puis, ce fut le moment de se taire, d’aller s’asseoir et d’observer. Sa sœur était magnifique quoi qu’un peu plus maigre que d’ordinaire. Connaissant Elinor, elle devait sans doute trop en faire pour ce rôle. Elle était une passionnée, comme lui. Leurs parents leur avaient donné le goût et l’amour pour l’art. Jamais son père n’avait souhaité leur imposer des choix de vie. Et ainsi, les enfants rayonnaient. Il le voyait au travers des prunelles de sa sœur. Son jeu était excellent mais par la suite tout sembla se compliquer. Elinor paraissait fatiguée, perdant le souffle, se trompant dans ses tirades. Les vers s’entremêlaient et il ne put s’empêcher de froncer les sourcils. Lorsqu’elle chuta, il s’était déjà levé, courant vers la scène dont il grimpa les marches quatre à quatre. « Eli !! » Hurla t-il comme un fou, le visage terrassé par une peur sans nom, voyant le corps inerte de l’un des êtres qu’il aimait le plus au monde. Du sang avait coulé et inondé son visage. Pourtant, il sentait son pouls battre faiblement. « Appelez une ambulance !!! » Clama-t-il a l’assemblée, prenant la main de sa sœur. Sa pâleur était effrayante. Que lui arrivait-il ? « Tiens bon Eli, je t’en supplie... »

***

L’hébétude. L’incompréhension. La peine. La colère. Pourquoi le malheur frappait-il leur famille ? Ils avaient tout pour être heureux. L’argent. L’amour familiale. Des vies aux destins tout tracés. Et même un mariage à venir, quand bien même il n’était pas forcément pour. Malgré cela, il sentait cette douleur sourde au creux de son estomac. Il ne comprenait pas. Après Mélodie, maintenant Elinor. Ils étaient partis aux urgences. Durant tout le trajet, il avait tenu la main de sa sœur. Delilah avait récupéré la petite. Et maintenant il se trouvait dans une chambre d’hôpital à attendre le réveil de cet être chéri. Quand les paupières remuèrent, il se redressa caressant de son pouce le dessus de sa main. « Eli Chérie... » Dit-il en employant le surnom que ses parents avaient attribué à sa sœur. Oui cette petite chérie devait se remettre. « Comment tu te sens ? » Il l’aida à se redresser en lui remettant un coussin dans son dos afin qu’elle se tienne mieux. Son visage cireux faisait peine à voir. Et une infirmière lui avait parlé de chambre stérile sans qu’il ne comprenne pourquoi. Et il tenait à savoir parce qu’il avait l’impression que le corps médical se refusait à dire quoi que ce soit, comme si ce qu’avait Elinor était classé secret défense. « Est-ce que tu souhaites quelque chose ? Manger ? Boire » Et surtout lui dire la vérité.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elinor Goldstein
Admin Mourante
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/08/2015
MESSAGES : 516

