Vice et Versa
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
MESSAGES : 3376

MessageSujet: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Jeu 12 Avr - 21:18

Un long soupir d’épuisement franchit les lèvres de l’éditeur dès lors que la porte de son appartement claqua derrière lui. Ce qui le cueillit en premier, ce fut cette solitude lugubre, ce vide immense que les absents laissent derrière eux. Il revenait tout droit de l’aéroport, ayant quitté June à New York. Cette dernière avait enfin trouvé sa nouvelle demeure après une longue série de visites auxquelles Matthew avait assisté à sa demande. Il n’était forcément mécontent de s’enfuir quelques jours à l’autre bout de l’Etat. Maintenant qu’il rentrait, la réalité revenait le frapper de plein fouet. Le visage d’Héloïse le hantait, ombre terrible qui venait l’enrober de ses bras puissants, l’étouffer dans sa culpabilité et sa douleur. Elle ne le quittait jamais. Elle était toujours là à chacun de ses jours, de ses déplacements, de ses gestes et de ce qu’il voyait. Son parfum demeurait constamment dans son sillage. Il pouvait entendre l’éclat de son rire tinter encore à ses oreilles, balayé aussitôt pour la tempête atroce de ses sanglots. Sa silhouette était imprimée sur sa rétine, dansait devant ses yeux, légère de cette innocence volée et appesantie à la fois par le chagrin. Son visage tendre le guettait à chaque seconde, vestige de cet amour qu’elle lui vouait sans mesure, sans condition. Il croyait voir encore ses lèvres lui murmurer les mots de l’amour, dans la pudeur de ces sentiments qui n’appartenaient qu’à eux ; puis tout à coup, elles se tordaient sous le coup d’une haine jamais observée chez elle. Ses oreilles étaient battues par sa rage, son honneur bafouée, son cœur déchiqueté, son âme trahie… Et lui, toujours aussi impuissant, toujours muet face à ce malheur qu’il modelait de ses propres mains. Il érigeait une frontière immense destinée à les éloigner à jamais. De cet amour, il n’en laissait plus que les cendres d’un brasier qu’il avait allumé de son propre chef. Il les avait condamnés… Mais je l’ai fait pour ton bien… Je l’ai fait pour que tu sois heureuse. Je ne voulais que ton bonheur… Même s’il est avec un autre que moi. Même si je n’en fais pas partie. Et il ne pouvait pas en faire partie. Matthew avait compris bien à regret que la seule issue pour tenir cette promesse d’offrir un avenir doux à Héloïse serait de renoncer à elle. Dans son combat, il ne s’était pas rendu compte qu’il l’entrainait vers ses propres ténèbres. Si aujourd’hui, elle se sentait la force de lutter à ses côtés, qu’en serait-il demain ? Et lorsque lui-même n’aurait plus la force de les porter ? Aveuglé… il avait été aveuglé par les rayons puissants de cet amour qu’ils se vouaient. Elle avait rallumé le ciel et ses étoiles. Elle lui avait montré le véritable chemin pour se retrouver. Que lui offrait-il en retour ?.... L’existence est amère. L’espoir n’y a pas sa place… Il n’y a pas d’amour heureux.

