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 « La théorie du mensonge » + Alastar

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Naïa Argent
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DATE D'INSCRIPTION : 19/09/2015
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MessageSujet: « La théorie du mensonge » + Alastar   Mar 6 Mar - 21:44

J’étais rentrée dans la maison sans que quiconque ne me remarque vraiment. La soirée était déjà bien entamée. La musique s’entendait depuis le bout du quartier et les rires des différents groupes dispersés devant fusaient. Les fêtes chez Alison étaient à peu toujours les mêmes. La moitié du lycée était invitée, ramenant de quoi s’amuser, à manger, et surtout, à boire. Il y en avait presque tous les weekends chez elle. Encore une gosse de riche dont les parents n’étaient jamais à la maison. D’ordinaire, je ne m’y rendais pas trop. La réputation des soirées d’Alison était aussi bonne que mauvaise. Puis je ne faisais pas partie des gens cotés à l’école à cause de la chorale que j’avais décidé de monter. A dire vrai, nous étions la risée de tous, mais je m’en moquais éperdument. Je vivais ma passion à fond et j’étais persuadée d’être la plus intelligente dans cette histoire. Puis si un jour je venais à être célèbre, je pourrai me retourner en me disant que je n’ai aucun regret. De ce fait, je n’étais pas souvent à ce genre de soirées, mais pour une fois, j’avais écouté Betty qui rêvait que je m’amuse au moins pour un soir. Et justement, elle privilégiait le fait que je pourrai me faire des amis. Alors une fois dans la maison, je m’étais activée à trouver mon amie. Il y avait une foule immense dans toutes les pièces, des groupes qui riaient et buvaient, des couples qui se pelotaient dans les coins. Je n’étais pas coincée, mais je n’étais pas à mon aise non plus. Très rapidement, j’avais croisé Alison qui m’avait accueillie avec un grand sourire. « Tu ne sais pas où est Betty ? » je criai pour qu’elle m’entende. Elle haussa les épaules, m’indiquant simplement la grande baie vitrée qui donnait sur la terrasse. Je décidai de mener mon enquête par là. Il y avait la piscine autour de laquelle tout le monde était attroupé. D’autres sautaient dedans ou s’amusaient à y jeter des potes. Je détaillai tous les visages mais aucune trace de Betty. Un soupir franchit mes lèvres et je vins me mettre dans un coin pour envoyer un message à Betty. Qu’est-ce qu’elle foutait ? Je tentai même de l’appeler, mais rien du tout. « Je rêve ou c’est Madonna que je voie là ? » Je levai les yeux au ciel, reconnaissant immédiatement Sean Parker qui s’avançait vers moi avec sa tête d’idiot. Il était le capitaine de l’équipe de football du lycée et s’octroyait le droit d’être le plus insupportable de tous dans son harcèlement. Tout était bon pour qu’il vienne se moquer de moi, m’emmerder ou quoi que ce soit. Souvent, il se confrontait à Jahia qui prenait ma défense dès qu’elle était présente. Taylor venait même lui prêter main forte quand il le fallait. « Va embêter quelqu’un d’autre. Il y a suffisamment de gens à cette fête pour que tu ne viennes pas me voir. » Je lui jetai mon regard le plus noir, ce qui n’était pas très convaincant, provoquant un rire de sa part. « Oh allez, c’est la fête, souris un peu. Promis, ce soir, c’est trêve. » Je l’observai d’un air suspicieux. Il semblait déjà plutôt éméché, mais moins pernicieux qu’il ne pouvait apparaître d’ordinaire. « T’aurais pas vu Betty ? » - « Non, mais elle devrait arriver sûrement. Viens, je t’offre un verre en attendant. » Je ne pouvais qu’être étonnée d’un tel comportement, mais à aucun moment, je n’avais pensé à une malice de sa part. Bêtement, il m’était venu à l’esprit qu’en dehors du lycée, il pouvait être quelqu’un de bien. Je lui suivis parmi les gens, le laissais s’occuper des boissons tandis que je continuai d’observer la foule à la recherche de mon amie. Le verre arriva subitement sous mon nez. « A la trêve, jolie petite Argent ? » J’esquissai un léger sourire, levant mon verre avec le sien. Une fois encore, je l’avais suivi pour retourner dans le jardin où nous nous étions assis sur un canapé de jardin. Il m’avait paru étonnement gentil jusqu’à ce que je sente une fatigue immense m’envahir. « Tout va bien ? » Son expression était étrange. Je secouai mollement la tête. « Non… je ne sais pas… je suis fatiguée… » Ma tête vint presque s’écraser contre son torse. Il me soutint, m’emportant avec lui tandis qu’il se levait. « Tu devrais sûrement aller t’allonger un peu. » Il m’avait emmené avec lui sans que je ne puisse rien dire, ni même rien faire. Je n’étais plus maîtresse de mes pensées, et encore moins de mon corps, comme si une brume opaque m’engourdissait toute entière. J’étais impuissante…