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Jeu 15 Mar - 17:40

« Tata Eliiii ! Tata ! » La voix lui revenait lointaine. Mais entre toutes, Elinor reconnaissait le timbre cristallin de cette voix. Mélodie. L’espace autour d’elle était sans forme, mouvant, aux couleurs mélangés comme des coups de pinceaux donnés maladroitement et furieusement. La jeune femme se mit à crier, à hurler le prénom de sa nièce, mais aucun son ne parvenait à franchir la barrière de sa bouche. Elle était muette. Privée de sa voix. Impuissante. Une angoisse terrible étreignait chaque fibre de son être et faisait souffrir sa chair. Elle s’élança dans cet univers cotonneux et brouillon, s’orientant aux cris de Mélodie. Ses jambes s’activaient à de grandes enjambées, mais il lui semblait qu’elle évoluait à peine. Et à mesure qu’elle croyait se rapprocher de la voix, elle lui échappait, se faisant entendre plus loin encore. Une quête qui la rendait presque folle… Elinor stoppa brusquement sa course. Elle ferma les yeux, cherchant à assimiler véritablement la localisation de la petite fille. Mais tout ce qu’elle entendait à présent, c’était l’essoufflement de sa poitrine. Puis le silence… Ses paupières s’ouvrirent et se refermèrent aussitôt, éblouies. Son décor avait changé du tout au tout. La déstructuration de son univers avait été troquée par une grande pièce aux murs immaculés. Au centre, un merveilleux piano trônait. Lorsque son œil se fut habitué à l’éclat puissant, elle discerna la silhouette d’un petit garçon assis face à l’instrument. Ses doigts s’activaient sur les touches blanches et noires. La symphonie vibra dans le cœur d’Elinor, reconnaissant les airs de son enfance. Juste à côté, une forme gracile se mouvait au rythme de la musique. Elle dansait comme si elle faisait corps avec les notes. Souvenir perdu dans la distance… Elle voulut s’approcher, mais ce fut comme si une vitre invisible l’empêchait d’aller plus loin. Elle ne pouvait être que spectatrice. Les silhouettes enfantines s’effacèrent brusquement, emportées par le vent comme si elles n’étaient que faites de fumée. Ils laissèrent place à une stature plus haute au visage implacable porté par deux prunelles d’un bleu envoûtant. De nouveau, il jouait du piano, l’air bien plus grave que dans sa projection d’enfant. Elinor se colla contre cette frontière invisible, tapant dessus, hurlant sans qu’elle ne soit entendue. Rien n’ébranlait le jeu de Gabriel. L’instant d’après, tout se métamorphosa au rythme mélancolique des notes. Le piano changea en un lit bien trop grand pour ce minuscule corps d’enfant qui l’occupait. A côté, ses deux parents. Les visages fermés. Les bras croisés. Refusant de se regarder l’un et l’autre. Postés devant un corps qui perdait sa vitalité de minute en minute. Plus frénétiquement encore, Elinor frappa de toutes ses forces contre la paroi, se démenant pour être auprès de sa famille. Soudain, la musique prit fin, remplacée par le bip insupportable et assourdissant de la machine reliée à Mélodie, annonciateur de mort. Brutal. Funeste. Glacial. Elinor ne criait plus. Les larmes dévalaient lentement ses joues.