Les aboiements festifs d’Eddie le tirèrent brusquement de ses sombres pensées. Ellana était sûrement passée le ramener à l’appartement comme il était prévu. Durant l’absence de sa sœur et de son frère, elle s’en était chargée avec plaisir. Le chien avait presque atteint sa taille adulte désormais, et lorsqu’il se jeta sur Matthew afin de lui faire la fête, sa langue pouvait presque lui laper le visage. L’éditeur s’empressa de le refaire toucher terre, renouvelant ses remontrances pour qu’il ne saute pas sur les gens ainsi, avant de lui caresser affectueusement la tête. Mine de rien, cette boule de poils lui avait manqué aussi. Après quelques minutes, Matthew s’arracha à la compagnie joyeuse de l’animal pour amener sa valise dans sa chambre. Il eut la flemme de la déballer et partit directement prendre sa douche. Lavé, rasé, habillé, il était prêt pour prendre son café quand… « Oui… forcément. » Un sourire amusé étira légèrement ses lèvres. Face à lui, Eddie se tenait fièrement avec sa laisse coincée dans sa gueule et la queue qui s’agitait dans tous les sens. En dépit de la journée bien avancée, un merveilleux soleil brillait au-dehors et l’animal souhaitait bien en profiter. Quelques minutes plus tard, ils furent donc à l’extérieur, maître et chien pour une promenade. Ce n’était pas les espaces verts qui manquaient dans le quartier de Matthew, toutefois, il s’accorda une balade plus longue et atterrit dans un parc qui appartenait plus à la fréquentation banale du commun des mortels. Toute sorte de gens se trouvait en ces lieux. Des promeneurs, des personnes qui lisaient assis sur des bancs, des enfants qui jouaient, des couples en balade… Le poète tenta d’éloigner toutes les pensées parasites qui éclataient et bourdonnaient dans son esprit. A côté de lui, Eddie, joyeux, gambadait tranquillement. A une buvette, le jeune homme s’offrit son café qu’il n’avait pas pu avoir précédemment. Le vol l’avait totalement fatigué, outre toutes ces heures de sommeil qu’il ne parvenait plus à avoir. Alors qu’il réceptionnait son café brûlant entre ses doigts, le chien s’agita à côté de lui. « Du calme, Eddie. » Son appel autoritaire ne parut pas calmer la bête qui se mit à aboyer, à se tortiller malgré sa laisse et à pointer son attention dans une direction. Matthew continua à râler mais rien n’y fit. Il dut raffermir brusquement sa prise pour que le chien ne lui échappe pas. « Non mais qu’est-ce qui te prend… BORDEL ! » Surexcité, Eddie sauta dans tous les sens, si bien que sa laisse s’enroula dans les jambes de son maître. Ce dernier se retrouva bousculé par l’animal et l’intégralité de son café se déversa sur sa chemise. Il poussa un cri et, de douleur, lâcha le chien qui courut comme un fou. Sauf que… la laisse était toujours empêtré dans les jambes de Matthew qui se retrouva la seconde d’après à s’écraser lourdement sur le sol, la tête sur le gravier. « EDDIE ! » hurla-t-il hors de lui de se retrouver dans une posture si peu avantage. Puis merde… ça brûlait !! Il se retrouvait la chemise couverture de café et du gravier sableux collé à la peau. Une âme charitable voulut l’aider à se redresser mais il la repoussa sans politesse, s’élançant à la poursuite de son chien. Il pouvait le voir au loin. Mais si seulement il avait vu l’objet de l’intérêt du chien… sûrement se serait-il caché, évanoui dans le décor, ou aurait abandonné le chien. Non, à la place, quand il se crut heureux d’avoir rattrapé Eddie dont la course s’était calmée, il découvrit avec déplaisir qui était assailli par l’animal. Ce fut un coup au cœur. Et ça faisait mal. Plus encore que sa brûlure, ou sa chute. Que toutes les blessures du monde. Vivre sans elle était une douleur atroce. La revoir était encore pire. « Héloïse… » Il ne parvint à dire plus, pris au dépourvu. Il s’était imaginé réagir autrement, être froid, distant, cassant, mais il lui fallut plus de temps pour remettre son masque. « Qu’est-ce que tu fais ici ?! »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
MESSAGES : 4824

MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Sam 14 Avr - 13:29

Il me reste un mois. Un mois pour m’en aller de mon appartement. Un mois pour en trouver un autre. Un mois pour trouver du travail aussi. Et pourtant, j’enterre. J’ai l’impression que ma vie n’a aucun sens, qu’elle ne brille autant. Il me faut me ressaisir mais c’est bien trop difficile. Je n’ai aucune volonté. Mes forces m’ont quittées. Et je suis semblable à une âme en peine, le cœur vide et le sac en bandoulière plein de CV que je dois distribuer à celui qui voudra bien de moi. Je n’ai aucune expérience à justifier en dehors d’avoir travaillé dans une prestigieuse maison d’édition. J’ai bien tenté de me présenter dans une autre. Mais hélas lorsque l’on m’a demandé pourquoi j’étais partie d’un endroit aussi réputé, je n’ai pu retenir mes larmes, pleurant devant une personne chargée d’un recrutement, ne comprenant pas la raison d’un tel chagrin. J’ai le cœur en friche, l’esprit étreint par les sanglots, les yeux me brûlant à force de trop de pleurs. Il faut pourtant que je reprenne du poil de la bête, que j’aille mieux. Mais c’est si difficile. A chaque fois que j’essaye d’apporter un peu de bonheur dans cette existence morne, son visage apparaît dans ma mémoire, dans mes songes, alimentant cette peine sans arrêt. C’est sans fin, c’est continu. C’est indescriptible tant j’ai mal, tant je me sens vide. Il y a encore quelques temps, je riais, je dansais, je chantais de ce bonheur que je vivais. Et désormais, je me demande constamment… pourquoi. Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour mériter une telle chose ? Une telle injustice. Je ne pense pas avoir créé de désagréments à qui que ce soit. Alors… Pourquoi moi ? Les réponses demeurent sans réponse. Le repos ne se trouve pas. Quand il me faut dormir, mes rêves sont peuplés de cauchemars dans lesquels il est là, sa voix résonnant encore de ces mots cruels. Comment de tels phrases emplies d’amour ont-elles pu devenir une telle source de chagrin ? Je me le demande bien sans trouver de réconfort. De toute façon, j’ai tant de choses à penser. Ma propre galère m’aide à ne pas sombrer complètement et puis, je ne suis pas seule. Mes amies sont là, elles m’épaulent du mieux qu’elles peuvent. Mais il y a bien des choses qu’elles ne peuvent faire. Comme trouver du boulot. Un nouvel appartement. Tout me paraît si compliqué désormais. J’ai trop vécu dans son sillage, à me soucier de rien. Cet état de fait me revient droit dans la figure. A la longue, j’avais fini par ne plus savoir vivre sans lui.

