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 « You’re my person » [Naïa]

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Héloïse Bennett
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DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
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MessageSujet: « You’re my person » [Naïa]   Jeu 1 Mar - 11:17

« Monsieur McGregor, puis-je vous parler ? » Je demande d’une petite voix en toquant à la porte. Voilà deux jours que le dîner a eu lieu, apportant son lot de malheurs et de désarrois. Et dire que tout allait si bien auparavant. Désormais, j’ai l’impression de me retrouver au milieu d’un champ de ruines, contemplant avec stupeur le chaos régnant autour de moi. Dire que je suis malheureuse est un euphémisme, j’ai l’impression de suffoquer, ressentant constamment une boule dans mon ventre. Si seulement les choses pouvaient s’arranger… mais hélas, malgré un optimisme dont je peux faire preuve à tout moment, j’ai l’impression que tout est désormais compliqué. J’en suis au point de venir voir le père de Matthew pour essayer d’arranger les choses. Car le problème est là : je n’ai plus de nouvelles de son fils. Ce dernier ne répond ni à mes appels, ni à mes messages. Et autant dire que ce silence m’angoisse terriblement. Je suis même prête à faire un détour par son appartement pour essayer de savoir ce qu’il devient. Parce que je ne suis pas de ces personnes qui restent dans l’ignorance. J’aime quand les choses se règlent, quand le dialogue s’opère vite. Et je souhaite qu’il en soit ainsi avec mon petit-ami. Cependant, si je suis prête à parler de ce dîner raté, il n’en est rien pour lui. Aussi, depuis deux jours, il m’ignore superbement. Ce silence me rend dingue, terriblement malheureuse. Et j’en suis à ce point-là. A venir toquer à la porte d’une personne ne me portant pas dans son cœur. « Je n’ai rien à vous dire. Allez vous-en. » Sa voix froide me fait l’effet d’un poignard planté en plein cœur. Mais pour Matthew, je préfère tenir bon. « Je vous en prie, laissez-moi la possibilité de vous parler… » - « Non Héloïse, vous avez suffisamment fait de dégâts. Je ne tiens pas à discuter avec vous. » Ses mots sont si difficiles à entendre. « De toute façon, ça ne changera rien. » Pourtant, moi je crois en la bonté de chacun. Dans un besoin naïf d’être rassurée, je deviens assez stupide pour tendre la joue pour me faire gifler. « S’il vous plait Monsieur McGregor… Je n’ai plus de nouvelles de votre fils… » Ma voix gémissante ne semble pas l’atteindre. Il a juste entendu que j’étais dans l’ignorance totale concernant ce qu’il advenait de Matthew. Face à mon air désespéré, son sourire cruel me semble être si douloureux. « Vraiment… ? Et bien ça veut tout dire. Pourquoi continuez-vous à vous échiner. Ne comprenez-vous pas que vous avez perdu ? » Il se lève de sa chaise et la contourne pour venir se planter devant moi. Le regardant, je ne peux m’empêcher de remarquer combien il ressemble à Matthew. L’expression de son regard diffère de celle de son fils. Moins aimant, moins chaleureux. « Vous croyez que vous pouvez lutter contre moi, Héloïse ? » Je vais pour ouvrir la bouche mais il a déjà repris la parole. « Sachez que je gagne toujours Héloïse. D’une manière ou d’une autre. » Me contournant, il sort de la pièce me laissant seule, hébétée et le cœur encore plus en miettes. Pourtant, je ne peux croire à cette éventualité. Matthew et moi sommes faits l’un pour l’autre. Il ne peut en être autrement. Il faut que je puisse avoir de ses nouvelles par un moyen autre que son père. La seule question est comment.

La journée finit par s’achever et pourtant, mes tentatives de joindre Matthew se sont révélées infructueuses. Il continue de m’ignorer et ce silence me tue. Il me dévaste. C’est terrible comme sensation. Je ne cesse de dévisager mon téléphone dans l’espoir que l’écran s’allume pour voir qu’il m’a envoyé un message ou qu’il m’appelle. Mais hélas, il demeure silencieux, fendant un peu plus mon cœur. Si seulement il pouvait me joindre pour me rassurer. Si seulement… Hélas, je termine mon travail dans une solitude plus que pesante. Mon téléphone ne s’allume que pour me rappeler que ce soir, j’ai mon cours de piano. Ces leçons que Matthew m’a offert. Durant un instant, j’hésite à annuler. L’idée d’aller plutôt au domicile de mon petit-ami me paraît mieux, ça me permettrait d’apaiser mon esprit tourmenté. Mais je n’ose pas aller au-delà de cette simple pensée. Je me dis qu’il a réellement besoin d’être seul. Qu’il a besoin de temps pour réfléchir. J’essaye d’ignorer les paroles de son père, pas plus tard que ce matin. Et finalement, je finis par me convaincre d’aller à ma leçon. Cependant, le cœur est gros, l’envie est peu présente. Je suis ailleurs durant le trajet, me laissant emporter dans la circulation dense jusqu’à arriver au Conservatoire. Je me rends vers la salle de musique dans un état second, peu motivée. Et pourtant, je sais que ça me fera du bien, qu’il est nécessaire que je me change les idées afin de ne pas devenir folle. Ce silence me rend dingue. Et pendant que je me dirige dans les couloirs immenses du Conservatoire, je tente une dernière fois de joindre Matthew. Mais encore une fois, je tombe sur le répondeur. Ça me désespère de plus belle. Et durant une fraction de seconde, je suis à deux doigts de rebrousser chemin et d’aller le retrouver. Cette idée ne disparaît de mon esprit que parce que je croise une silhouette familière. Pas celle de mon prof de piano d’ailleurs… « Naïa ! » Je m’exclame, en esquissant vainement un sourire joyeux. C’est peine perdue. Pourtant, je ne suis pas encore au point de m’effondrer. Si j’ai déjà beaucoup pleuré, je demeure avec l’idée que rien est totalement perdu, qu’il y a encore de l’espoir pour qu’il puisse décrocher. Je ne songe pas à ce que cela puisse être fini, pas après tout ce que nous avons vécu. Nos sentiments. Notre couple secret, puis la révélation au grand jour. Nos vacances en France. Non pas après tout ça… « Comment vas-tu ? » Je demeure d’une voix se voulant enjouée. Mais la tristesse demeure encore là. Elle n’est pas prête de partir.