Elle se sentit violement aspirée en arrière. Le garage d’Alaric fut le prochain décor qui l’accueillit. Désorientée, perdue, il
ne lui sembla retrouver ses sens dès que le mécanicien apparut dans son champ de vision. Son corps se jeta instinctivement sur le sien, se réfugiant dans ses bras forts et rassurants. Son parfum envahit son être. Sa chaleur se communiqua à la sienne. Son apaisement fut entier auprès de lui. La main d’Alaric glissa sur sa joue, se perdit dans ses cheveux. Elle s’éloigna légèrement, croisant son regard bienveillant. Comme touché brutalement par l’éclair, son expression devint cruelle et haineuse. « Comment as-tu osé, Elinor ? Tu m’as utilisé, tu m’as abandonné. Tu n’es qu’une menteuse, une profiteuse et une égoïste. » Une fois encore, elle voulut se récrier mais nul mot ne franchissait le seuil de ses lèvres. Elle ne put que secouer la tête. Cela n’avait aucune emprise sur la réaction d’Alaric. « Qui pourrait vouloir t’aider ? Vouloir te sauver ? » Les larmes redoublèrent sur le visage pâle de la comédienne. Elle s’éloigna du mécanicien, le cœur en friche. Un pas en arrière et elle buta contre une personne. Elle se retourna, et en même temps, l’univers changea encore. Elinor se retrouva dans la pièce blanche du départ. Il lui faisait face, froid et sévère. « Tu n’as pas envie d’être aimée. C’est pour ça que tu m’as choisie. » Sa voix vibrait dans l’espace, dans sa poitrine, dans sa tête, dans son cœur. Elle faisait frissonner chaque fibre de son être. « Tu as décidé toi-même que ta vie n’en valait pas la peine. Je t’ai aimée, Elinor. Au début, je t’ai aimée, mais tu m’as bouffé en même temps que ta foutue maladie ! » Elle ne pouvait l’empêcher de déverser sa verve empoisonnée. Brisée. Détruite. Frappée par la violence de ses paroles si débordantes de vérité. « Tu t’es tuée toute seule avant même que la maladie ne le fasse ! Est-ce que tu crois qu’on peut aimer quelqu’un qui est mort ?! » Ses jambes ne la portèrent plus. Elle s’effondra au sol, entendant comme un écho toutes ces paroles qui la hantaient depuis trop longtemps. Et lorsqu’elle crut que son supplice ne pouvait être plus grand, une autre voix brisa le silence. Une voix tant chérie autrefois. Celle de Pyair. « Qu’est-ce que j’ai fait… hein ? Qu’est-ce que j’ai fait pour que tu me fasses ça… Tu avais raison sur une chose… Moi aussi, j’aurai souhaité que nous ne nous rencontrions jamais pour ne pas avoir autant mal… Tu peux me considérer comme mort… Parce que tu viens de me tuer… » Les sanglots agitèrent son corps décharné, affaibli et maigre. Pour la première fois, elle put entendre ses pleurs et ses gémissements. Tout son univers s’effondrait. Elle se recroquevilla sur elle-même, reprenant cette position originelle à l’aube de sa mort. Elle ne sut combien de temps elle pleura ainsi, les mots d’Alaric, Pyair et David hurlant à ses oreilles. Ce qui l’ôta à cette torture fut une brise légère qui s’engouffra dans sa robe. Elle ouvrit les yeux, touchant une herbe grasse et humide. Quand elle se redressa, une multitude de tombes l’entourait et un enterrement qui se déroulait non loin. Se hissant sur ses jambes tremblantes, elle s’en approcha, attirée comme un aimant. Elle lut le nom sur cette nouvelle pierre tombale. Elinor Goldstein. De cet enterrement qui se déroulait, il n’y avait personne pour y assister. Personne pour la pleurer. Personne pour faire le moindre discours. Personne pour la regretter. Elle obtenait tout ce qu’elle avait désiré. Mourir seule. Mais elle ne trouvait rien de plus douloureux…


***

Elinor battit lentement des paupières. La gorge était encore serrée par le chagrin et la culpabilité. Elle ne comprit pas tout de suite où elle se trouvait. Ce qui la fit pleinement émerger, éloignant les terribles images de son rêve, fut la main qui caressa doucement la sienne. Elle tourna la tête pour rencontrer le visage rassurant et inquiet de son frère. Son cœur sombra lentement dans sa poitrine. Les derniers instants qui la séparaient de son inconscience se manifestèrent à elle. Que savait-il précisément de ce qui s’était produit ? Avait-il tout découvert ? « J’ai mal à la tête… » souffla-t-elle, la bouche pâteuse. Ses membres étaient engourdis. Elle sentait encore le goût et l’odeur du sang qui l’avait envahie plus tôt. Elle se redressa avec l’aide de Gabriel en position assise. Elle poussa un long soupir. Elle savait que sa situation s’empirait. Elle ne pensait juste pas que ça se produirait aussi vite et que son frère en serait témoin. Ce moment où elle devrait assumer la vérité, elle l’avait toujours redouté. Pour ne pas affliger son frère, parce qu’il pourrait lui en vouloir. « De l’eau, s’il te plaît… » Ses entrailles étaient tordues d’incertitude. Bien qu’il ne l’assaille pas de questions, il connaissait Gabriel par cœur. Son esprit bouillonnait d’interrogations qu’elle se freinait à fournir. « Où est Mélodie ?... J’ai dû l’effrayer. » Elle se sentait coupable d’infliger cette vision à sa nièce. Ils considéraient qu’elle en vivait déjà suffisamment comme cela… S’accrochant à ses mensonges honteux, elle tenta de dédramatiser la situation. Mais c’était comme éluder la précipice vers lequel elle se dirigeait tout droit. « Je crois que c’est un excès de fatigue… je mange peu en ce moment, je dors peu, répétant longtemps. » Cela pouvait ne pas être mal perçu. Gabriel et Elinor possédaient cette même passion dévorante pour leur métier. Ils pouvaient y passer des heures, oubliant leurs propres besoins. Elle esquissa un sourire pour rassurer son frère, bien qu’elle voyait qu’il n’en croyait pas un mot. « L’annonce de ce mariage m’a secouée plus que je ne le pensais. » Bon sang, Elinor… pourquoi s’entêter à tant mentir ? Pourquoi se faire autant de mal ? Pourquoi vouloir être si seule ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gabriel Goldstein
Admin infidèle
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/09/2015
MESSAGES : 1168

