AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 « A dream you once were » [Matthew]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
MESSAGES : 4977

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 27 Mai - 19:11

Cette question me semble tant importante. J’y ai songé un bon nombre de fois. Elle m’a parue obsédante. J’y songeais trop. Je me suis tellement fait des idées, à chercher des réponses à mes interrogations. À chercher cette vérité que je n’ai jamais trouvé. Au-delà de tout ce qu’il a pu me faire, je n’ai jamais cessé de croire en cette faille dans cette rupture. Je suis stupide, certes. Mais trop souvent, j’ai cru que quelque chose ne tournait pas rond, que du jour au lendemain, l’être le plus aimant faisait tomber le masque, laissant apparaître un visage qui ne me plaisait guère. Celui d’un être froid qui ne souhaitait qu’assouvir un besoin malsain d’affronter son père. Je n’étais que l’instrument d’une vaste machination. J’étais amoureuse. Il était le bourreau. J’étais innocente. Il était cette main qui broierait mon cœur, le malmenant comme jamais. J’étais pleine des rêves, il était devenu mon cauchemar. Et pourtant, malgré cela, je n’ai jamais cessé de me dire que ça n’avait aucun sens. Que nous étions si heureux ensemble, que nous devions emménager ensemble, que nous avions acheté un chien. Tout s’était effondré. Et pourtant, le fait d’être partie de Los Angeles m’a aidé à avancer, à me convaincre que oui, je m’étais trompée. J’étais tombée dans les mailles d’un filet impossible à détecter. J’avais été si bête, tellement pathétique de croire qu’une être doté de tant de lumières pouvait aimer quelqu’un d’aussi obscur que moi. Et malgré cela, pourtant, je ne cessais de me dire qu’il y avait forcément une explication. Que Matthew ne m’ait peut-être pas tout dit. Il y avait ce point que je n’avais pas vraiment réglé. Ce moment où lors de ce dîner fatidique, Matthew s’était entretenu avec son père, au moment de partir… Tout s’était empiré par la suite. Je n’avais pas eu les réponses à ce sujet. J’avais entendu pire, au point d’en perdre mes repères, ma raison de sourire. La fuite était la seule et unique solution. J’étouffais à Los Angeles. J’étais en train de mourir à petit feu, mourir d’amour pour ce qui ne m’appartenait plus. J’avais tout perdu, convaincue de ce qu’il m’avait dit. Et pourtant… il y avait cette petite voix trottant dans ma tête. Elle me disait qu’il y avait une autre vérité. Celle que Matthew me dissimulait. Cependant, j’ai préféré ne pas l’entendre. Elle faisait trop mal. J’avais le cœur en miettes, et pas la force de me battre, de chercher mes réponses. New York me tendait les bras. Et avec ça, la possibilité d’apaiser un cœur en souffrance. Par la suite, Elias a fait irruption, faisant s’envoler les souvenirs douloureux, laissant l’esprit s’accaparer des moments figés, heureux et bienfaiteurs. Malgré cela, cette voix trottait toujours. Moins forte. Moins bruyante. Mais toujours là, prenant la place dans mes songes, me donnant cette envie de savoir ce qu’il devenait, ce qu’il faisait. Et surtout, s’il était heureux. Question que je lui pose maintenant, le cœur battant la chamade. Cette question que j’ai tant espéré poser. Cette question qui pourrait bien conclure la fin de cette soirée, de ce qu’il vaudrait mieux faire par la suite. L’oubli total. Véritable. Me dire que cinq ans, c’est suffisamment long pour admettre qu’il était, enfin, de passer à autre chose.

« Je veux juste la vérité, Matthew. » Ma voix est douce, quoi que peu tremblante. Heureusement que je ne tiens pas de verre. Je l’ai reposé. Le buffet m’a paru alléchant quand j’y suis allée. Mais le fait d’être ici m’englobe de tant d’amertume, de mauvais souvenirs aussi. J’observe son visage sans rien dire d’autre, le laissant trouver les mots, m’offrant une réponse qui m’étonne autant qu’elle ne me surprend guère. Ça confirme les doutes. Cette absence de tendresse. Peut-être Isabelle est-elle attachée mais j’ai bien connu Matthew. Et j’ai aimé sa tendresse. Alors même s’il m’a confirmé que ce n’était qu’une vaste mascarade, je sais qu’il est capable de gestes et de mots doux. Ce Matthew, celui que j’ai tant aimé, engrainé dans un mariage où il n’est pas heureux. Ses mots me transpercent l’âme et je l’observe d’un air grave. L’intensité de cet échange muet me saisit et je ne sais plus quoi lui répondre. J’ai de la peine pour lui. Et puis, il y a cette autre émotion en moi, que je n’identifie pas de suite, fort occupée à encaisser cet aveu. Déjà ma main se redresse doucement pour venir saisir sa main. Mais avant que je puisse faire quoi que ce soit, il finit par s’en aller, me laissant en plan, sans avoir le temps de le retenir ou de pouvoir lui dire quoi que ce soit. Je me retrouve seule, le suivant du regard sans trop savoir si je ferais mieux de m’en aller ou de rester. Il a voulu que je sois là pourtant, cependant, j’en viens à douter. Baissant le regard, j’observe cette main que je voulais lui tendre, laissant ses paroles se greffer dans mon esprit. Ce mariage n’est pas heureux… Il n’éprouve pas de bonheur… Alors, pourquoi avoir fait tout ça ? Pourquoi se retrouver dans une telle situation ? Pourquoi avoir affronté son père si c’est pour se retrouver dans ce format de vie ? Sans saveur, sans instant de joie. L’absence de tendresse a confirmé mes doutes : Matthew n’est pas heureux. Ça me crève tellement le cœur de savoir cela. Je pourrais me satisfaire, savourer l’idée que la vie lui aura fait payer le mal. Mais je n’y arrive pas, ce n’est pas ma nature. Et par-dessus tout, il y a cette question qui revient, ce doute perpétuel au sujet de ce qu’il m’a dit il y a cinq ans.

Etait-il vraiment sincère ?

Ne sachant que faire, et ne voulant pas rester seule au milieu de ces gens, je me décide à sortir, prendre l’air pour remettre toutes mes pensées en ordre. L’esprit bouillonne. Le cœur palpite comme un fou furieux. Et l’air nocturne me fait du bien. C’est plus calme. Plus détendu. J’en profite pour souffler un peu, jusqu’à entendre qu’on me hèle. Sursautant, je constate qu’il s’agit d’Ellana. D’abord surprise, je vois un sourire tendre apparaître sur son visage. « Je suis tellement heureuse de te voir. C’est si noble de ta part. » Parce que nous nous sommes toujours bien entendues, j’apprécie la chaleur de ses bras fins tandis que nous nous enlaçons brièvement. « Ravie de te revoir, Ella. » Je lui souris doucement. « Comment vas-tu ? Et James ? Je n’ai pas eu le loisir de l’apercevoir. Il a dû tellement grandir. » Et silencieuse, je l’écoute m’expliquer qu’il était bien trop petit pour ce genre de réception, que son petit-ami le garde chez eux. Visiblement, tout semble aller pour eux. Elle me paraît heureuse, bien moins éteinte que son frère. Et ça me rend si triste. Pourquoi ce monde ne tourne pas rond ? Comment peut-on vivre dans son propre malheur alors qu’il suffit de peu pour se sentir bien ? En observant le visage rond de la sœur de Matthew, je me remémore tout ce qu’elle a vécu, notre première rencontre de quand tout allait mal pour elle. J’étais alors dans cette bulle d’amour, convaincue que je vivais un rêve éveillé avec l’homme de ma vie. Je revois encore Ellana me parler des sentiments de son frère avec beaucoup de pudeur. Mais tellement de tendresse. J’aurais presque envie de me mettre à pleurer maintenant. A me dire que désormais, je galère à me sentir bien dans ma vie, que je pleure encore et toujours cet autre, que je souhaite l’exil de sa présence tout autant que je la réclame. « […]En tout cas, c’est si bienveillant d’être venue. Je sais que ça n’a pas toujours été évident avec bon nombre de McGregor. » Je souris, sentant mes entrailles se tordre. « Il faut savoir aller de l’avant. Peu importe ce qui s’est passé, il me paraissait nécessaire d’être là pour votre père. » Avec Ella, nous avons toujours su nous parler ouvertement, laissant la confidence se faire. J’ai tellement aimé la considérer comme ma belle-sœur. « C’est tellement louable. Je dois admettre vous avoir trouvé courageux...  » - « Ella… » Je bredouille d’une voix blanche, mais elle continue sans même s’apercevoir du trouble que ses mots me procurent. « De mettre fin tous les deux à votre histoire parce que mon père l’aura exigé. Après tout, vous étiez si heureux, si beaux ensemble… Je sais que ce n'est pas bien ce qu'il a fait, que vous étiez amoureux pourtant… Il attachait trop d’importance à Matthew. Enfin, c’était il y a cinq ans. » Mais déjà, elle a trop dit. J’accuse le coup de ses propos. «  « Tous les deux ? » » Je m’exclame, complètement stupéfaite. «  De quoi ? » Me demande Ellana avec un sourire sincère, visiblement loin de se douter du chaos qu’elle vient de créer. « Ce que tu viens de dire…Que nous avions mis fin à notre histoire… » - « Oui, c’est ce que Matthew m’avait dit. J’étais tellement triste de l’apprendre, d’ailleurs… » Je vais pour répondre, mais nous sommes interrompus par une troisième personne s’immisçant parmi nous. « Et on se retrouve à nouveau ! Ellana, il y a ta mère qui te réclame. » J’aurais presque envie de suivre Ellana mais je ne peux pas. J’observe la blonde s’en aller, me retrouvant avec la femme de Matthew. C’est juste insupportable. Isabelle paraît être la seule personne capable de trouver de l’amusement dans ce type de réception. « Vous avez pu profiter du buffet ? » - « Oui c’était très bien. » Que je mens en la dévisageant. Elle a l’air tellement à l’aise dans son rôle. Son alliance me paraît être une injure. Je voudrais la lui prendre et la jeter dans le jardin pour qu’elle ne la trouve plus. Mais au lieu de cela, je reste polie. « C’est une très belle soirée. Monsieur McGregor était une personne tellement gentille. Oh bien sûr, il me manquera beaucoup. Et je sais qu’il en sera de même pour vous. » Elle me sourit, avec ce petit côté paternaliste comme si elle était devenue l’amie de tout le monde. « Cela va de soi. » Je réponds trop froidement, sentant une sensation comme si quelqu’un me jetait un seau d’eau froide à la figure. « Vous savez, Héloïse. J’ai du flair, je comprends si bien les choses. Et puis, j’ai compris que vous étiez véritablement proche de lui. » Un seau d’eau froide ? Un iceberg carrément. J’en viens presque à bégayer. « Qu.. Quo… Comment ? » Elle rit gracieusement. « Ne vous inquiétez pas. Je peux tellement comprendre. Après tout, on ne vous a jamais vu. Et il n’a jamais parlé de vous… Vous avez eu de l’importance pour lui, ça je n’en doute pas… Mais c’est la vie. » Mon dieu mais comment a t-elle deviné pour Matthew et moi ? J’en suis sciée me demandant à quel moment, j’ai pu me trahir ? Je suis vraiment gênée, ne sachant que dire, qui plus est quand Isabelle pose sa main sur mon bras, tendre et protectrice. Mais lâche-moi toi !!! « Bien sûr, je vous promets de ne rien dire à qui que ce soit. Ce n’est pas le moment de créer un trouble. Surtout, en ce jour si funeste. Mais je comprends que vous ayez besoin de venir lui dire au revoir. Il était si plein d’esprit. » Et là, on me perd définitivement. Durant une seconde, je me demande si je rêve ou non, si elle se moque de moi ou non. Mais si j’en crois cette brave personne, elle a tout l’air de croire que j’ai vécu quelque chose avec le père de Matthew. « Vous… Vous êtes en train de me dire que j’ai eu une aventure avec … » Elle sourit visiblement convaincue de ce qu’elle dit. « Avec … Le père de Matthew ? » Peut-être se rend-elle compte de l’énormité de la situation ? Comment être si peu doté de cervelle ? ça me dépasse. « Mais vous êtes complètement conne ! Ce n’est pas possible !!! » Je m’exclame d’une voix si forte, à en faire tourner les têtes, complètement choquée de ce qu’elle vient de me dire. J’arrive enfin à mettre un nom sur cette émotion que je ressens depuis que Matthew m’a révélé ne pas être heureux dans sa vie.
Ce n’est pas de la peine, ni du deuil, ni du manque de confiance, ou autre.
C’est de la colère.
Pure et véritable.
Ce genre de colère qui me fera regretter mes mots. Mais il faut qu’elle sorte, qu’elle exulte, que je puisse me sentir bien.

