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 « A dream you once were » [Matthew]

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Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
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DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
MESSAGES : 5289

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 27 Mai - 19:11

Cette question me semble tant importante. J’y ai songé un bon nombre de fois. Elle m’a parue obsédante. J’y songeais trop. Je me suis tellement fait des idées, à chercher des réponses à mes interrogations. À chercher cette vérité que je n’ai jamais trouvé. Au-delà de tout ce qu’il a pu me faire, je n’ai jamais cessé de croire en cette faille dans cette rupture. Je suis stupide, certes. Mais trop souvent, j’ai cru que quelque chose ne tournait pas rond, que du jour au lendemain, l’être le plus aimant faisait tomber le masque, laissant apparaître un visage qui ne me plaisait guère. Celui d’un être froid qui ne souhaitait qu’assouvir un besoin malsain d’affronter son père. Je n’étais que l’instrument d’une vaste machination. J’étais amoureuse. Il était le bourreau. J’étais innocente. Il était cette main qui broierait mon cœur, le malmenant comme jamais. J’étais pleine des rêves, il était devenu mon cauchemar. Et pourtant, malgré cela, je n’ai jamais cessé de me dire que ça n’avait aucun sens. Que nous étions si heureux ensemble, que nous devions emménager ensemble, que nous avions acheté un chien. Tout s’était effondré. Et pourtant, le fait d’être partie de Los Angeles m’a aidé à avancer, à me convaincre que oui, je m’étais trompée. J’étais tombée dans les mailles d’un filet impossible à détecter. J’avais été si bête, tellement pathétique de croire qu’une être doté de tant de lumières pouvait aimer quelqu’un d’aussi obscur que moi. Et malgré cela, pourtant, je ne cessais de me dire qu’il y avait forcément une explication. Que Matthew ne m’ait peut-être pas tout dit. Il y avait ce point que je n’avais pas vraiment réglé. Ce moment où lors de ce dîner fatidique, Matthew s’était entretenu avec son père, au moment de partir… Tout s’était empiré par la suite. Je n’avais pas eu les réponses à ce sujet. J’avais entendu pire, au point d’en perdre mes repères, ma raison de sourire. La fuite était la seule et unique solution. J’étouffais à Los Angeles. J’étais en train de mourir à petit feu, mourir d’amour pour ce qui ne m’appartenait plus. J’avais tout perdu, convaincue de ce qu’il m’avait dit. Et pourtant… il y avait cette petite voix trottant dans ma tête. Elle me disait qu’il y avait une autre vérité. Celle que Matthew me dissimulait. Cependant, j’ai préféré ne pas l’entendre. Elle faisait trop mal. J’avais le cœur en miettes, et pas la force de me battre, de chercher mes réponses. New York me tendait les bras. Et avec ça, la possibilité d’apaiser un cœur en souffrance. Par la suite, Elias a fait irruption, faisant s’envoler les souvenirs douloureux, laissant l’esprit s’accaparer des moments figés, heureux et bienfaiteurs. Malgré cela, cette voix trottait toujours. Moins forte. Moins bruyante. Mais toujours là, prenant la place dans mes songes, me donnant cette envie de savoir ce qu’il devenait, ce qu’il faisait. Et surtout, s’il était heureux. Question que je lui pose maintenant, le cœur battant la chamade. Cette question que j’ai tant espéré poser. Cette question qui pourrait bien conclure la fin de cette soirée, de ce qu’il vaudrait mieux faire par la suite. L’oubli total. Véritable. Me dire que cinq ans, c’est suffisamment long pour admettre qu’il était, enfin, de passer à autre chose.

« Je veux juste la vérité, Matthew. » Ma voix est douce, quoi que peu tremblante. Heureusement que je ne tiens pas de verre. Je l’ai reposé. Le buffet m’a paru alléchant quand j’y suis allée. Mais le fait d’être ici m’englobe de tant d’amertume, de mauvais souvenirs aussi. J’observe son visage sans rien dire d’autre, le laissant trouver les mots, m’offrant une réponse qui m’étonne autant qu’elle ne me surprend guère. Ça confirme les doutes. Cette absence de tendresse. Peut-être Isabelle est-elle attachée mais j’ai bien connu Matthew. Et j’ai aimé sa tendresse. Alors même s’il m’a confirmé que ce n’était qu’une vaste mascarade, je sais qu’il est capable de gestes et de mots doux. Ce Matthew, celui que j’ai tant aimé, engrainé dans un mariage où il n’est pas heureux. Ses mots me transpercent l’âme et je l’observe d’un air grave. L’intensité de cet échange muet me saisit et je ne sais plus quoi lui répondre. J’ai de la peine pour lui. Et puis, il y a cette autre émotion en moi, que je n’identifie pas de suite, fort occupée à encaisser cet aveu. Déjà ma main se redresse doucement pour venir saisir sa main. Mais avant que je puisse faire quoi que ce soit, il finit par s’en aller, me laissant en plan, sans avoir le temps de le retenir ou de pouvoir lui dire quoi que ce soit. Je me retrouve seule, le suivant du regard sans trop savoir si je ferais mieux de m’en aller ou de rester. Il a voulu que je sois là pourtant, cependant, j’en viens à douter. Baissant le regard, j’observe cette main que je voulais lui tendre, laissant ses paroles se greffer dans mon esprit. Ce mariage n’est pas heureux… Il n’éprouve pas de bonheur… Alors, pourquoi avoir fait tout ça ? Pourquoi se retrouver dans une telle situation ? Pourquoi avoir affronté son père si c’est pour se retrouver dans ce format de vie ? Sans saveur, sans instant de joie. L’absence de tendresse a confirmé mes doutes : Matthew n’est pas heureux. Ça me crève tellement le cœur de savoir cela. Je pourrais me satisfaire, savourer l’idée que la vie lui aura fait payer le mal. Mais je n’y arrive pas, ce n’est pas ma nature. Et par-dessus tout, il y a cette question qui revient, ce doute perpétuel au sujet de ce qu’il m’a dit il y a cinq ans.

Etait-il vraiment sincère ?

Ne sachant que faire, et ne voulant pas rester seule au milieu de ces gens, je me décide à sortir, prendre l’air pour remettre toutes mes pensées en ordre. L’esprit bouillonne. Le cœur palpite comme un fou furieux. Et l’air nocturne me fait du bien. C’est plus calme. Plus détendu. J’en profite pour souffler un peu, jusqu’à entendre qu’on me hèle. Sursautant, je constate qu’il s’agit d’Ellana. D’abord surprise, je vois un sourire tendre apparaître sur son visage. « Je suis tellement heureuse de te voir. C’est si noble de ta part. » Parce que nous nous sommes toujours bien entendues, j’apprécie la chaleur de ses bras fins tandis que nous nous enlaçons brièvement. « Ravie de te revoir, Ella. » Je lui souris doucement. « Comment vas-tu ? Et James ? Je n’ai pas eu le loisir de l’apercevoir. Il a dû tellement grandir. » Et silencieuse, je l’écoute m’expliquer qu’il était bien trop petit pour ce genre de réception, que son petit-ami le garde chez eux. Visiblement, tout semble aller pour eux. Elle me paraît heureuse, bien moins éteinte que son frère. Et ça me rend si triste. Pourquoi ce monde ne tourne pas rond ? Comment peut-on vivre dans son propre malheur alors qu’il suffit de peu pour se sentir bien ? En observant le visage rond de la sœur de Matthew, je me remémore tout ce qu’elle a vécu, notre première rencontre de quand tout allait mal pour elle. J’étais alors dans cette bulle d’amour, convaincue que je vivais un rêve éveillé avec l’homme de ma vie. Je revois encore Ellana me parler des sentiments de son frère avec beaucoup de pudeur. Mais tellement de tendresse. J’aurais presque envie de me mettre à pleurer maintenant. A me dire que désormais, je galère à me sentir bien dans ma vie, que je pleure encore et toujours cet autre, que je souhaite l’exil de sa présence tout autant que je la réclame. « […]En tout cas, c’est si bienveillant d’être venue. Je sais que ça n’a pas toujours été évident avec bon nombre de McGregor. » Je souris, sentant mes entrailles se tordre. « Il faut savoir aller de l’avant. Peu importe ce qui s’est passé, il me paraissait nécessaire d’être là pour votre père. » Avec Ella, nous avons toujours su nous parler ouvertement, laissant la confidence se faire. J’ai tellement aimé la considérer comme ma belle-sœur. « C’est tellement louable. Je dois admettre vous avoir trouvé courageux...  » - « Ella… » Je bredouille d’une voix blanche, mais elle continue sans même s’apercevoir du trouble que ses mots me procurent. « De mettre fin tous les deux à votre histoire parce que mon père l’aura exigé. Après tout, vous étiez si heureux, si beaux ensemble… Je sais que ce n'est pas bien ce qu'il a fait, que vous étiez amoureux pourtant… Il attachait trop d’importance à Matthew. Enfin, c’était il y a cinq ans. » Mais déjà, elle a trop dit. J’accuse le coup de ses propos. «  « Tous les deux ? » » Je m’exclame, complètement stupéfaite. «  De quoi ? » Me demande Ellana avec un sourire sincère, visiblement loin de se douter du chaos qu’elle vient de créer. « Ce que tu viens de dire…Que nous avions mis fin à notre histoire… » - « Oui, c’est ce que Matthew m’avait dit. J’étais tellement triste de l’apprendre, d’ailleurs… » Je vais pour répondre, mais nous sommes interrompus par une troisième personne s’immisçant parmi nous. « Et on se retrouve à nouveau ! Ellana, il y a ta mère qui te réclame. » J’aurais presque envie de suivre Ellana mais je ne peux pas. J’observe la blonde s’en aller, me retrouvant avec la femme de Matthew. C’est juste insupportable. Isabelle paraît être la seule personne capable de trouver de l’amusement dans ce type de réception. « Vous avez pu profiter du buffet ? » - « Oui c’était très bien. » Que je mens en la dévisageant. Elle a l’air tellement à l’aise dans son rôle. Son alliance me paraît être une injure. Je voudrais la lui prendre et la jeter dans le jardin pour qu’elle ne la trouve plus. Mais au lieu de cela, je reste polie. « C’est une très belle soirée. Monsieur McGregor était une personne tellement gentille. Oh bien sûr, il me manquera beaucoup. Et je sais qu’il en sera de même pour vous. » Elle me sourit, avec ce petit côté paternaliste comme si elle était devenue l’amie de tout le monde. « Cela va de soi. » Je réponds trop froidement, sentant une sensation comme si quelqu’un me jetait un seau d’eau froide à la figure. « Vous savez, Héloïse. J’ai du flair, je comprends si bien les choses. Et puis, j’ai compris que vous étiez véritablement proche de lui. » Un seau d’eau froide ? Un iceberg carrément. J’en viens presque à bégayer. « Qu.. Quo… Comment ? » Elle rit gracieusement. « Ne vous inquiétez pas. Je peux tellement comprendre. Après tout, on ne vous a jamais vu. Et il n’a jamais parlé de vous… Vous avez eu de l’importance pour lui, ça je n’en doute pas… Mais c’est la vie. » Mon dieu mais comment a t-elle deviné pour Matthew et moi ? J’en suis sciée me demandant à quel moment, j’ai pu me trahir ? Je suis vraiment gênée, ne sachant que dire, qui plus est quand Isabelle pose sa main sur mon bras, tendre et protectrice. Mais lâche-moi toi !!! « Bien sûr, je vous promets de ne rien dire à qui que ce soit. Ce n’est pas le moment de créer un trouble. Surtout, en ce jour si funeste. Mais je comprends que vous ayez besoin de venir lui dire au revoir. Il était si plein d’esprit. » Et là, on me perd définitivement. Durant une seconde, je me demande si je rêve ou non, si elle se moque de moi ou non. Mais si j’en crois cette brave personne, elle a tout l’air de croire que j’ai vécu quelque chose avec le père de Matthew. « Vous… Vous êtes en train de me dire que j’ai eu une aventure avec … » Elle sourit visiblement convaincue de ce qu’elle dit. « Avec … Le père de Matthew ? » Peut-être se rend-elle compte de l’énormité de la situation ? Comment être si peu doté de cervelle ? ça me dépasse. « Mais vous êtes complètement conne ! Ce n’est pas possible !!! » Je m’exclame d’une voix si forte, à en faire tourner les têtes, complètement choquée de ce qu’elle vient de me dire. J’arrive enfin à mettre un nom sur cette émotion que je ressens depuis que Matthew m’a révélé ne pas être heureux dans sa vie.
Ce n’est pas de la peine, ni du deuil, ni du manque de confiance, ou autre.
C’est de la colère.
Pure et véritable.
Ce genre de colère qui me fera regretter mes mots. Mais il faut qu’elle sorte, qu’elle exulte, que je puisse me sentir bien.

« Non mais ça va pas ! Qui êtes-vous pour m’insulter ? J’ess… » - « La ferme ! La ferme !!!! Fermez-là !!! » Voilà que je hurle un peu trop, laissant la colère se déverser en moi. Elle jaillit, si pleine, puissante. Une colère à la hauteur de mon chagrin, si dévastatrice. « Vous voulez savoir qui je suis ? Très bien. Vous faites fausse route !! Comment pouvez-vous m’insulter de la sorte ?! Moi et Edward McGregor… Quand on ne sait pas, on se la boucle ! » Remarquant que Matthew est là, je contourne Isabelle pour venir à sa rencontre. « Et toi ! » Mes yeux lancent des éclairs. Je suis irrémédiablement déçue. Tout paraît m’échapper. Les idées noires se mélangent, se confondent. Et tout me paraît être une bouillie indigeste, de déceptions immenses. J’ai encore cru en la bonté d’autrui. Ce monde me paraît si morne, sans aucun intérêt. « J’ai tellement de colère !! Tellement de déception en moi !! Combien de fois ai-je tenté de trouver des excuses, de me dire qu’il y avait forcément une raison ! Combien de fois me suis-je dit qu’on ne m’avait pas tout dit... Et là, j’apprends par la bouche de ta sœur qu’apparemment, j’aurais mis fin à notre histoire ! T’es sûr que ça s’est passé comme ça ? Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire, peut-être ? » Me rapprochant de lui, je ne suis qu’un brasier immense. Tout est trop pour moi. Les mots d’Ellana, les suppositions d’Isabelle. Les paroles de Matthew. Cette absence de bonheur, semblable parfois au mien. « Et ton imbécile de femme, c’est encore mieux ! Elle est persuadée que je suis venue pleurer la perte de mon amant !Tu sais cet homme que tu viens d'enterrer... Ah oui, suis-je bête, ton père !!! » Je me mets à rire, me tournant pour observer Isabelle, visiblement outrée. Pauvre âme. « Bien sûr ! Je pleure la perte de l’amour de ma vie !! Je suis tellement stupide à l’aimer encore ! Peut-être faudrait-il le haïr ? Mais ça je ne sais pas faire !!! » Mes yeux s’emplissent de larmes. Des larmes de fureur. Des larmes de déception. Des larmes de tristesse aussi. Je me rapproche alors d’Isabelle, figée dans ce rôle que j’aurais dû avoir, ce nom que j’aurais dû porter. C’est si injuste. « Vous aviez raison Isabelle. Dans vos propos, il y avait une part de vérité, mais là où vous aviez eu tort… » Je me tais durant une seconde, pour reprendre contenance, pour paraître digne, quand bien même, ma colère est ridicule. « C’est qu’il ne s’agissait pas du bon McGregor… »

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Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 27 Mai - 21:37

« Je veux juste la vérité, Matthew. »

Juste la vérité…

La vérité, c’est que je t’aime, Héloïse. Que je n’ai jamais cessé de t’aimer, et que je t’aimerai encore jusqu'à mon dernier souffle.
La vérité, c’est que je n’ai jamais voulu ça pour nous. Je voulais être dans tous tes matins. Je voulais être cette personne qui illuminerait chaque jour ton visage d’un sourire.
La vérité, c’est que je voulais être cette main qui te caresse avec tendresse, être ces yeux qui te contempleraient avec dévotion et amour, être ce corps qui épouserait le tien dans une parfaite harmonie, être cette voix qui saurait tarir tes larmes et enfouir tes chagrins.
La vérité, c’est que je voulais que mon avenir s’écrive avec ton nom.
La vérité, c’est que je voulais t’aimer à en perdre la raison. La vérité, c’était que je n’étais pas prêt à nous sacrifier.
La vérité, c’est qu’il y a cinq ans, un mois et cinq jours, j’ai commis la pire erreur de ma vie. Et chaque jour qui s’écoule, funeste, interminable, insipide et pauvre, me rappelle que tu n’appartiens plus à mon existence.
La vérité, c’est que je t’ai perdue.
La vérité, c’est que je crève de chagrin.
La vérité, c’est que mon âme est nue sans toi.
La vérité, c’est que mon cœur est parti avec toi.


Cette vérité-là ne franchit pas la mince barrière de ses lèvres. Il y a bien longtemps que la bouche de Matthew avait appris à composer avec des mensonges, des demi-vérités, des masques qui voilaient la plus pure des évidences. Le malheur s’était abattu sur son être, comme une nuée de vautours sur une carcasse encore chaude, et la charogne n’en avait laissé qu’un cadavre décharné, froid, sec et abîmé. Il ne lui mentait pas vraiment en lui affirmant qu’il n’avait jamais été question de bonheur entre Isabelle et lui. Bien sûr, leur rapprochement s’était révélé plus subtil que cela avait pu être le cas avec Jane. Dans un excès de colère et par volonté de s’opposer à son père, c’était Matthew qui avait initié cette idée d’épouser Isabelle, plutôt que Jane. Il n’avait pu en être autrement. Il savait qu’il n’avait pu pousser l’affront plus loin. Dans le fond, l’éditeur savait que sa femme nourrissait des sentiments pour lui. Pour elle, cela avait été un mariage d’amour, chose presque inespérée pour elle. Elle s’était épanouie dans cette union glorieuse et –le croyait-elle alors- amoureuse. La froideur de Matthew avait eu raison de ses certitudes au fil de leur mariage. Chaque jour, il l’observait s’épuiser à éveiller l’intérêt de son mari, à créer une ébauche de sentiments, à devenir l’objet de son amour. Isabelle ne demandait pas grand-chose. Juste de la tendresse, de l’attention et un peu d’amour. Ce si peu que Matthew était incapable de lui donner en dépit des efforts de la jeune femme. Elle composait leur quotidien avec des sourires, voilant la tristesse et les ténèbres de leur relation, des belles réceptions, des paroles creuses, des décors vides pour oublier qu’elle n’était pas aimée. Matthew n’y pouvait rien… Son cœur était accroché à une autre. Il aimait Héloïse. C’était ainsi. Il ne pouvait s’en défendre. Et il le réalisait d’autant plus en contemplant la jeune femme au regard si profond et intense. Un sombre océan dans lequel il avait envie de se noyer, sans volonté de remonter à la surface. Ce désir était si puissant en lui. Ça le brûlait. Ça le grignotait. Ça le rendait fou. Et il n’y avait que le contact de la bague d’Héloïse dans sa poche qui parvenait à le ramener à la raison. Ce bref instant de lucidité qui lui fit rompre leur échange et s’esquiver à cette main qui se tendait pour saisir la sienne. Matthew quitta la proximité de la brune avec une angoisse immense qui tapait dans sa poitrine. Cette certitude que, si leurs doigts s’étaient liés, il ne se seraient plus jamais quittés.

Il se retrouva au cœur d’une conversation insipide, chargée de mille condoléances et d’hommages hypocrites pour son père, mais il avait désormais perdu tout courage pour protester et se défiler. Le poète s’en voulait de cet état de faiblesse dans lequel il était plongé dès lors qu’il sentait son parfum dans l’air. L’intensité de son regard était comme un sortilège, le rendant terriblement vulnérable. Pourquoi abaisser maintenant toutes ses défenses ? Pourquoi réduire à néant tous les efforts qu’avaient été les siens pour parvenir à renoncer à la femme qu’il aimait ? Après tout, Héloïse ne lui avait-elle pas affirmé qu’elle était pleinement heureuse avec Elias ? Elle s’était reconstruite auprès de lui, réparant ses plaies et ses blessures. Même si l’idée n’était qu’ébauchée, le mariage avait été évoqué. Qui était-il dans toute cette histoire, sinon un mauvais souvenir ? Personne n’aime se retourner sur un mauvais souvenir. Pourtant, tout les ramenait constamment l’un vers l’autre. C’était à le rendre fou… Par peur, par lâcheté, par désespoir, il se rendait aveugle de tout ce qui aurait pu lui permettre de se dire qu’elle l’aimait encore. A ses regards, à ses mots, à ses inquiétudes, à cette main qui s’était tendue vers lui. Non… il ne pouvait pas se permettre de la laisser s’approcher plus. Il ne pouvait pas se permettre d’entrer à nouveau dans sa vie, de tout foutre en l’air et de réduire à néant tout ce qu’il avait durement bâti. Les raisons qui l’avaient poussé à sacrifier ce qui lui était le plus cher vinrent se cogner contre les parois de son esprit ; et soudain, elles lui parurent si dérisoires… La carrière d’Héloïse, son bonheur avec un autre, une existence plus douce, plus sereine, loin des faux-semblants de son univers, de la haine farouche de son père et de ses pairs. N’aurait-il pas pu l’ôter à tout cela sans briser son cœur ? N’aurait-il pas pu l’enlever et les amener très loin d’ici, dans un lieu où ils n’auraient plus eu besoin que d’exister à deux ? Brusquement, il se sentit lâche, honteux et misérable.

« Tu as une mine bien triste, mon frère. » Matthew ne s’était pas rendu compte que son mutisme l’avait isolé du groupe. Il s’en était allé chercher un nouveau verre quand June s’était approchée de lui. Un soupir désabusé lui échappa. « Je n’aime pas ce genre de réception. Surtout pour cette occasion. » Elle ne le savait que trop. De la fratrie, la cadette était peut-être celle qui avait eu le plus d’affection pour leur père, sûrement parce qu’il ne lui avait causé que peu de tort en définitive. Toutefois, elle le comprenait lorsqu’il s’agissait de son inimitié pour les mondanités. « J’ai été étonnée de voir Héloïse dans la foule. Après ce qu’il s’est passé, je ne pensais pas qu’elle viendrait lui rendre hommage. » Le mensonge de Matthew lui revint en pleine figure. Cinq ans plus tôt, pour éteindre les soupçons de ses sœurs et les empêcher d’informer Héloïse des complots de leur père, il avait fait croire à Ellana et June que cette rupture était autant une décision de la brune, que de l’éditeur. Un odieux mensonge qui lui avait valu de garder le secret sur les réelles motivations qui l’avaient forcé à chasser Héloïse de sa vie et d’empêcher ses sœurs d’agir. Là encore, une bien triste victoire. « Elle ne change pas. Elle a le cœur tendre. » lança Matthew pour unique explication, peu désireux de s’étendre sur un sujet où le mensonge était roi. June notait le malaise de son frère sans parvenir à le formuler véritablement, par pudeur et sans doute parce que ce n’était pas le bon moment non plus. Leur mère arriva au cœur de duo. « Je cherche Ellana. Ne l’auriez-vous pas vue ? » Matthew balaya la salle du regard, mais ce fut June qui fut la plus rapide. « Si, elle est sur la terrasse avec Héloïse. » Le jeune homme tressaillit. Toute son attention se braqua dehors, là où se trouvaient les deux jeunes femmes. Une idée qui ne l’avait pas encore effleurée le frappa de plein fouet. Et si Ellana laissait filer une information ? Et si Héloïse comprenait qu’il avait menti ? Un froid immense envahit ses entrailles, tandis qu’il tentait de distinguer l’expression peinte sur le visage de la brune. Mais l’obscurité voilait ses traits et la venue d’Isabelle sur le balcon lui ôta toute visibilité. Peu enclin à laisser sa femme et Héloïse s’entretenir seule à seule, il fendit la foule pour les rejoindre. Il croisa Ellana au passage, et l’arrêta sans lui laisser le choix. Sa sœur n’en fut guère surprise au début. « Je ne savais pas qu’Héloïse était présente. Quel plaisir de… » - « Qu’est-ce que tu lui as dit ?! » s'emporta-t-il. Il avait saisi sa benjamine par les épaules, se contenant pour ne pas la secouer comme un poirier. « Ellana, qu’est-ce que tu as raconté à Héloïse ? De quoi avez-vous parlé ? » L’émotion le saisissait aux tripes. C’était désagréable, piquant, violent. Il avait soudain peur et ses craintes se confirmèrent. Un éclat provenant de l’extérieur empêcha Ellana de répondre. Matthew la libéra de son emprise pour s’approcher de la terrasse vers laquelle tout le monde avait ses yeux braqués.

