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 « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse

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Matthew McGregor
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DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
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MessageSujet: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Jeu 12 Avr - 21:18

Un long soupir d’épuisement franchit les lèvres de l’éditeur dès lors que la porte de son appartement claqua derrière lui. Ce qui le cueillit en premier, ce fut cette solitude lugubre, ce vide immense que les absents laissent derrière eux. Il revenait tout droit de l’aéroport, ayant quitté June à New York. Cette dernière avait enfin trouvé sa nouvelle demeure après une longue série de visites auxquelles Matthew avait assisté à sa demande. Il n’était forcément mécontent de s’enfuir quelques jours à l’autre bout de l’Etat. Maintenant qu’il rentrait, la réalité revenait le frapper de plein fouet. Le visage d’Héloïse le hantait, ombre terrible qui venait l’enrober de ses bras puissants, l’étouffer dans sa culpabilité et sa douleur. Elle ne le quittait jamais. Elle était toujours là à chacun de ses jours, de ses déplacements, de ses gestes et de ce qu’il voyait. Son parfum demeurait constamment dans son sillage. Il pouvait entendre l’éclat de son rire tinter encore à ses oreilles, balayé aussitôt pour la tempête atroce de ses sanglots. Sa silhouette était imprimée sur sa rétine, dansait devant ses yeux, légère de cette innocence volée et appesantie à la fois par le chagrin. Son visage tendre le guettait à chaque seconde, vestige de cet amour qu’elle lui vouait sans mesure, sans condition. Il croyait voir encore ses lèvres lui murmurer les mots de l’amour, dans la pudeur de ces sentiments qui n’appartenaient qu’à eux ; puis tout à coup, elles se tordaient sous le coup d’une haine jamais observée chez elle. Ses oreilles étaient battues par sa rage, son honneur bafouée, son cœur déchiqueté, son âme trahie… Et lui, toujours aussi impuissant, toujours muet face à ce malheur qu’il modelait de ses propres mains. Il érigeait une frontière immense destinée à les éloigner à jamais. De cet amour, il n’en laissait plus que les cendres d’un brasier qu’il avait allumé de son propre chef. Il les avait condamnés… Mais je l’ai fait pour ton bien… Je l’ai fait pour que tu sois heureuse. Je ne voulais que ton bonheur… Même s’il est avec un autre que moi. Même si je n’en fais pas partie. Et il ne pouvait pas en faire partie. Matthew avait compris bien à regret que la seule issue pour tenir cette promesse d’offrir un avenir doux à Héloïse serait de renoncer à elle. Dans son combat, il ne s’était pas rendu compte qu’il l’entrainait vers ses propres ténèbres. Si aujourd’hui, elle se sentait la force de lutter à ses côtés, qu’en serait-il demain ? Et lorsque lui-même n’aurait plus la force de les porter ? Aveuglé… il avait été aveuglé par les rayons puissants de cet amour qu’ils se vouaient. Elle avait rallumé le ciel et ses étoiles. Elle lui avait montré le véritable chemin pour se retrouver. Que lui offrait-il en retour ?.... L’existence est amère. L’espoir n’y a pas sa place… Il n’y a pas d’amour heureux.

Les aboiements festifs d’Eddie le tirèrent brusquement de ses sombres pensées. Ellana était sûrement passée le ramener à l’appartement comme il était prévu. Durant l’absence de sa sœur et de son frère, elle s’en était chargée avec plaisir. Le chien avait presque atteint sa taille adulte désormais, et lorsqu’il se jeta sur Matthew afin de lui faire la fête, sa langue pouvait presque lui laper le visage. L’éditeur s’empressa de le refaire toucher terre, renouvelant ses remontrances pour qu’il ne saute pas sur les gens ainsi, avant de lui caresser affectueusement la tête. Mine de rien, cette boule de poils lui avait manqué aussi. Après quelques minutes, Matthew s’arracha à la compagnie joyeuse de l’animal pour amener sa valise dans sa chambre. Il eut la flemme de la déballer et partit directement prendre sa douche. Lavé, rasé, habillé, il était prêt pour prendre son café quand… « Oui… forcément. » Un sourire amusé étira légèrement ses lèvres. Face à lui, Eddie se tenait fièrement avec sa laisse coincée dans sa gueule et la queue qui s’agitait dans tous les sens. En dépit de la journée bien avancée, un merveilleux soleil brillait au-dehors et l’animal souhaitait bien en profiter. Quelques minutes plus tard, ils furent donc à l’extérieur, maître et chien pour une promenade. Ce n’était pas les espaces verts qui manquaient dans le quartier de Matthew, toutefois, il s’accorda une balade plus longue et atterrit dans un parc qui appartenait plus à la fréquentation banale du commun des mortels. Toute sorte de gens se trouvait en ces lieux. Des promeneurs, des personnes qui lisaient assis sur des bancs, des enfants qui jouaient, des couples en balade… Le poète tenta d’éloigner toutes les pensées parasites qui éclataient et bourdonnaient dans son esprit. A côté de lui, Eddie, joyeux, gambadait tranquillement. A une buvette, le jeune homme s’offrit son café qu’il n’avait pas pu avoir précédemment. Le vol l’avait totalement fatigué, outre toutes ces heures de sommeil qu’il ne parvenait plus à avoir. Alors qu’il réceptionnait son café brûlant entre ses doigts, le chien s’agita à côté de lui. « Du calme, Eddie. » Son appel autoritaire ne parut pas calmer la bête qui se mit à aboyer, à se tortiller malgré sa laisse et à pointer son attention dans une direction. Matthew continua à râler mais rien n’y fit. Il dut raffermir brusquement sa prise pour que le chien ne lui échappe pas. « Non mais qu’est-ce qui te prend… BORDEL ! » Surexcité, Eddie sauta dans tous les sens, si bien que sa laisse s’enroula dans les jambes de son maître. Ce dernier se retrouva bousculé par l’animal et l’intégralité de son café se déversa sur sa chemise. Il poussa un cri et, de douleur, lâcha le chien qui courut comme un fou. Sauf que… la laisse était toujours empêtré dans les jambes de Matthew qui se retrouva la seconde d’après à s’écraser lourdement sur le sol, la tête sur le gravier. « EDDIE ! » hurla-t-il hors de lui de se retrouver dans une posture si peu avantage. Puis merde… ça brûlait !! Il se retrouvait la chemise couverture de café et du gravier sableux collé à la peau. Une âme charitable voulut l’aider à se redresser mais il la repoussa sans politesse, s’élançant à la poursuite de son chien. Il pouvait le voir au loin. Mais si seulement il avait vu l’objet de l’intérêt du chien… sûrement se serait-il caché, évanoui dans le décor, ou aurait abandonné le chien. Non, à la place, quand il se crut heureux d’avoir rattrapé Eddie dont la course s’était calmée, il découvrit avec déplaisir qui était assailli par l’animal. Ce fut un coup au cœur. Et ça faisait mal. Plus encore que sa brûlure, ou sa chute. Que toutes les blessures du monde. Vivre sans elle était une douleur atroce. La revoir était encore pire. « Héloïse… » Il ne parvint à dire plus, pris au dépourvu. Il s’était imaginé réagir autrement, être froid, distant, cassant, mais il lui fallut plus de temps pour remettre son masque. « Qu’est-ce que tu fais ici ?! »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Sam 14 Avr - 13:29

Il me reste un mois. Un mois pour m’en aller de mon appartement. Un mois pour en trouver un autre. Un mois pour trouver du travail aussi. Et pourtant, j’enterre. J’ai l’impression que ma vie n’a aucun sens, qu’elle ne brille autant. Il me faut me ressaisir mais c’est bien trop difficile. Je n’ai aucune volonté. Mes forces m’ont quittées. Et je suis semblable à une âme en peine, le cœur vide et le sac en bandoulière plein de CV que je dois distribuer à celui qui voudra bien de moi. Je n’ai aucune expérience à justifier en dehors d’avoir travaillé dans une prestigieuse maison d’édition. J’ai bien tenté de me présenter dans une autre. Mais hélas lorsque l’on m’a demandé pourquoi j’étais partie d’un endroit aussi réputé, je n’ai pu retenir mes larmes, pleurant devant une personne chargée d’un recrutement, ne comprenant pas la raison d’un tel chagrin. J’ai le cœur en friche, l’esprit étreint par les sanglots, les yeux me brûlant à force de trop de pleurs. Il faut pourtant que je reprenne du poil de la bête, que j’aille mieux. Mais c’est si difficile. A chaque fois que j’essaye d’apporter un peu de bonheur dans cette existence morne, son visage apparaît dans ma mémoire, dans mes songes, alimentant cette peine sans arrêt. C’est sans fin, c’est continu. C’est indescriptible tant j’ai mal, tant je me sens vide. Il y a encore quelques temps, je riais, je dansais, je chantais de ce bonheur que je vivais. Et désormais, je me demande constamment… pourquoi. Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour mériter une telle chose ? Une telle injustice. Je ne pense pas avoir créé de désagréments à qui que ce soit. Alors… Pourquoi moi ? Les réponses demeurent sans réponse. Le repos ne se trouve pas. Quand il me faut dormir, mes rêves sont peuplés de cauchemars dans lesquels il est là, sa voix résonnant encore de ces mots cruels. Comment de tels phrases emplies d’amour ont-elles pu devenir une telle source de chagrin ? Je me le demande bien sans trouver de réconfort. De toute façon, j’ai tant de choses à penser. Ma propre galère m’aide à ne pas sombrer complètement et puis, je ne suis pas seule. Mes amies sont là, elles m’épaulent du mieux qu’elles peuvent. Mais il y a bien des choses qu’elles ne peuvent faire. Comme trouver du boulot. Un nouvel appartement. Tout me paraît si compliqué désormais. J’ai trop vécu dans son sillage, à me soucier de rien. Cet état de fait me revient droit dans la figure. A la longue, j’avais fini par ne plus savoir vivre sans lui.