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Dim 22 Avr - 22:32

Il était terriblement inquiet. Il avait peur pour sa petite sœur. Il ne souhaitait pas que quelque chose puisse lui arriver. Perdre Elinor serait comme perdre une partie de lui. Il ne pouvait pas être prêt, tout comme il ne le serait jamais. Pourtant, il avait pris l’habitude de vivre avec une épée de Damoclès sur la tête. A force, c’était devenu sa facon d’être. Il n’avait pas le choix. Mais quand il s’agissait de Mélodie, c’était une chose. De cette faiblesse du cœur, il en avait fait un espoir, une possibilité de se battre en espérant la guérison et il y croyait. Cependant, tout ceci résidait au sommet d’un fragile château de cartes et Gabriel le savait pertinemment : tout pouvait s’écrouler d’un instant à un autre. Et en l’occurrence, il vivait mal de savoir sa sœur si mal, fixant ses yeux clos et en espérant son réveil qui arriva. Aussi, les questions fusèrent, quand bien même, il ne se précipitait pas. Gabriel avait acquis un sang-froid à toute épreuve. Aussi, ses gestes étaient doux. Il parlait lentement. Il ne voulait pas brusquer Elinor alors qu’elle devait sûrement être encore dans un univers comateux. Elle avait mal à la tête et il ne sut que répondre, en dehors de l’aider à se redresser et de lui proposer de l’eau. Ce qu’elle accepta. Aussi, il lui remplit un verre, se trouvant à proximité du lit, et lui tendit afin qu’elle boive doucement, rassurant sa sœur sur Mélodie « Elle va bien, ne t’inquiète. Elle m’a dit de te dire qu’elle te faisait des millions de câlins. » Le sourire vint, tendre et protecteur. Il veillerai sur elle quoi qu’il arrive. Il observa chaque détail du visage de sa sœur, ses traits cireux et fatigués. Comme si elle était au bord de l’épuisement. Et quand même, il s’était promis de ne pas l’envahir de questions, il ne put empêcher celle, qui le rongeait le plus : savoir ce qui n’allait pas. Durant le temps où la parole fut donnée à Elinor, Gabriel l’observa attentivement, ne sachant si elle disait la vérité ou non, l’écoutant accuser la fatigue de la pièce de théâtre. Et  il ne s’étonna guère quand le mariage fut abordé. Il ressentit un léger pincement au cœur en s’imaginant, tout d’abord, que cette annonce avait dû lui être pénible à dire, compte tenu de l’animosité régnant entre David et Gabriel. Mais d’une certaine façon, il avait du mal à s’en convaincre.

Quelque chose clochait.