Sur le balcon, un triste spectacle l’attendait. Entre l’expression outrée de sa femme et la verve furieuse d’Héloïse. Ce n’était plus de l’amertume, mais une colère immense, une haine farouche et un sentiment atroce de trahison qui enflammait ses prunelles, empoisonnait ses mots et ravageait son âme. N’ayant jamais connu une telle fièvre dans les propos de la brune, il en demeura pétrifié sur le seuil de l'immense fenêtre. Muet d’apprendre que sa femme pensait qu’Héloïse avait eu une aventure avec son père. Mortifié qu’une telle scène éclate en public. Terrifié qu’elle puisse comprendre ce qu’il s’était réellement passé il y a cinq ans, un mois et cinq jours dans ce bureau qui avait été le tombeau de leur relation. Pire encore, c’était de la déception. Et si, cinq ans auparavant, il avait su demeurer fort face à ce même regard, il n’était plus aussi courageux qu’avant. Seule la froideur qui glaçait son cœur ne lui permit pas de flancher quand elle s’en prit directement à lui. Combien de fois avait-il espéré qu’elle lui dirait des mots semblables ? Qu’elle le détestait. Qu’elle ne voulait plus lui trouver la moindre excuse. Qu’il n’était qu’un monstre odieux. Maintenant qu’il les entendait de sa bouche, chaque parole venait lacérer sa chair. « Héloïse, ça suffit. » gronda-t-il en essayant de l’attraper par le bras pour la ramener à la raison, mais en se retournant vers Isabelle, elle échappa à son emprise. Voilà que la vérité est énoncée. Dans les larmes et la douleur. Héloïse n’était pas l’amante d’Edward McGregor, mais bien de Matthew, son fils. L’expression de son épouse se métamorphosa d’un coup, d’un seul. Un silence mortifère s’abattit sur l’assemblée qui s’était approchée, comme des charognards affamés, pour s’appâter des chairs à vif. Prenant conscience de cette foule attroupée, l’épouse McGregor rougit brutalement, ses yeux s’humidifièrent, puis elle tourna les talons, dévalant les marches de la terrasse qui menaient jusqu’aux profondeurs du domaine. Derrière eux, Ellana et June s’étaient déjà imposées pour éloigner les voyeurs et refermer l’immense porte-fenêtre. « Isabelle, attends ! » Matthew manqua de bousculer Héloïse, restée là de l’autre côté de la porte avec eux tandis qu’il s’élançait auprès de sa femme. Le cœur en feu. L’esprit en pagaille. Il la retrouva en bas des escaliers, s’étant interrompue à son appel. Elle demeurait dos à lui, mais il pouvait voir le tremblement discret de ses épaules. Sa voix lui revint, faible et douloureuse. « Matthew… Matthew, est-ce que… est-ce que c’est vrai ? » bredouilla péniblement Isabelle. « Est-ce que tu as eu une histoire avec cette femme ? » Miséreux, il était incapable de lui répondre. Il fallut qu’elle se retourne complètement vers lui, son gracieux visage baigné de larmes pour qu’il retrouve l’usage de la parole. « Oui. » A quoi bon mentir plus qu’il ne l’avait déjà fait ? Matthew sentit la présence d’Héloïse à quelques marches au-dessus de lui, les ayant rejoints malgré tout, car Isabelle braquait son regard tout droit sur elle. Ce n’était pas de la colère, juste de la déception. Et soudain, ce que le poète redoutait le plus arriva. Le visage de la blonde se métamorphosa, comme si elle prenait brusquement la pleine mesure de cette révélation, et de ce que cela impliquait. Ses prunelles hagardes ricochaient entre les deux anciens amants. « C’est elle, n’est-ce pas ? » Sa gorge se serra, l’empêchant de répondre. Au fond de son ventre résidait encore l’espoir qu’elle se fourvoie. Mais non, elle avait compris. Un léger rire la saisit, aigu et désemparé. « Oh oui, c’est elle. Tu n’as pas besoin de répondre, Matthew. Je lis si bien en toi… J’aurai dû le comprendre au premier regard que je t’ai vu poser sur elle. Ce regard que tu n’as jamais eu sur moi. » Il vit le regard d’Isabelle se lever vers Héloïse. « Vous avez raison. Je ne suis qu’une idiote. Comment ai-je pu croire une seule seconde qu’il parlait de Jane ? Alors que depuis le début, il n’a jamais été question que de vous ! » - « Isabelle, arrête. » Le ton grondant de l’éditeur était menaçant, mais Isabelle était prisonnière d’une fièvre malheureuse qui la poussa à continuer en s’adressant à son mari. « Depuis le début, c’est elle. Ce grand amour dont tu me parlais. Cet amour que tu regrettes. Cet amour qui t’empêche de m’aimer moi ! » Elle s’approcha de Matthew qui soutenait son regard plus par orgueil que par défi. Il voulait juste qu’elle se taise. Il lui répétait encore et encore, mais elle ne pliait pas. Elle était tiraillée encore colère et chagrin. « Et moi, comme une idiote, je cours après ton amour depuis tant d’années ! Pourquoi est-ce que tu l’as laissée venir jusque chez nous ? Pourquoi tu ne m’en as pas empêché ? Pourquoi… » - « ASSEZ ! » hurla Matthew, interrompant enfin le flot de ses paroles. Isabelle sursauta. Il lut une brève frayeur, chassée aussitôt par une tristesse immense. Elle voulut parler, mais le regard noir de son époux l’en dissuada. Longuement, ses yeux se posèrent sur Héloïse, la jaugèrent, elle, cette femme qui avait su conquérir le cœur de Matthew alors que tous ses assauts étaient des échecs. Et en dépit de tout le bon cœur qu’elle avait, Isabelle était convaincue d’une chose : elle valait mieux qu’elle. Ses doigts chassèrent les larmes de son visage pâle, ajustèrent sa coiffure et elle s’en alla, la tête haute et l’allure fière.

Matthew était resté immobile, comme une statue de pierre. Il savait qu’Héloïse n’avait pas bougé et qu’elle demeurait toujours derrière lui, à quelques marches d’écart. Il n’osait esquisser le moindre geste, le moindre mouvement. Les mots dansaient dans une parade effrayante au creux de son esprit. Il ne pensait pas seulement à tout ce qui avait été dit, mais bien aux déductions que la brune pourrait en faire. Quelle conclusion verrait le jour dans son esprit troublé ? Quels seraient les sentiments que Matthew s’apprêtait à affronter ? Le mystère se jouait entre la colère, la déception, l’incrédulité, le chagrin, la haine, l’indignation, la trahison. La main de Matthew trouva naturellement son chemin dans la poche de sa veste, se rassurant au contact froid et solide de la bague qui scellait une promesse faite il y a plus de cinq ans. Celle de protéger le bonheur d’Héloïse. De toujours songer à son intérêt. De la savoir aimée, même si c’était dans les yeux d’un autre. « Ne dis rien… » Les mots s’échappaient en lambeaux de sa poitrine serrée. « Je t’en prie Héloïse, surtout, ne dis rien… »

Ne me dis pas que tu m’en veux. Ne me dis pas que je ne suis qu’un monstre. Ne me dis pas que j’aurai pu faire autrement, que j’aurai pu faire mieux. Ne me dis pas que tu me détestes. Ne me dis pas toutes ses paroles qui seraient ta vérité.
Ne me dis pas que c’est fini…
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 27 Mai - 23:08

Tout ce que j’ai gardé au fond de moi, ces mauvaises émotions, ces questions, tout semble franchir la lisière de mes lèvres. C’est plus fort que moi, je suis incapable de lutter contre ça. Je pourrais conserver un peu de retenue. Mais c’est impossible. Toute dignité s’est envolée. Je ne maîtrise plus rien. La rage m’habite. J’ai trop attendu, trop espéré et trop souffert également. Forcément, tout ceci devient un maelstrom de contrariétés. J’ai tant de choses à dire. Et par-dessus tout, j’ai mal au fond de moi. Mon âme se lacère un peu plus. Et cinq ans après, je me prends encore des coups de fouets en pleine poire. Apprendre qu’on puisse me considérer comme la maîtresse d’Edward McGregor me sidère. J’en viens même à me questionner sur l’ensemble des invités. Qui a cru cela également ? C’est si insensé. Cet homme est en partie responsable de mon malheur. Si je suis venue ici, c’était pour rendre hommage en cette bonté première que j’ai connu autrefois. En aucun cas, je ne pourrais lui pardonner d’avoir brisé mon couple. Ce rêve ayant pris par son propre fait. Et également, celui de son fils. Ainsi, je fais tomber les masques délibérément, lui reprochant d’avoir menti, de m’avoir fait passer pour ce que je ne suis pas. Jamais, je n’aurais voulu mettre un terme à notre histoire par la seule volonté d’un homme. Je ne comprends pas pourquoi la vérité n’a pas été éclatée au moment présent. Pourquoi, elle survient maintenant. Quand les cœurs ont suffisamment souffert, quand les âmes ont vieilli trop vite, par manque de leur jumelle. Je lui en veux, c’est vrai. Ça alimente cette rage souveraine, me donnant des envies de violence qui me sont si inhabituelles. Oh oui, je pourrais casser tout ce que je trouve sur mon passage. La colère se nourrit de mon incompréhension. De ce questionnement sans fin, de ce pourquoi incessant trônant dans mon esprit. Je ne supporte plus cette situation. D’une certaine façon, j’en arrive à admettre qu’effectivement, venir ici était une mauvaise idée. Noble certes. Mais mauvaise parce que nous en sommes là, que je choisis de rétablir la vérité là où le mensonge a pris sa place. Et si les suppositions, les mensonges au sujet de notre rupture sont révélés, le pire reste à venir lorsque je dévoile ce que je suis réellement. Pas l’amante d’Edward McGregor. Mais celle de Matthew. Celle qui su balayer tant de principes, qui a su apporter du soleil dans la vie d’un homme au cœur brisé. Celle qui s’est oubliée dans une histoire d’amour, trop occupé à devenir quelqu’un au travers de ses yeux. J’étais si heureuse à ses côtés. J’étais même la plus heureuse. Et aujourd’hui, alors que les masques tombent, j’en viens à obtenir cette réponse en partie. J’en suis certaine, c’est bien par la faute du père que nous n’en sommes plus ensemble. Ainsi, Matthew peut alors faire face à ces vérités, se retrouvant face à sa femme. Je la vois se décomposer, prendre conscience de la teneur de mes propos. Haletante, je la fixe d’un œil furibond tandis que son expression change. De stupéfaite, son visage semble devenir qu’une douleur immense, jusqu’à ce qu’elle tourne les talons, descendant les escaliers, suivie par Matthew. Le voir tout faire pour la rattraper me fait terriblement mal. Le souffle court et hagard, je reste plantée, là, me sentant être la pomme pourrie dans cette corbeille. Celle qui n’a pas sa place, qui n’a plus d’identité. Si autrefois, j’étais la Héloïse de Matthew, voilà que je suis devenue personne. Le néant. Le vide. L’amante amoureuse qui trouve le courage d’avancer, au-delà de ce balcon, arrivant à la frontière de ce dernier et des escaliers. Je descends une marche fixant Isabelle et Matthew. Elle s’est arrêtée. Et j’entends sa voix, pleine de souffrance, réalisant un fait qu’elle ignorait visiblement.

Cette femme avec qui il a vécu une histoire folle. Cette femme dont il a fait taire le nom. Elle était au courant mais sans plus. Parce qu’aujourd’hui, la vérité lui éclate au visage. Matthew le lui confirme. Mon cœur s’emballe lorsqu’elle évoque tout ce qu’elle n’aura jamais obtenu de lui. Son amour. Sa tendresse. Tout ce que j’ai fini par comprendre en les observant faire. Ce couple imparfait aux apparences parfaites. Mon esprit menace de défaillir et je suis ce témoin silencieux. Le visage baigné de larmes, ma colère semble me quitter au fur et à mesure qu’Isabelle s’échauffe, réalisant que ce mariage n’aura été qu’une mascarade. Visiblement, l’un des deux était amoureux. Et ça me désole. Parce qu’elle n’est pas mauvaise dans le fond. Ce n’est pas Jane. Mais elle a cette place si chère à mon cœur, elle porte ce nom devenu mon sanctuaire, elle embrasse ces lèvres que je rêve de pouvoir savourer à nouveau. Elle est tout ce que je ne suis pas. Un mélange de jalousie et de ressentiment qu’elle doit ressentir à mon égard. Deux femmes pour le cœur d’un seul homme. Je la dévisage sans rien dire, Matthew entre nous. Il finit par hurler à sa femme de se taire, ce qui fonctionne. Elle le fixe de cet air incroyablement malheureux, puis finit par tourner les talons, disparaissant de mon champ de vision. Et je ne bouge pas. Je ne dis pas un mot. Ma respiration est sifflante. Le cœur bat comme un fou et je frôle bientôt la crise cardiaque. Que dire face à cet enchaînement de mots ? Face à ces révélations ? Face à cette vérité me désignant comme celle qui a toujours possédé une place dans le cœur de Matthew ? Cette vérité qui me fait comprendre que nous avons été les victimes d’une machination dirigée par un seul homme ? Ça balaie tous les doutes que je me suis tant posée quant à la véracité des propos tenus lors de notre rupture ? Etait-ce vraiment une mascarade ? Je descends une marche puis une autre, toujours en silence. La silhouette de Matthew me paraît alors presque vouté, comme si ses épaules ne supportaient plus un tel fardeau, une telle souffrance. Je me sens presque coupable de briser son couple en révélant une vérité qu’il ne tenait pas à ce qu’Isabelle sache. Mais c’est plus fort que moi. J’ai trop été l’objet des vices des uns et des autres pour me laisser faire. Plus maintenant. Plus jamais. J’en ai oublié Elias. New York. Mon travail. Ma vie actuelle. C’est fou comme Matthew est capable de tout balayer. Il n’a même pas besoin d’user plus. Je suis à sa merci. Et ce, pour l’éternité, imprimé dans mes chairs, gravé dans mon cœur, à jamais dans mon âme. Sa voix m’arrache de nouvelles larmes. Elle est terrible. Elle me dévaste, mais je respecte sa volonté. Il y a tant de mots qui tendent à vouloir sortir. Même si je me tais. Le dialogue entre les deux époux aura eu le mérite de faire taire la colère. Elle est toujours là, silencieuse, tapie dans un coin. C’est surtout la tristesse qui m’accapare complètement. C’est confus. C’est terrible. C’est indescriptible. Ma main se lève doucement et viens se poser dans son dos. Puis l’autre trouve ce même chemin. Comme unique bruit, mes sanglots discrets brisent le silence. J’aurais tant à lui dire. Mais je n’y arrive pas, et il ne le veut sans doute pas. Alors, je me contente de poser mon front contre son dos. Je pourrais venir me poster devant lui, mais je n’ose pas affronter un éventuel chagrin. Aujourd’hui, nous ne sommes que deux âmes dévastées par le malheur. Deux âmes s’appelant encore pour pouvoir exister. J’ai besoin de lui. J’ai besoin de sa présence. Je ne peux pas vivre avec son souvenir perpétuel, je ne serais pas capable d’avancer pleinement, figé dans ce malheur depuis plus de cinq ans maintenant. Doucement, mes mains viennent s’enrouler autour de sa taille, et j’hume avec force sa fragrance, ravivant les souvenirs d’autrefois, quand le contact physique suffisait à m’embraser. « Dis-moi… » Je bredouille, entre deux sanglots, mes mains venant presque s’agripper à ses vêtements. « Dis-moi que tout ce que tu m’as dit, il y a cinq ans, un mois et cinq jours, tu ne le pensais pas… Dis-le … » Après tout ce temps, je suis incapable de me taire. Le contact attise cette curiosité malsaine. Celle m’ayant rongé pendant tout ce temps. « Matthew… Dis-moi que tu m’aimais quand tu m’as quitté… Je t’en prie… Cette question m’a rongé pendant si longtemps…  » Et reviens-moi mon amour. Parce qu’à tes côtés, je suis invincible. Je suis ton sourire, je suis ton regard tendre, je suis ton rire, je suis ta tendresse et ta façon de m’enlacer, je suis ta malice et ton flegme, je suis ta force et ta témérité. Je suis ton tout. Je suis toi. Je suis celle qui es partout, en toi. Dans ton esprit, ton cœur et ton âme. Toi, mon âme sœur. Ma jumelle. Celui dont j’ai tant besoin… Reviens-moi… « J’ai besoin de savoir… » J’ai besoin de savoir si tu m’aimes toujours, autant que je t’aime. J’ai besoin de savoir si tu m’as dans la peau, si tu rêves de moi la nuit, si tes lèvres appellent les miennes… Si depuis ces années, toi aussi, tu ne vis plus… « Dis-moi Matthew que tu m’aimes toujours… »

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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Lun 28 Mai - 21:48

Isabelle réprima un soupir exaspéré avec difficulté et referma la porte du bureau de Matthew derrière elle. Ce dernier se tenait dans une semi-obscurité, assis à l'un de ses confortable fauteuils, un verre de whisky à la main. La jeune femme s'approcha, cerna la mine sombre de son époux et grimaça. Quand il était dans ces états-là, il n'y avait guère grand-chose à en tirer. Elle pouvait voir pulluler autour de sa tête toutes les idées noires qui l'assaillaient dans ses solitudes et toutes les petites bestioles qui venaient grignoter ce qui lui restait de charmant. Car oui Isabelle, après un an de mariage, était convaincue que son époux était un être torturé à l'âme attaquée par les démons qui peuplaient ses souvenirs. « Je pensais te faire plaisir en te préparant cette fête pour ton anniversaire. » Le long silence qui suivit ses paroles acheva de la mettre mal à l'aise. Désemparée, elle ne savait plus quoi faire pour lui plaire. La mine sombre, Matthew faisait tournoyer lentement le liquide ambré dans son verre comme s'il s'attendait à ce que des images lui apparaissent. « C'était très bien. » Il avala les dernières gorgées de son breuvage, se levant pour aller se resservir si bien qu'il ne vit pas les yeux de sa femme se lever au ciel. De toute manière il ne la regardait pas vraiment. « Manifestement non, puisque tu es parti te reclure ici. J'ai compris la leçon, Matthew. Je ne le referai plus. Plus de surprise. » Il ne trouva pas de réponse adéquate pour Isabelle. Il n'en chercha même pas. Patiemment, il se contentait d'attendre qu'elle parte pour qu'il se livre tout entier à ses ténèbres. Mais elle ne partait pas. Il l'observa du coup de l'œil, comme on jauge si une créature doit vivre ou mourir et il vit qu'elle rassemblait son courage pour lui tenir tête. « C'est à cause d'elle, n'est-ce pas ? Tu penses encore à elle ? » Elle était toujours en lui. Qu'importe le distance, le temps ou l'absence. Il l'avait dans la peau. Isabelle s'approcha, capturant le regard misérable du poète dans le sien. « Quelquefois, si je te regarde suffisamment longtemps, je crois voir son ombre danser devant tes yeux. » Parce que tout le ramenait à elle. Parce que ses anniversaires avec le parfum de la France. Parce qu'il était nostalgique d'un bonheur qu'il n'avait su vivre qu'à ses côtés. Aujourd'hui, il était déchiré entre son passé et son présent. Ce que lui dictait sa raison, et ce que lui criait son âme. Il vit poindre, fugace, l'éclat d'une larme dans les yeux de sa femme. « Et elle sera toujours entre nous. » Son souvenir lui collait à la peau, comme une ombre qui l'accompagnait dans ses jours et dans ses nuits, dans ses chagrins et ses désillusions, dans sa solitude et ses regrets. Il ne chercha pas à mentir, ni à se défendre. Il était las et fatigué. « Laisse-moi seul, s'il te plaît. » Alors, docile et malheureuse, elle quitta le bureau, lui retirant cette main qui venait l'arracher à ses démons. Mais il n'en voulait pas. Il ne voulait pas de cette main-là. Celle qu'il convoitait, depuis longtemps, ne lui était plus destiné.

***


Sans doute suis-je un soleil pour toi, mais à mes yeux, tu es bien plus. Tu m’es apparue un jour, sans crier garde. Je n’ai même pas eu le temps de me défendre, ni même de m’en rendre compte… et je suis tombé amoureux de toi. Tu n’es pas un soleil qui m’éblouit, tu es celle qui m’a réveillé. Tu avais raison quand tu disais que je ne connaissais rien sur l’amour alors que je savais si bien l’écrire… c’est un sentiment que j’ai voulu oublier, que j’ai destiné à la nuit et aux ténèbres. Je n’en voulais pas. Je n’en voulais plus… Mais maintenant, tu es là. Ma Héloïse… Ma douce Héloïse. Mais je ne peux pas t’aimer comme ça. Je voudrais t’aimer tellement mieux… Tu es cette femme unique qui ne doit pas être aimée à moitié, mais entièrement et simplement. Je voudrais pouvoir te promettre que je t’aimerai comme tu le mérites parce que mon corps et mon âme me le crient chaque seconde que je passe avec toi, mais j’ai peur de t’aimer à peu près, de ne pas mériter tout cela. Je voudrais être entièrement digne de toi. Je voudrais t’aimer mieux, Héloïse Bennett…

Il est des amours qui ne meurent jamais, aux saveurs de l'éternité. Il est des amours qui ne s'oublient pas, se greffant à la voute céleste et qui s'impriment dans les étoiles. Il est des amours qui ne connaissent pas la fin, la fatalité, et qui ne vivent que de lendemain. Il est des amours qui ne peuvent être parjurés, sacrifiés sur l'autel de l'humanité. Il est des amours qui méritent que l'on se batte pour eux. Il est des amours contre lesquels on ne peut rien. Il est des amours auxquels on n'échappe pas.

Leur amour était de ceux-là.

Dépouillé d'illusions, Matthew avait longtemps cru que ces amours-là n'étaient destinés qu'à noircir des pages d'encre, enrichir un imaginaire glorieux, offrir l'espoir aux cœurs en proie au doute et dessiner de merveilleuses chimères. Ces amours-là, il ne savait que les écrire, en tracer l'esquisse au fil de sa plume. Désabusé, triste et programmatique. Puis il y avait eu elle… Héloïse avait débarqué dans sa vie comme une tornade. Pas un seul instant, il ne s’était douté qu’elle ravagerait autant toutes ses certitudes ; qu’elle abattrait, pierre par pierre, la muraille qu’il avait bâti tout autour de son cœur ; qu’elle chasserait l’angoisse et la platitude du lendemain par ses sourires ; que ses regards sur lui réveilleraient les couleurs de l’univers ; qu’il l’aimerait à en perdre la raison et à s’oublier un peu lui-même. Cet amour-là était bien plus que tout ce qu’il pouvait y avoir de plus précieux au monde. Il était un trésor dissimulé dans l’écrin des mots d’Héloïse. Matthew se laissait aveugler par la splendeur de cette union si parfaite, de cette symbiose si évidente de deux âmes destinées l’une à l’autre. Et parfois, quand ils usaient ses rétines à contempler le visage endormi et paisible d’Héloïse, luttant contre le sommeil, il lui venait la certitude qu’ils seraient toujours liés l’un à l’autre, que ce soit dans cette réalité ou dans une autre. Ils existaient pour s’aimer, se chérir et s’adorer. Mais aussi haut que l’amour l’avait mené, il l’avait anéanti, ne laissant qu’un corps décharné sur les rebords de la route insensée de cette vie.

