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 « A dream you once were » [Matthew]

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Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
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DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
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MessageSujet: « A dream you once were » [Matthew]   Sam 17 Fév - 19:08


New York, quatre ans plus tard après ce rp-là

« Never knew … I could feel like this… Like i’ve never seen the sky … Before… » Ma voix s’élève à l’unisson avec celle de mon amie Naïa tandis que je suis assise sur mon canapé, en train de me lisser les cheveux. Je ne suis pourtant en sa compagnie car il se trouve qu’elle est en tournée. Et plus précisément en Italie d’après les dernières nouvelles reçues de sa part. Aussi, je me contente d’écouter le CD de la comédie musicale qu’elle m’a offert il y a quelques temps déjà. Et mon plaisir est toujours aussi grand quand il s’agit de l’écouter et de chanter toutes les chansons que je connais par cœur. Beaucoup de choses ont changé depuis, et le succès que rencontre mon amie en fait partie. Nous nous voyons quand cela nous est possible. Mais ces derniers temps ont été plus compliquées. Ce n’est pas grave, je me console en écoutant sa douce voix, tandis que je continue patiemment de donner un aspect plat et rangé à mes cheveux. J’ai rendez-vous à quatorze heures mais je ne suis pas inquiète, ayant pris de l’avance pour avoir le temps de me préparer. L’appartement est calme, un peu désordonné par quelques affaires traînant par ci, par là. Mais rien de bien méchant si ce n’est qu’il y a mon ordinateur portable posé, d’innombrables papiers posés sur la table basse. A vingt-huit ans je n’ai toujours pas appris à ranger les choses, étant plus bordélique que jamais. « I want to vanish inside your kiss… Everyday … i’m loving you… Nooooon Cookie, j’ai dit non ! » Je m’exclame soudain en voyant mon lapin en train de s’approcher des fils du chargeur de mon ordinateur portable. Si Panpan est très sage de ce côté-là, je ne peux rien dire de Cookie. Il n’est pas aussi intelligent que mon autre lapin. Ou alors, il se comporte juste comme il devrait être et c’est Panpan qui est décidemment trop … Humain. Quoi qu’il en soit, même si la cage est ouverte, j’ai toujours un œil sur le petit, toujours prêt à faire les pires bêtises du monde. Il faut dire que j’en suis à mon quatrième chargeur de changé. Aussi, il est temps que ça cesse et que je devienne plus forte. Car, comme à son accoutumée, Cookie sait comment me faire fondre. Son museau délicat et ses moustaches me chatouillent les pieds alors qu’il s’approche de moi et vient réclamer des câlins. « Toi alors… » Je finis par dire en prenant mon lapinou dans mes bras, et le posant sur le canapé à côté de moi. Au moins, il ne bouffera rien de dangereux ou de cher, et je peux donc continuer à m’occuper de ma coiffure.

Une fois prête, je peux m’habiller, revêtant la robe que j’ai acheté pour l’occasion. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a un salon de l’Edition et encore moins sur New York. De plus, cette année est particulière pour moi, et je ne tiens pas à rater quoi que ce soit. Tout doit être parfait. Je sursaute légèrement quand la sonnette d’entrée retentit, et me lève d’un bond en me demandant qui peut sonner à cette heure-ci. Aussi, ma surprise est grande quand je découvre un énorme bouquet de fleurs, masquant le livreur. « Des fleurs pour vous, Mademoiselle Bennett… » Je ne peux m’empêcher de rire « Depuis quand les livreurs sonnent-ils directement aux portes sans même passer par la porte d’entrée de l’immeuble ? » Finis-je par dire d’une voix amusée tandis que le bouquet finit par se baisser laissant alors voir le visage souriant d’Elias. Mon petit-ami depuis presque un an. Ma main saisit la sienne et je l’attire à l’intérieur tout en fermant la porte derrière nous. Je peux alors me blottir contre lui, du moins, je fais comme je peux avec cet énorme bouquet, ravie de son attention « Elles sont vraiment belles… » Je fixe son cadeau, ravie de son attention. « Il fallait bien quelque chose pour marquer le coup, aujourd’hui est un grand jour pour toi. » Dit-il en venant saisir mes lèvres dans un baiser que je lui rends avec tendresse. Quand il y met fin, je savoure cet instant de répit avant qu’il ne soit vraiment l’heure de s’en aller. « Tu me crois si je te dis que je suis un peu stressée ? » Je l’entends qui rit, me faisant relever la tête pour observer son visage, son sourire aimant et ses grands yeux de couleur noisette. Il a su me faire chavirer, me réconcilier avec beaucoup de choses aussi. Quand nous nous sommes rencontrés, j’avais le cœur en miettes, incapable de vouloir me remettre avec qui que ce soit. L’adjectif qui me qualifiait le plus était « traumatisée ». J’étais brisée et Elias a su me recoller petit à petit, me réapprendre à aimer et à faire confiance en quelqu’un d’autre. Et je suis tellement contente de l’avoir dans ma vie. Il a effacé tant de mauvais souvenirs, quand bien même, il m’arrive parfois de replonger dans mes anciens démons. « Tu n’as pas à t’en faire. J’en suis sûre qu’ils vont tous adorer. Tout se passera bien… » Oui, j’espère que tout se passera bien. « Et puis, ce soir, quand tu rentreras, j’aurais fini mon tour de garde et on pourra profiter tous les deux. Après tout, on pourrait se repencher sur la question du voyage pour nos un an. » Ce à quoi je secoue la tête doucement, sentant mes entrailles se tordre. « Non… non … non… » A chaque silence furtif, je dépose des baisers sur sa joue avant d’ajouter « Pas de voyages… On est bien à New York. » - « Mais tu es sûre… Il faut que tu m’emmènes en France, que tu me fasses visiter Paris et le lieu de ton enfance… Et que je puisse enfin t’entendre parler français, je vais adorer… » Mais je secoue de nouveau la tête, bien déterminée à lui enlever cette idée de cadeau pour nos un an. Cet anniversaire me donne la sensation d’un gout de cendre sur le palais. « Il n’y a rien d’intéressant en France. Je préfère largement mieux me balader dans Manhattan avec toi… Tu détesterais la France. » Et moi aussi, non pas parce qu’il s’agit de ma terre natale, mais bien pour tout ce qu’elle me rappelle.

***

« Ah Héloïse, je suis heureux de vous voir. » C’est sur ces mots que je suis accueillie par mon patron, Monsieur Pelletier (de la biscotte toujours #tmtc). Nous travaillons ensemble depuis quelques années. Et cette fois-ci, c’est un jour particulier pour nous. « Comment allez-vous ? Vous n’êtes pas trop stressée ? » - « Un petit peu… Cette fois-ci, ça me fait tout drôle de me dire que j’assisterai, non pas, en tant qu’assistante d’édition mais en tant qu’auteur… » Et de présenter mon livre aussi. Mon dieu, mon roman enfin édité, écrit dans un besoin urgent d’aller de l’avant et de faire la paix avec mon passé. Jamais je n’aurais cru qu’il serait publié, et encore moins qu’il ait rencontré du succès. Aussi, cette année je présente mon livre et comme a dit mon patron, je pourrais même le dédicacer. J’espère que personne ne me demandera une telle chose. Je ne me sens pas prête à une telle chose. Avec Elias, nous avons même passé une soirée à nous entraîner à signer rapidement. Ça nous a bien fait rire mais désormais, je suis face à la réalité. « Vous allez certainement croisé vos confrères. » Je déclare juste pour changer de sujet. Dans ces salons, auteurs, éditeurs et public se côtoient dans un échange que j’ai toujours apprécié. « Et ils seront ravis de voir enfin le visage véritable de cet auteur se cachant sous le pseudo de Pan. » Le ton gentil de mon patron me fait sourire. « D’ailleurs, vous ne m’avez toujours pas expliqué pourquoi un tel choix de pseudo. Héloïse Bennett est bien plus joli que Pan. » La même interrogation revient au galop et la honte m’empêche toujours d’expliquer que Pan est le diminutif de Panpan, le nom de mon lapin. J’ai préféré conserver l’anonymat plutôt que d’écrire avec mon prénom, une histoire un peu trop autobiographique, vestige d’une époque passée et révolue. « C’est un secret. Peut-être qu’un jour, je vous les dévoilerai ! » Finis-je par dire avec un sourire sincère, bien que je ne sois prête à me ridiculiser. Fort heureusement, des confrères finissent par accaparer mon patron et j’en profite pour m’éclipser, me retrouvant dans les allées emplies de monde. J’ai quelques minutes devant moi avant de pouvoir retourner à notre stand où il me faudra ensuite rassembler suffisamment de courage pour parler de mon livre devant une assemblée se trouvant non loin. Il y a une estrade, des personnes assises en face de moi. Et mon dieu, c’est si stressant. Aussi, j’en profite pour flâner et regarder les différents ouvrages présentés par les multiples éditeurs présents. J’aurais aimé qu’Elias soit présent mais hélas, il travaille aujourd’hui. Ce n’est pas grave car je sais que nous nous retrouverons bien vite ce soir. Pour l’instant, je profite d’être pleinement dans mon univers, un peu stressée et perdue dans mon monde de douceur et de couleur. Si bien que je ne remarque plus trop où je marche et ce n’est que lorsque je percute un corps étranger que je sursaute brusquement, sortant de mes rêveries. « Oh pardon, je suis désolée… » Je bredouille tout en relevant le regard vers la personne heurtée. Je ne peux alors taire mon exclamation lorsque je reconnais le visage. « Toi ! » Bon d’accord, je reconnais qu’il y a d’autres façons de se saluer. Mais en cet instant, la surprise est si grande et les entrailles se tordent violemment dans un mélange de surprise, et puis d’anciennes douleurs éteintes depuis plus d’un an désormais. « Enfin… Euh, je veux dire, bonjour Matthew… » Il me faut vite me reprendre. Vite prendre pied et ne pas me laisser envahir par les regrets ou toute mauvaise émotion. Je préfère m’accrocher à ce qui a été le plus facile à ressentir après la peine : la déception et le ressentiment de s’être trompée sur toute la ligne. « Ça fait longtemps... » Finis-je par dire d’une voix étonnamment plus calme et plus froide aussi. Après tout, la dernière fois que nous nous sommes vus ne s’est pas forcément bien passés et pour cause, je venais de me faire larguer. Il m’a lapidé le cœur. Il m’a détruite comme jamais personne ne l’avait fait auparavant. Il m’avait promis le terre et le ciel, et au lieu de cela, je n’ai rencontré que le néant. C’est de lui qu’Elias a fini par me guérir avec de la patience, des mots, de la tendresse. Le revoir me donne une étrange sensation, celle de me retrouver quatre ans auparavant, dans ce désarroi le plus total.


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Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 25 Fév - 19:48

No one can rewrite the stars
How can you say you'll be mine?
Everything keeps us apart
And I'm not the one you were meant to find
It's not up to you, it's not up to me
When everyone tells us what we can be

« Monsieur McGregor, je crois que vous oubliez quelque chose… » Une voix douce et suave venait de minauder ces paroles. Un sourire para les lèvres de l’éditeur. Les pas se rapprochaient lentement. Dos à cette présence, il pouvait sentir sa fragrance délicate. Des bras vinrent s’enrouler autour de sa taille et se blottir contre son dos. Il profita de cette légère étreinte, posant sa main sur celles si petites de la jeune femme. « Vous ne comptiez quand même pas partir sans dire au revoir à votre femme ? » Il pivota pour se retrouver face à un charmant minois. Il caressa de son pouce la peau laiteuse de sa joue et laissa sa main se perdre dans ses cheveux couleurs des champs de blé, s’entrelacer dans ses boucles souples. « Je n’aurai jamais osé. » glissa-t-il sur le même ton, allant à la rencontre des lèvres de sa femme. Il l’embrassa de cette tendresse que les années lui avaient rendue, mais pas tout fait. De son cœur qui avait su tant aimer autrefois, il ne restait pas grand-chose. Pour autant, il s’en était résigné à ce besoin si humain d’être aimé et de se laisser aimer. Cette tendresse qu’il possédait pour la jeune femme avait fini par se transformer en une certaine forme d’amour. Du moins, l’éditeur se plaisait à le croire. Cette vérité était bien plus réconfortante à admettre. Il se détacha lentement d’elle, repartant à l’ouvrage de sa valise. Sa femme vint s’asseoir sur le lit à côté de lui, la mine boudeuse. « Tu pars encore pour longtemps ? Pourquoi tu ne pourrais pas m’emmener à New York avec toi ? » Une sourire amusée étira les lèvres de Matthew. « Seulement que quelques jours. Le salon dure de demain jusqu’à lundi. Je serai de retour le soir. Du travail m’attend à la maison d’édition. » Pourquoi ne l’emmenait-il pas ? Ils connaissaient tous les deux la réponse. Bien qu’il lui portait une grande affection et qu’elle n’était pas une femme sotte, l’univers du livres n’était pas celui de son épouse. Elle aurait tôt fait de trouver cet environnement ennuyeux et ronflant. De plus, Matthew ne faisait guère d’efforts pour se montrer très disponible, que ce soit dans la vie quotidienne ou lors de voyages professionnels. S’il devait la prendre avec lui, elle ne ferait office que de potiche. Il se moquait du statut qu’elle se souhaitait se donner mais il ne voulait pas être encombré d’une quelconque manière. Son amour n’allait pas jusque-là. Mieux valait qu’elle reste ici. « A quelle heure est ton avion ? » L’éditeur releva sa manche pour observer l’emplacement des aiguilles finement ouvragées de sa montre. « Dans deux heures. » Une lueur mutine dans ses yeux clairs, elle se releva et s’employa à lui retirer sa chemise. « Isabelle… » souffla-t-il de dépit bien qu’amusé. « Cela nous laisse un peu de temps pour nous dire au revoir. » dit-elle avant de s’emparer de ses lèvres avec passion.

***

En quatre ans, le visage de la maison d’édition avait bien changé. De graves problèmes de santé avaient forcé son père à s’éloigner progressivement des affaires des éditions McGregor. Voilà deux ans qu’il se battait contre un cancer qui, -dans l’esprit cruel de Matthew- s’était manifesté comme une véritable opportunité de reprendre les rênes de l’entreprise. Le voir si faible, si vulnérable et au précipice de sa vie, il en tirait une excitation bien particulière et satisfaisante. Si en public, il affichait une parfaite expression de désolation, il n’en espérait pas moins le prochain trépas de son père. Seules ses sœurs avaient pu cerner ce désir brûlant chez leur frère lorsqu’il se laissait aller à des élans cyniques et cruels. Il ne partageait pas leur douleur. Pas plus qu’il ne lui souhaitait un prompt rétablissement. Sa cruauté prenait sa source dans une fureur et une souffrance qui ne s’était toujours pas éteinte au cours de ses quatre dernières années. Cette mort sonnerait sa vengeance. Pour l’heure, il se gardait bien d’afficher quoi que ce soit, et le moindre de ses efforts étaient dirigés vers l’évolution de la maison d’édition. Profitant de saisir les pleins pouvoirs, il avait métamorphosé ce qui lui déplaisait, il avait balayé l’inutile, le pompeux et le vieux pour laisser placer à la nouveauté, la fraîcheur et l’excellence. Désormais, cette édition revêtait un visage que la plaçait comme un pionnier éditorial dans les Nations Unies. Du haut de son trône, Matthew ne voyait que cette victoire retentissante. Mais nulle victoire, aussi écrasante soit-elle, ne pouvait guérir ce mal qui le rongeait chaque jour encore. Il n’y avait que son esprit pour ne pas s’en rendre compte. Son triomphe détenait un goût de cendre, une saveur d’insatisfaction qui le poussait à être toujours plus exigeant, à se projeter toujours plus loin. Il n’avait pas peur d’être froid, impartial, cruel, faux, cynique et malveillant. Seul le but comptait et tous les moyens étaient bons pour l’atteindre. S’il était respecté aujourd’hui, ce n’était plus uniquement pour son génie, mais également pour cette cruelle intelligence qui le caractérisait désormais.
Ainsi, dans ce salon où il se rendait aujourd’hui, au cœur de New York, il s’y imposait comme une des puissances éditoriales les plus influentes, les plus implacables. De l’ensemble des espaces qui étaient cédés aux éditeurs, les éditions McGregor étaient ceux qui possédaient le plus de mètre-carré. Aux premières heures, Matthew s’était employé à vérifier que tout était correctement mis en place. Aucune erreur n’était laissée au hasard sous l’œil acéré de l’éditeur. Et tandis qu’il inspectait l’espace, les employés dépêchés sur place retenaient leur souffle. Ils parvinrent à s’en tirer avec quelques recommandations sèchement assenées, qui faisaient plus office d’ordre. En peu de temps, l’effervescence était montée dans le salon. Il s’agissait d’un des événements littéraires les plus attendus de l’année. Le tout n’était pas uniquement d’y être, mais il fallait se faire voir, il fallait marquer les esprits. Tout était travaillé à l’avance avec minutie. Et dès lors que le thème du salon tombait, il fallait œuvrer en ce sens. Pour cette année, l’ironie avait voulu que le Japon soit l’un des pays mis à l’honneur. « Oh pardon, je suis désolée… » D’une démarche assurée, Matthew prenait la mesure de l’activité du salon en évoluant à travers les différents stands des concurrents quand il fut percuté. Il n’avait pas vu la brunette qui venait de lui foncer littéralement dessus. Il comptait uniquement s’en tirer avec un soupir excédé et passer son chemin quand son cœur rata un battement. L’espace d’un instant, il crut devenir fou. Non, ce ne pouvait véritablement être là. Elle ne pouvait pas être présente. Pas elle. « Héloïse… » Il aurait voulu se mordre la langue plutôt que de prononcer son prénom d’un ton si ébranlé. Comme les nuages chassent l’éclat du soleil, une expression froide revint durcir les traits de l’éditeur. Quatre ans… quatre années qu’il ne l’avait plus vue. Quatre années où le visage baigné de larmes et douloureux d’Héloïse était resté imprimé contre sa rétine. Il en ressentait une douleur terrible qui se couplait à une colère immense. Une colère étonnement dirigée contre elle. Pourquoi une haine si violente tout à coup ? Pourquoi un mouvement d’âme si soudain ? « Bonjour. » répondit-il sèchement à ce salut maladroit qu’elle lui adressa. A ses joues qui s’enflammaient, à ce regard qui cherchait à s’échapper, à cette expression douloureuse qu’elle tentait de masquer, il comprenait que cette rencontre était un choc qui les renvoyait trop d’années en arrière. Presque par mimétisme, le ton de la jeune femme devint plus froid. Il aurait pu en être étonné s’il ne s’était pas rappelé la nature profonde d’Héloïse. Une battante. Une personnalité qui se construisait et s’affirmait à chaque douleur. Une question frappa soudain son esprit. Qu’est-elle devenue durant ces quatre ? Quelle avait été sa vie ? Mais à la moindre de ses interrogations, il se refusait à obtenir une réponse. Il plongea les mains dans ses poches, adoptant une posture nonchalante. « Effectivement… combien déjà ? Trois ? Quatre ans ? » Quatre ans. Cinq mois. Douze jours. Il savait exactement le temps qui s’était écoulé depuis ce jour où leurs routes s’étaient séparées. Ce jour où il lui avait brisé le cœur, et qu’il s’était brisé lui-même. Ce jour où il s’était arrêté d’exister pour ne plus être que l’ombre de lui-même. Il ne put s’empêcher d’afficher cette attitude désinvolte, presque piquante. Pourquoi possédait-il ce besoin d’être ainsi ? Ce besoin incontrôlable de faire mal ? « Tu n’as pas trop changé. » Il l’étudia de haut en bas, comme on estimerait la valeur d’un objet. Oh si, elle avait changé. Son regard n’était plus le même. Plus aussi tendre, insouciant et brillant. Son visage ne marquait plus la même douceur. Ses lèvres ne paraissaient plus sourire avec la même sincérité. Son âme n’était plus celle d’antan. Il découvrait les ruines de ce qu’il avait détruit. La voir, c’était comme l’endurer. Pourtant, il ne se résolut pas à partir. Savoir demeurer froid en sa présence faisait partie des victoires qu’il s’imposait. « Que fais-tu ici ? Tu es présente en tant que professionnelle ou visiteuse ? » La réponse, il l’avait déjà. Bien qu’il n’était pas au courant de son récent statut d’auteur, il n’était pas étranger à sa profession. Elle avait poursuivi dans l’édition, trouvant un emploi auprès de Monsieur Pelletier car il s’en était secrètement assuré. Durant quatre ans, il était une ombre qui l’avait discrètement suivie. Un fantôme aveugle qui avait tout de même eu à cœur qu’elle poursuive cette passion qui l’animait. Car s’ils en étaient là aujourd’hui, c’était pour protéger son avenir et sa carrière. Si leur histoire avait pris une fin tragique, c’était pour la protéger elle.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Jeu 1 Mar - 11:11

C’est si douloureux de tomber sur lui. Pourtant, les mois se sont succédés, ils sont devenus des années. Et malgré cela, je ne peux nier que, passé le choc, j’ai l’impression d’en perdre le souffle, de ressentir encore cette étrange torsion au niveau de mon cœur. Pourtant, la douleur s’estompe doucement au profit d’une autre émotion : celle de la colère et de la déception. Tout ce que j’ai ressenti quand j’ai quitté la Maison d’Édition me promettant alors de tout faire pour ne plus le croiser. J’étais si mal à ce moment-là. Et il m’en a fallu du temps pour me reconstruire, pour aller mieux. Et désormais, je me conforte dans cette paisible existence que je mène, ayant la vie la plus normale qui puisse exister, avec un petit-ami des plus simples, sans passé chaotique, avec une famille qui ne tente pas de me dénigrer au profit d’une histoire de milieu social. Au contraire, tout est merveilleux et je me sens heureuse. A New York, tout est complètement différent d’il y a quatre ans, la douleur a fini par laisser place à un quotidien fait de joies et de bonheur simples. J’apprécie chaque jour m’éloignant des évènements passés. Il a juste fallu du temps. Et pourtant lorsque je suis face à Matthew, j’ai l’impression que tout ce temps s’est évaporé et je nous revois dans ce bureau, l’un en face de l’autre tandis qu’il me brise le cœur, me faisant comprendre qu’il s’est servi de moi, de mes sentiments pour s’opposer à son père ; J’ai lutté pour ne pas croire en tout ce qu’il disait, jusqu’à rendre les armes, jusqu’à me rendre à l’évidence. Je m’étais trompée sur toute la ligne, nous ne poursuivions pas le même dessein. J’aimais quand lui se contentait de profiter de moi pour me lier à sa propre cause. Ainsi, mon attitude devenue froide se justifie. Froide certes, mais tellement tremblante. Tout en moi est un chaos de sentiments contraires, mon cœur bat comme un fou. Il faut juste que je sois détachée de tout ça, le mieux est que je m’en aille aussi. Mais l’esprit en décide autrement, bien campé et rappelant combien le temps s’est écoulé. Et pas quelques années comme il ose le dire. Non ça fait quatre ans, cinq mois et douze jours. Pas un de plus, pas un de moins. Il est la raison pour laquelle j’aime Elias mais pas entièrement, la raison pour laquelle je ne veux pas voyager, ni fêter les anniversaires de rencontre : parce qu’à leurs images, ils représentent tout ce que Matthew m’a enlevé. « Je ne sais plus trop, ça doit être quatre ans peut-être. » Ma langue claque dans un ton de reproche. Bien sûr, son attitude ne me surprend guère. Dans cette histoire, j’ai bien été la seule à aimer passionnément. Il finit par me détailler, laissant glisser que je n’ai pas trop changé. Oh si, pourtant j’ai bien changé. Mais je me dis que répondre ne sera pas forcément la meilleure des solutions. Pas en plein public, pas maintenant. De toute façon, il s’en foutrait. A quoi bon le dire ? Et puis de toute façon, face à lui, je manque de courage. Il y a tant de choses que je souhaite lui dire. Mais hélas, les mots se meurent encore.