Je me réveille en sursaut. L’esprit en vrac. Les pensées embrouillées. Le corps en sueur. Trop de souvenirs viennent se masser à la frontière de ma conscience, me faisant revivre l’instant encore et encore avec une clarté terrifiante. Je voyais la chambre d’Alison, comme si j’y étais encore, enfermée dans mon propre corps. Je n’avais pu que subir, me défendre à peine, crier un peu et pleurer. J’avais été esclave du moindre de ses gestes. Je n’avais pas pu éviter ce qui s’était déroulé…

***

« Excusez-moi… j’attends depuis longtemps. On a dit qu’on allait me recevoir. » Ma voix est un peu plus grave que d’habitude. Ma gorge est nouée par l’angoisse et l’incertitude. Je me convaincs que je n’ai pas la moindre idée pour laquelle j’ai été convoquée dans ce commissariat. Voilà plusieurs jours que l’information traîne dans ma tête depuis que j’ai reçu la convocation. Je ne peux m’ôter ce terrible cauchemar de mes pensées. Je n’en dors plus. Je n’en vis plus. Il n’y a que la comédie musicale pour me tenir debout. Je me dédie entièrement au spectacle. Au chant. A la danse. Au projet qui est le nôtre. D’autant que la date approche et que tout s’accélère. Il ne faudra pas simplement être parfait. Il faudra être inoubliable. Sauf que pour l’heure, je n’y pense pas réellement. Tout mon esprit est dirigé par mon angoisse et ma peur. Car dans le fond, je crois savoir pourquoi je suis ici. J’interpelle de nouveau l’officier. « Je suis attendue pour un rendez-vous. J’aimerais que ce ne soit plus aussi long. » Petit mensonge. Je ne suis guère attendue nulle part. Je voudrais juste que ça se termine vite...
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Alastar Black
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MessageSujet: Re: « La théorie du mensonge » + Alastar   Dim 25 Mar - 21:52

Scientifique jusqu'à l'obsession. Il y avait dans le regard céruléen du pantin au bord du ravin, bien enfouie sous cette façade désabusée d'homme désillusionné par l'ancien chagrin mutin, une fine écorchure subtile de fascination de l'incompréhension. Qui, à elle seule, faisait la différence. Il était un ordinateur programmé pour résoudre les mystères et esquiver habilement, très naturellement, les imprévus, trop fielleux nuisibles. Il était une machine bien trompeuse aux soupirs et aux apparences humanoïdes. Dangereux de vouloir y voir clair, de penser entendre s'emballer le cœur froid en hibernation. Une perte de temps, personne d'assez intelligent ne s'y aventurait. Une question d'analyse, d'après l'anglais, de résolution de problèmes et de solutions, toujours plus complexes, toujours plus difficiles à déceler et à résoudre ou créer, avec infinie réflexion et infini intérêt insensé. Exterminer les écluses pour laisser couler les mensonges. Ce besoin de déchiffrer les failles de l'impossible par simple assouvissement personnel, sans but ni objectif précis. Jamais. Aucune implication sentimentale. Jamais. Qu'était-ce, après tout ? La règle à ne jamais enfreindre. La seule, très certainement. C'était peut être pire encore, vu ainsi. Un passe-temps pour laisser la vie s'échapper et faire son temps. Une fascination ennemie, déviée, presque inhumaine, tournée au rang d'alliée émouvante dans sa quête du Graal dont il ne voulait même pas effleurer le triomphe du vainqueur continu. Aucune implication. Aucune obligation. Pourquoi ? Aucun sens du devoir ou besoin de reconnaissance en perdition. Toutes ces femmes et ces hommes qui s’apprêtaient dans les couloirs excessivement bondés des bureaux du FBI de la belle et fausse LA, ces inconnus qui se hâtaient autour de lui, qui avaient la détermination du bien pour grande conviction. Et lui, Alastar Black, qui n'avait pas sa place ici. Il l'avait trouvée, l'avait demandée et se l'était même octroyée, c'était ainsi. Mais il n'était pas totalement lui, encore moins chez lui.