Il entendit les pas d’Héloïse derrière lui, fébrile. Il pouvait entendre le souffle court dans le silence obscur de la nuit. Qu’avait-il fait d’eux ? A quelle existence les avait-il condamnés en voulant la protéger ? Pourquoi en étaient-ils là ce soir, à compter leur blessure, à verser des larmes et à retenir le sang de leurs plaies ouvertes et à vif. D’Héloïse, il n’attendait que des reproches, de l’indignation, des mots qui seraient pires qu’un millier de lames. Et pourtant… il sentit sa main sur son épaule comme une brûlure agréable et atroce à la fois. Il tressaillit sans tenter de masquer le trouble affreux qui le saisissait. Il avait le cœur en lambeaux. Et pour la première fois, il était mort de peur, si vulnérable face à la réaction d’Héloïse. Sa main quitta son épaule, ses bras s’enroulèrent autour de sa taille sans qu’il ne cherche à se défaire de son emprise. Instinctivement, sa main se posa sur les siennes, les serra pour en éprouver la chaleur, ne jamais les laisser lui échapper. Pas encore. Pas cette fois. Il sentit son front se poser contre son dos. Il se contracta, frissonna, se détendit comme un drogué retrouve le chemin de ses vices. Sa voix percuta son cœur autant que ses mots. Non… bien sûr qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il avait dit cinq ans plus tôt. Tout n’était que poison, infamie, parjure à cet amour si pur et profond entre eux. L’aimer ? Oui, il l’aimait toujours. Il l’aimait à s’en tuer, à en avoir mal, à en perdre la raison, à en oublier tout ce qui composait son existence. « Je n’ai pas eu le choix… » bredouilla Matthew, d’une voix si misérable qu’elle en paraissait plus grave. Comment lui expliquer tout ce qui l’avait poussé à commettre un tel acte ? A pousser ces mots empoisonnés à sortir de sa bouche ? « Il n’y avait pas d’autres moyens pour tenir ma promesse… » Cette promesse qu’il lui avait faite tant d’années auparavant. Cette promesse qui s’était scellée par un cadeau si précieux. Alors, de son autre main, il sortit la bague de sa poche, cette unique compagne pour combler l’absence de l’être aimée. Délicatement, il attrapa la main d’Héloïse, fit glisser l’anneau le long de son doigt fin. Cette promesse, c’était celle d’œuvrer à jamais de son bonheur, de la protéger en dépit de tout et lui offrir un avenir plus radieux, même si c’était sans lui. Il caressa cette main qui avait failli prendre la sienne quelques minutes plus tôt, quand la vérité n’avait pas encore éclatée. Il éprouva sa douceur, s’en ravit et s’en délecta comme un homme abandonné sur une île déserte depuis trop longtemps. Lentement, il se retourna vers elle. A une marche de hauteur de plus que lui, elle faisait presque sa taille, si bien qu’il posa son front contre le sien et ferma les yeux. « Tu étais là chaque jour. Tu ne m’as jamais quittée. »  Son cœur battait comme un dément dans sa poitrine, partagé entre douleur et soulagement. Il ne voulait plus la perdre, ni se tenir éloigné d’elle. La mort dans l’âme, il savait que tout ceci était impossible. « Qu’ai-je fait de nous… » se lamenta Matthew dans un murmure malheureux, presque pour lui-même. Il attrapa avec douceur le visage d’Héloïse entre ses mains, caressa ses joues et déposa un baiser sur son front. Mais il ne put résister… Ses lèvres se lièrent au sienne naturellement et s’assemblèrent dans un baiser où il déposa toute son intensité, son désespoir, son amour inconditionnel, son chagrin et la fatalité de leurs existences. « Je n’ai pas su… je n’ai pas pu t’aimer mieux, Héloïse. Pardonne-moi. » A regret, il s’arracha à son étreinte comme s’il s’amputait d’un bout de son âme. Il porta un regard malheureux sur elle. Empli de regrets et de résignation. Il acceptait son sort. « Pardonne-moi. » Il lui fallut baisser la tête pour ne plus croiser son regard envoûtant, pour se soustraire au sortilège de sa présence et remonter les marches du balcon. Quel avenir pour eux ? Que restait-il à construire sur les ruines de leur amour ? Elle ne pouvait plus l’aimer. Il craignait de poser la question, terrifié par sa réponse. En dépit de ses paroles. Comment pouvait-elle encore l’aimer après tout ce qu’il avait commis ?
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mar 29 Mai - 13:36

En cet instant, j’oublie tout. Il n’y a plus Elias, Isabelle, ma vie à New York, la sienne à Los Angeles, nos cœurs et nos âmes brisés. Il n’y a rien d’autre qu’Héloïse, celle qui renaît de ses cendres, composant lentement avec son esprit en miettes, son cœur lacéré et son âme en lambeaux, celle que je suis devenue lorsque Matthew m’a quitté. Et pourtant, je suis là, je me tiens droite. J’essaye de ne pas vaciller, de ne pas sombrer une fois de plus. Cette pulsion ne me quitte plus, et le besoin de l’autre est si vital à mes yeux. J’ai l’impression de guérir mes blessures au seul contact de sa peau, sa main venant serrer les miennes. Combien de fois ai-je rêvé à pareilles retrouvailles ? À quel moment, l’âme a suffisamment vieilli pour cesser d’y croire. Le temps a grignoté cette volonté et si je l’ai crue morte. Et pourtant... Voilà qu’elle a jailli en moi, tapie dans l’ombre mais toujours aussi forte. Puissante. Immuable. Cette volonté, ce besoin de l’avoir avec moi, de l’entendre respirer, de tomber amoureuse de sa voix. Même si c’est à demi-teinte, même si c’est dans une situation ne pouvant être cautionnée, même si la souffrance est telle qu’elle balaie les mauvaises émotions. Je pourrais lui en vouloir. Je pourrais le gifler. Je pourrais me mettre à hurler. Parce que par sa faute, nous avons perdu cinq années de nos vies, à s’attendre, à s’aimer, à vivre une demie-existence, si morne, si triste. J’ai tant besoin de toi pour guérir les maux de mon cœur... À croire à ce qu’il m’a dit en ce jour funeste. L’esprit y a cru pour se donner une raison de ne pas lui courir après, pour se reprendre en main et aller de l’avant. Mais le cœur n’a cessé de pleurer, il a vécu dans le semblant d’amour pour un autre. Je mentirais si je disais qu’Elias ne m’a pas fait du bien. Il aura eu le mérite de me sauver, de me sortir de la dépression, de m’arracher des rires, des soupirs, des sourires, de l’envie et du besoin d’aller mieux. Alors je me suis efforcée d’aller bien, même si c’était là un grand mot. Je n’étais pas pleinement heureuse. Je sentais qu’il ne me complétait pas. Dans cette histoire, l’un aimait plus que l’autre. Ça ne faisait aucun doute. Je refusais tout ce qui me liait à Matthew. Los Angeles. La France. Les cafés mocca. Le piano. Les anniversaires. Les films en français. Les discussions passionnées. La seule chose qui aura eu un lien avec ce poète fut l’écriture. Elle m’a sauvée aussi. J’ai pu libérer ce cœur oppressé, mettre des mots sur mon mal être. Je lui ai permis de ne pas exploser. Mais il a été si vide, composé d’air pour meubler l’espace et le temps, pour faire croire que tout allait bien. Mais la vérité était plus terrible : je ne vivais plus, je n’étais plus la même. J’étais celle, convaincue qu’il y avait une raison évidente, celle se disant que les mots de Matthew n’étaient pas sans but. Que l’être le plus aimant ne pouvait pas se révéler être le pire des bourreaux. Et je n’ai jamais cessé d’y croire. C’est bien pour ça que j’en suis là, à lui courir après, à me sentir victorieuse de rétablir la vérité, de réaliser que j’aurais été l’amour de sa vie. Et que je le suis encore à ses yeux, dans ceux de sa femme et de ce monde nous environnant ... Ce véritable amour qu’il est impossible d’oublier. Je pourrais rester ainsi dans ses bras, le réconforter et faire disparaître cette souffrance faisant trembler sa voix. Matthew me rappelle cette promesse, la justifiant comme l’unique raison de ses agissements. Cependant, mon cœur fait un bond lorsque je sens qu’il glisse un anneau à mon doigt. Bien que je sois dos à lui, bien que je ne puisse voir l’entrelacement de nos mains, je devine qu’il s’agit d’une bague. Mais pas n’importe laquelle, l’unique qu’il m’a offert un soir de Noël, au sommet d’une Colline, les yeux brillants, l’âme encore pure et innocente. Le souvenir d’une nuit sans fin et inoubliable à l’aimer à l’excès, à le découvrir encore plus. Il m’avait promis de si belles choses, de tout faire pour me rendre heureuse. Et cette bague avait soldé cet engagement que nous n’aurons jamais tenu, en nous éloignant, en étant pas heureux, en se retrouvant à pleurer l’Autre. Inlassablement, tel un souvenir que l’on idolâtre sans être capable de l’oublier. Je suis incapable de dire un mot, les larmes roulant sur mes joues sans bruit. Mes doigts s’agrippent aux siens. J’aurais tant à lui dire mais je suis incapable de parler, ni même de bouger. Je ne veux pas qu’il s’en aille, qu’il se dérobe à mon étreinte. Cependant, je le laisse pivoter doucement pour me faire face, ma peine faisant écho à la sienne.
Fut un temps, nos regards brûlaient d’une flamme dévorante.
Désormais, ils ne sont qu’une tristesse immense.

Pourtant, mon cœur semble se soulager par sa proximité. Savoir qu’il ne m’a pas oublié est, dans un sens, salvateur. Ça ne guérit pas tout mais ça suffit à me réconforter, à savoir que j’aurais habité son esprit et son cœur, malgré plus de cinq ans d’absence, sans se voir, sans se parler, sans se toucher. Et je suis presque à deux doigts de défaillir lorsque ses mains effleurent mes joues, saisissant mon visage entre ses mains. « Nous étions invincibles… » Ce murmure prononcé dans la fièvre de l’instant. Cette seconde de répit avant que nos lèvres ne se rejoignent dans un besoin désespéré de se retrouver, de s’aimer comme auparavant. Pourtant, ce baiser diffère tant des autres. En dehors de la passion, de l’amour, j’y ressens ce manque, cette tristesse, ce chagrin d’avoir été privée de l’autre. Cette peine qui fait écho à la mienne. Le souffle court, ce baiser prend fin et déjà, j’en ressens le manque, fixant Matthew d’un air tellement malheureux. Les paroles, qui s’ensuivent, tordent mes entrailles. Il y a tant de choses à lui répondre. Je ne veux pas de ses excuses, je ne veux pas qu’il pense qu’il ne m’a pas bien aimé. Je ne veux qu’il continue à se torturer ainsi. L’entendre me demander pardon achève de me faire réagir, au moment où il se détache de moi pour remonter vers le balcon supérieur. Je pourrais le laisser s’en aller, retourner à sa réception et faire semblant d’être désolé. Je pourrais retourner chez mes grands-parents, profiter de mes vacances, puis être heureuse de rentrer à New York et de retrouver Elias, me parfaire dans cette vie de couple, oublier Matthew une bonne fois pour toute. Mais si cinq ans n’ont pas permis de faire flancher cet amour, alors pourrais-je vraiment lutter contre ce sentiment tout en sachant, désormais, que j’occupe une place si importante dans son cœur ?

« Reste. » Ma main s’agrippe à la sienne, alors qu’il a, à peine, posé le pied sur la première marche, se retrouvant à mon niveau. Nos épaules se frôleraient presque, de toute façon je l’empêche d’aller plus loin. « Reste avec moi. » Le battement du cœur désordonné s’allie au souffle heurté. Mon visage se tourne lentement vers le sien. Nous sommes à l’apogée de cette soirée. Je sais très bien que suivant ce qu’il me dira, je saurais si ma vie a cessé dès ce soir-là. « Reviens-moi, je t’en prie… » Les larmes reviennent encore et encore, mais je tiens bon. La voix ne tremble pas quand il s’agit de lui avouer mon amour. « Tu aurais pu m’humilier plus, me faire mal physiquement, m’achever encore et encore… Que ça ne changerait rien à tout ce que je ressens pour toi… » Aussitôt, mes doigts serrent plus fort cette main que je tiens, tendres, protecteurs. « Je ne peux pas t’oublier, je n’y arrive pas de toute façon… Et puis, je ne le veux pas… » Jamais regard n’aura été plus intense que le mien, si plein de conviction. « Tu avais le choix, pourtant. Tu aurais dû m’en parler. Nous aurions trouvé une solution, on se serait battus. On aurait été forts. Crois-tu que je me serais écroulée par la volonté d’une seule personne ? Oh non… Je t’aurais soutenu et nous aurions gagné…Si seulement, tu ne m’avais pas quitté.. » Son père n’aurait pas pu venir à bout de ma ténacité. J’étais alors cette herbe sauvage se pliant au gré du vent et des tempêtes. Jamais, il n’aurait pu me séparer de Matthew. Si seulement, je l’avais su dès le départ… Pivotant légèrement, j’en arrive à lui faire face, à contempler son visage, la mine grave, le cœur battant comme un fou. « Matthew… » Finis-je par dire en levant mes mains, se posant de chaque côté de son visage, caressant ses joues, fixant cette mine si triste. J’aimerais tant le revoir sourire, être heureux. « Tu n’avais pas besoin de m’aimer mieux… j’étais tellement comblée par ce que tu m’apportais. Tu… » Ma voix finit par trembler, je n’arrive plus à parler. Les mots sont difficiles. Le visage se crispe sous l’assaut du chagrin, des larmes dévalant mes joues « Tu… T’es… » Alors les gestes prennent le dessus sur ces mots. Mes doigts se crispent légèrement et mes lèvres plongent alors sur les siennes, dans un besoin désespéré de l’avoir pour moi, de le retrouver. C’est indescriptible comme sensation. Je croyais l’oublier. Je croyais le haïr. Je croyais aller de l’avant et tout compte fait, je suis juste incapable de faire autre chose que de l’aimer passionnément. Mettant fin à ce baiser passionné, je le dévisage le souffle court, laissant mes mains caresser ce visage tant aimé. « Si tu crois encore qu’on peut sauver cet amour, alors viens avec moi… Laisse-moi te rappeler qu’ensemble, nous sommes invincibles… »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 6 Juin - 21:56

Matthew ne se sentait plus la force de partir. Il aurait tenu cinq ans, un mois et cinq jours… Retrouver Héloïse semblait marquer la fin d’une longue agonie qui n’avait que trop duré. Toutes ces années à être prisonnier du feu de ses sentiments… à espérer un jour que le destin la déposerait à nouveau sur sa route, pour le regretter aussitôt, se morigéner de tant d’égoïste et ne lui souhaiter qu’une vie paisible loin de lui, de son monde et de cet amour synonyme de destruction. Voilà que ce soir, la vérité avait éclaté sur les terribles événements qui s’étaient déroulés cinq ans plus tôt. A ce jour où il avait compris qu’il ne pourrait plus tenir la main d’Héloïse sans la faire plonger dans la nuit avec lui. En était-il satisfait ? Matthew ne détenait pas la réponse. Un magma confus d’émotions se mélangeait dans son esprit, rendait furieux les battements de son cœur et menaçait d’exploser dans sa poitrine. La part raisonnée de son être regrettait ce qu’il venait de se produire, se maudissant de s’être montré si peu prudent, si transparent auprès d’Isabelle et de ne pas avoir tout tenté pour éloigner Héloïse de sa nouvelle vie, de ce semblant d’existence qu’il se donnait pour ne pas sombrer totalement. Il sentait qu’il avait trahi sa promesse. Il ne se sentait toujours pas à la hauteur d’un tel amour qui ne s’était jamais éteint chez la jeune femme. Mais si l’amour résidait, les sentiments étaient-ils véritablement restés intacts ? La culpabilité enflait dans son être honteux. Pourquoi ne pas avoir tenté de préserver la situation quand lui seul était détenteur de tous ces secrets et en capacité de le faire ? Pourquoi ne pas supporter de contempler son bonheur dans les bras d’un autre ? Pourquoi ne parvenait-il pas à renoncer à elle ? Pourquoi ne pouvait-il pas l’oublier simplement ?

Car elle est mon soleil dans les nuits de mon âme. Car elle a des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. Car sans elle, la vie ne mérite pas d’être vécue. Car nous n’avons jamais été qu’un seule être et, qu’amputé de cette moitié si essentielle, je n’existais qu’à demi.

Une voix plus douce, plus tendre venait murmurer à l’oreille de son âme toute la frénésie de ses sentiments. Il n’avait pas éloigné Héloïse parce qu’il voulait que cette situation se produise, qu’elle finisse par apprendre d’une manière ou d’une autre, qu’elle devienne le juge de cette histoire absurde, qu’elle lui offre une dernière chance de se faire pardonner et de donner un lendemain à leur amour. Au fond de lui, dans un lointain écho, presque une brise légère, résonnait l’espoir de cette reconquête qui l’avait gardé en vie, et qui ne l’avait pas fait devenir complètement fou. Et c’était cela qui animait encore l’esprit de Matthew dans l’antichambre glaciale de son cœur : l’espoir. Un espoir fou et irraisonné qu’Héloïse lui revienne. Un espoir honteux et coupable qu’elle lui soit rendue. Un espoir insensé qu’elle lui pardonne ses mots, ses attitudes, ses silences et l’insoutenable défilé des années.

Qu’ai-je fait de nous ? Que sommes-nous devenus ? Est-ce qu’il est trop tard pour nous ?

Et puis elle était là… tapie dans l’ombre, grandissant et menaçante, imposante et irrationnelle. Cette terreur infâme qui impulsait dans chaque fibre de son être en cet instant présent. Elle s’infiltrait dans chaque pore de sa peau, meurtrissait sa chair à tel point qu’il en peinait à trouver son souffle. Cette même peur qui l’empêchait de faire face à la femme qui avait toujours habité ses pensées, comme un fantôme qui survit dans un souvenir. Elle ne l’avait jamais quitté… Jour après jour, elle l’avait accompagné dans l’enfer de son existence. La nuit, au creux de ses rêves, elle venait lui susurrer toutes ces choses qu’il avait besoin d’entendre. Elle lui murmurait qu’elle ne lui en voulait pas, qu’elle le pardonnait et qu’elle l’aimait encore. Elle lui disait qu’elle comprenait et qu’elle serait toujours là, quelque part, lovée dans l’ovale de son cœur. Ses mots étaient une caresse pour lui donner le courage suffisant et la force nécessaire. Et toujours, cette même voix qui venait lui peindre l’espoir sur la grande toile de leur histoire. Puis parfois, dans l’obscurité de certaines heures, elle venait compter avec lui la lenteur des jours qui s’écoulaient et qui les séparaient un peu plus l'un de l’autre. Comme un compte à rebours inversé, où l’incertitude du lendemain le rapprochait de la démence. Mais elle était là, telle qu’elle apparaissait dans ses rêves, sublimée par l’éclat discret des astres diurnes. Et soudain, alors qu’il partait avec, dans son être, la douleur des cœurs vaincus, elle le retint. Reste. Ce simple mot fut un écho dans son esprit qui ricocha sur tous les contreforts de son âme. Ne répondant plus qu’à ses ordres, ses membres se figèrent. Il demeura ainsi, dos à elle, et tourné vers ce qui le raccrochait encore à ce qu’était sa vie. Une famille. Une femme. Un empire immense. Un nouvel héritage. Tel Orphée, il n’osait se retourner, de peur de perdre sa belle Eurydice et qu’elle ne soit que mirage. Reviens-moi, je t’en prie. Il la sentit brusquement, cette larme qui, inattendue, dévalait le long de sa joue. Son cœur ne battait plus. Sa respiration s’était tue. Sa gorge trop serrée l’empêchait de prononcer la moindre parole. Il était prisonnier des mots d’Héloïse, de ses supplications et de ses sentences. Partir, il ne le pouvait plus. Son cœur restait ancré au sien aussi fort que sa main tenait la sienne entre ses doigts tremblants. Il n’était plus assez fort pour la lâcher, ou assez lâche pour s’enfuir. « Je n’avais pas le choix… » murmura-t-il à nouveau dans une piteuse rengaine. Le choix, il l’avait eu. A la seule différence qu’il avait cru que celui qu’il faisait serait le mieux pour Héloïse. Aujourd’hui, il comprenait à quel point il avait eu tort.

Quelle valeur donner à la vie si nous ne sommes plus ensembles ?

Elle fut devant lui, le forçant à contempler ce visage adoré, ce regard aimé et cette flamme malheureuse qui dansait dans ses prunelles sombres. Oh comme il l’aimait… Comme il l’aimait tant ! Et par quel sortilège avait-il bien pu se passer d’elle durant autant d’années ? Ses bras enserrèrent sa taille avec ce besoin désespéré de la conserver auprès de lui pour qu’elle ne lui échappe plus, qu’ils échangent ce baiser à la fois exigeant et passionné. Il craignait qu’elle ne disparaisse entre ses doigts comme de la fumée. « J’aurai voulu que tu me haïsses. » Tout aurait été alors plus simple. Son front s’était posé contre le sien, appréciant cette proximité qui l’enflammait et le tuait en même temps. Il souffrait de l’avoir auprès de lui, autant qu’il souffrait de se dire qu’il pourrait renoncer à elle. Dans cet amour qui surpassait tout, il ne se sentait pas libre. Le poids de ses obligations et de celles de la jeune femme pesaient sur ses épaules et assombrissait son cœur. « Que sommes-nous devenus ? Nous ne sommes même pas libres… » Son père n’était plus la seule entrave qui l’empêchait de bouger et de tout envoyer en l’air. Du bout des doigts, il éprouva la douceur de son visage et se noya dans l’océan de ce regard intense. « Je n’ai pas vécu… » lui confessa-t-il humblement. « Toutes ces années, je ne sais pas comment j’ai fait… Ce n’était pas vraiment moi. Je n’ai jamais pu être vraiment moi sans toi. » Elle lui permettait de se révéler à lui-même et d’être cet homme qu’il avait toujours rêvé d’être ; mais qu’il ne pouvait pas devenir sans elle. Il la recula très légèrement, marquant une distance qu’il s’imposait pour laisser Héloïse échapper à son emprise à la confession qui allait être la sienne. « Il fallait que j’agisse ainsi… tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour toi. Parce que je ne voulais pas que tu souffres, que tu abandonnes tes rêves pour moi, que ta famille pâtisse des menaces de mon père et je voulais que tu sois heureuse, comme je l’avais promis, même… » Même si cela devait être avec un autre. Ses doigts glissèrent comme autrefois sur l’anneau qui ornait l’annulaire d’Héloïse. Il se rassura de sa présence. Il revenait enfin à sa légitime propriétaire. « J’ai cru si bien faire les choses. J’ai cru que tu m’oublierais. J’ai cru que je ne serai qu’une vilaine cicatrice, pas une plaie béante qui ne se refermerait jamais. Tu devrais être loin, Héloïse. Tu devrais ne même plus penser à moi. Je devrais n’être qu’un inconnu dans ton cœur… » Il ne parvenait à lui en vouloir. Son sermon n’en était pas vraiment un. Juste une litanie douloureuse et empli d’un espoir étrange. « Je me suis forcé à rester loin de toi, à ne plus chercher à te retrouver… car je savais… je savais qu’il n’aurait suffi que d’un seul regard, un seul mot, un seul geste pour que je t’appartienne à nouveau. » Cédant à toutes ces pulsions qui le poussaient à nouveau vers Héloïse, il captura ses lèvres avec avidité et tendresse. Elle lui avait manqué au-delà de toute raison. « Je suis perdu, Héloïse. Tu as brisé toutes mes certitudes. » souffla-t-il, désemparé. Tant d’ordres qu’il s’était donné. Une raison à laquelle il s’était astreinte comme un croyant n’échappe pas à la force divine. Aujourd’hui, son univers s’écroulait et il était plus vulnérable que jamais. « Il ne m’en reste plus qu’une… » La course de son cœur s’accéléra. Il avait peur. Il craignait l’avenir, les jugements et tout ce qu’il l’entourait. Mais une dernière chose animait son être tout entier. « Je ne veux plus jamais te perdre, Héloïse Bennett. »
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 13 Juin - 21:02

« Parce que je ne voulais pas que tu souffres, que tu abandonnes tes rêves pour moi. »

Ô Matthew, si seulement... Si seulement tu avais pu le comprendre dès le départ. Si seulement tu avais su me dire ce qui n’allait pas au lieu de me fuir. Si seulement ce jour-là, tu avais pu révéler cette vérité terrible plutôt que d’emplir mon cœur de tous ces mots affreux. Si seulement, tu ne m’avais pas achevée par la violence sortant d’entre tes lippes. Alors là... Tu aurais compris à quel point je t’aimais. À quel point, mon rêve n’était pas un avenir lointain mais ce présent que je vivais. Avec toi. À tes côtés. Tu étais mon rêve, Matthew. Tu étais ce songe avec lequel je façonnais mon avenir. Et en me faisant plus mal plus que de raison tu l’as emporté avec toi, me laissant dans le noir, me privant de ce qui me rendait heureuse.
C’était toi...
Juste toi...
Mon rêve effondré...