Un nouveau cv déposé, je suis sortie du bar sans grande conviction. Le patron l’a longtemps dévisagé sans savoir s’il devait dire oui ou non. Le fait que je n’ai pas d’expérience n’aide pas, tout comme mon visage triste. C’est d’ailleurs ce qu’il a fini par dire, en soupirant un peu. « Vous devriez revenir une fois que vous aurez pensé à sourire. Les gens, ici, viennent pour se détendre. » Ces paroles n’ont aucune méchanceté. Et pourtant, elles me font l’effet d’un coup de fouet en pleine poire. Il a sans doute raison. Il faut que je me force à aller mieux, à sourire. Peut-être même qu’une sortie pourrait me faire du bien. Avec Naïa ou Elsa. Ou même les deux, je n’en sais rien. Même ça je ne sais plus faire. Je préférais tellement organiser des weekends avec lui, me retrouver à ses côtés, me réveiller avant que lui-même n’ouvre les yeux, le contempler lui qui était, à mes yeux, la plus belle des choses sur terre. Mais il est parti… Il n’est plus là. Soupirant pour me calmer, j’essaye de faire taire le nouveau torrent de larmes, m’accaparant l’esprit en regardant autour de moi, dévisageant le joli paysage de ce parc. Combien de fois y suis-je allée avec un livre, avec mes devoirs, fut un temps où ma préoccupation n’était pas d’être aimée par cet Autre. Aujourd’hui, ce lieu me paraît dénué d’humanité, austère, froid. J’ai si mal au fond de moi…

C’est un aboiement qui finit par me sortir de ma torpeur, tandis que je fixe un petit étang d’où se promène quelques canards. Relevant le regard vers la source du bruit – et parce qu’il s’amplifie trop vite – je vois alors une boule de poils clairs foncer droit sur moi. Si au départ, je suis prête à hurler face à la présumée attaque d’un chien, je reconnais bien vite la bête. Sans doute parce que le pelage est familier, parce que le collier de cuir ornant son cou n’est autre que celui que j’avais, un jour, acheté. « Eddie !!! » Je m’exclame tandis que le chien me saute dessus, m’inondant le visage de léchouilles tendres et affectueuses. « Mais… Mais…Qu’est-ce que tu fais là ? » Je suis étonnée de le voir ici. Ma première pensée est qu’il s’est enfui. Mais aussitôt que je songe à cela, la deuxième idée me vient aussitôt. Malsaine. Douloureuse. Mon regard s’est aussitôt relevé vers l’horizon que je le reconnais d’emblée, venant vers le chien devant lequel je suis accroupie, ma main essayant de l’empêcher de me lécher encore plus. Lorsqu’il prononce mon prénom, sa voix me procure une intense brûlure. Dans mon estomac, au coin de mes yeux. Je ne sais que dire, tandis que je me redresse aussitôt, ignorant Eddie me donnant des coups de museau afin que je le caresse. Qu’est-ce que je fais ici ? La question est évidente. Je vis ici. Los Angeles est ma maison. Une étrange fureur s’empâre de moi et j’ai bien envie de lui envoyer une réplique acerbe. Cependant, je ne m’en sens pas capable. Mon âme est dénuée de toute méchanceté, c’est au delà de mes forces. J’ai juste envie de m’écrouler un peu plus. Mais le semblant de dignité que je possède m’en empêche. « Je…Je suis venue me promener. » Finis-je par dire, tandis que mon esprit me hurle qu’il n’a pas besoin de savoir cela. Il ne doit rien savoir du tout. Il doit s’en moquer sans doute. « Mais tu t’en fiches très certainement. » Le ton est froid malgré moi. Ma main caresse le doux pelage du chien, ce qui me permet de garder les pieds sur terre, m’empêchant de dire ou faire n’importe quoi, comme le supplier, pour qu’il me revienne. Il me manque cruellement. Et je n’arrive même pas à le haïr. C’est au delà de mes forces. Je l’aime plus que tout. Je suis même prête à vivre à ses côtés en sachant pertinemment qu’il ne m’a jamais aimé. Juste pour l’odeur de sa peau, juste pour le son de sa voix, juste pour la saveur de ses lèvres contre les miennes. Juste pour ce qu’il est. Peu importe qu’il ne m’aime pas… Pourtant, je tiens bon. Ça ne servirait à rien, à part me ridiculiser. Alors, je me ressaisis un peu. « Le chien est venu vers moi. Je ne m’y attendais pas. » Le ton est presque sur la défensive. L’air malheureux. « Je me rends compte que je ne le vois plus… Et… Il me manque un peu… » Mais dans toute cette peine ressentie, je l’ai mis de côté pour ne me centrer que sur moi-même. « Je pourrais le garder un peu et te le ramener si tu veux… » L’idée est folle. Je suis folle. Folle de croire à cela, maigre espoir et faible baume appliqué à un cœur meurtri. « C’est idiot comme idée, mais on l’avait pris ensemble… Et…Et… »  Et alors, je finis par me taire, me mettant à rougir, me rendant compte combien ma demande est ridicule. Jusqu’à présent, je n’ai jamais réclamé la présence du chien, jusqu’à présent je n’ai pensé qu’à Matthew. Qu’à lui seul et savoir qu’il me faudra le voir ne sera, alors, pas une bonne idée. Ça ne m’aidera pas à aller de l’avant. Mais en ce moment, c’est alors le désir le plus cher à mon cœur. Le voir, pour panser mes plaies, le voir pour alimenter cet amour, le voir pour que mon cœur se brise un peu plus, effet pervers d’un chagrin d’amour que l’on ne peut soigner autrement. « Tu as du café sur toi.. » Finis-je par dire, pour occuper le temps, pour meubler les secondes s'écoulant très lentement, le palpitant s'évertuant à battre comme un fou.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Dim 13 Mai - 22:00

Ce fut en croisant Héloïse ce jour-là que Matthew se fit le constat que la terre n’était manifestement pas assez grande. Bien entendu, ils vivaient toujours dans la même ville, ce qui ne facilitait pas les choses, mais l’éditeur avait espoir que leurs routes ne se croiseraient plus, qu’ils ne seraient plus ainsi confrontés à des situations aussi inconfortables, qu’ils n’auraient pas leurs cœurs en lambeaux dès que leurs regards plongeraient l’un dans l’autre. Eddie était le malheureux à l’origine de cette rencontre impromptue, et malgré tout l’amour qu’il vouait à ce chien, Matthew était prêt à le faire abattre sur le champ. Pourquoi avait-il fallu qu’il se jette au cou de la brune ? De plus, il n’avait pas épargné l’orgueil de l’auteur, le faisant apparaître dans une situation des plus ridicules. La chemise souillée d’un café encore brûlant, il était recouvert de la poussière et du gravier qui revêtait le sol. S’il avait su, il ne serait jamais sorti de chez lui et ce serait accordé cette sieste dont il avait désespéramment besoin après son trajet en avion. En dépit de la colère, la douleur fut immense en revoyant son visage pâle et triste qui lui faisait face. Un bref instant, il lui vint à l’esprit que tout ce qui avait pu se dérouler plus d’une semaine auparavant n’était qu’un cauchemar insensé, qu’il n’aurait qu’à lui sourire, déposer ses lèvres sur les siennes pour sceller un baiser tendre et empli de promesse. Comme si tout était normal… Mais rien n’était comme avant. Le quotidien ne se dessinait plus à la couleur de leur bonheur et de leur amour. Il avait été terrassé par la trahison, l’abandon, la douleur et le chagrin. Matthew en était fou. Un brasier terrible prit possession de sa poitrine. En colère contre son père, contre le monde entier et contre lui-même. Il se trouva lâche, une fois de plus, de ne savoir que composer avec froideur et nonchalance devant Héloïse. Toutefois, il ne pouvait faire autrement… Cette barrière glaciale qu’il érigeait était censée épargner à la brune beaucoup de souffrance à venir. Tout ceci était pour son bien, pour qu’elle l’oublie, pour qu’il appartienne au passé, pour que ce sacrifice ne soit pas vain. Était-ce seulement vrai ? Tout ceci pourrait offrir à Héloïse tout le bonheur et l’amour qu’elle méritait, même si c’était d’un autre ? A voir la mine fatiguée qu’elle arborait, le doute l’assaillit.

S’en ficher ? Non, il ne s’en fichait pas. Il ne voulait pas rater un mot, une parole, un murmure, un soupir qui s’échappait d’entre les lèvres de la jeune femme. Il voulait s’abreuver du son de sa voix. Oh ! Comme elle lui avait manqué tant qu’il était à New York… comme son absence était une déchirure ! Comme il voulait la prendre dans ses bras pour étouffer la souffrance dans son étreinte. « Oui, il t’a sentie de loin. » Eddie, ce traître qui sautillait gaiement autour du duo. La colère de Matthew envers le chien n’avait rien de raisonnable. Qui sont les animaux pour comprendre et s’acquitter de telles situations ? Il forçait un rapprochement qui embrasait le cœur de l’éditeur autant qu’il le sentait s’effondrer dans sa poitrine. Il souhaitait ce rapprochement autant qu’il le détestait. Il rêvait de s’enfuir, mais ses jambes ne parvenaient pas à bouger. Il demeurait immobile, comme un idiot, face à cette femme qu’il aimait encore désespéramment.