« Monsieur Black ? Aujourd'hui nous allons travailler ensemble, visiblement... » Une silhouette à l'intonation et aux allures hispaniques venait de se poster droite face à lui, lui jetant un regard à peine voilé par le sacrifice et l'appréhension. Jolie, mais fragile. Il ne ferait qu'une bouchée d'elle, dès ses premières tentatives d'autorité sur sa liberté. L'esquisse d'un sourire mi-railleur mi-amer fila sur les lèvres d'Alastar. La patience, vertu du contrôle. « Faisons de cette journée une coopération enrichissante dans ce cas, mademoiselle Martinez. » souffla-t-il finalement de sa voix rauque, cynique au possible, scrutant avec un intérêt ouvertement faussé le badge de l'officier qui lui était assigné. Sans attendre, comme souvent dans le milieu, l'avait-il remarqué, la jeune femme de loi perdant sa pitoyable contenance, choisit de tenir une allure pressée de petite pionne parfaite guidée par son travail qui la passionnait tant, des dossiers bloqués fermement contre sa poitrine et la mâchoire serrée retenant tous ses non-dits. Un bref regard, une brève analyse, lui avaient suffi à ne lui trouver désormais aucun attrait digne de plus d’intérêt. Un haussement de sourcil et l'anglais n'eut pas grand mal à la rattraper dans sa fuite puérile. Elle parlait, et lui s'en moquait. Silencieux, il l'observait sans même daigner répondre. À quoi bon ? Elle parlait encore et, soudain, la curiosité claqua de plus belle en cette simple phrase : « Le dossier Parker. Il vous dit quelque chose ? Nous sommes énormément sur le coup. On nous l'a délégué il y a peu, et personnellement je pense que... » ! « Taisez-vous. » Un grognement. Et le silence qui l'accompagnait forcément, sur l'instant. Alastar venait d’apercevoir une demoiselle inconnue non loin de l'accueil, et son esprit mis en veille fusa à nouveau de questions, de ce besoin de réponse, de résolution de l'insolvable. S'en était devenu maladif, cette soif de l'indéchiffrable. Son regard avait plongé à la seconde même où s'en fut possible, dans celui affreusement instable et indéfinissable qui en disait long et si peu à la fois de cette victime. De qui ? De quoi ? Rien n'était sûr, sauf une chose : elle était liée à l'affaire qui l'intéressait de loin ces temps si. Et maintenant, Alastar avait la chance de pouvoir y contribuer de près, de manière plus ouverte, plus... légale, sans doute, aussi. « Je vous demande pardon ? Je ne vous permet pas de... » Agacée, la latina fit rapidement volte face pour enfin observer ce qui semblait tant intéresser l'anglais malpoli qui lui servait de compagnon ce jour-ci. « Oh, mais c'est mademoiselle Argent, j'allais manquer notre rendez-vous par votre faute. » l'accusa-t-elle en soupirant exagérément, reportant un regard se voulant réprobateur sur lui, qui, de son côté, ne semblait pas le moins du monde touché par cette mauvaise humeur mal jouée. « Écoutez, vous pourrez m'assister lors de l'entrevue, mais tenez-vous, par pitié. » l'implora-t-elle, cherchant ses deux iris bleus pour s'assurer de son accord. Qu'il ne lui offrit pas. À la place, un petit rire moqueur quasi inaudible. Quel honneur ! s'amusa-t-il intérieurement Ce n'était pas comme si il avait eu l'intention de rester en retrait à un moment donné. Résignée, Martinez alla se présenter poliment à la demoiselle qui patientait depuis un petit moment, s'excusant du retard et l'invitant à entrer dans une salle à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes. Soi disant. Le consultant observa de loin, fin et discret, perspicace qu'il était, il laissait le temps le guider dans ses pas et ses idées. Puis il entra à son tour dans la pièce, silencieux, face aux regards des deux jeunes femmes tournés dorénavant vers sa personne. Aussitôt, Martinez fit les présentations, un faible sourire rassurant aux lèvres. C'était comme cela que l'on était supposé mettre à l'aise les gens, ici-bas. Amusant. « Mademoiselle Argent, je vous présente mon coéquipier, simple consultant, Monsieur Black. » Et l'anglais haussa un sourcil, à peine touché dans l'égo qu'il ne prenait même plus la peine de chérir, soufflant simplement ces quelques mots avec un semblant de mystère, tout en s'asseyant aux côtés de sa partenaire. « Rien n'est jamais si simple. » Préférant ignorer ces paroles, elle continua dans sa lancée, s'adressant à mademoiselle Argent. « Ne faites pas attention à lui... Commençons, si vous le voulez bien. Par là où vous le souhaitez, prenez votre temps. » Elle avait raison sur ce point. Bien qu'elle n'en pensait pas un mot, évidemment. Puisque tout était, pour ces flics stressés à la vie surchargée, une question de temps à manipuler, à gagner, à ne pas perdre ou à ne pas oublier. Cette constante course contre la montre, qui, à lui, le scientifique névrosé, avait don de lui donner la nausée. Mais le bateau ne faisait que quitter le port et la traversée serrait longue et périlleuse.
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Naïa Argent
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MessageSujet: Re: « La théorie du mensonge » + Alastar   Jeu 12 Avr - 22:40