« Non mais ça va pas ! Qui êtes-vous pour m’insulter ? J’ess… » - « La ferme ! La ferme !!!! Fermez-là !!! » Voilà que je hurle un peu trop, laissant la colère se déverser en moi. Elle jaillit, si pleine, puissante. Une colère à la hauteur de mon chagrin, si dévastatrice. « Vous voulez savoir qui je suis ? Très bien. Vous faites fausse route !! Comment pouvez-vous m’insulter de la sorte ?! Moi et Edward McGregor… Quand on ne sait pas, on se la boucle ! » Remarquant que Matthew est là, je contourne Isabelle pour venir à sa rencontre. « Et toi ! » Mes yeux lancent des éclairs. Je suis irrémédiablement déçue. Tout paraît m’échapper. Les idées noires se mélangent, se confondent. Et tout me paraît être une bouillie indigeste, de déceptions immenses. J’ai encore cru en la bonté d’autrui. Ce monde me paraît si morne, sans aucun intérêt. « J’ai tellement de colère !! Tellement de déception en moi !! Combien de fois ai-je tenté de trouver des excuses, de me dire qu’il y avait forcément une raison ! Combien de fois me suis-je dit qu’on ne m’avait pas tout dit... Et là, j’apprends par la bouche de ta sœur qu’apparemment, j’aurais mis fin à notre histoire ! T’es sûr que ça s’est passé comme ça ? Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire, peut-être ? » Me rapprochant de lui, je ne suis qu’un brasier immense. Tout est trop pour moi. Les mots d’Ellana, les suppositions d’Isabelle. Les paroles de Matthew. Cette absence de bonheur, semblable parfois au mien. « Et ton imbécile de femme, c’est encore mieux ! Elle est persuadée que je suis venue pleurer la perte de mon amant !Tu sais cet homme que tu viens d'enterrer... Ah oui, suis-je bête, ton père !!! » Je me mets à rire, me tournant pour observer Isabelle, visiblement outrée. Pauvre âme. « Bien sûr ! Je pleure la perte de l’amour de ma vie !! Je suis tellement stupide à l’aimer encore ! Peut-être faudrait-il le haïr ? Mais ça je ne sais pas faire !!! » Mes yeux s’emplissent de larmes. Des larmes de fureur. Des larmes de déception. Des larmes de tristesse aussi. Je me rapproche alors d’Isabelle, figée dans ce rôle que j’aurais dû avoir, ce nom que j’aurais dû porter. C’est si injuste. « Vous aviez raison Isabelle. Dans vos propos, il y avait une part de vérité, mais là où vous aviez eu tort… » Je me tais durant une seconde, pour reprendre contenance, pour paraître digne, quand bien même, ma colère est ridicule. « C’est qu’il ne s’agissait pas du bon McGregor… »

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
MESSAGES : 3451

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 27 Mai - 21:37

« Je veux juste la vérité, Matthew. »

Juste la vérité…

La vérité, c’est que je t’aime, Héloïse. Que je n’ai jamais cessé de t’aimer, et que je t’aimerai encore jusqu'à mon dernier souffle.
La vérité, c’est que je n’ai jamais voulu ça pour nous. Je voulais être dans tous tes matins. Je voulais être cette personne qui illuminerait chaque jour ton visage d’un sourire.
La vérité, c’est que je voulais être cette main qui te caresse avec tendresse, être ces yeux qui te contempleraient avec dévotion et amour, être ce corps qui épouserait le tien dans une parfaite harmonie, être cette voix qui saurait tarir tes larmes et enfouir tes chagrins.
La vérité, c’est que je voulais que mon avenir s’écrive avec ton nom.
La vérité, c’est que je voulais t’aimer à en perdre la raison. La vérité, c’était que je n’étais pas prêt à nous sacrifier.
La vérité, c’est qu’il y a cinq ans, un mois et cinq jours, j’ai commis la pire erreur de ma vie. Et chaque jour qui s’écoule, funeste, interminable, insipide et pauvre, me rappelle que tu n’appartiens plus à mon existence.
La vérité, c’est que je t’ai perdue.
La vérité, c’est que je crève de chagrin.
La vérité, c’est que mon âme est nue sans toi.
La vérité, c’est que mon cœur est parti avec toi.


Cette vérité-là ne franchit pas la mince barrière de ses lèvres. Il y a bien longtemps que la bouche de Matthew avait appris à composer avec des mensonges, des demi-vérités, des masques qui voilaient la plus pure des évidences. Le malheur s’était abattu sur son être, comme une nuée de vautours sur une carcasse encore chaude, et la charogne n’en avait laissé qu’un cadavre décharné, froid, sec et abîmé. Il ne lui mentait pas vraiment en lui affirmant qu’il n’avait jamais été question de bonheur entre Isabelle et lui. Bien sûr, leur rapprochement s’était révélé plus subtil que cela avait pu être le cas avec Jane. Dans un excès de colère et par volonté de s’opposer à son père, c’était Matthew qui avait initié cette idée d’épouser Isabelle, plutôt que Jane. Il n’avait pu en être autrement. Il savait qu’il n’avait pu pousser l’affront plus loin. Dans le fond, l’éditeur savait que sa femme nourrissait des sentiments pour lui. Pour elle, cela avait été un mariage d’amour, chose presque inespérée pour elle. Elle s’était épanouie dans cette union glorieuse et –le croyait-elle alors- amoureuse. La froideur de Matthew avait eu raison de ses certitudes au fil de leur mariage. Chaque jour, il l’observait s’épuiser à éveiller l’intérêt de son mari, à créer une ébauche de sentiments, à devenir l’objet de son amour. Isabelle ne demandait pas grand-chose. Juste de la tendresse, de l’attention et un peu d’amour. Ce si peu que Matthew était incapable de lui donner en dépit des efforts de la jeune femme. Elle composait leur quotidien avec des sourires, voilant la tristesse et les ténèbres de leur relation, des belles réceptions, des paroles creuses, des décors vides pour oublier qu’elle n’était pas aimée. Matthew n’y pouvait rien… Son cœur était accroché à une autre. Il aimait Héloïse. C’était ainsi. Il ne pouvait s’en défendre. Et il le réalisait d’autant plus en contemplant la jeune femme au regard si profond et intense. Un sombre océan dans lequel il avait envie de se noyer, sans volonté de remonter à la surface. Ce désir était si puissant en lui. Ça le brûlait. Ça le grignotait. Ça le rendait fou. Et il n’y avait que le contact de la bague d’Héloïse dans sa poche qui parvenait à le ramener à la raison. Ce bref instant de lucidité qui lui fit rompre leur échange et s’esquiver à cette main qui se tendait pour saisir la sienne. Matthew quitta la proximité de la brune avec une angoisse immense qui tapait dans sa poitrine. Cette certitude que, si leurs doigts s’étaient liés, il ne se seraient plus jamais quittés.

Il se retrouva au cœur d’une conversation insipide, chargée de mille condoléances et d’hommages hypocrites pour son père, mais il avait désormais perdu tout courage pour protester et se défiler. Le poète s’en voulait de cet état de faiblesse dans lequel il était plongé dès lors qu’il sentait son parfum dans l’air. L’intensité de son regard était comme un sortilège, le rendant terriblement vulnérable. Pourquoi abaisser maintenant toutes ses défenses ? Pourquoi réduire à néant tous les efforts qu’avaient été les siens pour parvenir à renoncer à la femme qu’il aimait ? Après tout, Héloïse ne lui avait-elle pas affirmé qu’elle était pleinement heureuse avec Elias ? Elle s’était reconstruite auprès de lui, réparant ses plaies et ses blessures. Même si l’idée n’était qu’ébauchée, le mariage avait été évoqué. Qui était-il dans toute cette histoire, sinon un mauvais souvenir ? Personne n’aime se retourner sur un mauvais souvenir. Pourtant, tout les ramenait constamment l’un vers l’autre. C’était à le rendre fou… Par peur, par lâcheté, par désespoir, il se rendait aveugle de tout ce qui aurait pu lui permettre de se dire qu’elle l’aimait encore. A ses regards, à ses mots, à ses inquiétudes, à cette main qui s’était tendue vers lui. Non… il ne pouvait pas se permettre de la laisser s’approcher plus. Il ne pouvait pas se permettre d’entrer à nouveau dans sa vie, de tout foutre en l’air et de réduire à néant tout ce qu’il avait durement bâti. Les raisons qui l’avaient poussé à sacrifier ce qui lui était le plus cher vinrent se cogner contre les parois de son esprit ; et soudain, elles lui parurent si dérisoires… La carrière d’Héloïse, son bonheur avec un autre, une existence plus douce, plus sereine, loin des faux-semblants de son univers, de la haine farouche de son père et de ses pairs. N’aurait-il pas pu l’ôter à tout cela sans briser son cœur ? N’aurait-il pas pu l’enlever et les amener très loin d’ici, dans un lieu où ils n’auraient plus eu besoin que d’exister à deux ? Brusquement, il se sentit lâche, honteux et misérable.