Je me dis que le mieux serait de m’en aller, de le laisser dans sa promenade mais hélas, une question fuse, celle de savoir ce que je fais ici. « Et bien je… » Déjà je m’empourpre, mal à l’aise. Je n’ose même pas lui dire que je suis là pour l’édition, mais aussi pour présenter mon roman. Cependant, il est la dernière personne avec qui je souhaiterais en parler. Les vestiges de notre rupture sont encore là : ils ne partiront pas de sitôt. « Je… » Pourquoi c’est si difficile de dire les choses hein ? Je suis là en tant que professionnelle ! Je ne suis pas obligée de lui dire que j’ai écrit un livre. Qui a du succès, où je parle de Matthew parfois. Enfin… où j’en parle, tout le temps. « Je suis venue par simple curiosité, j’ai arrêté ce métier après que… » Oh mon dieu, pourquoi je me mets à mentir ? Pourquoi je me tais alors que je m’apprête tout simplement à rappeler cet épisode si traumatisant de ma vie. « Enfin voilà. » Ok, je gère si mal. Il va me prendre pour une vraie débile. Pathétique est le mot, même si depuis, je pars en crise quand je l’entends. « Je dois y aller. » finis-je par dire, devenant encore plus rouge, manquant d’air et pivotant sans aucune autre forme de politesse. Mais il fout quoi ici ? Il n’a pas assez de boulot à Los Angeles ?! Malgré la tristesse que cette rencontre me provoque, je ne peux m’empêcher d’être soulagée de m’en aller. Ça me retourne bien trop le cœur.

***

Elle erre cette pauvre silhouette. Son regard est hagard et cherche autour d’elle. Les yeux sont emplis de larmes quand bien même, l’origine de ces dernières demeurent inconnues. Ses pas la mènent vers d’obscurs lieux qu’elle ignore encore. Elle ne sait pas si c’est la bonne route. Elle aurait pu se servir de son téléphone mais il n’y a plus de batteries. Il tombe souvent en rade d’énergie d’ailleurs. La faute à trop s’en servir. Pourtant, elle n’est pas une adepte des réseaux sociaux. Elle préfère juste regarder des photos. En boucle. Sans jamais s’arrêter. Et forcément, l’appareil a fini par s’éteindre, lui rappelant qu’elle en aurait eu besoin pour autre chose. Son désarroi est immense mais il n’emplit pas totalement le vide régnant dans son cœur. L’hiver est là. Les températures sont froides et ils prévoient de la neige. Pourtant, elle ignore tout cela. Sa vue brouillée ignore tout cela. Et forcément, elle finit par chuter. Ses genoux heurtent le sol. Et elle ne se relève pas, à quatre pattes sur le bitume jusqu’à ce qu’une silhouette vienne à lui. « Mademoiselle ! Tout va bien ? » Elle ouvre la bouche pour répondre mais aucun son n’en sort tandis qu’il la relève bien vite. « Vous vous êtes fait mal ? Vous devez… Mais vous pleurez ?! » Elle secoue la tête, essayant tant bien que mal de se dégager de la douce emprise de son bras la tenant. Pour ne pas qu’elle chute à nouveau. Pour ne pas qu’elle se fasse sans doute mal. « Vous avez dû vous blesser certainement ! Je suis médecin, laissez-moi vous examiner ! » - « Non, ce n’est pas la peine… » Qu’elle finit par articuler d’une voix faible. Elle s’essuie les yeux pour arriver à mieux voir, pour fixer le visage de son interlocuteur. Il a l’air inquiet. « Vous avez peut-être tapé la tête contre le béton… ça peut être grave. » Mais elle continue de secouer la tête. « Non non…  » - « Ne vous inquiétez pas Mademoiselle, parfois, dans des traumatismes crâniens, les patients perdent la raison et disent des choses étranges. » Qu’est ce qu’il raconte ? Elle n’a pas tapé la tête pourtant, elle est juste tombée en avant et a atterri sur ses genoux. « Mais non, je n’ai pas tapé la tête ! » Elle s’exclame avec véhémence. « Je ne trouve plus mon chemin, c’est tout. Et puis, je suis tombée, je me suis sentie désespérée alors je me suis mise à pleurer… Voilà tout. » Finit-elle par dire en se remettant à pleurer. Parce qu’elle va arriver en retard à son entretien même si plus tard, elle finira par en rire quand il lui fera comprendre que Central Park est gigantesque, que lorsque l’on dit vers le milieu de ce parc, il vaut mieux ne pas tenir compte des détails approximatifs. « Si vous n’êtes pas blessée, je peux néanmoins vous aider à trouver votre chemin. » Elle lui lance un regard étonné malgré tout, surprise de sa gentillesse. « C’est grand New York, il est toujours bon de se munir d’un plan ou d’un GPS. » Finit-il par dire en lui adressant un sourire franc.

***

Il est sûrement reparti. Il a dû signer son contrat ou je ne sais quoi et il est parti. C’est bien mieux comme ça. Et malgré mon petit pincement au cœur, j’arrive à me satisfaire de cette courte entrevue, de ne pas avoir flanché, d’être restée digne et forte. C’est que je me dis tandis que je retourne voir mon patron. Dans peu de temps, je vais devoir parler devant un auditoire et je n’en ai pas très envie. Pourtant, il s’agit de mon roman et j’en suis fière. Les ventes se font doucement mais sûrement. Toutefois, après avoir croisé Matthew, je ne sais pas trop où j’en suis. Les idées sont confuses et je préfère me diriger vers le buffet sans trop regarder autour de moi et demande un verre d’eau. Je n’ai pas soif, je me contente simplement de faire quelque chose, de me changer les idées pour ne pas trop réfléchir. Les conversations sont nombreuses autour de moi mais l’une d’entre elles attirent bien vite mon attention. Trop vite d’ailleurs… « C’est un réel plaisir que de vous voir parmi nous. Le temps doit être plus clément à Los Angeles, n’est-ce pas Monsieur McGregor ? » Aussitôt, la réaction est immédiate et un immense geyser d’eau franchit mes lèvres. Etouffant à moitié, je ne dois mon salut que parce que la conversation se situe à côté de moi et que je n’avais même pas fait attention. Dire que je croyais qu’il était parti, c’est les yeux embués de larmes que je me rends compte que non. Il est toujours là. « Héloïse, vous allez bien ? » Me demande mon patron ayant pivoté. Il me tapote le dos gentiment pour m’aider. « Ça va… J’ai avalé de travers… » Ces quelques mots me sont une torture tandis que je tousse, essayant de garder contenance devant mon ex-petit-ami. Franchement, il n’y a qu’à moi que ce genre de choses arrive. Je suis dépitée, d’autant plus que Monsieur Pelletier choisit ce moment-là pour faire des présentations… Qui n’ont pas lieu d’être. « Mais puisque vous êtes là, c’est parfait. Je vous présente Matth… » Mais aussitôt, je le coupe, empressée de finir au plus vite cette conversation. La fuite me semble être la meilleure des armes. « On se connaît déjà. » Le ton est un peu trop sec, abrupt aussi. J’ai déjà de la peine pour mon patron, mais c’est plus fort que moi. Face à la surprise apparaissant sur son visage, j’ajoute assez vite. « Oui, j’ai effectué mon stage dans sa Maison d’Édition dans le cadre de mes études.. Ce fut passionnant ! » Et puis, j’ai fait la bêtise de tomber amoureuse de lui, de croire en ses belles paroles. Et finalement, il m’a brisé le cœur. Sans raisons. J’ai tant de questions sans réponses d’ailleurs. « Aaah oui c’est exact ! Maintenant, je me souviens que j’avais reçu une lettre de recommandation de sa part alors que cela ne figurait même pas dans votre CV ! » Il éclate de rire en solitaire. Mon regard finit par se poser sur ce visage tant aimé par le passé. « Ah oui ? C’est d’une telle générosité. » Ma voix est froide comme le marbre, le regard lourd de reproches. Cette révélation me donne du poil de la bête, et je suis aussi mauvaise que la peste. Quatre ans m’a permis cela. Et passé la surprise de notre premier échange, je me sens plus forte pour balancer des piques à tout va. « Il ne fallait pas vous donner cette peine Monsieur McGregor. »

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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Lun 5 Mar - 21:33

Il ne pensait pas la revoir aujourd’hui, au détour d’une allée du salon de New York. En même temps, il se morigénait intérieurement de ne pas avoir pu s’en douter. Il n’ignorait pas qu’Héloïse avait déménagé à New York et qu’elle travaillait dans la maison d’édition de Monsieur Pelletier. Toutefois, dans l’immensité de ce salon, il ne s’était pas attendu à ce que sa route croise la sienne. Il semblait que sa maladresse le poursuivait, elle qui l’avait percutée de plein fouet. Il eut un flash brusque de la première fou où ils s’étaient rencontrés. Cette dernière, partie en exploration sous le bureau, cherchait sa boucle d’oreille perdue. Il l’avait trouvée empotée, sotte et étourdie. Le temps avait modifié son jugement. S’il ne la connaissait pas déjà et qu’elle ne possédait pas cette place si particulière dans son cœur, il ne l’aurait pas ménagée aujourd’hui même. Là, il luttait pour ne pas afficher son trouble. Il lui fallait déguiser son regard pour ne pas donner l’impression qu’il la contemplait et qu’il détaillait tous les changements qui s’étaient opérés sur elle. Il lui fallait moduler sa voix pour ne pas laisser transparaître les tremblements qui agitaient son âme. Il lui fallait sourire pour ne pas afficher la souffrance qu’il ressentait à sa présence. Une douleur qui se transformait en colère et en mépris. Il ne pouvait pas s’en empêcher… Il lui fallait la haïr pour s’empêcher de l’aimer. Entre ces deux sentiments, la frontière était terriblement fine. Il aurait donné cher pour ne plus être en sa présence, mais ses jambes ne pouvaient pas bouger de là. De ce contact qui semblait inespéré, il ne pouvait s’en détacher immédiatement. A quand serait la prochaine fois que sa route rencontrerait la sienne ? Quand est-ce qu’il pourrait de nouveau contempler la douceur de son visage ? Il ne se résignait pas à la quitter tout de suite, alors chacune de ses paroles étaient des armes. Matthew lui faisait du mal. Il le sentait. Il la connaissait trop bien pour ne pas déceler cette légère fragilité derrière son regard déterminé. Mais à chaque pique qu’il lui lançait, elle lui était rendue. Ne se souvenait-elle pas de la dernière fois qu’ils s’étaient vus ? Croyait-elle véritablement le persuader qu’elle ne se souvenait pas de cette date atroce où tout s’était fini entre eux ? Où il était entré de ce bureau pour la dernière fois afin de la briser entièrement ? Il n’en croyait pas un mot. Cela n’empêcha pas l’amertume de monter en lui. Aussi, lâcha-t-il qu’elle n’avait pas changé. Qu’elle était toujours cette jeune fille innocente, naïve, empotée et fragile. Matthew mentait. Il avait conscience de tous les changements qui s’étaient opérés dans son regard et dans ses attitudes. Que fait-elle ici ? Il connaissait déjà la réponse. Il s’était assuré que son poste lui soit donné à New York. Forcément, elle n’était pas présente en tant que visiteuse. Elle représentait sa maison d’édition. Il la sentit brutalement perdre ses moyens. Elle s’empourpra et bégaya. Qu’est-ce qui la gênait tant ? Il haussa légèrement les sourcils en entendant son mensonge grossier. Elle avait quitté le métier ? Pourquoi lui raconter ce genre de sottise ? Il se mordit presque la langue pour ne pas la confronter à son mensonge. Ce fut la fin avortée de sa phrase qui l’empêcha de se prononcer. … après que j’ai brisé ton cœur. Il ressentit un pincement dans sa poitrine. Sa colère retomba au profit de cette culpabilité qui le tenaillait. Son regard perdit toute sa froideur. « Hél… » débuta-t-il sans parvenir à la retenir. Il tourna prestement les talons, s’enfuyant dans cette foule dense. Il ne savait pas que penser de cet échange… S’il était satisfait ou malheureux de lui provoquer encore une telle foule de sentiments. Car si son souhait avait été qu’elle l’oublie définitivement, une part inconsciente de lui voulait secrètement qu’elle garde toujours une place spéciale dans son cœur pour Matthew. De même qu’elle avait toujours conservé une place spéciale dans le sien… Lentement, il fouilla dans sa poche et en sortit un petit objet qu’il ouvrit dans sa main. Au creux de sa paume, la bague d’Héloïse brillait comme au premier jour.

***

La matinée était passée plutôt rapidement. Matthew avait continué à parcourir les allées d’un œil professionnel. Il estimait les tendances, observait les nouvelles maisons d’édition qui étaient dans le salon, et celles qui avaient dépéri. Il avait pris soin de ne pas s’approcher du stand où se trouvait l’entreprise d’Héloïse. Il ne souhaitait pas immédiatement la recroiser. Rarement, il revenait vers son propre territoire. Il considérait qu’il n’avait pas à repasser derrière ses employés. Autrement, si une erreur avait été commise, il saurait les remettre à leur place. Sa route avait entrechoqué celle d’autres éditeurs qui faisaient partis de son cercle habituel. Naturellement, il se laissa entraîner vers une présentation de récents ouvrages publiés par des maisons d’édition appartenant à un même groupe de diffusion. Les éditions McGregor auraient pu participer si Matthew n’avait pas développé une diffusion interne de la maison d’édition. Si le tribut budgétaire avait été lourd à mettre sur la table dans les premières années, cela faisait désormais ses preuves. Ils parvenaient à faire des économies considérables et augmenter la marge éditoriale. Toutefois, il était intéressé de savoir quelles étaient les nouvelles têtes. De plus, le buffet promis acheva de le convaincre. Un verre de vin dans la main, il fut alpagué par Monsieur Pelletier. Un léger sourire se forma sur les lèvres de l’éditeur. Il appréciait cet homme qui possédait une rare bienveillance dans le métier. « C’est un réel plaisir de vous voir parmi nous. Le temps doit être plus clément à Los Angeles, n’est-ce pas Monsieur McGregor ? » L’éditeur ouvrit la bouche pour répondre quand un tumulte à côté d’eux les coupa. Une personne qui était en train de s’étouffer et qui n’était nulle autre qu’Héloïse. Le cœur de Matthew fit un bond dans sa poitrine. Il s’empêcha d’intervenir, même si son bras se tendit en avant. Monsieur Pelletier prit heureusement le relais. Quand elle eut repris ses esprits, il voulut s’essayer à des présentations, bien que cela soit inutile. Héloïse le précisa d’un ton froid que Matthew ne lui reconnut pas. Il se tendit. Passionnant… « En effet, c’est le mot. » surenchérit-il sur ses propos, une lueur de défi dans le regard. Cette dernière s’évanouit au profit un regard presque assassin qu’il jeta à l’éditeur pour avouer que Matthew avait recommandé Héloïse auprès de lui. Il se retint de lui en flanquer une derrière la tête. Il n’aimait pas qu’elle sache une telle information. D’autant plus qu’elle le prenait terriblement mal, affichant froideur et sarcasme. Il porta son verre à ses lèvres, faisant mine de ne pas se préoccuper de son ton acerbe. « Je l’avais promis. » Il ne mentait pas en disant cela. Il avait dit qu’il l’aiderait à trouver un autre travail. Ce qu’il avait fait. Pelletier, enthousiasmé par ces retrouvailles, poursuivit. « Sachez que vous avez eu raison de me la recommander. Elle fait partie de mes meilleures employées. Une véritable perle. Vous n’avez pas exagéré une seule ligne. » Bon sang, ne vas-tu pas te taire espèce d’imbécile ?! bougonna-t-il intérieurement. Sa mâchoire se crispa. « Puis elle ne possède pas qu’un talent dans l’édition… mais aussi d’écrivain ! » L’attention de Matthew fut toute accaparée par cette nouvelle. Il haussa un sourcil, dévisageant Héloïse. « Tu as écrit un livre ? » Il savait qu’elle aimait écrire. Il la voyait souvent griffonner sur ses carnets. Elle clamait toujours que ce n’étaient que des histoires sans importance. Il avait beau se battre, il ne pouvait jamais en lire une seule ligne. Pourtant, il savait déjà qu’elle avait une belle plume. Comment avait-il fait pour ne pas être au courant qu’Héloïse Bennett était sur la couverture d’un ouvrage ? « Mais peut-être cela vous évoquera plus quelque chose si je vous apprends qu’elle se fait connaître sous le pseudonyme de Pan. » Ce fut à son tour de cracher tel un geyser le vin qu’il était en train d’avaler. Pan… PANPAN ?! « Sérieu… » Il se retint à temps tandis qu’il était en train de dévisager Héloïse, totalement incrédule. S’était-elle donné un pseudonyme littéraire en rapport avec… son lapin ?! Il ne parvenait pas à en croire ses oreilles. Pelletier paraissait complètement dépassé par la situation. Après quelques toussotements, Matthew reprit ses esprits. « Pardonnez-moi… j’ai avalé de travers. » En même temps… Il fut soudain curieux de savoir ce que pouvait bien comporter le dit ouvrage qu’elle avait publié. Est-ce que cela était une étude approfondie sur les lapins ? Le journal intime de Panpan ? Il s’embrouillait l’esprit, manquant de se faire rire tout seul. Un sourire étira ses lèvres, qui aurait pu paraître moqueur. « Mais l’heure tourne ! C’est bientôt à vous d’intervenir, Héloïse. J’espère que vous êtes fin prête ! » Le cœur du poète se mit à battre à cent à l’heure. Elle allait présenter son ouvrage devant la foule… Et une petite voix dans sa tête lui indiquait qu’il n’allait pas forcément en apprécier le sujet…
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Ven 9 Mar - 21:54

Je suis sidérée, fixant Matthew d’un air surpris avant de très vite reprendre mon attitude distante, le regardant comme s’il était quelque chose de très difficile à voir. Un être repoussant en sorte qui me rappelle de très mauvais souvenirs. Je tiens bon mais je ne peux m’empêcher mes mains de trembler légèrement, ayant encore plus envie de m’enfuir. Mais hélas, je ne peux le faire, me retrouvant avec mon patron. Il ne comprendrait jamais une telle attitude, se disant que je suis une personne effrontée. Ce qui n’est pas le cas. Cependant, les piques sont lancées et je ne comprends pas le geste de Matthew bien qu’il explique l’avoir promis. Fronçant les sourcils, je ne peux m’empêcher de me hérisser un peu. Depuis quand respecte-t-il ses promesses ? Lorsqu’il m’a quitté, il a tout foutu en l’air, y compris ce qu’il avait pu me dire. Je les entends encore tous ses mots d’amour, ses phrases qu’il a su me murmurer d’un air tendre me contemplant comme si j’étais la plus belle des choses sur Terre. Je ne les ai jamais oubliées. Aucune. De toute manière, elle peuple constamment mes nuits. Je rêve tout le temps de lui, me réveillant toujours avec cette douleur sourde, cette sensation que tout a été vrai avant de réaliser que je suis à New York, que l’homme à côté est Elias et non Matthew, que les draps ne sont pas de la même couleur. Que rien, de toute manière, n’est semblable à ma vie d’avant. Je refuse tellement de vivre dans le sillage du passé, faisant toujours en sorte que chaque détail de ma vie ne me rappelle pas l’ancienne Héloïse, celle qu’il a brisé sans ménagement.  « Il ne fallait pas vous donner cette peine. Je me serais débrouillée seule. » Seule, telle que je me suis retrouvée du jour au lendemain. De plus, qu’il ait pu adresser cette lettre démontre clairement qu’il savait où est-ce que j’allais. Puisque comme mon patron le précise, je n’avais fait figurer nulle part mon expérience professionnelle chez Matthew. Sans doute a-t-il agi par pitié. « Mais c’est adorable de respecter vos promesses. » Cette fois-ci, mon regard se durcit et je préfère me centrer sur Monsieur Pelletier, n’ayant pas remarqué la tension, vantant mes mérites avant de lâcher la seule information que j’aurais voulu garder secrète – du moins jusqu’à ce que j’intervienne. Me mettant à rougir, j’inspire bruyamment, détournant le regard gêné. Je ne tiens pas à ce qu’il sache ce que j’ai écrit. Il a l’air surpris et je veux lui enlever toute idée de savoir ce que j’ai pu écrire. Oh non… Il est hors de question que je vois Matthew tenir mon livre. « Ce ne sont que des brouillons. » Finis-je par dire d’une voix blanche.

Cependant, mon patron ne m’aide absolument pas. « Ne soyez pas modeste, après tout, vous êtes publiée ! Ne l’oubliez pas ! » Il lui informe d’ailleurs du pseudonyme. Pan. Comme Panpan oui. La réaction de Matthew ne se fait pas attendre. Il crache sa gorgée, toussant comme moi, me fixant d’un air surpris que je soutiens froidement. Hors de question qu’il se moque de moi. Soi-disant, il a avalé de travers. Je me refuse le moindre commentaire et puis de toute façon, Monsieur Pelletier a repris la parole annonçant que je vais bientôt intervenir, me ramenant à ce premier stress ressenti. « Euh … Pas vraiment non. » Parler en public, j’en oublie momentanément Matthew. Mais il surgit aussitôt dans mes pensées dès lors que je croise son regard. « Tout se passera bien Héloïse, n’ayez crainte. » Mon patron me tapote gentiment l’épaule avant de se tourner, hélé par quelqu’un de l’extérieur. « Je dois vous laisser, j’aperçois un de mes amis ! Vous devez avoir des tas de choses à raconter !! A tout à l’heure ! » Et il nous laisse, dans une ambiance devenant pesante. Je ne sais pas quoi dire et le seul geste que je peux faire, c’est celui de poser mon verre d’eau plein. Au moins, je peux alors me triturer les mains pour essayer de canaliser cette angoisse me tenaillant, provoqué autant par le fait de parler en public que de me retrouver face à Matthew. Le silence s’installe. Je me sens mal à l’aise. « Et bien… » Je murmure doucement, ne sachant que dire d’autre. Le dévisager me semble trop difficile alors je me contente de baisser doucement les yeux. Et je finis par la voir. Je n’y suis clairement pas préparée, aussi je ne peux nier que mon cœur fait une embardée dans ma poitrine. Cette bague ornant son annuaire me rappelle tout ce que j’ai perdu, son scintillement me brûle de l’intérieur. Ainsi, il a donc tourné la page. D’un certain côté, ça me conforte dans ce qu’il a pu dire, me rappelant que je n’ai été qu’un pion sur un échiquier où s’affrontait Matthew et son père. Et d’un autre…. Elle n’est que le vestige de tout ce que j’ai perdu. « Elle en vaut sûrement la peine, elle » Je finis par lui dire d’un ton accusateur, relevant le regard vers le sien. Il y a alors un mélange de chagrin, d’ancienne douleur et puis le fait d’être face à lui me met toujours aussi peu à l’aise. « Je dois m’en aller, on m’attend. » Finis-je par dire sans rien dire d’autre, tournant les talons.

L’âme à l’agonie, le cœur en friche. Ça fait mal dans un sens. De tomber sur lui. De se rendre compte qu’il hante un peu trop mes pensées alors qu’il a refait sa vie et que visiblement, son père a pu approuver cette nouvelle relation. Durant un court instant, je crains même qu’il ne s’agisse de Jane. Mais ça doit être quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui, tout à coup, attise une curiosité malsaine. J’aimerais savoir qui elle est, à quoi elle ressemble. J’aimerais savoir si Matthew se comporte avec elle comme il l’était avec moi. C’est étrange ce besoin de savoir. Peut-être suis-je dérangée. Je n’en sais rien. Fort heureusement, je me retrouve bien vite accaparé par le flot des auteurs et éditeurs s’agglutinant près de la scène. La conférence va bientôt commencer. Le stress revenant au galop, j’arrive à canaliser la douleur de cette nouvelle, me centrant plus sur l’angoisse de devoir parler devant un public.
Et Matthew.