Je ne sais même pas si je suis heureuse ou non de ce que j’entends. Chaque mot est une torture, lacérant mon âme comme jamais. Je voudrais tellement être plus forte, pouvoir lui dire que tout ira bien. Mais la certitude s’est envolée depuis si longtemps. Je sais, tout comme lui, que l’horizon est incertain. Que trouverons-nous au loin ? Il y a Elias. Isabelle. New York et Los Angeles. Le quotidien de nos vies dans lesquelles, j’ai constamment cette impression d’être en apnée, de ne plus vivre si ce n’est que j’ai besoin de Matthew. J’ai besoin de la chaleur de ses bras, du son de sa voix, de ses lèvres dansant avec les miennes. J’ai besoin d’entendre mon cœur battre comme un fou, j’ai besoin de lui. Et lui seul. Ce n’est pas très gentil pour Elias. Il n’a rien fait de mal, il m’a aidé à me relever, à aller de l’avant, à bâtir un semblant de vie dans lequel j’avais besoin de lui pour être la Héloïse de quelqu’un. Pour avoir l’impression d’être et d’exister. Dans les yeux d’un autre. J’en ai eu terriblement besoin. Et ce soir, les maigres certitudes se balaient aussitôt. Les révélations m’ont sonnées. Je suis encore hébétée par tout ce que j’ai entendu. Cette vérité que j’ai tant espéré. La voici, et ça fait du bien. Pour l’instant, le cœur ne pense pas aux à-côté. Il boit juste les paroles que m’offre Matthew. Il n’a jamais cessé de m’aimer, même s’il lui a fallu renoncer à moi pour me protéger. Pourtant, mon âme crève d’envie de lui hurler qu’il s’agissait d’une idée stupide, que nous avons perdu du temps. Parce qu’il est là le problème... Nous ne sommes pas libres. Pourtant, au creux de ses bras, Elias me paraît secondaire, je n’arrive même pas à culpabiliser a embrasser Matthew, le cœur gonflé par cette évidence absolue que je ne pourrais jamais aimer Elias autant que j’aime cet homme dont les yeux sont brillants par l’émotion, par tout ce qui se passe entre nous. La vérité. La certitude. L’amour. Savoir qu’il a lutté, qu’il ne pouvait pas se trouver dans mon sillage sans ressentir cet instant de faiblesse, sans être capable de résister. « Et pourtant, tu es venu à New York... » Finis-je par murmurer, comprenant si bien ce qu’il ressent. Parce que mon cœur vibre autant que le sien, bien qu’il ait souffert. Il tient bon, il ne veut que le retour de l’autre, prêt au pardon, à la possibilité de reprendre ce chemin si beau, s’offrant à nous. Ses lèvres se posant contre les miennes affolent mon rythme cardiaque, efface toute volonté de se raisonner, de se dire que tout ça est une très mauvaise idée. Mais alors... Que veulent dire tous ces comportements. Le fait de se revoir une fois et de ne cesser de se courir après, de se faire du mal pour se prouver que l’amour existe encore ? « Tu ne m’as jamais perdu... » Le murmure semble briser ces barrières mises entre nous. « Et tu ne me perdras jamais... » Mes mains caressent ce visage chéri, ressentant ce besoin de ne jamais le quitter. Cependant, je sais que je ne peux rester ainsi. J’ai suffisamment fait du grabuge pour savoir que tout le monde nous a remarqué. Toutefois, je n’en arrive pas à être désolée. Il fallait rétablir la justice pour ce coeur brisé. Et puis cette suite me semble si douce. Si triste aussi. « Qu’adviendra-t-il de nous ? » La gorge se noue déjà et j’éprouve le besoin de me blottir contre lui, de le serrer à s’en faire mal, humant sa fragrance si rassurante. L’horreur me gagne à l’idée qu’il me faudra le quitter, même si je n’ai guère envie. Pour l’instant, je suis à Los Angeles. Mais après ? Je serais à New York. Nous serons loin. Les entrailles se tordent tellement que je préfère ne pas y penser. Je sais que le combat est le même pour Matthew. Il l’a d’ailleurs bien dit : nous ne sommes pas libres.
J’ai tellement envie de pleurer encore et encore. Pourquoi ce monde est-il si injuste ?

Des éclats de voix résonnent un peu au dessus de nous. Ils semblent s’approcher. Ils doivent sans doute chercher le fils de cet illustre homme, mort à ce jour. Il est alors temps de se quitter, je ne peux pas revenir à cette réception sans m’attirer les foudres de ce que j’ai causé. « Je dois y aller... » Je me redresse pour faire face à ce visage tant aimé. Lui-même comprendra les raisons de ce départ. Mon esprit, lui, tourne à plein régime, se demandant quand il pourra le revoir, comment le contacter. Je me vois mal appeler à la Maison d’édition. Et je n’ai plus son numéro, l’ayant supprimé dans un besoin de ne pas céder à des pulsions me paraissant idiotes à l’époque. « Dans trois jours... » La voix paraît si faible à côté de ce bruit si grand. Nous ne serons bientôt plus seuls. « Retrouve-moi là-bas, dans ce cocon qui n’appartenait qu’à nous... Ce mini-Japon... Là où l’on se promettait tant de belles choses... À dix heures. » Les yeux s’emplissent de larmes, et je viens saisir sa main entre les miennes, l’embrassant doucement, la serrant avec force. « Et si après mûre réflexion, tu te décidais ànne pas croire en nous... Je ne t’en voudrais pas. Je sais que tu m’auras aimé... Et c’est amplement suffisant. » Même si la douleur sera immense, même si mon cœur cessera de battre, même si ce sera encore plus difficile. Il me faudra m’accrocher à cet amour. A ce qu’il a éprouvé pour moi, et qu’il ressent encore. « Moi je t’attendrai... » Et pour sceller ces mots, mes lèvres reviennent se poser sur les siennes, pour en savourer encore la douceur. Depuis quand suis-je devenue égoïste au point d’oublier que j’ai un petit-ami ? Qu’il a une femme dont le cœur vient d’être brisé ? Je me fais horreur mais par dessus-tout, l’amour que j’éprouve efface le reste. Un dernier baiser, des doigts qui serrent un peu plus fort et finalement, la proximité se rompt. Il me faut partir. Et c’est le cœur battant, l’esprit en ébullition que je m’enfuis, courant le plus vite possible pour rejoindre ma voiture. Lorsque je suis dedans, le silence me rassure. Et je démarre sans plus attendre. Je roule aussitôt sans jeter un seul regard dans le rétroviseur. Combien de kilomètres ? Je n’en sais rien. Je finis par ne plus voir, m’arrêtant sur le bas côté pour pleurer tout mon aise. Ça fait du bien... Comme si je n’avais pas assez pleuré auparavant. Les pensées sont confuses et j’ai si mal. Je revois le visage de Matthew tordu par le chagrin, celui d’Isabelle qui comprend que je suis le grand amour de son mari. « Mon dieu... Qu’ai-je fait ? » Je bredouille en pensant à Elias. Que dirait-il s’il savait ?

Je reste ainsi pendant de bonnes longues minutes avant de trouver le courage de redémarrer le véhicule et de rentrer chez mes grands-parents. Il n’est pas si tard, et ils sont encore debout, installés dans le salon, jouant au backgammon. Mon père est sorti, il fréquente une femme en ce moment. Avec Molly, nous avons trouvé qu’il était bien pour lui de vivre sa vie. Celle avec maman s’était arrêtée il y a un moment déjà. « Te voilà, chérie. Comment était-ce ? » Je m’approche d’eux, posant mon sac et les clefs de la voiture. « C’était une réception hypocrite. Typiquement américain. » Ça amuse mon grand-père qui s’esclaffe. Mais ma grand-mère me dévisage de son regard perçant. Et puis elle s’attarde sur un détail. « Jolie bague. » Je tressaillis aussitôt. Il me faut un effort immense pour ne pas céder à la panique. Ma grand-mère a ce visage laissant sous-entendre qu’il ne faut pas lui mentir, qu’elle a compris. Elle l’avait vu la première fois où je l’ai portée. Ce soir de Noël empli de promesse et d’amour. « Merci. » La voix est rauque, je fuis son regard, elle m’observe d’un air grave, visiblement convaincue de savoir d’où provient cette bague. Ma grand-mère a toujours su les détails de notre histoire. Autant dire qu’elle ne porte pas Matthew dans son cœur actuellement. Mais elle ne dit rien. Il y a mon grand-père et entre femmes, le secret demeure. Je sais que tôt ou tard, elle voudra m’en parler. Ce soir le backgammon me sauve la mise, me donne la possibilité d’aller me coucher. Même si je sais que je ne dormirais pas. Au contraire, une fois en pyjama, seule dans mon ancienne chambre, j’entreprends de la chercher cette boîte dans laquelle tout y a été mis. Nos souvenirs. Les cadeaux. Tout ce qui ne pouvait plus trôner un peu de partout. J’ai vu qu’Elias m’a appelé mais pour l’instant, je n’ai pas très envie de le rappeler, perdu dans le tourbillon de cette soirée folle. De ce qui a été dit. Il m’aime toujours... C’est terrible comme j’ai ce besoin de le revoir. Mais c’est frustrant parce qu’en dehors de la maison d’édition, je ne sais pas où le trouver, où il habite. Et pourtant, le besoin est dévorant. Je le veux comme autrefois, apprécier ses baisers enflammés, observer ses expressions sur ce visage parfait, humer l’odeur de sa peau. Il me manque cruellement... Et pourtant, nous ne sommes pas libres, qu’il ne le sera sans doute jamais. Autant que moi d’ailleurs... Quel sera notre avenir ?

***

Ce sont trois jours qui font du bien. Long. Une éternité fébrile face à ce qu’il adviendra à l’issue de ce délai. Heureusement, je m’occupe. Il y a mes amies à voir. Mon père me présente sa nouvelle compagne, je profite de ma sœur. Je souris. Je ris. Je parle. Est-ce qu’on pourrait croire qu’il y a peu, je pleurais toutes les larmes de mon corps ? C’est difficile à cerner. J’ai enlevé cette bague parce qu’il m’était trop difficile de trouver des raisons justifiant le port soudain. À la place, je préfère la cacher au fond de mon sac jusqu’à ce que New York arrive. Il sera temps de la dissimuler autrement que sur moi. Je ne cesse de penser à tout ce qui m’attendra par la suite. J’ai régulièrement Elias au téléphone et je suis surprise de moi-même. On pourrait croire que tout va pour le mieux, qu’il me manque et que j’ai hâte de rentrer le retrouver. En vérité, j’ai hâte de retrouver Matthew. Et ça s’arrête là. Pourtant, je le sais, il n’y a rien à espérer de plus. Le destin fait que nous ne sommes pas libres. Peut-on s’attendre à ce que nous le devenions par la suite ? J’aimerais tant. Mais c’est dans combien d’années ? Est-ce que l’amour sera encore là ? Ces trois jours me font du bien. Mais ils laissent la place au doute. Ils finissent par presque me faire changer d’avis. Peut-être qu’il ne viendra pas. Ou si ? Et qu’il vaut mieux pour moi de rester à Los Angeles. Pourtant, ce qui me fait tenir, c’est cette certitude d’être aimée par Matthew McGregor. Ce qui fait que ce jour là, je me lève très tôt, prenant la voiture de mon père. Je roule sans rien dire, dans un silence. L’esprit en ébullition, je ne sais pas encore ce que je pourrais lui dire, si je suis heureuse ou non de le retrouver. Le doute subsiste. Mais il y a surtout la volonté de le revoir. L’envie est viscérale, l’impatience est grande. J’arrive finalement, trop tôt. J’ai pris de l’avance mais je suis tellement fébrile que je me suis retrouvée à rouler vite, à être là, dans cette ville dont les chemins ont été foulés par nous. Nous étions heureux, alors, marchant main dans la main, unis et croyant en l’espoir fou d’un si bel avenir. Désormais, que reste-t-il ? Étant trop en avance, je me décide à aller marcher le long de cette plage, bordée de ces souvenirs heureux. J’ai l’impression d’entendre nos voix et nos rires au milieu du vent, fixant l’horizon avec cette boule dans la gorge et l’envie de pleurer. Si seulement, j’avais su avant. Alors je n’aurais pas eu Elias, il n’y aurait pas eu Isabelle. Il n’y aurait pas eu ces obstacles entre nous et cette irrémédiable vérité me faisant comprendre que l’amour ne nous sauvera pas entièrement à moins de blesser sans aucun ménagement.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mar 10 Juil - 22:23

C’était tellement douloureux. De se dire qu’elle savait, que le mensonge s’était évaporé, que leur amour ne s’était jamais éteint, de la sentir tout contre lui, sans n’avoir plus rien pour les séparer, et pourtant, de toujours sentir qu’il ne la méritait pas, qu’elle ne lui était pas destinée et qu’elle pouvait encore lui échapper. Il retrouvait la douceur de sa peau, le contact chaud et sucré de ses lèvres, la fragilité de ses mots qui ouvraient un monde à eux tout seuls. S’en voulait-il de ne pas avoir pu dissimuler la vérité plus longtemps ? Il oscillait entre le regret de ne pas avoir empêché tout ceci d’arriver et le soulagement de ne plus porter ce poids atroce sur ses épaules. Héloïse était là avec lui ce soir, toute entière et bien réelle. Elle n’appartenait plus au monde de ses rêves, à ses fantaisies douloureuses où elle vivait dans son paysage sans qu’il ne puisse la voir réellement, l’entendre ou la toucher. Ses mots se perdaient dans le vent. Il n’y avait plus que la tonalité douce de sa voix pour qu’il la dessine à nouveau. Sa silhouette se découpait dans le lointain, ombre vaporeuse qui manquait de lui échapper à chaque jour qui s’écoulait. Oh il ne l’oubliait pas. Chaque détail d’elle était imprimé dans l’esprit de Matthew telle une marque laissée au fer rouge. Il l’avait dans la peau. Chaque fibre de son corps était encore imprégnée de ses caresses, de son parfum, de sa peau et de son amour. Mais il savait aussi que chaque jour qui s’écoulait l’éloignait un peu plus de lui. Parce que sa vie se poursuivait, qu’elle pouvait être dans les bras d’un autre, qu’elle pouvait l’avoir oublié, lui. Et si c’était pourtant tout ce qu’il avait toujours souhaité, une telle idée le déchirait de l’intérieur. C’était stupide, toutes ces contradictions entêtantes qui se disputaient en son for intérieur. Ce besoin qu’elle souffre autant que lui de ce manque, alors que sa raison souhaitait qu’elle l’ait oublié et qu’elle soit heureuse auprès d’un autre. Cette même raison qui lui criait que toute cette histoire était une mauvaise idée, alors que son corps l’enlaçait contre lui, goûtait à la saveur intacte de ses lèvres, s’enivrait de ce parfum d’autrefois, se délectait de tout ce qui avait pu lui être ôté, comme un drogué retrouverait ses anciens démons. Lui, il avait retrouvé Héloïse. Et s’il n’était plus sûr de rien, si son univers entier s’était effondré, si l’avenir n’était plus aussi simple qu’autrefois, il était certain d’une seule et unique chose : il ne voulait plus jamais la perdre. C’était comme s’il avait dû enterrer son corps cinq ans, un mois et cinq jours auparavant, et que soudain, par une étrangeté de l’existence, elle revenait à la vie et qu’il pouvait à nouveau serrer son corps contre lui. La laisser partir une seconde fois, ce serait comme la laisser mourir à nouveau. Il ne le permettrait plus… « Inconsciemment, j’avais besoin de te revoir… » Voilà pourquoi il n’avait pu s’empêcher d’aller à New York, tout en sachant pertinemment qu’il pourrait la recroiser. Et si cela n’avait pas été le cas, sûrement la déception aurait été terrible.

Tout à coup, il se sentait prêt à reprendre la route avec elle, main dans la main comme autrefois. Il n’avait plus peur du lendemain, du vide de l’existence et du creux de ses sentiments. Avec elle, tout renaissait. Et son amour était comme une flamme immense qui venait rallumer le brasier de son cœur et illuminait un chemin plein d’espoir. Ses lèvres retrouvèrent les siennes. Un chemin arpentait si souvent et dont il n’avait rien oublié. Il en oubliait tout. Où il se trouvait, son mariage avec Isabelle, le fait qu’Héloïse n’était pas libre. Il songeait qu’à ce bonheur presque improbable de la tenir à nouveau dans ses bras sans qu’elle ne se dérobe. Et il ne la perdrait pas. Il se laissa bercer par la passion qu’elle déversait dans chacun de ses mots. Ses mains caressaient doucement sa taille, la rapprochaient de lui pour la sentir tout près. Ils étaient seuls au monde. Qu’adviendra-t-il de nous ? Il n’en avait pas la moindre idée. Jamais il ne s’était senti aussi incertain, dépossédé de tout et à la merci du hasard. Il la serra plus fort contre lui, s’offrant du courage à sentir son cœur battre contre le sien, sa chaleur qui se communiquait à la sienne, à son souffle qui caressait sa peau… « Je n’en sais rien, Héloïse… je ne suis plus sûr de rien. » Il n’avait plus à cœur de lui mentir. Il aurait voulu lui dire qu’il n’y avait que leur amour qui comptait, que tout ce qu’il avait construit l’un et l’autre durant ces cinq années ne pourraient jamais rivaliser avec l’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre, qu’il n’y avait aucun mur infranchissable et qu’ils n’avaient qu’à partir au loin sans se retourner. Sauf que rien n’était aussi simple… Cinq ans ne s’effaçaient pas comme une bougie qu’on souffle. Ils n’étaient plus seuls… Il s’éveilla soudain de ses pensées tortueuses quand elle bougea contre lui et lui affirma qu’elle devait partir. Son cœur se serra dans sa poitrine. Oh non, il ne voulait pas qu’elle parte. Il la voulait auprès de lui toute la nuit, lovée au creux de ses bras, lui murmurer des mots doux, lui dire toutes les fois où elle était avec lui, tous les mots qu’il n’avait pas oublié, les souvenirs de cette parenthèse merveilleuse qu’avait été leur histoire. Sa prise se raffermit légèrement sur ses bras fins, incapable de mettre un terme à leur étreinte. Il ne put se raccrocher qu’à cet espoir qu’elle lui donnait : un rendez-vous. Il aurait dû hurler sa réponse. Lui dire qu’il viendrait, mais il n’y parvint pas. Il se contenta d’insuffler toutes les promesses du monde dans ce dernier baiser qui fut le leur avant qu’il ne consente à la laisser partir. Elle s’éloigna au loin, si vite qu’il eut la sensation que tout ce qu’il venait de se passer n’était qu’un rêve. Il fut cueilli par le silence et le calme dans la nuit. Brusquement, il eut mal, il eut froid et il se sentit vide. Il n’était plus rien, sinon animé d’une flamme d’espoir.

Il ignora sans peine tous les regards qui se braquèrent sur lui quand il rentra à nouveau dans le grand salon. Il n’avait que faire du jugement réprobateur des autres, de ces gens qui n’étaient rien, qui ne pouvaient pas comprendre un amour pareil, la douleur d’aimer avec autant de force et passion. Ces mêmes gens qui ne comprenaient pas pourquoi il pouvait préférer une inconnue à la splendide Isabelle, modèle de grâce, de distinction et d’élégance. Il ne croisa pas même le regard désolé d’Ellana qui avait lentement réalisé la délicate situation dans laquelle elle les avait tous jetés. Pas plus qu’il ne réagit à l’insistance auquel le soumettait June et sa mère. Si la réception s’était déroulée en sa demeure, Matthew aurait congédié tout le monde sans autre forme de procès, peu regardant sur ses manières. Là, ce n’était pas de son ressort, aussi son impolitesse fut-elle de s’en aller sans un regard en arrière. Il trouva Isabelle dans le hall d’entrée, déjà en train de remettre sa veste que le majordome lui vêtait. « Partons, veux-tu ? » Ce n’était guère une question dans la bouche de son épouse. Son attitude digne était trahie par les ondulations tremblantes de sa voix. Il ne chercha pas à se dérober, lui-même impatient de quitter cette ambiance mortifère. Ils quittèrent d’un même élan la demeure familiale, s’engouffrèrent dans une voiture et s’assirent l’un et l’autre d’un côté de la banquette sans s’accorder un regard. Le chauffeur, connaissant déjà la destination, démarra. En l’espace de quelques minutes, ce furent les pleurs contenus d’Isabelle qui emplirent l’habitacle. Matthew sentit un léger pincement au cœur. S’il n’avait jamais éprouvé un amour merveilleux pour elle, il n’avait jamais souhaité la faire ouvertement souffrir. Il prit une inspiration dans le but de trouver une parole rassurante, mais elle l’arrêta avant. « Surtout, ne dis rien. » Les mots moururent sur ses lèvres. Il ne savait même pas quoi dire. Son ordre la soulagea dans un sens. « Ne dis plus jamais rien. Je ne veux plus t’entendre… » Pourtant, il faudrait bien qu’ils parlent un jour. Il faudrait qu’il lui raconte toute cette histoire, qu’il lui explique –en dépit de la douleur- tout ce que représentait Héloïse pour lui, qu’elle comprenne qu’elle ne serait jamais à la hauteur d’un amour si absolu. Lâchement, il était soulagé de ne pas lui en parler encore. Car même si les paroles traversaient sa bouche, cela marquerait-il la fin ? Il n’en savait rien. Rien de ce qu’il voulait. Rien de ce que pourrait être l’avenir. Rien ne lui parut aussi trouble que ce lointain ombrageux. Pour la première fois, il ne savait plus quoi faire.

***

Trois jours. Matthew ne crut pas qu’un si petit laps de temps put à ce point paraître une éternité. Les jours s’écoulèrent, mornes et angoissants. De ces jours, le poète n’en décela qu’un terrible enfer où son esprit se disputait de certitudes et d’indécisions. Cette certitude qu’il aimait encore Héloïse et qu’elle l’aimait en retour. Cette peur atroce qui le paralysait, qui lui ordonnait de ne pas se rendre à ce rendez-vous où elle l’attendrait, de ne pas ravager sa vie, ainsi que celle d’Isabelle. Cette dernière ne lui parlait plus depuis ce fameux soir. Elle évitait autant que possible sa compagnie, ses mots, ses regards. Coupable, il s’en était acquitté, s’emmurant dans une frénésie de travail. Il ne quittait presque plus les locaux de la maison d’édition. Il avait besoin de travailler pour oublier que son esprit était en vrac, que son cœur hurlait dans sa poitrine, qu’il n’était plus tout à fait le même et qu’il ne pourrait jamais redevenir cet homme qu’il était.
Des années durant, ses fantaisies muettes rêvaient que le hasard replace Héloïse sur sa route. Ce même hasard qui lui aurait permis de découvrir les véritables motivations de Matthew cinq ans auparavant. Ce même hasard qui les aurait jetés dans les bras l’un de l’autre, tels deux amants maudits qui s’abreuvent à nouveau de la présence de l’autre. Dans son esprit, il n’y avait qu’eux. Plus aucune place pour ce qui les entourait. Ils se retrouvaient seulement, éclipsant le reste de l’humanité dans l’étreinte de leurs bras. Retrouver Héloïse aurait signifié retrouver l’ancien Matthew, cette version de lui-même qu’il aimait et qu’il supportait encore. Aujourd’hui, tout ceci s’était produit. Héloïse savait. Héloïse l’aimait encore. Héloïse était revenue. Et pourtant… il se sentait inchangé. Il ne se retrouvait pas. Il était encore ce corps froid, cette carcasse sèche, ce cœur vide et cette âme impénétrable. La chaleur qui l’étreignait autrefois, tel un soleil ardent, ne venait plus le caresser. Il ne réchauffait pas son être. Toujours aussi cruel, glacial, intransigeant et dur.