Un nouveau cv déposé, je suis sortie du bar sans grande conviction. Le patron l’a longtemps dévisagé sans savoir s’il devait dire oui ou non. Le fait que je n’ai pas d’expérience n’aide pas, tout comme mon visage triste. C’est d’ailleurs ce qu’il a fini par dire, en soupirant un peu. « Vous devriez revenir une fois que vous aurez pensé à sourire. Les gens, ici, viennent pour se détendre. » Ces paroles n’ont aucune méchanceté. Et pourtant, elles me font l’effet d’un coup de fouet en pleine poire. Il a sans doute raison. Il faut que je me force à aller mieux, à sourire. Peut-être même qu’une sortie pourrait me faire du bien. Avec Naïa ou Elsa. Ou même les deux, je n’en sais rien. Même ça je ne sais plus faire. Je préférais tellement organiser des weekends avec lui, me retrouver à ses côtés, me réveiller avant que lui-même n’ouvre les yeux, le contempler lui qui était, à mes yeux, la plus belle des choses sur terre. Mais il est parti… Il n’est plus là. Soupirant pour me calmer, j’essaye de faire taire le nouveau torrent de larmes, m’accaparant l’esprit en regardant autour de moi, dévisageant le joli paysage de ce parc. Combien de fois y suis-je allée avec un livre, avec mes devoirs, fut un temps où ma préoccupation n’était pas d’être aimée par cet Autre. Aujourd’hui, ce lieu me paraît dénué d’humanité, austère, froid. J’ai si mal au fond de moi…

C’est un aboiement qui finit par me sortir de ma torpeur, tandis que je fixe un petit étang d’où se promène quelques canards. Relevant le regard vers la source du bruit – et parce qu’il s’amplifie trop vite – je vois alors une boule de poils clairs foncer droit sur moi. Si au départ, je suis prête à hurler face à la présumée attaque d’un chien, je reconnais bien vite la bête. Sans doute parce que le pelage est familier, parce que le collier de cuir ornant son cou n’est autre que celui que j’avais, un jour, acheté. « Eddie !!! » Je m’exclame tandis que le chien me saute dessus, m’inondant le visage de léchouilles tendres et affectueuses. « Mais… Mais…Qu’est-ce que tu fais là ? » Je suis étonnée de le voir ici. Ma première pensée est qu’il s’est enfui. Mais aussitôt que je songe à cela, la deuxième idée me vient aussitôt. Malsaine. Douloureuse. Mon regard s’est aussitôt relevé vers l’horizon que je le reconnais d’emblée, venant vers le chien devant lequel je suis accroupie, ma main essayant de l’empêcher de me lécher encore plus. Lorsqu’il prononce mon prénom, sa voix me procure une intense brûlure. Dans mon estomac, au coin de mes yeux. Je ne sais que dire, tandis que je me redresse aussitôt, ignorant Eddie me donnant des coups de museau afin que je le caresse. Qu’est-ce que je fais ici ? La question est évidente. Je vis ici. Los Angeles est ma maison. Une étrange fureur s’empâre de moi et j’ai bien envie de lui envoyer une réplique acerbe. Cependant, je ne m’en sens pas capable. Mon âme est dénuée de toute méchanceté, c’est au delà de mes forces. J’ai juste envie de m’écrouler un peu plus. Mais le semblant de dignité que je possède m’en empêche. « Je…Je suis venue me promener. » Finis-je par dire, tandis que mon esprit me hurle qu’il n’a pas besoin de savoir cela. Il ne doit rien savoir du tout. Il doit s’en moquer sans doute. « Mais tu t’en fiches très certainement. » Le ton est froid malgré moi. Ma main caresse le doux pelage du chien, ce qui me permet de garder les pieds sur terre, m’empêchant de dire ou faire n’importe quoi, comme le supplier, pour qu’il me revienne. Il me manque cruellement. Et je n’arrive même pas à le haïr. C’est au delà de mes forces. Je l’aime plus que tout. Je suis même prête à vivre à ses côtés en sachant pertinemment qu’il ne m’a jamais aimé. Juste pour l’odeur de sa peau, juste pour le son de sa voix, juste pour la saveur de ses lèvres contre les miennes. Juste pour ce qu’il est. Peu importe qu’il ne m’aime pas… Pourtant, je tiens bon. Ça ne servirait à rien, à part me ridiculiser. Alors, je me ressaisis un peu. « Le chien est venu vers moi. Je ne m’y attendais pas. » Le ton est presque sur la défensive. L’air malheureux. « Je me rends compte que je ne le vois plus… Et… Il me manque un peu… » Mais dans toute cette peine ressentie, je l’ai mis de côté pour ne me centrer que sur moi-même. « Je pourrais le garder un peu et te le ramener si tu veux… » L’idée est folle. Je suis folle. Folle de croire à cela, maigre espoir et faible baume appliqué à un cœur meurtri. « C’est idiot comme idée, mais on l’avait pris ensemble… Et…Et… »  Et alors, je finis par me taire, me mettant à rougir, me rendant compte combien ma demande est ridicule. Jusqu’à présent, je n’ai jamais réclamé la présence du chien, jusqu’à présent je n’ai pensé qu’à Matthew. Qu’à lui seul et savoir qu’il me faudra le voir ne sera, alors, pas une bonne idée. Ça ne m’aidera pas à aller de l’avant. Mais en ce moment, c’est alors le désir le plus cher à mon cœur. Le voir, pour panser mes plaies, le voir pour alimenter cet amour, le voir pour que mon cœur se brise un peu plus, effet pervers d’un chagrin d’amour que l’on ne peut soigner autrement. « Tu as du café sur toi.. » Finis-je par dire, pour occuper le temps, pour meubler les secondes s'écoulant très lentement, le palpitant s'évertuant à battre comme un fou.
'