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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « You’re my person » [Naïa]   Mar 6 Mar - 21:41

« Pitié, sors de cette salle de bain, je vais être en retard ! » Scénario classique… Konan prend dix millions d’années pour se préparer. A chaque fois, cela me rend folle. Pourtant, ce n’est pas bien compliqué de prendre une douche, de se sécher, s’habiller et de partir. Qu’il ne me fasse pas rire… il s’agit d’un homme ! Cela ne nécessite pas des heures de se peigner les trois centimètres qu’il a sur la tête. Il n’a pas à se maquiller. Et puis… est-ce que je suis la seule à penser que les hommes ont toujours bonne mine ? Qu’ils se réveillent, se couchent, reviennent d’une soirée arrosée, ou autre, ils ont toujours la même tête. Alors non… il n’est pas censé mettre autant de temps pour se préparer ! Je serai bien tentée d’installer une caméra dans la salle de bain pour savoir ce qu’il trafique durant autant de temps, mais il s’agit de mon jumeau… j’aurai trop peur de ce que je pourrai découvrir. Je me contente alors de râler de l’autre côté de la porte. De plus, ce n’était pas comme s’il n’était pas au courant que j’avais un directeur de comédie musicale tortionnaire qui n’acceptait pas les retards. Après, à chaque fois, je suis obligée de me dépêcher et de courir dans tous les sens pour arriver à l’heure, d’autant que la maison est bien loin du Conservatoire. Je dois traverser toute la ville à chaque fois avec la tête imprimée dans le parebrise. Un jour, je préviens, je vais avoir un accident !! Je n’aurai aucun scrupule à accuser mon frère d’avoir causé mon malheur par accès de vanité masculine. Je tambourine encore de mes petits poings sur le battant de bois. « Sors de là !! » Unique réaction que j’obtiens… il se met à chanter plus fort qu’il ne le faisait déjà. Je vais le tuer ! Je lâche un soupir excédé. Il me faut un bélier… je vais défoncer cette porte ! Me voilà prête à assaillir cette porte par tous les moyens, quand la salle de bain est miraculeusement libérée. « Enfin ! » je m’exclame, mes poings sur les hanches. Konan m’adresse un sourire insupportable. Un jour… vraiment… je vais le tuer ! Je manque de me jeter sur lui afin de lui ébouriffer sa chevelure pleine de gel, mais je me retiens. Je n’ai pas le temps ! Je me précipite donc vers la salle de bain. Je me crois arrivée au but… c’est sans compter sur ma sœur Sam qui s’y engouffre en premier avec la petite Mia dans les bras. « Désolée, c’est urgent. Il faut que je la change ! » Non mais c’est une blague ?! Et je me fais claquer une nouvelle fois la porte au nez. C’est définitif… ça ne peut plus continuer comme ça ! Nous sommes trop dans cette maison !

Evidemment, cela n’a pas manqué. Je suis arrivée en retard. Je me suis engouffrée dans ma voiture, avalant mon café et mon petit-déjeuner en même temps que je conduisais comme une folle à travers les rues de Los Angeles. Un jour, si je n’ai pas d’accident, je me ferai aussi arrêter par la police. Bref, j’aurai eu le pompon. De même, j’ai bien le temps de recevoir un regard noir et une remarque acerbe de Goldstein. La journée commence bien…