Et pourtant…

Il était là sur cette plage. Il avait pris la route, ignorant les appels désespérés de son portable qui le réclamait à la maison d’édition, la terreur qui dévorait ses entrailles, le froid qui remontait le long de sa colonne vertébrale. Son regard s’était échoué sur Héloïse qui longeait le théâtre de leurs souvenirs. Tant de fois où ils s’étaient retrouvés dans ce lieu secret. Tant d’heures à ne profiter que l’un de l’autre, à se lover dans la douceur d’une existence qu’à eux. Il lui sembla que rien n’avait changé. Le vent soufflait dans ses cheveux, agitant ses boucles brunes et chaudes comme hier ; l’écume frôlait paresseusement ses orteils dans le sable comme hier ; son regard se perdait dans cet horizon de bleu, d’orange, d’étincelles et d’or. Pourtant, rien n’était plus comme auparavant. Les rires n’étaient plus là. Le poids de leur existence pesait sur leurs épaules trop voûtées. Qu’en serait-il des sentiments d’Héloïse ? De ses réflexions ? Si l’amour de Matthew pour Isabelle ne crevait pas les yeux, il n’en était pas de même pour la brune et Elias. Quel avenir pour eux ?
La gorge sèche, il s’approcha lentement de la jeune femme. Elle se tenait dos à lui, le vent gonfla doucement sa robe et emportant les fragrances de son parfum jusqu’à ses narines. Parfum enivrant et lointain. Un creux se forma dans l’estomac de Matthew, comme s’il se sentait coupable d’être là et de sentir à nouveau se parfum après toutes les promesses qu’il s’était faite. Il ne sut ce qui le trahit, mais Héloïse se retourna enfin vers lui. Il cerna l’infinie tristesse qui accablait ses traits ; et peut-être un peu de soulagement ? Comme s’il était soudain bâti de marbre, il ne parvint pas à bouger un muscle. Il s’était arrêté à une distance raisonnable d’elle. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, la serrer jusqu’à l’en étouffer, s’enivrer d’elle jusqu’à l’ivresse, mais il en fut incapable. Un silence troublant s’instaura entre eux, uniquement brisé par l’agitation du vent qui giflait leurs visages. « Je t’ai fait tellement de promesses. J’ai voulu faire de mon mieux. J’ai voulu y croire pour éloigner l’évidence. » Les mots détenaient un goût âpre dans sa bouche. Il se montrait plus froid et indéchiffrable qu’il ne l’aurait voulu. « Je n’ai pas été fort, je n’ai pas été courageux, je n’ai pas pu me battre, je n’ai pas réussi à te protéger de moi et de tout ce qui m’entourait. Je n’ai pas trouvé d’autres solutions… hormis celle de t’abandonner, de sacrifier ce que nous étions. Tout ça… tout ça n’aurait pas dû se produire. » Leur rencontre à New York. Cette révélation sur les circonstances de leur rupture. Ce rendez-vous sur la plage. « Ce n’était pas ce que j’avais prévu… tu devais oublier. Tu devais être heureuse avec un autre. Je n’aurai plus dû exister dans ta vie. » Ses mots tombaient comme des lames de glace, énonçant méthodiquement ce plan qui avait lamentablement échoué. « Je t’avais promis de te rendre heureuse… peu importait si cela devait être avec un autre. Peu importait si ma vie perdait le moindre sens. » Ses prunelles d’acier se rivèrent dans les siennes, inflexibles. « Cinq ans, un mois et huit jours… je n’existe plus vraiment depuis ce jour… je suis mort dans tes larmes, Héloïse. » L’éraillement de sa vie trahit cette émotion terrible qui le saisissait tout entier. « Rien n’est plus pareil, Héloïse. Je ne suis plus pareil. Je ne suis plus le même et je ne le serai plus jamais. » Le zéphyr emporta ses derniers mots au loin. Sa froideur devenait douleur, respectant toujours scrupuleusement cette retenue entre eux. Il dévisagea longuement Héloïse d’un regard inflexible. Savait-elle ce qu’il était devenu ? Ce n’était même plus ses attitudes qui s’étaient modifiées, mais bien sa nature profonde. Son âme restait aussi sèche et rêche que du papier. Son cœur battait faiblement sous une couche de glace épaisse. Il était glacial, insensible, sans pitié, intransigeant, maladivement pragmatique et affable. Il n’était plus rien de cet homme qui s’était attendri, qui était généreux et soucieux des autres derrière son masque de condescendante. Il n’était plus le même. Il n’était plus celui dont Héloïse était tombée amoureuse. Ses mains s’ouvrirent dans un geste lent, dépouillées de tout. Si vides et si impuissantes. « Je n’ai plus rien à t’offrir… »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 18 Juil - 16:33

Elias me permet de ne pas agir de manière inconsidérée. Je n’arrive même pas à me convaincre de le quitter. Je tiens à lui. Beaucoup plus que je ne voudrais le croire. Et pourtant, Matthew est au delà de tout ça. Il est immuable. Il est puissant. Il respire dans chaque fibre de mon être. Malgré cela, j’ai conscience de la folie d’être venue ici. Mes pensées se mélangent entre cette personne qui partage ma vie et celle qui doit me rejoindre. Le fera-t-il ? J’espère que oui. Nous n’avons pas pu continuer notre conversation. Se retrouver au milieu de ces gens aisés me paraissait trop gênant. Et j’ai tant de choses à lui dire. Je ne sais pas si cette issue sera heureuse ou non. L’indécision règne. Je ne sais pas quoi faire si ce n’est que j’attends, les pieds dans le sable, sentant parfois les vagues me chatouiller les pieds. L’horizon est si beau en ce matin. Et les embruns font voler ma crinière de part et d’autre. C’est apaisant, ça me permet de ne pas péter un câble, de me recentrer sur l’essentiel. Quel avenir nous est destiné ? Est-il trop tard ? Ces questions me rendent folle, tordent mes entrailles. Si je m’écoutais, je m’enfuirais avec Matthew, main dans la main. Mais je ne peux pas. Ma vie est à New York. J’ai un travail. J’ai un appartement que je partage avec mon petit-ami, des vêtements masculins et féminins dans une même armoire. C’est si compliqué. Et les choses ne s’arrangent pas lorsque j’entends du bruit derrière moi. Je pivote, faisant face à Matthew. Il est venu... La chose devient encore plus compliquée finalement. Est-ce que cela veut dire qu’il croit en nous ? Je ne sais que penser, il s’avance vers moi et je l’accueille avec un sourire empli de tristesse. Le soulagement réside dans mes yeux mais c’est uniquement parce qu’il est là. Dans ma tête, c’est le chaos. J’ai peur de ce qu’il me dira. Sa mine est grave et austère, ses yeux ne brillent pas de cet éclat que je lui ai, pourtant, connu. Je demeure silencieuse et Matthew prend la parole brisant le silence que les vagues n’ont pas su prendre. Il me livre alors tout ce que je n’ai jamais compris. La raison de son geste et de ses mots. Ce qu’il attendait de moi : l’oubli de l’autre, refaire sa vie. Le coeur bat la chamade dans un élancement douloureux. Je ne respire plus, le regardant, les yeux brillant d’une souffrance intense. Le savoir terrassé par là douleur de m’avoir perdu, savoir qu’il s’est cru mort, ayant perdu toute once de bonheur et d’amour en lui, c’est tellement difficile à entendre. En cet instant, je prends pleinement conscience du sacrifice que ce geste lui a coûté. Je prends conscience de combien Matthew m’aimait alors. Ce degré d’amour capable de briser les montagnes, assécher les océans et éteindre les étoiles, suffisamment pour qu’il ait eu la force d’abandonner ce en quoi il tenait le plus. Mais puis-je lui pardonner cela ? En s’enterrant, il m’a emmenée avec lui. Et j’ai l’impression de me voir dans sa peine. Il y a Elias, mais je ne l’aime pas autant que j’aime Matthew. Cet amour m’a permise de me battre, de croire encore, de faire ma vie ailleurs.
Même si je réalise maintenant que ma vie ne peut être pleinement heureuse si Lui n’est pas là.

« On aurait pu s’éviter tout cela, Matthew... » La souffrance éraille ma voix et je l’observe sans rien dire d’autre. Le temps de quelque secondes. « Et si tu es mort dans mes larmes, moi je me suis éteinte dans tes mots... » Je regarde l’horizon fronçant les sourcils, me concentrant pour rester calme et ne pas craquer. Cette situation est si insensée. « Je suis convaincue d’une chose, c’est que jamais mes sentiments pour toi ne s’effaceront. Tu as trop compté pour moi, tu as trop représenté pour que je puisse t’oublier en refaisant ma vie avec quelqu’un d’autre. Alors oui. Il y a Elias. Mais il n’est pas toi. Et comme je te l’ai dit à New York, il ne serait jamais toi... Il n’aura jamais la place que tu occupes dans mon coeur. Et j’ai tellement souffert que je sais que cette barrière que j’ai érigé autour de mon coeur ne saura être brisée. Seul toi peut le faire. Seul toi possède les armes pour. Parce que toi seul, est encore à l’intérieur.  » Cette partie de moi qu’il a fallu cacher. Jamais je n’en ai parlé à Elias. Je lui ai simplement dit que mon histoire d’amour s’était mal passée. Et c’était tout. Jamais Elias n’a vu une photo de nous, entendu un prénom. Il y a eu un autre homme et c’est tout. Matthew est devenu le cancer de mon existence, l’incurable situation à laquelle aucun remède ne pouvait me sauver. Devant lui, je ne suis que faiblesse. « J’aurais pu te promettre de t’aimer et de t’aider à retrouver ce que tu as perdu... Mais je ne suis même pas certaine d’avoir la force de le quitter. Je suis terrifiée par l’inconnu qui se trouve derrière ... » J’ose alors le regarder à nouveau. Et puis que deviendrais-je ? L’amante d’un homme marié ? Je le verrais devoir quitter un mariage, une situation pour laquelle il a œuvré ? S’être quitté pour revenir ainsi ? Qui me dit qu’il ne me laissera pas tomber encore une fois ? Qui me dit que je pourrais devenir me sentir pleinement heureuse. J’ai été traumatisée. « J’aurais tant à t’offrir, je pourrais te donner le meilleur de moi-même pour que tu puisses te retrouver, mais je me dis que bâtir une histoire avec des ruines ne peut que tenir provisoirement. Qui me dit que tu ne me laisseras pas tomber à nouveau ? » Je l’observe toujours, mon corps se mettant à trembler. Je refoule les larmes voulant remonter à la surface. Et ma voix se fait plus tremblante que jamais. « Je serais juste certaine d’une seule chose, Matthew... C’est que je t’aime et je t’aimerai toujours. » L’émotion devient trop forte, ne résistant pas, je me blottis contre lui, enfouissant mon visage dans son torse, mes bras s’enroulant autour de sa taille. « J’ai tellement mal en moi... Me dire que nous avons roulé tant de kilomètres pour se faire face et se rendre compte qu’il est trop tard pour nous... Quand pourrais-je me sentir enfin en paix ... ? » Je finis par fondre en larmes, ne retenant pas mon chagrin, mes sanglots brisant le silence douloureux. Néanmoins, je trouve le courage de relever la tête et de l’observer. « Si seulement tu ne m’avais pas quittée... » Ma main vient doucement caresser sa joue, comme si c’était la dernière fois que je le voyais. D’une certaine façon, c’est peut-être le cas. Au vu de ces mots ô combien douloureux. J’aurais tellement aimé le revoir heureux, et enjoué, riant de tout et de rien, tel que j’avais pu le découvrir quand nous étions en vacances. Ces instants que je chéris avec force, qui demeureront un simple souvenir. Mes doigts se crispent et je ne peux contenir le besoin qui me taraude. Mes lèvres se posent sur les siennes dans un dernier assaut tendre et désespéré. le temps d’ine éreinte éphémère, mon front contre le sien allrs que je lui murmure « Juste, pour cette fois-ci, laisse-moi être ta Héloïse comme autrefois... Juste une fois, je t’en prie... »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 1 Aoû - 18:05

Les mains vides.

En dépit de tout, il n’était pas inné à Matthew d’aimer. Il était capable d’écrire sur le sentiment amoureux aisément, d’en peindre toutes les nuances et les étendues, d’en esquisser chaque relief, d’en dessiner toute la complexité, toutes les incohérences et les incongruités. Son esprit savait s’ingénier à tisser de nombreuses histoires de cœur sans qu’aucune ne se ressemble, n’invoque les mêmes mouvements de l’âme. Il avait également trop lu pour ne pas savoir en illustrer tous les pièges, toutes les failles et toutes les faiblesses, mais aussi pour ne pas comprendre toute la souffrance que l’amour occasionnait. Et des amours, il y en avait des tas. Tendres, passionnés, toxiques, platoniques, amicaux, fusionnels, ténébreux, insensés, interdits… Matthew avait su écrire sur tous, car il était un bon auteur, un virtuose des mots, un merveilleux théoricien de l’âme humaine, un génie de l’écriture, un observateur talentueux. A bien des égards, il ne pouvait être égalé, mais s’il y avait une chose que Matthew ne savait pas faire, c’était ressentir tout ce florilège de sentiments. Il y avait été rendu hermétique toutes ces années. Il n’était pas comme ses héros qui vibraient des premiers émois. Il ne connaissait pas la puissance d’un coup de foudre, la souffrance d’un regard qui se dérobe, la maladie d’amour, le manque qui tiraille les entrailles, la jalousie qui enfle dans les veines, ce désir égoïste de n’avoir l’autre que pour soi, de se réveiller au matin avec un visage gravé sur la rétine et de s’endormir le soir en se rendant compte qu’il ne l’avait pas quitté de la journée, ce corps qui appelle un autre dans une symbiose de l’être, l’insatiable appétit de ses sens pour éprouver la douceur de la peau de l’autre, s’enivrer de son parfum, caresser ses cheveux, se noyer dans son regard, se perdre dans ses murmures et s’assourdir de ses rires. Tout ceci, il y était étranger, même avec Jane. Il n’avait fait que mimer ce qu’il croyait être de l’amour. La vérité, c’est qu’il ne vivait pas. Il ne marchait pas sur le bon chemin et ne s’aventurait pas vers le bon horizon. Et puis elle avait débarqué dans son existence sans crier garde. Héloïse avait été son soleil pour éclairer sa route, cette main qui était venue se glisser dans la sienne pour guider ses pas. Elle avait rallumé les étoiles dans son ciel fait uniquement d’encre. Et soudain, tout ce qu’il écrivait prenait vie. La tendresse, la douceur, le manque, l’amour, la douleur. Il vivait enfin, étourdi de tant de sentiments qui ébranlaient son être. Ses chairs s’étaient réveillées à la chaleur de cet astre brillant sur sa route. Son cœur n’était plus sec, ni rêche. Sa peau n’était plus froide, ni roide sous le coup de l’absence d’amour. Et il vivait d’aimer, et il aimait de vivre sous le regard de celle qu’il chérissait plus que tout au monde. Lui qui était si pauvre d’amour, elle l’avait rendu le plus riche des hommes. Lui qui était dépouillé de chaleur, elle avait rallumé un brasier immense au creux de son âme. Lui qui était nu, elle l’avait habillé de mille couleurs chatoyantes. Lui qui n’était rien, elle lui avait permis d’être la partie d’un tout unique. Un tout qu’ils ne formaient qu’à deux dans l’évidence parfaite qu’ils étaient nés pour s’aimer. Qu’ils n’étaient destinés qu’à ce merveilleux rendez-vous. Il l’aimait dans le temps.

Puis son ciel était devenu orage. Les éclairs avaient chassé le soleil et masqué les étoiles. La glace avait remplacé l’astre étincelant qui embrasait sa poitrine. Ses veines n’étaient plus devenues que le transport de son sang vers un cœur qui battait tout juste, que le chagrin avait séché et appauvri. Matthew avait l’âme déguenillé, l’esprit en bataille contre mille démons de souffrance qui ne lui laissaient aucun répit, qui avaient fini par le fatiguer, le dévorer et le ronger jusqu’à la moelle. De lui, il ne restait plus rien qu’une carcasse informe et grotesque qui marchait, aveugle, sur une route dont il avait oublié la destination. Une ombre errante et perdue sur les rivages irraisonnés de son âme. Et il n’avait pas été un homme bon, insufflant tout son malheur sur les autres comme un poison pestilentiel. Son entourage, il l’avait condamné avec lui, les soumettant à cette existence dépourvu d’amour et de tendresse. Héloïse n’était plus là, emportant avec elle sa lumière, ses rires, son feu sacré, la pureté de son cœur et la beauté de son âme. Elle était comme un bijou égaré sur le bord de la route. Et de ce manque atroce, Matthew était devenu aveugle à ce monde qui ne reflétait plus les regards d’Héloïse. Il était mort dans toutes les souffrances qu’il lui avait infligées, il s’était tué en anéantissant son amour, il avait disparu à jamais dans ses larmes. Et aujourd’hui, il en était là. Face à elle.

Les mains vides.

Elle était cette femme qui aurait compté. Elle était celle que son cœur réclamait. Elle était celle qu’il aimerait à jamais, dans le temps, et hors du temps. Matthew était empli de cette certitude, mais il savait qu’il n’avait rien à lui offrir de plus. Plus de tendresse, plus de douceur, plus de lumière, plus de chaleur. Tout s’était éteint en lui comme une étoile qui aurait lentement agonisé sous la voûte ténébreuse de l’univers et il lui semblait qu’il était trop tard. Trop tard pour lui. Trop tard pour eux quand elle évoquait cet amour pour Elias et son impossibilité de mettre un terme à sa relation avec lui. Et il avait mal qu’elle appartienne à un autre sans que ses mains impuissantes ne puissent l’arracher à cet autre. Il en crevait de jalousie, d’égoïsme et de douleur sans pouvoir agir ou réagir comme il l’aurait voulu. Tout aurait dû se révolter en lui, mais il n’éprouvait plus qu’un chagrin immense à cette résignation qui pesait sur ses épaules. Il l’avait fait souffrir de manière irraisonnée. Et toute cette souffrance insensée, il ne pourrait plus la reprendre. Toute la confiance qu’elle avait perdue en lui, il ne pourrait plus lui redonner. De la même façon qu’il ne pouvait pas lui promettre qu’ils pourraient rebâtir les ruines de ce qui avait été sa plus belle histoire d’amour. « Je ne sais pas… » Leur histoire tiendrait-elle même s’ils se donnaient une nouvelle chance ? Il n’en avait pas la moindre idée. C’était trop flou, trop brumeux dans son esprit. Le maelström s’accentua dans sa poitrine lorsqu’elle se jeta contre sa poitrine, l’enlaçant avec force. Il ne put résister à l’appel de ce corps à corps. Ses bras s’enroulèrent d’instinct autour de ses frêles épaules secouées de sanglots. Il l’aimait. Il l’aimait à en devenir complètement fou, perdant toutes les nuances de son esprit sagace, pragmatique, réfléchi et sérieux. Mais était-il trop tard ? Et s’il ne l’avait pas quittée ? Tant de questions qui s’éclipsèrent au baiser fougueux de la jeune femme contre ses lèvres. Il répondit à son assaut avec la même ferveur, crispant ses doigts dans ses cheveux et sur sa nuque dans un geste désespéré. « Tu seras toujours ma Héloïse… » murmura-t-il, front contre front dans la tendresse du matin. « Pour quelques heures, nous n’aurons qu’à dire… qu’il n’est pas encore trop tard pour nous. » Ses lèvres s’allièrent aux siennes, retrouvant leurs jumelles dans la plus parfaite des évidences. Il y avait tant à dire, tant à rattraper, mais le silence fut leur meilleure compagne. Il n’y avait plus que leurs mains enlacées l’une à l’autre tandis qu’ils marchaient sur la plage en oubliant les ravages du temps sur leurs âmes cabossées. Il n’y avait plus d’Elias, ou d’Isabelle. Ils n’étaient plus que ces deux amants secrets. Ils n’étaient que Matthew et Héloïse, les parts d’un tout flamboyant. Les secondes, les minutes, les heures ne détenaient plus aucune signification au regard de ces retrouvailles inespérées et presque pudiques. Puis ils devinrent chairs, peau et corps dans une union dont ils retrouvaient tous les détails. Matthew n’avait pas oublié la douceur de son épiderme, le frisson de ses membres, les soupirs de son plaisir, tous ses monts et ses merveilles. Il la retrouvait toute entière. Et il embrassait, caressait, mordillait, frôlait, éprouvait, chérissait et aimait chaque parcelle de sa peau. Il engloutissait ses gémissements dans ses baisers tendres, exigeants et désespérés à la fois. La passion s’emparait de son être pour réveiller des parts insoupçonnés de son être, raviver les cendres de sensations qu’il croyait éteintes à jamais. Doucement, il commençait à revivre dans l’étreinte des bras d’Héloïse. Il avait moins peur. Il se sentait moins vide. Il se gorgeait de son contact, de son amour qu’il savait uniquement dévolu à lui pour cette journée où ils n’étaient qu’Héloïse et Matthew. Etourdi de passion, il n’osait plus la quitter même au jour qui déclinait à travers les rideaux fermés de la chambre. Il la tenait serrée contre lui, groggy de sa chaleur pour réchauffer son être. « Je crois que je ne veux pas que tu partes… » murmura-t-il au creux de son oreille, le nez perdu dans sa chevelure sombre. « Je ne veux pas que ça se finisse, Héloïse. »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Sam 4 Aoû - 12:45

Etre sa Héloïse… Redevenir comme avant, ce rêve me paraît si fou, si irréaliste. Je sais qu’exiger une telle chose n’apportera rien de bien en dehors des regrets. Mais en cet instant, l’air est chargé de tant de remords, tant d’envies et de besoins. Nous ne sommes pas libres, nous ne le serons jamais de toute façon. J’en viens à cette conclusion parce que le « comme avant » ne peut exister. Du moins, il est bien trop incertain. On pourrait se donner cette chance, en effet, mais est-ce qu’on sera heureux pour autant ? Pour se faire, pour avoir le courage de quitter Elias et sa stabilité, il faudrait que Matthew soit sûr de ce qu’il pourra m’offrir, pour me réconcilier avec mon passé, pour arriver à lui pardonner de m’avoir quitté de cette manière. Hélas, l’incertitude nous habite complètement. De solutions, il n’y a que celle de faire semblant que tout va bien dans nos vies tout en se berçant de tendres illusions. La fatalité nous frappe autant que la tristesse de voir que notre histoire ne pourra plus voir le jour. En dehors d’aujourd’hui, où j’ai besoin d’être en paix avec moi-même, d’être celle d’autrefois ; Un peu plus insouciante, un peu moins triste ; Revivre au travers du regard de Matthew, de cet ancien personnage tant aimé autrefois. C’est terrible de se dire que cet amour ne nous sauvera pas cette fois, que nous avons bien trop souffert, que le temps a estompé tout cela. L’insouciance n’est plus. L’innocence a disparu. Pourtant, dès lors que nos lèvres se retrouvent, j’ai l’impression d’avoir, à nouveau, vingt-trois ans, d’être cette étudiante gauche et timide, découvrant les ravages du sentiment le plus beau et le plus noble dans les bras d’un homme au cœur brisé. J’aurais vécu les plus beaux instants de mon existence, je n’aurais jamais cessé de rire, d’être enjouée, de m’enthousiasmer pour le moindre détail tant qu’il y avait du Matthew dedans. Durant de nombreux mois, de nombreuses années, je n’ai jamais cessé de vivre dans ce passé, je n’ai jamais cessé d’y penser, de me rappeler ô combien j’appréciais cette vie-là, cette vie que je lui propose de vivre ne serait-ce qu’une fois encore. Avant que nos quotidiens ne nous rappellent, nous faisant comprendre que nous ne sommes plus rien l’un pour l’autre, rien d’autre que le fantôme d’un temps désormais révolu. Alors juste une fois… Je me laisse prêter à ce jeu tordu, à m’imaginer que ce n’est pas trop tard, que nous n’avons plus rien à faire ensemble, à imaginer que la route n’est pas trop compliquée pour reconstruire quelque chose, que ces ruines ayant été le vestige de notre histoire sont bien plus robustes que je n’aurais pu le croire. C’est fou combien l’esprit est capable de croire et d’espérer, combien il est facile de l’endormir. Le cerveau malade se berce d’illusions et ce poison se distillant dans mes veines endort mes sens et ma raison : je me repends d’un peu de bonheur. Éphémère, tendre, beau et fort. Fragile aussi tandis que nous finissons par nous détachons l’un de l’autre. Je ne fais plus attention au détail de cette journée, je ne dis rien, je laisse le temps m’envelopper et nous figer. Nous nous enlaçons. Nous nous embrassons. Nous marchons souvent, évitant la parole qui serait capable de briser la magie de l’instant. Je m’accroche à nos doigts entrelacés, à la chaleur qui s’en découle même si j’ai si froid en moi, même si tout au fond de mon esprit, je me dis que la fin sera terrible…

Heureusement qu’il n’y a pas besoin de meubler une quelconque conversation. Nous avons tant appris l’un de l’autre, quand nous étions ensemble. Nous n’avons pas besoin d’apprendre ce que nous ignorons, puisqu’il n’y a rien que l’on ne sait de l’autre. Et puis, je ne tiens pas à savoir ce qu’est devenue sa vie après moi, comment il s’est marié, comment il a rencontré Isabelle. Oh non… Ça serait bien trop douloureux, impossible à entendre. Je préfère l’étreindre plus qu’il n’en faut, laisser nos lèvres se lançaient dans cette danse effrénée, laissant le désir prendre une place que l’autre ne peut ignorer. Tels deux amants perdus dans ce secret mutuel, l’appel du corps se faisant trop présent. Je préfère me bercer d’illusions, m’abreuver de chaque parcelle de sa peau, traçant un sillon clair sur ce velours découvert fut un temps, autrefois. Les lèvres se lient et se délient, mes doigts s’impriment dans sa chair, son prénom est alors la plus belle des litanies prononcées au creux de son oreille. Nos corps ne sont qu’une seule et même entité, ce tout que nous savons si bien former dans ces assauts tendres et inconsidérés. Ce besoin charnel me transcende, je me sens redevenir encore plus celle d’autrefois. Les gestes sont les mêmes qu’avant, le cerveau n’a pas oublié, il ne le pourra jamais. Ce par-cœur fait mal et en même temps, il soulage, il fait du bien. Je m’oublie au creux de ses bras, je redeviens celle d’antan, oubliant le temps qui s’écoule inexorablement, et ce lendemain qui crèvera le cœur. Blottie contre lui, je savoure l’instant figé, écoutant sa respiration et ne voulant pas rompre l’instant. C’est si doux, si agréable. Je ne sais même plus quel jour nous sommes, ce qui a pu nous arriver. Jusqu’à ce que la voix de Matthew résonne au creux de mon oreille, me rappelant que cette parenthèse a une fin, quand bien même, il ne souhaite pas que ça se finisse. « Ça ne finira pas, Matthew… » Je pivote tout doucement afin de pouvoir contempler ce visage si doux, si innocent après l’amour. « Je resterai avec toi tant que tu le voudras… Pas physiquement mais dans ton cœur, dans chaque parcelle de ton âme. Je serai là comme toi, tu seras partout dans ma vie. » De toute façon, il faudra bien se quitter, on reviendra dans ce quotidien morose. Je retrouverai ma vie avec Elias, platonique mais sécurisante, beaucoup moins douloureuse aussi. « Je n’ai pourtant pas envie que l’on se quitte… » Je sens la tristesse revenir au galop, le nez me piquant de façon désagréable. Je n’ai pas envie que cette journée se finisse dans les larmes. Caressant doucement sa joue du revers de ma main, je ne peux que le contempler, imprimant chaque détail de son visage si beau. « C’était si bon de revenir à autrefois… J’ai eu l’impression de redevenir heureuse comme avant, quand il n’y avait que toi pour peupler mon quotidien. » Hélas, tout a pris fin d’une façon tragique. Et pour éviter de trop m’attrister, je préfère l’embrasser encore et encore, m’abreuver de son corps pour cette toute dernière fois.