« Tu as une mine bien triste, mon frère. » Matthew ne s’était pas rendu compte que son mutisme l’avait isolé du groupe. Il s’en était allé chercher un nouveau verre quand June s’était approchée de lui. Un soupir désabusé lui échappa. « Je n’aime pas ce genre de réception. Surtout pour cette occasion. » Elle ne le savait que trop. De la fratrie, la cadette était peut-être celle qui avait eu le plus d’affection pour leur père, sûrement parce qu’il ne lui avait causé que peu de tort en définitive. Toutefois, elle le comprenait lorsqu’il s’agissait de son inimitié pour les mondanités. « J’ai été étonnée de voir Héloïse dans la foule. Après ce qu’il s’est passé, je ne pensais pas qu’elle viendrait lui rendre hommage. » Le mensonge de Matthew lui revint en pleine figure. Cinq ans plus tôt, pour éteindre les soupçons de ses sœurs et les empêcher d’informer Héloïse des complots de leur père, il avait fait croire à Ellana et June que cette rupture était autant une décision de la brune, que de l’éditeur. Un odieux mensonge qui lui avait valu de garder le secret sur les réelles motivations qui l’avaient forcé à chasser Héloïse de sa vie et d’empêcher ses sœurs d’agir. Là encore, une bien triste victoire. « Elle ne change pas. Elle a le cœur tendre. » lança Matthew pour unique explication, peu désireux de s’étendre sur un sujet où le mensonge était roi. June notait le malaise de son frère sans parvenir à le formuler véritablement, par pudeur et sans doute parce que ce n’était pas le bon moment non plus. Leur mère arriva au cœur de duo. « Je cherche Ellana. Ne l’auriez-vous pas vue ? » Matthew balaya la salle du regard, mais ce fut June qui fut la plus rapide. « Si, elle est sur la terrasse avec Héloïse. » Le jeune homme tressaillit. Toute son attention se braqua dehors, là où se trouvaient les deux jeunes femmes. Une idée qui ne l’avait pas encore effleurée le frappa de plein fouet. Et si Ellana laissait filer une information ? Et si Héloïse comprenait qu’il avait menti ? Un froid immense envahit ses entrailles, tandis qu’il tentait de distinguer l’expression peinte sur le visage de la brune. Mais l’obscurité voilait ses traits et la venue d’Isabelle sur le balcon lui ôta toute visibilité. Peu enclin à laisser sa femme et Héloïse s’entretenir seule à seule, il fendit la foule pour les rejoindre. Il croisa Ellana au passage, et l’arrêta sans lui laisser le choix. Sa sœur n’en fut guère surprise au début. « Je ne savais pas qu’Héloïse était présente. Quel plaisir de… » - « Qu’est-ce que tu lui as dit ?! » s'emporta-t-il. Il avait saisi sa benjamine par les épaules, se contenant pour ne pas la secouer comme un poirier. « Ellana, qu’est-ce que tu as raconté à Héloïse ? De quoi avez-vous parlé ? » L’émotion le saisissait aux tripes. C’était désagréable, piquant, violent. Il avait soudain peur et ses craintes se confirmèrent. Un éclat provenant de l’extérieur empêcha Ellana de répondre. Matthew la libéra de son emprise pour s’approcher de la terrasse vers laquelle tout le monde avait ses yeux braqués.

Sur le balcon, un triste spectacle l’attendait. Entre l’expression outrée de sa femme et la verve furieuse d’Héloïse. Ce n’était plus de l’amertume, mais une colère immense, une haine farouche et un sentiment atroce de trahison qui enflammait ses prunelles, empoisonnait ses mots et ravageait son âme. N’ayant jamais connu une telle fièvre dans les propos de la brune, il en demeura pétrifié sur le seuil de l'immense fenêtre. Muet d’apprendre que sa femme pensait qu’Héloïse avait eu une aventure avec son père. Mortifié qu’une telle scène éclate en public. Terrifié qu’elle puisse comprendre ce qu’il s’était réellement passé il y a cinq ans, un mois et cinq jours dans ce bureau qui avait été le tombeau de leur relation. Pire encore, c’était de la déception. Et si, cinq ans auparavant, il avait su demeurer fort face à ce même regard, il n’était plus aussi courageux qu’avant. Seule la froideur qui glaçait son cœur ne lui permit pas de flancher quand elle s’en prit directement à lui. Combien de fois avait-il espéré qu’elle lui dirait des mots semblables ? Qu’elle le détestait. Qu’elle ne voulait plus lui trouver la moindre excuse. Qu’il n’était qu’un monstre odieux. Maintenant qu’il les entendait de sa bouche, chaque parole venait lacérer sa chair. « Héloïse, ça suffit. » gronda-t-il en essayant de l’attraper par le bras pour la ramener à la raison, mais en se retournant vers Isabelle, elle échappa à son emprise. Voilà que la vérité est énoncée. Dans les larmes et la douleur. Héloïse n’était pas l’amante d’Edward McGregor, mais bien de Matthew, son fils. L’expression de son épouse se métamorphosa d’un coup, d’un seul. Un silence mortifère s’abattit sur l’assemblée qui s’était approchée, comme des charognards affamés, pour s’appâter des chairs à vif. Prenant conscience de cette foule attroupée, l’épouse McGregor rougit brutalement, ses yeux s’humidifièrent, puis elle tourna les talons, dévalant les marches de la terrasse qui menaient jusqu’aux profondeurs du domaine. Derrière eux, Ellana et June s’étaient déjà imposées pour éloigner les voyeurs et refermer l’immense porte-fenêtre. « Isabelle, attends ! » Matthew manqua de bousculer Héloïse, restée là de l’autre côté de la porte avec eux tandis qu’il s’élançait auprès de sa femme. Le cœur en feu. L’esprit en pagaille. Il la retrouva en bas des escaliers, s’étant interrompue à son appel. Elle demeurait dos à lui, mais il pouvait voir le tremblement discret de ses épaules. Sa voix lui revint, faible et douloureuse. « Matthew… Matthew, est-ce que… est-ce que c’est vrai ? » bredouilla péniblement Isabelle. « Est-ce que tu as eu une histoire avec cette femme ? » Miséreux, il était incapable de lui répondre. Il fallut qu’elle se retourne complètement vers lui, son gracieux visage baigné de larmes pour qu’il retrouve l’usage de la parole. « Oui. » A quoi bon mentir plus qu’il ne l’avait déjà fait ? Matthew sentit la présence d’Héloïse à quelques marches au-dessus de lui, les ayant rejoints malgré tout, car Isabelle braquait son regard tout droit sur elle. Ce n’était pas de la colère, juste de la déception. Et soudain, ce que le poète redoutait le plus arriva. Le visage de la blonde se métamorphosa, comme si elle prenait brusquement la pleine mesure de cette révélation, et de ce que cela impliquait. Ses prunelles hagardes ricochaient entre les deux anciens amants. « C’est elle, n’est-ce pas ? » Sa gorge se serra, l’empêchant de répondre. Au fond de son ventre résidait encore l’espoir qu’elle se fourvoie. Mais non, elle avait compris. Un léger rire la saisit, aigu et désemparé. « Oh oui, c’est elle. Tu n’as pas besoin de répondre, Matthew. Je lis si bien en toi… J’aurai dû le comprendre au premier regard que je t’ai vu poser sur elle. Ce regard que tu n’as jamais eu sur moi. » Il vit le regard d’Isabelle se lever vers Héloïse. « Vous avez raison. Je ne suis qu’une idiote. Comment ai-je pu croire une seule seconde qu’il parlait de Jane ? Alors que depuis le début, il n’a jamais été question que de vous ! » - « Isabelle, arrête. » Le ton grondant de l’éditeur était menaçant, mais Isabelle était prisonnière d’une fièvre malheureuse qui la poussa à continuer en s’adressant à son mari. « Depuis le début, c’est elle. Ce grand amour dont tu me parlais. Cet amour que tu regrettes. Cet amour qui t’empêche de m’aimer moi ! » Elle s’approcha de Matthew qui soutenait son regard plus par orgueil que par défi. Il voulait juste qu’elle se taise. Il lui répétait encore et encore, mais elle ne pliait pas. Elle était tiraillée encore colère et chagrin. « Et moi, comme une idiote, je cours après ton amour depuis tant d’années ! Pourquoi est-ce que tu l’as laissée venir jusque chez nous ? Pourquoi tu ne m’en as pas empêché ? Pourquoi… » - « ASSEZ ! » hurla Matthew, interrompant enfin le flot de ses paroles. Isabelle sursauta. Il lut une brève frayeur, chassée aussitôt par une tristesse immense. Elle voulut parler, mais le regard noir de son époux l’en dissuada. Longuement, ses yeux se posèrent sur Héloïse, la jaugèrent, elle, cette femme qui avait su conquérir le cœur de Matthew alors que tous ses assauts étaient des échecs. Et en dépit de tout le bon cœur qu’elle avait, Isabelle était convaincue d’une chose : elle valait mieux qu’elle. Ses doigts chassèrent les larmes de son visage pâle, ajustèrent sa coiffure et elle s’en alla, la tête haute et l’allure fière.

Matthew était resté immobile, comme une statue de pierre. Il savait qu’Héloïse n’avait pas bougé et qu’elle demeurait toujours derrière lui, à quelques marches d’écart. Il n’osait esquisser le moindre geste, le moindre mouvement. Les mots dansaient dans une parade effrayante au creux de son esprit. Il ne pensait pas seulement à tout ce qui avait été dit, mais bien aux déductions que la brune pourrait en faire. Quelle conclusion verrait le jour dans son esprit troublé ? Quels seraient les sentiments que Matthew s’apprêtait à affronter ? Le mystère se jouait entre la colère, la déception, l’incrédulité, le chagrin, la haine, l’indignation, la trahison. La main de Matthew trouva naturellement son chemin dans la poche de sa veste, se rassurant au contact froid et solide de la bague qui scellait une promesse faite il y a plus de cinq ans. Celle de protéger le bonheur d’Héloïse. De toujours songer à son intérêt. De la savoir aimée, même si c’était dans les yeux d’un autre. « Ne dis rien… » Les mots s’échappaient en lambeaux de sa poitrine serrée. « Je t’en prie Héloïse, surtout, ne dis rien… »

Ne me dis pas que tu m’en veux. Ne me dis pas que je ne suis qu’un monstre. Ne me dis pas que j’aurai pu faire autrement, que j’aurai pu faire mieux. Ne me dis pas que tu me détestes. Ne me dis pas toutes ses paroles qui seraient ta vérité.
Ne me dis pas que c’est fini…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
MESSAGES : 4977