***

C’est totalement éreintée que je me traîne jusqu’à la salle de cours de piano. J’aurai pu m’épargner de souffrir plus aujourd’hui, mais le piano a ce pouvoir étrange de me détendre et de me reposer. Parce que j’en ai besoin là ! Nous n’avons pas arrêté de travailler comme des fous. Les décors sont presque créés et mis en place. Nous commençons déjà à répéter avec les chorégraphies et les costumes. Et mon dieu… que c’est dur de danser avec une robe, si légère soit-elle. De ce fait, l’effort à fournir s’en trouve encore plus considérable. Je suis persuadée que je vais mourir d’une crise cardiaque sur scène très prochainement… j’espère que Goldstein me fera un beau discours à mon enterrement. D’ordinaire, j’ai beaucoup de mal à trouver du temps pour me rendre à mes cours de piano. Depuis le démarrage de la comédie musicale, je peine à m’octroyer du temps. Plusieurs fois, c’est Goldstein qui s’est appliqué à me faire travailler mes leçons. Oui… il est partout dans ma vie. Toutefois, pour une raison étrange, je suis moins détendue quand il est mon professeur. Lors de ces répétitions, nous nous retrouvons tous les deux. Il s’assoit généralement à côté de moi, et je suis terriblement mal à l’aise. Sa proximité me trouble. Je pense que j’en ai bien plus peur que je ne le pense… il m’impressionne. Et en même temps, je me sens de plus en plus à l’aise avec le temps en sa présence. Il se radoucit. Il fait des compliments. Mais quand nous sommes en tête à tête… je ne sais pas. Je ne suis pas à mon aise. Aussi, je préfère me retrouver avec le professeur Hamilton. Et avec un peu de chance, peut-être pourrai-je croiser la route de… « Hilouiiiz ! » je m’égaye en voyant sa bouille brune arriver dans le couloir. Je ne remarque pas tout de suite sa fatigue, trop contente de croiser mon amie. Il faut dire qu’entre la comédie musicale, Caleb, le nouveau poste d’Héloïse et son Matthew, nous n’avons plus autant de temps qu’auparavant. Je n’attends pas une seconde de plus pour venir la prendre dans mes bras et lui faire un immense câlin. « Je vais bien ! Hormis que je suis fatiguée et que… bah tu en fais une tête… » J’observe sa mine basse, ses yeux qui ont été rougis et gonflés par les larmes. En une fraction de seconde, mon cœur se serre dans ma poitrine. « Ma Héloïse, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu as pleuré ? » Je demeure totalement désemparée, ne comprenant pas une seule seconde ce qu’il se passe. Je me remémore tout ce qui aurait pu la mettre dans un état pareil depuis les dernières nouvelles qu’elle m’a donné. Jusqu’ici, elle était radieuse depuis son voyage en France. Elle avait pris son nouveau poste à la maison d’édition. Tout se passait bien avec son chéri qui voulait la présenter officiellement à ses parents… Non, il n’y avait rien qui aurait dû être une ombre dans le tableau. « Tu veux qu’on aille parler ailleurs ? » Tant pis pour Hamilton et le piano. Au regard empli de détresse d’Héloïse, je comprends qu’il s’agit de quelque chose de grave.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « You’re my person » [Naïa]   Dim 25 Mar - 22:06

Je me dis qu’être venue pour le cours de piano est, finalement, une mauvaise idée. Surtout dans cet état-là, d’être si malheureuse. Mon monde s’écroule tout doucement et je me raccroche à tous ces rebords s’effritant sous mes doigts. Je continue, cependant, à croire que ce n’est pas en train de se terminer, que ce silence va finalement cesser, que Matthew va me parler. J’y crois et je tiens bon. Malheureusement, je sais que je ne peux faire bonne figure en attendant. Et lorsque je me retrouve au conservatoire, je ressens alors toutes ces mauvaises émotions revenir. Pourtant, voir Naïa me procure un peu de chaleur. Sa bonne humeur est contagieuse. Et être enlacée par ses bras frêles arrive à m’apporter un peu de baume au cœur. C’est si difficile alors de lutter pour ne pas me mettre à pleurer. Après tout, ce serait inutile, je risquerais de l’inquiéter. Alors que tout va bien… Du moins, je l’espère. Cependant, le hic c’est que nous sommes devenues proches, on se connaît désormais. Et elle me connaît trop. Elle sait comment je suis et si elle se lance bien vite dans un babillage comme on a si bien l’habitude, elle et moi, elle remarque bien vite que quelque chose ne tourne pas rond. Mon cœur se serre alors face à sa mine inquiète. Et je m’en veux terriblement de lui causer du souci. Après tout, elle ne mérite pas ça, elle était si gaie et enjouée avant de me voir. Forcément, elle me demande ce qui ne va pas, ce que je nie difficilement en secouant la tête. « Si ça va bien… » J’ai presque envie de lui dire que j’ai eu une poussière dans l’œil. Mais je ne me sens pas d’âme à mentir. C’est trop pour moi. Je me raccroche à tout ce qui peut me faire du bien, me convaincre que tout va pour le mieux et d’essayer cette part d’inquiétude me rongeant un peu trop. « C’est juste… » Mais je me tais, préférant détourner le regard en fixant un point sur ma droite. Ainsi, je peux m’éviter de voir son visage inquiet. Mais sitôt en faisant cela, je me retrouve envahie par ces angoisses, je revois encore le visage de Matthew, son expression indescriptible ne présageant rien de bon, sa voix me confirmant qu’il souhaite être seul ce soir alors qu’il s’agissait de nos un an. Une année d’amour qui laisse un gout de cendre au creux de la gorge.