Un frisson le parcourut quand elle proposa de garder un peu Eddie. Ce dernier lui manquait et le chien s’était tout autant attaché à elle. Le cœur de l’éditeur s’emballa sans que rien n’y paraisse. Que répondre à cette demande ? En d’autres termes, il lui aurait dit oui sans se poser la question, il lui aurait même donné s’il avait fallu. Ce fut ce qu’il voulut dire en première intention, mais sa froide raison prit le dessus. Cela n’était pas une bonne idée. Pour elle. Pour lui. Ils seraient obligés de se croiser régulièrement, et Matthew savait que ses mensonges ne pourraient pas tenir un tel rapprochement. Les secondes s’étirèrent durant lesquelles il ne dit rien, songeur. Il ne voulait pas lui opposer un non trop brutal, mais une affirmation la conforterait dans l’idée qu’il pouvait encore y avoir de l’espoir pour eux. Si elle ne le disait pas explicitement, Matthew sentait transpirer cette flamme discrète dans chaque firme de son être, dans le ton de sa voix, dans les regards qu’elle portait sur lui. De l’amour pour elle, oui, il en existait encore. Matthew étouffait de ce trop plein d’amour qui menaçait de déborder à chaque seconde. Mais de l’espoir ? Il n’y en avait plus. Pas même dans les rêves les plus fous du poète… « Oui, je m’en suis renversé dessus quand Eddie m’a bousculé pour venir te rejoindre. » Mais peu importait. Elle-même devait sans doute s’en ficher aussi. Il prit une grande inspiration, résigné et désabusé. « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour Eddie. » trancha-t-il d’un ton qu’il modela pour ne pas être trop froid, mais ferme à la fois. « Le mieux serait que nous ne nous croisions le moins possible par la suite. Il me semblait avoir été clair la dernière fois que nous en avons discuté. » Discuter. Quel piètre mot pour désigner ce qu'avait été leur rupture. Matthew ne lui avait pas laissé le choix. Il avait imposé ses termes, ses règles et ses vérités. Héloïse n’avait pas eu son mot à dire. « Je suis désolé. » eut-il la faiblesse de dire à la brune. Lui refuser cette faveur lui apparaissait trop cruel, mais il ne pouvait pas s’y résoudre, hélas.
Eddie continuait de s’agiter à côté d’eux, souhaitant désespéramment attirer l’attention d’Héloïse. Si bien qu’il finit par accrocher sa gueule sur le sac de la jeune femme et tira dessus. La lanière glissa de l’épaule de la brune, fit tomber le sac et en éventra tout son contenu sur le sol. « Eddie ! » le réprimanda Matthew en éloignant sa gueule des affaires d’Héloïse. Par réflexe, il s’accroupit en même temps qu’elle pour récupérer ce qui jonchait l’herbe. Leurs mains se frôlèrent momentanément, créant le trouble de l’éditeur. Il se reprit aussi rapidement qu’il put, s’affairant à récupérer les quelques dossiers qui s’étaient éparpillés. Sans le vouloir, il vit des CV et autres documents administratifs. « Tu postules dans des maisons d’édition ? » demanda-t-il, avant de se maudire d’une telle question. Il faillit lui demander si elle utilisait sa lettre de recommandation, mais il se ravisa à temps. Quand bien même elle ne le faisait pas, il saurait agir sans qu’elle le sache pour l’aider dans ses démarches.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Jeu 17 Mai - 13:26

Le voir et ne pas pouvoir le toucher. Lui parler mais ne pas lui déclarer son amour. Être si prêt mais ne pas pouvoir se blottir contre lui. La vie me paraît si cruelle. Et le rencontrer dans ce parc me meurtrit un peu plus. J’aurais certainement dû tourner les talons et pourtant, je reste plantée là. Avec cet air malheureux. Avec ces curriculum vitae dans mon sac que je donne à n’importe qui, sans trop savoir ce que je souhaite réellement. Ou plutôt, je sais ce que je veux, mais il ne m’appartient plus, et ne le sera jamais. Pourtant, comme une idiote, je continue à m’accrocher à un maigre espoir. C’est fou quand même... Il me quitte de la pire des manières, m’avoue s’être servie de moi, ne pas m’avoir aimé. Et pourtant, je n’arrive pas à réaliser, je le regarde avec tout l’amour du monde dans mes yeux. Je devrais agir autrement mais je n’y arrive pas. Le peu de froideur que je manifeste devient bien vite un mirage et je m’accroche à cette possibilité de le revoir avec Eddie. Le chien me manque également, et ça pourrait me faire du bien. Même si les rechutes seront violentes. Comment pourrais-je réagir si je venais à le voir constamment quand je lui ramène son chien ? L’idée est folle. Je la lui propose et ce non, en découlant, n’en demeure pas moins difficile à entendre. Toujours ce ton froid. Catégorique. Se voir le moins possible. « Oui, tu as été clair... » Finis-je après un silence de quelques secondes destiné à pendre une grande inspiration et à me calmer doucement. Ce n’est pas le moment de craquer. « Ne sois pas désolé, d’ailleurs... C’est mon idée qui était stupide. » Pourtant, j’aurais aimé passer du temps avec Eddie. « Même s’il aurait été content de me voir. » Et cela se voir à l’entrain que manifeste le chien à mon égard. Il paraît si enjoué, ne cessant de fourrer son museau humide dans ma main à la recherche d’une nouvelle caresse, jappant d’impatience. Lui-même ne doit pas comprendre. C’est si insensé comme sensation. Et encore une fois, je ne comprends pas comment j’ai pu me trouver au milieu de cette farce. Et surtout, comment je n’ai remarqué. J’aurais dû m’en apercevoir. Ça m’éviterait une situation aussi humiliante et triste, aussi. « Enfin bref, je vais te laisser. » Finis-je par dire en sentant les larmes me monter aux yeux. Il faut vite que je m’en aille. Cette situation est tellement intolérable. Et je refuse de pleurer devant lui. Alors je serre les dents.
Je les serre fort. A m’en faire mal.

Cependant, Eddie en décide autrement et alors que je m’apprête à m’en aller, il tire un peu plus fort, se mettant à sauter et chopant mon sac entre ses crocs. Ce dernier, sous la force de l’emprise, tombe déversant son contenu au sol. « Mince !! Eddie ... » Je gémis en me mettant à genoux pour ramasser. Le chien paraît fier de lui, me regardant tout content et fier de lui. « T’es pas gentil ! » Et il me répond en jappant avant de tourner sur lui-même, toujours prêt à jouer. C’est alors que je me rends compte que Matthew est en train de m’aider, ramassant ces feuilles qui ne sont autres que mes CV. Mon sang se glace surtout lorsqu’il s’en aperçoit et me demande si je postule dans des maisons d’édition. Il faudrait alors que je m’énerve. Il faudrait que je lui dise que dès lors qu’il m’a quitté, tout ce qui me concerne ne le regarde pas. Je devrais même lui faire manger ces feuilles. Mais il y a Eddie et ce chien a décidé de me témoigner tout son amour. Il se met à me lécher le visage à sa hauteur. Ça déclenche des chatouilles et je ne peux m’empêcher de sourire légèrement. « Mais arrête ! » Si j’avais envie de pleurer, ce chien a réussi à m’en empêcher. Quand bien même, ça ne veut pas dire que je vais mieux. Au moins, j’évite d’être sèche avec Matthew. Ou de mentir. « Je ne cherche pas dans l’édition. Je préfère faire une pause. » Finis-je par dire sur un ton catégorique. Toutes mes études n’ont servi à rien. Mais je sais que je n’ai plus envie. Je ne tiens pas à voir un détail, dans mon travail, me rappelant Matthew. Le problème c’est qu’il est partout. Sans doute est-ce ridicule d’agir ainsi, de ne pas pousser plus loin mes rêves pour quelqu’un d’autre. Mais je ne peux pas faire semblant. Cela m’est impossible. Alors je préfère rêver d’une vie sans lien avec Matthew, une existence où il n’y est pas. Si ce n’est que j’ai l’impression qu’il s’agit plutôt d’un cauchemar. « Alors je postule de partout. Un barman m’a dit qu’il ne pouvait pas m’embaucher parce que je ne souriais pas assez. » Relevant mon regard après avoir pris ces feuilles, je l’observe avec une lueur de défi dans le regard. « Mais ce n’est pas facile de sourire, quand on a le cœur brisé, n’est-ce pas ? » Me redressant, je prends les feuilles qu’il tient pour les ranger sans cérémonie dans mon sac. « Tu n’as pas fait que me mettre plus bas que terre... » Le ton est si malheureux. Il a saccagé ma vie. Mes rêves. Mes espoirs. Mes ambitions. Faire tourner son monde autour d’une seule personne. J’ai foncé droit dans un mur, pourtant je  ne l’ai pas vu venir. « Enfin, je vais te laisser. Je te fais perdre ton temps. Désolée. » Finis-je par dire avant de tourner les talons, sans rien dire d’autre, tant l’envie de pleurer est grande. J’essaye d’ignorer les jappements plaintifs d’Eddie, continuant à marcher le plus vite possible. Je me suis jurée de ne pas fondre en larmes devant lui. J’ai peut-être un peu réussi. Etre digne jusqu’à m’éloigner.