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Dim 27 Mai - 23:08

Tout ce que j’ai gardé au fond de moi, ces mauvaises émotions, ces questions, tout semble franchir la lisière de mes lèvres. C’est plus fort que moi, je suis incapable de lutter contre ça. Je pourrais conserver un peu de retenue. Mais c’est impossible. Toute dignité s’est envolée. Je ne maîtrise plus rien. La rage m’habite. J’ai trop attendu, trop espéré et trop souffert également. Forcément, tout ceci devient un maelstrom de contrariétés. J’ai tant de choses à dire. Et par-dessus tout, j’ai mal au fond de moi. Mon âme se lacère un peu plus. Et cinq ans après, je me prends encore des coups de fouets en pleine poire. Apprendre qu’on puisse me considérer comme la maîtresse d’Edward McGregor me sidère. J’en viens même à me questionner sur l’ensemble des invités. Qui a cru cela également ? C’est si insensé. Cet homme est en partie responsable de mon malheur. Si je suis venue ici, c’était pour rendre hommage en cette bonté première que j’ai connu autrefois. En aucun cas, je ne pourrais lui pardonner d’avoir brisé mon couple. Ce rêve ayant pris par son propre fait. Et également, celui de son fils. Ainsi, je fais tomber les masques délibérément, lui reprochant d’avoir menti, de m’avoir fait passer pour ce que je ne suis pas. Jamais, je n’aurais voulu mettre un terme à notre histoire par la seule volonté d’un homme. Je ne comprends pas pourquoi la vérité n’a pas été éclatée au moment présent. Pourquoi, elle survient maintenant. Quand les cœurs ont suffisamment souffert, quand les âmes ont vieilli trop vite, par manque de leur jumelle. Je lui en veux, c’est vrai. Ça alimente cette rage souveraine, me donnant des envies de violence qui me sont si inhabituelles. Oh oui, je pourrais casser tout ce que je trouve sur mon passage. La colère se nourrit de mon incompréhension. De ce questionnement sans fin, de ce pourquoi incessant trônant dans mon esprit. Je ne supporte plus cette situation. D’une certaine façon, j’en arrive à admettre qu’effectivement, venir ici était une mauvaise idée. Noble certes. Mais mauvaise parce que nous en sommes là, que je choisis de rétablir la vérité là où le mensonge a pris sa place. Et si les suppositions, les mensonges au sujet de notre rupture sont révélés, le pire reste à venir lorsque je dévoile ce que je suis réellement. Pas l’amante d’Edward McGregor. Mais celle de Matthew. Celle qui su balayer tant de principes, qui a su apporter du soleil dans la vie d’un homme au cœur brisé. Celle qui s’est oubliée dans une histoire d’amour, trop occupé à devenir quelqu’un au travers de ses yeux. J’étais si heureuse à ses côtés. J’étais même la plus heureuse. Et aujourd’hui, alors que les masques tombent, j’en viens à obtenir cette réponse en partie. J’en suis certaine, c’est bien par la faute du père que nous n’en sommes plus ensemble. Ainsi, Matthew peut alors faire face à ces vérités, se retrouvant face à sa femme. Je la vois se décomposer, prendre conscience de la teneur de mes propos. Haletante, je la fixe d’un œil furibond tandis que son expression change. De stupéfaite, son visage semble devenir qu’une douleur immense, jusqu’à ce qu’elle tourne les talons, descendant les escaliers, suivie par Matthew. Le voir tout faire pour la rattraper me fait terriblement mal. Le souffle court et hagard, je reste plantée, là, me sentant être la pomme pourrie dans cette corbeille. Celle qui n’a pas sa place, qui n’a plus d’identité. Si autrefois, j’étais la Héloïse de Matthew, voilà que je suis devenue personne. Le néant. Le vide. L’amante amoureuse qui trouve le courage d’avancer, au-delà de ce balcon, arrivant à la frontière de ce dernier et des escaliers. Je descends une marche fixant Isabelle et Matthew. Elle s’est arrêtée. Et j’entends sa voix, pleine de souffrance, réalisant un fait qu’elle ignorait visiblement.

Cette femme avec qui il a vécu une histoire folle. Cette femme dont il a fait taire le nom. Elle était au courant mais sans plus. Parce qu’aujourd’hui, la vérité lui éclate au visage. Matthew le lui confirme. Mon cœur s’emballe lorsqu’elle évoque tout ce qu’elle n’aura jamais obtenu de lui. Son amour. Sa tendresse. Tout ce que j’ai fini par comprendre en les observant faire. Ce couple imparfait aux apparences parfaites. Mon esprit menace de défaillir et je suis ce témoin silencieux. Le visage baigné de larmes, ma colère semble me quitter au fur et à mesure qu’Isabelle s’échauffe, réalisant que ce mariage n’aura été qu’une mascarade. Visiblement, l’un des deux était amoureux. Et ça me désole. Parce qu’elle n’est pas mauvaise dans le fond. Ce n’est pas Jane. Mais elle a cette place si chère à mon cœur, elle porte ce nom devenu mon sanctuaire, elle embrasse ces lèvres que je rêve de pouvoir savourer à nouveau. Elle est tout ce que je ne suis pas. Un mélange de jalousie et de ressentiment qu’elle doit ressentir à mon égard. Deux femmes pour le cœur d’un seul homme. Je la dévisage sans rien dire, Matthew entre nous. Il finit par hurler à sa femme de se taire, ce qui fonctionne. Elle le fixe de cet air incroyablement malheureux, puis finit par tourner les talons, disparaissant de mon champ de vision. Et je ne bouge pas. Je ne dis pas un mot. Ma respiration est sifflante. Le cœur bat comme un fou et je frôle bientôt la crise cardiaque. Que dire face à cet enchaînement de mots ? Face à ces révélations ? Face à cette vérité me désignant comme celle qui a toujours possédé une place dans le cœur de Matthew ? Cette vérité qui me fait comprendre que nous avons été les victimes d’une machination dirigée par un seul homme ? Ça balaie tous les doutes que je me suis tant posée quant à la véracité des propos tenus lors de notre rupture ? Etait-ce vraiment une mascarade ? Je descends une marche puis une autre, toujours en silence. La silhouette de Matthew me paraît alors presque vouté, comme si ses épaules ne supportaient plus un tel fardeau, une telle souffrance. Je me sens presque coupable de briser son couple en révélant une vérité qu’il ne tenait pas à ce qu’Isabelle sache. Mais c’est plus fort que moi. J’ai trop été l’objet des vices des uns et des autres pour me laisser faire. Plus maintenant. Plus jamais. J’en ai oublié Elias. New York. Mon travail. Ma vie actuelle. C’est fou comme Matthew est capable de tout balayer. Il n’a même pas besoin d’user plus. Je suis à sa merci. Et ce, pour l’éternité, imprimé dans mes chairs, gravé dans mon cœur, à jamais dans mon âme. Sa voix m’arrache de nouvelles larmes. Elle est terrible. Elle me dévaste, mais je respecte sa volonté. Il y a tant de mots qui tendent à vouloir sortir. Même si je me tais. Le dialogue entre les deux époux aura eu le mérite de faire taire la colère. Elle est toujours là, silencieuse, tapie dans un coin. C’est surtout la tristesse qui m’accapare complètement. C’est confus. C’est terrible. C’est indescriptible. Ma main se lève doucement et viens se poser dans son dos. Puis l’autre trouve ce même chemin. Comme unique bruit, mes sanglots discrets brisent le silence. J’aurais tant à lui dire. Mais je n’y arrive pas, et il ne le veut sans doute pas. Alors, je me contente de poser mon front contre son dos. Je pourrais venir me poster devant lui, mais je n’ose pas affronter un éventuel chagrin. Aujourd’hui, nous ne sommes que deux âmes dévastées par le malheur. Deux âmes s’appelant encore pour pouvoir exister. J’ai besoin de lui. J’ai besoin de sa présence. Je ne peux pas vivre avec son souvenir perpétuel, je ne serais pas capable d’avancer pleinement, figé dans ce malheur depuis plus de cinq ans maintenant. Doucement, mes mains viennent s’enrouler autour de sa taille, et j’hume avec force sa fragrance, ravivant les souvenirs d’autrefois, quand le contact physique suffisait à m’embraser. « Dis-moi… » Je bredouille, entre deux sanglots, mes mains venant presque s’agripper à ses vêtements. « Dis-moi que tout ce que tu m’as dit, il y a cinq ans, un mois et cinq jours, tu ne le pensais pas… Dis-le … » Après tout ce temps, je suis incapable de me taire. Le contact attise cette curiosité malsaine. Celle m’ayant rongé pendant tout ce temps. « Matthew… Dis-moi que tu m’aimais quand tu m’as quitté… Je t’en prie… Cette question m’a rongé pendant si longtemps…  » Et reviens-moi mon amour. Parce qu’à tes côtés, je suis invincible. Je suis ton sourire, je suis ton regard tendre, je suis ton rire, je suis ta tendresse et ta façon de m’enlacer, je suis ta malice et ton flegme, je suis ta force et ta témérité. Je suis ton tout. Je suis toi. Je suis celle qui es partout, en toi. Dans ton esprit, ton cœur et ton âme. Toi, mon âme sœur. Ma jumelle. Celui dont j’ai tant besoin… Reviens-moi… « J’ai besoin de savoir… » J’ai besoin de savoir si tu m’aimes toujours, autant que je t’aime. J’ai besoin de savoir si tu m’as dans la peau, si tu rêves de moi la nuit, si tes lèvres appellent les miennes… Si depuis ces années, toi aussi, tu ne vis plus… « Dis-moi Matthew que tu m’aimes toujours… »

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
MESSAGES : 3451

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Lun 28 Mai - 21:48

Isabelle réprima un soupir exaspéré avec difficulté et referma la porte du bureau de Matthew derrière elle. Ce dernier se tenait dans une semi-obscurité, assis à l'un de ses confortable fauteuils, un verre de whisky à la main. La jeune femme s'approcha, cerna la mine sombre de son époux et grimaça. Quand il était dans ces états-là, il n'y avait guère grand-chose à en tirer. Elle pouvait voir pulluler autour de sa tête toutes les idées noires qui l'assaillaient dans ses solitudes et toutes les petites bestioles qui venaient grignoter ce qui lui restait de charmant. Car oui Isabelle, après un an de mariage, était convaincue que son époux était un être torturé à l'âme attaquée par les démons qui peuplaient ses souvenirs. « Je pensais te faire plaisir en te préparant cette fête pour ton anniversaire. » Le long silence qui suivit ses paroles acheva de la mettre mal à l'aise. Désemparée, elle ne savait plus quoi faire pour lui plaire. La mine sombre, Matthew faisait tournoyer lentement le liquide ambré dans son verre comme s'il s'attendait à ce que des images lui apparaissent. « C'était très bien. » Il avala les dernières gorgées de son breuvage, se levant pour aller se resservir si bien qu'il ne vit pas les yeux de sa femme se lever au ciel. De toute manière il ne la regardait pas vraiment. « Manifestement non, puisque tu es parti te reclure ici. J'ai compris la leçon, Matthew. Je ne le referai plus. Plus de surprise. » Il ne trouva pas de réponse adéquate pour Isabelle. Il n'en chercha même pas. Patiemment, il se contentait d'attendre qu'elle parte pour qu'il se livre tout entier à ses ténèbres. Mais elle ne partait pas. Il l'observa du coup de l'œil, comme on jauge si une créature doit vivre ou mourir et il vit qu'elle rassemblait son courage pour lui tenir tête. « C'est à cause d'elle, n'est-ce pas ? Tu penses encore à elle ? » Elle était toujours en lui. Qu'importe le distance, le temps ou l'absence. Il l'avait dans la peau. Isabelle s'approcha, capturant le regard misérable du poète dans le sien. « Quelquefois, si je te regarde suffisamment longtemps, je crois voir son ombre danser devant tes yeux. » Parce que tout le ramenait à elle. Parce que ses anniversaires avec le parfum de la France. Parce qu'il était nostalgique d'un bonheur qu'il n'avait su vivre qu'à ses côtés. Aujourd'hui, il était déchiré entre son passé et son présent. Ce que lui dictait sa raison, et ce que lui criait son âme. Il vit poindre, fugace, l'éclat d'une larme dans les yeux de sa femme. « Et elle sera toujours entre nous. » Son souvenir lui collait à la peau, comme une ombre qui l'accompagnait dans ses jours et dans ses nuits, dans ses chagrins et ses désillusions, dans sa solitude et ses regrets. Il ne chercha pas à mentir, ni à se défendre. Il était las et fatigué. « Laisse-moi seul, s'il te plaît. » Alors, docile et malheureuse, elle quitta le bureau, lui retirant cette main qui venait l'arracher à ses démons. Mais il n'en voulait pas. Il ne voulait pas de cette main-là. Celle qu'il convoitait, depuis longtemps, ne lui était plus destiné.