C’était comme un vide immense. Un abyme sans fond qu’aucune lumière, d’aucune sorte, ne pourrait jamais traverser. Nulle vérité pour éclairer ce qui devait à jamais rester enfoui dans les ténèbres et l’obscurité. Mon esprit n’avait pas envie de se souvenir. Il ne souhaitait pas que les souvenirs ressurgissent brusquement, qu’il vienne m’envelopper, m’étouffer jusqu’à bleuir ma chair, assécher mon âme, éteindre mon ambition et ce bonheur qui s’était reconstruit pas à pas dans mon existence. Alors mon esprit se protège, il hisse d’immenses murailles, referme les portes, solidifie les barricades à chaque assaut qui est lancé vers les contreforts de ma mémoire. Parce qu’il n’y a rien de pire que de se souvenir, de donner corps à ce moment qui ne devait être voué qu’à l’oubli, que d’offrir une réalité à ça… Et aujourd’hui, perdue au beau milieu de cet accueil du FBI, je ne peux empêcher une partie de mon esprit de penser qu’il s’agit de ça. Qu’ils veulent m’en parler. Pourquoi ? Parce qu’ils auraient découvert quelque chose ? Qui aurait pu savoir ? Qui aurait pu se douter de quoi que ce soit ? Ma bouche s’est toujours tue. Ma mémoire ne s’est jamais descellée. Mes souvenirs à jamais enterrés. J’attends depuis si longtemps, l’estomac au bord des lèvres, le cœur serré, les mains tremblantes et le visage étonnement figé. Je ne me reconnais pas dans ce personnage qui attend. Ce n’est pas moi cette fille qui ne sourit pas, qui a peur et qui demeure muette. Mon existence entière n’est qu’un monde sonore. Dès que le silence prend sa place, je le chasse par de la musique ou par le chant. Mes doigts s’activent sur un piano, sur une guitare ou un ukulélé. Ma voix s’exerce à répéter la comédie musicale. Mes oreilles bourdonnent sans jamais s’arrêter de ces notes qui virevoltent çà et là. Je l’ai dessiné soigneusement mon monde. Et il est beau. Il me plaît tel que je l’ai imaginé. Une jeune fille pétrie d’ambition, des rêves et des étoiles plein la tête. Mon existence est une route immense qui défie l’horizon. Il y a des embûches, des détours, des tempêtes, des faiblesses, mais constamment, je garde courage. Ma route ne se dessine pas au sentier qui est gravé sur le sol, mais il est inscrit à-même le ciel. Il brille dans la nuit éclaboussée d’étoiles. Et même si le scintillement est parfois moins fort, il demeure toujours. Ainsi, je connais mon but. Je ne m’égare pas et je ne m’accorde aucun répit. Elle est là, ma douce étoile qui brille dans le firmament. Elle me réclame et elle m’appelle.