***


« Je dois dire que lorsque j’ai reçu ce livre, au départ, j’ai bien cru qu’il s’agissait d’une romance à l’eau de rose. Le titre. La préface. Pourtant, j’ai trouvé la couverture étonnamment mélancolique. Et ça m’a intriguée je dois dire… » La dame menant la conférence se tient assise à côté de moi, elle tient mon livre entre ses mains. Et nous sommes face à la foule. « Pourtant, quand j’ai commencé la lecture, j’ai immédiatement été captivée par le style de l’écriture, fluide, légère. L’histoire était prenante. Ça paraissait vraiment être une romance. Et pourtant, vers le milieu du livre tout a basculé. Pourquoi donc ? »Durant deux secondes, je me demande si je dois parler ou non. Mais effectivement, c’est bien le cas. Balbutiant légèrement je me reprends assez vite. « Parce que comme vous l’avez si bien dit… Ce n’est pas une romance à l’eau de rose. Ce n’est pas ce que je souhaitais faire. Mon histoire se centrait surtout sur un point essentiel… » Ce point qui me fait m’arrêter d’ailleurs, ne sachant pas si je dois continuer ou non. D’ailleurs, me voilà en train de rougir, ce qui laisse croire à la présentatrice que je suis trop gênée pour parler en public. « Oui, je suis bien d’accord. D’ailleurs dans ce livre, j’ai été surprise de l’intensité de vos mots que vous employez. A ceux qui ont pu le lire, je pense que vous aurez, sans doute, eu cette même impression, ce sentiment de vérité dans ce qui est écrit, dans ce que vit ce personnage. » Elle se met à sourire et ajoute « Je ne sais pas pourquoi… Mais j’ai eu le sentiment qu’il y avait du vécu, est-ce que je me trompe ? » Un plomb me coule au fond de l’estomac et je ne sais pas trop si je dois continuer ou non cet entretien. Autant dire que je ne me sens pas dans mon élément. « Et bien… Non ce n'est pas du vécu… » Je préfère mentir. C’est bien mieux. Même si je sais qu’il est encore là. C’est juste que j’évite de regarder l’assemblée, dans le seul but de ne pas l’apercevoir. « Ah bon ? J’aurais juré le contraire. Je veux dire, écrire un livre sur le thème de la rupture… C’est quand même quelque chose de peu évident. Et vous arrivez à rendre cela tellement touchant. J’en avais des frissons. Et si je peux me permettre une autre question… Pourquoi avez-vous écrit une telle fin ?  » Cette fois-ci, j’avale avec difficulté, réfléchissant à la réponse que je vais fournir. « Sans doute, parce que dans ces belles histoires, il ne peut y avoir de belles fins… » Inconsciemment, mon regard se tourne vers ces personnes assises face à moi. Et je finis par le repérer, lui. « Parce que les histoires d’amour ne sont vouées qu’à être éphémères… Que le bonheur est une sensation à durée déterminnée. Je ne pouvais pas écrire quelque chose qui ne soit pas en accord avec la réalité de notre monde. »




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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Jeu 15 Mar - 18:00

Il était presque ironique que Matthew affirme avoir voulu tenir une promesse faite à Héloïse. Avec le recul, c’était même terriblement maladroit. Il ne pouvait lui en vouloir de répondre sur un ton amer à cette justification. Pourtant, l’éditeur ne mentait pas. Cette décision de mettre un terme à sa relation avec la jeune femme n’avait jamais été la sienne. Certes, il aurait pu continuer à se débattre contre son père, mais à quel prix ? Rien qu’il ne voulait qu’Héloïse paye. Malheureux et coupable, il avait réparé sa carrière à défaut de ne pouvoir réparer son cœur. Il avait suivi son évolution dans l’ombre, appuyant ses dossiers lorsqu’il avait été au courant de ses candidatures à des postes près de la côte est de l’Etat. Bien entendu, il aurait préféré que cela reste à jamais secret, mais ce fut sans compter sur l’intervention de Monsieur Pelletier. S’il avait pu, il l’aurait égorgé. Les conventions sociales l’en empêchaient toutefois. Il se contentait de le foudroyer du regard en espérant qu’un piano lui tomberait sur la tronche. A la place, ce fut la froideur d’Héloïse qui s’abattit sur lui. Cette promesse de la recommander n’avait pas été la seule que Matthew avait faite à la jeune femme. Il avait formulé le serment de l’aimer en dépit de tout, de la mériter chaque jour, de la rendre heureuse… Quatre ans auparavant, il s’était battu pour maintenir sa parole. Il avait lutté, mais en vain… Toute son histoire avec Héloïse lui avait fait réaliser que le seul moyen pour lui de s’acquitter de sa promesse, c’était de la quitter et de s’éloigner d’elle. En se séparant d’elle, il lui destinait un avenir bien meilleur. Un cœur brisé se réparait. L’amour pouvait renaître. Bien qu’une part effacée de lui refusait cette éventualité, un autre que lui rendrait ses jours plus beaux. Aujourd’hui, avait-elle rencontré cet homme ? Avec les années écoulées, le bonheur était-il revenu se glisser dans son existence ? Il l’espérait plus que tout, bien que la récompense soit douloureuse. Lui ne vivait qu’un bonheur factice, un amour de composition, une vie dont il avait bâti une jolie façade, mais qui était dépourvu de tout. Surtout d’amour.

A défaut de ne pas savoir si elle avait refait sa vie, il apprit qu’elle avait connu une évolution de carrière. Elle était l’auteur d’un premier livre. Il s’étonnait de ne pas en avoir entendu parler, mais quand il entendit le pseudonyme qu’elle s’était choisi, il faillit s’étouffer. Pan ?! Ne laisserait-elle jamais ce lapin tranquille ? D’ailleurs, depuis le temps, il devait certainement être mort. Il ne pousserait cependant pas l’outrage à lui demander. Elle devait prendre dans peu de temps la parole pour présenter cet ouvrage. Matthew demeurait particulièrement intrigué et impatient d’en apprendre plus. Qu’avait-elle bien pu coucher sur le papier ? Avant même qu’il ait pu réagir, l’éditeur new-yorkais s’en était allé, forçant Héloïse et Matthew à un tête-à-tête pesant. Réaction puérile, le poète observa ailleurs autour de lui pour ne pas croiser le regard de la jeune femme. Ainsi, il ne vit rien de ce qu’elle repéra avec douleur. « Elle en vaut sûrement la peine, elle » Matthew ne comprit pas immédiatement. Il fronça les sourcils, reportant son attention sur la brune. Son regard sombre le guida vers sa main où trônait sa bague de mariage avec Isabelle. Un froid terrible envahit les entrailles de l’éditeur. Le métal de son alliance le brûlait presque sous le regard malheureux d’Héloïse. Sous l’épaisse couche de reproche dont sa voix était teintée, il en discernait aussi la profonde blessure. Il ne sut que répondre, véritablement démuni de cette réaction qu’il n’aurait pu anticiper. Est-ce qu’Isabelle en valait la peine ? Il n’en avait pas la moindre idée. Tout ce qu’il savait, c’était qu’elle valait bien mieux que Jane. Lorsqu’il avait mis un terme à sa relation avec Héloïse, Jane était revenue à la charge, épaulée dans cette entreprise par le père McGregor. Toutefois, dans ce jeu terrible, Matthew n’avait pas voulu être le plus dupe. Il avait refusé d’allier sa vie à la rousse. En cherchant des éléments pour la préjudicier aux yeux de son père, son détective avait découvert que le fameux James était toujours en vie, écartant Jane de la course. Dès lors, à défaut d’avoir dû renoncer à Héloïse, il avait eu le loisir de choisir son épouse. Son choix s’était porté sur Isabelle. Elle ne possédait pas le même esprit pervers que Jane. Elle n’en restait pas moins une jolie chose à exhiber, mais elle n’en était pas antipathique. Elle demeurait juste une sage chose qui savait tenir son rang. Matthew avait beaucoup d’affection pour elle. Isabelle n’était pas une femme exigeante, se satisfaisant de son confort luxueux. Elle ne lui reprochait guère de ne pas être véritablement présent. Elle était la femme parfaite pour un homme qui n’aspirait pas à faire des sacrifices et des efforts. Dans le fond, ils se trouvaient bien assortis. Mais en valait-elle la peine ? Matthew aurait aimé répondre que non. Personne n’en voudrait jamais la peine. Personne ne serait à la hauteur d’Héloïse…

***

Matthew s’était nonchalamment adossé contre un peu des grands piliers de fer qui parsemaient le salon pour en soutenir l’armature gigantesque. Verre à la main, il ne lâchait pas des yeux la brune. Cette dernière se tenait assise à côté de la conférencière. Quelques fauteuils cosy avaient été disposés en arc de cercle sur une petite estrade pour créer une ambiance de salon face au public. De ses prunelles perçantes, il cherchait à la sonder dans les moindres détails. Pour apprendre quoi ? Sa vie, ses espoirs, ses émotions, ses sentiments, son amour… Qu’en était-il aujourd’hui de sa place dans son cœur ? Matthew ne pouvait s’empêcher de se poser égoïstement la question. Il aurait presque souhaité toujours tenir ce rôle si privilégier, mais cela n’aurait pas été juste, lui qui n’avait jamais voulu que l’oubli. Visiblement, ce souhait ne serait pas exaucé. Il ne loupait pas une phrase, un mot, une syllabe de ce qui se disait entre les deux jeunes femmes. Une romance… un sourire amer étira les lèvres de l’éditeur. Il ne se faisait guère d’illusion sur l’expérience dont elle avait tiré son inspiration. L’image du visage baigné de larmes d’Héloïse s’imprima brusquement dans son esprit et son cœur se serra. La critique de l’ouvrage était élogieuse. Matthew n’était pas étonné. Héloïse avait toujours possédé ce don particulier pour l’écriture. De plus, elle écrivait avec son cœur, sans artifice. Une qualité rare qui rendait son œuvre authentique. A l’écoute de l’entretien, l’éditeur eut la confirmation de ce qu’il soupçonnait. Héloïse avait parlé d’eux même si elle le réfutait. Il fut d’autant plus piqué de curiosité. Il lui faudrait ce livre. Il avait besoin de voir ce qu’elle avait couché sur le papier. Ce qu’il en était de cette rupture dont elle parlait. Le regard d’Héloïse s’imbriqua soudain dans le sien. Son souffle se coupa. « Parce que les histoires d’amour ne sont vouées qu’à être éphémères… Que le bonheur est une sensation à durée déterminée. Je ne pouvais pas écrire quelque chose qui ne soit pas en accord avec la réalité de notre monde. » Les entrailles de l’éditeur se contractèrent violement. L’avait-il déchirée à ce point ? Evidemment qu’il avait voulu lui faire du mal, mais non pas pour que sa souffrance demeure et laisse une vilaine cicatrice, mais bien pour qu’elle puisse renaître et poursuivre son chemin, plus grande et plus forte. Elle était cette fougère qui ne se laissait pas abattre par les tempêtes dans le ciel. Sans qu’il n’y prête garde, sa main s’était glissée dans sa poche, jouant négligemment avec la bague d’Héloïse. De ce duel qui s’échangea entre eux les anciens amants, Matthew fut le perdant. Il brisa ce lien, quittant le lieu de la conférence sans se retourner. Dégoûté de ce monde. Dégoûté de lui-même.

***

Il allait la revoir, il le savait. L’intuition courait dans chaque fibre de son être.
L’avantage de faire partie des hautes sphères de l’édition, c’était d’être invité à tous les événements privés qui se déroulaient atour de l’animation du livre. Pour cette fois, Matthew n’en était guère ravi. Le soir même, pour le lancement du salon, un cocktail était prévu. Pour cela, un étage entier avait été réservé dans un prestigieux bâtiment new-yorkais. L’éditeur aurait souhaité s’épargner cette contrainte, mais son absence ferait trop de remous. Il ne voulait pas entendre parler de lui. Evidemment, une salve d’éditeurs importants étaient présents, des auteurs influents, les administrateurs du salon et des grosses têtes du monde du livre. Il y avait également les plus grands distributeurs de l’état et l’amusement de Matthew était sans pareil de le voir le foudroyer du regard. Ils avaient perdu un gros client quand l’éditeur avait décidé de mener sa propre distribution. Il s’en foutait. Il était content. Mais cela n’empêchait pas son ventre d’être noué d’avance à l’idée de croiser à nouveau le merveilleux visage d’Héloïse. Son raison lui hurlait qu’elle ne serait pas là, mais son cœur ne cessait de lui murmurer l’espoir qu’elle soit présente. Un jeu malsain et malheureux qui ne pourrait rien faire résulter de bon. Après tant d’années d’absence, il ne pouvait pas se résigner à l’avoir quittée sur ces mots-là. Entouré de nombre de personnalités, Matthew écoutait à peine leurs longs discours élitistes. Son esprit était tout dirigé sur sa rencontre avec Héloïse, les mots qui avaient été les siens. Son ton. Son regard. Ses paroles. Il se sentait haï par des yeux qu’il avait toujours désespéramment aimés. Leurs retrouvailles l’ébranlaient dans tout son être et faisaient souffrir sa chair. Elle était cet inaccessible. Il s’en voulait de la désirer encore. Toujours plus belle. Toujours plus forte. Toujours plus impressionnante. Mais jamais douleur ne fut plus violente que celle qu’il ressentit quand il la vit ce soir-là. Il n’eut pas l’opportunité d’être ébloui par sa beauté lunaire. Ni même d’admirer cette nuque dénudée par un haut chignon duquel quelques mèches folles s’échappaient. Encore moins d’avoir la sensation de recroiser cette Héloïse d’il y a quatre ans, ce soir où il l’avait emmenée à un gala et qu’elle avait rencontré Jane pour la première fois. Non. Tout cela, il ne le vit pas. Son cœur s’arracha de sa poitrine. Son regard s’accrocha à cet homme qui tenait son bras. A cet homme qui avait le droit de l’aimer. A cet homme qui la méritait sûrement mieux que lui. A cet homme qui l'arrachait au moindre espoir de la reconquérir. A cet homme qui n’était pas lui.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 25 Mar - 20:59

Mon regard ne cesse de le fixer. D’une façon intense, provoquant cette brûlure atroce en moi. Ça fait mal mais je tiens bon. Les blessures du passé ont ainsi pu m’aider à me relever et ne jamais chuter de nouveau. Je m’y suis refusée. C’est aussi parce que je n’ai jamais été seule. J’ai pu compter sur le soutient de mes meilleures copines, Elsa et Naïa. Grâce à elle, j’ai pu aller mieux assez vite, me faisant vite à l’idée que me morfondre n’était pas la solution. Ce n’était pas digne de moi. Et j’avais pu compter sur leur aide pour enfouir tous les souvenirs dans un carton, le fermer en me disant que de toute façon je n’avais pas le choix. Les larmes n’ont jamais été un remède contre les cœurs brisés. J’avais trop pleuré. Je m’étais trop repliée sur moi, il fallait que je me reprenne. Il le fallait vraiment. Et la suite n’a pas été facile, je l’admets. Partir seule. Trouver un appartement miteux et être embauchée. Je n’ai pu gravir les échelons que parce que je me suis jetée dans le travail, sans compter mes heures, sans jamais cesser de m’occuper l’esprit, arrivant la première, partant la dernière. Monsieur Pelletier en a été satisfait et moi, j’ai pu compenser mon chagrin en ne pensant à rien d’autre. Et surtout pas à lui. Je m’y suis interdite. Ça n’a pas été évident. Trop souvent, je me suis écroulée en pleurs dans ce lit grinçant, entendant tous les bruits de l’immeuble. Les voisins se disputant. Un enfant qui court. Tout m’a semblé si lointain, comme si j’étais un automate, dénué d’émotions, de sentiments. Et Elias a su me redonner goût à la vie, goût aux choses simples. Mon monde terne s’est à nouveau empli d’une douce couleur, mon cœur a repris cet entrain d’avant, n’en gardant pas moins les stigmates profonds. Si les blessures ont disparu, les cicatrices sont encore là. Et quand je le regarde, actuellement, elles me semblent si douloureuses. Il a tout brisé, il a détruit cette belle vision de l’amour, il a démoli un pan de ma vie, celui que j’ai cajolé avec force avant de le rencontrer. Et le voir ainsi me rappelle tout ça, tout ce qu’il m’a volé. Mon innocence. Ma première fois. Mes premiers mots d’amour. Et je lui en veux tellement. C’est indescriptible ce mélange de colère et de peine. Ça me donne envie de me lever et de le gifler encore une fois. Même si ça ne sert à rien. A quoi bon d’ailleurs ? Ce serait ridicule pour lui. Probablement que je paraîtrais à nouveau pathétique. Et à trop le fixer, je finis par perdre le fil de l’entretien. Ce n’est que lorsque je le vois tourner les talons, que je percute que la conférencière vient de me héler doucement comme si je m’étais embourbée dans mes pensées. « Pardonnez-moi, je n’ai pas bien compris... » Je souffle doucement, étant gênée. Le coeur bat comme un fou de cette rencontre. Je n’ose toujours pas y croire. L’avoir revu. Avoir su qu’il m’a recommandé auprès de mon patron actuel. Ça n’a tellement pas de sens. Et ça me replonge dans tout ce que je repousse depuis si longtemps. Depuis quatre longues années à aimer un mirage, lointain souvenir d’un unique souffle de vie.  

***

Je finis par mettre Matthew de côté, me convainquant que je ne le reverrais pas. Je n’y tiens pas de toute façon bien qu’une partie de mon esprit - la plus masochiste selon moi - ne rêve que de cela, de ressentir la douleur d’une retrouvaille uniquement pour me convaincre que ce rêve a existé mais qu’il n’est devenu qu’un cauchemar. Heureusement la conférence a pris fin mettant fin à mon calvaire. J’ai pu revoir mon patron et m’éclipser pour me préparer au cocktail de ce soir. J’y suis invitée bien que je n’ai pas été très emballée par l’idée. Heureusement, je peux venir avec Elias et je sais que sa présence me fera du bien. Il me procure tellement de bien-être et ce, depuis la première fois que nous nous sommes rencontrés. « C’est ta soirée, ce soir. » Les paroles d’Elias me font sourire tandis que nous nous trouvons dans le hall d’entrée du lieu de réception. Il y a déjà du monde, et mon regard reconnaît quelques visages connus. Cependant, il ne m’a semblé l’apercevoir, lui. Ça me détend un peu, et je ne peux m’empêcher de sourire quand Elias me tend son bras afin que j’y glisse le mien. « Il y a tellement de monde… » Je lui chuchote ces mots venant me coller un peu plus contre lui, avec ce très fort sentiment me disant qu’Elias peut me protéger de tout ce monde nous environnant. « Ne t’en fais pas, tout se passera bien. Ils vont t’adorer. Et puis, je suis là avec toi… »Un sourire tendre apparaît sur mes lèvres, et un rire nerveux franchit mes lèvres. « Je ne suis décidément pas faite pour toute cette lumière… Et ce monde… » Mon regard balaie de nouveau l’assemblée et lorsque je l’aperçois, je ne peux empêcher mon cœur de faire un bond. En cet instant, il efface tous les doutes et les incertitudes, renverse le calme et la sérénité que j’essaye tant de gagner. Je n’ai juste qu’une seule envie : fuir. Parce que j’ai mal quand il est là, mal de le voir, mal de sans cesse souffrir d’un passé que je voudrais clore. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Et je ne peux qu’avoir envie de détourner les yeux, gênée, réalisant que je suis au bras d’un autre. Un autre qui n’est pas lui et ne le sera jamais. En dehors de cette mauvaise surprise, je finis par me questionner franchement sur les raisons de sa présence. Pourquoi est-il ici ? Pourquoi a t-il envoyé une lettre de recommandation à mon patron ? Pourquoi je ressens encore une telle attirance que je croyais éteinte depuis si longtemps ? La seule chose qui m’aide à tenir c’est que malgré tout ce temps, la colère demeure. Une rage profonde et souveraine, un besoin d’assouvir une injustice incomprise.

Pourquoi… Pourquoi est-il là ?

« Héloïse ? » La voix d’Elias me ramène à la réalité. Tout à coup, la lumière, le bruit, l’agitation reviennent au galop. Et il me faut un temps pour reprendre contenance, tournant mon regard vers mon petit-ami. « Pardonne-moi, je réfléchissais… » Je balbutie presque, les joues ayant pris une teinte carmin. Durant tout ce temps, je n’ai cessé d’observer Matthew, perdant presque le fil de la raison. Il me faut tenir bon. Sans doute, son passage n’est qu’éphémère, il partira rejoindre sa vie. Sans doute est-il bien plus heureux ? Il s’est marié. Il doit certainement l’être… Alors pourquoi ça me fait encore mal ? Pourquoi cette jalousie revient au galop ? Je ne devrais pas ressentir cela. « On devrait aller prendre un verre ! » Ma voix coupe celle d’Elias qui allait certainement me demander la raison de ma réflexion. Je pense qu’il est sage de ne rien dire, et ma proposition est bien acceptée. Ainsi, je peux éviter de croiser Matthew, du moins pour l’instant. Parce que je ne suis pas dupe. Pendant combien de temps vais-je pouvoir savourer le fait de ne pas être face à lui. Je n’en sais rien. Et devant le buffet, mon esprit est en ébullition. Je demande une coupe de champagne que j’avale d’une grande lampée. Reposant le verre vide sous le regard médusé d’Elias, j’entreprends de demander une nouvelle coupe. « Et bien mon cœur, tu as soif ce soir ! » Sa voix est amusée, et malgré cela, c’est un rire presque étranglé qui franchit mes lèvres. « Ce champagne est délicieux, c’est pour ça… » Tu parles. Je crois que c’est plus le besoin de m’occuper les mains, l’esprit. Et surtout d’avoir une raison de rester au buffet et d’être éloignée de tout ce monde. Cependant, cette idée est vite compromise. Et Monsieur Pelletier arrive bien trop vite, me saluant chaleureusement et m’évitant à rejoindre une conversation se tournant autour de mon livre. Je flaire bien vite le danger mais hélas, je ne peux rien dire. Comme si le piège se refermait doucement sur moi. Je suis mon patron, impuissante, munie d’un Elias souriant et de mon quatrième verre de champagne. Et lorsque je me rends compte que Matthew est dans ce fameux groupe, je ne peux alors m’empêcher de m’exclamer à haute voix, pestant contre ce destin pourri désireux de faire mal encore et toujours. « Non mais ce n’est pas vrai !!! » Faisant ainsi taire la conversation, faisant tourner les regards vers moi, faisant en sorte que je me sente plus mal que jamais.

Pourquoi est-il là ?