Naïa me propose alors de nous rendre dans un endroit plus calme. Pourtant, je sais qu’elle a son cours elle aussi. Ce n’est pas du loisir comme moi. C’est important pour elle, c’est pour sa comédie musicale. Et je ne tiens pas à gâcher quoi que ce soit. Elle y met tant d’ardeur, comme elle me l’explique à chaque fois, quand nous évoquons le projet de sa vie. Je suis si fière d’elle, heureuse qu’elle résiste contre la fatigue et la peur de se retrouver sur scène. Mais elle tient bon, Naïa m’est si précieuse. « Non ne t’embête pas ma Naïa, ça va aller… C’est juste… » Mais à ce moment-là, le poids de la culpabilité devient trop lourd. Mes entrailles se tordent dans un violent spasme. Et je me tais, inspirant doucement. « Enfin, ça va… » Même si je sais que non, ce n’est pas le cas. J’ai le cœur en miettes. Un petit-ami devenu fantôme, ne répondant pas à mes messages après une soirée ayant tourné au drame. Que dois-je en déduire ? Que dois-je penser ? C’est si silencieux désormais. Et l’inquiétude demeure. Elle me tenaille bien trop. « Naïa… » Je murmure doucement, mes yeux se remplissant de larmes. « Je crois que j’ai détruit notre couple… Matthew ne me répond plus… Et je ne sais plus quoi faire… » L’impuissance demeure, elle est là. Dévastatrice. Je ne sais plus quoi faire, que je me répète à nouveau pour moi-même. Et je sens alors que ma main est doucement prise par une autre, qu’on m’emmène là où le silence paraît moins violent que l’agitation environnante. Lorsque la porte claque, que le calme prend sa place, je prends conscience que Naïa nous a amené dans une pièce vide. Il n’y a pas encore de cours visiblement. Et je sais qu’elle va me demander ce qui ne va pas. On se connaît si bien. De toute façon, j’ai besoin de parler. J’ai besoin d’expliquer ce que je ressens, ce que j’ai fait. J’ai aussi besoin que Naïa me donne son avis, ses conseils, qu’elle me dise que je m’inquiète pour rien et que tout ira bien par la suite. « Hier soir, c’était notre anniversaire et tu le sais, je t’en avais parlé, il y avait la rencontre avec ses parents. Enfin… la présentation officielle… Sauf que… » Je déglutis doucement, les mots sortant presque tous en même temps, tant le besoin de me confier est là. « Il y avait Jane. Son père l’avait convié avec ses parents. Et je me suis sentie tellement à côté de la plaque… Ils me faisaient tout le temps ressentir que je n’étais pas à ma place. C'était une telle humiliation, comme si je n'étais qu'un être abject et repoussant... Et Matthew… » Je me tais, sentant mon cœur se tordre un peu plus, à la seule évocation de ce prénom voulant tant dire. Porteur de joie d’ordinaire, mais de tant de tristesse aujourd’hui. Je relève un regard larmoyant et malheureux vers mon amie et doucement je chuchote « Je ne sais pas ce qu’il a… Il est bizarre depuis… Comme si … Comme si tout ce que son père a dit hier, était vrai… Qu’il a fini par accepter… » et ça c’est incroyablement douloureux.
Ça remet en cause tant de choses d’ailleurs.











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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « You’re my person » [Naïa]   Jeu 12 Avr - 23:20

Je peux lire la tristesse sur son visage sans même qu’elle n’ait prononcé un seul mot. Elle assombrit son regard d’ordinaire si tendre et pétillant. Elle rend terne et faux ce sourire qu’elle tente d’esquisser, comme un masque qu’elle porte. Je ne supporte pas de voir cette souffrance qui se tait au creux de sa gorge, cette inquiétude qui le torture et la malmène sans qu’elle ne puisse se confier à personne. Toutes les questions qu’elle se pose, je peux déjà les voir pulluler au-dessus de sa tête, venir la martyriser sans qu’elle ne puisse trouver la moindre réponse. Et moi, ça me déchire le cœur, car je n’ai jamais vu fleurir qu’un immense sourire sur ce visage de poupée. Depuis notre rencontre, je ne lui connais que cette bonne humeur constante, qu’elle traîne dans son sillage comme un parfum qui enivre les sens. Elle est belle, Héloïse. Dans ce qu’elle dégage et dans ce qu’elle a à offrir. Je pense que c’est pour cela que je l’aime autant. Il n’y a pas de contrefaçons, de fausseté ou de malhonnêteté en elle. Elle apparaît telle qu’elle est avec le reste du monde. Elle ne cherche pas à être quelqu’un d’autre. Je pense que sur ce point, nous nous rejoignons sûrement et que c’est pour cela que nous nous entendons si bien, qu’il me semble même que nous sommes foncièrement semblables. Nos caractères diffèrent quelque peu, mais notre nature demeure la même. Ainsi, elle ne peut guère me cacher le chagrin qui la malmène. Pour une fois, je sors la comédie musicale de ma tête, les chansons, les répétitions, ça et Caleb de mes pensées… Je relève le nez de mes histoires personnelles pour ne plus être intéressée que par ce qu’Héloïse va me dévoiler. J’admets que je n’ai pas la moindre idée des soucis qui me tourmentent tant. Des chagrins, il peut y en avoir des tas. La famille, les amis, le travail, les amours… Je ne peux pas me vanter d’avoir eu de nombreuses histoires avec les garçons, de connaître le gros chagrin d’amour. Je n’ai pas énormément d’expérience de ce côté-là, mais quelque chose, comme une intuition, m’indique que c’est vers là que les problèmes s’opèrent.