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
MESSAGES : 3376

MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Dim 13 Mai - 22:00

Ce fut en croisant Héloïse ce jour-là que Matthew se fit le constat que la terre n’était manifestement pas assez grande. Bien entendu, ils vivaient toujours dans la même ville, ce qui ne facilitait pas les choses, mais l’éditeur avait espoir que leurs routes ne se croiseraient plus, qu’ils ne seraient plus ainsi confrontés à des situations aussi inconfortables, qu’ils n’auraient pas leurs cœurs en lambeaux dès que leurs regards plongeraient l’un dans l’autre. Eddie était le malheureux à l’origine de cette rencontre impromptue, et malgré tout l’amour qu’il vouait à ce chien, Matthew était prêt à le faire abattre sur le champ. Pourquoi avait-il fallu qu’il se jette au cou de la brune ? De plus, il n’avait pas épargné l’orgueil de l’auteur, le faisant apparaître dans une situation des plus ridicules. La chemise souillée d’un café encore brûlant, il était recouvert de la poussière et du gravier qui revêtait le sol. S’il avait su, il ne serait jamais sorti de chez lui et ce serait accordé cette sieste dont il avait désespéramment besoin après son trajet en avion. En dépit de la colère, la douleur fut immense en revoyant son visage pâle et triste qui lui faisait face. Un bref instant, il lui vint à l’esprit que tout ce qui avait pu se dérouler plus d’une semaine auparavant n’était qu’un cauchemar insensé, qu’il n’aurait qu’à lui sourire, déposer ses lèvres sur les siennes pour sceller un baiser tendre et empli de promesse. Comme si tout était normal… Mais rien n’était comme avant. Le quotidien ne se dessinait plus à la couleur de leur bonheur et de leur amour. Il avait été terrassé par la trahison, l’abandon, la douleur et le chagrin. Matthew en était fou. Un brasier terrible prit possession de sa poitrine. En colère contre son père, contre le monde entier et contre lui-même. Il se trouva lâche, une fois de plus, de ne savoir que composer avec froideur et nonchalance devant Héloïse. Toutefois, il ne pouvait faire autrement… Cette barrière glaciale qu’il érigeait était censée épargner à la brune beaucoup de souffrance à venir. Tout ceci était pour son bien, pour qu’elle l’oublie, pour qu’il appartienne au passé, pour que ce sacrifice ne soit pas vain. Était-ce seulement vrai ? Tout ceci pourrait offrir à Héloïse tout le bonheur et l’amour qu’elle méritait, même si c’était d’un autre ? A voir la mine fatiguée qu’elle arborait, le doute l’assaillit.

S’en ficher ? Non, il ne s’en fichait pas. Il ne voulait pas rater un mot, une parole, un murmure, un soupir qui s’échappait d’entre les lèvres de la jeune femme. Il voulait s’abreuver du son de sa voix. Oh ! Comme elle lui avait manqué tant qu’il était à New York… comme son absence était une déchirure ! Comme il voulait la prendre dans ses bras pour étouffer la souffrance dans son étreinte. « Oui, il t’a sentie de loin. » Eddie, ce traître qui sautillait gaiement autour du duo. La colère de Matthew envers le chien n’avait rien de raisonnable. Qui sont les animaux pour comprendre et s’acquitter de telles situations ? Il forçait un rapprochement qui embrasait le cœur de l’éditeur autant qu’il le sentait s’effondrer dans sa poitrine. Il souhaitait ce rapprochement autant qu’il le détestait. Il rêvait de s’enfuir, mais ses jambes ne parvenaient pas à bouger. Il demeurait immobile, comme un idiot, face à cette femme qu’il aimait encore désespéramment.