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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Jeu 12 Avr - 23:06

« Est-ce que tu en as déjà aimé beaucoup d’autres avant moi ? » Dans le panel des questions stupides que les gens en couple se posaient, celle-ci en faisait partie. Isabelle était lovée tout contre lui dans le canapé de cet immense salon. Les dimensions de leur demeure semblaient démesurées et incongrues pour juste deux personnes. Il fit un effort manifeste pour ne pas que s’échappe le soupir de lassitude qui le saisit. Ils n’étaient encore qu’au début de leur mariage. Il observait un minimum de considération pour la jeune femme. « Qu’est-ce que ça pourrait changer ? » demanda-t-il d’un ton qu’il dépouilla de toute agressivité. Elle se redressa légèrement, posant son menton sur son épaule afin que leurs regards se croisent. Il cerna sa mine mutine. « Pour savoir quelles étaient mes rivales et à qui je t’ai dérobé. » Bête considération féminine. Matthew noya sa lassitude dans son verre de Scotch. « Allons, Monsieur McGregor, combien en as-tu aimé ? » Isabelle n’était pas méchante, mais elle était terriblement pugnace. Il ne s’en tirerait pas aussi facilement lorsqu’elle se mettait une idée en tête. Et parfois, il se demandait si elle n’était pas véritablement amoureuse de lui. Il rejetait généralement cette hypothèse absurde. « Il y en a eu beaucoup. Je n’ai pas compté. » Il ne la ménageait pas dans ses réponses, mais Isabelle était du même bois que Jane. Elle ne se laissait pas déstabiliser aussi aisément. Il reçut une tape sur son épaule de la part de son épouse. « Je ne parle pas de tes conquêtes, idiot ! Je te parle d’amour. » Les membres de Matthew se tendirent. Sa femme ne dut se rendre compte de rien, car elle ne réagit pas. Elle attendait posément cette réponse qui opposait tant de difficultés au poète. Un visage s’imprima dans son esprit. Un visage et un seul. Toujours le même… Ce visage qui venait le hanter dans ses rêves, à chaque heure de chaque jour. Elle ne l’avait jamais quittée. Elle demeurait imprimée dans sa chair, dans ses entrailles, dans son cœur et dans son âme. Partout où il allait, il la transportait avec elle. Elle était devenue son fardeau immense. Cet astre qui avait éclipsé toute la lumière dans sa vie. Sans elle, il ne vivait pas vraiment. Ou tout juste. Ses doigts se resserrèrent sur son verre. « Une seule. » Juste elle. Son soleil dans l’obscurité de son existence. En la perdant, il s’était condamné aux ténèbres. « Je sais qui elle est ! » annonça Isabelle, triomphante. Matthew en doutait fortement. Il n’en avait jamais parlé et, comme si cette année ne devait pas exister, chacun de ceux qui étaient au courant se refusaient à en parler. « En effet, c’est une belle victoire. Jane est si belle… si élégante ! » Un véritable monstre. Une peste. Une garce. Mais de la pire manière qui soit, Matthew était parvenu à l’égaler avec le temps. Il engloutit les dernières gouttes de son verre. « Ne te réjouis pas trop. Tu ne fais pas partie de la liste. Il n'y en aura toujours qu'une. » Violent. Froid. Glacial. Méchant. Il ne savait plus composer autrement…

***

En son for intérieur, Matthew avait toujours nourri le secret espoir que sa route croise à nouveau celle d’Héloïse. Cela ne demeurait pas une envie raisonnée ; il s’agissait plus d’une pulsion, d’un besoin malsain de se dire que la dernière image qu’il aurait d’elle ne serait pas ce visage ravagé par les larmes et le chagrin. C’était curieux, ce besoin de savoir et d’avoir mal, comme pour se punir de ce qu’était devenue la réalité. Sûrement n’aurait-il pas dû plus souffrir à la voir au bras d’un autre. Il aurait dû s’en douter que sa vie s’était refaite. N’était-ce d’ailleurs pas pour cela qu’il l’avait quittée ? Mais le voir, le constater, ça faisait mal. C’était violent. Et c’était d’autant plus douloureux de comprendre qu’il ne cesserait jamais de souffrir tant qu’elle ne serait plus à lui et qu’il ne l’aurait pas auprès d’elle. Du coup de l’œil, il ne pouvait s’empêcher de les observer. Qui était-il ? Parvenait-il vraiment à la rendre plus heureuse ? L’aimait-elle plus qu’elle ne l’avait aimé lui ? Est-ce qu’elle songeait encore à lui ? Il la vit se troubler en constatant qu’il était présent, il la vit s’éloigner, tout comme il la vit engloutir deux verres de champagne pour se donner de la force. Il ne devrait pas, mais il jubilait de la sentir aussi mal que lui l’était à cet instant. Interpellé par un de ses homologues, il s’intégra à nouveau à la conversation. Cette dernière tournait autour de l’ouvrage de la fameuse écrivaine Pan. Matthew ne se prêtait pas aux discussions, mais il écoutait d’une oreille très attentive. Si attentive qu’il ne cerna qu’à la dernière minute qu’Héloïse et son compagnon venaient de faire leur apparition dans le groupe. Leur venue fut bruyante puisqu’une exclamation de la jeune femme provoqua le silence des convives et les regards se tournèrent vers elle. Son orgueil fut piqué d’une réaction si vive de la part de la brune. Un sourire faux étira ses lèvres. « Mademoiselle Bennett, quel plaisir de vous savoir ici ce soir. Justement, ces personnes étaient en train de débattre sur votre ouvrage. » Il la voulait plus gênée qu’elle ne l’était encore. Sous le feu des projecteurs, elle perdait constamment ses moyens. Autrefois, il aimait la fait rougir car il aimait l’empourprement délicat de ses joues. Là, la motivation était toute autre. « Je dois l’admettre, je demeure de plus en plus curieux. Peut-être devrais-je me plonger dans la lecture de cet ouvrage. Cela sûrement… instructif. » Un vent d’approbation et d’incitation s’éleva autour de lui. Au milieu de ces personnages importants, Matthew sentait qu’il était celui qui détenait le plus de charisme, le plus d’aura. La parole lui appartenait pleinement et personne n’oserait lui ôter. Il fit un pas en avant, tendant sa main vers celle du compagnon d’Héloïse. « Enchanté, Matthew McGregor, éditeur et écrivain. » Et non vendeur de tapis. Il se présenta à son tour. « Elias Bingley. » Si c’était un sourire qui était inscrit sur ses lèvres, il s’effaça bien vite au profit d’une grimace. L’éditeur avait serré sa main dans la sienne de toutes ses forces, à dessein de lui faire mal. « Elias est le fiancé d’Héloïse ! » crut bon d’ajouter Monsieur Pelletier. La mâchoire de Matthew se contracta mais il ne laissa rien paraître. Un sourire léger flottait sur ses lèvres tandis qu’il les détaillait l’un et l’autre. Un peu comme s’il cherchait les mystères de leur couple. Elias modula les propos de l’éditeur en affirmant qu’ils n’étaient pas fiancés, juste en couple. Monsieur Pelletier reprit de plus belle. « Allons, ne nous faites pas croire que vous n’y pensez pas ! » Elias s’apprêtait à renchérir, mais quelque chose le coupa, interrompit la conversation et tous les regards convergèrent vers Matthew. Ce dernier, serrant son poing bien trop fort, venait de briser sa coupe de champagne entre ses doigts. Fou de rage, son visage n’exprimait pourtant qu’une expression impassible. « Monsieur McGregor… allez-vous bien ? Vous saignez ! » En effet, il s’était taillé avec le verre. Il déposa les débris de sa coupe sur un plateau que portait un serveur qui passait par là. « Je vous prie de m’excuser. » Sans plus d’explications, il s’éclipsa au travers de la foule et s’engouffra dans les toilettes des hommes. Son poing se serra, aggravant cette douleur à sa main. Mais il s’en moquait. Rien ne pourrait être pire que cette fureur qui lui rongeait le cœur. Ça l'étouffait, et ça le rendait fou.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 22 Avr - 23:25

Je rougis aussitôt que l’exclamation a franchi mes lèvres. Automatiquement, je suis mal à l’aise, sentant les regards dévier vers moi, dont un en particulier. Celui de Matthew me vrille entièrement, procurant une intense brûlure. « Heloïse... Tout va bien ? » Demande Elias en me dévisageant d’un air inquiet. Il a pris l’habitude de mes gaffes monstrueuses, de ma faculté à tomber pour un rien, même quand il s’agit d’un endroit sans accroches. « Euh... C’est rien ! J’ai oublié de ... de ... » De quoi d’ailleurs ?! Oublier que je pouvais tomber encore et encore sur Matthew ? Pourquoi est-il là ? « De... De ... » Je ferme les yeux, claquant des doigts afin de trouver le plus vite possible une idée. Tout pour justifier mon comportement fort étrange. « De...? » J’entends la voix d’Elias, devinant même son sourire amusé. « LE FOUR ! » S’ensuit un silence, jusqu’à ce que je rajoute précipitamment « La lumière du four ! Je suis une tête en l’air quand j’écris ... » Un rire gêné franchit mes lèvres, déridant l’atmosphère sur fond d’écriture. C’est à ce moment-là que choisir Matthew pour entrer dans la lumière, arguant sur son plaisir à me revoir, évoquant le thème de leur dernière conversation. Ma seule réaction est de le saluer d’un signe de tête avant d’attraper une troisième flûte et de la boire, cette fois-ci, un peu plus doucement. Toutefois, je manque de tout recracher quand il parle de lire mon livre. Quoi !? Mais non !! « Vous seriez déçu du contenu, ne le lisez-pas. » Et je lui jette un regard mauvais, pour qu’il comprenne bien. Cependant, je suis incapable de résister plus longtemps, et mes épaules finissent par s’affaisser légèrement. Je ne sais pas lutter ainsi. Surtout lorsqu’il s’approcha d’Elias, se présentant, lui tendant la main que mon petit ami serre avec une gentillesse se transformant vite en une grimace. Glissant un regard empli de reproche à Matthew, je garde les lèvres serrées afin de ne pas laisser échapper une phrase malheureuse. Connaissant Matthew, je sais quand c’est sincère ou non. Et là... « Votre femme n’est pas là, c’est regrettable Monsieur McGregor. Nous n’aurons jamais le loisir de la rencontrer. » Et lui jeter aimablement mon verre dans la figure entre autre. Cependant, je suis stupéfaite par mes propres réactions où pointent la jalousie, le ressentiment et la colère. Elias va finir par se douter de quelque chose et je n’y tiens pas. Je ne lui ai jamais dit qui était l’homme m’ayant brisé le cœur. Il doit être à mille lieux de s’imaginer qu’il se tient justement en face de lui. « Heloïse a raison. Où se trouve t-elle ? C’est toujours un plaisir de rencontrer les compagnons de chacun. Elias est le fiancé d’Héloïse ! «  Ajoute t-il tandis que je m’étouffe dans ma coupe de champagne. Certains me sourient tandis qu’Elias rectifie la situation. Nous sommes un couple, c’est tout. Cependant Monsieur Pelletier croit bon de renchérir là-dessus, sans doute pour s’amuser de mes réactions excessives sur ce type de sujet. Cependant, je suis loin de me douter que je ne serais pas celle qui réagirait le plus mal.

Le bruit du verre retentit sous un couvert d’exclamations venant de part et d’autre. Mais le cri que je pousse alors est celui qu’on entend le plus. « Matthew !!! Tu es blessé !!! » #RuinetavieavecHéloïseBennett. Non mais qu’est-ce qui me prend ?! Et mes joues se couvrent aussitôt de rouge tandis que fort heureusement, tout le monde s’inquiète de l’éditeur venant de s’ouvrir la main avec sa coupe de champagne. Mon cœur bat la chamade et je n’ai qu’une seule envie de fuir. Fuir ce lieu hostile. Fuir le regard d’Elias que je sens sur moi. Je n’ose même pas le regarder mais je me doute bien qu’il doit se poser des questions. Il n’est pas stupide. Il a dû remarquer le changement de ton, l’emploi du tutoiement. Le fait que je connaisse son prénom. Mon dieu… Je fais n’importe quoi. J’inspire bruyamment et finis par vider ma coupe de champagne, observant alors Matthew s’en aller, sa main en sang. Tout à coup, la colère disparaît pour une souffrance sans nom. Et alors que j’ai tant voulu qu’il s’en aille, je me retrouve à désirer le contraire. Alors qu’il y a mon petit ami, alors qu’il s’agit d’une soirée officielle. Le fait que Matthew se soit éclipsé a rendu la parole à Elias. « Tu… Tu vas bien ? » Me dit-il d’une voix moins chaleureuse que d’ordinaire. Je fais semblant de ne pas avoir entendu son ton, préférant rester enjouée, me tournant vers lui et ajoutant « Ouiiii ! Je crois que j’ai trop abusé sur le champagne ! J’ai tellement chaud aussi ! » Alors qu’en vrai, j’ai froid. Mais pas parce que je porte une robe, ou parce que c’est l’hiver. Non, j’ai le cœur gelé. Un cœur que je croyais mort et le voilà qui bat comme un fou. « Il faudrait que j’aille me passer de l’eau sur le visage. » Finis-je par dire, sentant qu’Elias comme moi, sommes plus vraiment dans la conversation. A vrai dire, je suis même ailleurs. Je suis inquiète pour Matthew et ma seule envie est alors de le retrouver pour savoir s’il va bien. « Je reviens. » Finis-je par dire en lui effleurant sa main, avant de rebrousser chemin. Il y a du monde quand même. Mais vu la direction prise par Matthew, elle ne peut mener qu’à une direction précise et lorsque j’aperçois les toilettes, j’accélère le pas. Au moins, je ne parais pas faire une chose incongrue. Sauf qu’au lieu d’aller chez les femmes, je vais les hommes. Et un peu trop imbibée par le champagne, je pousse carrément la porte venant taper le mur dans un bruit sourd. Va falloir que j’arrête la boisson, moi. Mais aussitôt que je croise le regard de Matthew, je prends immédiatement la parole. « Oui, je sais. Ce sont les toilettes des hommes et je n’ai rien à faire ici. Mais on s’en moque. » Et il a pas intérêt à dire quoi que ce soit d’autre sinon je ferais un truc super violent, genre lui balancer du papier toilette dans la tête. Je m’approche devant lui afin d’observer l’état de sa main. « Laisse-moi regarder. » Finis-je par dire en lui prenant les mains. Si Héloïse sobre aurait attendu sa réponse, l’Héloïse un peu pompette – ou Dark Héloïse pour les intimes – n’attend pas. Je ne dis rien observant la vilaine blessure, ignorant le chamboulement que me procure ce simple contact. « On va essayer d’arrêter le saignement. » Je lui dis simplement avant de regarder autour de moi. Forcément qui dit réception luxueuse, dit qu’on ne s’essuie pas les mains avec du papier mais des serviettes moelleuses qui font bien l’affaire. Et sans aucune culpabilité pour celui qui se fera la lessive, je nettoie doucement la plaie, essayant de voir s’il n’y a pas des bouts de verre à portée de main. « Je ne m’attendais pas à te voir… » Finis-je par dire en levant les yeux vers lui. « Pourtant, en sachant que je vivais à New York, tu devais certainement t’attendre à ce qu’on se croise non ?  » D’un certain côté, je me dis que ça devait lui faire, ni chaud, ni froid. C’est vrai que nous avons tourné la page désormais. C’est du passé. Et pourtant… Sa réaction, tout comme la mienne, paraissent le contraire. « J’aime Elias. » Finis-je par dire avec autant de passion et de chaleur que si j’avais dit que j’aimais les sardines. Ou la farine de blé. Le genre de révélations assez peu encourageantes. « Et pourtant, deux fois que je te croise et je me retrouve à réagir n’importe comment… » Un rire gêné franchit mes lèvres et j’ajoute précipitamment, continuant à m’occuper de sa main. « Pourtant, c’est ridicule. Ça fait quatre ans, cinq mo… Enfin ça fait un bail quoi… » Je finis par relever le regard. « Tu t’es bien entaillé, tu as peut-être besoin de points de suture. » Je pourrais lui proposer de l’accompagner. Mais si l’envie est tentante, je me raisonne en me disant que ce n’est pas une bonne idée. Elias doit m’attendre. Je suis venue pour mon livre, je ne peux passer encore mon temps à lui courir derrière. Alors, je me décide à aborder un dernier point avant de me dire que le mieux est de retourner à mon petit quotidien morose. C’est mieux et ça fait moins mal au cœur. J'essaye de faire taire le tremblement de ma voix mais c'est difficile. « Ah et si je ne te revois pas… Ne lis pas mon livre. Ne me demande pas pourquoi, mais ne le lis pas, c’est tout. »
     
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Lun 23 Avr - 21:57

La guerre était déclarée. Matthew avait conscience que c’était lui qui l’avait déclenchée quatre ans auparavant en franchissant la porte du bureau d’Héloïse. Si les deux camps ne s’étaient plus rencontrés jusqu’ici, ces retrouvailles new-yorkaises réveillaient les anciennes rancunes, les douleurs et les forçaient à tirer les armes. L’éditeur ne comprenait pas pourquoi il agissait ainsi, pourquoi il détenait ce besoin si puissant de vouloir faire mal. A l’évidence, il détenait l’ascendant sur tous ceux qui se trouvaient autour d’eux. A l’air hagard mais plutôt serein que le compagnon d’Héloïse arborait, il en devinait qu’il ne savait rien de ce que Matthew était pour elle. Tout comme Monsieur Pelletier et les autres membres de cette petite assemblée. Il reconnaissait que la jeune femme s’était endurcie avec les années, mais elle n’en demeurait pas moins cette créature étourdie et impressionnable qu’il connaissait autrefois. L’éclatement de ses sentiments en public venait de la placer sur le devant de la scène et d’accueillir sa gêne. Si Matthew n’avait aucun problème à gérer l’attention sur lui et qu’il aimait d’ailleurs la provoquer, il n’en était pas de même pour Héloïse. Il aima le spectacle qui se produisit devant lui. Il jubila de l’entendre mentir car, à l’évidence, cet idiot d’Elias n’était au courant de rien. Il ne détenait pas encore une place suffisante dans son cœur pour savoir. Grandi de ces satisfactions, il s’attaqua à la jeune femme, un sourire presque carnassier peint sur les lèvres. « Les déceptions sont des expériences en soit. » rétorqua-t-il, goguenard, tandis qu’il s’offrait une nouvelle gorgée de champagne. Sa coupe, il la dégustait à la différence de la brune qui s’en servait comme d’une arme contre lui. Il décida de pousser la perversion jusqu’à se présenter de lui-même au fameux Elias. Chaque fibre de son être vibrait d’une haine souveraine pour cet homme. Plutôt que de lui serrer la main, il aurait préféré lui enfoncer son poing dans la figure. Matthew savait, heureusement, gérer incroyablement bien ses émotions. Mieux que de les contrôler, il les dissimulait, les travestissait afin que personne ne puisse deviner ce qu’il en était vraiment du chaos dans sa poitrine. Personne pour déceler la tempête qui faisait rage dans son cœur… Il souffrait, mais ce n’était pas ce que disait son sourire tranquille. « Ma femme est occupée à Los Angeles. » Il fut bref, peu désireux d’expliquer que sa femme ne goûtait guère à ce genre de réjouissances. En vérité, il était souvent peu désireux de parler de sa femme. Il ne faisait pas partie de ces amoureux transis, ni même de ces maris fiers. Elle n’était qu’une constante dans sa vie. Une constante agréable, mais une constante quand même. Il balaya ce sujet désagréable. Et puis…

Ça faisait mal. C’était violent, comme une tempête qui décime tout sur son passage. Matthew savait se targuer de se contrôler en toutes circonstances, mais pas cette fois-là. Il fut aussi surpris que les autres de constater que son verre venait d’éclater entre ses doigts. Ce n’était pourtant pas la douleur à sa main qui était la plus vive. Elias, son fiancé… Cette douleur-là le terrassait, le dévastait entièrement. Il y avait aussi eu ce cri provenant de la bouche d’Héloïse. Pourquoi une telle réaction ? De la peur, de la surprise ou de l’inquiétude ? Les certitudes l’avaient abandonné. Il s’éclipsa sans accorder un seul regard à Héloïse, ni même rassurer les personnes autour de lui. Fuir demeurait sa meilleure option, et il ne refusait généralement pas ce luxe. En quelques temps, il fendit la foule, s’engouffra dans les toilettes des hommes et passa sa main sous l’eau du robinet. « Est-ce que vous avez besoin d’aide, Monsieur ? » Matthew jeta un regard si assassin à l’homme qui venait de proposer son aide que ce dernier ne demanda pas son reste pour quitter les toilettes comme il s’apprêtait à le faire. L’éditeur étouffa un juron. Il n’aimait pas que quiconque puisse interférer dans son existence ou ses affaires sans qu’il n’ait pu en donner la permission. La douleur se rappela à lui, le faisant grimacer. Cela faisait un mal de chien et le sang ne voulait pas s’arrêter de couler.

L’arrivée plutôt brusque d’une nouvelle personne dans les toilettes manqua de le faire sursauter. Intérieurement, il ruminait de cette présence inopportune jusqu’à ce qu’il ne reconnaisse la personne. Ce ne fut pas le claquement hasardeux des talons sur le sol qui l’informa, mais bien le parfum subtil qui flotta tout à coup dans l’air. Il se retourna et vit Héloïse arriver comme un boulet de canon. Il n’eut pas besoin d’une étude approfondie pour déceler que son niveau d’alcoolémie était plus haut qu’il ne le devrait. Même avec les années, elle ne changeait pas. Cette pensée aurait pu le faire sourire, mais ce ne fut pas le cas. Tout son esprit était dirigé vers l’unique fait qu’elle n’était plus à lui, qu’elle était bientôt fiancée à un autre et qu’il la perdrait aussi sûrement que la lune pâlit face au soleil. Ça le dégoûtait, ça l’enrageait, ça le détruisait à petit feu. Il haussa cependant un sourcil. Que pouvait-elle bien faire ici ? Un bref moment, il se demanda si elle ne venait pas simplement ajouter une gifle retentissante à la liste de ses blessures, mais elle semblait être ici pour un tout autre motif. Il lui abandonna sa main sans résistance, hormis un air sceptique plaqué sur le visage. A son contact, son cœur fit une embardée folle. Cela le troubla autant que ça le mit furieusement en colère. Il la laissa inspecter son entaille, se saisir d’une serviette pour nettoyer la plaie avec une douceur assez remarquable pour son état. La gorge serrée, il ne parvenait pas à émettre le moindre mot. Il se contentait de la détailler trait par trait tandis qu’elle était plongée dans son étude médicale. Un seul constat lui venait à l’esprit : elle était sublime. Plus belle qu’auparavant. Ce silence gênant qui s’instaura entre eux le dérangea, mais pas autant que le sujet qu’elle aborda par la suite. « J’avais oublié. » Oh non, il n’avait pas oublié qu’Héloïse habitait New York depuis ces dernières années. Alors pourquoi être venu malgré tout ? Pourquoi avoir tenté le destin ? Il n’avait pas la réponse. Ou bien cette dernière le terrifiait bien trop. Puis ce fut une pique en plein cœur. Le ton n’y était pas, mais les mots conservaient leur pouvoir et leur empreinte. Elle aimait Elias. Les mots venaient de sortir de sa bouche. Sa mâchoire se comprima et il dut faire un effort immense pour ne pas prendre à nouveau la fuite. Ce trouble qu’il ressentait n’était pas étranger à Héloïse. Elle cumulait les maladresses, ses réactions étaient empotées. Matthew la connaissait trop bien pour ne pas savoir ce qui se cachait dans sa petite tête brune. Tout comme il ne fut presque pas surpris de l’entendre presque énoncer le décompte des jours depuis qu’ils n’étaient plus ensembles. Quelque part, il y avait encore une place spéciale dans son cœur pour lui. Mais ce cœur pouvait aussi bien abriter l’amour que la haine. L’éditeur penchait plus pour ce dernier. « Pourquoi je ne devrais pas le lire ? Après tout, c’est notre histoire. » Son ton était trop froid pour ne pas paraître presque agressif. C’était idiot d’agir ainsi, il ne pouvait pas s’en empêcher. « Je ne pourrai pas conduire. Tu vas devoir m’emmener. » Il ne lui laissait pas le choix. Il aurait pu utiliser un taxi, mais il n’en avait pas le moindre désir. Partir de cette fête était une évidence, rester avec elle demeurait un besoin. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle ne protesta pas vraiment. Il quitta les toilettes, Héloïse sur ses talons. Dans leur progression, il prit garde à ne croiser personne qui pourrait leur barrer la route, les interpeller ou empêcher la brune de rester dans son sillage. Il ne souffla que lorsqu’ils furent sortis, respirant l’air frais de la nuit. Son regard s’alourdit sur la démarche chancelante de la jeune femme. « On va prendre un taxi, en fait. » Pourquoi l’emmener encore avec lui ? Pourquoi ne pas lui laisser le choix ? C’était stupide, inconscient et masochiste. Assis tous les deux sur la banquette arrière d’un taxi, le silence fit loi pendant plusieurs minutes. Il le brisa subitement. « Est-ce qu’il te rend heureuse ? » Car cela faisait partie du prix à payer. La quitter pour une promesse de bonheur qu’elle n’aurait jamais avec lui. Il avait besoin de savoir. Aimer ne faisait pas tout… Elle devait être pleinement comblée, même si cela faisait mal de savoir que c’était par un autre homme que lui. Il lui fallait savoir que son sacrifice n’avait pas été en vain. Il lui fallait être sûr qu’une petite lueur d’espoir ne résidait pas, étouffée et confinée au plus profond d’eux-mêmes.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 25 Avr - 9:12

Dès lors qu’il s’est blessé, toute dignité, toute froideur, tout ressentiment ont disparu dans les méandres de cette inquiétude ayant surgi sans crier gare. J’aurais pu paraître surprise. J’aurais pu m’affliger de la blessure avec un simple intérêt poli. Un peu comme l’ensemble des gens qui se trouvaient autour de nous. Devant Elias en plus, il a fallu que je perde mon sang froid, que ce cri venant tout droit du cœur retentisse, comme si jaillissait, devant moi, une peur intense. Avec du recul, tout cela me semble ridicule et pourtant, je continue de foncer dans ce mur, avec ce besoin de le revoir tout en sachant que cela me fera mal. Je dois être un peu sadique, je ne trouve aucune autre explication. Si ce n’est qu’il y en a une seule, mais je la réfute. Les choses ont changé. Et pourtant, lorsque je me retrouve en face de lui, lorsque ses doigts frôlent les miens, lorsque le cœur s’emballe un  peu plus, j’ai l’impression de revenir en arrière, d’être encore sous son emprise. Et si j’ai cru que le temps permettrait d’oublier, ce n’est hélas pas le cas. Je m’occupe d’éponger le sang avec des gestes doux, pourtant interdits désormais. Il a une femme et moi, Elias. Pourtant, la douceur que j’emploie me rappelle trop bien ces gestes que j’avais à son égard. Toutes ces minutes passées à caresser la perfection que ses traits révélaient, toutes ces heures à le contempler comme s’il était la plus belle des choses sur Terre. Tous ces gestes, finalement, que je me suis interdite de faire, bloquant tout amour proche de la dévotion. Au fond de moi, je le savais, il ne pouvait y en avoir qu’un. Pourtant, nos attitudes sont contraires au ton de nos voix. Si je m’occupe de sa main, ma voix, elle, est chargée de reproches. J’aurais tellement aimé ne pas le voir. J’ai l’impression que tout s’écroule autour de moi, que j’en perds mes moyens. Alors que ce soir, des tas d’auteurs et d’éditeurs et autres corps de métier littéraire sont là, voilà que je me trouve dans des toilettes pour hommes, avec mon ex-petit-ami m’expliquant qu’il a oublié que je vivais à New York. « Bien évidemment. » Je réponds en continuant de m’occuper de sa main. Sa réponse me semble insensée. Je n’arrive pas à y croire mais je ne cherche pas plus loin. Au fil de ces années, j’ai appris à me satisfaire du peu, que la passion ne pouvait être éternelle. La normalité, oui. Et cette dernière revient au galop lorsque je lui avoue, aimer Elias. Sans chaleur. Sans conviction. Sans aucune forme de vérité autre que ces simples mots veulent dire. Alors je continue à parler, afin de meubler le temps. Cette pièce me paraît aussi vide que peut l’être mon cœur, jusqu’à ce que je lui demande de ne pas lire mon livre. A mon sens, c’est important, je ne tiens pas à ce qu’il lise ce que j’ai écrit. « Peu importe ce qu’il y a dedans, ce livre n’aurait jamais dû être publié. » Et même s’il commence à se vendre, même si on en parle. Je n’ai jamais eu la prétention de le voir publier. Oh non…. Pas ce livre-là, il a été écrit dans la peine et les larmes. Je finis par me taire, sentant mes entrailles se tordre. Il vaudrait mieux que je m’en aille. De toute façon, je le lui ai dit : il doit aller voir un médecin pour se soigner. Et pourtant, lorsque Matthew me demande de l’emmener pour se soigner, je ne réfléchis pas plus. Lui dire non ? Et le laisser avec cette plaie ? Je me sentirais horrible de l’abandonner, quand bien même, je dois avouer que rester à ses côtés ne me semble pas une si mauvaise idée. Et c’est bien là le problème. Je ne sais même pas qui agit instinctivement : mon esprit ou mon cœur. Ma passion ou ma raison. Je n’en ai aucune idée, je suis simplement Matthew tandis qu’il quitte la réception. En cet instant, j’ai oublié la soirée, mon petit-ami, que je ne suis pas venue en voiture. Non, en cet instant, je ne pense qu’à … « Matthew, je n’ai pas de voiture. » Oui, parce que s’il s’attend à ce que je conduise, ce sera impossible et de toute façon, j’ai bu. La solution s’impose d’emblée, celle de prendre un taxi. Fort heureusement, il en trouve un immédiatement. Après tout, nous sommes à New York. Et durant quelques secondes, je me demande si c’est une bonne idée de le suivre. Après tout, Elias doit croire que je suis aux toilettes, encore. Il a conservé mon sac à main. Je n’ai aucun papier sur moi, pas même mes clefs de mon appartement, ni même mon portable pour le joindre. Je suis dans une voiture avec Matthew, et lorsque la voiture démarre, je prends conscience que je suis en train de faire n’importe quoi. Durant les minutes qui s’ensuivent, je réfléchis à ce que je peux faire. J’ai donné l’adresse de l’hôpital le plus proche au chauffeur, mais après. Il me faudra rentrer, et retrouver ma petite vie tranquille. Et cette idée-là me procure une intense brûlure dans mon estomac. C’est douloureux… Mais ce qui l’est encore plus, c’est lorsque Matthew me demande si Elias me rend heureuse, me sortant du fil de mes pensées, me ramenant à la réalité. Mon regard se tourne vers le sien, ne comprenant pas pourquoi il me demande une telle chose. « T’es séri… » Mais je me tais aussitôt, réalisant que ce n’est pas la meilleure des réponses. Du moins, ce n’est pas ce qu’il attend. Cependant, je ne peux empêcher ma voix d’être glaciale lorsque je lui réponds : « Elias est quelqu’un de très bien, si tu veux tout savoir. » Mais il n’est pas toi, et ne le sera jamais….