« Mademoiselle Argent ? Je suis l'agent Martinez. Veuillez nous pardonner pour ce retard. » Les mots s’échappent de mes pensées, comme des lucioles effrayées par la lumière du jour. Je me contente d’hocher la tête et je suis la fameuse agent dans une salle pour que nous soyons plus tranquilles. Tout ce que cela m’inspire, c’est une salle d’interrogatoire. Un peu comme dans les films. Mais ici, nulle question de jouer le cinéma. Il s’agit de la réalité. Elle est dure, cruelle et effrayante. Une nouvelle silhouette attire mon attention et je braque mon regard sur lui. Il est grand, brun, mince, des yeux bleus prêts à fouiller les moindres recoins de l’âme. L’agent Martinez le présente comme étant son coéquipier, un simple consultant. Monsieur Black. « Enchantée… » Ma voix n’est qu’un maigre filet face à ceux des deux coéquipiers. Bien que leurs échanges me laissent des plus perplexes. Effectivement, rien n’est guère simple. Je prends place sur le sofa qu’elle me désigne. Et les voilà qui s’installent sur les deux fauteuils en face de moi. Un véritable interrogatoire. Mes entrailles se nouent. Les frissons font se dresser ma peau. Je ne comprends pas ce qui est en train de se jouer actuellement. Aussi, cela doit-il se lire sur mon visage car Madame Martinez m’incite à parler. Mes prunelles volètent de l’un à l’autre, avant qu’un bref rire ne franchisse la barrière de mes lèvres. Rien qui n’inspire la joie. Juste de la gêne face à l’absurdité de cette situation. « Veuillez m’excuser mais… je crains de ne pas bien comprendre quel est le sujet de cette convocation. » Pourtant ça gratte dans ma tête. Ça s’agite, ça remue, comme une foule de parasites hirsutes qui font la fête dans mon esprit. Assise, mon corps reste tendu, comme prêt au départ à tout moment. « De quoi voulez-vous que je vous parle ? » Sur le coup, l’agent en premier parut surprise. Je n’observe pas véritablement du côté du consultant, sûrement parce qu’il semble imperturbable. Il fallut quelques secondes pour que Madame Martinez lâche un long soupir et reprenne le contrôle de cet interrogatoire qui ne se déroulait manifestement pas comme elle le désirait. Elle dépose le dossier qu’elle tenait entre les doigts sur la table basse qui nous sépare. Sur la couverture, je peux lire confidentiel, mais surtout un nom. Sean Parker. Et ça remue, ça cogite, ça gigote, ça s’agite dans ma caboche. Ça veut sortir. Ça veut émerger. J’affiche une mine interrogatrice à la femme qui me dévisage. « Sean Parker… Vous le connaissez, n’est-ce pas ? » Elle module sa voix pour paraître douce, mais cela se voit qu’elle pratique plus fréquemment l’interrogatoire des criminels que des potentielles victimes. Tous mes efforts se concentrent pour demeurer imperturbable. Je rejette l’océan d’émotions qui monte en moi, qui menace de tout embarquer, de créer des vagues immenses, de déborder et de se fracasser contre ma poitrine. Je fais mine de réfléchir. « Oui, nous étions au lycée ensembles. Enfin du moins, je connaissais un Sean Parker au lycée. » Des Sean Parker, il pouvait y en avoir des tas. Mais moi, je le sais que c’est lui. Que ça ne peut être que lui. Que c’est pour ça. Pour que je parle de ça. Sauf que je n’en dirai rien. Mon regard dévie trop fréquemment sur le consultant, comme attiré. Mais de la même manière que cette attraction s’opère tel un aimant, l’intensité de ses prunelles me bouscule et je regarde ailleurs comme des pôles inversés. « Pourriez-vous nous en parler ? » Pourriez-vous parler de ça ? Voilà tout ce que j’entends de sa bouche. Mais ça ne sort pas. Ça ne veut pas émerger. Je souris et hausse les épaules. « Hmm oui, bien entendu, mais… je n’aurai pas grand-chose à vous en dire. Il était plus âgé que moi. Un an, ou deux, je ne sais plus. » Nous avons un an d’écart. « Il me semble que… qu’il était dans l’équipe de football du lycée. Je ne me souviens plus quel poste. » Il était le capitaine de l’équipe. « Je me souviens qu’il faisait partie des personnalités plutôt populaires de l’établissement. Tout le monde l’admirait. » C’était un monstre qui martyrisait les plus faibles et qui faisait sa loi. « Une fois qu’il a quitté le lycée, je ne crois pas l’avoir jamais reçu. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. » La vérité. Pour une fois. Je fais à nouveau mine de chercher des informations supplémentaires dans les conflans de ma mémoire. Nul autre détail ne vient étayer mon explication. Mon visage se pare du masque le plus innocent qui soit. Et pour ne pas me trahir, mes mains se joignent, s’enlacent et se serrent sur mes genoux pour ne pas trembler. « Est-ce qu’il lui serait arrivé quelque chose ? » Qu’il lui soit arrivé malheur. Qu’il paye pour ses crimes. Qu’il soit disparu ou mort. Qu’il n’existe plus jamais. Que ça puisse être oublié à jamais.
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Alastar Black
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MessageSujet: Re: « La théorie du mensonge » + Alastar   Mer 23 Mai - 0:43