***


Sans doute suis-je un soleil pour toi, mais à mes yeux, tu es bien plus. Tu m’es apparue un jour, sans crier garde. Je n’ai même pas eu le temps de me défendre, ni même de m’en rendre compte… et je suis tombé amoureux de toi. Tu n’es pas un soleil qui m’éblouit, tu es celle qui m’a réveillé. Tu avais raison quand tu disais que je ne connaissais rien sur l’amour alors que je savais si bien l’écrire… c’est un sentiment que j’ai voulu oublier, que j’ai destiné à la nuit et aux ténèbres. Je n’en voulais pas. Je n’en voulais plus… Mais maintenant, tu es là. Ma Héloïse… Ma douce Héloïse. Mais je ne peux pas t’aimer comme ça. Je voudrais t’aimer tellement mieux… Tu es cette femme unique qui ne doit pas être aimée à moitié, mais entièrement et simplement. Je voudrais pouvoir te promettre que je t’aimerai comme tu le mérites parce que mon corps et mon âme me le crient chaque seconde que je passe avec toi, mais j’ai peur de t’aimer à peu près, de ne pas mériter tout cela. Je voudrais être entièrement digne de toi. Je voudrais t’aimer mieux, Héloïse Bennett…

Il est des amours qui ne meurent jamais, aux saveurs de l'éternité. Il est des amours qui ne s'oublient pas, se greffant à la voute céleste et qui s'impriment dans les étoiles. Il est des amours qui ne connaissent pas la fin, la fatalité, et qui ne vivent que de lendemain. Il est des amours qui ne peuvent être parjurés, sacrifiés sur l'autel de l'humanité. Il est des amours qui méritent que l'on se batte pour eux. Il est des amours contre lesquels on ne peut rien. Il est des amours auxquels on n'échappe pas.

Leur amour était de ceux-là.

Dépouillé d'illusions, Matthew avait longtemps cru que ces amours-là n'étaient destinés qu'à noircir des pages d'encre, enrichir un imaginaire glorieux, offrir l'espoir aux cœurs en proie au doute et dessiner de merveilleuses chimères. Ces amours-là, il ne savait que les écrire, en tracer l'esquisse au fil de sa plume. Désabusé, triste et programmatique. Puis il y avait eu elle… Héloïse avait débarqué dans sa vie comme une tornade. Pas un seul instant, il ne s’était douté qu’elle ravagerait autant toutes ses certitudes ; qu’elle abattrait, pierre par pierre, la muraille qu’il avait bâti tout autour de son cœur ; qu’elle chasserait l’angoisse et la platitude du lendemain par ses sourires ; que ses regards sur lui réveilleraient les couleurs de l’univers ; qu’il l’aimerait à en perdre la raison et à s’oublier un peu lui-même. Cet amour-là était bien plus que tout ce qu’il pouvait y avoir de plus précieux au monde. Il était un trésor dissimulé dans l’écrin des mots d’Héloïse. Matthew se laissait aveugler par la splendeur de cette union si parfaite, de cette symbiose si évidente de deux âmes destinées l’une à l’autre. Et parfois, quand ils usaient ses rétines à contempler le visage endormi et paisible d’Héloïse, luttant contre le sommeil, il lui venait la certitude qu’ils seraient toujours liés l’un à l’autre, que ce soit dans cette réalité ou dans une autre. Ils existaient pour s’aimer, se chérir et s’adorer. Mais aussi haut que l’amour l’avait mené, il l’avait anéanti, ne laissant qu’un corps décharné sur les rebords de la route insensée de cette vie.

Il entendit les pas d’Héloïse derrière lui, fébrile. Il pouvait entendre le souffle court dans le silence obscur de la nuit. Qu’avait-il fait d’eux ? A quelle existence les avait-il condamnés en voulant la protéger ? Pourquoi en étaient-ils là ce soir, à compter leur blessure, à verser des larmes et à retenir le sang de leurs plaies ouvertes et à vif. D’Héloïse, il n’attendait que des reproches, de l’indignation, des mots qui seraient pires qu’un millier de lames. Et pourtant… il sentit sa main sur son épaule comme une brûlure agréable et atroce à la fois. Il tressaillit sans tenter de masquer le trouble affreux qui le saisissait. Il avait le cœur en lambeaux. Et pour la première fois, il était mort de peur, si vulnérable face à la réaction d’Héloïse. Sa main quitta son épaule, ses bras s’enroulèrent autour de sa taille sans qu’il ne cherche à se défaire de son emprise. Instinctivement, sa main se posa sur les siennes, les serra pour en éprouver la chaleur, ne jamais les laisser lui échapper. Pas encore. Pas cette fois. Il sentit son front se poser contre son dos. Il se contracta, frissonna, se détendit comme un drogué retrouve le chemin de ses vices. Sa voix percuta son cœur autant que ses mots. Non… bien sûr qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il avait dit cinq ans plus tôt. Tout n’était que poison, infamie, parjure à cet amour si pur et profond entre eux. L’aimer ? Oui, il l’aimait toujours. Il l’aimait à s’en tuer, à en avoir mal, à en perdre la raison, à en oublier tout ce qui composait son existence. « Je n’ai pas eu le choix… » bredouilla Matthew, d’une voix si misérable qu’elle en paraissait plus grave. Comment lui expliquer tout ce qui l’avait poussé à commettre un tel acte ? A pousser ces mots empoisonnés à sortir de sa bouche ? « Il n’y avait pas d’autres moyens pour tenir ma promesse… » Cette promesse qu’il lui avait faite tant d’années auparavant. Cette promesse qui s’était scellée par un cadeau si précieux. Alors, de son autre main, il sortit la bague de sa poche, cette unique compagne pour combler l’absence de l’être aimée. Délicatement, il attrapa la main d’Héloïse, fit glisser l’anneau le long de son doigt fin. Cette promesse, c’était celle d’œuvrer à jamais de son bonheur, de la protéger en dépit de tout et lui offrir un avenir plus radieux, même si c’était sans lui. Il caressa cette main qui avait failli prendre la sienne quelques minutes plus tôt, quand la vérité n’avait pas encore éclatée. Il éprouva sa douceur, s’en ravit et s’en délecta comme un homme abandonné sur une île déserte depuis trop longtemps. Lentement, il se retourna vers elle. A une marche de hauteur de plus que lui, elle faisait presque sa taille, si bien qu’il posa son front contre le sien et ferma les yeux. « Tu étais là chaque jour. Tu ne m’as jamais quittée. »  Son cœur battait comme un dément dans sa poitrine, partagé entre douleur et soulagement. Il ne voulait plus la perdre, ni se tenir éloigné d’elle. La mort dans l’âme, il savait que tout ceci était impossible. « Qu’ai-je fait de nous… » se lamenta Matthew dans un murmure malheureux, presque pour lui-même. Il attrapa avec douceur le visage d’Héloïse entre ses mains, caressa ses joues et déposa un baiser sur son front. Mais il ne put résister… Ses lèvres se lièrent au sienne naturellement et s’assemblèrent dans un baiser où il déposa toute son intensité, son désespoir, son amour inconditionnel, son chagrin et la fatalité de leurs existences. « Je n’ai pas su… je n’ai pas pu t’aimer mieux, Héloïse. Pardonne-moi. » A regret, il s’arracha à son étreinte comme s’il s’amputait d’un bout de son âme. Il porta un regard malheureux sur elle. Empli de regrets et de résignation. Il acceptait son sort. « Pardonne-moi. » Il lui fallut baisser la tête pour ne plus croiser son regard envoûtant, pour se soustraire au sortilège de sa présence et remonter les marches du balcon. Quel avenir pour eux ? Que restait-il à construire sur les ruines de leur amour ? Elle ne pouvait plus l’aimer. Il craignait de poser la question, terrifié par sa réponse. En dépit de ses paroles. Comment pouvait-elle encore l’aimer après tout ce qu’il avait commis ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
MESSAGES : 4977