Je voudrais l’emmener ailleurs pour que nous puissions parler au calme. Peu importe pour la leçon de piano, elle n’est en rien capitale. Je sens qu’elle ne pourra pas se livrer dans ce couloir où les oreilles peuvent épier nos propos et que nous serons ensuite enfermée dans cette salle de classe. Enfin, elle me parle, les yeux emplis de larmes pour me révéler ce qu’il en set de la situation. Je m’en veux que mes soupçons soient bons. Toute l’histoire tourne autour de Matthew et de son couple. Je fronce les sourcils, assimilant les informations. « Quoi ? Mais qu’est-ce qu’il… » Je cerne les regards qui se tournent vers nous. « Allons ailleurs. » Ma main vient prendre délicatement la sienne et je la guide plus loin. Grâce à ces dernières semaines, je peux me vanter de connaître le Conservatoire par cœur. Ainsi, je trouve rapidement une pièce où je sais que nous serons tranquilles pour discuter. Je referme la porte derrière nous et nous fait asseoir sur un banc de piano. « Raconte-moi tout… qu’est-ce qu’il s’est passé pour que tu dises un truc pareil ? » Héloïse, détruire leur couple ? Je n’y croyais pas une seule seconde. Comment cela pourrait-il être possible ? A chaque fois qu’elle me parlait de Matthew, il me semblait que tout était parfait. Ils revenaient tout juste d’un voyage en France paradisiaque en plus. Tout ce que je savais des dernières informations, c’est qu’elle devait rencontrer sa famille. Justement, elle me rappelle que tout s’est déroulé hier soir. Je grimace en entendant le prénom de Jane. Cette dernière, j’en ai suffisamment entendu parler pour savoir que rien n’augurait de bon. A mesure qu’elle poursuit son récit, je sens la colère et l’indignation qui montent en moi. « Quoi ? Mais comment osent-ils ! Pour qui est-ce qu’ils se prennent ? » je m’insurge. Je ne comprenais rien à cette société obscurantiste au possible. Puis comment dire des horreurs pareilles à un être aussi doux qu’Héloïse ? Et dans toute cette histoire, il y avait aussi Matthew qui n’était plus lui-même. Je prends les mains de mon amie, souhaitant balayer au plus vite ses inquiétudes. « Voyons, comment Matthew pourrait accepter une chose pareille ? C’est surréaliste ! » Dans le fond, je ne le connais pas vraiment, mais Héloïse m’en parle tant… « Il n’a pas l’air d’être un idiot. Il doit bien se rendre compte que toute cette histoire n’a aucun sens… » Cela n’explique hélas pas ses silences. Je ne veux quand même pas qu’elle puisse se faire des idées noires. « Tu sais, il doit être chamboulé lui aussi… c’est quand même sa famille qui se retourne contre lui. Il faut peut-être lui laisser le temps de digérer tout ça. » Je ne supporte pas de voir les larmes qui menacent de dévaler ses joues. Je caresse doucement son visage. « Puis franchement, ils ne sont qu’une sale bande d’imbéciles s’ils s’imaginent un seul instant que tu n’as pas ta place parmi eux et que Jane est mieux que toi. Ce n’est pas toi qui est abjecte et repoussante, ce sont eux ! Et ils devraient avoir honte. Pas toi ! » Il n’en fait pas même l’ombre d’un doute dans mon esprit. Je lui accorde un sourire tendre avant de cogiter plus longuement sur le problème. « Et Matthew, il était comment avant la soirée ? Est-ce que c’est vraiment après le repas qu’il a changé ? Comment il a pris la présence de Jane ? » Parfois, des petits détails pouvaient être bien plus éclairants que n’importe quelle parole.

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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « You’re my person » [Naïa]   Mer 16 Mai - 8:20

Je me sens tellement à côté de mes pompes. Le mot juste est anéantie. J’ai si mal au fond de moi, errant plus que je n’avance. Comme si toute motivation avait quitté mon corps. Je me fais violence pour ne pas m’écrouler et pleurer franchement. J’en ai bien besoin. Le cœur est gros. Mais je tiens bon. Je me dis que mes inquiétudes sont infondées, j’y crois encore plus tandis que je raconte mon histoire à Naïa, la soirée telle qu’elle s’est passée. Si pleine d’espoir et de promesse. Et finalement chaotique. Chaque mot me lacère un peu plus. J’ai l’impression de revivre chaque instant. Les regards froids. Les répliques acerbes. Et puis finalement, cette sortie bruyante. Terrifiante. Glaçante. L’impression que le monde s’écroule dans cette voiture, au moment où Matthew me disait de m’en aller, qu’il avait besoin d’être seul. Depuis, tout me semble si incertain. Et pourtant… J’y crois encore. J’essaye de positiver. Mais c’est difficile. Et Naïa le comprend si bien. Mon amie paraît choquée de ce que je raconte. Et il y a de quoi l’être. Tout semble si irréaliste. Comme si ce rêve était en train de prendre fin. Sa surprise fait écho à la mienne, même si je ressens cet écœurement. Il y a de quoi après tout. Être jugée ainsi. L’humiliation m’a semblé si terrible. Et revivre cette soirée au travers de mes mots me déchire, me fait un peu plus mal. « Il allait bien au départ. Il était un peu tendu, mais il promettait encore de m’aimer dans sa façon d’être. » J’évoque Matthew et la façon dont il a réagi. « Ensuite, lorsque le père et Jane se sont attaqués à moi, il a pris ma défense. Je me disais alors que tout irait bien. » Et puis il y a eu la dégringolade. « Il y a eu un moment où la pique a été plus violente, où elle a fait plus mal. » J’inspire doucement. « Son père a tout simplement dit que peu importe ce que je ferais, je ne serais jamais des leurs. Suite à cela, je me suis dit que le moment était venu de m’en aller... Peut-être aurais-je dû rester. Mais à ce moment-là, Matthew était d’accord et me suivait. Il voulait même partir à peine arrivés. Et là... » Je me tais, mes yeux s’emplissant soudain de larmes. « Son père nous a retenu en souhaitant parler à son fils, ce que j’ai encouragé. Mais je n’ai jamais su ce qu’il en était. Matthew s’est refermé sur lui comme une huître. Il n’a plus rien dit. On est rentré, il m’a raccompagné chez moi. Et depuis... Je n’ai plus de nouvelles. Et depuis je ne sais plus... Je ne sais plus si c’est moi, si c’est lui... Si c’est son père... Je ne sais plus... Il ne me donne plus de nouvelles... Qu’est-ce que j’ai fait bon sang !? » Et là, c’est trop, j’éclate en sanglots, le coeur au bord des lèvres.