***

Et la journée se passe. Et le lendemain arrive sous couvert d’une belle journée. Je continue à donner des CVs. Sans succès. Après la peine, voilà que surgit l’angoisse. Le délai pour rendre les clés s’amenuisent. Je continue à faire mes cartons mais tôt ou tard, il me faudra bien un toit pour tout mettre. Certes, il y a mes grands-parents. Mais je trouverais cela tellement humiliant de retourner à la case départ. Si seulement je n’avais pas donné congé. Me voici dans une galère profonde. Même si j’ai espoir que les choses s’arrangent. Je trouverais du travail, je trouverais un appartement. Et qui sait, je trouverais également une voix nouvelle à prendre. Aussi, je n’ai pas trop le moral, les questions sont nombreuses. Et tandis que je m’affaire à ranger encore un peu, je sens alors qu’on gratte à la porte, suivi de gémissements plaintifs. L’aboiement qui s’ensuit me donne l’espoir fou qu’il s’agit de Matthew m’amenant Eddie. Je m’empresse vite d’aller ouvrir la porte. « Eddi..AAAAAAAAH !!! » Le chien ne m’a même pas laissé le temps. Il me saute dessus, m’entraînant par terre et me lèche goulument tandis que je me débats pour me remettre sur pied. « Arrête ! Eddie !! Stop ! STOP !!! » Aussitôt, je cherche Matthew mais il n’est nulle part. « Mais… » Finis-je par dire avant d’aller voir à ma fenêtre. Point de Porsche en bas. Je ne comprends pas. « Tu es venu tout seul ? » Ce qui est incompréhensible. Même si j’ai déjà lu des trucs fabuleux sur ce type de chien. Ils ont un flair acéré, et ils sont capables de retrouver leur chemin facilement. Un peu comme dans l’incroyable voyage à vrai dire. Caressant le pelage doré, je finis par comprendre qu’il a dû s’échapper de chez Matthew. Je ne pense pas que ce dernier m’aurait accordé le droit de l’avoir. « Oh mon petit foufou !! » Et je porte le chien dans mes bras, même s’il a bien grossi d’ailleurs. Ce n’est pas tâche aisé vu comment il se tortille. Mais ça fait du bien au cœur. « Et si on allait se promener, hein ? » Je souris au chien qui semble tout excité. Il récupère même la laisse que je suspends habituellement dans l’entrée de mon appartement. Aussi, nous finissons par nous trouver dehors. Il y a un soleil éclatant. Eddie semble tout heureux et moi aussi, ça me fait du bien de l’avoir. Alors, nous faisons une grande promenade, ensemble dans un parc. Je lui lance un bâton et il vient me l’amener. Je n’ai, alors, pas l’impression d’être en train de commettre un vol, si on peut ainsi dire. Matthew a pourtant été très clair. Aussi, lorsque la journée touche à sa fin, que nous sommes tous les deux à la plage – Eddie allongé sur mes jambes, et moi le caressant – je me décide à envoyer un message à Matthew pour lui préciser que le chien est avec moi, à la plage. J’aurais pu le ramener mais rien qu’à l’idée de revenir chez lui ou dans sa maison d’édition, une boule se forme au creux de ma gorge. Alors, une fois le message envoyé, je continue à papouiller le chien, riant de ses léchouilles. Il aura au moins réussi à m’extraire de ma torpeur, à cesser de broyer du noir. Mais toute cette bulle positive finit bien vite par prendre fin. Je vois Matthew arriver et aussitôt, mon cœur s’emballe. Ça fait mal tout à coup. J’en oublie tout le bien être de cette journée. Il va m’enlever le chien, et aussitôt, je sens cette angoisse revenir. Celle qui me rappelle que je n’ai plus rien. Me relevant, j’attrape la laisse du Golden Retriever. « Avant que tu ne t’énerves, sache que je n’y suis pour rien… Il était devant ma porte d’entrée. » La boule au fond de ma gorge semble grossir à vue d’œil. Ma main serre un peu plus fort la laisse. « S’il te plait, Matthew, laisse-le moi de temps en temps. Il est malheureux sinon… Et il passera son temps à fuguer. Et puis… » Je déglutis difficilement. « J’ai tout perdu... Avant, j’avais mon chez-moi, j’avais un travail qui me plaisait, j’étais avec toi… J’étais heureuse. » Je n’arrive pas à lutter plus, me revoilà bien vite en train de pleurer à chaudes larmes. « ça m’a fait du bien de passer du temps avec lui. J’ai évité de penser à toute cette galère dans laquelle tu m’as mise… Alors, juste s’il te plait… » Et j’en suis là, finalement. A supplier pour un animal. A supplier pour trouver un peu de joie. Finalement, il avait peut-être raison : j’en deviens pathétique.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Dim 20 Mai - 0:45

C’était bien trop dur de se retrouver face à elle. Si Matthew tentait de demeurer impassible et indifférent, son for intérieur lui contait une histoire autrement différente. Son cœur battait comme un fou furieux dans sa poitrine. Et ça faisait mal, ça cognait fort, ça palpitait comme un brasier ardent dont il était prisonnier. Ses entrailles se serraient sous le coup de cette vérité qui ne voulait qu’exploser au creux de sa gorge. Il avait besoin de lui dire qu’il l’aimait encore, qu’il n’avait jamais voulu lui faire du mal, qu’il ne songeait qu’à son bien et qu’elle devait se tourner vers l’avenir, l’oublier, en aimer un autre. Un volcan furieux bouillonnait dans son esprit, lui faisait tourner la tête. Toutes ses pensées s’enchaînaient sans aucune construction logique. Il s’en détestait de la traiter de la sorte, se haïssait pour sa froideur, son indifférence et sa cruauté. Il ne lui accordait aucun répit, ne lui offrait aucun espoir. Elle était comme une créature à terre qu’il continuait de battre, de torturer et d’affaiblir. Si elle n’était pas encore complètement brisée, il continuait à le faire, monstre cruel qu’il était. Il ne put s’empêcher pourtant de se précipiter pour aider la jeune femme à récupérer les affaires qui s’étaient échappées de son sac éventré à cause d’Eddie. Là, il découvrit les divers papiers, et notamment son CV qui indiquait qu’elle était en recherche d’emploi. Il n’aurait pas dû s’en étonner, mais un pincement au cœur le prit en songeant qu’elle travaillerait aussi pour un autre et que son temps aux éditions McGregor était définitivement révolu. Il fronça des sourcils en apprenant qu’elle ne comptait pas chercher dans l’édition mais qu’elle s’accordait une pause. Voulait-elle plus de temps pour réfléchir ? Cela semblait être une autre raison. « Tu cherches quoi alors ? » demanda-t-il pressant. La suite le laissa hagard. Elle postulait visiblement pour tout, mais surtout n’importe quoi. La colère vibra dans son esprit en même temps que la culpabilité. Il ne put s’empêcher de répondre froidement et avec reproche. « Ma lettre de recommandation n’était pas destinée à ça. » Faire serveuse, sérieusement ? Il bouillait intérieurement d’une telle conclusion sur la vie professionnelle de la jeune femme. N’était-ce pas justement parce qu’il souhaitait protéger sa carrière et les ambitions d’Héloïse qu’il les avait sacrifiés ? N’était-ce pas pour empêcher son père de détruire la vie de celle qu’il aimait ? Et ainsi, elle voulait gâcher sa vie toute seule. La colère l’éperonna, aussitôt emportée par les paroles d’Héloïse. Sa sincérité la brûla à l’âme autant que la souffrance qui brisait sa voix. Il ne se sentit plus le cœur à la réprimander et à l’astreindre à revenir sur sa décision. Il demeura penaud, ayant soudain si froid alors que le soleil était radieux en cet après-midi de printemps. Il se redressa un peu après elle, ne la quittant pas du regard. Il lui fallait affronter ses mots malgré la honte qui l’étouffait. Au moins cela. Juste ça… Telle était la rançon de son succès. Car ainsi, Héloïse lui prouvait combien son plan était couronné d’une haute victoire. Il avait eu ce qu’il voulait. Il lui avait brisé le cœur, il avait anéanti le moindre espoir, il l’avait éloignée de lui pour toujours. « Je ne l’ai pas voulu… » parvint-il à bredouiller tout juste quand elle se fut éloignée. Figé sur place, il ne l’avait presque pas vue partir. Il ne bougeait plus un muscle. Un chagrin immense pesait sur son corps meurtri. Sans oser se l’avouer véritablement, il réalisait qu’il avait commis la plus grande erreur de sa vie.

***

« Vraiment, là, je n’ai pas le temps. » grogna Matthew en faisant claquer son verre de whisky vide sur la table basse du salon. Aujourd’hui, plus qu’un autre jour, l’éditeur était irrité, agacé et inquiet. Une fois de plus, Eddie s’était échappé alors qu’il était sous la vigilance d’Ellana qui était partie en promenade avec James puisque Matthew avait un rendez-vous important. Forcé de constater que ce chien n’en faisait qu’à sa tête. Mais s’il était inquiet de sa disparition, il l’était plus encore de sa destination. L’idée lui effleurait l’esprit… est-ce qu’il serait retourné trouver Hél… « Tu ne vas quand même m’éviter éternellement ? D’autant que si j’ai bien compris, tu es libre maintenant ? » La question n’appelait pas de réponse. Juste à énerver l’humeur de Matthew qui foudroya Jane du regard. Cette dernière souriait, satisfaite. « De plus, tu connais très bien la suite des choses. Tu as toujours été un garçon intelligent, Matthy. Pas avec les filles, mais pour le reste… » Evidemment qu’il connaissait la suite. Il savait que son père ne s’arrêterait pas uniquement à une rupture avec Héloïse. Le fait même d’imposer la rousse dans sa vie indiquait son désir évident de les voir se marier. Matthew n’était plus dupe depuis longtemps des projets de son père pour lui et la famille. « Justement, j’aurai bien assez de toute une vie pour te supporter. Alors épargne-moi pour l’instant. » Tout en se dirigeant vers la sortie, il bouscula Jane qui se tenait à l’entrée du salon. Il avait un chien à retrouver. Jane trottina gaiement derrière lui. En quelques mots, le poète venait d’admettre qu’il se plierait pleinement à ce projet de mariage. « Alors dis-moi, que préfères-tu ? Te marier à Los Angeles ? Oh non ! Nous pourrions retourner en Angleterre, comme au bon vieux temps ! Et pour la robe, tu veux de la flanelle ou de la soie ? Quoique non, cela devra être la surprise ! Pour les fleurs, rouges ou blan... » Matthew attrapa brusquement le poignet de Jane, la forçant à se taire. Ses prunelles étincelaient de rage. Son ton devint menaçant. « C’est bon, Jane. J’ai compris. Vous avez gagné. J’ai perdu. Maintenant, ta gueule ! » Il la poussa hors de son appartement, la forçant à partir de chez lui sans ménagement tandis qu’il fermait la porte derrière lui. Il l’entendit émettre un léger rire d’amusement avant qu’elle ne s’en aille, satisfaite. Matthew fulminait, peinant à fermer sa porte dans son agacement, quand son téléphone vibra. Il regarda le message. Ce qu’il craignait était arrivé. Eddie était avec Héloïse. Un froid s’installa dans ses entrailles, en même temps qu’une douceur chaleur. Entre peur et réconfort…