Détournant le regard, je me mets à observer l’agitation perpétuelle, la circulation toujours dense, tourbillonnante comme toutes ces pensées affluant sans cesse. « Et j’ai trouvé un équilibre à ses côtés. D’une certaine manière… C’est un peu lui qui m’a aidé quand ça n’allait pas. » Et il y en a eu des moments horribles où, malgré tout ce que Matthew m’a fait subir, il m’a terriblement manqué. Où malgré ses mots, j’ai ressenti un amour puissant mais horriblement dévastateur. Il est à jamais ce bourreau ayant ravagé ma vie, ayant fait disparaître cette innocence dont je faisais preuve au sujet de l’amour. Désormais, ce sentiment est monochrome, Elias y apporte de la couleur mais elles sont ternes. Pourtant, par fierté et avec pudeur, je ne tiens pas à révéler cela. L’alliance ornant son doigt m’aide beaucoup. Il doit être vraiment amoureux pour s’être marié. Et visiblement, elle n’a pas pris la fuite. « Je suis heureuse. » Finis-je par dire en serrant mes mains entre elles. Pour faire taire le tremblement. Pour enfouir ce chagrin si dévastateur. Je déglutis difficilement et ajoute d’une voix rauque : « Et toi, t’es heureux avec ta femme ? Comment s’appelle-t-elle !Tu dois certainement avoir des tas de photos à me montrer, hein ? » Est-ce que tu l’aimes ? Est-ce que tu la regardes de la même manière que tu m’as contemplée ? Est-ce que tu l’embrasses avec tes mensonges dans ton coeur ? Est-ce qu’elle te paraît pathétique ? À quel point te paraît-elle si belle au point de lui avoir dit oui ? Ces questions me ravagent le cœur et je fais un effort immense pour ne rien laisser paraître. Je me l’interdis. Et surtout, qu’a-t-elle de plus que moi ? Je suis si triste durant ce trajet et ça, jusqu’à ce que nous arrivons à l’hôpital. Je sors alors du taxi laissant Matthew régler la note. Le champagne m’a un peu assommé, mais les idées me paraissent plus claires. Le fait d’avoir eu cette conversation me fait mal. « Voilà, c’est là. Je vais rentrer chez moi... Je pense que tu n’as plus besoin de mon aide, même si tu te serais débrouillé sans ceci dit. » L’observant, je garde une distance entre nous. Par sécurité, pour ne pas céder à toutes ces pulsions me ravageant le cerveau. « Sois heureux. » Il n’y a aucune envie de cela dans ma voix. Oh non, c’est terriblement humain d’éprouver de la jalousie, de l’envie. J’aurais dû être sa femme. J’aurais dû être la mère de ses enfants. Pas une histoire ancienne qui se contemple en sortant d’un taxi. « Ce n’est pas le fruit du hasard, nous avions rendez-vous, n’est-ce pas ? » Je finis par secouer la tête, « Tout ceci n’était qu’un mensonge. »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mar 1 Mai - 20:50

Donne-moi du temps, donne-moi tes larmes. A trop mourir, on pose les armes.

Des heures, des jours, des mois, des années à se convaincre en dépit de tout que la décision atroce qu’il avait prise ce jour-là demeurait la meilleure pour Héloïse. Comme il avait été dur de ne pas se laisser glisser vers la certitude qu’ils étaient destinés l’un à l’autre et que leur amour pourrait tout surmonter. De nombreuses fois, il avait failli sauter le pas pour la retrouver, tout lui expliquer, se faire pardonner de toutes les manières possibles. Après tout, il savait très bien où elle se trouvait, même si elle s’était éclipsée de son existence. Il ne l’avait jamais vraiment quittée… Cependant, il n’était jamais venu la retrouver. Il n’avait pas frappé à sa porte. Il ne lui avait pas accordé le moindre mot, le moindre espoir que cette histoire se dessine autrement que par le chagrin. Aujourd’hui, il ne savait encore ce qui, du courage ou de la lâcheté, lui avait permis de rester fermement ancré dans cette position. Son silence le confortait malgré tout dans l’idée qu’Héloïse méritait un homme qui saurait plus se battre pour elle, moins faible et couard. Matthew, en voulant protéger la femme qu’il aimait, ne se sentait pas l’âme d’un grand héros. Il ne voyait en lui que l’être abject qui avait brisé le cœur d’une créature innocente et détruit cette exquise insouciance qui brillait dans le regard sombre d’Héloïse. Aujourd’hui encore, quand ses prunelles épousèrent brièvement les siennes à cette soirée de gala, il n’y lut qu’amertume et déception immense. Pas uniquement envers lui, mais en ce monde qui dissimule sous de beaux attraits toute la violence de la route. Il n’était pas fier de ce qu’il avait fait. Pas plus fier de ce qu’il était devenu. Encore moins de l’homme qu’il montrait ce soir. Tout ce qu’il souhaitait, c’était que cette comédie grotesque cesse.

Pourquoi ce regard sur elle, sur chacun de ses traits ? Pourquoi ce frisson au moindre de ses mouvements ? Pourquoi cette tempête dans ton cœur dès lors que sa voix s’élève ? Pourquoi ce besoin désespéré de l’avoir toujours auprès de toi ?

Ce fut qu’une fois qu’ils furent tous les deux installés sur la banquette arrière du taxi que Matthew réalisa combien l’idée était mauvaise. Il aurait dû profiter de cette blessure pour s’éclipser sans heurt, non pas entraîner Héloïse dans cette histoire. Il s’en voulut. Presque autant que de poser cette question qui lui brûlait les lèvres depuis trop longtemps. Cet homme qui n’était pas lui la rendait-il heureuse ? Ce même homme qui dessinerait peut-être son avenir tout comme Matthew avait toujours rêvé de le faire ? Serait-il cet homme qui la demanderait en mariage ? Qui lui ferait des enfants ? Qui allait la chérir, l’aimer et l’estimer bien mieux qu’il n’aurait pu le faire lui-même ? Chaque vérité déchirait le fond de ses entrailles. Les mots d’Héloïse le brûlaient bien plus que l’entaille à sa main, et pourtant, c’était à cette douleur physique qu’il s’accrochait de toutes ses forces. Il pressait son poing, accentuait la douleur pour s’empêcher de réagir à ces propos qui lui lacéraient le cœur. Qu’espérait-il véritablement en lui posant une telle question ? S’attendait-il à ce qu’elle lui ouvre son cœur ? Aurait-il voulu entendre qu’elle était malheureuse à ses côtés ? Que jamais personne n’égalerait cette place qu’il détenait autrefois dans son cœur ? Qu’elle l’aimerait désespéramment, inlassablement, sans que la raison puisse y faire quoi que ce soit, car c’était ainsi, c’était de naissance, c’était écrit. Ils étaient nés pour s’aimer. Ce ne fut rien de tout cela. Juste une vérité qui le terrassait. Cette réponse, il l’avait désirée autant qu’il ne l’avait redoutée. Il avait besoin de savoir que son sacrifice n’avait pas été en vain, que les larmes d’Héloïse n’avaient pas coulé pour qu’il comprenne que ses actes ne l’avaient pas rendu heureuse. Ce soir, dans ce triste taxi, elle venait de lui annoncer sa victoire. Elle était heureuse. Piètre succès que celui-là… Le silence demeura dans l’habitacle en dépit des questions d’Héloïse. Il n’avait pas envie de parler de sa femme. Il ne saurait pas mentir pour lui dire combien il n’était pas heureux avec elle. Il n’était pas malheureux non plus. L’existence n’avait simplement plus aucune saveur, aucun relief, aucune fantaisie qui mérite d’être évoquée présentement. Aussi fut-il laconique. « Elle s’appelle Isabelle. » Mais il n’avait aucune photo d’elle. Il n’avait rien pour prouver son existence, hormis cette bague qui trônait sans consistance à son doigt. Triste reliquat de ce qui était sans exister vraiment, de cette union qui ne connaissait pas l’amour. Un court instant, il crut cerner l’étonnement dans les yeux de la brune et il se demanda si elle ne s’était pas figurée que son épouse puisse être Jane depuis le début. Le pensait-elle ? Après tout, cela aurait pu être logique. Toutefois, en quittant Héloïse sous les ordres de son père, Matthew s’était octroyé le droit de choisir lui-même sa compagne. A bien des égards, cette impertinence avait été judicieuse car, plus tard, ils avaient appris que James n’était jamais véritablement mort et que tout ceci n’était qu’une machination du couple qui était sur la paille. Isabelle, au moins, ne cherchait qu’à flatter son propre égo.

Arrivés devant l’hôpital, ils s’extirpèrent du taxi et Matthew se chargea de payer la note. Et quoi maintenant ? Ni l’un, ni l’autre ne parvenait à prendre les devants pour entrer dans l’établissement. Il n’y eut qu’Héloïse pour annoncer qu’elle le quittait ici et qu’elle rentrait chez elle. Cette fois, il ne chercha pas à le retenir. S’accrocher à elle aurait été se parjurer dans ses convictions et les lois qu’il s’imposait depuis quatre ans. « Merci. » répondit-il sans véritable reconnaissance. Il ne lui retourna pas sa phrase qui avait été prononcée sans certitude. Après tout, elle lui avait suffisamment bien expliqué combien elle était heureuse auprès d’Elias. Il ne pouvait pas mentir plus sur les véritables sentiments que toute cette farce lui suscitait. Il s’apprêtait à tourner les talons quand la voix, plus faible et abattue de chagrin, d’Héloïse se fit entendre. Ses paroles firent écho à celles prononcées plusieurs années de cela. Elles vinrent avec leur bagage de souvenirs. Le Japon. Leur amour. Son regard étincelant. Son parfum. Sa tendresse. Sa chaleur. L’éclatement de leurs sentiments. Qu’en restait-il aujourd’hui ? Juste des cendres déjà froides dans lesquelles ils s’enlisaient doucement. Soudain, il se sentit stupide, planté là sur ce trottoir, face à ses regrets, ses fautes et la victime de sa cruauté. Un rictus étira le coin de ses lèvres. Fataliste. Comme on rirait d’une mauvaise blague. « Je t’avais prévenu, Héloïse. Je ne pouvais pas t’aimer comme tu le méritais. » Toutes ses craintes s’étaient réalisées. Il ne l’avait aimée qu’à peu près. Il n’en avait pas été digne. Il n’avait pu l’aimer mieux. « Je ne t’ai pas menti. Seulement, tout a une fin. Notre histoire n’était pas faite pour durer. » Elle était condamnée à la nuit depuis le début. Il s’était juste montré trop aveugle pour s’en rendre compte à temps. « Prends soin de toi, Héloïse. »

***

Il aurait souhaité que ce salon ne dure pas si longtemps. Dans le fond, tout ceci ne rimait à rien de rester. Il aurait pu reprendre la route pour Los Angeles dès le lendemain, oublier toute cette histoire et ne pas s’embarrasser de cette obligation professionnelle. Tous les facteurs étaient réunis pour qu’il ne demeure pas en ces lieux. Alors que fait-il encore ici ? Il n’en pouvait plus de ce besoin irrépressible de ne pas être loin, de la savoir dans son sillage et pas encore tout à fait perdue. Ça le dévorait tout entier… Ainsi, il s’était présenté au salon au lendemain de cette soirée étrange. La blessure à sa main avait été cousue et pansée. Depuis son fief, il avait supervisé la conception du stand avant de partir vers l’espace privé des professionnels. De nombreux rendez-vous étaient prévus aujourd’hui et il n’avait que trop tardé. A chaque grand salon, des agents littéraires étrangers venaient présenter leur catalogue pour des cessions de droit. Généralement, c’était toujours intéressant et cela permettait de booster de nouvelles publications pour l’année. Matthew ne pouvait pas vraiment le louper mais il n’atteint pas sa destination. En chemin, il manqua de se prendre un carton qui lui arriva tout droit devant. « Ah putain !! » jura-t-il malgré lui en attrapant le carton afin qu’il ne lui arrive pas sur la tronche et pour délester la personne qui ne parvenait pas à le tenir dans ses bras. Il venait de réveiller la douleur à sa main trop brusquement. « Merde, vous ne pouvez pas faire attention ?! » Il s’apprêtait à engueuler plus ce qui devait être un bête assistant d’une maison d’édition dont il se moquait éperdument, mais quand il détourna la tête pour voir qui se cachait derrière le carton, il découvrit une brunette bien trop familière. « Héloïse ?! » Impossible de la quitter. A croire que le destin, après tant de séparation, souhaitait toujours les rassembler.

Je t'avais toute entière imprégnée en moi. Tu me complétais.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 2 Mai - 16:52

Si seulement mon cœur était fait de pierre...  
Ce n’est pas le cas. Je me retrouve à être si faible, si changeante aussi. Moi qui croyais vivre de haine et de colère envers Matthew, ce n’est pas le cas. Comme si quatre ans n’était rien. Comme si je n’avais pas eu tant mal, comme si je n’avais pas pleuré de façon incessante. Crier l’injustice, et la perte d’un grand amour. Le premier. L’unique. Le véritable. Celui qui fait disparaître la terre, l’air, le ciel et l’univers entier pour ne briller qu’autour de moi, m’aveuglant et finalement, me conduisant droit à ma chute. J’ai appris depuis. Je n’ouvre plus mon cœur, me contentant de donner à l’échelle humaine, de bons sentiments, mes qualités et mes défauts. Mais je ne vais pas plus loin. Mon âme a trop été écorchée. Je ne tiens pas à renouveler l’expérience. Et c’est dommage, je le sais. Elias mérite tellement d’être aimé passionnément. Mais voilà, Matthew est irremplaçable. Et tant que mon petit ami ignore à quel point mon cœur est capable d’aimer, alors je laisse la situation se gangrener. Pourtant, je suis heureuse c’est vrai. L’homme partageant ma vie est merveilleux. Il est tellement gentil, veillant toujours à ce que je sois toujours en train de sourire et de rire. Ses parents m’adorent. Ils se moquent si je suis riche ou pauvre, laide ou belle. Une fois, ma belle-mère m’a dit qu’elle était contente que je sois avec son fils. « Il t’aime vraiment, tu sais. Quand tu es là, Héloïse, Elias te regarde respirer. » Et je n’ai jamais oublié ces paroles me confortant dans l’idée de le rendre heureux. Mais il n’est pas Matthew. Et c’est là toute la différence. Il ne le sera jamais. Et pour l’instant, je fuis tout ce qui me rapproche de celui que j’ai tant aimé. Les voyages. Les anniversaires de rencontre. Les souvenirs en allant à Los Angeles. J’évite d’avoir mal et si Elias ne connaît pas l’identité de Matthew, il sait combien j’ai souffert de mon histoire. Et il le respecte. Parfois, je me dis même que je ne le mérite pas. Que je pourrais l’aimer mieux...

Mais c’est impossible...
Il ne peut y en avoir qu’un.

Celui qui se dresse face à moi, me parlant de cette Isabelle dont j’ai envie de faire subir les pires sévices, l’imaginant belle et parfaite, douce et riche. Tout ce que je n’ai pas pu être. Étant celle qui a été prévenue selon les dires de Matthew. Et le rire franchit mes lèvres. Froid. Glacial. Sans joie. Non mais il se fout de moi ? Immédiatement, la colère jaillit en moi. Si je l’écoutais, je croirais que c’est de ma faute. « Bien sûr, sauter sur mes employeurs est mon passe-temps favori. » À l’époque, je ne connaissais rien à l’amour. Que pouvais-je comprendre !? Je le trouve terriblement gonflé, prenant mal la chose. « T’es franchement gonflé de dire une telle chose… » Il est sans doute temps pour moi de m’en aller. Et lorsqu’il finit par m’indiquer de prendre soin de moi, je préfère tourner les talons sans rien dire d’autre. Je n’ai même pas de veste pour contrer le courant d’air continu entre chaque gratte-ciel. Aussi, je me décide à prendre un taxi. N’ayant pas très envie de retourner à la réception, je me dois de le faire, pourtant. Le cœur est gros. L’âme en peine. Ce n’est pas croyable quand même ! Et si je suis terriblement triste, je suis en colère également, souhaitant ne plus jamais le revoir. Il est temps que je m’occupe de moi, que je savoure la vie sans arrières pensées. Lorsque je finis par arriver, je repère Elias en train de parler au portier du lieu où nous nous devons, normalement, passer une bonne soirée. « Elias. » Ma voix est tremblante et j’ai presque peur de sa réaction future. Va-t-il être en colère ? Lorsqu’il pivote, mon cœur fait une embardée. Et pourtant, il n’y a rien d’autre qu’une simple inquiétude devenant un soulagement lorsqu’il me voit. « Héloïse... » Finit-il par dire avant de se ruer sur moi, venant me prendre dans ses bras. « Où étais-tu passé ? J’étais fou d’inquiétude. Des invités m’ont dit que tu étais parti... Et je n’avais aucun moyen de te joindre… Enfin… Tu es là maintenant. Tout le monde sera rassuré, on commençait à s’inquiéter. » Je souris difficilement mais j’essaye de faire bonne figure. « Je suis désolée Elias. Je ne tenais pas à t’inquiéter… Il a fallu que j’accompagne la personne, qui s’est blessée, à l’hôpital. Il… Il ne connaissait pas très bien la ville. On s’y perd facilement. » Le cœur bat si fort alors… Et je continue à sourire, serrant les poings pour ne pas que mes mains tremblent trop fort. « Tu en connais un rayon d’ailleurs. » Ce qu’il y a de bien avec Elias, c’est qu’il ne se prend pas la tête. Il est facile de distraire son attention. A force, j’ai fini par apprendre à contourner le problème au lieu de l’affronter. « Et ton ami va mieux ? Vous aviez l’air de vous connaître…. » Que dire de cela ? Bien sûr qu’on se connait ! Ca va même au-delà du simple contact. « Nous avons travaillé ensemble. Mais ce n’est pas mon ami... » Inspirant finalement avant de me détacher d’Elias, je saisis sa main pour qu’on retourne à l’intérieur avant d’ajouter d’une voix sombre. « C’est un idiot. »

***

Le lendemain, le jour se lève avec la certitude que ça va aller mieux. Ce sera différent d’hier. Au moins, les idées sont en place. C’est encore une journée au salon du livre : il dure plusieurs jours. Et cette fois-ci, je bosse pour la Maison d’Edition. Autant dire que Monsieur Pelletier me délègue pas mal de tâches. Et je ne cesse de courir dans tous les sens. Porter les cartons, les apporter à un autre endroit. Il y a du monde en plus. Mais qu’importe, je m’occupe. D’une certaine manière, je suis convaincue que je ne croiserais pas Matthew. Il a dû retrouver sa petite vie. Et je l’espère de tout mon cœur. Le revoir m’ébranle bien trop. Pourtant, le destin me joue des tours. Et sur qui vais-je me cogner avec mon carton ? Matthew. En chair et en os, qui s’exclame déjà sur un ton mauvais avant de réaliser qu’il s’adresse à moi. Le regardant froidement, je me contente de répondre d’une voix glaciale. « Ah c’est toi. » J’aurais presque envie de lui demander ce qu’il fait là, mais l’endroit où nous nous trouvons répond à ma place. « J’espère que ta main va mieux. » Et je me mords aussitôt la lèvre, maudissant cette perpétuelle inquiétude que je nourris à son égard. Les mots d’hier soir résonnent encore, alimentent les mauvaises émotions. « Tu saignes cela dit. » Du moins c’est ce que je vois sur son pansement où trône une tâche rouge. Sans doute est-ce le fait de porter le carton. « Je devrais le reprendre. Et je veillerais à ne bousculer personne, ne t’inquiète pas. » Mon geste est un peu brusque et je néglige le poids du carton. Voilà que je m’affale presque, alourdie par la masse que je tiens. « C’est bon, je gère. » Je déclare plus à moi-même qu’à Matthew. Et lui coulant un regard aussi froid qu’un iceberg, je trace alors ma route, préférant l’ignorer. Le dégout se mélange à la colère et la tristesse donnant un mélange assez indigeste. Cependant, je serre les dents, il partira bientôt. Je m’en convaincs, déposant les cartons prêt de l’entrée après une marche plus qu’incertaine. C’est alors que j’entends une douce voix me héler. « Excusez-moi Mademoiselle. Pouvez-vous m’aider s’il vous plait ? » Je me tourne, faisant face à une femme blonde au visage rond doté de deux yeux bleus magnifiques. Des yeux océans dans lesquels on s’y noie parfaitement. « Oui bien sûr. Que puis-je pour vous ? » Je la gratifie d’un grand sourire, toujours désireuse d’aider mon prochain. « Et bien je cherche mon mari. Il doit être dans les parages. Il est auteur et éditeur. Sans doute le connaissez-vous. » Sa remarque innocente déclenche mon rire, amusée par ce que les gens ignorent de l’édition. « Et bien beaucoup sont éditeurs et auteurs à la fois. Vu le monde, ce sera ardu. Mais je veux bien vous aider. Je ferais de mon mieux. Comment s’appelle-t-il ? » Mais je n’ai pas le temps de savoir. Ou du moins, j’entends un prénom. J’entends une voix particulière. La sienne. Et aussitôt je pivote comme attirée tel un aimant, comprenant qu’il l’a appelé Isabelle. Que c’est Elle. Cette femme tout simplement sublime, gracieuse comme jamais qui lui sourit tendrement. « Bonjour, je suis venue te faire le surprise de venir te voir. Deux jours, c’est long après tout. Et puis, paraît-il que le shopping New Yorkais est des plus vivifiants. » Quant à moi, je suis tout simplement hébétée, ne comprenant pas ce qu’il se passe. Ou plutôt si. Mais je refuse de l’admettre tant ça fait mal, tant mes craintes se confirment. Elle est sublime. Elle est sa femme. Qu’est-ce que je peux penser de plus ? Mon cœur est meurtri comme jamais. Le chagrin me dévaste tel un ouragan. Il ravage tout sur son passage, m’immobilise, me laissant au milieu de ces retrouvailles. « Je n’en peux plus… » Finis-je par murmurer dans un état second, sentant les remparts de ma muraille s’effondrer. Sans aucune résistance. La faiblesse a pris le dessus. Devant Matthew et sa femme, je me retrouve à pleurer à chaudes larmes, enfouissant mon visage au creux de mes mains tremblantes. «  C’est trop pour moi… Je n’en peux plus …. Vraiment… » Le pire dans tout cela, c’est le geste. La main féminine qui se pose sur mon épaule « Est-ce que tout va bien ? »  Tandis que je continue de pleurer, incapable de pouvoir dire un mot. Incapable d’avouer que tomber sur la femme de Matthew est juste terrible. Que puis-je lui dire ? Que sa présence me fait mal, qu’elle se trouve à  une place que j’ai tant convoitée. Que je suis irrémédiablement amoureuse de son mari, que je l’aime autant que je le déteste ?
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Ven 4 Mai - 0:02

Cette rencontre fortuite avec Héloïse parvenait à le convaincre un peu plus qu'il aurait dû prendre le premier vol pour Los Angeles dès qu'il l'avait vue. Pourquoi ne l'avait-il pas fait ? Il ne détenait pas suffisamment de mauvaise foi contre lui-même pour se trouver des obligations professionnelles en alibi. Quiconque connaissait un peu Matthew McGregor, ne serait-ce que de réputation, savait qu'il n'y avait rien que l'éditeur se laissait proprement imposer. Il aurait pourtant pu s'épargner une soirée bien désagréable hier entre la rencontre avec cet idiot d'Elias et sa discussion avec Héloïse. Il ne pouvait cependant nier que ses mots avaient eu le don d'ordonner son esprit agité, d'étouffer ses derniers espoirs de reconquête et d'avorter toutes tentatives malheureuses. Héloïse lui avait donné la preuve qu'il n'avait pas agi en vain quatre ans plus tôt et que cette rupture avait été bénéfique pour elle. Et j'ai trouvé un équilibre à ses côtés. D'une certaine manière… c'est un peu lui qui m'a aidée quand ça n'allait pas. Elle s'était reconstruite auprès d'un autre, elle avait lentement pansé ses plaies, elle avait ramené la tendresse dans son cœur et elle aimait de nouveau. Tout autant de victoires que Matthew n'était pas parvenu à remporter ; même en éloignant la brune de son paysage, même auprès d'Isabelle, même avec le temps qui passe. Pas même par résignation. Assuré que son bonheur était aussi parfait qu'elle le décrivait, il aurait dû partir. Pour ne pas l'affliger plus et déterrer les anciennes souffrances ; pour ne pas se faire plus de mal qu'il ne s'en faisait déjà. Mais au creux de lui, il y avait une petite voix qui venait lui sussurer tout doucement que les sourires de la brune étaient faux, que sa froideur était l'unique rempart contre les sentiments qui la dévoraient toute entière, que son bonheur résonnait avec un millier de fausses notes et que leurs cœurs n'étaient pas si étrangers l'un à l'autre.