Un frisson le parcourut quand elle proposa de garder un peu Eddie. Ce dernier lui manquait et le chien s’était tout autant attaché à elle. Le cœur de l’éditeur s’emballa sans que rien n’y paraisse. Que répondre à cette demande ? En d’autres termes, il lui aurait dit oui sans se poser la question, il lui aurait même donné s’il avait fallu. Ce fut ce qu’il voulut dire en première intention, mais sa froide raison prit le dessus. Cela n’était pas une bonne idée. Pour elle. Pour lui. Ils seraient obligés de se croiser régulièrement, et Matthew savait que ses mensonges ne pourraient pas tenir un tel rapprochement. Les secondes s’étirèrent durant lesquelles il ne dit rien, songeur. Il ne voulait pas lui opposer un non trop brutal, mais une affirmation la conforterait dans l’idée qu’il pouvait encore y avoir de l’espoir pour eux. Si elle ne le disait pas explicitement, Matthew sentait transpirer cette flamme discrète dans chaque firme de son être, dans le ton de sa voix, dans les regards qu’elle portait sur lui. De l’amour pour elle, oui, il en existait encore. Matthew étouffait de ce trop plein d’amour qui menaçait de déborder à chaque seconde. Mais de l’espoir ? Il n’y en avait plus. Pas même dans les rêves les plus fous du poète… « Oui, je m’en suis renversé dessus quand Eddie m’a bousculé pour venir te rejoindre. » Mais peu importait. Elle-même devait sans doute s’en ficher aussi. Il prit une grande inspiration, résigné et désabusé. « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour Eddie. » trancha-t-il d’un ton qu’il modela pour ne pas être trop froid, mais ferme à la fois. « Le mieux serait que nous ne nous croisions le moins possible par la suite. Il me semblait avoir été clair la dernière fois que nous en avons discuté. » Discuter. Quel piètre mot pour désigner ce qu'avait été leur rupture. Matthew ne lui avait pas laissé le choix. Il avait imposé ses termes, ses règles et ses vérités. Héloïse n’avait pas eu son mot à dire. « Je suis désolé. » eut-il la faiblesse de dire à la brune. Lui refuser cette faveur lui apparaissait trop cruel, mais il ne pouvait pas s’y résoudre, hélas.
Eddie continuait de s’agiter à côté d’eux, souhaitant désespéramment attirer l’attention d’Héloïse. Si bien qu’il finit par accrocher sa gueule sur le sac de la jeune femme et tira dessus. La lanière glissa de l’épaule de la brune, fit tomber le sac et en éventra tout son contenu sur le sol. « Eddie ! » le réprimanda Matthew en éloignant sa gueule des affaires d’Héloïse. Par réflexe, il s’accroupit en même temps qu’elle pour récupérer ce qui jonchait l’herbe. Leurs mains se frôlèrent momentanément, créant le trouble de l’éditeur. Il se reprit aussi rapidement qu’il put, s’affairant à récupérer les quelques dossiers qui s’étaient éparpillés. Sans le vouloir, il vit des CV et autres documents administratifs. « Tu postules dans des maisons d’édition ? » demanda-t-il, avant de se maudire d’une telle question. Il faillit lui demander si elle utilisait sa lettre de recommandation, mais il se ravisa à temps. Quand bien même elle ne le faisait pas, il saurait agir sans qu’elle le sache pour l’aider dans ses démarches.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 12/03/2016
MESSAGES : 4824

MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Jeu 17 Mai - 13:26

Le voir et ne pas pouvoir le toucher. Lui parler mais ne pas lui déclarer son amour. Être si prêt mais ne pas pouvoir se blottir contre lui. La vie me paraît si cruelle. Et le rencontrer dans ce parc me meurtrit un peu plus. J’aurais certainement dû tourner les talons et pourtant, je reste plantée là. Avec cet air malheureux. Avec ces curriculum vitae dans mon sac que je donne à n’importe qui, sans trop savoir ce que je souhaite réellement. Ou plutôt, je sais ce que je veux, mais il ne m’appartient plus, et ne le sera jamais. Pourtant, comme une idiote, je continue à m’accrocher à un maigre espoir. C’est fou quand même... Il me quitte de la pire des manières, m’avoue s’être servie de moi, ne pas m’avoir aimé. Et pourtant, je n’arrive pas à réaliser, je le regarde avec tout l’amour du monde dans mes yeux. Je devrais agir autrement mais je n’y arrive pas. Le peu de froideur que je manifeste devient bien vite un mirage et je m’accroche à cette possibilité de le revoir avec Eddie. Le chien me manque également, et ça pourrait me faire du bien. Même si les rechutes seront violentes. Comment pourrais-je réagir si je venais à le voir constamment quand je lui ramène son chien ? L’idée est folle. Je la lui propose et ce non, en découlant, n’en demeure pas moins difficile à entendre. Toujours ce ton froid. Catégorique. Se voir le moins possible. « Oui, tu as été clair... » Finis-je après un silence de quelques secondes destiné à pendre une grande inspiration et à me calmer doucement. Ce n’est pas le moment de craquer. « Ne sois pas désolé, d’ailleurs... C’est mon idée qui était stupide. » Pourtant, j’aurais aimé passer du temps avec Eddie. « Même s’il aurait été content de me voir. » Et cela se voir à l’entrain que manifeste le chien à mon égard. Il paraît si enjoué, ne cessant de fourrer son museau humide dans ma main à la recherche d’une nouvelle caresse, jappant d’impatience. Lui-même ne doit pas comprendre. C’est si insensé comme sensation. Et encore une fois, je ne comprends pas comment j’ai pu me trouver au milieu de cette farce. Et surtout, comment je n’ai remarqué. J’aurais dû m’en apercevoir. Ça m’éviterait une situation aussi humiliante et triste, aussi. « Enfin bref, je vais te laisser. » Finis-je par dire en sentant les larmes me monter aux yeux. Il faut vite que je m’en aille. Cette situation est tellement intolérable. Et je refuse de pleurer devant lui. Alors je serre les dents.
Je les serre fort. A m’en faire mal.