Il ne mit guère longtemps à rejoindre l’endroit où Héloïse lui avait donné rendez-vous. A cette heure avancée, le déclin du soleil offrait des rayons d’ambre sur la surface calme de l’océan. Et elle était là. Assise sur le sable chaud, sa chevelure sombre portée par le vent du soir, son visage caressé par la brise marine. Ce fut brusque et irraisonné, mais Matthew fut jaloux du zéphyr qui s’échouait sur la douceur de sa peau qu’il ne pourrait plus jamais éprouver. L’enchantement se leva sitôt qu’elle cerna sa présence. Se redressant, elle prit les devants, désarmant totalement l’éditeur. Il lut son désespoir, sa détresse, ce chagrin immense qui l’abattait et faisait couler les larmes sur ses joues rougies. Il n’eut pas le cœur à être froid, méfiant et indifférent. Il se rendait compte qu’il ne lui avait pas seulement ôté son cœur. Il l’avait privée de bien plus, tout comme lui s’était privé de bien plus que le cœur de la jeune femme. Il ne vivait plus vraiment. Ou tout juste à peu près. Il poussa un soupir impuissant et incertain, quittant le regard suppliant d’Héloïse pour observer l’horizon. Etait-il en droit de lui refuser quoi que ce soit ? Et pourtant, il ne pouvait pas se permettre de les lier d’une manière ou d’une autre. Son père s’en rendrait compte et pourrait le retourner contre eux. Le poète prit alors la décision qui lui parut la meilleure sur le moment. « C’est d’accord. » abdiqua-t-il. Il était prêt à tout lui laisser. Sa fortune, sa maison, son rang, ses biens. Après tout, il lui confiait bien son cœur, son âme et son esprit… « Mais alors, il ne sera plus à moi. Garde-le. Eddie est à toi. Dans le fond, c’était toi qui voulais d’un nouvel animal. » Le chien avait été un coup de cœur pour l’éditeur. Partis au départ pour acheter un nouveau lapin suite à une promesse stupide qu’il avait faite en étant bourré, ils en étaient finalement revenus avec un merveilleux Golden Retriever. « Peu importe. Je n’y ai plus le moindre attachement. Tu l’aimeras mieux que moi. » mentit-il pour qu’elle ne puisse pas se débattre face à cette décision. Au regard que lui lança Héloïse, il eut soudain peur. Il ne devait pas fléchir, pas trembler, pas montrer combien il doutait du lui-même et de ses décisions. Il dut se raffermir. « Il faut que nous soyons bien clairs, Héloïse. Si Eddie reste auprès de toi, c’est bien pour qu’il y reste. Il n’est pas question que je le revoie ou que nous nous revoyons. » Il avait déjà affirmé sa position hier. Il se trouvait cruel d’appuyer sur des douleurs si violentes. Après un temps de réflexion, il trouva une issue à un problème épineux qui le tourmentait depuis la veille. « Toutefois, je te le laisse qu’à une unique condition. » Pour poser son ultimatum, il se fiait au désespoir d’Héloïse et à sa vulnérabilité. Ce n’était pas éthique, mais il ne trouvait pas d’autre moyen pour la convaincre. « Je veux que tu poursuives tes recherches d’emplois dans l’édition. Et que tu utilises la lettre que je t’aie donnée. Elle est le meilleur moyen pour toi de trouver vite et bien. » Pour que son combat ne soit pas vain. Pour qu’il ne cède pas aux exigences de son père et de Jane sans qu’il n’en détienne une certaine assurance. Celle que la jeune femme puisse vivre de sa passion et être heureuse. Même sans lui.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Jeu 24 Mai - 21:15

Ma main se perd dans le pelage et ce contact si doux me fait du bien. Il m’aide à tenir bon face à Matthew, même si c’est dur. Il m’est difficile d’apparaître forte et les larmes sont arrivées bien trop vite. Elles ne font, cependant, qu’écho à cette peine immense que je ressens depuis quelques temps déjà. J’ai l’impression de ne plus vivre, d’être malheureuse. Et surtout, d’être dans cette perpétuelle incompréhension. J’aurais tellement aimé ne plus ressentir toutes ces émotions mauvaises, j’aurais aimé être forte. Mais j’en suis incapable. Un tel degré d’amour ne peut se renier aussi facilement. Je ne vivais plus pour moi, mais pour lui et ce, depuis un moment déjà. Aussi remonter la pente me semble impossible, j’ai trop l’impression d’avoir tout perdu, mon âme pleure sans cesse. Et je me morfonds dans mon malheur. Il me faut du temps. Beaucoup même. Mais je ne peux même pas en avoir. Ces couperets trônent au-dessus de moi telles des épées de Damoclès. Je devrais agir vite, me ressaisir, et aller de l’avant. Mais je n’y arrive pas, je ne veux pas non plus. Quelque part, je crois en l’éventualité de me réveiller de ce cauchemar et de m’apercevoir que tout va bien… Malheureusement, je ressens cette souffrance en moi. Elle m’irradie, dévore chaque fibre de mon être. Et l’entendre me parler de cette voix froide m’anéantit un peu plus. Je me sens même fautive de lui imposer ma présence dans sa vie, à chercher par tous les moyens à le revoir encore et encore. Même si c’est une fraction de seconde. Même s’il s’agit simplement de lui donner la laisse tenant Eddie. Malheureusement, les espoirs disparaissent aussitôt. Quand bien même, je suis misérable, à exhiber mes malheurs, il n’a pas l’air de s’en émouvoir plus que cela, déclarant soudainement qu’il me laisse le chien si c’est ce que je souhaite. J’en suis estomaquée. Surtout lorsqu’il évoque l’absence d’attachement pour l’animal. J’en oublie même de pleurer un peu plus, le fixant comme s’il était une personne que je ne connaissais pas. Est-il sincère ? N’a-t-il pas voulu Eddie ? Je crois le revoir encore quand nous étions dans cette animalerie, quand il a jeté son dévolu sur le chiot alors qu’à la base, nous devions acheter un nouveau lapin. Le coup de foudre a été instantané et nous avons tellement été heureux de voir ce chiot débarquer dans nos vies, à imaginer ce futur si harmonieux alors que tout, désormais, me paraît si froid et terne. Comment peut-il se débarrasser de cet animal de cette façon ? Qu’il ait pu ne pas m’aimer est une chose, mais Eddie ? Lui n’a rien fait pourtant. « J’en viens à ne plus te comprendre du tout… » Finis-je par dire d’une voix blanche en secouant doucement la tête, ébahie. J’en suis même choquée. Comment ai-je pu me tromper sur toute la ligne ? ça n’a pas de sens. C’est illogique.

Cependant, je suis loin de m’attendre à la suite. A cette proposition : de me laisser le chien et de chercher du travail dans les éditions. Il me rappelle cette fameuse lettre de recommandation qu’il m’a faite, celle que j’ai reçu quelques jours après dans ma boite aux lettres. Ô comme j’ai tant pleuré par la suite. « Matthew, je ne cèderai pas à un tel chantage. » Oh non, ça il en est hors de question. « Si pour toi, Eddie n’a aucune valeur, sache que pour moi, il est loin de de représenter une simple possibilité de travailler dans l’édition. » Ce chien, je l’aime parce qu’il a surgi dans ma vie. Que je l’ai aimé dès l’instant où il a trouvé refuge dans mes bras, que j’ai adoré être réveillée le matin par ses jappements incessants pour cause d’estomac creux. « Ta lettre a fini à la poubelle de toute façon. Je n’en ai aucune utilité. Je ne compte pas poursuivre dans l’édition. Pas avec tout ce que ça représente pour moi. » Déglutissant avec difficulté, j’ajoute de cette voix tremblante. « C’est encore trop tôt… » D’un point de vue extérieur, je dois paraître terriblement ridicule à m’accrocher encore, à ne pas être capable de me relever, de me prendre par la main et de reprendre du poil de la bête. « [colo=red]J’espère juste qu’avec le temps, tout ce que j’éprouve pour toi aura disparu, que je serais capable de pouvoir faire ce que j’aime vraiment, sans y voir là un souvenir me rattachant à toi.[/color] » Parce qu’en l’occurrence, là, maintenant, ça me parait être impossible à réaliser. Je serais incapable de pouvoir effleurer un manuscrit sans penser aux mots de Matthew, à ce qu’il m’a dit me mettant plus bas que terre. Je suis allée droit dans un mur et c’est difficile à admettre. Jamais personne ne m’aura traité ainsi. Jamais je n’avais encore fait l’objet d’une telle manigance. Et pourtant… une partie de moi me susurre sans cesse que tout ceci n’est qu’une façade, qu’il y a une véritable raison derrière tout ça. Cependant, je ne le réalise pas encore, perdue dans ma peine. « Merci pour Eddie. » Finis-je par dire. « Et je veillerai sur lui. » Je ferais en sorte qu’il ne s’échappe pas.