Dans une commune évidence, tue par crainte de l'abîmer, leurs âmes faisaient écho à cet amour enfoui, se jaugeaient, se reconnaissaient et s'aimaient en dépit de l'injustice de la route.

Alors oui. Encore lui qui était dans son sillage. Encore lui qui s'empêchait de partir. Encore lui qui ne se résignait pas à ne plus jamais la voir. Il la portait en elle comme une déchirure. Et semblable une cicatrice dans sa chair, le temps l'altérait à peine. Sa roideur fut la meilleure des armes. De nouveau, la douleur éveillée à sa main lui permit de ne pas flancher, de se reconstituer ce masque sévère sur ce visage qui ne portait plus de sourire. Mille fois, il aurait voulu dire que ce n'était pas grave, qu'il ne lui en voulait pas et qu’il était prêt à la percuter encore et encore si cela signifiait être ensembles ; même l'espace d'un instant, d'un regard, d'un frôlement inespérée. « Oui. » répondit-il le plus laconiquement du monde. Sauf que sa main n'allait pas mieux et qu'il saignait. Il s'en moquait. Rien ne valait la douleur qui avait causé cet incident. En dépit de ce que lui hurlait sa conscience, il ne chercha pas à lui reprendre le carton quand elle s'en saisit. Il n'y eut que ses réflexes pour le faire bouger de son immobilité, prêt à rattraper le pesant carton. Héloïse l'écarta par ses gestes et ses paroles. « Bonne journée. » grommela-t-il, maussade. Il poursuivit son chemin, empli de ce sentiment désagréable qui l’envahissait dès qu'il la perdait de vue. Son cœur était accroché en sien, et chaque pas plus loin d'elle était une souffrance terrible, un gouffre de ténèbres qui les séparait et dans lequel il tombait. La chute était lente, interminable… depuis quatre ans.
Il se retourna subitement, pris d'un brusque sursaut. Ça le rendait fou, cette nécessité de toujours s'assurer qu'elle allait bien, que Matthew était l'unique rempart qui la séparait du bonheur. Il guettait des signes, des murmures, un indice, un espoir qui lui prouverait qu'il avait tort depuis le début, que leur nous était plus fort que tout. Plus fort que la vie, plus fort que les autres, plus fort qu’eux-mêmes. Autant d'espérances qui le forçaient à se morigéner intérieurement et se faire violence. Il ne la trouva cependant pas dans son sillage. Cela aurait dû suffire à éteindre ses pulsions, mais ce ne fut pas le cas. Oubliant ses obligations professionnelles du moment, il se fraya un chemin dans la foule compacte. Ses pas le conduisirent aux alentours du stand de la maison d’édition d’Héloïse. Mais ce ne fut pas la brune que Matthew repéra en premier. Une chevelure blonde occupa son champ de vision, provoquant sa surprise et son incompréhension. « Isabelle ?! » Une faction de seconde plus tard, le visage d’Héloïse apparut. Un vide immense se forma dans ses entrailles. Pourquoi, parmi tous les gens qui peuplaient ce salon, qui y pullulaient comme des insectes, avait-il fallu qu’Isabelle vienne demander son chemin à elle ? L’éditeur fit un effort monumental pour ne pas se précipiter en courant vers les deux jeunes femmes, tenter de les séparer coûte que coûte et empêcher Héloïse d’avoir quelque échange avec son épouse. Des deux, il ne savait pas laquelle il souhaitait le plus protéger, bien que la réponse soit des plus évidentes. Un objectif demeurait en lui : les éloigner l’une de l’autre sans que cela n’éveille les soupçons. Isabelle ne devait pas se douter une seule seconde que la brune était cette fameuse femme qu’il aimait autrefois. En soi, ses craintes étaient infondées. Qui pourrait croire que son cœur hurlait le prénom d’Héloïse alors que ses yeux l’observaient avec indifférence ? Il n’y avait personne pour déceler la violence de ses sentiments sous l’épaisse couche de glace qui l’enveloppait. Il parvint près du duo, sans afficher une mine particulièrement réjouie en voyant son épouse. « Qu’est-ce que tu fais ici ? » Il avait jeté ces mots comme un reproche. Isabelle, passant désormais outre les maladresses sociales de son mari, expliqua les raisons de sa venue. Il la savait profondément sincère, l’ayant déjà entendu plusieurs fois se plaindre de ses trop longues absences. Elle avait pris les devants pour cette fois. Ce geste était adorable, mais il ne le voyait pas ainsi. Le léger pincement au coin de ses lèvres attestait de son ennui. « Tu aurais dû me prévenir. » - « Pour que tu me dises de rester à la maison une fois encore ? Certainement pas ! » s’amusa Isabelle dans une moue charmante. Matthew se faisait violence pour ne pas accorder le moindre regard du côté d’Héloïse, mais quand le faible éclat de sa voix s’éleva, son attention fondit sur elle. Le chagrin qu’il lut sur son visage le dévasta tout entier, le submergea, le terrassa et l’engloutit sans qu’il ne puisse se défendre. Il resta là, figé dans cette contemplation macabre des ruines qu’il avait laissées derrière lui. Son être voulait la prendre dans ses bras, la serrer si fort contre lui qu’il en deviendrait son armure, lui glisser des milliers de mots au creux de l’oreille. Des milliers de mots pour lui demander pardon. Des milliers de mots pour lui dire qu’il n’avait jamais cessé de l’aimer. Des milliers de mots pour lui dire que pas un jour ne s’était écoulé sans qu’il ne songe à elle, qu’il ne regrette ses actes. Des milliers de mots pour raconter sa souffrance, le vide de l’existence, le chemin insensé vers un horizon gris et pâle depuis qu’elle avait déserté sa vie. Il avait tant de choses à lui dire, tant de choses à lui montrer. Mais ni son corps, ni ses lèvres ne se mouvaient pour tarir les larmes de la jeune femme. Simplement une impuissance hébétée qui fut balayée par l’intervention d’Isabelle. Sa voix le ramena à la réalité. « Ce doivent juste être les nerfs qui lâchent. Le rythme est rude sur les salons et les stagiaires ne sont plus ce qu’ils étaient. » Son ton ne souffrait aucune indulgence, créant la révolte de sa femme. « Matthew, comment peux-tu dire une chose pareille ?! Arrête d’être toujours aussi insensible ! » Il ne pouvait pas se le permettre. Pas face à Héloïse. Pas face à sa femme s’il souhaitait conserver son secret. L’angoisse le tenaillait que le moindre mot sorte de la bouche de la brune. Délicate et prévenante, Isabelle caressa le dos d’Héloïse pour calmer ses sanglots. « Allons, il ne faut pas se mettre dans des états pareils… Vous devriez peut-être aller un peu vous reposer ? Est-ce que vous vivez quelque chose de pénible en ce moment ? Une peine de cœur ? » Matthew faillit s’étouffer à ces indiscrétions du goût d’Isabelle. Il aurait aimé répliquer que la brune était parfaitement heureuse, mais il savait que sa femme était trop intelligente pour qu’une telle réplique amère passe inaperçue. Avant même qu’Héloïse puisse répondre quoi que ce soit à la blonde, le poète prit les devants. Il attrapa son épouse par les épaules pour l’éloigner de la brune, la dirigeant instinctivement vers le stand de sa maison d’édition. « Tu as raison, elle doit trouver un endroit où se reposer. Je vais m’en occuper. Va faire un tour. Attends-moi près du stand. » Elle n’eut guère l’occasion de pouvoir objecter quoi que ce soit. Son mari venait de s’envoler, tirant Héloïse fermement par le bras de sa main valide. Le cœur en feu et la tête en ébullition, il n’osait pas se retourner pour constater de l’état de la jeune femme. Au terme de deux bonnes minutes à percer la foule, il trouva la porte d’un vestiaire sur le côté. Il s’y engouffra, les enferma tous les deux à l’intérieur et poussa Héloïse contre le mur quand il fut assuré qu'ils n'étaient que tous les deux. Il plaqua sa main non meurtrie contre la paroi à côté du visage d'Héloïse, de sorte que son bras fasse une muraille contre la sortie. « Ce n’est plus possible, Héloïse. Ça doit s’arrêter ! Tu dois t’arrêter de faire ça ! » Cette situation lui faisait perdre le contrôle de lui-même. Une guerre sans merci se livrait dans son esprit entre son cœur et sa raison. Ses lèvres voulaient fondre sur les siennes quand sa conscience lui ordonnait de frapper plus fort encore. « Tu ne peux pas avoir ce genre de réaction… tu n’as pas le droit d’être comme ça ! Pas après aussi longtemps ! Pas après tout ce qu’il s’est passé ! »

Pourquoi ne peux-tu pas être aussi heureuse que tu l’as prétendu ? Pourquoi ne me jettes-tu pas ton amour pour Elias à la figure ? Pourquoi ces faiblesses qui abaissent mes défenses et grignotent mes convictions ? Pourquoi tu me rends fou comme ça ? Pourquoi tu ne comprends pas que tu as toujours mérité bien mieux ?

Elle lui explosait ses pires peurs au visage, le mettant hors de lui. La colère lui donnait l’illusion de chasser ses démons. Ses prunelles, luisantes comme un fer chauffé à blanc, s’ancrèrent dans les siennes. « Tu étais censée oublier avec le temps ! Tu étais censée m’oublier…. Pourquoi tu ne le fais pas ?! »

Pourquoi tu t’accroches comme ça ? Pourquoi tu ne me haïs pas ? Pourquoi ne peux-tu pas simplement me détester et m’injurier de tous les noms ? Pourquoi je ne parviens pas à lire la rancœur et la fureur dans tes yeux ? Pourquoi est-ce que je t’aime encore comme ça ? Pourquoi tous mes efforts sont réduits à néant par le moindre de tes regards malheureux ?

Sa dernière phrase éclata dans un cri et il frappa violement de son poing contre le mur. Lui avait-il fait tant de mal quatre ans auparavant pour que les larmes coulent encore aujourd’hui avec la douleur de la veille ? Vivait-elle, comme lui, un calvaire atroce et muet depuis qu’il l’avait quittée ? N’était-elle que souffrance et sécheresse du cœur ? Parvenait-elle à aimer encore ? L’idée même que leur douleur puisse être commune lui arrachait le cœur, lui déchirait l’âme, lui grignotait l’esprit. Il en devenait fou contre lui-même. Son coup d’éclat le força à se calmer quelque peu. Il réalisa brusquement comme cette proximité entre eux était troublante. Son visage n’était qu’à quelques centimètres du sien. Il pouvait sentir son souffle sur sa peau, les délicats effluves de son parfum, la chaleur de son corps. L’air lui manqua subitement et il dut s’éloigner d’elle, comme si un mauvais sort venait de le repousser. Il baissa les yeux pour recouvrer ce qu'il lui restait de contenance. « Tu ne peux pas rester figée dans le passé. Il faut que tu avances. Comme je l’ai fait. » énonça-t-il d’un ton presque sentencieux au creux de ce silence terrible.

Mais je n’avance pas. Je fais du surplace et je meurs sans toi, je me noie et j'étouffe, je tremble et je vis à demi. Je n’ai plus le goût du monde, de l’amour et des choses simples de cette existence ; pas même le goût d’être moi-même. Je suis une ombre qui erre, qui a perdu sa lumière, qui tâtonne et qui cherche. Mais tu n’es plus là.

Son regard partit à la rencontre du sien, non pour l’épouser, mais pour le soutenir. Il lui sembla qu’ils se retrouvaient à nouveau, quatre ans plus tôt, dans ce bureau. A ce jour où tout s’était arrêté. A ce jour où il avait rompu le charme comme on abat un couperet. A ce jour où l'amour avait déserté sa vie. A ce jour où il s’était arrêté de vivre.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mar 8 Mai - 17:52

Les murailles de ma froideur se sont effondrées. J’ai tenté de lutter, j’ai tenté de faire de mon mieux mais je n’y suis pas arrivée. J’ai, lamentablement, échoué.  Je pourrais presque en rire tellement je me trouve pathétique, incapable de lutter plus, d’être de marbre face à ces rencontres incessantes. Et pourtant, même si j’ai tant lutté, j’ai fini par rendre les armes face à sa femme. Je ne m’y attendais pas. Le choc est rude. J’ai du mal à faire surface encore. Je l’ai imaginé de mille façons, toujours plus belle, toujours plus gracieuse, à l’image de ce qu’est Matthew. Mais hélas, la vérité me ravage encore plus : Isabelle est toujours sublime, avec beaucoup de gentillesse dans son regard. Et que puis-je dire ? Que puis-je faire ? Me retrouvant à pleurer à chaudes larmes, voilà que c’est elle qui me réconforte, venant poser sa main sur mon épaule tandis que je laisse libre cours à mon chagrin. Cette situation je l’ai souvent craint. Mais jamais je n’aurais pensé que ce serait si douloureux, une douleur prenant au fin fond de mes entrailles, me brûlant à petit feu. Peu importe ce que Matthew répond pour justifier de mon désarroi, je n’arrive même pas à relever la tête pour rétorquer, restant plantée là telle une créature fragile et sans défense. Les mots bienveillants d’Isabelle me heurtent un peu plus. Une peine de cœur ? C’est au-delà. C’est la maladie d’amour. Je souffre d’aimer de manière inconditionnelle. Je souffre de ne pas mettre le mot « fin » à notre histoire. Je souffre de ne pas arriver à aller de l’avant. Je voudrais tellement pouvoir tirer un trait sur cette histoire, pouvoir me convaincre que ma vie doit être avec Elias, que Matthew n’est qu’une figure du passé. Pourtant, sa venue a tout fait s’effriter. Mes maigres convictions sont devenues faiblesses. Ma force s’en est allée dans les méandres de ces sentiments que je ne peux dompter. Au point de paraître si misérable. Au point de ne pas avoir la force de repousser la main réconfortante d’Isabelle, m’invitant à me reposer. « Ça ira... » Même si au fond de moi, je sais que ça ne sera pas le cas. Il me sera impossible de voir Matthew au bras de sa femme. La jalousie sera trop forte tout autant que ma tristesse. Tout me semble être qu’une noirceur béante, sans aucune lumière au milieu de l’obscurité. Lorsque la main de Matthew m’empoigne le bras, je suis juste capable de relever la tête et de me laisser m’entraîner plus loin. Tout me semble confus jusqu’à ce que le silence survienne, tandis que nous nous retrouvons dans ce vestiaire désert. Le cœur bat la chamade. L’esprit attend. L’amende meurt. 

Je ne peux m’empêcher de sursauter quand il se rapproche de moi, m’emprisonnant par la présence de son bras. Mes yeux s’ancrent dans son regard. Malheureux et larmoyants. Je suis déjà à l’agonie, m’attendant à entendre les pires mots. Depuis notre rupture, j’ai cessé de croire en la bonté de ses mots. Il m’a détruite par tout ce qu’il a été capable de me dire. Et encore une fois, j’ai l’impression qu’une plaie s’ouvre, béante et sanguinolente. L’entendre me dire d’arrêter, que j’aurais dû l’oublier, après tout ce temps, passer à autre chose. La violence de ses mots et de ses gestes me fait sursauter. Mes lèvres s’entrouvrent pour laisser échapper un gémissement douloureux. La respiration est haletante tant je suis dévastée par ses mots, et troublée par sa proximité. Je n’avais plus eu l’occasion d’être si proche de lui. Ses lèvres sont si près des miennes d’ailleurs. Il ne suffirait que d’un pas, même s’il se recule légèrement. Même s’il ose dire que je dois avancer, faire comme lui. Aller de l’avant. « C’est si facile à dire, d’aller de l’avant, de cesser mon cinéma ... Après tout, ce n’est pas toi qui vit, chaque jour, avec cette douleur dans la poitrine parce qu’un beau jour... Tu t’es décidé sur le fait que notre histoire n’avait aucun sens pour toi. » Inspirant doucement, mes prunelles trouvent le chemin vers sa gorge que j’observe plutôt que d’avoir à subir la brûlure de son regard. « Si toi tu as su aller de l’avant, tant mieux. Il est des gens qui se relèvent plus difficilement. Pas tout le monde vit dans une muraille de froideur et d’insensibilité comme toi. » J’inspire plus doucement, essayant de me calmer. Il faut que je cesse de prendre les choses autant à cœur. Il faut que je m’imprègne de ses mots, que j’en saisisse le sens pour aller de l’avant. Devenir forte pour cesser de pleurer « T’as pas idée de ce que ta présence peut véhiculer comme mauvais souvenir... » Et puis il y a des beaux, des merveilleux, des instants inoubliables mais j’évite de le dire, ça ne sert plus à rien maintenant. « Tu sais, je suis personne pour te dicter ce que tu dois faire, mais il vaut mieux que tu quittes cette ville, que tu ne reviennes pas… Je ne sais pas moi, délègue tes venues à tes salariés incompétents... C’est mieux, ça me laisse le temps pour te reléguer au rang des instants à oublier. » Je me passe ma main sur mes yeux, balayant les dernières larmes, trouvant le courage d’afficher un masque de froideur : ce n’est pas moi d’ordinaire. « Et puis, elle t’attend sagement pour aller faire ton shopping. » L’amertume fait vibrer ma voix. Les yeux tristes laissent place à une expression de reproche. Je lui en veux tellement à l’heure actuelle, de ce sa présence m’inflige, de le voir marié avec une autre, de l’entendre me dire que j’aurais dû l’oublier. Comme si cette histoire pouvait s’oublier d’ailleurs. « Ce n’est pas que tu pouvais m’aimer mieux, Matthew… C’est juste que tu n’as jamais compris à quel point tu pouvais me compléter, combien je me sentais si forte à tes côtés. Tu t’es juste contenté de me piétiner. Et pour ça, te voir ainsi, sera éternellement synonyme de douleur. »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Jeu 10 Mai - 20:43

Le cœur en feu. L’âme déchirée. L’esprit en ébullition.
Matthew luttait contre ce désir irrépressible et mauvais de se jeter sur les lèvres d’Héloïse, de l’étreindre à lui en briser les os et de l’enivrer de ses mots jusqu’à ce que les mauvais souvenirs se volatilisent d'un seul coup. Il se faisait violence pour ne pas lui demander pardon.

Pardon pour ce cœur broyé, déchiqueté, séché, abattu. Pour cet amour gâché, appauvri, déchu. Pardon pour ce silence qui a suivi la chute interminable vers les ténèbres. Pardon pour les coups, les douleurs, les absences, les mots gravés dans le roc de nos âmes. Pardon pour toutes ces années qui se sont écoulées dans l’indifférence. Pardon de ne plus être un fantôme du passé. Pardon de ne pas avoir su mieux faire. Pardon pour ces larmes qui coulent le long de tes joues. Pardon pour le chagrin qui te vrille l’esprit.

Pardon.


Toutes les douleurs d’Héloïse étaient les siennes, et en lisant l’atroce douleur qui déformait ses traits, il eut envie de s’arracher le cœur. Il se damnait et se condamnait à chacune des paroles qui meurtrissaient la jeune femme. De son silence, il se forma une barrière immense pour l’empêcher d’amorcer le moindre mouvement vers elle, pour ne pas laisser échapper une parole malencontreuse, esquisser un signe, produire un murmure qui aurait pu lui faire comprendre que son cœur hurlait encore son nom à chaque instant. Qu’il n’y avait pas une seule seconde qui s’écoulait sans que sa chair ne la regrette, sans que son être froid ne dépérisse si loin de son soleil. Lorsque sa voix s’éleva, il manqua de tressaillir. Il vibrait de ce timbre malheureux et amer à la fois. Ce n’est pas toi qui vis, chaque jour, avec cette douleur dans la poitrine…

Oh mais si… cette souffrance est là. Elle m’accompagne chaque jour, triste vestige de notre histoire passée. Elle est mon fardeau. Ma douleur. Ma déchirure. Elle est la croix que je porte et qui me rappelle que j’ai arrêté de vivre, il y a quatre ans de cela…

Il la dévisagea sans rien dire, comme si un mot de plus aurait été superflu. Elle avait compris. Doucement, elle se résignait à cette triste évidence qui n’était pourtant que mensonge. Il était froid. Calculateur. Insensible. Sans cœur. Oui, sans cœur, il l’était. Il l’était depuis que la brise ne portait plus les effluves de son parfum sur sa route. Des mauvais souvenirs… Il en détenait si peu. Leur histoire n’avait été qu’une succession de bonheurs humbles, de joies délicates qui avaient parsemé ce rêve merveilleux. Leur amour n’avait pas eu le temps de décliner, pas eu le temps de se flétrir, de les emporter dans une rengaine épuisante. Avec un goût de cendres dans la bouche, il n’avait pu que mettre un terme à ce souffle qu’ils continuaient de prendre ensembles. Il avait arrêté l’amour là où il prenait tout juste son envol. Cette fin n’était qu’une plaie immense, une douleur d’autant plus insupportable qu’elle n’avait aucune raison. Pas pour Héloïse du moins. Matthew, lui, savait qu’il ne devait cette souffrance qu’à un seul homme : son père. Quatre ans plus tard, qu’en était-il de cette situation ? Insoluble. Au constat violent. A l’ironie dérisoire. Alors partir ? Oui, peut-être cela était encore la meilleure décision. Revenir à ce semblant de vie à Los Angeles, à cet à peu près d’amour avec Isabelle, à cette existence effrénée pour oublier qu’il fonçait tout droit dans le mur, les yeux bandés.