Il n’arrivait pas à se défaire de cette impression. C’était trop étrange. Et puis, il y avait des indices. « Tu es sûre de toi ? » Dit-il d’une voix sonnant comme une alarme, le signe que si elle racontait des salades, il valait mieux arrêter tout de suite. Il se passa une main sur son visage épuisé par l’inquiétude, las de devoir insister. « Tu avais du sang dans ta bouche, Eli… Et même si je connais ta nature passionnée, on ne saigne pas de la bouche lorsque l’on est trop fatigué… » Il se tut, sentant ses entrailles se tordre en revoyant le visage ensanglanté de sa petite sœur. « Durant un court instant… J’ai eu peur de te perdre.. Je t’ai cru partie de ce monde… Ce n’était pas un malaise anodin, ce n’était pas comme une crise de la petite. C’était autre chose… » Il l’observa durant un instant, ses yeux gris reflétant cette peur irrationnelle. Celle de perdre quelqu’un de cher et de voir son monde s’écrouler. Il n’était définitivement pas prêt. « Et puis, je ne comprends pas… Les médecins semblent ne pas vouloir dire ce qui ne va pas. J’ai essayé de poser quelques questions au docteur mais il m’a répondu qu’il ne pouvait pas répondre. Enfin c’est absurde ! » Il se leva de la chaise où il siégeait et alla vers la fenêtre. Il faisait si beau aujourd’hui. Et dire que tout avait bien commencé à la base. Il observa le paysage durant quelques secondes avant de finalement pivoter et de contempler sa sœur chérie, si mal en point. « Que se passe-t-il Elinor ? Tu as l’air si mal en point, tu tombes dans les pommes, tu saignes et maintenant, tu parais si faible alors… Je ne comprends pas… Et j’ai tellement l’impression d’être lésé, que tu ne me révèles rien. D’ordinaire, on se dit toujours tout… » La voix sembla être presque suppliante tant le sentiment qu’elle cachait quelque chose était grand. Et il avait mal de ne pas savoir, mal d’être impuissant, mal de se dire que les ravages du temps étaient là, qu’aujourd’hui, il n’était sans doute plus l’être en qui elle avait suffisamment confiance pour se confier à lui, et dire ce qui la rendait si malade en cet instant.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Elinor Goldstein
Admin Mourante
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 19/08/2015
MESSAGES : 516

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   Mar 1 Mai - 20:54

Elinor n’avait jamais voulu véritablement mentir sur sa condition. Du jour où elle avait appris ce qu’il en était de cette maladie qui la dévorait, elle ne s’était pas figurée immédiatement qu’elle se retrouverait toute seule, confrontée à ses propres démons. C’était la vie qui ne lui avait pas laissé le choix. Dissimuler la vérité s’était révélé plus commode, moins culpabilisant. Sa nièce Mélodie était atteinte d’une maladie qui pourrait bien lui coûter la vie si aucune greffe cardiaque n’était à prévoir. Cette unique raison suffisait à emmurer Elinor dans ses silences. Elle ne se sentait légitime pour susciter la même inquiétude et espérer avec la même force qu’elle survive à cette épreuve de la nature. Jouer la comédie lui était devenu si naturel au fil du temps… Il n’y avait plus qu’à faire semblant que tout allait bien. C’était comme monter sur les planches et ne jamais en descendre ; incarner un rôle pour ne jamais sortir de la peau de son personnage. La comédienne avait su manier son jeu à la perfection jusqu’ici, tant qu’elle n’était encore qu’à l’aube de la mort. Mais le jour déclinait dans sa course folle, l’emportant avec elle, voilant progressivement l’astre et la condamnant bientôt à la nuit. Quelque chose au fond d’elle hurlait que ses revendications étaient pures. Son unique souhait avait été d’épargner ses proches de sa maladie et de sa lente agonie. Pour cela, elle avait menti, elle avait fait du mal. Ce n’était pas par plaisir qu’elle avait décidé de rompre ce lien si puissant qui l’unissait à Pyair, de ne pas se présenter à l’autel le jour du mariage, ou de se refuser toute autre relation sincère. Son lien avec David provenait directement de cette incapacité qu’ils détenaient tous les deux de ne pas pouvoir aimer complètement. Ce n’était pas plus par cruauté qu’elle s’était extraite de la vie d’Alaric au moment où elle avait compris que l’amour l’avait capturée dans ses bras. Elle s’était débattue pour s’éloigner de cet être qui parvenait à le faire vivre encore un peu, qui lui donnait ce souffle qu’elle ne détenait plus. Et ce n’était pas non plus par manque de confiance ou d’amour qu’elle cachait la vérité à Gabriel. Ils s’étaient toujours tout dit, parfois un peu trop sûrement. Mais ce secret-là… elle l’avait jalousement conservé. Et à cet instant où la vérité menaçait d’éclater, Elinor se demanda soudain à quoi elle s’attendait vraiment le jour où elle avait décidé que sa mort ne devrait concerner personne d’autre qu’elle.