Pourtant, c’est ce qui se produit deux jours après. Alors que je me promène, que je panse les blessures de mon cœur. Deux jours où je ne cesse d'appuyer sur le bouton principal du portable. A espérer voir un message ou un appel manqué où figure son prénom. À espérer qu'il reviendra sur sa décision même si j'espère dans le vide. Je rêve un peu trop et il me suffit d’une seconde d’inattention, et voilà que le chien tire comme un fou sur sa laisse. J’ai beau le retenir, il a de la force et je finis par le perdre. J’ai beau hurlé, lui courir derrière. Ce chien est trop rapide. Au bout d’un temps à beugler son nom, à aller dans tous les sens, je me fais le constat suivant : ce chien s’est échappé. Je ressens tout un mélange de mauvaises émotions, de la peine, de la colère. Je me demande où est-ce qu’il a pu aller ? Je vais chez moi au cas où, mais pas de chien. Au fond de moi, je pense connaître la réponse bien que je la réfute. Cependant, après deux heures à courir dans tous les sens, je prends mon courage à deux mains, décidant d’appeler Matthew. Après deux tonalités, il finit par répondre, je ne passe pas par quatre chemins et lui annonce la nouvelle directement. « Le chien s’est échappé... Tu peux m’appeler si jamais tu le retrouves chez toi s’il te plaît ? » Je me refuse à me rendre du côté de chez lui. C’est devenu un no man’s mans pour moi, un lieu où gît tant de souvenirs.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Ven 29 Juin - 15:32

A croire que rien n’était bâti pour détenir le moindre sens. Le monde apparaissait comme une succession d’événements incongrus, un enchevêtrement d’idées maladroites et absurdes. Le chantage de son père, sa rupture avec Héloïse, les larmes sur son visage malheureux, cet amour qu’il lui arrachait cruellement, cet espoir insensé qu’il ne pourrait jamais satisfaire… Tout ce manque de logique foudroyait Matthew comme la plus violente des tempêtes tandis qu’il observait la beauté tragique de la femme qu’il aimait sur cette plage qui semblait n’appartenir qu’à eux. Il demeurait pourtant stoïque, l’œil insondable et flegmatique, tel qu’il avait toujours appris à l’être. Sois un McGregor, ne montre jamais tes émotions. Tel était l’adage qui lui était servi depuis son enfance. Rien ne pouvait laisser présupposer de la douleur qui engourdissait son cœur, du manque qui meurtrissait chaque fibre de sa chair. Le manque de ces bras, de cette bouche, de ce regard, de cet amour, de ces lèvres, de cette voix. A cet instant précis, une question terrible éclot dans l’esprit du poète. Comment, au cours des jours qu’il lui resterait de sa triste existence, pourrait-il se passer de la présence d’Héloïse ? Comment pouvait-il arriver à se convaincre qu’il parviendrait à vivre sans elle ? Il aurait souhaité tout balayer d’un revers de main rageur, assassiner l’injustice, les on-dit, les préjugés, les carcans de son monde, la médiocrité de son rang, la bêtise de ces plans. Grandi, fort et invincible, sa main aurait pris celle de son aimée pour l’emmener au loin, l’arracher à toute cette folie qui le rendait dément afin de l’emmener vers un avenir doux et aimant, tendre et dépouillé de cette brutalité. Il n’aurait plus eu qu’eux, l’horizon pour paysage, la saveur des jours pour se nourrir, le bonheur d’être ensembles et leur amour pour s’abreuver. Auraient-ils eu besoin de plus ? Matthew savait, qu’en dépit de cette existence luxueuse qu’il menait, qu’il ne lui en aurait pas fallu plus pour toucher du doigt les merveilles de cette apogée. Il n’aurait pour regret que ses sœurs. Mais pour Héloïse, tout était différent… à quoi devrait-il l’arracher pour qu’ils puissent trouver un brin de répit ? Que devrait-elle sacrifier pour qu’ils retrouvent cette liberté qui leur était ôtée ? Matthew n’avait pas le cœur à la torturer d’un tel ultimatum. A tort sûrement, il avait pris la décision à sa place, mais toujours avec les meilleures intentions du monde… Sauf qu’être auprès d’elle, c’était bien trop douloureux. Et trop injuste aussi.

« Ce n’est pas du chantage… » chercha-t-il à se défendre avec bien moins de convictions qu’il ne parvenait à en mettre d’ordinaire. Il le devait à ce manque de légitimité dans sa demande. Mais c’était plus fort que lui. En la quittant, il savait tout ce qu’il lui arrachait sans le vouloir. Son amour, ses espoirs, son insouciance… Et s’il ne devait plus rien lui restait, Matthew espérait au moins qu’elle conservait cette passion qu’elle détenait pour l’édition, qu’elle poursuivrait dans cette voie où elle était brillante. Cela était une des contreparties du contrat tacite avec son père. Alors la voir hésiter, reculer et abandonner, ça le rendait fou. Hélas, il semblait que face à la détermination de la jeune femme, toutes ses stratégies n’y puissent rien. Pas même en lui cédant Eddie. Après tout, il serait bien plus heureux avec elle. Il apprit sans surprise que sa lettre de recommandation avait échouée dans la poubelle. Son cœur se serra malgré tout. Un peu par orgueil, surtout par dépit. C’est encore trop tôt… Sauf que Matthew craignait que cela puisse devenir trop tard. Mais il savait, que dès lors qu’Héloïse reprendrait ses démarches pour poursuivre dans l’édition, il ferait un sorte qu’elle soit prise où elle le désire le plus. Il agirait dans l’ombre, de telle sorte qu’elle ne se rende compte de rien. Il était à l’origine de son malheur, mais il ferait tout pour qu’elle retrouve le sourire à ses lèvres, qu’elle reprenne de l’espoir et qu’elle se bâtisse une vie bien meilleure. Il serait son gardien vigilant. Cette petite part qui influerait sur le destin. Il la protégerait pour toujours. « Au revoir… » parvint-il tout juste à dire, d’une voix si grave qu’il ne la reconnut presque pas. Parce que ça lui faisait mal d’entendre les mots d’Héloïse. Parce qu’il ne voulait pas qu’elle l’oublie complètement, et pourtant, c’était ce pour quoi il œuvrait tous les jours. Il était si contradictoire… ça en devenait idiot.

***

Tout lui manquait. Héloïse. Eddie. Son quotidien. Les mots doux. Les regards discrets au travail. Les sourires tendres. La certitude des jours. Sa main dans la sienne. Il n’en pouvait plus de ce manque qui le dévorait tout entier. Il avait la sensation que son cœur était une vulgaire feuille de papier qui se déchirait sous les doigts d’un destin capricieux. Et à ses heures tristes, insipides et solitaires, il lui arrivait de fermer les yeux pour se rêver avec elle, pour oublier un court instant qu’elle n’était plus auprès de lui et qu’il l’avait perdue. Des brefs instants où il en venait à espérer qu’elle revienne, qu’elle comprenne et qu’elle ne lui laisse pas le choix, qu’elle se réfugie dans le creux de ses bras pour ne jamais le lâcher, qu’elle soit plus forte qu’il ne parvenait à l’être. Pour échapper à toutes ces tortures, il se plongeait corps et âme dans son travail, s’acharnait dans les projets qu’il devait mener, maltraitait son esprit à trouver les meilleures stratégies pour l’entreprise. Alors son cœur rata un battement quand il vit le numéro d’Héloïse s’afficher sur son portable. Pourquoi l’appelait-elle ? Il hésita un instant à répondre, mais décrocha malgré tout. Pour ce besoin irrépressible de savoir. « D’accord, je te tiens au courant. J’ai du boulot là. » Bref. Presque froid. Mais il ne le voulait pourtant pas. En dépit de tout le travail qui lui incombait, il quitta les locaux de la maison d’édition immédiatement. Pas uniquement pour trouver Eddie, mais juste à l’idée de la revoir, d’apprécier sa présence, de faire taire la légère angoisse qui se cachait derrière sa roideur. En peu de temps, il fut près de chez lui, ne trouvant nulle trace de l’animal. Il poursuivit mieux ses recherches, poussa même jusqu’à rentrer dans sa résidence au cas où Eddie se serait faufilé avec l’un des résidents. Rien. Son réflexe fut d’envoyer un message à Héloïse, uniquement pour lui demander où elle se trouvait. Peut-être penserait-elle qu’il avait retrouvé le chien, mais ce n’était pas le cas. Avec le recul, bien plus tard, sans doute se dirait-il que ce n’était pas une bonne idée. Toujours fut-il, qu’une fois l’information reçue, il partit sur sa moto à l’endroit indiquée. Elle était partie du côté des collines de LA pour promener le chien. Un endroit peu éloigné de la ville, mais qui donnait la sensation de se retrouver loin de tout, en pleine nature. Il gara sa moto à l’endroit où les véhicules se posaient généralement, reconnaissant la Chouquette d’Héloïse. Un sourire se greffa sur le visage de l’auteur, tendre et empli de regret à la fois. Il s’enfonça sur les sentiers qui marquaient la promenade, se dirigeant sans y penser sur le chemin qu’ils parcouraient autrefois habituellement. Après un quart d’heure de marche, il la trouva à serpenter la route sans oser trop s’éloigner des sentiers pour chercher. Dos à lui, elle ne remarqua pas tout de suite sa présence. Un désir soudain l’attrapa aux tripes. Presque une pulsion qu’il peinait à réprimer. S’approcher doucement d’elle, enrouler tendrement ses bras autour de sa taille, la serrer tout contre lui, coller son nez dans sa chevelure sombre et se délecter de son parfum jusqu’à en être ivre. Le craquement de la branche sur laquelle il marcha l’extirpa de ses rêveries et fit se retourner subitement Héloïse. « Ne t’en fais pas, c’est juste moi. » Il s’approcha, presque tenté de capturer ses lèvres une toute dernière fois. Mais son expression austère indiquait le contraire. « Je ne l’ai pas trouvé chez moi. J’ai cherché dans les alentours, mais rien non plus. Pas plus en passant devant chez toi pour venir ici. Il doit encore être dans le coin. » Il aurait pu ne pas venir. Il n’avait qu’à envoyer un message à Héloïse pour lui dire que le chien n’était pas avec lui, et se laver les mains de cette histoire. Mais une fois encore, c’était plus fort que lui. « Nous devrions le chercher ensembles. On sera au moins sûr qu’il ne s’enfuira pas vers l’un ou vers l’autre. » L’excuse était piteuse, mais annoncée sans flancher. Si bien qu’il espérait qu’Héloïse ne trouve rien à redire et ne lui demande pas de partir. Il enclencha le début de leur recherche, restant près l’un de l’autre dans une distance pudique. Il se sentait gêné, sachant que sa présence n’était pas forcément la bienvenue. Lui-même se répétait qu'il ne devrait pas être là. « Tu as trouvé quelque chose depuis la dernière fois ? » Il voulait meubler le silence, entendre sa voix, en apprendra plus sur elle, même s’il n’en avait pas le droit. Il avait besoin de sentir qu’elle était toujours là, à portée de main, même s’il ne pouvait plus la toucher.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Aujourd'hui à 7:08