A voir la brune essuyer ses larmes, il voulut être cette main qui chassait la tristesse. Combien de fois avait-il été celui qui avait effacé ses pleurs ? Combien de fois lui avait-il redonné le sourire pas une unique parole, un geste, un regard tendre ? Mais aujourd’hui, même s’il l’avait désiré, il n’en aurait pas été capable. Son cœur était sec et rêche. Les dernières paroles d’Héloïse furent comme un coup de poignard planté en pleine poitrine. Mais si l’éditeur fermait les yeux, ce ne serait pas elle qu’il verrait tenir la lame, mais bien lui-même. Il les avait condamnés. Il les avait parjurés. Elle, lui, et cet amour.

Mais moi aussi, j’étais si fort auprès de toi. Pas parce que j’étais invincible, pas parce que j’étais plus courageux. La peur de te perdre chaque jour, de voir fuir l’amour dans tes yeux, de sentir ta main m’échapper m’a donné la force de me battre un peu plus à chaque fois. J’étais prêt à lutter toute la vie pour ton amour, pour tes regards, pour tes sourires. J’étais prêt à mourir pour toi. J’étais prêt à tout perdre pour toi. J’étais prêt à ne posséder que nos cœurs déguenillés pour unique trésor. Alors que s’est-il passé Héloïse ? Quel malheur s’est abattu sur nous, mon ange ? Quelle malédiction s’est emparée de nos destins ?

Pour elle, le voir ne serait qu’une infinie douleur. Pour lui, la voir ne serait qu’un éternel regret…

La gravité de l’heure enroba Matthew comme un large manteau qui venait se poser lourdement sur ses épaules. Il dévisagea longuement Héloïse, conscient que ce serait la dernière fois qu’il contemplerait ce visage. Son corps réagit avant sa conscience. Il amorça un pas décidé vers elle, un deuxième, mais quand il ne fut plus qu’à une dernière enjambée d’elle, sa raison reprit le dessus. Il s’immobilisa, émergeant d’une tragique rêverie qui avait manqué de sceller leurs adieux dans un baiser insensé. « Tu as raison… Je n’aurais jamais dû venir ici. Je vais repartir. » Désormais, il en enverrait d’autres pour ses déplacements professionnels à New York. Il n’était guère partisan de déléguer, mais il saurait se faire une raison. Il prit la direction de la sortie, avec la sensation que son cœur s’arrachait de sa poitrine, attiré inconditionnellement par son jumeau. Il s’arrêta quand sa main toucha la poignée. Il ne prit pas la peine de se retourner. « Libre à toi d’être juge de ma sincérité, mais je te souhaite d’être heureuse. Avec Elias ou un autre. C’est tout ce que j’ai jamais souhaité. » C’est tout ce que j’ai sacrifié pour en arriver là.

Il quitta le vestiaire sans retour en arrière, sachant qu’un dernier regard vers Héloïse l’aurait perdu à tout jamais. Sa silhouette se perdit dans la foule jusqu’à regagner l’emplacement de sa maison d’édition où Isabelle l’attendait. Elle décela sans mal l’expression sévère qui marquait le visage de son mari, car sa bouche s’ouvrit pour se refermer aussitôt. « On rentre maintenant. » La jeune femme afficha une mine éberluée. « A l’hôtel ? » - « A Los Angeles. »

***

Cinq mois plus tard…
Cinq ans. Un mois. Trois jours.

« Matthew… Je suis désolée… » A la tristesse évidente qui affectait la voix d’Isabelle, Matthew ne répondit que par une indifférence froide. Une étrange émotion l’étreignait à cette nouvelle qui venait de lui tomber dessus. Tout s’emmêlait, s’étirait, se confondait, se tordait dans son esprit jusqu’à ce qu’un sourire vienne effleurer ses lèvres. Sa femme accueillit cette réaction par une mine inquiète qu’il balaya avec un air nonchalant. Presque victorieux. Son père venait de mourir. Sa lente agonie avait pris fin dans la soirée. Sa mère venait de l’appeler pour lui annoncer. Nul chagrin ne malmenait son être. Pire encore, il se sentait terriblement tranquille. Soulagé. Vainqueur. Oui, d’une certaine manière, il gagnait. Il s’approcha pour déposer un baiser rassurant sur la tempe de son épouse en dépit de son attitude. « Ne le sois pas, Isabelle. Ne le sois surtout pas. » Il était mort pour de bon, et dans l’esprit de Matthew, il n’en concluait qu’à un coup du destin. La roue tourne. Les mauvais payent un beau jour. Son père avait payé le prix de sa vie.

***

Matthew savait que cet événement serait terriblement pompeux. Il avait même hésité à se rendre à l’enterrement, mais Isabelle avait su le convaincre qu’une telle faute dans les convenances ne lui apporterait rien de bon. Que ce soit pour sa carrière, ou pour le reste de sa famille. Il ne voulait pas que des journalistes trop curieux ne vienne fourrer leur nez dans les affaires familiales des McGregor et en exposent les travers. S’il se moquait de sa réputation, il tenait à protéger celles de ses sœurs, de sa mère et de sa femme. Aussi fut-il présent, mais il ne parvint pas à mimer un air affecté. A vrai dire, il semblait resplendissant, puissant et invincible. A sa façon, il avait tué le père. Il s’employait à serrer des mains, à recevoir des condoléances hypocrites d’invités auxquelles il répondait à peine, juste avant que la cérémonie ne débute.
Il détenait une allure tranquille. L’esprit dégagé. Le cœur autant en paix qu’il pouvait l’être après tant de tourmentes. Il était maître de la situation, de sa vie et de ses émotions.
Ce qu’il ne savait pas encore, c’était que cela ne durerait pas…
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mar 15 Mai - 13:37

Ces mots font si mal à entendre, quand bien même, ils sortent de ma bouche. C’est moi qui suis en train de lui demander de ne pas revenir. Sa présence ravit trop de souvenirs, elle me ramène à cet instant fatidique dans ce bureau, ce moment où mon cœur n’a plus battu de la même manière. Face à Matthew, je me retrouve confrontée à ce que sa présence me cause comme désordre émotionnel. Je suis fébrile, chaque goulée d’air aspirée me paraît être un supplice. Je suis tel le condamné filant droit vers son destin, incapable de lutter, résignée dans cette fatalité sinistre. Il me manque… Il me manque tellement. Et pourtant, face à lui, je me fais violence pour ne pas m’effondrer un peu plus, pour ne pas m’énerver. Comme si tout ceci était de ma faute, comme si c’était à moi de devoir faire l’effort de l’oublier, d’aller de l’avant. De faire comme lui. Pourtant, j’essaye et chaque jour, je m’en veux de ne pas aimer Elias comme je le devrais. Bien sûr, j’ai des sentiments pour lui, je le laisse s’approcher de moi, être proche. Et pourtant, ça n’a rien à voir avec ce que j’ai ressenti pour Matthew. Ça ne sera jamais aussi fort. Ça ne sera jamais aussi intense, non plus. Je l’ai tellement aimé que j’ai toujours cette fâcheuse impression que le monde, autour de moi, est fade, qu’il ne peut être aimé qu’avec ce gout de cendre dans la bouche. Il n’a aucune saveur. Les lèvres d’Elias n’auront jamais la douceur de celles de Matthew. Il ne sera jamais celui qui m’aura tant fait chavirer. Aujourd’hui, c’est un univers terne que j’évolue. Un monde où il n’est pas là, où je lui demande de s’en aller parce que sa présence me fait mal. Pourtant, lorsqu’il me donne raison, ces douleurs semblent s’empirer. Je suis terrassée par ce chagrin immense, immergée par l’idée première de le retenir, de l’empêcher de s’en aller encore une fois. Je sers fort les poings pour me permettre de rester immobile, de ne pas bouger. De respecter, finalement, sa volonté. Chacun à sa place, sans aucun doute. Le voir tourner les talons rendent mes joues encore plus humides. Et j’imprime chaque détail de sa personne. Sa posture, la carrure de ses épaules, sa chevelure dans laquelle, autrefois, mes doigts y ont trouvé refuge. Désormais, le monde me paraît encore plus triste. Surtout lorsqu’il me souhaite d’être heureuse avec Elias. Qu’il est sincère dans ce qu’il dit. Le cœur rugit au fond de moi. Comment peut-il me dire cela ?! D’être heureuse avec un autre. Pourtant, je garde le silence. J’ai appris à souffrir en souriant désormais. Et je sais que cela ne changera rien. A la rigueur, ça me rendra un peu plus pathétique, comme il me l’a si bien dit. Matthew finit par s’en aller. Et lorsque la porte finit par claquer, que je me retrouve seule dans ce vestiaire, avec pour seul souvenir l’odeur de son parfum, je me maudis de ne pas avoir tenté de le retenir. Et en même temps, je me dis que j’ai tenu bon, qu’il est peut-être temps pour moi d’accepter la réalité, de ne plus vivre avec un fantôme. Et pourtant, c’est d’une telle évidence… Je l’aime toujours. « Si seulement, tu ne m’avais pas abandonné… » Finis-je par murmurer dans un souffle de douleur, luttant pour ne pas m’effondrer complètement. Il faut que je tienne bon. Seule. Face à ce monde si grand.

***

Le temps guérit les blessures. C’est que je me dis chaque jour, laissant la présence de Matthew s’évaporer petit à petit. Si à Los Angeles, ce fut la fin d’un rêve magnifique. A New York, notre rencontre m’a permis de me remettre les idées en place, d’accepter la réalité. Le fait qu’il se soit marié m’a aussi beaucoup aidé, me permettant d’éprouver plus de tendresse à l’attention d’Elias. Aussi, mon quotidien se poursuit, j’oscille entre l’écriture et mon travail dans l’édition, tout en étant sollicitée par de nombreux professionnels au sujet de mon livre. Rien d’extraordinaire non plus, je préfère vivre dans l’anonymat. Si Pan est un auteur connu, Héloïse Bennett vit dans l’ombre et ça me va très bien. C’est l’été d’ailleurs et je me suis octroyée quelques semaines chez mes grands-parents à Los Angeles. Je dois y retrouver Elsa et Naïa également. Autant dire que j’ai un emploi du temps de ministre. Je n’aurais pas une seule seconde à moi, et pas une seule fois, je songe que je pourrais croiser Matthew. Non au contraire, il me paraît si loin désormais, dans son mariage, dans sa maison d’édition. L’amertume persiste souvent. Et parfois, les rêves me réveillent en pleurs. Et malgré cela, ça s’estompe. Le temps le permet. Et notre dernière entrevue y aide beaucoup. Aussi, suis-je plus sereine, laissant Elias m’accompagner à l’aéroport. Nos adieux sont tendres, emplis de promesse sur nos retrouvailles à venir. Et je suis même un peu triste à l’idée de le laisser ici. Comme quoi, les choses finissent par évoluer. Je suis d’ailleurs très heureuse de revoir ma famille. Et une fois, installée dans l’avion, je me laisse aller à un sommeil bien mérité. Il faut dire que j’ai beaucoup travaillé ces derniers temps. Toutefois, vers la fin du voyage, je me réveille et entreprends de lire les dernières nouvelles dans le journal de Los Angeles. Histoire de ne pas être à la ramasse. Mon œil finit par être attirée par un titre. L’article n’est pas énorme, il n’y a rien d’attirant pour l’humain lambda mais la photographie me parle. Voir son visage me procure une brûlure intense à l’estomac tandis que je lis « Sir Edward McGregor s’est éteint à l’âge de soixante-cinq ans. » Des suites d’une longue maladie d’après ce que je lis. Ensuite, il est évoqué tout ce qu’il a entrepris dans le monde de l’édition, le blabla habituel, jusqu’à ce que je remarque que les obsèques se déroulent dans les prochains jours. « Quelle coïncidence… » Je finis par marmonner tout en refermant le journal et en le rangeant. Je suis encore chamboulée par ce que je viens de lire. Je pensais qu’il serait éternel. Mourir ainsi… Je n’arrive même pas à me satisfaire de cette nouvelle. D’une certaine façon, savoir qu’il est mort, me rend triste. Et puis… Je me demande ce que Matthew doit penser de tout cela. Est-ce qu’il en est malheureux ? Mais aussitôt, je chasse son image de ma tête. Nous n’avons plus rien à voir ensemble.

***

C’est bien pour ça que je finis par me retrouver à l’enterrement du père de Matthew. Me maudissant intérieurement, je n’ai pu empêcher mon bon cœur de reprendre le dessus. En dépit de tout ce qu’il m’aura fait subir, je ne peux oublier qu’il m’a offert la chance de pouvoir apprendre. Ça n’a pas été évident, j’aurais pu maudire ce cadeau empoisonné : celui d’avoir dû travailler avec l’être le plus prétentieux de toute la terre. Et pourtant, l’être le plus merveilleux aussi. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, aussi étrange que de me retrouver à devoir dire au revoir à quelqu’un n’ayant pas cru en moi, ne m’ayant donné aucune chance si ce n’est que d’avoir obtenu cette victoire… Mais quelle victoire d’ailleurs ! La méchanceté finit par se payer et c’est tout ce à quoi je pense tandis que j’avance prudemment dans ce cimetière. Je repère bien vite le lieu de la mise en terre. Il y a du monde. Enormément de monde. Des gens que je reconnais pour avoir travaillé avec eux, sa famille. Et puis ces autres que je ne connais pas. Et puis il y a Matthew que je finis par apercevoir… Et mon cœur ne peut s’empêcher de défaillir quand je remarque Isabelle à côté de lui. Encore, et toujours. Aussi belle que la première fois. Pourtant, mon regard revient aussitôt vers lui. Il me paraît tellement beau, faisant balayer toutes mes convictions de ces derniers mois. A croire que le combat est vain, qu’il suffit de le voir pour sentir sa volonté mollir. Heureusement, il y a ce rempart humain entre nous, tandis que je l’observe, digne et fier, tandis que le prête énonce ses dernières bénédictions. Il y a ses sœurs aussi non loin. Ellana et June, que je reconnais aussitôt avec un pincement au cœur. Nous nous étions tellement bien entendues. Mais la vie en a décidé ainsi. Aussi, je reste plantée là, derrière un golgoth de deux mètres me permettant d’être invisible, entendant Matthew prononcer quelques mots à l’égard de son père et sans aucune chaleur, ni tendresse. Je reconnais si bien ce ton austère et froid. Celui avec lequel il s’adressait à moi quand je n’étais qu’insignifiance. Les choses ont tellement changé. Les visages ont vieilli. Le son de la voix, également. Et lorsqu’Amazing Grace retentit, je me rends compte que j’ai pleuré. M’essuyant brièvement les yeux, je m’éloigne un peu tandis que beaucoup foncent vers les McGregor afin de leur adresser leurs condoléances. Mais ça, je ne me sens pas prête. Du moins, pas devant tout le monde. Aussi, je trouve refuge derrière un arbre, attendant que la foule se disperse, l’enterrement ayant pris fin. Puis, au bout d’un temps, les McGregor finissent par s’en aller et je n’ose toujours rien faire, figée dans cette peine immense, avec cette impression de n’avoir rien à faire ici. Pourtant, je finis par me décider, trottinant vers Matthew se trouvant dos à moi, accompagné d’Isabelle. « Matthew !! » J’aimerais tellement lui dire que je l’aime. J’aimerais tellement être cette épaule sur laquelle il pourra se reposer. J’aimerais tellement revenir à cette époque merveilleuse, le temps des interdits et du bonheur infini. Reviens-moi. La gorge est sèche, la voix si rauque, laissant le concerné se retourner. Mon estomac fait un saut périlleux. J’ai le cœur presque en arrêt. « Je… Je suis désolée d’être là… » Je sais que ma place n’est pas ici. Je sais que je n’ai rien à faire. « Je doute que ton père aurait aimé que j’assiste à ses obsèques mais voilà… Je suis là. » J’inspire bruyamment, me mettant à rougir. « Je voulais te présenter mes plus sincères condoléances. Je suis profondément attristée de ce qu’il lui est arrivé et… » Et surtout, je ne peux pas vivre sans toi. J’ai beau essayer mais je n’y arrive pas. Même quand je cesse de penser à toi, t’es encore là. Toujours. De partout. Imprimé dans chaque grain de poussière, dans chaque grain de sable. Tu es mon tout. Tu es partout. « Et… C’est tout. »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Jeu 17 Mai - 22:40

Il y avait une assurance désarmante et inattendue dans l’attitude de Matthew ce jour-là. D’aucun aurait pu penser qu’il serait le plus affecté par cette mort qui couvait depuis quelques temps déjà. Après tout, il n’était pas uniquement le digne héritier de la famille, mais aussi le successeur tout désigné de son père afin de prendre la tête des éditions McGregor. Si le fils avait déjà la main mise sur l’entreprise depuis bon nombre d’années par procuration, la mort de son père lui conférait une véritable légitimité et qui l’empêchait d’être attristé outre mesure et officialisait pleinement son statut.
Il ne pouvait plus tomber.
Au fond de lui, il ne savait pas ce qui le réjouissait le plus entre son brusque changement de statut, ou le décès véritable de son père. A l’image d’un monstre atroce, Matthew s’était repu des premières faiblesses que lui avait affligé la maladie ; il s’était délecté des souffrances du vieil homme, de ses tourments et de ses plaintes, de toutes les secondes qui l’avaient grignoté jusqu’à le jeter au bord du précipice ; il s’était enorgueilli d’être si fort alors qu’il était si faible, une carcasse à demi-vie ; et aujourd’hui, il jubilait d’observer ce cercueil qui enfermerait à jamais son père dans l’oubli. Le poète, en son for intérieur, se faisait la promesse solennelle de balayer la mémoire de son père pour qu’il ne reste plus que lui. Depuis l’annonce de sa mort, Matthew ne déchantait pas. Troublée et inquiète de l’engouement non dissimulé de son époux, Isabelle l’avait repris plusieurs fois sur son attitude et le ton léger qu’il employait. Cette réaction irritait tant l’éditeur qu’il y répondait par des paroles sèches envers son père. Sa femme se résignait à ses humeurs, changeant convulsivement de conversation, comme si elle craignait, par une superstition stupide, qu’il ne leur arrive malheur à médire d’un mort. Sauf que Matthew ne voyait pas Edward McGregor tel qu’Isabelle avait pu le connaître. Elle n’avait connu qu’un beau-père réjoui de la voir rejoindre les rangs de la famille, elle, si belle, intelligente, riche, noble et renommée. Plusieurs fois, le poète l’avait soupçonné d’accorder une trop grande tendresse affichée à Isabelle, juste pour le faire enrager. Car, par cette affection donnée sans combattre, il offrait plus de bonnes raisons à Matthew d’avoir quitté Héloïse et le confortait dans ce choix d’avoir pris la bonne décision. Cela avait plongé le jeune homme dans des colères folles et meurtrières. Peut-être que si la maladie ne l’avait pas tué avant, il aurait été la main qui l’aurait précipité vers sa mort. Car de son père, il n’en voyait que le monstre terrible, la bête calculatrice et ambitieuse. S’il se défendait toujours d’avoir voulu préserver les intérêts de son fils, en revanche, il avait radicalement terni son bonheur. Et celui d’Héloïse. Pour cela, il ne lui avait jamais pardonné, et il ne lui pardonnerait pas. Dans la tombe, Edward McGregor emportait le mépris, la haine, le dégoût et la rancune de son fils. Pour accueillir la mort, il ne lui restait rien de l’amour de ses proches.
Ainsi, Matthew avait décidé qu’il ne lui rendrait pas hommage. Il n’en voyait pas l’intérêt. Et s’il méprisait la bêtise humaine, il en détestait l’hypocrisie plus encore. Il ne s’abaisserait à dépeindre un portrait flatteur de son père sous prétexte qu’il était sur son lit de mort. Pourtant, quand il se leva, se trouva devant cette foule assemblée, il changea d’avis. Son regard avait été accroché en premier lieu par celui d’Isabelle qui, insistant, l’enjoignait à ne pas faire d’éclat, mais juste à côté d’elle, ce furent les yeux de sa mère qui lui ôtèrent un bref instant sa colère. Elle n’ignorait pas ce qu’étaient devenus tout l’amour et toute l’admiration que Matthew avait pu vouer à son père étant enfant avant que tout ne devienne que déception, amertume et colère. Il réalisa brusquement combien cela serait injuste d’afficher de tels propos maintenant, là, à la face du monde pour accabler plus quelques membres qui parvenaient à tenir le deuil. Il se résigna. Sans demeurer élogieux, il mit en avant les qualités de son père en homme d’affaires, en éditeur et composa un portait professionnel de son père. Tout ce qu’il ne pouvait mentir et qui s’éloignait d’un quelconque affecte. Cela dut sûrement se voir, d’autant plus que ses paroles s’éparpillaient dans l’église sur un ton monocorde et dépouillé de toute conviction. Puis ce fut au tour de ses sœurs de dire quelques mots. Ils étaient mesurés, empreints d’une émotion qui n’était pas feinte, mais toujours délivrés avec cette réserve propre aux McGregor. Et enfin, sa mère parla. Matthew comprit le véritable chagrin qui l’étreignait. Mais une question surgit. Pourquoi ? Respectueux, mais pas tendre, il n’avait pas été un mari aimant, attentionné ou soucieux du bien-être de son épouse. Il l’avait avec lui comme il accrocherait un trophée au mur du grand salon de la maison familiale en Angleterre. Le poète ne s’était jamais fait aucune illusion sur ce qui les avait liés au départ. L’argent, le rang et la réputation. A côté, son couple avec Isabelle était bien plus enviable. De nouveau, une flamme se ranima en lui. Celle d’une colère vivace et immortelle dirigée vers un mort qui n’avait pas uniquement détruit sa vie, mais qui avait aussi gâché celle de sa mère.

Il sortit de l’église, la mine sombre et le cœur gros. D’instinct, Isabelle s’accrocha à son bras, craignant y voir là le signe de son renoncement à sa fierté et son abandon au deuil. Il fallut alors serrer des mains, recevoir des condoléances peu ou pas sincères. Matthew se plia avec beaucoup de difficultés à cet exercice. Tout ce qu’il souhaitait, c’était partir, que cette journée interminable prenne fin et ne plus supporter la présence de personne. L’annonce du départ fut comme une délivrance, bien qu’il sache que la journée n’était pas finie.
Et puis…
Il la vit. Elle. Héloïse. Une lame de feu lui traversa le corps. Il avait cru se méprendre en l’attendant prononcer son prénom, mais ses yeux ne purent le trahir quand il se retourna. Ils se retrouvèrent face à face, dans cette sourde évidence qu’ils s’aimaient encore l’un et l’autre. Brève faiblesse que la douleur chassa aussitôt. « Héloïse ? Qu’est-ce que tu fais… » Elle ne lui laissa pas le temps de finir. Elle s’excusait d’être présente sous le regard un peu perdu d’Isabelle. Matthew, lui, était hébété. N’était-ce pas elle qui lui avait dit qu’ils ne devraient plus se voir ? N’était-ce pas elle qui lui avait demandé de quitter New York ? Et pourquoi rendre hommage à un homme qui avait causé leur perte ? La rage de l’éditeur enfla dans sa poitrine, comme un volcan qui se réveille. Tout en lui se révoltait. Non pas contre Héloïse, mais bien parce que son père ne méritait pas qu’elle lui accorde le moindre intérêt, le moindre chagrin et la moindre larme. Il aurait voulu lui hurler dessus qu’elle n’aurait jamais dû venir, que son père n’en valait pas la peine et qu’elle devrait le haïr autant qu’il le haïssait, mais les mots restaient prisonniers dans sa gorge. « Tu ne devrais pas l’être. Il ne le mérite pas. » parvint-il à articuler entre ses dents, presque sur un ton sentencieux. Il ne voulait pas de ses condoléances. Il ne voulait pas de sa tristesse. Il étouffait. Isabelle s’offusqua silencieusement, serrant sa main plus fort dans la sienne pour le ramener à l’ordre. Elle choisit de reprendre les choses en mains. « Merci beaucoup. Nous sommes touchés par vos paroles. » dit-elle avec un sourire sincère et triste à la fois. Soudain, la lumière se fit dans son esprit. « Vous êtes la jeune fille du salon de New York, n’est-ce pas ? Je… j’ignorais que vous vous connaissiez et qu’elle connaissait ton père. » Matthew retint un soupir ennuyé et gêné. Cette situation lui déplaisait au plus haut point, surtout que sa femme le prenait à partie pour répondre. Et cette réponse ne devrait pas être la mauvaise, il le savait. Seulement, cela n’expliquait pas son attitude violente au salon du livre. « Héloïse a été l’assistante de mon père durant un temps. Pour un stage, je crois. » mentit Matthew avec un froid détachement. Il ne voulait pas lui donner l’impression qu’il la connaissait bien, qu’il la fréquentait quotidiennement.