***

Qu’est ce que j’ai fait ? J’ai fini par le savoir. Je n’ai servi qu’à être l’instrument de la discorde. A permettre au fils d’affronter le père. Et tout ce qui s’est ensuivi n’a plus eu de sens. Comme si cette histoire d’amour n’avait été qu’une immonde farce dans laquelle, je suis l’actrice, celle que l’on hue. Et depuis, je erre dans un brouillard si épais que je ne sais plus où aller. Alors, en attendant, je coupe tous ces fils me liant à Matthew. Mettre ce qu’il lui appartient dans un carton. Mais ne pas l’appeler pour lui dire de récupérer. Effacer le répertoire des appels mais être incapable de supprimer ses messages et toutes ces photos. Ne plus me rendre dans son quartier, mais voir son visage dans chaque détail de cette ville. Il est partout où je vais. Y compris au Conservatoire où je me rends pour voir mon professeur de piano. Il paraît abasourdi de ma décision si ce n’est qu’il comprend. Je lui ai indiqué ne plus avoir le temps avec mon travail. C’est surtout que je ne souhaite pas les continuer. Et puis, vu comment les choses ont changé, je crains que Matthew n’ait cessé de m’offrir les leçons. Et je ne tiens pas à ce qu’on me donne une facture que je ne pourrais pas payer. Aussi, une fois que mes adieux sont faits, je me dirige vers la salle où Naïa est censée répéter. Je n’ai pas vraiment le droit d’y entrer, mais j’ai appris à venir discrètement, relevant si oui ou non, son terrible patron se trouve dans les parages. Quand il n’est pas là, tout le monde paraît plus serein et détendu. Sauf moi... J’avance doucement vers la scène où ils répètent. Je croise le regard de mon amie, mais je suis incapable d’esquisser un sourire ou autre. Mon visage n’est que le reflet de ce que je ressens : ça ne va pas. Je me contente simplement de secouer la tête un peu comme ce médecin qui est incapable de dire que son patient s’est éteint pendant l’opération.

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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « You’re my person » [Naïa]   Dim 20 Mai - 0:25

Pour toujours, les larmes de ceux que j’aime m’ont toujours rendu profondément malheureuse. Les émotions des autres s’impriment en moi comme du papier buvard. Colère, joie, tristesse, enthousiasme, désespoir…. Et dans les yeux d’Héloïse, je peux lire mille sentiments qui la rongent, l’assaillent et la torturent sans qu’elle ne puisse se débattre. Il y a le doute, la peur, le chagrin, la culpabilité, le désarroi et, brillant derrières les nimbes de ces affres, une lueur d’espoir fou. Des chagrins d’amour, je n’en ai pas vécu assez pour étouffer les angoisses de ma meilleure amie avec des paroles rassurantes tirées de mes propres expériences. J’en suis incapable. Car dans le fond, des expériences, je n’en ai pas vraiment eu. Mon cœur demeure emmuré dans les souvenirs d’une nuit qui se rejoue parfois dans mes nuits les plus agitées, dans des jours plus sombres que les autres. Mes amours, ils ont toujours été par procuration. Je n’ai jamais osé faire le moindre pas vers un homme. Et lorsque je contemple la mine éplorée d’Héloïse, je ne peux que continuer à les craindre et à redouter les malheurs dans lesquels ils nous plongent. Et pourtant, il y a Caleb. Un rivage inattendu auquel je m’accroche de toutes mes forces en dépit de l’incertitude et de la terreur qui terrasse mon être. Mais ici, au conservatoire, il n’est pas question de moi. Je sais déjà que nulle note ne résonnera au piano aujourd’hui quand j’entraine la brune avec moi vers un lieu plus paisible. Elle n’a pas besoin de tous ces yeux qui se posent sur elle, qui la scrutent et qui s’interrogent.
L’attitude de Matthew est incompréhensible. Au mieux, et avec les informations que j’ai à disposition, je tente de la rassurer. Vaine entreprise. Que puis-je bien savoir des intentions de son éditeur ou de ce qu’il se trame dans son esprit ? Tout n’est qu’un épais brouillard qui entoure les frêles épaules tremblotantes d’Héloïse. Je la réconforte par une main qui caresse doucement son dos tandis qu’elle m’explique en détail le déroulement de la soirée. A l’évidence, quelque chose de grave s’était produit au soir de ce repas. Un événement plus violent que les autres qui, comme un verre qui se brise, avait détruit une construction étonnement fragile. Je ne veux pas m’avouer vaincue aussi vite que la brune. Mon esprit s’est toujours révélé étrangement optimiste, me tirant de nombreuses douleurs. Si je ne me fais aucune illusion sur la violence des sentiments de la famille McGregor et que je les porte en coupable, j’accorde un bref crédit au fameux Matthew. Peut-être n’a-t-il besoin que du temps de la réflexion ? Mais comme cela est cruel pour Héloïse ! « Il aurait au moins dû te dire quelque chose… » je me sens obligée de dire, bien que cela n’arrangera pas l’histoire. Elle éclate brusquement en sanglots et mon cœur se fend. Naturellement, je la prends dans mes bras et je la berce doucement. Rien n’est pire que l’incertitude. « Tu n’as rien fait, ma Héloïse. J’en suis sûre et certaine. Qu’est-ce qu’il pourrait bien te reprocher ? Tu as été sincère et de bonne volonté jusqu’au bout. Ce sont eux qui ont mal agis. Matthew finira bien par s’en rendre compte. » Je l’éloigne un peu de moi, efface maladroitement les larmes sur ses joues avec une certaine pudeur conférée par notre amitié neuve et je lui souris. « Attends encore un peu, peut-être ? Il ne pourra pas indéfiniment te laisser sans nouvelle. Je suis sûre que les choses vont s’arranger. »