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mar 29 Mai - 13:36

En cet instant, j’oublie tout. Il n’y a plus Elias, Isabelle, ma vie à New York, la sienne à Los Angeles, nos cœurs et nos âmes brisés. Il n’y a rien d’autre qu’Héloïse, celle qui renaît de ses cendres, composant lentement avec son esprit en miettes, son cœur lacéré et son âme en lambeaux, celle que je suis devenue lorsque Matthew m’a quitté. Et pourtant, je suis là, je me tiens droite. J’essaye de ne pas vaciller, de ne pas sombrer une fois de plus. Cette pulsion ne me quitte plus, et le besoin de l’autre est si vital à mes yeux. J’ai l’impression de guérir mes blessures au seul contact de sa peau, sa main venant serrer les miennes. Combien de fois ai-je rêvé à pareilles retrouvailles ? À quel moment, l’âme a suffisamment vieilli pour cesser d’y croire. Le temps a grignoté cette volonté et si je l’ai crue morte. Et pourtant... Voilà qu’elle a jailli en moi, tapie dans l’ombre mais toujours aussi forte. Puissante. Immuable. Cette volonté, ce besoin de l’avoir avec moi, de l’entendre respirer, de tomber amoureuse de sa voix. Même si c’est à demi-teinte, même si c’est dans une situation ne pouvant être cautionnée, même si la souffrance est telle qu’elle balaie les mauvaises émotions. Je pourrais lui en vouloir. Je pourrais le gifler. Je pourrais me mettre à hurler. Parce que par sa faute, nous avons perdu cinq années de nos vies, à s’attendre, à s’aimer, à vivre une demie-existence, si morne, si triste. J’ai tant besoin de toi pour guérir les maux de mon cœur... À croire à ce qu’il m’a dit en ce jour funeste. L’esprit y a cru pour se donner une raison de ne pas lui courir après, pour se reprendre en main et aller de l’avant. Mais le cœur n’a cessé de pleurer, il a vécu dans le semblant d’amour pour un autre. Je mentirais si je disais qu’Elias ne m’a pas fait du bien. Il aura eu le mérite de me sauver, de me sortir de la dépression, de m’arracher des rires, des soupirs, des sourires, de l’envie et du besoin d’aller mieux. Alors je me suis efforcée d’aller bien, même si c’était là un grand mot. Je n’étais pas pleinement heureuse. Je sentais qu’il ne me complétait pas. Dans cette histoire, l’un aimait plus que l’autre. Ça ne faisait aucun doute. Je refusais tout ce qui me liait à Matthew. Los Angeles. La France. Les cafés mocca. Le piano. Les anniversaires. Les films en français. Les discussions passionnées. La seule chose qui aura eu un lien avec ce poète fut l’écriture. Elle m’a sauvée aussi. J’ai pu libérer ce cœur oppressé, mettre des mots sur mon mal être. Je lui ai permis de ne pas exploser. Mais il a été si vide, composé d’air pour meubler l’espace et le temps, pour faire croire que tout allait bien. Mais la vérité était plus terrible : je ne vivais plus, je n’étais plus la même. J’étais celle, convaincue qu’il y avait une raison évidente, celle se disant que les mots de Matthew n’étaient pas sans but. Que l’être le plus aimant ne pouvait pas se révéler être le pire des bourreaux. Et je n’ai jamais cessé d’y croire. C’est bien pour ça que j’en suis là, à lui courir après, à me sentir victorieuse de rétablir la vérité, de réaliser que j’aurais été l’amour de sa vie. Et que je le suis encore à ses yeux, dans ceux de sa femme et de ce monde nous environnant ... Ce véritable amour qu’il est impossible d’oublier. Je pourrais rester ainsi dans ses bras, le réconforter et faire disparaître cette souffrance faisant trembler sa voix. Matthew me rappelle cette promesse, la justifiant comme l’unique raison de ses agissements. Cependant, mon cœur fait un bond lorsque je sens qu’il glisse un anneau à mon doigt. Bien que je sois dos à lui, bien que je ne puisse voir l’entrelacement de nos mains, je devine qu’il s’agit d’une bague. Mais pas n’importe laquelle, l’unique qu’il m’a offert un soir de Noël, au sommet d’une Colline, les yeux brillants, l’âme encore pure et innocente. Le souvenir d’une nuit sans fin et inoubliable à l’aimer à l’excès, à le découvrir encore plus. Il m’avait promis de si belles choses, de tout faire pour me rendre heureuse. Et cette bague avait soldé cet engagement que nous n’aurons jamais tenu, en nous éloignant, en étant pas heureux, en se retrouvant à pleurer l’Autre. Inlassablement, tel un souvenir que l’on idolâtre sans être capable de l’oublier. Je suis incapable de dire un mot, les larmes roulant sur mes joues sans bruit. Mes doigts s’agrippent aux siens. J’aurais tant à lui dire mais je suis incapable de parler, ni même de bouger. Je ne veux pas qu’il s’en aille, qu’il se dérobe à mon étreinte. Cependant, je le laisse pivoter doucement pour me faire face, ma peine faisant écho à la sienne.
Fut un temps, nos regards brûlaient d’une flamme dévorante.
Désormais, ils ne sont qu’une tristesse immense.

Pourtant, mon cœur semble se soulager par sa proximité. Savoir qu’il ne m’a pas oublié est, dans un sens, salvateur. Ça ne guérit pas tout mais ça suffit à me réconforter, à savoir que j’aurais habité son esprit et son cœur, malgré plus de cinq ans d’absence, sans se voir, sans se parler, sans se toucher. Et je suis presque à deux doigts de défaillir lorsque ses mains effleurent mes joues, saisissant mon visage entre ses mains. « Nous étions invincibles… » Ce murmure prononcé dans la fièvre de l’instant. Cette seconde de répit avant que nos lèvres ne se rejoignent dans un besoin désespéré de se retrouver, de s’aimer comme auparavant. Pourtant, ce baiser diffère tant des autres. En dehors de la passion, de l’amour, j’y ressens ce manque, cette tristesse, ce chagrin d’avoir été privée de l’autre. Cette peine qui fait écho à la mienne. Le souffle court, ce baiser prend fin et déjà, j’en ressens le manque, fixant Matthew d’un air tellement malheureux. Les paroles, qui s’ensuivent, tordent mes entrailles. Il y a tant de choses à lui répondre. Je ne veux pas de ses excuses, je ne veux pas qu’il pense qu’il ne m’a pas bien aimé. Je ne veux qu’il continue à se torturer ainsi. L’entendre me demander pardon achève de me faire réagir, au moment où il se détache de moi pour remonter vers le balcon supérieur. Je pourrais le laisser s’en aller, retourner à sa réception et faire semblant d’être désolé. Je pourrais retourner chez mes grands-parents, profiter de mes vacances, puis être heureuse de rentrer à New York et de retrouver Elias, me parfaire dans cette vie de couple, oublier Matthew une bonne fois pour toute. Mais si cinq ans n’ont pas permis de faire flancher cet amour, alors pourrais-je vraiment lutter contre ce sentiment tout en sachant, désormais, que j’occupe une place si importante dans son cœur ?

« Reste. » Ma main s’agrippe à la sienne, alors qu’il a, à peine, posé le pied sur la première marche, se retrouvant à mon niveau. Nos épaules se frôleraient presque, de toute façon je l’empêche d’aller plus loin. « Reste avec moi. » Le battement du cœur désordonné s’allie au souffle heurté. Mon visage se tourne lentement vers le sien. Nous sommes à l’apogée de cette soirée. Je sais très bien que suivant ce qu’il me dira, je saurais si ma vie a cessé dès ce soir-là. « Reviens-moi, je t’en prie… » Les larmes reviennent encore et encore, mais je tiens bon. La voix ne tremble pas quand il s’agit de lui avouer mon amour. « Tu aurais pu m’humilier plus, me faire mal physiquement, m’achever encore et encore… Que ça ne changerait rien à tout ce que je ressens pour toi… » Aussitôt, mes doigts serrent plus fort cette main que je tiens, tendres, protecteurs. « Je ne peux pas t’oublier, je n’y arrive pas de toute façon… Et puis, je ne le veux pas… » Jamais regard n’aura été plus intense que le mien, si plein de conviction. « Tu avais le choix, pourtant. Tu aurais dû m’en parler. Nous aurions trouvé une solution, on se serait battus. On aurait été forts. Crois-tu que je me serais écroulée par la volonté d’une seule personne ? Oh non… Je t’aurais soutenu et nous aurions gagné…Si seulement, tu ne m’avais pas quitté.. » Son père n’aurait pas pu venir à bout de ma ténacité. J’étais alors cette herbe sauvage se pliant au gré du vent et des tempêtes. Jamais, il n’aurait pu me séparer de Matthew. Si seulement, je l’avais su dès le départ… Pivotant légèrement, j’en arrive à lui faire face, à contempler son visage, la mine grave, le cœur battant comme un fou. « Matthew… » Finis-je par dire en levant mes mains, se posant de chaque côté de son visage, caressant ses joues, fixant cette mine si triste. J’aimerais tant le revoir sourire, être heureux. « Tu n’avais pas besoin de m’aimer mieux… j’étais tellement comblée par ce que tu m’apportais. Tu… » Ma voix finit par trembler, je n’arrive plus à parler. Les mots sont difficiles. Le visage se crispe sous l’assaut du chagrin, des larmes dévalant mes joues « Tu… T’es… » Alors les gestes prennent le dessus sur ces mots. Mes doigts se crispent légèrement et mes lèvres plongent alors sur les siennes, dans un besoin désespéré de l’avoir pour moi, de le retrouver. C’est indescriptible comme sensation. Je croyais l’oublier. Je croyais le haïr. Je croyais aller de l’avant et tout compte fait, je suis juste incapable de faire autre chose que de l’aimer passionnément. Mettant fin à ce baiser passionné, je le dévisage le souffle court, laissant mes mains caresser ce visage tant aimé. « Si tu crois encore qu’on peut sauver cet amour, alors viens avec moi… Laisse-moi te rappeler qu’ensemble, nous sommes invincibles… »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
MESSAGES : 3451

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 6 Juin - 21:56

Matthew ne se sentait plus la force de partir. Il aurait tenu cinq ans, un mois et cinq jours… Retrouver Héloïse semblait marquer la fin d’une longue agonie qui n’avait que trop duré. Toutes ces années à être prisonnier du feu de ses sentiments… à espérer un jour que le destin la déposerait à nouveau sur sa route, pour le regretter aussitôt, se morigéner de tant d’égoïste et ne lui souhaiter qu’une vie paisible loin de lui, de son monde et de cet amour synonyme de destruction. Voilà que ce soir, la vérité avait éclaté sur les terribles événements qui s’étaient déroulés cinq ans plus tôt. A ce jour où il avait compris qu’il ne pourrait plus tenir la main d’Héloïse sans la faire plonger dans la nuit avec lui. En était-il satisfait ? Matthew ne détenait pas la réponse. Un magma confus d’émotions se mélangeait dans son esprit, rendait furieux les battements de son cœur et menaçait d’exploser dans sa poitrine. La part raisonnée de son être regrettait ce qu’il venait de se produire, se maudissant de s’être montré si peu prudent, si transparent auprès d’Isabelle et de ne pas avoir tout tenté pour éloigner Héloïse de sa nouvelle vie, de ce semblant d’existence qu’il se donnait pour ne pas sombrer totalement. Il sentait qu’il avait trahi sa promesse. Il ne se sentait toujours pas à la hauteur d’un tel amour qui ne s’était jamais éteint chez la jeune femme. Mais si l’amour résidait, les sentiments étaient-ils véritablement restés intacts ? La culpabilité enflait dans son être honteux. Pourquoi ne pas avoir tenté de préserver la situation quand lui seul était détenteur de tous ces secrets et en capacité de le faire ? Pourquoi ne pas supporter de contempler son bonheur dans les bras d’un autre ? Pourquoi ne parvenait-il pas à renoncer à elle ? Pourquoi ne pouvait-il pas l’oublier simplement ?

Car elle est mon soleil dans les nuits de mon âme. Car elle a des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. Car sans elle, la vie ne mérite pas d’être vécue. Car nous n’avons jamais été qu’un seule être et, qu’amputé de cette moitié si essentielle, je n’existais qu’à demi.