Et surtout qu’il l’aimait tant. Qu’il l’aimait à s’en damner. Qu’il la voulait dans tous ses matins. Qu’il aurait donné son âme pour elle. Qu’il avait voulu l’aimer et la chérir jusqu’à la fin de ses jours. Qu’il ne vivait plus depuis qu’elle n’était plus dans son sillage. Que la revoir était une douleur insoutenable. Qu’il voulait la prendre dans ses bras pour ne plus jamais l’en libérer. Qu’il voulait l’arracher à Elias, même si c’était pour un piètre amour que celui qu’il pourrait lui offrir aujourd’hui. Qu’il l’aimait et qu’il l’aimerait sûrement encore. Car elle était inscrite en lui. Ce grand amour. Ce doux, ce tendre, ce merveilleux amour…

Isabelle sembla se contenter de cette explication pour le moment. Elle se recentra sur Héloïse. « Vous avez fait toute cette route depuis New York pour venir à l’enterrement ? Ce n’est pas peu ! J’espère que vos problèmes se sont arrangés depuis. » La brune la rectifia en l’informant qu’elle était venue voir de la famille en priorité ici. Un sourire ironique étira les lèvres de Matthew. Quelle coïncidence… pensa-t-il pour lui-même. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, mais il s’interrompit quand Isabelle enchaîna. « Quelques personnes présentes à l’enterrement sont invités à une réception en l’honneur d’Edward McGregor. Il y aura à boire et un buffet. Nous vous invitons ! La soirée se déroule à la demeure McGregor. Attendez, je dois avoir un carton dans mon sac… » Le sang de Matthew se glaça dans ses veines. Ne pouvaient-ils pas se résigner à l’oubli ? Pourquoi fallait-il que leurs routes se croisent sans cesse ? Pourquoi un destin si capricieux ? Tandis qu’Isabelle cherchait dans sa pochette, Matthew agrippa son poignet. Il stoppa son geste, surprenant son épouse. « Elle sait où c’est. » lâcha-t-il simplement, sans libérer la main d’Isabelle pour l’entraîner à sa suite. Il avait besoin de partir. Il avait besoin d’être loin. Il avait besoin de s’éloigner d’elle. Il étouffait. Il suffoquait. Il l’aimait trop…

***

Durant les heures qui le séparèrent de la réception, Matthew tenta de décortiquer toutes les émotions qui lui déchiquetaient le ventre. Il en avait qu’il identifiait sans mal. La colère, cette amertume sur le bout de la langue, un chagrin infini et une tension palpable qui habitait chaque fibre de son être. Puis il y en avait qui s’emmêlaient, qui se bousculaient sans cohérence. Il en venait à souhaiter la présence d’Héloïse autant qu’il la redoutait. Il la voulait auprès de lui autant qu’il désirait qu’elle s’envole loin d’ici. Et puis il y avait ce doute entêtant dans son esprit, cette question qui peinait à se formuler et qui le malmenait. Car au fond, maintenant que son père était mort, quel était ce dernier rempart qui le tenait à distance d’Héloïse ?

C’était il y a cinq ans. Un mois. Et cinq jours.

Matthew, un verre à la maison, observait cette foule qui évoluait entre les murs de la demeure. Cette même demeure où, cinq ans, un mois et cinq jours, Héloïse était venu avec lui pour un dîner avec ses parents, qu’il s’était disputé avec son père et qu’il avait pris cette décision terrible qui avait changé à jamais le cours de sa vie, et celle de la femme qu’il aimait. Un étrange sentiment le tenaillait à présent. Il regrettait. Il s’en voulait.
De loin, il voyait Isabelle qui jouait les parfaites hôtesses. De fait, cette maison était celle de Lady McGregor, mais elle n’avait pas le cœur à tenir son rang actuellement. Ellana et June n’avaient aucune envie de prendre sa suite. La blonde était dans son élément, avec cette amabilité contrite que requérait la bienséance en de telles circonstances. L’éditeur, lui, se tenait à l’écart, et le regard qu’il jetait sur ses semblables dissuadait quiconque de s’approcher de lui. Sauf une. Sauf elle. « Tu n’aurais pas dû venir, ce soir. » dit-il à Héloïse pour unique préambule. Elle était belle. Une beauté grave et authentique. Sa voix ne portait aucune froideur, presque de la résignation. Cette situation l’épuisait et abaissait progressivement ses défenses. Il n’y pouvait rien. Héloïse pouvait le rendre aussi fort que faible. « Pourquoi est-ce que tu es venue ? » Il tourna son regard vers elle et ses prunelles en dirent plus que ses mots.

Pourquoi es-tu venu alors que tu m’as chassé de ta vie ? Pourquoi parjurer cette promesse tacite qui était la nôtre ? Pourquoi tu ne parviens pas à sortir de ma vie, de mes pensées et de mon cœur ?
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Sam 19 Mai - 13:58

Je n’ai assisté, durant toute ma vie, qu’à deux enterrements. A celui de ma mère, et celui du père de Matthew. Si le premier m’avait complètement dévastée, si j’avais perdu foi en l’existence, m’écroulant dans les bras de ma sœur, pour le second, c’est complètement différent. Bien sûr je suis profondément attristée. Je sais ce que c’est de perdre un parent. Et en dehors de cela, cet homme a, un beau jour, cru en moi. Il m’a apprécié avant de me tourner le dos. Avec le temps, j’ai fini par me faire une idée, le diabolisant moins, lui trouvant des excuses pour faire semblant d’aller de l’avant. J’ai trop souvent préféré croire en la faute complète de Matthew, de ne pas avoir su se défaire de l’emprise paternelle, de s’être servi de moi pour alimenter cette querelle familiale. Aussi, les regrets m’accompagnent en ce jour de deuil, ainsi que cette tristesse perpétuelle. Mon estomac se tord dans tous les sens et bien que mes yeux soient humides, je n’en demeure pas moins angoissée. Le revoir alimente mes craintes. Constamment, je me demande si c’était une bonne idée, si j’ai bien fait de venir. Je laisse parler mon cœur, et forcément, la rancune s’effrite au gré de l’amour. C’est ça, d’aimer. On aime d’amour. On aime par amitié. On aime par obligation. Mais surtout on aime d’être en vie, d’avoir, un jour, côtoyé quelqu’un, qu’il a su nous apporter quelque chose. Pourtant, la colère persiste. Elle est là, sous une certaine forme de rancune. Je n’arrive pas à ignorer mais je n’arrive pas, pourtant, à oublier. Ça explique cette semi-présence. Cachée dans la foule, le cœur en berne, l’âme pleurant sa jumelle se trouvant non loin. Trop souvent, je me dis qu’être ici est une très mauvaise idée, qu’il est temps de rebrousser chemin, et d’arrêter de le contempler au bras de sa femme. Ça aurait dû être moi. Pas elle. Mais l’existence a suivi un chemin autre. J’ai fait le choix de ne plus vouloir le voir, de l’oublier en ne cessant jamais de me dire qu’il est marié, qu’il doit être certainement amoureux. Et pourtant, je suis ici, à me faire du mal finalement. Mais surtout, je suis ici pour ce dernier hommage. Parce que j’ai l’intuition que ma place doit être là. J’aimerais tellement pouvoir lui dire plus que ces simples mots de politesse. Face à lui, je me sens rougir, je pourrais presque défaillir, me mettre encore à pleurer. Mais je tiens bon, je me suis jurée de l’oublier. Il le faut. Passé la surprise, Matthew me rappelle que son père ne mérite pas que je sois là. Il n’a pas tort, c’est vrai. Cependant, ne pas venir aujourd’hui aurait été contraire à mes principes. « Je sais bien… Mais ce n’est pas ma manière de faire… Pas quand on perd quelqu’un. » Ma mine est grave. Cependant, la voix d’Isabelle semble me couper de cette connexion qu’il y a entre nous dès lors que nous nous regardons. Elle se souvient même de moi, curieuse de se rendre compte que je connais son mari. Cependant, ce dernier semble préférer dire que j’ai travaillé avec son père. Ces derniers mots achèvent de me faire hausser un sourcil tandis que j’ajoute d’une voix froide. « Ah oui, tu crois ? » Je n’ai pas forcément envie de faire n’importe quoi, de créer des sujets de discorde. Mais quand même ! Tant qu’il y est, qu’il dise que je passais le balai ou que je vendais des tapis aussi ! Heureusement qu’Isabelle ne semble rien relever, allant me poser des questions sur mon état actuel, pensant aussi que je suis venue de New York exprès pour les obsèques. « Je suis ici pour voir ma famille, avant tout. » Je réponds d’une voix un peu sèche, peu désireuse d’évoquer notre rencontre à New York. « La famille McGregor et moi, c’est une assez longue histoire. Il me semblait normal de venir. » Même si ce n’est pas normal, c’est carrément malsain. C’est obscur, sans raison autre que celle que je réfute. Heureusement, Isabelle ne possède aucune once de méchanceté, vivant dans son petit monde, me conviant à une réception. Cependant, elle est bien vite interrompue par Matthew, qui la tire pour s’en aller, déclarant que je sais où habite ses parents. Visiblement… Toujours au même endroit. Et je reste plantée, là. Observant l’étrange duo, le cœur battant la chamade. Cette fois-ci, il y a peut-être plus de contrariété. Moins de peine.

Pourquoi suis-je venue ? Telle est la question que je me pose, me disant que le destin est assez singulier. Je dois être maso. Vouloir l’oubli en venant le retrouver. Ça n’a aucun sens. Ou plutôt si, les sentiments subsistent.

C’est pour cela que je suis finalement allée à cette réception. J’ai pris le temps d’être bien présentable sans trop savoir si j’étais en train de faire une bêtise ou non. Ce jeu malsain semble continuer. Si ce n’est pas Matthew qui vient à New York en sachant qu’il me croisera, voilà que c’est moi qui arrive chez ses parents. Quelle farce grotesque ! Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir pris la bonne décision, d’avoir bien fait. Je doute fort qu’il sera content de me voir. Mais il n’a pas semblé contester l’invitation de sa femme. Pourtant, j’ai un besoin profond de le voir, de lui parler. Quelque chose ne tourne pas rond. J’ai l’impression de ne plus vivre depuis cinq années, ou du moins d’être une autre. Montant les marches menant vers la somptueuse entrée, je salue le majordome d’un signe de tête, tout en entrant. Les lieux n’ont pas vraiment changé. J’ai l’impression de me revoir en ce jour fatidique, le visage plus rond, l’insouciance dans les yeux, l’amour faisant sourire mes lèvres. Pensais-je alors que ma vie allait s’arrêter ? Non, bien sûr que non. Je pensais que ça serait difficile. Mais pas à ce point. Lorsque j’arrive dans le salon, il y a du monde mais je le repère bien vite, solitaire, sans personne autour de lui. Mon pouls s’accélère quand nos regards se croisent, et immédiatement je vais vers lui. Forcément, je suis peu étonnée de l’entendre me dire que je n’aurais pas dû venir. « Oui, et bien je suis là maintenant… » Forcément, il veut savoir ce que je fais ici. Mon regard dévie vers l’assemblée. Je repère bien vite la chevelure blonde et une vague de jalousie s’empare de moi. Elle semble vraiment dans son élément, gaie et enjouée, à croire qu’elle est faite pour ce milieu. « Je ne sais pas pourquoi je suis venue… » Finis-je par dire sur un ton las. « Je dois être un peu stupide… Je te demande de ne plus venir à New York mais c’est moi qui vient te retrouver à Los Angeles… » Relevant les yeux vers lui, je suis saisie par l’immensité de son regard clair. J’en ai presque le souffle coupé, comme ça a toujours été le cas. « Mais il me paraissait, sans doute, normal de venir rendre hommage à ton père… Malgré ce qu’il a fait, ses mots, sa façon d’agir… Il n’en demeure pas moins ton père. Et je connais ce sentiment… Perdre un parent. » Je me tais, reportant mon regard sur cette agitation. Un peu en retrait, j’ai presque l’impression que nous ne sommes que de simples spectateurs, observant ces farces immondes que sont devenues nos vies. Si loin de ce bonheur idyllique que l’on vivait. Est-il heureux ? Je n’en sais rien. Je ne trouve pas qu’il ait l’air d’apprécier son existence. Je l’ai connu bien plus passionné, plus enjoué. Comme la première fois où j’ai entendu son rire, tous ces instants passés. Je ne retrouve pas cette spontanéité que j’aimais tant. Il paraît quelque peu éteint. « est-ce que tu veux que je m’en aille ? » Finis-je par lui dire, tout en sachant que cette place-là me convient, comme si le seul fait de rester à côté de lui, me suffisait.

Cependant, une ombre se greffe bien vite au tableau en la personne d’Isabelle. Venant vers nous, elle m’accueille élégamment. « Quel plaisir de vous revoir, je suis ravie que vous soyez venue Mademoiselle… ? » - « Héloïse. » Elle me sourit avec bienveillance. « Et bien profitez donc de cette réception. Il y a de quoi vous  satisfaire au buffet, ne restez pas dans votre coin, voyons ! » Décidément, elle me paraît bien lourde, un peu trop présente d’ailleurs, mais je conserve le sourire pour ne rien laisser apparaître d’autre. « Vous êtes bien aimable, je profitais juste d’échanger quelques mots avec Matthew, en souvenir du bon vieux temps. » Essayant de paraître plus enjouée, j’en viens même à sourire au concerné. « Nous avons des tas de choses à nous dire ! » Finis-je par dire, essayant de dissimuler tant bien que mal toute forme d’hypocrisie. Elle échange quelques mots avec son mari. Et durant cet instant, je les observe faire, silencieuse. Elle finit par s’en aller, nous laissant à nouveau seuls. De cet échange singulier, il y a bien quelque chose que je remarque. Ça m’avait traversé l’esprit à New York mais j’étais, alors, tellement renfermée dans ma peine que je n’ai pas cherché à m’interroger plus. Cette absence de tendresse… Elle me semble me jaillir à la figure. Il n’y en a aucune et quand bien même, c’est peut-être normal, qu’il y a du monde ou autre, je n’arrive pas à me défaire de cette pensée. Comme si tout n’était qu’une vulgaire mascarade. C’est alors que je me souviens de cette question qu’il m’a posé dans ce taxi. Cette interrogation à laquelle j’ai répondu sans avoir eu un retour réciproque de sa part. « D’ailleurs, tu ne m’as jamais répondu à ma question, Matthew. » De nouveau, mon regard se tourne vers le sien, le sondant comme si je cherchais la vérité dans ses yeux. Mais avant qu’il puisse me répondre, j’enchaîne aussitôt afin de pouvoir aller jusqu’au bout de ma pensée. « T’es heureux avec elle ? » Mes yeux finissent par se baisser, mes joues se couvrant de cette teinte habituelle rosée. Encore une fois, je fais preuve d’une sincérité désarmante, mais il n’y a aucune once de douleur dans le timbre de ma voir. Non, rien qu’une vérité. C’est bête, mais je ne peux pas m’empêcher d’être jalouse.
Pourtant, ça fait cinq ans… Un mois, et cinq jours.

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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Sam 26 Mai - 21:54

Monstrueuse parade. Ambiance mortifère.
Matthew jaugeait d’un œil sombre la foule qui paradait devant lui, mimait des mines graves, brodait des discours sirupeux sur un homme qu’ils connaissaient si peu. Mais cela ne leur importait pas. Il fallait se plier à la bienséance, faire ce qui était bon de faire, qu’importait l’hypocrisie qui se cachait derrière le moindre sourire. Pire que la cérémonie, cette réception était un calvaire pour l’auteur. Que n’aurait-il pas donné pour se retrouver loin et seul ? Pour ne pas donner la sensation de pleurer un homme qu’il haïssait du plus profond de son cœur ? Son allure austère et la mine noire qu’il arborait dissuadaient quiconque de l’approcher de trop près, ou alors, les forçaient à écourter l’échange qu’ils tentaient d’amorcer. D’aucun pouvait penser que c’était une manière à lui d’appréhender ce deuil, mais il n’en était rien. Il les détestait tous, tout autant qu’ils étaient. S’il avait voulu rester fidèle à lui-même, son masque aurait été tout autre. Un air goguenard, des remarques provocantes, un engouement qui auraient valu tous les discours du monde pour prouver que la mort d’Edward McGregor était une bénédiction pour lui. Les raisons ? Beaucoup penseraient que son cœur ambitieux n’attendait plus que de recevoir l’exclusivité des parts de la maison d’édition ainsi que le tiers de son héritage. En son for intérieur, ce n’était pas le feu de la présomption qui brûlait, mais une lueur bien plus sombre. Celle de la vengeance. Ce soir, Matthew savourait sa vengeance sur son père qui lui avait ôté tout ce qu’il avait de plus précieux en ce monde. Ce père qui l’avait destiné à cette vie qu’il exécrait du plus profond de son être. Une demi-vie. Une frustration quotidienne. Un désenchantement particulier. Un manque effroyable. Et la solitude pour unique compagne. Car oui… elle n’était plus là. Il l’avait perdue il y a cinq ans, un mois et cinq jours. Et chaque jour n’était pas différent des autres. La douleur était moins vive, mais la souffrance demeurait la même. Il la portait en lui comme une blessure. Une déchirure qui ne s’était jamais résorbée. Alors oui, il aurait pu afficher ce bonheur mauvais qu’il ressentait présentement mais il y avait une dernière chose qui le retenait de s’exposer à une telle polémique : le regard de sa mère et de ses sœurs. Il ne pouvait pas décemment leur infliger cela. Pour cette même raison, il était aussi présent ce soir.

Mais peut-être pas uniquement…

Il l’avait laissée approcher sans se défendre. Elle était belle ce soir, Héloïse. Il ne savait si c’était le poids du deuil, ou la douleur de leur rencontre, mais il la trouvait tragiquement splendide. A la dérobée, il ne pouvait s’empêcher de détailler tout d’elle. Cinq ans… Si long et si court à la fois. Il semblait que le temps n’avait eu d’emprise sur son doux visage. Toujours aussi jeune, tendre, rougissante au moindre regard, forte et vulnérable à la fois, timide et intrépide, sensible et têtue. Une chose avait changé en elle… Son regard. Ses yeux qui portaient constamment la blessure que son âme avait subie. Cette fêlure dans sa chair, il savait que c’était lui qui l’avait produite. Et comme il s’en voulait…

Oh pourquoi ne puis-je pas seulement te dire que je t’aime ?

Elle n’aurait pas dû venir. Pas parce qu’il ne voulait pas la voir… mais il savait qu’à être exposé trop de fois à sa présence, il ne pourrait porter plus longtemps ce masque de froideur et d’indifférence. Son cœur brûlait d’un amour ardent, irrépressible, violent et furieux. La lave ne tarderait pas à venir à beau de la forteresse de glace qu’il avait bâti autour de lui. L’absence d’Elias ne pouvait même pas lui rappeler qu’elle était déjà mieux aimée par un autre… « C’est là qu’est la différence entre mon deuil et le tien, Héloïse. Je n’ai pas perdu un parent. Son départ est une délivrance et je ne compte pas le pleurer. » En dépit des années, de tout ce qu’ils avaient vécu et de ce qu’Héloïse pouvait penser de lui, il demeurait convaincu qu’il pourrait toujours dire le fond de sa pensée à la jeune femme. Il ne voulait pas lui mentir. Par afficher des faux-semblants. Peut-être même pourrait-elle comprendre… Il se tourna vers elle pour capter son regard. « Et toi, plus que n’importe qui, ne devrais pas lui rendre hommage. Il ne le mérite pas. » Il coupa le lien si puissant qui venait de s’instaurer entre eux. Ce lien qui manquait de lui faire abaisser toutes ses gardes, de la prendre pour la main pour s’enfuir avec dans la nuit, courir vers l’horizon, lui dire combien il était désolé et hurler à l’éternité combien il l’aimait d’un amour si puissant et déraisonné que cela en dépassait l’entendement. Il s’abîma dans la contemplation agacée de ces invités qui n’étaient là que pour être vus. Il ne voyait pas d’hommage. Juste des mondanités. Une fois encore, il sembla qu’Héloïse était la plus sincère d’entre toutes… Est-ce qu’il voulait qu’elle parte ? Il demeura silence quelques instants. Son cœur lui hurlait qu’il ne voulait pas qu’elle parte, mais sa raison l’empêchait de dire qu’il la voulait auprès de lui.

Ce n’est pas la raison qui règle le cœur…

« Non. » Isabelle fit irruption à ce moment précis. Belle, élégance, avec ce soupçon d’air contrit qui convenait à la situation. Son plaisir de voir Héloïse n’était pas feint. Toutefois, Matthew la connaissait suffisamment pour voir s’agiter dans sa tête tous les mécanismes de ses réflexions et de ses doutes. Il prit soudain peur. Que son trouble face à Héloïse soit trop évident. Qu’elle puisse se douter de quelque chose. Après tout, il lui avait parlé autrement d’une femme qu’il aimait désespéramment. Isabelle s’était figurée qu’il s’agissait de Jane, car le nom d’Héloïse avait toujours été tu dans la famille. Matthew n’avait jamais démenti, mais il n’avait jamais approuvé non plus. Et la blonde était loin d’être une idiote. Toutefois, elle avait bon cœur. Il ne hasarda nulle parole, ne répliqua pas à la pique d’Héloïse. Elle lui en voulait, il pouvait comprendre. Même lui sentait qu’il parjurait leur amour en décrétant avec flegme qu’elle avait été la stagiaire de son père, alors qu’elle avait toujours été la sienne. A lui… « Cette fille est tellement étrange… » nota Isabelle une fois que la brune s’en fut allée vers le buffet comme indiqué. « Je ne parviens pas à croire que la coïncidence ait été si belle. Sa famille vit vraiment ici ? » Matthew haussa les épaules en signe d’ignorance, ne voulait pas attiser plus les soupçons de la jeune femme. « Je suis certaine qu’il y a bien plus derrière tout cela. Ce n’est pas uniquement un ancien patron qu’elle vient pleurer… » Un sentiment étrange vint tordre les entrailles du poète. Il aurait pu croire à de la jalousie de la part de son épouse, mais cette dernière laissait sous-entendre tout autre chose. Il sentait qu’elle aurait souhaité poursuivre ses réflexions plus loin, mais elle était déjà happée ailleurs. Elle vint déposer un baiser sur la joue de Matthew. « S’il te plaît. Fais un effort. Tâche de sourire et d’être un peu plus agréable. » Pourquoi diable se plierait-il à un tel cinéma ? Il n’en avait pas l’envie, et la seule motivation qui le guida vers le buffet fut son verre vide. Il ne sut si c’était à regret ou non, mais sa route croisa de nouveau celle d’Héloïse. Il mima l’indifférence d’être présent à ses côtés, bien qu’il guettât le moindre signe de sa part. Un bref regard vers elle lui indiqua qu’elle avait toute son attention pour cette fameuse question. « T’es heureux avec elle ? » Imperceptiblement, Matthew se raidit. Quelle réponse pouvait-il avoir le droit de lui donner ? Cette première n’était pas suffisamment évidente ? Portant son verre à ses lèvres, un sourire désabusé et tragique craqua le visage de l’auteur. « Quelle est la réponse que tu voudrais, Héloïse ? » lui demanda-t-il aussi sincèrement qu’il le pouvait. Ses prunelles dévièrent vers Isabelle, la détaillèrent longuement comme s’il la redécouvrait pour la première fois. « La vérité… c’est qu’il n’a jamais été question de ça entre nous. Ne sois pas aussi naïve pour croire le contraire… » Ce n’était rien de plus qu’un mariage arrangé, sous tous les déguisements qu’il avait pu mettre. Il pensait qu’Héloïse l’avait compris en dépit de tout ce qu’il avait voulu faire croire. « Alors être heureux… c’est lointain, c’est flou, c’est vaporeux, c’est comme un sortilège… » Le bonheur, c’était il y a cinq ans, un mois et cinq jours. Matthew plongea son regard dans celui d’Héloïse, même s’il lui fallait combattre ce besoin avide qu’avaient ses lèvres de rencontrer les siennes. De faire taire les battements fous de son cœur. « De mon bonheur, à moi aussi, il n’a jamais été question. » Les prunelles se lièrent, s’embrassèrent, ne firent plus qu’un dans cette symbiose étrange qu’il partageait autrement, entre trouble et passion. Aussitôt, il regretta ses paroles. Il baissa les yeux, maladroit, sombre et furieux contre lui-même. « Excuse-moi. » Il la planta à côté du buffet, s’approchant d’un groupe qui tentait de quérir son attention depuis un moment déjà. A cet instant, leur compagnie était sans doute préférable à la réaction d’Héloïse…
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