***

Entre larmes et désarroi, je ne sais même pas comment j’ai pu faire pour ne pas avoir eu d’accident. J’aurais pu me tuer mais je suis finalement arrivée chez moi, arrivant vers vingt-heures. Dans le miroir intérieur, je regarde mes yeux rougis, inspirant profondément pour ne pas attirer de questions gênantes de la part de ma grand-mère. Encore toute éprouvée de cette journée irréelle, je suis loin de me douter de ce qui m’attend. J’ouvre la porte d’entrée, constatant que toute la maison est plongée dans le noir. C’est étrange car mamie m’aurait dit si elle était sortie avec papi. Or, je me trompe complètement. « SURPRIIIIIIIISE !!! » Je pousse un cri quand j’allume le salon et constate qu’il y a beaucoup de monde. Trop même. Alors que mon esprit est complètement accaparé par Matthew, qu’il se remémore de chaque seconde de nos étreintes passionnées, il n’est pas prêt à se rendre compte qu’il y a de la famille et … « Elias.. ? » Je murmure tandis qu’une masse brune me sert dans ses bras. Je reconnais bien le parfum habituel, bien différent de celui de Matthew. Aussitôt, mes joues se couvrent de rouge et je n’ose rien dire tant je suis pétrie de culpabilité. Quand il s’écarte de moi, son visage souriant me fait face. « Tu m’avais manqué mon cœur. » Il s’écarte, enroulant son bras autour de ma taille. « Je me suis dit que cette surprise te ferait plaisir. » Il me faut un effort immense pour lui sourire. « Bien sûr, tu es un amour. Je ne m’y attendais pas du tout. » Je suffoque, me sentant tellement mal que j’ai besoin de prendre l’air. Mais la prise d’Elias m’en empêche. Je dois saluer toute la famille, m’extasier dans le mensonge, faire semblant d’être ravie de voir tout le monde alors qu’en réalité… J’ai tellement envie de pleurer… j’ai tellement de remords et de regrets sur ce qu’il s’est passé. Mais le pire reste à venir quand l’une des invités attire mon regard, plus qu’un autre. « Ellana ? » Elle vient vers moi avec un sourire gêné, m’expliquant qu’elle était venue me voir à l’improviste mais ne savait pas qu’une fête se préparait dans mon dos et surtout que je n’étais pas là. Ma grand-mère, avec sa personnalité imposante, l’a invitée à se joindre aux festivités. « A la base, je voulais te présenter mes excuses pour… la dernière fois, pour mon manque cruel de tact à ton égard… » - « Ce n’est rien, Ella… Tu ne pouvais pas savoir. C’est oublié. » Je lui mens sans ciller, ayant passé maître dans l’art de faire semblant. Cependant, face à la sœur de Matthew, face à cette ressemblance troublante, j’ai du mal à rester stoïque, à faire semblant de rien. On discute de tout et de rien afin de meubler la conversation jusqu’à ce que la conversation prenne fin, accaprarée par l’attention d’un autre convive. C’est alors que je sens la main d’Elias m’attirer vers lui. « Votre attention, s’il vous plait… J’ai une annonce de la plus haute importance à vous faire. Je voulais remercier d’être présent ce soir pour ma Héloïse. Il y a quelques années, je l’ai rencontré et autant vous dire, qu’elle a changé ma vie. Quand nous nous sommes rencontrés, jamais je n’aurais pu penser que je tomberais amoureux d’elle. » Il se tourne vers moi, me souriant avec l’amour jusqu’au bord des yeux. « Héloïse, si tout le monde est présent ce soir, c’est pour une raison bien particulière. » Je me fige, ayant l’impression de comprendre. Cependant, je n’ai le temps de rien dire qu’Elias s’est mis à genoux, ouvrant un écrin dans lequel se trouve une bague. « Héloïse Bennett, veux-tu m’épouser ? » Et là, on me perd, mes yeux se remplissent de larmes, j’enfouis mon visage dans mes mains tremblantes. « …’Lias… » Je bredouille d’une voix si faible que mon son semble s’apparenter à un oui, entre hurlements et cris de joie, alors que je m’apprête à dire non. Les bras d’Elias se referment autour de moi et il me murmure à l’oreille qu’il m’aime. Et je n’ose plus rien faire, l’aimant suffisamment assez pour ne pas lui imposer une disgrâce à lui refuser sa main. Pourtant, je sais que je ne peux l’épouser tant que je ne suis pas certaine de ce que je veux. L’ombre de Matthew réside encore en moi, j’ai l’impression que l’empreinte de ses lèvres se trouvent sur chaque parcelle de mon corps, que je suis devenue une personne tellement affreuse que je ne mérite aucun d’eux. Je me trouve horrible, le visage larmoyant que tout le monde traduit en une émotion impossible à contenir. Alors qu’il y a quelques jours encore, Matthew me remettait sa bague, symbole d’une promesse ancienne, à mon doigt, voilà que celle d’Elias y trouve refuge. Je ne sais même pas si c’est une bonne idée. Je suis tellement perdue, Elias a pris ma main, me faisant rencontrer les félicitations de ma famille, entre embrassades et mots gentils, je suis complètement à l’ouest, incapable de réagir tant je suis dépitée par tout ce qu’il se produit. Il y a un peu, encore, je redevenais l’Héloïse d’un autre. Et maintenant… Que suis-je réellement ?

« Félicitations, Héloïse. Je suis tellement heureuse pour toi. » Me dit Ellana avec un grand sourire. Nous sommes dans la cuisine et cette dernière est venue me rejoindre. Elle s’apprête à s’en aller, jugeant que la fête est plus propice à un moment réservé à la famille. Pour ma part, je ne la retiens pas. Je suis encore bien trop perdue par tout ce qui m’arrive. « C’est gentil, Ella… Vraiment… Merci d’avoir été là… » Je lui glisse un sourire triste, ne sachant que dire. Pour une future mariée, je n’ai pas vraiment l’air heureuse. Elle m’a connue autrefois dans une insouciance débordante. Que voit-elle maintenant ? « Je suis désolée pour ma grand-mère et pour sa manière de forcer la main… » - « Oh ne t’inquiète pas… C’est une femme tout à fait charmante. Et puis Elias est très gentil… Vous êtes mignons ensemble. » Mais ce n’est pas les mots à me dire. Pas après cette journée folle, mes yeux s’emplissent de larmes et je sens qu’Ellana se tend légèrement. « Héloïse ? » Je me frotte les yeux, essayant de ne pas fondre en larmes de façon bruyante, ne voulant pas être remarquée de quiconque et surtout pas Elias. « C’est… C’est rien… Juste la fatigue … La journée me paraît sans fin. » Je souris pour me donner contenance, ne sachant que trop dire de plus. Le besoin de parler me taraude, je suis tentée de lui dire la vérité. Au moins à elle, surtout si elle connaît le véritable mot de l’histoire. « Et c’est douloureux…  » J’arrive juste à bredouiller ces mots, provoquant la surprise d’Ellana. « Qu’est-ce qui est douloureux ? » Comment lui dire alors ? Comment faire pour ne pas paraître affreuse plus que je me sens déjà l’être ? Je culpabilise trop. Et en même temps, l’absence de Matthew m’étouffe. Il me manque déjà alors que ma peau porte encore la douce saveur de ses lèvres. Je réalise qu’avoir trompé Elias avec Matthew n’est pas la solution, qu’être redevenue l’Héloïse d’autrefois, ne me sauve pas de mes problèmes. Au contraire, j’ai terriblement envie de revenir encore en arrière, même si je sais que je n’y trouverai qu’un être marqué par la vie. Brisée. Incapable de se relever. « J’ai… » Je me tais, inspirant profondément et fermant les yeux un bref instant. « Je l’ai revu aujourd’hui… » Le silence d’Ellana m’encourage à continuer. Elle comprend beaucoup de choses. Peu d’être humain sont capables de me mettre dans un tel état. « Et je ne savais pas qu’Elias organiserait tout ça… Je n’ai pas les idées très claires… Il a pris mon hésitation pour un…  oui… » - « Mais c’est ce que tu souhaites ? » La question que je me pose tout le temps. Est-ce que je le veux vraiment ? Est-ce que je veux Matthew ? Que choisir entre un homme brisé qui ne sera pas certain d’arriver à effacer le passé ou Elias qui me montre un avenir sécurisant et heureux, tout en sachant qu’il ne sera jamais l’amour de ma vie. C’est terrible et j’ai tellement peur de faire le mauvais choix. « Héloïse, tu sais … Je ne suis personne pour te juger ou te donner des conseils. Mais peut-être faut-il t’accorder du temps pour savoir ce que tu souhaites vraiment. Même si j’ai conscience qu’avec mon frère, rien est simple… » Oh non, ça ne l’est pas. Si seulement… On serait si heureux alors. Mais hélas, le destin en a décidé autrement. « Tout ce que je sais… Tout ce dont je suis convaincue… C’est cette certitude que nous aurions toujours été ensembles si Matthew avait eu la force de me dire ce qui n’allait pas, s’il ne m’avait pas quitté comme ça. » Je m’essuie les yeux brièvement, inspire doucement et bredouille d’une voix faible. « Je n’aurais alors pas ressenti ce manque depuis si longtemps… Excuse-moi… » Je finis par fuir, préférant monter à l’étage, me barricadant dans ma chambre de jeune fille, envahie d’un tel désarroi. La journée me semble si irréelle. Il y a peu encore je m’abandonnais dans les bras de Matthew, et maintenant, j’ai l’impression d’être une garce ne méritant rien d’autre que d’être seule, de ne pas mériter Elias comme Matthew.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Sam 4 Aoû - 18:18

C’était comme s’immerger tout entier dans un souvenir sans volonté de remonter à la surface. Les odeurs étaient les mêmes qu’autrefois, les gestes revenaient naturellement, comme les pas d’une chorégraphie apprise par cœur, les sourires demeuraient intactes, à peine voilés d’une tristesse résignée, les baisers détenaient la même saveur, tendres et passionnés à la fois. La main de Matthew glissait sur la peau d’Héloïse avec la sensation de retrouver une partie perdue de lui-même. Tous ses vides se comblaient à son contact, à la chaleur de son épiderme, à ses murmures étouffées dans cette chambre, à cette voix qui susurrait si intensément son nom, à ses bras qui s’accrochaient désespéramment à lui, au velouté de ses gémissements. Il n’avait rien à découvrir et il se délectait de cette sensation de revenir en terre conquise, dans des paysages qui lui étaient si familiers qu’il pouvait fermer les yeux sans ne plus jamais se perdre. Elle était une part de lui. Un phare dans ses nuits d’encre. Et soudain, il n’avait plus peur du néant immense au creux de sa poitrine, il ne ressentait plus l’angoisse des lendemains médiocres, la lenteur des secondes qui l’enchaînaient à cette existence biscornue. Toute son âme se tournait vers cette pluie d’étoiles qui jaillissaient des prunelles pâles d’Héloïse. Il n’y avait qu’eux, deux amants que le destin réunit dans une danse qui personne n’a oublié. Et quand ses yeux se posaient sur elle, apparition charnelle et gracieuse, c’était comme contempler un tableau admiré tant de fois qu’il s’en était cramé la rétine. Sauf que la peinture ne s’était pas écaillée, que les couleurs demeuraient toujours aussi vives, que les émotions qui le traversaient restaient authentiques. Il n’y avait rien à apprendre, juste tout à retrouver de ce qu’ils étaient autrefois. Il en oubliait la fatalité du temps passé, le poids de leurs existences, la douleur des mots prononcés, l’inconcevable injustice du sort qui les attendait. A ce moment-là, il n’était plus certain d’être assez faible pour la laisser partir. Et s’il avait peur de ne pas être suffisamment fort pour reprendre leur histoire, il savait qu’il ne serait pas assez fort pour la perdre de nouveau. Ce serait comme mourir une deuxième fois. Il n’en avait plus le courage. Et si sa voix ne pouvait exprimer l’indicible, ses bras se refermèrent autour de sa taille frêle, de ce corps encore vibrant de tant d’amour et de passion.

Il l’aime tant, il le sait. Il l’aime à en crever.

Il ne voulait pas qu’elle parte, mais pourtant, chacun de ses mots sonnait avec une résignation qui lui faisait mal. Il semblait que sa voix savait ce que ses mots ne parvenaient pas à dire. Il faudrait qu’elle parte bientôt, qu’elle retourne à sa vie et qu’elle revienne aux côtés d’Elias à New York. Et lui ? Que ferait-il ? Que contemplerait-il des ruines qu’il avait laissées derrière lui ? Mais Isabelle n’était pas sa préoccupation première. En vérité, elle ne l’avait jamais été. En dépit des paroles de la brune, Matthew sentait un poids immense lui encombrer la poitrine. Ils se fourvoyaient l’un et l’autre dans des promesses insensées. Leur histoire était finie. Il était trop tard. Elle serait à jamais inscrite en lui, comme une image que l’on transporte dans son sillage et dans son ombre. Il n’aurait plus qu’à la rêver, qu’à l’imaginer dans son paysage avec son cortège de regrets et de déceptions. Il aurait pu l’aimer mieux… Matthew n’aima aucun des mots d’Héloïse. Il ne voulait pas l’entendre parler d’avant comme d’une époque révolue. Il avait mal de sentir poindre tant de renonciation dans sa voix. Il voulait qu’elle lui dise qu’elle allait rester, qu’elle leur donnait une seconde chance, qu’il n’était pas si tard car leur amour ne connaissait pas le temps. Il vivait en dépit de tout. C’était aussi simple que cela. Et il n’avait pas besoin d’eau, il n’avait pas besoin qu’on en parle pour exister, il n’avait pas besoin d’être montré pour qu’il demeure. Cet amour résonnait dans une évidence parfaite et irréfutable. Ils étaient nés pour s’aimer.

***

Reclus dans l’habitacle de sa voiture, les pensées de Matthew ne lui accordaient aucun répit. Depuis qu’il avait quitté Héloïse, il subissait cette désagréable sensation de s’être abandonné lui-même. Tout ne devenait plus que ténèbres insondables, le rejetant sur le bord du chemin sans possibilité de revenir en arrière. Il ne revint chez lui qu’en suivant ses habitudes instinctives, sans volonté aucune de se replonger dans cette existence dont le fin vernis venait de voler en éclat. Je resterai avec toi tant que tu le voudras… Pas physiquement mais dans ton cœur, dans chaque parcelle de ton âme. Je serai là, comme toi tu seras partout dans ma vie. Et soudain, ce fut plus fort que lui. Non, il ne voulait pas de cela. Il se moquait de l’avoir uniquement dans le cœur et dans l’âme. Il la voulait avec lui, quelque qu’en soit le prix, les conséquences, les ravages de l’existence. C’était de corps, de chair et de sang qu’il l’invoquait auprès d’elle. Pas pour vivre constamment dans son souvenir, mais pour pouvoir en créer de nouveaux. Il en avait besoin, comme un assoiffé a besoin d’eau, comme les fleurs ont besoin de soleil, comme l’homme a besoin d’oxygène. C’était son unique raison de vivre et d’être. Dans un geste inconsidéré, il donna un grand coup de volant et modifia sa trajectoire. Il ne permettrait pas qu’elle disparaisse une fois encore ou qu’elle s’évapore dans les bras d’un autre que lui. Suivant un chemin qu’il n’avait plus emprunté depuis bien longtemps, il prit la direction de la maison de famille d’Héloïse. Il fallait qu’il lui parle et qu’il lui avoue tout. Il fallait qu’elle comprenne qu’une existence sans elle ne pourrait être possible. Le cœur battant à tout rompre, il sortit de la voiture, s’élançant presque en courant vers la maison et puis… ce fut là qu’il vit tout. C’était presque comme un songe atroce, un cauchemar trop bien joué où il voyait Elias à genoux devant Héloïse, le sourire qui contaminait le visage de tous les membres de la famille, cette effervescence qui gagna l’assemblée, lui indiquant que trop bien la réponse de la jeune fille. Et elle disparut brusquement dans l’étreinte d’Elias. Impuissant, ce fut comme un coup assené en plein cœur. Une douleur si puissante qu’elle irradia dans son âme à lui en faire perdre la raison, à lui tourner la tête. Il ne se sentait plus respirer, plus vivre. Il n’y avait plus que lui face à tous ses regrets, face à toutes ses erreurs, face à cette réalité qui lui renvoyait l’image du présent. Un présent où il était trop tard pour eux. Sous l’effet du choc, Matthew recula de quelques pas, trébucha mais conserva l’équilibre sous le coup d’un miracle. Elle avait fait son choix. Elle en avait choisi un autre.
Et ça faisait mal parce qu’il avait perdu et qu’il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même.

***

Il était tard quand il regagna les murs de sa demeure, prison dorée dans laquelle il partageait une existence insipide avec Isabelle. Il la chercha par mécanisme dans la maison, jusqu’à finalement la trouver dans leur chambre. Plusieurs valises éventrées sur le lit se remplissaient au rythme effréné de son épouse. Il ne trouva rien à dire face à ce spectacle triste et grotesque à la fois de cette si jolie poupée au visage baigné de larmes qui rassemblait toutes ses affaires. Elle prit conscience de la présence de Matthew, mais n’interrompit pas son œuvre pour autant. « Je retourne chez mes parents pour quelques temps. J’en ai besoin. Nous en avons besoin. » Il ne trouva rien à répondre tout de suite. Les mots filaient de sa pensée. Avec lassitude, le cœur en friche, l’âme en peine, il vint s’asseoir sur le rebord du lit. « Je… je suis désolé, Isabelle. Sincèrement désolé. » Désolé pour tout. Désolé de ne pas l’avoir traitée avec tous les égards qu’elle méritait. Désolé qu’elle n’ait été que l’instrument de sa colère et de son chagrin. Désolé de ne jamais l’avoir aimée. Désolé de lui avoir gâché sa vie. Désolé de ne pas avoir été à la hauteur. Il enfouit son visage entre ses mains, résigné et malheureux. Cela eut pour don de stopper la frénésie de la blonde. Un long silence s’installa entre eux. « Tu l’as revue, n’est-ce pas ? Tu étais avec elle ? » Son absence de parole fut plus éloquente que les mots. Dans son dos, il entendit un sanglot étreindre le corps frêle de sa femme mais il fut aussitôt réprimé. « Isabelle, il faut que nous divorcions. Cette situation… ce mariage… ça n’a aucun sens. » Ils n’avaient pas besoin de distance, encore moins qu’elle retourne chez ses parents. Ils devaient arrêter cette comédie. Il releva son regard vers elle, profondément meurtri et repentant. « Je crois que si elle n’avait pas existé, j’aurai pu sincèrement t’aimer, Isabelle. » Mais elle avait pris toute la place dans son cœur, dans son âme, dans son être, dans ses chairs et dans ses veines. Héloïse ne le quitterait jamais. Elle l’avait si bien dit et elle avait désespéramment raison. Isabelle plaqua sa main contre sa bouche pour étouffer ses pleurs, mais elle n’y parvint pas. Alors Matthew se redressa et vint l’étreinte avec plus de tendresse qu’il n’en avait jamais eue durant leurs années de mariage. Lui-même se surprit à pleurer de colère, de chagrin, d’injustice. Puis dans un ultime baiser, ils scellèrent leurs adieux, leurs regrets, leur peine et la fin de ce si pénible voyage. Il lui rendait sa liberté.

***

Un mois plus tard…

Une nouvelle fois, le portable de Matthew vibra dans sa poche, mais il y resta sourd. Il savait de qui provenait le message. Il savait quels seraient les mots, toutes les idées qu’il transporterait avec lui et qu’il ne voulait plus les entendre. Il était fatigué de ce discours. Il ne voulait plus entendre les paroles d’Ellana, les mensonges qu’elle se racontait à elle-même. Héloïse avait fait son choix et, pétri d’orgueil et de douleur, Matthew avait préféré s’enfuir qu’affronter la réalité. Voilà de nombreuses semaines qu’un voyage d’affaires le retenait en France. Et quand bien même, ses préoccupations étaient toutes autres. Son avion ne décollerait pas avant demain à cause de perturbations météo et il était perdu dans le trou du cul du monde, juste pour une réunion stupide dans une maison d’édition qui avait décidé d’élire domicile dans la campagne. Il lui avait fallu trouver un endroit où élire domicile pour la nuit, et écoutant les conseils d’un type de l’aéroport, il s’était dirigé vers un lieu en particulier sans réaliser qu’il lui serait bien familier. Il ne le comprit que lorsqu’il fut au cœur du village, retrouvant des places si familières et douloureuses à la fois. Les souvenirs l’assaillaient comme si tout s’était produit hier. La crevaison, la fête du village, l’alcool trop fort, le concours, le cochon, la chèvre, la grange, le râteau, l’amour dans le foin, les prédictions de la vieille dame… n’avait-elle pas prédit un grand chagrin ? S’il l’avait trouvée folle à l’époque, il révisait son jugement aujourd’hui. « Mais s’était-il pas l’garçon d’la panne ? » Il aurait préféré une association plus flatteuse, mais en se retournant, Matthew reconnut immédiatement Didier, le fermier. Il n’avait presque pas changé. Cela en devenait étrange. Presque trop. Comme si tout était intact et qu’Héloïse allait surgir d’un instant à l’autre. Il le gratifia une fois encore d’une claque dans le dos, trop heureux de le revoir là. En dépit de son accent, l’éditeur put lui répondre, expliquant sa situation. Immédiatement, le gîte lui fut offert avec toute la générosité du monde. Il retrouva Mauricette au cœur d’une fête de village avec Jean-Yves et tous les autres. Tant de visages qui abritaient des souvenirs délicieux et amers à la fois. « Regarde donc qui j’ramène ! » - « Oh le p’tit loupiot anglais ! Comment ça va-t-il ? Et ta petite femme alors ? » Le cœur de Matthew se serra dans sa poitrine. Evasif, il ne sut que répondre qu’ils n’étaient plus ensembles. Et pourtant, son cœur criait toujours d’amour pour elle. Didier et Mauricette eurent une réaction sincèrement déçus tandis que l’éditeur s’étouffait avec un alcool de cerise. « Vous deux ? Qui l’aurait cru ! Vous étiez si beaux ensembles ! Il y avait tant d’amour entr’vous ! » Son regard croisa brusquement celui d’une femme qui l’observait avec beaucoup d’insistance. Il la reconnut tout de suite. La fameuse voyante. Mais elle demeura longuement muette, absolument pas étonnée de cette tournure des choses. Oui, de l’amour, il y en avait tant entre eux. Même encore aujourd’hui avec ce cœur qui saignait abondamment, cette âme vide, ce regard perdu, ce corps dépouillé de chaleur. Il n’était plus que l’ombre de lui-même, les traits plus vieillis, plus durs. Mais l’ambiance était à la fête. Tout le monde autour de lui, après quelques verres, se mirent à rire, à danser, à faire des jeux auxquels le jeune homme n’eut pas le goût de participer. Les souvenirs étaient les mêmes, mais ils ne détenaient pas la même saveur. Elle brillait par son absence. Assis sur le rebord de la fontaine de la grande place, il observait toute cette agitation, le cœur lourd. Il ne remarqua pas quand Madeleine s’installa à côté de lui. « Pourquoi tu l’as laissée partir ? » La question parut incongrue à Matthew, mais il savait de quoi elle parlait. Il ne comprenait juste pas pourquoi elle s’immisçait dans sa vie ou pourquoi elle semblait si assurée dans ce qu’elle savait. Mais il n’avait cependant pas l’âme d’être cartésien. « Elle est avec un autre maintenant. Elle a fait son choix. » Elle haussa l’un de ses sourcils noirs, dubitative. Cette réponse ne parut pas la satisfaire. « Pourquoi tu l’as laissée partir ? » La question était la même, posée sur un ton plus insistant. Matthew fronça les sourcils et la dévisagea avec sévérité. « Je viens de vous le dire. Elle est avec un autre. » Elle secoua la tête, faisant cliqueter tous ses bijoux dans un tintement gracieux. « Tu ne réponds pas à ma question. Tu me dis juste quelle est sa situation. Alors maintenant, pourquoi l’as-tu laissée partir ? » Il était prêt à s’énerver contre elle, puis il croisa son regard. Sentencieux, jugeant. Un regard qui le fouilla sans gêne et qui le renversa complètement. Quelque chose était en train de se passer dans les tréfonds de son âme sans qu'il ne puisse comprendre comment. « Parce que j’ai peur. » Jamais parole ne résonna avec plus d’évidence et d’authenticité dans sa bouche. Ça en devenait complètement dément, mais Matthew n’avait plus toute sa raison, amputé de ce qui lui était le plus cher. « En fait non, je n’ai pas peur… je suis terrorisé. » Terrorisé qu’Elias puisse lui offrir un meilleur avenir, qu’il soit cet homme qui la rendrait plus heureuse que lui, qu’elle n’ait plus besoin de lui, qu’elle se complète dans les bras d’un autre. Et soudain, pour la première fois depuis tant d’années, comme si quelque chose s’était brusquement réveillé en lui, sa gorge se serra et ses yeux se mirent à briller d’une avalanche de larmes qui coulèrent le long de ses joues. De l’alcool, d’épuisement, de douleur, de honte, de peur, de tous ces sentiments qu’il avait gardé en son for intérieur, il pleura de tout son soûl. Et pour la première fois, il se moqua d’être si vulnérable, il se moqua de pleurer au milieu de la foule, dans le hurlement des enceintes et des rires, il se moqua de ne pas être assez fort, car même au cœur du monde, il était seul. Et si loin de sa chaleur, il avait froid auprès des autres. Et si loin d’elle, il se mourait lentement. Et si loin d’elle, il n’existait plus tout à fait. Et si loin d'elle, il étouffait.