Une voix plus douce, plus tendre venait murmurer à l’oreille de son âme toute la frénésie de ses sentiments. Il n’avait pas éloigné Héloïse parce qu’il voulait que cette situation se produise, qu’elle finisse par apprendre d’une manière ou d’une autre, qu’elle devienne le juge de cette histoire absurde, qu’elle lui offre une dernière chance de se faire pardonner et de donner un lendemain à leur amour. Au fond de lui, dans un lointain écho, presque une brise légère, résonnait l’espoir de cette reconquête qui l’avait gardé en vie, et qui ne l’avait pas fait devenir complètement fou. Et c’était cela qui animait encore l’esprit de Matthew dans l’antichambre glaciale de son cœur : l’espoir. Un espoir fou et irraisonné qu’Héloïse lui revienne. Un espoir honteux et coupable qu’elle lui soit rendue. Un espoir insensé qu’elle lui pardonne ses mots, ses attitudes, ses silences et l’insoutenable défilé des années.

Qu’ai-je fait de nous ? Que sommes-nous devenus ? Est-ce qu’il est trop tard pour nous ?

Et puis elle était là… tapie dans l’ombre, grandissant et menaçante, imposante et irrationnelle. Cette terreur infâme qui impulsait dans chaque fibre de son être en cet instant présent. Elle s’infiltrait dans chaque pore de sa peau, meurtrissait sa chair à tel point qu’il en peinait à trouver son souffle. Cette même peur qui l’empêchait de faire face à la femme qui avait toujours habité ses pensées, comme un fantôme qui survit dans un souvenir. Elle ne l’avait jamais quitté… Jour après jour, elle l’avait accompagné dans l’enfer de son existence. La nuit, au creux de ses rêves, elle venait lui susurrer toutes ces choses qu’il avait besoin d’entendre. Elle lui murmurait qu’elle ne lui en voulait pas, qu’elle le pardonnait et qu’elle l’aimait encore. Elle lui disait qu’elle comprenait et qu’elle serait toujours là, quelque part, lovée dans l’ovale de son cœur. Ses mots étaient une caresse pour lui donner le courage suffisant et la force nécessaire. Et toujours, cette même voix qui venait lui peindre l’espoir sur la grande toile de leur histoire. Puis parfois, dans l’obscurité de certaines heures, elle venait compter avec lui la lenteur des jours qui s’écoulaient et qui les séparaient un peu plus l'un de l’autre. Comme un compte à rebours inversé, où l’incertitude du lendemain le rapprochait de la démence. Mais elle était là, telle qu’elle apparaissait dans ses rêves, sublimée par l’éclat discret des astres diurnes. Et soudain, alors qu’il partait avec, dans son être, la douleur des cœurs vaincus, elle le retint. Reste. Ce simple mot fut un écho dans son esprit qui ricocha sur tous les contreforts de son âme. Ne répondant plus qu’à ses ordres, ses membres se figèrent. Il demeura ainsi, dos à elle, et tourné vers ce qui le raccrochait encore à ce qu’était sa vie. Une famille. Une femme. Un empire immense. Un nouvel héritage. Tel Orphée, il n’osait se retourner, de peur de perdre sa belle Eurydice et qu’elle ne soit que mirage. Reviens-moi, je t’en prie. Il la sentit brusquement, cette larme qui, inattendue, dévalait le long de sa joue. Son cœur ne battait plus. Sa respiration s’était tue. Sa gorge trop serrée l’empêchait de prononcer la moindre parole. Il était prisonnier des mots d’Héloïse, de ses supplications et de ses sentences. Partir, il ne le pouvait plus. Son cœur restait ancré au sien aussi fort que sa main tenait la sienne entre ses doigts tremblants. Il n’était plus assez fort pour la lâcher, ou assez lâche pour s’enfuir. « Je n’avais pas le choix… » murmura-t-il à nouveau dans une piteuse rengaine. Le choix, il l’avait eu. A la seule différence qu’il avait cru que celui qu’il faisait serait le mieux pour Héloïse. Aujourd’hui, il comprenait à quel point il avait eu tort.

Quelle valeur donner à la vie si nous ne sommes plus ensembles ?

Elle fut devant lui, le forçant à contempler ce visage adoré, ce regard aimé et cette flamme malheureuse qui dansait dans ses prunelles sombres. Oh comme il l’aimait… Comme il l’aimait tant ! Et par quel sortilège avait-il bien pu se passer d’elle durant autant d’années ? Ses bras enserrèrent sa taille avec ce besoin désespéré de la conserver auprès de lui pour qu’elle ne lui échappe plus, qu’ils échangent ce baiser à la fois exigeant et passionné. Il craignait qu’elle ne disparaisse entre ses doigts comme de la fumée. « J’aurai voulu que tu me haïsses. » Tout aurait été alors plus simple. Son front s’était posé contre le sien, appréciant cette proximité qui l’enflammait et le tuait en même temps. Il souffrait de l’avoir auprès de lui, autant qu’il souffrait de se dire qu’il pourrait renoncer à elle. Dans cet amour qui surpassait tout, il ne se sentait pas libre. Le poids de ses obligations et de celles de la jeune femme pesaient sur ses épaules et assombrissait son cœur. « Que sommes-nous devenus ? Nous ne sommes même pas libres… » Son père n’était plus la seule entrave qui l’empêchait de bouger et de tout envoyer en l’air. Du bout des doigts, il éprouva la douceur de son visage et se noya dans l’océan de ce regard intense. « Je n’ai pas vécu… » lui confessa-t-il humblement. « Toutes ces années, je ne sais pas comment j’ai fait… Ce n’était pas vraiment moi. Je n’ai jamais pu être vraiment moi sans toi. » Elle lui permettait de se révéler à lui-même et d’être cet homme qu’il avait toujours rêvé d’être ; mais qu’il ne pouvait pas devenir sans elle. Il la recula très légèrement, marquant une distance qu’il s’imposait pour laisser Héloïse échapper à son emprise à la confession qui allait être la sienne. « Il fallait que j’agisse ainsi… tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour toi. Parce que je ne voulais pas que tu souffres, que tu abandonnes tes rêves pour moi, que ta famille pâtisse des menaces de mon père et je voulais que tu sois heureuse, comme je l’avais promis, même… » Même si cela devait être avec un autre. Ses doigts glissèrent comme autrefois sur l’anneau qui ornait l’annulaire d’Héloïse. Il se rassura de sa présence. Il revenait enfin à sa légitime propriétaire. « J’ai cru si bien faire les choses. J’ai cru que tu m’oublierais. J’ai cru que je ne serai qu’une vilaine cicatrice, pas une plaie béante qui ne se refermerait jamais. Tu devrais être loin, Héloïse. Tu devrais ne même plus penser à moi. Je devrais n’être qu’un inconnu dans ton cœur… » Il ne parvenait à lui en vouloir. Son sermon n’en était pas vraiment un. Juste une litanie douloureuse et empli d’un espoir étrange. « Je me suis forcé à rester loin de toi, à ne plus chercher à te retrouver… car je savais… je savais qu’il n’aurait suffi que d’un seul regard, un seul mot, un seul geste pour que je t’appartienne à nouveau. » Cédant à toutes ces pulsions qui le poussaient à nouveau vers Héloïse, il captura ses lèvres avec avidité et tendresse. Elle lui avait manqué au-delà de toute raison. « Je suis perdu, Héloïse. Tu as brisé toutes mes certitudes. » souffla-t-il, désemparé. Tant d’ordres qu’il s’était donné. Une raison à laquelle il s’était astreinte comme un croyant n’échappe pas à la force divine. Aujourd’hui, son univers s’écroulait et il était plus vulnérable que jamais. « Il ne m’en reste plus qu’une… » La course de son cœur s’accéléra. Il avait peur. Il craignait l’avenir, les jugements et tout ce qu’il l’entourait. Mais une dernière chose animait son être tout entier. « Je ne veux plus jamais te perdre, Héloïse Bennett. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
MESSAGES : 4977

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   Mer 13 Juin - 21:02

« Parce que je ne voulais pas que tu souffres, que tu abandonnes tes rêves pour moi. »

Ô Matthew, si seulement... Si seulement tu avais pu le comprendre dès le départ. Si seulement tu avais su me dire ce qui n’allait pas au lieu de me fuir. Si seulement ce jour-là, tu avais pu révéler cette vérité terrible plutôt que d’emplir mon cœur de tous ces mots affreux. Si seulement, tu ne m’avais pas achevée par la violence sortant d’entre tes lippes. Alors là... Tu aurais compris à quel point je t’aimais. À quel point, mon rêve n’était pas un avenir lointain mais ce présent que je vivais. Avec toi. À tes côtés. Tu étais mon rêve, Matthew. Tu étais ce songe avec lequel je façonnais mon avenir. Et en me faisant plus mal plus que de raison tu l’as emporté avec toi, me laissant dans le noir, me privant de ce qui me rendait heureuse.
C’était toi...
Juste toi...
Mon rêve effondré...