Cependant, Eddie en décide autrement et alors que je m’apprête à m’en aller, il tire un peu plus fort, se mettant à sauter et chopant mon sac entre ses crocs. Ce dernier, sous la force de l’emprise, tombe déversant son contenu au sol. « Mince !! Eddie ... » Je gémis en me mettant à genoux pour ramasser. Le chien paraît fier de lui, me regardant tout content et fier de lui. « T’es pas gentil ! » Et il me répond en jappant avant de tourner sur lui-même, toujours prêt à jouer. C’est alors que je me rends compte que Matthew est en train de m’aider, ramassant ces feuilles qui ne sont autres que mes CV. Mon sang se glace surtout lorsqu’il s’en aperçoit et me demande si je postule dans des maisons d’édition. Il faudrait alors que je m’énerve. Il faudrait que je lui dise que dès lors qu’il m’a quitté, tout ce qui me concerne ne le regarde pas. Je devrais même lui faire manger ces feuilles. Mais il y a Eddie et ce chien a décidé de me témoigner tout son amour. Il se met à me lécher le visage à sa hauteur. Ça déclenche des chatouilles et je ne peux m’empêcher de sourire légèrement. « Mais arrête ! » Si j’avais envie de pleurer, ce chien a réussi à m’en empêcher. Quand bien même, ça ne veut pas dire que je vais mieux. Au moins, j’évite d’être sèche avec Matthew. Ou de mentir. « Je ne cherche pas dans l’édition. Je préfère faire une pause. » Finis-je par dire sur un ton catégorique. Toutes mes études n’ont servi à rien. Mais je sais que je n’ai plus envie. Je ne tiens pas à voir un détail, dans mon travail, me rappelant Matthew. Le problème c’est qu’il est partout. Sans doute est-ce ridicule d’agir ainsi, de ne pas pousser plus loin mes rêves pour quelqu’un d’autre. Mais je ne peux pas faire semblant. Cela m’est impossible. Alors je préfère rêver d’une vie sans lien avec Matthew, une existence où il n’y est pas. Si ce n’est que j’ai l’impression qu’il s’agit plutôt d’un cauchemar. « Alors je postule de partout. Un barman m’a dit qu’il ne pouvait pas m’embaucher parce que je ne souriais pas assez. » Relevant mon regard après avoir pris ces feuilles, je l’observe avec une lueur de défi dans le regard. « Mais ce n’est pas facile de sourire, quand on a le cœur brisé, n’est-ce pas ? » Me redressant, je prends les feuilles qu’il tient pour les ranger sans cérémonie dans mon sac. « Tu n’as pas fait que me mettre plus bas que terre... » Le ton est si malheureux. Il a saccagé ma vie. Mes rêves. Mes espoirs. Mes ambitions. Faire tourner son monde autour d’une seule personne. J’ai foncé droit dans un mur, pourtant je  ne l’ai pas vu venir. « Enfin, je vais te laisser. Je te fais perdre ton temps. Désolée. » Finis-je par dire avant de tourner les talons, sans rien dire d’autre, tant l’envie de pleurer est grande. J’essaye d’ignorer les jappements plaintifs d’Eddie, continuant à marcher le plus vite possible. Je me suis jurée de ne pas fondre en larmes devant lui. J’ai peut-être un peu réussi. Etre digne jusqu’à m’éloigner.