L’ennui mortifère. C’était habituellement ce faux-allié qui, quoi que pouvait en dire le scientifique désabusé ouvertement, le guidait nonchalamment jusqu’aux bureaux généralement très animés du FBI. Il avait beau se complaire dans sa solitude, se laisser sombrer dans son silence, s’isoler dans son antre, il était tout de même toujours occupé d’une quelconque manière que cela pouvait être, assez occupé pour prétendre à flotter à la surface de ses sombres maux ; par un livre, un travail ou un devoir, une pensée, une réflexion, un dilemme. Il lui fallait obligatoirement un « peu » assez captivant afin qu’il soit en mesure d’en faire un « assez » qui deviendrait son passe-temps du moment, duquel il se détacherait tout aussi violement et rapidement pour s’intéresser à toute autre chose. Parce que l’ennui était angoissant, l’ennui était vicieux, méchant et que, pour le combattre, il valait mieux ne jamais lui faire face. Alastar l’avait parfaitement compris. C’était d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il était encore là aujourd’hui, pour le plus grand malheur du plus grand nombre des agents qui ne supportaient pas l’avoir dans leurs pattes. Lui, il s’en délectait obscurément. De toutes ces sautes d’humeurs, de toutes ces mauvaises ondes qu’il avait tendance à provoquer autour de lui. Mais le scientifique était ainsi, après tout, s’il voulait quelque chose, il se contentait de le prendre. S’il voulait venir tuer son temps dans des dossiers et des affaires sordides, il venait. Rien de plus simple à son sens si compliqué pourtant. Il se moquait bien des avis de quiconque, même ceux de la direction qui pouvait à tout moment le virer d’un claquement de doigts s’il devenait trop ingérable. En effet, c’était ce qu’il semblait être à leurs yeux : un spécimen étrange qui allait et venait à sa guise dans les couloirs, semant le trouble et le désordre sur son passage. Aujourd’hui encore, il ne s’en priverait nullement, de son passe-droit, de son ascendance quelque peu repoussante. En compagnie de sa charmante coéquipière du moment ; l’agent Martinez et son incompétence notoire. Tous deux, comme bon nombre de leurs confrères (même si Alastar n’en avait concrètement pas, lui), furent assignés au dossier Parker. Le fameux. Celui qui l’intriguait tant. Une satisfaction.