Le musicien était loin d’être un idiot. Même si sa nature réfléchie l’empêchait de poser des constats trop hâtifs, ses questions se pressèrent. Toutes les craintes d’Elinor surgirent en un immense raz-de-marée qui le submergea toute entière. Sa respiration se coupa au rythme de ses interrogations et de ses déductions. Comment pouvait-elle faire croire que tout ceci n’était dû qu’à la fatigue ? Une peur immense enfla dans sa poitrine à mesure que se poursuivait les raisonnements de son frère. Pourrait-il lui pardonner tous ces secrets ? Pourrait-il encaisser une telle vérité ? Il l’avait cru perdue et partie de ce monde… Ces mots nouèrent ses entrailles. Elle fut incapable de formuler la moindre parole rassurante tant sa gorge était nouée. Déjà, elle sentait les larmes venir lui piquer les yeux. Elle ne s’accorda la faiblesse de laisser une larme perler que lorsque son frère quitta son chevet pour s’approcher de la fenêtre, soudain absorbé par l’agitation extérieure. Les médecins ne dévoilaient rien parce qu’Elinor avait fait la demande de conserver son dossier secret. Lorsqu’il se retourna vers elle, la honte l’accablait tant qu’elle ne sut soutenir le regard suppliant qu’il lui adressa. Elle s’était légèrement redressée, ramenant ses genoux contre sa poitrine. Ses prunelles s’étaient perdues dans le vague de ses draps, noyées par des larmes muettes. « Gabriel, il ne faut pas m’en vouloir… » murmura-t-elle d’une voix blanche que les tremblements n’ébranlaient pas encore. « Je pensais que je pourrai tenir plus longtemps… le temps que la petite guérisse… Tout ce que je voulais, c’était ne faire souffrir personne. » C’était devenu le grand combat de sa vie. Ces dernières années, elle les avait dédiées à préserver le plus possible les gens de sa mort et du chagrin que cela aurait pu entraîner. Elle y avait perdu l’homme qu’elle aimait, des amis, des êtres chers. Elle s’était même perdue elle-même jusqu’à ne plus se ressembler tout à fait, n’être que l’ombre de ce qu’elle avait été autrefois. Cette révélation qu’elle s’apprêtait à faire détenait un goût amer dans sa bouche, comme le début d’une fin qu’elle redoutait, l’achèvement, la date butoir… Celle de sa mort prochaine. « Je suis malade. Une leucémie…. Je l’ai appris à l’époque où Pyair m’a demandée en mariage. » Si Gabriel n’avait jamais trouvé de réponse aux raisons qui avaient poussé sa sœur à s’enfuir le jour de son mariage, elle lui en offrait une aujourd’hui. Elle redressa son regard vers lui, mortellement malheureux. « C’est une maladie rare qui n’est curable que par une greffe de moelle osseuse. Jusqu’ici, j’avais un traitement pour contenir l’évolution de la maladie mais il ne fait plus effet. » Alors la leucémie pouvait la grignoter, la dévorer, la décharner. « Les greffes sont très rares. Peu y ont droit… Il faut être compatible. Il faut être sur les listes... » A demi-mot, cela signifiait que la mort était l’unique option qui subsistait. Elinor s’était habituée à cette réalité, mais l’énoncer à haute voix la dévasta. Un sanglot terrible vint ébranler son corps maigre. « J’ai peur, Gabriel… » Peur de la mort. Peur de souffrir. Peur de ce vide immense. Peur d’être seule dans le noir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: « I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥   

Revenir en haut Aller en bas
 
« I didn’t want to wake up. I was having a much better time asleep. » Gabriel ♥
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Wake me up...
» SO WAKE ME UP WHEN IT'S ALL OVER.24/07 à 02h56
» Seo Jun Wan || I'm scared if I wake up, everything will disappear before my eyes
» SUNDAY WAKEUP, GIVE ME A CIGARETTE✝LULU
» m i s s c a l i f o r n i a

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vice et Versa :: D'où venons nous ? :: Hollywood-