***

Et la journée se passe. Et le lendemain arrive sous couvert d’une belle journée. Je continue à donner des CVs. Sans succès. Après la peine, voilà que surgit l’angoisse. Le délai pour rendre les clés s’amenuisent. Je continue à faire mes cartons mais tôt ou tard, il me faudra bien un toit pour tout mettre. Certes, il y a mes grands-parents. Mais je trouverais cela tellement humiliant de retourner à la case départ. Si seulement je n’avais pas donné congé. Me voici dans une galère profonde. Même si j’ai espoir que les choses s’arrangent. Je trouverais du travail, je trouverais un appartement. Et qui sait, je trouverais également une voix nouvelle à prendre. Aussi, je n’ai pas trop le moral, les questions sont nombreuses. Et tandis que je m’affaire à ranger encore un peu, je sens alors qu’on gratte à la porte, suivi de gémissements plaintifs. L’aboiement qui s’ensuit me donne l’espoir fou qu’il s’agit de Matthew m’amenant Eddie. Je m’empresse vite d’aller ouvrir la porte. « Eddi..AAAAAAAAH !!! » Le chien ne m’a même pas laissé le temps. Il me saute dessus, m’entraînant par terre et me lèche goulument tandis que je me débats pour me remettre sur pied. « Arrête ! Eddie !! Stop ! STOP !!! » Aussitôt, je cherche Matthew mais il n’est nulle part. « Mais… » Finis-je par dire avant d’aller voir à ma fenêtre. Point de Porsche en bas. Je ne comprends pas. « Tu es venu tout seul ? » Ce qui est incompréhensible. Même si j’ai déjà lu des trucs fabuleux sur ce type de chien. Ils ont un flair acéré, et ils sont capables de retrouver leur chemin facilement. Un peu comme dans l’incroyable voyage à vrai dire. Caressant le pelage doré, je finis par comprendre qu’il a dû s’échapper de chez Matthew. Je ne pense pas que ce dernier m’aurait accordé le droit de l’avoir. « Oh mon petit foufou !! » Et je porte le chien dans mes bras, même s’il a bien grossi d’ailleurs. Ce n’est pas tâche aisé vu comment il se tortille. Mais ça fait du bien au cœur. « Et si on allait se promener, hein ? » Je souris au chien qui semble tout excité. Il récupère même la laisse que je suspends habituellement dans l’entrée de mon appartement. Aussi, nous finissons par nous trouver dehors. Il y a un soleil éclatant. Eddie semble tout heureux et moi aussi, ça me fait du bien de l’avoir. Alors, nous faisons une grande promenade, ensemble dans un parc. Je lui lance un bâton et il vient me l’amener. Je n’ai, alors, pas l’impression d’être en train de commettre un vol, si on peut ainsi dire. Matthew a pourtant été très clair. Aussi, lorsque la journée touche à sa fin, que nous sommes tous les deux à la plage – Eddie allongé sur mes jambes, et moi le caressant – je me décide à envoyer un message à Matthew pour lui préciser que le chien est avec moi, à la plage. J’aurais pu le ramener mais rien qu’à l’idée de revenir chez lui ou dans sa maison d’édition, une boule se forme au creux de ma gorge. Alors, une fois le message envoyé, je continue à papouiller le chien, riant de ses léchouilles. Il aura au moins réussi à m’extraire de ma torpeur, à cesser de broyer du noir. Mais toute cette bulle positive finit bien vite par prendre fin. Je vois Matthew arriver et aussitôt, mon cœur s’emballe. Ça fait mal tout à coup. J’en oublie tout le bien être de cette journée. Il va m’enlever le chien, et aussitôt, je sens cette angoisse revenir. Celle qui me rappelle que je n’ai plus rien. Me relevant, j’attrape la laisse du Golden Retriever. « Avant que tu ne t’énerves, sache que je n’y suis pour rien… Il était devant ma porte d’entrée. » La boule au fond de ma gorge semble grossir à vue d’œil. Ma main serre un peu plus fort la laisse. « S’il te plait, Matthew, laisse-le moi de temps en temps. Il est malheureux sinon… Et il passera son temps à fuguer. Et puis… » Je déglutis difficilement. « J’ai tout perdu... Avant, j’avais mon chez-moi, j’avais un travail qui me plaisait, j’étais avec toi… J’étais heureuse. » Je n’arrive pas à lutter plus, me revoilà bien vite en train de pleurer à chaudes larmes. « ça m’a fait du bien de passer du temps avec lui. J’ai évité de penser à toute cette galère dans laquelle tu m’as mise… Alors, juste s’il te plait… » Et j’en suis là, finalement. A supplier pour un animal. A supplier pour trouver un peu de joie. Finalement, il avait peut-être raison : j’en deviens pathétique.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur En ligne
Matthew McGregor
Admin cuniculophobe
avatar
DATE D'INSCRIPTION : 13/03/2016
MESSAGES : 3376

MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   Dim 20 Mai - 0:45

C’était bien trop dur de se retrouver face à elle. Si Matthew tentait de demeurer impassible et indifférent, son for intérieur lui contait une histoire autrement différente. Son cœur battait comme un fou furieux dans sa poitrine. Et ça faisait mal, ça cognait fort, ça palpitait comme un brasier ardent dont il était prisonnier. Ses entrailles se serraient sous le coup de cette vérité qui ne voulait qu’exploser au creux de sa gorge. Il avait besoin de lui dire qu’il l’aimait encore, qu’il n’avait jamais voulu lui faire du mal, qu’il ne songeait qu’à son bien et qu’elle devait se tourner vers l’avenir, l’oublier, en aimer un autre. Un volcan furieux bouillonnait dans son esprit, lui faisait tourner la tête. Toutes ses pensées s’enchaînaient sans aucune construction logique. Il s’en détestait de la traiter de la sorte, se haïssait pour sa froideur, son indifférence et sa cruauté. Il ne lui accordait aucun répit, ne lui offrait aucun espoir. Elle était comme une créature à terre qu’il continuait de battre, de torturer et d’affaiblir. Si elle n’était pas encore complètement brisée, il continuait à le faire, monstre cruel qu’il était. Il ne put s’empêcher pourtant de se précipiter pour aider la jeune femme à récupérer les affaires qui s’étaient échappées de son sac éventré à cause d’Eddie. Là, il découvrit les divers papiers, et notamment son CV qui indiquait qu’elle était en recherche d’emploi. Il n’aurait pas dû s’en étonner, mais un pincement au cœur le prit en songeant qu’elle travaillerait aussi pour un autre et que son temps aux éditions McGregor était définitivement révolu. Il fronça des sourcils en apprenant qu’elle ne comptait pas chercher dans l’édition mais qu’elle s’accordait une pause. Voulait-elle plus de temps pour réfléchir ? Cela semblait être une autre raison. « Tu cherches quoi alors ? » demanda-t-il pressant. La suite le laissa hagard. Elle postulait visiblement pour tout, mais surtout n’importe quoi. La colère vibra dans son esprit en même temps que la culpabilité. Il ne put s’empêcher de répondre froidement et avec reproche. « Ma lettre de recommandation n’était pas destinée à ça. » Faire serveuse, sérieusement ? Il bouillait intérieurement d’une telle conclusion sur la vie professionnelle de la jeune femme. N’était-ce pas justement parce qu’il souhaitait protéger sa carrière et les ambitions d’Héloïse qu’il les avait sacrifiés ? N’était-ce pas pour empêcher son père de détruire la vie de celle qu’il aimait ? Et ainsi, elle voulait gâcher sa vie toute seule. La colère l’éperonna, aussitôt emportée par les paroles d’Héloïse. Sa sincérité la brûla à l’âme autant que la souffrance qui brisait sa voix. Il ne se sentit plus le cœur à la réprimander et à l’astreindre à revenir sur sa décision. Il demeura penaud, ayant soudain si froid alors que le soleil était radieux en cet après-midi de printemps. Il se redressa un peu après elle, ne la quittant pas du regard. Il lui fallait affronter ses mots malgré la honte qui l’étouffait. Au moins cela. Juste ça… Telle était la rançon de son succès. Car ainsi, Héloïse lui prouvait combien son plan était couronné d’une haute victoire. Il avait eu ce qu’il voulait. Il lui avait brisé le cœur, il avait anéanti le moindre espoir, il l’avait éloignée de lui pour toujours. « Je ne l’ai pas voulu… » parvint-il à bredouiller tout juste quand elle se fut éloignée. Figé sur place, il ne l’avait presque pas vue partir. Il ne bougeait plus un muscle. Un chagrin immense pesait sur son corps meurtri. Sans oser se l’avouer véritablement, il réalisait qu’il avait commis la plus grande erreur de sa vie.