***

Trois jours plus tard…

Il les avait écoutés ces fameux messages. Les messages d’Ellana qui lui intimaient qu’il était encore temps, qu’Héloïse n’était pas sûre, que Matthew lui manquait en dépit de tout, que ce mariage était insensé. Et cette fois, il avait entendu. Il avait compris. Et ce fut le cœur battant à tout rompre qu’il se retrouva devant la maison des grands-parents d’Héloïse, habité à nouveau de cette flamme éteinte depuis si longtemps. C’était devenu si évident. Si limpide que ça en était ridicule. Ce devait être eux. Juste eux. D’Ellana, il avait appris que ce jour était celui de la fête de leurs fiançailles. Il n’avait pas vraiment fait exprès, ça tombait juste au bon moment. Et il se trouvait là, devant cette maison qui pullulait de visages inconnus et familiers. Il ne se rendait pas compte de l’état dans lequel il se trouvait. Les traits tirés, une barbe de quelques jours, les cheveux un peu hirsutes. En atterrissant aux Etats-Unis, il avait juste eu le temps de prendre une douche, de se changer et il avait aussitôt pris la direction que lui indiquait tout son être. C'était instinctif, impérieux, incontrôlable. Pourtant, sur ce visage ravagé de fatigue et négligé, un éclat particulier brillait dans ses prunelles. Ce même éclat qui brûlait dans sa poitrine, qui le fit pénétrer dans la maison, qui lui fit forcer le passage pour trouver celle que ses yeux cherchaient. Et elle fut là, à quelques pas de lui, le visage dévoré par un sentiment qu’elle cachait derrière ses sourires. Mais Matthew la connaissait trop bien. Il la connaissait par cœur en vérité. Ils n’étaient qu’un. Bon sang, quel con, c’était évident ! « Héloïse, je dois te parler. » Il avait attrapé son bras, la faisant se retourner brusquement. Il venait d’interrompre une conversation, mais il s’en fichait bien pas mal. Il s’en fichait de tout. Et plus encore de traîner Héloïse derrière lui pour trouver un endroit où ils pourraient discuter. Tous les mots se bousculaient dans sa tête, dans sa gorge sans qu’il ne puisse les relâcher. Il en devenait complètement fou. Ce fut Héloïse qui les guida finalement à l’extérieur de la maison, l’air inondé de reflets d’ambre au soleil couchant. « Ne l’épouse pas. » jeta-t-il subitement lorsqu’il eut relâché son bras. Ses prunelles s’emparaient des siennes sans pudeur, simplement animées de cette ferveur nouvelle. « J’ai besoin que tu m’écoutes, Héloïse. Et j’ai besoin que tu me pardonnes la peine, le chagrin, l’absence et le mauvais. Je voudrais que tu me pardonnes pour ces âmes mauvaises et jalouses qui ont tenté de détruire l’invincible, qui m'ont fait perdre espoir et qui nous ont séparés. Je voudrais que tu me pardonnes les silences et les mots cruels. Je voudrais que tu me pardonnes mes faiblesses et ma lâcheté. Je voudrais que tu me pardonnes de n’être que moi et de ne pouvoir être plus. Mais si tout ceci était à refaire, je ne changerai rien. Je n’effacerais pas cet être froid et prétentieux que j’étais autrefois. Je ne détruirais pas tes premiers préjugés, tout comme les miens. Je n’oublierais pas les silences amoureux, les caresses aveugles et les regards qui parlaient bien plus que nos mots. Je ne jetterais pas les baisers maladroits, les paroles cruelles, ni même nos silences et les absences. De tout cela, je n’enlèverai rien, car c’est ainsi que je me suis levé un jour avec la certitude que j’étais tombé amoureux de toi, que tu étais mon univers et mon tout, celle qui m’avait changé pour redevenir moi-même, une meilleure version de ce que je ne pourrai jamais être et qui m’a rendu vivant à tes côtés. Je n’effacerais aucune de mes paroles, les bonnes comme les mauvaises, les belles comme les laides, car elles m’ont menées jusqu’au chemin de ton cœur. Je ne veux pas rougir de nos rires, de nos caresses, de nos baisers, de notre maladresses, de nos erreurs, de notre fièvre, ni même encore de nos pleurs, de nos découragements, et des tourments de notre vie. Car chaque seconde, chaque mot, chaque souffle, chaque battement de cœur depuis notre rencontre, et même quand tu n’étais plus là, m’ont mené jusqu’à ce jour où, comme une pure évidence, je réalise que je veux que tu fasses partie de ma vie avec pour unique bagage notre amour, nos ratés, nos blessures. Ce jour où je réalise que je ne veux plus jamais que tu sois séparée de moi. » L’intensité de ses paroles et la ferveur qu’il mettait dans chacune d’elle lui donnait l’air enfiévré. Mais c’était vrai, il était brûlant d’amour, brûlant de vérité, brûlant de toutes ces évidences qui le dévorait. Il prit ses mains dans la sienne. « Et mes mains, elles ne sont pas vides. Elles sont remplies de nos souvenirs, de nos douleurs, de nos baisers, de notre amour. Mes mains ne seront jamais vides tant qu’elles seront dans les tiennes. » Son cœur battait à en lui en faire mal. Tout son être vibrait de quelque chose de nouveau, d’effrayant, d'irraisonné, d’intense. Mais jamais il ne s’était senti aussi vivant de toute son existence. Ses doigts se refermèrent plus forts sur ceux d’Héloïse, la rapprochant légèrement de lui. Leurs regards jumelés l’un à l’autre étaient leur unique barrière. « Et je t'aime comme un fou. Alors maintenant, Héloïse Bennett, donne-moi une seule bonne raison de ne pas empêcher ce mariage ! »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 5 Aoû - 16:27

Pleurer un peu me fait du bien et me permet de revenir vers la fête comme si de rien était. Les yeux sont rouges et lorsqu’on me fait la remarque, je mets cela sur le compte de l’émotion et de la fatigue. Mon sourire est forcé, je fais semblant de m’extasier, de trouver ma bague de fiançailles très belle. Alors qu’au fond... Je ne rêve que d’une chose : de cette journée si longue avec Matthew, de me remémorer chaque détail avec une insistance presque gênante. Mon esprit fantasque s’imagine parfois qu’il viendra à cette fête pour venir me sauver, pour me faire réaliser qu’en étant aussi peu forte, je suis en train de passer à côté de la plus belle chose sur terre ; cet Amour que j’ai renié au profit de la peur de me retrouver à nouveau seule. Je préfère croire en l’amour d’Elias. C’est amplement suffisant, avec le temps, les blessures se refermeront et j’ai espoir que Matthew ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Même si au fond de moi, je le sais, c’est une mission impossible. Mais je prends sur moi, ne mesurant pas l’ampleur de ce que ma vie va devenir. Je suis bien trop perdue dans mes souvenirs, parlant peu, souriant beaucoup, usant des réponses monosyllabiques pour agrémenter une conversation. Je suis ailleurs, perdue dans ces instants volés, de cette Héloïse que j’ai su être au creux des bras de Matthew. Cette femme éprise d’un homme, capable de transmettre tant d’amour dans ses gestes, dire tant de je t’aime avec les yeux, s’agrippant avec force à cette peau de velours dont elle sait pertinemment qu’elle la perdra d’une manière ou d’une autre. Celle qui s’est, à nouveau, éteinte, pour redevenir l’ombre d’elle-même. Au bout d’un temps qui me paraît interminable, la soirée finit par toucher à sa fin. Je salue les invités avec un air bien plus enjoué que précédemment. A force, ils vont croire que je suis contente de les voir partir et dans un sens, ce n’est pas faux... Quand le dernier invité a claqué la porte, je retrouve mon père, mes grands-parents et Elias. Ce dernier me glisse un sourire bienveillant, visiblement ravi de cette soirée. « T’as une mine affreuse, mon amour. Tu devrais aller te coucher. » Je hoche la tête avec un sourire et après avoir dit souhaité la bonne nuit à tout le monde, je monte dans ma chambre, ne sachant si j’ai envie de dormir ou de pleurer. Je voudrais entendre la voix de Matthew mais je sais que c’est impossible. Je n’ai même pas son numéro de téléphone. Rien que des regrets, et je sursaute lorsque je sens la porte s’ouvrir doucement. Des bras se glissent autour de ma taille, et je sens un souffle chaud se déposer sur mon épaule. « Tu m’as manqué ces derniers jours. » Sa voix me paraît si rassurante mais elle ne m’irradie pas, ni même me fais frissonner. Je me contente de pouffer légèrement de rire pour meubler la conversation, faire croire que je suis d’accord, alors qu’en réalité, je suis tellement vide à l’intérieur. « J’ai prévu de rester ici le même nombre de jours que toi... Ensuite, on repartira ensemble chez nous.  » - « C’est une bonne idée, Elias. » Je marmonne en me sentant gênée par sa proximité. Sa bouche parsème des baisers sur ma peau, ses mains deviennent plus inquisitrices. Et je me débats doucement pour m’échapper de cette étreinte que je refuse mais il ne perçoit pas mon rejet. « Mon amour... » Lorsque ses mains se glissent sous mon haut, je me dégage tout à fait, pivotant tout en souriant plus qu’à l’accoutumée. « Je suis crevée mon coeur. Je crois que je vais prendre une douche et me coucher. Il y a eu trop d’émotions. » Même le rire est faux mais il est nécessaire pour qu’Elias ne se vexe pas. Je dépose un baiser furtif sur sa joue puis prends très vite la fuite vers la salle de bain que je verrouille au cas où il se serait décidé à me suivre. Une fois face à la glace, j’observe mon visage fatigué, ces yeux verts brillant d’un éclat terne, les joues roses et ces lèvres ayant trop embrassé l’interdit. Mes doigts effleurent doucement la surface lisse de mon visage, m’arrêtant à chaque endroit effleuré par la main, les lèvres de ce premier amour au parfum d’interdit. Fermant doucement les yeux, je me laisse envahir par l’intensité de nos regards, de nos baisers, de nos corps emplis d’ardeurs l’un pour l’autre. Jusqu’à me décomposer, fondant en larmes et glissant le long de la porte pour m’asseoir par terre et pleurer sans bruit. Je suis obligée de mordre dans une serviette pour ne pas ébruiter mes sanglots et je pleure ce manque, je pleure mes regrets, je pleure mon manque de courage. J’aurais dû lui dire de rester avec moi, de divorcer s’il le fallait. Mais alors que j’aurais pu me convaincre de le chercher et de lui proposer de nous donner véritablement une chance, voilà qu’Elias est arrivé avec sa demande en mariage et qu’à ce jour, je suis incapable de lui refuser quoi que ce soit, de lui briser le coeur. J’ai l’impression d’être dans une impasse sans avoir un seul moyen pour m’en sortir.
Si seulement, j’avais été suffisamment courageuse ...

***

Je suis souvent silencieuse. Durant les jours qui suivent mon séjour, je meuble le temps en m’occupant. Elias est ravi de découvrir la ville où j’ai tant passé de temps, témoin de mon bonheur et de mon plus grand malheur. Je lui ai raconté, autrefois, les raisons m’ayant poussé à quitter Los Angeles. Un chagrin d’amour trop fort, et l’impossibilité de m’en sortir en restant ici. Ce séjour me paraît être un calvaire. Je suis figée, encore perdue dans cette ville près de la mer où on se disait redevenir ces amants d’antan. Je ne cesse de me dire que c’était une mauvaise idée, que si je n’avais pas proposé de tels retrouvailles, je ne serais pas autant dévorée par mes incertitudes et mes regrets. C’est à un tel point qu’un beau jour, j’affronte ma peur, me rendant à la maison d’édition, bien décidée à lui annoncer la nouvelle de mes fiançailles, non pas pour lui briser le coeur mais pour espérer l’entendre me dire que je ne peux pas épouser Elias, que l’on aurait jamais dû se quitter il y a quelques jours. Seul lui peut me faire changer d’avis. Pourtant, il est marié, il y a sa femme et je suis trop incertaine. Quand j’entre dans les lieux, je suis envahie par les souvenirs d’antan. L’assistante d’accueil m’a saluée mais je ne l’entends pas. Je me perds dans les souvenirs d’autrefois, nous renvoyant nous livrer à une passion secrète, entre la machine à café et la photocopieuse, à nous embrasser et à nous murmurer des mots d’amour dès que l’envie se faisait sentir. Je crois l’entendre user de cette voix tendre et malicieuse. Pardpnnez-moi Mademoiselle Bennett, je suis terriblement maladroit. « Mademoiselle ?  » Je sursaute revenant à la réalité, la voix tendre s’évaporant. Je suis hébétée ne sachant rien dire jusqu’à ce qu’une autre voix se fasse entendre. « Matthew n’est pas là. » Je me retourne pour faire face à Isabelle, avançant vers moi. « Bonjour Madame McGregor. » L’évocation de ce nom tord mes entrailles, laissant peu de suppositions quant à ce qu’il s’est passé par la suite. Quelque part, savoir qu’elle demeure sa femme, me soulage un peu. Mon cerveau malade d’amour s’accommode de l’information, ne cherchant pas plus loin. « Vous deviendrez avoir honte d’être là Héloïse Bennett. Vous avez essayé de briser mon mariage, vous n’avez rien à faire ici. » - « Isabelle, je... » Mais elle me coupe aussitôt « Ça ne sert à rien que nous discutions, le mal est fait. Vous feriez mieux de retourner à votre vie à New York, vivre dans votre honte de ce que vous avez fait. » Elle fronce les sourcils, me fixant avec froideur. « Partez avant que je n’appelle la sécurité. » Je tourne aussitôt les talons sans demander mon reste, sans penser à essayer à revoir Matthew autrement.
J’accepte l’irrémédiable vérité.

***

Le travail me permet de ne penser à rien d’autre. J’accumule les heures non nécessaires pour l’entreprise mais vitales pour moi. Elias ne dit rien, se confortant par mes excuses de gagner plus pour préparer le mariage. Les magazines se sont accumulées dans le salon mais je suis incapable de m’y plonger dedans. Je trouve bien des excuses : je dois en parler à ma sœur, à mes demoiselles d’honneur. Elias n’y voit que du feu, excité par l’idée de fixer une date pour que nous puissions nous unir. Je vis dans un état constant de suffocation. J’étouffe d’être à New York et alors que j’ai toujours trouvé ces hauteurs rassurantes, voilà qu’elles me paraissent, trop immenses, trop effrayantes. Je suis perdue dans l’immensité de ce chaos qu’est ma vie. Les crises de larmes sont fréquentes mais discrètes. Je pleure sans larmes. Je pleure sans bruit. Je pleure le regret éternel et le questionnement constant : pourquoi n’ai-je pas su le retenir ? Pourquoi n’ai-je pas trouver les mots rassurants ? Pourquoi me manque-t-il encore plus que d’habitude ? Je voudrais tant le revoir, le retrouver pour me blottir contre lui et lui demander pardon pour ne pas avoir su lui dire que ses mains n’étaient pas complètement vides. Non il y avait mon âme et mon coeur dedans. Hélas, je n’ai rien su faire et j’en suis là : à organiser un mariage qui ne me fait pas envie, à me trouver des excuses pour être tendre et affectueuse avec Elias. Même si depuis que j’ai partagé cette étreinte d’amour avec Matthew, je suis incapable de le laisser me toucher plus que mon visage. Je ne supporte plus de sentir ses mains se poser sur ma taille, que ses doigts puissent franchir la lisière de mes vêtements. Pour le ralentir, je suis presque capable de lui sortir l’excuse d’attendre après le mariage. Mais je sais qu’il risquerait de trouver cela étrange. Alors je me trouve des excuses en étant constamment fatiguée, en travaillant trop, en oubliant. Et ça fait du bien, le coeur souffre moins fort. Je n’ai pas la tête au mariage, je n’ai la tête à rien du tout si ce n’est qu’un beau jour, Elias m’indique qu’une fête en l’honneur des fiançailles sera organisée à Los Angeles, chez mes grands-parents. Il me laisse sous entendre que je pourrais me plonger dans les préparatifs avec ma sœur, Elsa et Naïa. Je ne cherche pas à le contredire, à lui dire que je n’en ai pas vraiment envie. Seule le perspective de revoir ces visages aimés suffit à me convaincre.

Les jours s’écoulent et le grand jour arrive. Je dois admettre que partir me fait du bien. Entre mes journées trop longues et le travail prenant, je ne dors pas vraiment la nuit, trop occupée à réfléchir, à me torturer l’esprit et le coeur en me remémorant chaque détail de cette parenthèse folle, à entendre ses mots, sa supplique de voir ce moment d’arrêter prendre fin. Souvent j’observe le regard endormi d’Elias sans trop savoir comment réagir autrement. Si c’est bien de l’épouser. Parfois, j’ai même envie de tout plaquer et de tout quitter. Mais je n’ose rien faire, je suis faible et rongée par la culpabilité. D’avoir trompé Elias. D’avoir fait du mal à Matthew en revenant à Los Angeles et en me dévoilant à son épouse. Heureusement, Elias ignore encore l’identité de celui qui m’a brisé le coeur. Il a compris bien des choses. Une fois, il a même avoué qu’il comprenait de ne pas être autant aimé que le précédent. Qu’il fallait juste du temps. Mais quand le temps ne suffit toujours pas, que reste-t-il ?

Un sourire faux. Des éclats de rire sans joie. Je me force à être présente, à m’extasier de voir de la famille, tout comme celle d’Elias. Il y a du monde réuni pour cette petite fête. Molly a prévu demain qu’on aille essayer les robes, Elsa et Naïa s’en extasient et j’en fais de même. Cependant, le coeur n’y est pas. J’ai envie de pleurer mais mes yeux restent irrémédiablement secs, quand Elias vient m’embrasser passionnément, quand on m’enlace pour me féliciter, quand on me dit que nos futurs enfants seront beaux. Les félicitations fusent et j’ai l’impression d’être ailleurs, toujours avec le sourire sur les lèvres. Occupée à parler avec ma belle-mère - au sujet des fleurs choisies dont je m’en tape complètement - je ne le vois pas arriver. Sombre et ténébreux, échevelé mais le regard scintillant. Je ne sais pas ce qui fait que mon coeur s’emballe, le fait d’entendre cette voix chérie ou de croiser ce regard comme si l’âme retrouvait sa jumelle. « Matthew !? » Il me tire en dehors de la pièce au nez et à la barbe des invités. Très certainement, tout le monde l’a remarqué mais moi, je n’ai dieu que pour l’être m’emmenant en dehors du salon. « De... Dehors, ce sera mieux. » Ma voix sèche trahit la soudaine peur de me faire hurler dessus. Il a dû apprendre que je suis venue le voir à son travail et il va me défoncer pour avoir semé la zizanie. Cependant, je n’ai pas le courage de protester, prête à recevoir mon châtiment tandis qu’il cesse sa marche, qu’il pivote pour me faire face. Si beau, si parfait, mon rêve devenu inaccessible. Je suis prête à tout entendre. Mais alors...

« Ne l’épouse pas. »

Mes yeux s’écarquillent de surprise. Il reprend la parole et je me rends compte combien je suis à côté de tout. Ce n’est pas de colère qu’il est venu, ce n’est pas pour me féliciter, pour me chercher des noises, mais pour me demander de lui pardonner, de lui revenir, de reprendre ce que nous avions commencé, cette route parsemée d’embûches, mais si belle, entourée d’amour. Le notre... Celui que Matthew me dévoile à travers ses mots, cette franchise déroutante mais si belle. Je ne réfléchis pas plus, je me contente de l’écouter comme un être mourant de soif, comme s’il était un oasis se trouvant en plein désert. Je n’ose pas l’interrompre, le fixant d’un air grave, les yeux trop secs pour pleurer, le coeur battant comme un fou. Suis-je en train de rêver ? Probablement pas, puisqu’il saisit alors mes mains, que la pression exercée dessus me fait réaliser que non, je ne suis pas en train de rêver. Qu’il y a bien un Matthew McGregor, avec une attitude ne lui ressemblant pas, en train de me supplier de lui revenir, de donner une chance à notre histoire, de lui donner une seule raison de ne pas l’empêcher de ruiner le mariage à venir. Quand il termine de parler, je ne cesse de le dévisager, le regard toujours aussi perdu et surpris, incapable de prononcer le moindre mot, seules mes mains restent figées dans les siennes. « Je ... Je t’attendais depuis si longtemps... J’ai tant espéré un tel moment... Mais à la longue... J’ai cessé d’y croire ... » Ma voix est faible, arrive-t-il à m’entendre ? « Combien de fois ai-je rêvé de toi venant me chercher, nous donnant une nouvelle chance... J’en ai perdu le compte...  » À manquer d’air, je sens mon coeur battre comme un fou. Je lutte contre le chagrin mais il gagne si vite. Automatiquement, mes yeux s’emplissent de larmes et je viens poser mon front contre son torse, n’osant plus l’enlacer, éprouvant le besoin de camoufler ma peine. « Je suis en train de faire une connerie, Matthew. Je ne sais plus où j’en suis... Je ne sais plus ce que je dois faire... » Et pourtant, je ne sais pas si c’est d’être face à Matthew ou d’épouser Elias. A force, je ne sais plus. « Héloïse !? » La voix d’Elias retentit. « Que faites-vous à ma fiancée !? Lâchez-la ! » Je m’écarte aussitôt pour me tourner et m’apercevoir qu’Elias arrive vers nous, la mine contrariée. Puis il reconnaît bien vite Matthew. « Mais on se connaît... ! » Son regard se pose moi. « Mon coeur, tu pleures ? » Aussitôt, ses poings se serrent et il s’avance vers Matthew bien menaçant. « Qu’est-ce que tu lui as fait, connard!? - Elias non !! » Je me recule tout à fait pour ne pas qu’il s’approche de Matthew, qu’il lui fasse du mal. Toute petite face à eux, je fais rempart entre ces deux hommes. Celui que j’aime et celui que je vais épouser. Celui qui m’a détruite et celui qui m’aura relevée. L’un d’eux repartira les mains vides, le coeur en friche...  « Elias... il y a ... Il y a quelque chose que je dois te dire... » Je m’essuie les yeux du revers de ma main, soufflant doucement. « Je ne peux pas t’épouser. » Je l’observe d’un air malheureux, les yeux débordant de larmes, ne me rendant pas compte que nous ne sommes plus tous les trois, que des yeux indiscrets sont apparus, bien plus nombreux le « Quoi !? Qu’est ce que ça veut dire !? » Le visage d’Elias passe de la colère à une surprise bien grande. « Je ne veux pas me marier avec toi Elias. Tu es quelqu’un de merveilleux ... Mais je ne sais pas t’aimer comme tu le mérites Elias.... Je ne sais pas te donner l’amour que tu attends... - Comment ça !? Héloïse, on doit se marier !! Nous avons nos familles ici, elles fêtent nos fiançailles et toi ... tu ... tu ... Mais c’est absurde ! » Il secoue la tête, me regardant moi, puis Matthew, d’un œil glacial. « C’est qui ce type d’abord !? On le rencontre à New York, et maintenant là ; pourquoi est-il ici ? Est-ce un ami ou ...  » Sa question se meurt quand je baisse les yeux, n’osant rien dire face au regard incriminant d’Elias. Il semble comprendre des choses. « C’est... - C’est lui l’enfoiré qui t’a brisé le coeur, c’est ça !? » La voix qu’il emploie me fait relever la tête, le visage malheureux. « Je peux tout t’expliquer Elias... Mais... Mais... - Mais quoi !??!  » Rugit-il tout à coup, « Hein, ça veut dire quoi ça ! Tu revois ton ex et ça y est, c’est suffisant pour tout annuler !? Putain, ça fait des années que nous sommes ensembles ! Ce con arrive la bouche en coeur et toi tu rappliques, tu annules tout !! Est-ce qu’il était là quand tu pleurais dans Central Park !? Il était là pour te redonner l’envie de rire et de sourire ?! Est-ce qu’il t’a aidé à t’élever, à publier ton livre ?! Non je ne crois pas ! Et pourtant, c’est pour lui que tu me quittes ! C’est incroyable !!   » Mes yeux s’emplissent de larmes, et Elias avance d’un pas me faisant reculer et butant contre Matthew. Un sanglot bruyant me transperce et je finis par gémir doucement « Je l’aime ... Je l’aime après tout ce temps... Je l’aime même s’il m’a fait du mal, même s’il m’a rejetée... Je l’aime à un point que je ne peux pas t’épouser, Elias... Je me sens horrible de te faire subir ça... Mais je ne peux plus faire semblant... Je l’aime et c’est avec lui que je veux être. Comme ça a été le cas depuis toujours. Je l’aime même quand il me fait du mal... Je l’aime parce qu’il est mon âme sœur, parce que sans lui, je me meurs lentement mais sûrement. » Plaquant ma main sur ma bouche comme pour taire le bruit d’un sanglot trop bruyant menaçant de sortir, j’ajoute « Je suis désolée... »