Je ne sais même pas si je suis heureuse ou non de ce que j’entends. Chaque mot est une torture, lacérant mon âme comme jamais. Je voudrais tellement être plus forte, pouvoir lui dire que tout ira bien. Mais la certitude s’est envolée depuis si longtemps. Je sais, tout comme lui, que l’horizon est incertain. Que trouverons-nous au loin ? Il y a Elias. Isabelle. New York et Los Angeles. Le quotidien de nos vies dans lesquelles, j’ai constamment cette impression d’être en apnée, de ne plus vivre si ce n’est que j’ai besoin de Matthew. J’ai besoin de la chaleur de ses bras, du son de sa voix, de ses lèvres dansant avec les miennes. J’ai besoin d’entendre mon cœur battre comme un fou, j’ai besoin de lui. Et lui seul. Ce n’est pas très gentil pour Elias. Il n’a rien fait de mal, il m’a aidé à me relever, à aller de l’avant, à bâtir un semblant de vie dans lequel j’avais besoin de lui pour être la Héloïse de quelqu’un. Pour avoir l’impression d’être et d’exister. Dans les yeux d’un autre. J’en ai eu terriblement besoin. Et ce soir, les maigres certitudes se balaient aussitôt. Les révélations m’ont sonnées. Je suis encore hébétée par tout ce que j’ai entendu. Cette vérité que j’ai tant espéré. La voici, et ça fait du bien. Pour l’instant, le cœur ne pense pas aux à-côté. Il boit juste les paroles que m’offre Matthew. Il n’a jamais cessé de m’aimer, même s’il lui a fallu renoncer à moi pour me protéger. Pourtant, mon âme crève d’envie de lui hurler qu’il s’agissait d’une idée stupide, que nous avons perdu du temps. Parce qu’il est là le problème... Nous ne sommes pas libres. Pourtant, au creux de ses bras, Elias me paraît secondaire, je n’arrive même pas à culpabiliser a embrasser Matthew, le cœur gonflé par cette évidence absolue que je ne pourrais jamais aimer Elias autant que j’aime cet homme dont les yeux sont brillants par l’émotion, par tout ce qui se passe entre nous. La vérité. La certitude. L’amour. Savoir qu’il a lutté, qu’il ne pouvait pas se trouver dans mon sillage sans ressentir cet instant de faiblesse, sans être capable de résister. « Et pourtant, tu es venu à New York... » Finis-je par murmurer, comprenant si bien ce qu’il ressent. Parce que mon cœur vibre autant que le sien, bien qu’il ait souffert. Il tient bon, il ne veut que le retour de l’autre, prêt au pardon, à la possibilité de reprendre ce chemin si beau, s’offrant à nous. Ses lèvres se posant contre les miennes affolent mon rythme cardiaque, efface toute volonté de se raisonner, de se dire que tout ça est une très mauvaise idée. Mais alors... Que veulent dire tous ces comportements. Le fait de se revoir une fois et de ne cesser de se courir après, de se faire du mal pour se prouver que l’amour existe encore ? « Tu ne m’as jamais perdu... » Le murmure semble briser ces barrières mises entre nous. « Et tu ne me perdras jamais... » Mes mains caressent ce visage chéri, ressentant ce besoin de ne jamais le quitter. Cependant, je sais que je ne peux rester ainsi. J’ai suffisamment fait du grabuge pour savoir que tout le monde nous a remarqué. Toutefois, je n’en arrive pas à être désolée. Il fallait rétablir la justice pour ce coeur brisé. Et puis cette suite me semble si douce. Si triste aussi. « Qu’adviendra-t-il de nous ? » La gorge se noue déjà et j’éprouve le besoin de me blottir contre lui, de le serrer à s’en faire mal, humant sa fragrance si rassurante. L’horreur me gagne à l’idée qu’il me faudra le quitter, même si je n’ai guère envie. Pour l’instant, je suis à Los Angeles. Mais après ? Je serais à New York. Nous serons loin. Les entrailles se tordent tellement que je préfère ne pas y penser. Je sais que le combat est le même pour Matthew. Il l’a d’ailleurs bien dit : nous ne sommes pas libres.
J’ai tellement envie de pleurer encore et encore. Pourquoi ce monde est-il si injuste ?

Des éclats de voix résonnent un peu au dessus de nous. Ils semblent s’approcher. Ils doivent sans doute chercher le fils de cet illustre homme, mort à ce jour. Il est alors temps de se quitter, je ne peux pas revenir à cette réception sans m’attirer les foudres de ce que j’ai causé. « Je dois y aller... » Je me redresse pour faire face à ce visage tant aimé. Lui-même comprendra les raisons de ce départ. Mon esprit, lui, tourne à plein régime, se demandant quand il pourra le revoir, comment le contacter. Je me vois mal appeler à la Maison d’édition. Et je n’ai plus son numéro, l’ayant supprimé dans un besoin de ne pas céder à des pulsions me paraissant idiotes à l’époque. « Dans trois jours... » La voix paraît si faible à côté de ce bruit si grand. Nous ne serons bientôt plus seuls. « Retrouve-moi là-bas, dans ce cocon qui n’appartenait qu’à nous... Ce mini-Japon... Là où l’on se promettait tant de belles choses... À dix heures. » Les yeux s’emplissent de larmes, et je viens saisir sa main entre les miennes, l’embrassant doucement, la serrant avec force. « Et si après mûre réflexion, tu te décidais ànne pas croire en nous... Je ne t’en voudrais pas. Je sais que tu m’auras aimé... Et c’est amplement suffisant. » Même si la douleur sera immense, même si mon cœur cessera de battre, même si ce sera encore plus difficile. Il me faudra m’accrocher à cet amour. A ce qu’il a éprouvé pour moi, et qu’il ressent encore. « Moi je t’attendrai... » Et pour sceller ces mots, mes lèvres reviennent se poser sur les siennes, pour en savourer encore la douceur. Depuis quand suis-je devenue égoïste au point d’oublier que j’ai un petit-ami ? Qu’il a une femme dont le cœur vient d’être brisé ? Je me fais horreur mais par dessus-tout, l’amour que j’éprouve efface le reste. Un dernier baiser, des doigts qui serrent un peu plus fort et finalement, la proximité se rompt. Il me faut partir. Et c’est le cœur battant, l’esprit en ébullition que je m’enfuis, courant le plus vite possible pour rejoindre ma voiture. Lorsque je suis dedans, le silence me rassure. Et je démarre sans plus attendre. Je roule aussitôt sans jeter un seul regard dans le rétroviseur. Combien de kilomètres ? Je n’en sais rien. Je finis par ne plus voir, m’arrêtant sur le bas côté pour pleurer tout mon aise. Ça fait du bien... Comme si je n’avais pas assez pleuré auparavant. Les pensées sont confuses et j’ai si mal. Je revois le visage de Matthew tordu par le chagrin, celui d’Isabelle qui comprend que je suis le grand amour de son mari. « Mon dieu... Qu’ai-je fait ? » Je bredouille en pensant à Elias. Que dirait-il s’il savait ?

Je reste ainsi pendant de bonnes longues minutes avant de trouver le courage de redémarrer le véhicule et de rentrer chez mes grands-parents. Il n’est pas si tard, et ils sont encore debout, installés dans le salon, jouant au backgammon. Mon père est sorti, il fréquente une femme en ce moment. Avec Molly, nous avons trouvé qu’il était bien pour lui de vivre sa vie. Celle avec maman s’était arrêtée il y a un moment déjà. « Te voilà, chérie. Comment était-ce ? » Je m’approche d’eux, posant mon sac et les clefs de la voiture. « C’était une réception hypocrite. Typiquement américain. » Ça amuse mon grand-père qui s’esclaffe. Mais ma grand-mère me dévisage de son regard perçant. Et puis elle s’attarde sur un détail. « Jolie bague. » Je tressaillis aussitôt. Il me faut un effort immense pour ne pas céder à la panique. Ma grand-mère a ce visage laissant sous-entendre qu’il ne faut pas lui mentir, qu’elle a compris. Elle l’avait vu la première fois où je l’ai portée. Ce soir de Noël empli de promesse et d’amour. « Merci. » La voix est rauque, je fuis son regard, elle m’observe d’un air grave, visiblement convaincue de savoir d’où provient cette bague. Ma grand-mère a toujours su les détails de notre histoire. Autant dire qu’elle ne porte pas Matthew dans son cœur actuellement. Mais elle ne dit rien. Il y a mon grand-père et entre femmes, le secret demeure. Je sais que tôt ou tard, elle voudra m’en parler. Ce soir le backgammon me sauve la mise, me donne la possibilité d’aller me coucher. Même si je sais que je ne dormirais pas. Au contraire, une fois en pyjama, seule dans mon ancienne chambre, j’entreprends de la chercher cette boîte dans laquelle tout y a été mis. Nos souvenirs. Les cadeaux. Tout ce qui ne pouvait plus trôner un peu de partout. J’ai vu qu’Elias m’a appelé mais pour l’instant, je n’ai pas très envie de le rappeler, perdu dans le tourbillon de cette soirée folle. De ce qui a été dit. Il m’aime toujours... C’est terrible comme j’ai ce besoin de le revoir. Mais c’est frustrant parce qu’en dehors de la maison d’édition, je ne sais pas où le trouver, où il habite. Et pourtant, le besoin est dévorant. Je le veux comme autrefois, apprécier ses baisers enflammés, observer ses expressions sur ce visage parfait, humer l’odeur de sa peau. Il me manque cruellement... Et pourtant, nous ne sommes pas libres, qu’il ne le sera sans doute jamais. Autant que moi d’ailleurs... Quel sera notre avenir ?

***

Ce sont trois jours qui font du bien. Long. Une éternité fébrile face à ce qu’il adviendra à l’issue de ce délai. Heureusement, je m’occupe. Il y a mes amies à voir. Mon père me présente sa nouvelle compagne, je profite de ma sœur. Je souris. Je ris. Je parle. Est-ce qu’on pourrait croire qu’il y a peu, je pleurais toutes les larmes de mon corps ? C’est difficile à cerner. J’ai enlevé cette bague parce qu’il m’était trop difficile de trouver des raisons justifiant le port soudain. À la place, je préfère la cacher au fond de mon sac jusqu’à ce que New York arrive. Il sera temps de la dissimuler autrement que sur moi. Je ne cesse de penser à tout ce qui m’attendra par la suite. J’ai régulièrement Elias au téléphone et je suis surprise de moi-même. On pourrait croire que tout va pour le mieux, qu’il me manque et que j’ai hâte de rentrer le retrouver. En vérité, j’ai hâte de retrouver Matthew. Et ça s’arrête là. Pourtant, je le sais, il n’y a rien à espérer de plus. Le destin fait que nous ne sommes pas libres. Peut-on s’attendre à ce que nous le devenions par la suite ? J’aimerais tant. Mais c’est dans combien d’années ? Est-ce que l’amour sera encore là ? Ces trois jours me font du bien. Mais ils laissent la place au doute. Ils finissent par presque me faire changer d’avis. Peut-être qu’il ne viendra pas. Ou si ? Et qu’il vaut mieux pour moi de rester à Los Angeles. Pourtant, ce qui me fait tenir, c’est cette certitude d’être aimée par Matthew McGregor. Ce qui fait que ce jour là, je me lève très tôt, prenant la voiture de mon père. Je roule sans rien dire, dans un silence. L’esprit en ébullition, je ne sais pas encore ce que je pourrais lui dire, si je suis heureuse ou non de le retrouver. Le doute subsiste. Mais il y a surtout la volonté de le revoir. L’envie est viscérale, l’impatience est grande. J’arrive finalement, trop tôt. J’ai pris de l’avance mais je suis tellement fébrile que je me suis retrouvée à rouler vite, à être là, dans cette ville dont les chemins ont été foulés par nous. Nous étions heureux, alors, marchant main dans la main, unis et croyant en l’espoir fou d’un si bel avenir. Désormais, que reste-t-il ? Étant trop en avance, je me décide à aller marcher le long de cette plage, bordée de ces souvenirs heureux. J’ai l’impression d’entendre nos voix et nos rires au milieu du vent, fixant l’horizon avec cette boule dans la gorge et l’envie de pleurer. Si seulement, j’avais su avant. Alors je n’aurais pas eu Elias, il n’y aurait pas eu Isabelle. Il n’y aurait pas eu ces obstacles entre nous et cette irrémédiable vérité me faisant comprendre que l’amour ne nous sauvera pas entièrement à moins de blesser sans aucun ménagement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: « A dream you once were » [Matthew]   

Revenir en haut Aller en bas
 
« A dream you once were » [Matthew]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Dream of Ewilan
» Hollywood Dream Boulevard
» Dream ticket :Obama/Gore
» California Dream !
» Horse Dream RPG

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vice et Versa :: J'ignore de le savoir :: Des fois, t’as pas un peu envie de pas rien faire ? :: Et si... les choses avaient été différentes?-