***

Mais les choses ne se sont pas arrangées. Il ne me suffit que d’un regard pour comprendre l’issue de l’histoire quand je découvre Héloïse dans le grand amphithéâtre où je répète. Ses traits sont tirés par la fatigue, ses yeux usés par des larmes qui ont trop coulé, sa mine assombrie par la fatalité. Mon cœur se serre dans ma poitrine, m’interrompant dans ma chorégraphie. Aujourd’hui, Gabriel Goldstein est parti bien plus tôt des répétitions. Quelque chose d’important avait-il prétendu en nous laissant pour dernière consigne de continuer à travailler. Cela n’était pas dans sa nature de sacrifier des heures de répétition avec l’approche de la première, mais maintenant que je savais pour son enfant, je m’inquiétais. Etait-ce en rapport avec Mélodie ? L’air tranquille qui trônait sur son visage en quittant le conservatoire indiquait le contraire. Toujours est-il que nous sommes seuls avec Damien, celui qui joue le Duc et quelques autres figurants pour répéter. L’ambiance est bien plus légère en dépit du poids qui pèse constamment sur ma poitrine depuis quelques temps. Je m’abîme dans le travail. Le chant, la danse, le texte à apprendre. Tout ça pour oublier. Et soudain, la présence d’Héloïse qui balaye tout. « Un instant, je reviens. » dis-je à Damien, n’ayant aucun remord à quitter la scène en l’absence du fléau Goldstein. Je m’approche de mon amie, prête à lui poser des questions, mais son regard vaut toutes les réponses du monde. Je me contente juste de la prendre dans mes bras en dépit du costume de scène que je porte. Celui de la première scène où Satine apparaît à Christian. Je la sens qui tremble dans mes bras avant que les pleurs ne l’assaillent. Je resserre mon étreinte, caresse ses cheveux doucement. Puis doucement, je l’entraîne ailleurs hors de l’amphithéâtre par une porte donnant sur les quartiers privés. Nous logeons un long couloir jusqu’à ce que nous nous retrouvions dans les vestiaires des femmes. Nous nous asseyons sur un banc et j’attends, patiente, que le flot de ses larmes se tarissent et que son chagrin soit moins vif pour poser ma question. « Tu l’as revu, c’est ça ? » Question presque rhétorique. Je connais la réponse depuis un moment. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Est-ce que… il a décidé d’écouter son père ? » Alors, Héloïse m’explique, n’épargnant que peu de détails sur leur dernier échange. Je tombes des nues avant d’être foncièrement scandalisée. « T’utiliser… Comment a-t-il osé ? Mais quel monstre ! » je m’offusque avec humeur, prenant les mains de mon amie dans les miennes. Je serai difficilement de celles qui pourraient trouver une excuse aux hommes. « C’est à n’y rien comprendre ! Avoir poussé le vice aussi loin pour finalement… » Je ne parviens pas à finir mes phrases, le fils de mes pensées s’embrouillant. « Oh ma Héloïse, comme je suis malheureuse pour toi. Tu ne mérites vraiment pas cela ! » Trop pure. Trop innocente. Trop bienveillante. Pourquoi cela devait-il arriver à celles qui n’avaient rien demandé ? « Et maintenant… que vas-tu faire ? » Elle ne pourrait plus travailler là-bas. Et elle devait aussi déménager avec Matthew. Qu’allait-il advenir désormais ?
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « You’re my person » [Naïa]   Jeu 31 Mai - 7:45