Est-ce qu’il est temps pour moi de me faire une raison ? Est-ce qu’il est temps que j’accepte la situation ? Que je me fasse à l’idée que tout ça, c’est du passé. Que rien ne peut changer. Rien, ni personne. Pourtant, il y a Eddie. Et je me rends compte combien ce chien est une excuse pour le revoir, lui. Je m’accroche sans trop d’illusions. Je ne veux pas baisser les bras parce que ce n’est pas ma nature d’abandonner. Pourtant, mon coeur est brisé en mille morceaux. Je pleure sans arrêt, le manque de l’autre est constant. Il me manque la force et le courage nécessaire pour passer à autre chose. Mais je ne peux me faire à l’idée d’un après Matthew. Après tout ce qu’on a vécu, cette idée me semble inconcevable. J’ai évolué durant ces derniers mois avec l’idée qu’il était l’homme de ma vie, cet amour, ce premier et véritable amour. Celui que je ne peux oublier. Ce sentiment donne la place au chien d’être une excuse, une raison d’appeler Matthew, d’avoir besoin de lui. À trop le voir comme un Dieu dans mon existence, je ne sais plus rien faire sans lui. C’est atroce. Ça me renvoie que je suis une incapable. Et pourtant, l’orgueil est en dessous de zéro quand il faut l’appeler, entendre sa voix me bouleverse autant qu’elle me réconforte malgré sa froideur. Si seulement je pouvais entendre la douce mélodie de ses « Je t’aime ». Juste une fois. Mais au lieu de cela, je cherche ce chien qui s’enfuit trop souvent. « Allez Eddie... Reviens... » Je suis en train de le chercher dans ce bois, où il s’est échappé dans ce bois où je suis allée le promener en espérant que la ville ne serait pas trop dense pour lui, pour lui donner l’envie de s’échapper encore une fois. Cependant, ma tactique a échoué et je ne le trouve toujours pas. Le temps s’est écoulé depuis mon appel à Matthew. Je continue à chercher. J’ai réussi à le retrouver mais après avoir jappé, il s’est enfui à nouveau. Il va falloir qu’on s’occupe de son éducation à celui-là. Un dresseur ne sera pas de refus. Enfin, si au départ, je pense à deux au sujet d’Eddie, ma motivation s’effrite quand je pense qu’il faut que je m’en occupe toute seule, qu’il me faut de l’argent que je n’ai pas. Le moral s’en va aussitôt. Et je continue à marcher d’un pas énergique, l’envie de pleurer assez forte. « Allez mon chien... Viens... » J’inspire doucement pour ne pas m’effondrer plus. C’est tellement hard comme sensation. Je ne souhaite à personne de vivre cela. D’avoir tant de peines, et de devoir rencontrer son ex. Je comprends ce que vivent ceux qui divorcent. C’est alors que j’entends sa voix...


Je sursaute violemment, pivotant pour lui faire face. Le silence m’entoure tandis qu’il m’explique ne pas avoir trouvé le chien par chez lui. « Il est par ici, je l’ai vu... » Et ce moment-là, j’entends le chien japper au loin. Au moins, on a une direction à prendre. Parce que Matthew propose qu’on le cherche ensemble. Et bien sûr, je ne suis pas assez forte pour refuser. Au contraire, je m’accroche à ça, l’avoir avec moi. Et c’est fou comme le besoin de proximité est fort. Je pourrais presque me contenter de le savoir à côté de moi. On se met en marche, regardant de partout, en espérant que le chien apparaîtra. Je dois même serrer les poings pour ne céder à l’envie de le toucher. De toute façon, il me rejetterait, c’est sûr. Alors, je garde le silence, mes envies d’effleurer sa peau. Il est tout habillé comme un jour de travail. Et je lui en veux, parce qu’en me virant, il m’a ôtée l’envie de bosser, l’amour de mon métier. Il m’a tellement démotivée sur tant de choses. Mes poings se serrent un peu plus et j’accélère un peu plus. Le coeur bat si fort et il s’emballe un peu plus quand la question est posée. La seule à ne pas me sortir, en cet instant, où le coeur pleure si fort qu’il en devient bruyant. « Si j’ai trouvé du travail ? La réponse est non. » Je serre les dents, ma voix est froide. « De toute façon, qu’est-ce que ça peut te faire, hein Matthew ? » Je redresse mon visage, pour l’observer, mes yeux verts devenus brillants. « Tu te lances dans des élans de compassion, maintenant !? » Pourquoi a-t-il fallu qu’il me pose cette question ? Il n’aurait pas pu parler du temps ? Je n’en sais rien... Tout sauf ça. D’un certain côté, je pense que n’importe quelle question aurait eu le même effet. La peine est là. Et je me refuse à faire comme si notre rupture nous avait donné le droit d’être aimable, de se questionner sur l’autre. C’est alors qu’Eddie apparaît devant nous, avant de s’échapper à nouveau, je me mets à courir à sa poursuite, lui hurlant dessus. Cependant, mes appels sont sans réponse. Il fuit avant de passer par un buisson tellement touffu que nous, humains, nous ne pouvons pas nous y glisser. Entre les questions que Matthew me pose, ce foutu chien, la colère jaillit alors. « Mais ce n’est pas vrai !!! » Je m’époumone, la colère me donnant envie d’être déversée sur la seule personne se trouvant ici. En l’occurrence, ce n’est pas le chien. « Tu ne peux pas faire comme si de rien était ! Tu ne peux pas me demander si j’ai trouvé du travail !Tu ne peux pas !!! Et je ne tiens pas à entendre ça. N’essaye pas de soulager ta conscience en me posant ces questions ! C’est tellement difficile pour moi !Alors... Ne m’enfonce pas plus... » Je me tais, inspirant profondément pour me calmer. « On va juste chercher Eddie, ok ? Et puis ensuite, tu le récupéreras. Je crois que tu lui manques trop.. Et de toute façon, je n’ai pas les moyens de lui payer un éducateur pour qu’il arrête de s’enfuir. » Un pauvre sourire apparaît sur mon visage, j’essaye vraiment de me convaincre que ça ne m’affecte pas. « Ça ira pour moi... » Alors qu’en réalité, je sais que ça n’ira pas, que je serais encore à le pleurer pendant un moment, à me rappeler chaque mot qu’il a pu me dire, chaque geste qu’il a eu envers moi. Ces je t’aime qui n’ont plus de sens, et ma vie qui, doucement, part à la dérive. Je reprends ma marche et je ferme les yeux pour ne pas pleurer. J’inspire doucement quand soudain, je ne vois pas la racine, mon pied se tord et je pars sur le côté, rattrapée par les bras de Matthew. Le cri de surprise est vite remplacé par la rougeur apparaissant sur mes joues lorsque je sens ses bras enserrant les miens, retrouvant une proximité folle, me faisant relever le regard vers lui. Comme j’ai envie de me jeter à son cou, de pouvoir déposer mes lèvres contre les siennes, de pouvoir le retrouver comme avant. « Tu ne pourras jamais comprendre à quel point tu m’as brisée. J’ai la sensation d’avoir perdu un bout de mon âme et de mon cœur… »


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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Aujourd'hui à 15:12