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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 5 Aoû - 21:01

La force de l’évidence le brûlait de l’intérieur ; brasier infernal qui consumait sa chair, faisait bouillir le sang dans ses veines, enflammait chaque fibre de son être. Et soumis à la vague impétueuse de toutes ces certitudes qui le submergeait, il sentait combien il avait été idiot, combien il avait été lâche, combien il avait été apeuré, combien il avait pêché par orgueil. Mais cela, c’était terminé. Il balayait tout d’un revers de main, habité d’un feu gigantesque qui pulsait dans ses veines, dans chaque souffle de ses poumons, dans chaque battement de son cœur. Il était toujours mort de peur, mais il s’en moquait. Il crevait toujours de douleur, mais il s’en moquait. Il sentait toujours le poids de ses actes, mais il s’en moquait. Il pleurait toujours des regrets qui empoisonnaient son âme, mais il s’en moquait. Il s’en moquait car il savait qu’il n’aurait besoin que de la présence d’Héloïse, de la chaleur de sa main dans la sienne, de ses regards gorgés d’amour, de ses paroles douces pour que la moindre de ses craintes s’envolent comme une nuée d’oiseaux. Depuis trois jours, il était dévoré de cette fougue étourdissante créée par la tempête de ses certitudes. Il s’en voulait de ne pas avoir su s’en rendre compte plus tôt. Et il s’en voulait d’autant plus que ces évidences demeuraient depuis toujours nichées au creux de lui, étouffées par ses peurs, ses regrets, sa culpabilité. Des évidences qu’il craignait mortes dans les yeux clairs d’Héloïse, dans ses larmes et dans ce cœur qui ne battrait plus jamais pour lui. Il l’avait crue perdue à jamais, tout comme il croyait qu’il serait trop tard pour eux. Ineptie ! Mensonge ! Affabulation ! Leur amour ne connaissait pas le temps. Il vivait en dépit de tout. Il n’avait besoin de rien pour exister, hormis d’un Matthew et d’une Héloïse. Il prenait sa source dans la plus pure des évidences. C’était un amour qui n’exigeait aucun effort, aucune concession, aucune contrepartie. Il était là, bien réel, et comme un amas de braises rougeoyantes, il n’attendait plus que quelqu’un vienne souffler dessus pour raviver la flamme. Matthew n’était plus guidé que par cette pensée : raviver la flamme. Ce serait sa dernière chance. Son ultime tentative pour oublier les erreurs du passé et la ramener auprès de lui. Et une fois qu’elle serait à son bras, grandi de cet amour et de ce bonheur puissant, il pourrait à nouveau arpenter la route insensée de l’existence en homme vibrant de vie, assoiffé d’exister, désireux de construire quelque chose de plus beau, de plus pur, affamé de l’amour d’Héloïse, de ses rires, de ses mots et de ses caresses. A ce mariage, il était prêt à l’arracher en faisant fi des conséquences. Rien ne serait plus grave que leur séparation, rien ne serait plus grave que de les voir arpenter leur vie amputé de la présence de l’un et de l’autre ; car l’un ne pouvait vivre si l’autre n’était pas en vie. Et vivre, Matthew n’en était capable que dans l’étreinte des bras d’Héloïse, dans la chaleur de son amour. Ce jour scellait la poursuite ou la fin de son existence. Il en avait conscience. Il ne suffirait que d’un mot de la bouche d’Héloïse pour le condamner aux ténèbres ou le sauver des abysses qui l’attendaient. Ce n’était pas uniquement son amour pour elle qu’il jouait présentement, c’était sa vie entière. Car alors, si elle ne voulait plus de lui, il n’aurait plus le goût de vivre dans un monde où Héloïse n’était pas sienne.

Il était comme un fou, l’esprit dément lorsqu’il se présenta à cette fête. Quiconque l’aurait accusé de folie, d’avoir abusé de la boisson ou de ne pas détenir toute sa tête, mais Matthew n’avait jamais eu l’esprit plus lucide qu’aujourd’hui. Tout lui apparaissait avec une clarté étourdissante. Et comme un prisonnier sorti enfin de ses cachots, il goûtait à nouveau la saveur de l’air dans ses poumons, il éprouvait à nouveau la chaleur du soleil sur sa peau, il frémissait à nouveau à la fraîcheur de la brise du soir, il se délectait de l’air chargé de ses parfums, du chant de la nature auquel il était devenu sourd, de la saveur de ce qu’il goûtait. Et ce fut en la voyant, en s’adressant à elle, en prenant sa main dans la sienne qu’il fut terrassé à nouveau par la puissance de l’évidence, comme un ouragan colossal au creux de sa poitrine. Les mots voulaient s’échapper, se déverser en un océan d’amour, de certitudes, d’excuses pour atteindre l’âme de cette jumelle. Il étouffait de ces paroles contenues depuis trop longtemps, qui lui démangeaient la gorge depuis qu’il avait quitté la France avec pour unique but que de la trouver elle, d’empêcher ce mariage ridicule, de l’arracher à ces bras qui ne sauraient jamais l’aimer aussi bien que lui. Elle ne pouvait pas épouser Elias, c’était insensé. Aussi insensé que cette absence trop longue qui l’avait tenu éloigné si longtemps de la chaleur de la jeune femme. Il avait fallu seulement plus de cinq ans pour qu’il s’en rende compte, mais Matthew ne pouvait plus perdre une seconde supplémentaire. Il y avait quelque chose d’impétueux dans son regard, dans la manière dont sa voix vibrait à chacune des paroles qui étaient enfin relâchées d’entre ses lippes, tels des bêtes sauvages, indomptés, en soif de liberté. Il n'osait laisser la place au silence, de peur que la frénésie des battements de son cœur ne soit trop assourdissante. Et pourtant, il se tut.

Une seule raison.
Une seule bonne raison de ne pas arrêter ce mariage.


Il n’en voyait aucune. Aucune plus évidente que l’amour qui les unissait l’un à l’autre, comme deux parts d’un tout destiné à se retrouver, à se compléter, à s’accrocher à la vie. Son silence laissa la place à une angoisse sournoise qui le transperça de part en part, mais il était patient. Il attendrait. Il lui devait bien cela. Enfin, elle parla et tout son être se contracta à la sentence de ses mots. Si longtemps… Oui, trop longtemps. La culpabilité l’enroba comme un manteau, mais il la chassait dans son esprit. Car il n’était pas de culpabilité assez forte qu’il ne pourrait vaincre si Héloïse était à ses côtés. « Je sais… » murmura-t-il doucement à toute cette souffrance qui emplissait l’air entre leurs deux corps. Et c’était vrai, il savait qu’elle avait rêvé chaque jour qu’il reviendrait auprès d’elle ; car, chaque jour, lui-même avait rêvé qu’il irait la chercher là où elle se trouvait, qu’il trouverait enfin ce courage qui lui avait tant fait défaut. Et c’était aujourd’hui qu’il trouvait la bravoure. Aujourd’hui qu’il ne la laisserait plus jamais partir. Il vécut la douleur d'Héloïse à ses yeux qui s’emplirent de larmes ; une fois encore, par sa faute. Il ne recula pas à sa proximité. Au contraire, il brûlait de ce contact que leur distance ne permettait pas. Il se contenta de ce front posé contre son torse ébranlé des battements fous de son cœur. Sa main, chaude et tremblante, caressa ses cheveux, puis se posa délicatement sur sa nuque, éprouvant la douceur de sa peau. Il voulait la prendre dans ses bras, la perdre dans son étreinte, mais il n’osait pas. Il sentait que c’était à elle d’être à l’origine de leur corps à corps, qu’elle était la maîtresse de cette situation autant qu’elle l’était de son cœur, de son âme et de sa vie. « Pars avec moi… » ne put-il s’empêcher de lui murmurer dans un souffle. Il l’arracherait à cette existence emplie de ses sourires tristes, du vernis qui craquelait son visage malheureux. Pourquoi personne ne voyait à quel point elle étouffait ? Pourquoi personne n’entendait les cris de son âme ? Pourquoi personne ne parvenait à lire aussi clairement en elle que lui ? Il lui semblait que ses pensées étaient les siennes, comme une extension de son esprit. Que son cœur battait à l’unisson avec le sien, comme un prolongement de son être. Ils n’étaient qu’un.

Brusquement, une voix vint troubler la beauté fragile de ce tableau. Le corps de Matthew se raidit à l’apparition impromptue d’Elias. C’était pire que de la jalousie, pire qu’une colère dévastatrice. Il était l’objet même de sa culpabilité, le dernier obstacle qui s’érigeait encore entre Héloïse et lui. Elle demeurait peut-être encore sa fiancée, mais il ne détenait pas son cœur. Il n’avait rien. Les mains vides, c’était lui. La brune s’arracha à lui, et cela lui fit mal, car elle n’avait pas encore donné sa réponse. Il brûlait encore de ses mots jamais prononcés, de cette sentence qui ne venait jamais, comme un pauvre mortel au jour du jugement dernier. Pour Elias, il n’eut qu’un regard méprisant et hautain. Oui, ils se connaissaient. Elias était cet idiot, celui qui n’aurait jamais dû être, celui qui empiétait de l’espace dans le cœur d’Héloïse. Face à cette rage qu’il recevait en retour, il voulut s’avancer, mais Héloïse s’interposa entre eux, vulnérable proie entre deux fauves. Depuis le début, Matthew n’osait pas prononcer un mot. Non pas par gêne, mais parce qu’il savait que cela devrait venir d’elle. Et quand elle annonça qu’elle devait lui dire quelque chose, il retint son souffle en même temps qu’Elias. La fameuse sentence. Cette décision qui, aussitôt assenée, empli l’éditeur d’un vent de soulagement et retira le poids atroce qui pesait sur son être. Elle ne pouvait pas l’épouser. Et quand l’évidence franchit les lèvres tant chéries d’Héloïse, Matthew s’avança, protecteur et prêt à intervenir s’il le fallait. Mais pour l’heure, les mots ne devaient être qu’entre eux, de la même manière qu’il les avait eus avec Isabelle. Sauf qu’il serait toujours là, quelque part, dans son ombre. Et tout comme Isabelle, les lumières inondèrent l’esprit d’Elias. Il comprit qui était l'éditeur depuis le début, quel lien immuable unissait Héloïse et Matthew. Son regard devint glaçant, à l’instar de son expression. Il n’était plus ce garçon souriant et insouciant. Il y avait une douleur bien visible qui le transperçait et bafouait son orgueil. A l’énervement qui gagnait le fiancé, la mâchoire de Matthew se crispa et il dut faire un effort surhumain pour ne pas intervenir tout de suite. Il posa simplement sa main sur l’épaule d’Héloïse, prêt à l’éloigner au besoin de la fureur qui envahissait Elias mais ce fut d’elle-même que la jeune femme recula pour se retrouver contre lui. Il put sentir son corps frémir et trembler avant même que le premier sanglot ne l’agite. Sûrement sentait-elle aussi les battements affolés de son cœur tandis qu’elle révélait cet amour jamais éteint, qu’elle admettait qu’elle voulait être lui et qu’elle était envahie de cette même certitude de dépérir loin de lui. « Désolée ?... Vraiment, c’est tout ce que tu es pour gâcher notre mariage et me dire que tu ne m’aimes plus ? Tu es désolée ? » De la menace qui perçait dans sa voix, c’était plus que Matthew ne pouvait en entendre, ou qu’il ne pouvait tolérer face à un public inopportun. D’autorité, sa main se posa sur la taille d’Héloïse pour la faire reculer derrière lui. Par égard pour la jeune femme, il voulait mesurer ses propos envers Elias, mais il savait qu’il ne serait pas forcément très patient. « Elias, je sais que la situation n’est pas facile mais… » - « Ah toi, ta gueule ! T’es qui pour venir briser notre bonheur et foutre en l’air nos fiançailles ? Tu crois que tu peux rappliquer comme ça juste parce que tu t’ennuyais dans ta pauvre vie de mec minable ?! » La rage emplit les veines de l’éditeur. C’était trop d’infamie, trop de mensonges, trop de paroles qui n’étaient pas vraies et qui pourraient gâter le cœur de la brune. « Ça suffit. Elle a dit qu’elle ne t’épouserait pas. Le reste ne te regarde pas ! » Manifestement si, car le poing d’Elias se planta dans le visage de Matthew sans qu’il n’ait pu tenter de l’esquiver. L’éditeur recula d’un pas sous le coup de l’impact, gémissant en se tenant le visage. Bordel, ça fait mal ! Il observa le sang qui s’agglutinait sur ses mains, l’œil sombre. Pour l’orgueil de Matthew aussi, c’était trop. Alors il ne réfléchit pas et rendit la pareille à Elias qui se prit un coup dans le ventre. Jetés l’un sur l’autre, les deux hommes se lancèrent dans un pugilat qui aurait sûrement pu mal se finir si les quelques spectateurs impudiques de cette scène ne s’étaient pas décidés à intervenir pour les séparer. Cette scène en devenait surréaliste, terriblement gênante. Exultant de colère, Elias se débattait dans les bras de ceux qui le retenaient. « Héloïse, il te fera encore souffrir ! Ouvre les yeux ! » Matthew ne bougeait pas, s’essuyant le sang au coin de sa lèvre, mais le regard noir qu’il portait sur Elias força un homme à se tenir prêt pour le retenir au besoin. Elias rugit de plus belle. « Moi, j’ai toujours été là ! Je t'ai soutenue et je t'ai aidée ! Qu’est-ce qui te faire croire qu’il pourra t’aimer mieux que moi ?! » Matthew répondit avant qu’Héloïse ne puisse le faire. Dans le fond, ce n’était pas vraiment à elle d’apporter une telle réponse à cette interrogation, car elle devait sûrement dévorer l’esprit de la brune aussi. « Rien. Absolument rien ne peut lui faire croire ça. Et je suis mort de peur à l’idée de ne pas l’aimer aussi bien que toi, de ne pas la protéger aussi bien que toi, de ne pas la faire sourire comme tu peux le faire ou de l’aider à se relever quand elle en aura besoin. Je n’ai rien pour prouver que je serai un meilleur homme pour elle que tu ne l’as été, ni même qu’elle aura besoin de moi. Sauf que je sais que je suis plus effrayé encore à l’idée d’une existence sans elle, d’une vie vide de sa présence. Je ne suis jamais aussi fort que lorsqu'elle est auprès de moi. J’ai besoin d’elle et je l’aime depuis toujours. Je l’aime d’un amour qui sera toujours plus fort que le tien, d’un amour sans raison et sans limite, d’un amour qui ne se décrit pas car aucun mot ne peut l’exprimer. Et juste pour ça, chaque jour, je fais la promesse de me faire pardonner tout le mal que je lui ai fait, pour toutes ces fois où je n’ai pas pu essuyer ses larmes, pour mes absences, pour ne pas avoir compris plus tôt que nous étions plus forts à deux, de l’avoir laissée se mettre dans cette situation à cause de moi. Je suis fatigué d'être lâche. » Il marqua un bref silence où il modula la dureté de son regard pour en faire le reflet de toutes ces évidences profondes qui le traversaient. « Alors si tu dois en vouloir à quelqu’un, c’est à moi. Car tout est de ma faute si vous en êtes là aujourd’hui. Je sais que j'en suis l’unique responsable… » Il ne s’en cachait pas, quitte à en rougir, à en courber l’échine, à en affaisser ses épaules. Il tourna son regard vers Héloïse, la contemplant de ses yeux noyés d’amour et de certitudes en dépit de ce sang qui lui maculait le visage. « Mais je n’y peux rien. Je l’aime et je ne peux pas vivre sans elle. Et je ferai tout pour qu'elle revienne auprès de moi pour toujours. »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Hier à 12:42

Les mots franchissent mes lèvres, tremblants mais plein de vérité. Oui, j’aime Matthew McGregor d’une force qui dépasse l’entendement. Je l’aime au point de faire s’effondrer ce monde docile que j’ai bâti avec mes regrets et mes larmes. Je l’aime au point de devenir cruelle avec Elias, d’implorer son pardon afin que je puisse me laver de ma honte à le quitter ainsi. Si j’étais suffisamment lucide, je partirais sans rien dire, pour apaiser la souffrance d’un cœur brisé. Entre mes mains tremblantes, Elias devient une poupée de chiffon, souffrant comme moi. Tel un miroir où j’y vois mon reflet, je vois mon petit-ami accuser le coup, et subir la douleur de ce que je lui révèle. Il n’est pas Matthew, il ne le sera jamais. De cet amour qu’il espère, je serais incapable de lui donner plus que ce qu’il a déjà. De ce coeur qui a trop attendu, la déception est grande. Je ne peux pas faire plus. Et Matthew ne m’aide en rien, quand bien même, je ne lui en veux nullement de m’arracher des griffes d’un mariage que je ne souhaite pas vraiment. Nous endossons un rôle terrible et si pour l’instant, l’adrénaline me permet de ne pas flancher, je sais que tôt ou tard, je m’en mordrais les doigts. Il faudra assumer. Il faudra comprendre qu’avec ou sans pardon, je vivrais avec cette culpabilité d’avoir causée du tort à quelqu’un qui n’a jamais voulu me faire du mal, qui aura été tendre et patient, qui aura accepté dans sa vie cette personne brisée que je suis devenue par la force des choses. Elias se transforme en un être violent que je n’ai jamais connu. Lorsqu’il s’insurge, je sursaute de plus belle, venant un peu plus me coller contre Matthew, dont la main sur mon épaule, tendre et protectrice, me permet de ne pas éclater tout simplement. Il me fait presque peur. « Elias, attends... » Mais Matthew s’est déjà interposé, venant se placer devant moi. J’observe la scène interdite : il essaye de raisonner Elias. Mais ce dernier est bien trop furieux, trop injurieux. Ses paroles sont affreuses et j’éprouve le besoin de le faire cesser. Après tout, derrière Matthew, j’ai pris conscience qu’il y avait trop de spectateurs, que nous nous donnons en spectacle, que cette fête est gâchée tout simplement. « Ça suffit !! » J’explose, la mine atterrée, mais la voix de Matthew me couvre, à croire que nous sommes si liés que nos réactions se jumellent. Cependant, je ne m’attends pas à la réaction d’Elias qui se jette soudain sur Matthew et lui décoche un coup de poing en pleine face. Mon hurlement jaillit et je plaque mes mains sur mon visage, horrifiée de ce que je vois. Mon fiancé et l’amour de ma vie, en train de se battre. « Arrêtez !!!! » Je hurle alors jusqu’à ce que plusieurs des spectateurs se décident à intervenir pour les séparer. Et canaliser Elias qui est devenu violent, hurlant à mon égard alors que je me suis approchée de Matthew, effarée de voir du sang son visage. Les mots qui jaillissent de la bouche de mon fiancé m’arrachent un sanglot déchirant. Que puis-je répondre ? Il a raison. Je brise notre relation sur une histoire qui n’est plus. J’ai choisi quelqu’un m’ayant fait du mal, pour lequel j’ai trop pleuré. C’est terriblement injuste... Mais la vérité me permet de ne pas flancher. Maintenant, je sais pourquoi Matthew a agi ainsi. Je sais pourquoi il a choisi de me quitter, qu’il a décidé de me protéger au détriment de son propre bonheur, ainsi que du mien. Ce dernier prend alors la parole, et ça me soulage car je ne suis plus en état de dire quoi que ce soit, tremblante, le visage baigné de larmes. Les mots de Matthew me transperce de mille feux, je suis saisie par la beauté de cet amour qu’il me porte, de ce qu’il endosse comme fardeau en se portant responsable de la situation. Mais il m’aime... Il se sent prêt à répondre de ses erreurs non pas en se châtiant mais en laissant la place à ce qui nous revient de droit, cet amour si fort qu’il en paraît désarmant, que je suis si faible face à la beauté de ce regard qu’il me glisse, empli de tout ce qu’il ressent : cette évidence que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue sans cet être aimé. Je le fixe sans rien dire, avant de laisser mon regard vers Elias, toujours retenus par deux des invités. « Héloïse...  » Cette fois-ci, il n’y avait point de colère, juste de la peine, un regard empli de douleur, une tristesse que je n’avais jamais connu auparavant chez lui. « Pitié... Ne me laisse pas... Je t’aime, je t’aime tellement ... On doit se marier... Ne m’abandonne pas pour lui...  » Ses mots me font mal, m’arrachant un gémissement silencieux. Je finis par baisser les yeux, incapable de tenir sous la souffrance brillant dans ses yeux. « Je suis désolée... Je suis désolée de ne pas avoir su t’aimer.. Tu mérites tellement mieux... »

***

Et nous sommes partis.
En plein milieu de la fête, au milieu des coupes de champagne à moitié pleine, le gâteau perdant de sa fraîcheur, les papiers froissés des cadeaux se brouillant plus. Ça aurait dû être un jour de joie. Et pourtant, nous sommes dans la voiture de Matthew et il roule. Depuis combien de temps d’ailleurs ? Je n’ai pas fait attention. La nuit a fini par tomber, je n’ai pas faim, je n’ai pas soif, je n’ai pas sommeil. À vrai dire, je n’ai pas desserré les dents depuis notre départ. J’ai simplement dit à Matthew que je voulais partir très loin d’ici. Je n’ai rien sur moi, pas un papier d’identité, juste le coeur gros, des yeux bouffis d’avoir trop pleuré tout au long de ce trajet. La peine est là, immense, forte, terrible. La culpabilité me dévore. Est-ce que Matthew a ressenti cela en se dotant de froideur et de cruauté pour me quitter ? Est-ce qu’il a ressenti cette horreur telle qu’elle me dévore ? Les yeux sont secs, je n’ai plus de larmes, juste une grosse fatigue... Mes jambes ramenés contre moi, j’observe le paysage qui défile sous mes yeux. Une étendue noire qui me rappelle sans cesse le visage fou de douleur d’Elias. Cette douleur si semblable à la mienne, ressentie il y a plus de cinq ans désormais. Le doute m’assaille complètement entre la raison et la passion qui se déchire. Le coeur est en paix, il accompagne ce jumeau se trouvant dans cette voiture, l’âme est apaisée mais l’esprit est si tourmenté me hurlant que ce n’est pas une bonne idée, que cette vie à New York ne peut s’arrêter ainsi. Et pourtant, c’est bien le cas. En quittant Elias, il me faut tirer un trait sur cette demi-vie vécue. Et que me reste-t-il maintenant ? J’ose bouger légèrement, me tournant alors vers Matthew dont le regard est fixé sur la route, brillant et sûr de lui. Une tâche fait défaut à cette image parfaite, me faisant froncer les sourcils. Me raclant la gorge, je romps ce silence qui devient pesant. « Tu as du sang sur ton visage. Il faudrait qu’on puisse s’arrêter et je pourrais jeter un coup d’œil... Et puis, je veux bien me dégourdir les jambes. Il vaudrait mieux faire une pause... » Il y a des aires de repos sur cette autoroute, nous finirons bien par retrouver quelque chose. Je fixe Matthew en attente de sa réponse, réalisant que ce maintenant dont je me questionne tant, c’est bien avec lui qu’il doit exister. Le doute me taraude toujours autant mais je suis convaincue de l’aimer suffisamment fort pour lui faire confiance à nouveau, pour croire en lui. Jamais auparavant, la certitude n’avait autant brillé dans son regard, jamais jusqu’à aujourd’hui, il n’avait été aussi sûr de lui. « Où est-ce que tu nous emmènes ? » Je souffle d’une voix encore tremblante, teintée de ce chagrin m’ayant dévasté plus tôt.
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