« Enchantée… » La fragilité des mots de l’Abimée qui n’avait encore à cet instant aucune idée de ce qui l’attendait. Alastar accorda un simple signe de tête à l’Opprimée lorsqu’il passa la porte sans un bruit. Le brouhaha des couloirs se tu et l’ambiance pesante des nouveaux lieux ravivèrent peu à peu la flamme de l’intérêt dans son regard las. Une fois installé aux côtés de l’agent, il plissa légèrement les yeux, analysant ouvertement, sans scrupules, jamais aucuns, et, un peu malgré lui, la demoiselle intimidée face à lui. Il était si simple pour lui de lire la douleur, quelle qu’elle soit, que ça en devenait assez tragique à constater. Mais là n’était pas le sujet. Il la voyait briller chez elle alors plus rien d’autre n’avait tant d’importance. Cette lueur frêle, plaignante. Petite cassure, petite brisure, petit fragment de torture. Il n’entendait rien de ses mensonges, reniflait parfois, dédaigneux, aux répliques si prévisibles de Martinez. Elle était comme ses compères : si irréfléchie, tristement dépourvue de toute forme de finesse. Sage et sinistrement silencieux, le scientifique avait gardé sa salive et son calme parfait pour mieux observer, calculer, s’alimenter de signes, jouer les détecteurs de mensonges par l'analyse de micro-expressions. Mais ce manège devait cesser de tourner. Les enfants avaient assez joué. Alastar patientait pour mieux jouer ses cartes après, un jeu plus adulte et plus juste… surtout plus efficace. Son mutisme, fait de réflexion, inquiétant calme précédant la tempête aux yeux de Martinez qui connaissait les rumeurs sur le personnage, s'estompa pour laisser au corbeau les plaisirs de l'éloquence. « Pas aux dernières nouvelles, rassurez-vous. Ce serait regrettable, autrement, n’est-ce pas ? » fit-il, consciemment piquant, entrant ainsi dans l'exact mauvais jeu de sa coéquipière, qui en fut légèrement étonnée. Il ne cherchait que réaction. Pour infirmer, pour confirmer.

Après les discours habituels, Martinez la libéra simplement. Faute de preuves, d’informations et de compétence. En bref, son intervention n’avait servie à rien, mais elle devait probablement être habituée à l’échec, il en était certain. Et c’était maintenant que son tour venait, à lui, l’astrophysicien consultant qui n'avait rien à faire ici. Il se devait de la voir seul à seule, sans cette encombrante idiote pour ralentir l’enquête, et surtout, SON avancée à lui sur le dossier, sans tout ce protocole bidon qui oppressait et ne servait sincèrement à rien si ce n'était qu'à tout ralentir.

Le temps s’était longuement écoulé. Mais elle était toujours là, devant les portes vitrées… Étrange. A l’air libre, mais l’esprit ne l’était pas, lui. « Je peux vous offrir un café ? » souffla-t-il, s’asseyant élégamment non loin d’elle sur l’un des bancs en bois. Ce n’était pas vraiment une proposition, il lui tendait d’ores et déjà un gobelet empli de la boisson, totalement nonchalant et désabusé. Une approche sans doute un peu étonnante, mais la demoiselle semblait tant s’être perdue dans les méandres de ses combats intérieurs qu’il avait cru bon de saisir l’instant pour l’en sortir… Peut être ainsi jouer sur la surprise ? « Vous devez penser que c’est un peu malvenu de ma part, surtout après avoir assisté, à ma modeste manière, à votre ‘échange’ avec l’agent Martinez tout à l’heure, et ça l’est très certainement. » ajouta posément le brun, le regard vaguement plongé sur ce et ceux qui les entouraient, ignorant celui de Naia. « Mais, vous en avez autant besoin que moi, de ce café, vous le savez. » finit-il, pince-sans-rire. Il porta finalement son propre gobelet à ses lèvres et bu une gorgée, qu’il aurait probablement recrachée s’il n’était pas aussi bien éduqué et en présence d’une demoiselle qu’il était censé mettre plus à l’aise après l’étape-Martinez. Une légère grimace. Le café américain de commissariat. Coupable des pires crimes gustatifs de ce monde. « Lord. » grommela-t-il. « Ils sont beaucoup sur le dossier, vous serez sans doute amenée à revenir, j'en suis navré... » Il reporta ses iris lagon sur la demoiselle, captant un instant son regard. Il préférait laisser les questionnements planer doucement, laisser le "ils" ne pas l'inclure, lui, qui n'était là que pour résoudre les mystères qui l'intéressait égoïstement et non pour jouer avec la justice et décider de qui serait le méchant.
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