Il n'y a pas une seule seconde qui s’écoulait sans que Matthew ne regrette de s'être rendu auprès d'Héloïse. En dépit des apparences, ce n'était pas à mal qu'il songeait en punissant la femme qu'il aimait par son mépris et son absence. Sa bouche close ne faisait que tenir les milliers de serments qu'il lui avait faits autrefois, où il promettait de la protéger, même si ce devait être de lui. Ses mains malmenées n'œuvraient qu'à la réalisation d'un dessein bien plus grand, d'un bonheur qui s’écrirait pour Héloïse dans le temps. Chaque fibre de son être était dirigée par un but unique : celui de la préserver de forces dont elle n'avait même pas conscience. Oh ce n'était pas par plaisir qu'il la tenait éloignée de lui… pas plus que cette attitude froide dont il habillait chacune de ses paroles, chacun de ses gestes. Et il s'en voulait d'être cruel à ce point. Toutes ses belles résolutions s’effritaient dès lors qu'il se trouvait en sa présence. Observer ce visage dévasté de douleur, comme on porterait une cicatrice immense, lui déchirait le cœur. Une haine farouche grondait dans le fond de ses entrailles, dirigée contre le monde entier, contre son père et contre lui-même. Cela était si dur de l'avoir auprès d'elle sans pouvoir la toucher, la prendre dans ses bras, lui dire la vérité, lui demander pardon pour tous ces mots, pour l'injustice de leur histoire, pour ne pas avoir su se battre plus longtemps. Matthew ne pouvait s'empêcher de songer avec culpabilité aux événements de l'année passée. De cet instant où il avait eu la folie de l'embrasser, précipitant de début et la chute de leur histoire. Durant des semaines, il avait lutté à s'en déchirer l'âme contre cette amour insensé qui le dévorait tout entier. Déjà, il savait qu'il ne pourrait pas la rendre heureuse, que ce bonheur ne serait bâti que sur un château de cartes et qu'ils ne pourraient jouir que d'un temps qui leur serait irrémédiablement compté. Pourtant, il avait fini par céder à cet espoir fou qu'ils pourraient être plus forts que la pression sociale, que toutes les résolutions de son père ou que ces carcans grotesques. Porté par l'amour d'Héloïse, il s'était cru invincible.
Terrible illusion qui avait éclaté douloureusement entre ses doigts impuissants… Matthew n'était pas assez fort pour s'opposer à son père, pas assez courageux pour imposer à Héloïse de changer radicalement d'existence, pas assez vaillant pour demander à Héloïse de choisir avec lui. Un an auparavant, il n'aurait jamais dû laisser Héloïse l'aimer. Il n'aurait jamais dû lui permettre d'entrer dans sa vie et de tout chambouler. Elle n'aurait jamais dû lui donner son cœur, car il était incapable de le lui rendre, tout comme il était incapable de lui reprendre le sien. Leur séparation n’y faisait rien. Ils s’appartenaient toujours l’un et l’autre, leurs êtres vibrant de cette proximité insupportable. Si proche et si loin à la fois… Un combat terrible se livrait dans les confins de son âme pour ne pas l’arrêter sur ce chemin, la prendre dans ses bras, l’embrasser jusqu’à l’ivresse, la couvrir de pardon et lui refaire mille serments. Mais il ne le pouvait pas… Il savait qu’il ne détenait pas ce pouvoir.

Il n’avait de recours que son indifférence et sa nonchalance devenue si naturelle pour lui. La question fut posée, anodine. Pourtant, il la regretta à l’instant même où elle franchit la barrière de ses lèvres. Il s’en voulut à la bouche d’Héloïse qui se tordit de chagrin, qui se parjurait par des paroles dures et douloureuses. Le cœur de Matthew se glaça subitement en entendant le ton froid qu’elle employait à son égard. Il avait conscience qu’elle s’armait de courage pour demeurer brave en sa présence et ne pas flancher, mais cette constatation lui fit mal. Elle lui fit même peur… Deviendrait-elle comme lui l’était autrefois ? Aurait-elle l’âme sèche et le cœur rêche ? Il se mit à éprouver un malaise à l’agressivité dont Héloïse faisait preuve, se transformant en une expression sévère sur son visage. « Héloïse, tu es injuste. » Pouvait-il seulement lui en vouloir ? Comment osait-il soutenir de tels propos après tout ce qu’il lui avait dit ? Mais Matthew connaissait la musique de son cœur. Elle lui disait qu’il crevait d’amour pour elle autant qu’il en crevait de chagrin. Il n’y avait rien de raisonnable, ni de sensé dans ce que ressentait le poète. Il la voulait auprès de lui autant qu’il savait qu’il devait l’éloigner. Il voulait lui dire des mots d’amour sans parvenir à empêcher ses lippes de déverser sa cruauté. Il voulait l’enlever pour qu’ils s’échappent mais tout ce qu’il savait faire, c’était la rejeter encore et encore. Ils n’eurent pas la possibilité de poursuivre ce bout de conversation. Eddie apparut au bout du chemin, aboyant joyeusement avant de repartir de plus belle. Héloïse fut la première à réagir, partant à la poursuite du chien, suivi de près par Matthew qui s’élança la seconde d’après. Ils se retrouvèrent à courir à travers les bois, tentant de ne pas perdre de vue l’animal. Sauf qu’en quelques secondes, ils ne le voyaient déjà plus. Héloïse s’arrêta brusquement, surprenant Matthew qui pila net. « On va le retrouv… » Il n’eut pas l’opportunité de finir. La colère de la brune était si grande qu’elle déborda de son esprit en ébullition. Il voulut se rebeller contre chaque mot qui venaient le heurter, mais il lui devait bien ce débordement de sentiments. Il l’écouta sans broncher, même si son cœur hurlait d’autres mots. Je t’aime, merde ! C’était difficile pour elle autant que pour lui. Pire encore de l’entendre croire qu’il pouvait être si cruel et si vide de sentiments. Les mots s’emprisonnèrent dans sa gorge, l’empêchant de lui crier de se taire, de lui crier qu’il ne vivait pas sans elle, qu’il ne faisait pas cela pour lui faire du mal, mais pour la préserver. Et même quand elle se tut pour reprendre son calme, il demeura muet, immobile, impuissant. Le chien ? Oh non, il n’en voulait pas. Même s’il l’aimait, il demeurait bien le cadet de ses soucis. C’était Héloïse qu’il voulait, et personne d’autre. Il lui rappellerait trop ce qu’il avait perdu. « Je t’ai dit que je te laissais Eddie. Je ne reviendrai pas sur mes paroles. » Son timbre était injustement méchant et agacé. Lui non plus, il ne voulait pas de sa compassion. Il ne voulait pas non plus de sa bienveillance et de son renoncement. Pourquoi ne pouvait-elle pas se battre comme elle le faisait depuis qu’il la connaissait ? Où était passée cette femme pleine de détermination ? Celle qui n’aurait jamais abandonné sa passion et son courage ? Il l’avait brisée…

Elle repartit dans ses recherches, laissant Matthew pantelant de colère et de chagrin. Il la suivit pourtant, peu décidé à la livrer aux caprices d’Eddie et à l’imprévisibilité des bois. Quand soudain, victime de sa maladresse habituelle, Héloïse s’embroncha le pied dans une racine et perdit l’équilibre. Le jeune homme la rattrapa prestement. Son souffle se coupa. Il le tenait dans ses bras, l’empêchant de tomber à la renverse. Son cœur partit dans une danse folle, manquant d’exploser dans sa poitrine. Elle le rendait totalement fou. Sa chaleur, son parfum, son souffle, sa peau, le regard qu’elle releva sur lui, les mots qui lui broyaient les entrailles. Quand elle eut retrouvé son équilibre, il ne la lâcha pas pour autant. Au contraire, il resserra sa prise sur ses bras, l’emprisonnant contre lui. Peu importait qu’elle lui demande de la laisser partir, il était ivre de cette proximité trop longtemps brisée. « Je comprends bien plus de choses que tu le croies. » s’exprima-t-il d’une voix rauque et profonde. Lui aussi avait le cœur brisé, déchiré et l’âme en miette. Il comprenait ce qu’elle vivait car elle ressentait la même chose que lui. Son visage n’était qu’à quelques centimètres du sien. Sa voix ne parvenait pas à se dépouiller de sa froideur pour autant. Ton âme, elle n’est pas loin. Elle est là, avec moi, au creux de mes mains. « Mais à toi, je ne te demande pas de comprendre. Je te demande juste d’accepter. » Sa main s’égara dans sa chevelure brune, la serrant doucement avec cette sensation que cela pourrait être la dernière fois qu’il la tiendrait dans ses bras. Soudain, la rigidité de ses traits fut balayée sous le coup d’une souffrance atroce. « Par pitié, Héloïse, ne rends pas les choses plus compliquées qu’elles ne le sont. » Il n’était pas assez fort pour résister à ses regards malheureux. Il ne parvenait pas à l’éloigner d’elle comme il l’aurait désiré. Il était lâche. « Tu avais raison depuis le début… la première fois où je t’ai embrassée, je n’aurai pas dû. » Les paroles de la brune résonnaient clairement dans son esprit. J’aurai aimé ne jamais avoir été embrassée de vous. Il se souvenait la douleur avec laquelle il avait reçu ses mots, bafoué dans son orgueil et dans son amour. Aujourd’hui, cela prenait tout son sens. Ils ne seraient pas si malheureux aujourd’hui s’il s’était montré plus maître de ses sentiments. Toutes ses convictions s’évanouirent dans un soupir résigné. « Mais je ne suis plus à une erreur près. » Ses lèvres fondirent sur celles d’Héloïse, lui imposant un baiser exigeant et désespéré. Ses bras se refermèrent sur sa taille, l’empêchant de se défiler. Peu importait qu’elle le repousse, qu’elle le gifle juste après, qu’elle s’insurge, il avait besoin de ce baiser qui marquerait le point final de leur relation. Il n’y pouvait rien. Il n’y résistait pas. Il l’avait dans la peau…
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MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   

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« Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse
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