Vraiment, je ne pensais pas mériter cela. Je suis tellement déçue. La tristesse m’accapare complètement. Et c’est difficile pour moi de devoir annoncer l’inévitable. Mais je le fais, parce qu’il y a tous ces gens autour de moi, s’inquiétant. Ces personnes que j’ai appris à aimer au fil du temps, qui m’ont vu être heureuse d’être avec Matthew, de me voir découvrir l’amour, le cajoler avec force. Et désormais… Tout semble si loin, je ne suis que l’ombre de moi-même. Il n’y a plus de sourire, plus de joie de vivre, rien qu’une âme ayant vieilli trop rapidement, souffrant, pleurant, hurlant sans cesse. Et par-dessus-tout, Matthew me manque. J’ai l’impression d’être ce bébé qu’on a arraché au sein de sa mère, seul et abandonné. J’ai besoin de sa chaleur, de ses bras, d’entendre sa voix, son rire, le voir sourire. J’ai besoin de tout mais hélas, j’ai atterri sur le sol gelé, de ce monde trop grand, trop triste, trop morne. Je suis dans un état second, encore hébétée. Je n’arrive même pas à parler à Naïa, à lui dire cette irrémédiable vérité, que mon cœur pleure sans cesse, nuit et jour. Sans s’arrêter. Si seulement… Si seulement… Je pouvais être plus forte, plus solide. Mais je n’y arrive pas. Entre incompréhension et chagrin, je suis ailleurs. Lorsque les bras de mon amie s’enroulent autour de moi, je ne dis rien, je ne réalise même pas. Je suis encore dans ce bureau, à vivre et revivre ce moment où ce rêve a pris fin. Cet instant tragique me réveillant la nuit, en sueur et haletante, me laissant découvrir, pantelante, cette chambre où s’amoncèle cartons et souvenirs. La chaleur des bras de Naïa finit par me ramener à la réalité. Et tout à coup, ce trop-plein émerge, l’émotion est forte. Et je suis incapable de retenir mes larmes. J’ai trop pleuré et ça ne semble pas prêt à s’arrêter. Je suis si inconsolable. Combien de temps restons-nous ? Je ne sais pas. Je sens juste, au bout d’un moment, que Naïa m’amène ailleurs. Ça doit lui sembler gênant au milieu de ses compagnons. Surtout en pleine répétition. Mais je suis incapable de me soustraire à sa douce étreinte pour la laisser tranquille.

Nous arrivons dans un vestiaire où l’on s’assoit sur un banc. J’entreprends de sortir un mouchoir afin de me tamponner les yeux et me moucher. J’en ai presque mal à la tête de tant pleurer. Naïa prend place à mes côtés. « Il m’a quittée. » Finis-je par bredouiller d’une voix misérable. Forcément, elle veut savoir et il est difficile pour moi de lui expliquer sans me remémorer avec force tout ce qu’il s’est passé. « Ce n’était pas vraiment son père le problème, mais lui… Il m’a indiqué qu’il s’était joué de moi. Il n’a jamais eu de sentiments pour moi. En vérité, Matthew m’a expliqué qu’il s’était simplement servi de moi pour mécontenter son père. » Aussi fou que cela peut paraître. J’ai fini par accepter ce qu’il m’a dit. Ça me semble toujours aussi fou. Mais c’est ainsi. Mon cœur est tellement en lambeaux et je rejoins la surprise de Naïa. C’est à se demander si la foi en ce monde vaut la peine d’exister. Je souris à mon amie, cette dernière semble tellement choquée de ce qu’il s’est produit. «   Je n’y ai vu que du feu… » Et c’est tellement insensé tout cela. Sa compassion me fait du bien, même si elle n’apaise pas complètement les maux. La douleur reste forte. Je ne sais même pas comment sera composé mon demain. Je suis vide. Triste. Seule. « C’est gentil à toi d’être là. Il ne faudrait pas trop que je te retarde dans ta répétition. » Et puis, j’étais simplement venue prendre congé de Monsieur Hamilton. La question suivante de Naïa m’arrache un élancement douloureux dans la poitrine, me rappelant que je suis dans une profonde galère, que j’ai vraiment cru que l’existence serait douce et idyllique. « Et bien je … » Je déglutis légèrement, secouant la tête. « Je ne sais pas ce que je vais faire Naïa. Je suis censée bientôt rendre les clés de mon appartement. Les cartons sont faits mais je n’ai toujours pas trouvé d’appartement. Je pourrais retourner chez mes grands-parents mais c’est difficile pour moi. J’aurais alors l’impression d’avoir réellement tout perdu… » Reniflant doucement, je m’essuie mes yeux constamment humides ces derniers temps. « Il faut que je trouve du travail. Mais je ne trouve pas pour l’instant. J’ai du mal à afficher une bonne mine. Il faut juste que je me ressaisisse. » Je lui glisse un sourire embué. Très peu convaincant, je l’admets. « Mais ça ira, ma Naïa. Je serais forte, je vais m’en sortir. Et ça ira mieux. Dans quelques mois, ce ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Et on sera en train d’en rire quand je viendrais assister à la première de la Comédie Musicale. » Mes épaules se mettent à trembler. Je suis incapable de faire mieux, et alors que je souriais, voilà que je me blottis dans ses bras, si misérable. « Il me manque tellement Naïa… C’est à en mourir tellement il me manque… »


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