***

« Vraiment, là, je n’ai pas le temps. » grogna Matthew en faisant claquer son verre de whisky vide sur la table basse du salon. Aujourd’hui, plus qu’un autre jour, l’éditeur était irrité, agacé et inquiet. Une fois de plus, Eddie s’était échappé alors qu’il était sous la vigilance d’Ellana qui était partie en promenade avec James puisque Matthew avait un rendez-vous important. Forcé de constater que ce chien n’en faisait qu’à sa tête. Mais s’il était inquiet de sa disparition, il l’était plus encore de sa destination. L’idée lui effleurait l’esprit… est-ce qu’il serait retourné trouver Hél… « Tu ne vas quand même m’éviter éternellement ? D’autant que si j’ai bien compris, tu es libre maintenant ? » La question n’appelait pas de réponse. Juste à énerver l’humeur de Matthew qui foudroya Jane du regard. Cette dernière souriait, satisfaite. « De plus, tu connais très bien la suite des choses. Tu as toujours été un garçon intelligent, Matthy. Pas avec les filles, mais pour le reste… » Evidemment qu’il connaissait la suite. Il savait que son père ne s’arrêterait pas uniquement à une rupture avec Héloïse. Le fait même d’imposer la rousse dans sa vie indiquait son désir évident de les voir se marier. Matthew n’était plus dupe depuis longtemps des projets de son père pour lui et la famille. « Justement, j’aurai bien assez de toute une vie pour te supporter. Alors épargne-moi pour l’instant. » Tout en se dirigeant vers la sortie, il bouscula Jane qui se tenait à l’entrée du salon. Il avait un chien à retrouver. Jane trottina gaiement derrière lui. En quelques mots, le poète venait d’admettre qu’il se plierait pleinement à ce projet de mariage. « Alors dis-moi, que préfères-tu ? Te marier à Los Angeles ? Oh non ! Nous pourrions retourner en Angleterre, comme au bon vieux temps ! Et pour la robe, tu veux de la flanelle ou de la soie ? Quoique non, cela devra être la surprise ! Pour les fleurs, rouges ou blan... » Matthew attrapa brusquement le poignet de Jane, la forçant à se taire. Ses prunelles étincelaient de rage. Son ton devint menaçant. « C’est bon, Jane. J’ai compris. Vous avez gagné. J’ai perdu. Maintenant, ta gueule ! » Il la poussa hors de son appartement, la forçant à partir de chez lui sans ménagement tandis qu’il fermait la porte derrière lui. Il l’entendit émettre un léger rire d’amusement avant qu’elle ne s’en aille, satisfaite. Matthew fulminait, peinant à fermer sa porte dans son agacement, quand son téléphone vibra. Il regarda le message. Ce qu’il craignait était arrivé. Eddie était avec Héloïse. Un froid s’installa dans ses entrailles, en même temps qu’une douceur chaleur. Entre peur et réconfort…

Il ne mit guère longtemps à rejoindre l’endroit où Héloïse lui avait donné rendez-vous. A cette heure avancée, le déclin du soleil offrait des rayons d’ambre sur la surface calme de l’océan. Et elle était là. Assise sur le sable chaud, sa chevelure sombre portée par le vent du soir, son visage caressé par la brise marine. Ce fut brusque et irraisonné, mais Matthew fut jaloux du zéphyr qui s’échouait sur la douceur de sa peau qu’il ne pourrait plus jamais éprouver. L’enchantement se leva sitôt qu’elle cerna sa présence. Se redressant, elle prit les devants, désarmant totalement l’éditeur. Il lut son désespoir, sa détresse, ce chagrin immense qui l’abattait et faisait couler les larmes sur ses joues rougies. Il n’eut pas le cœur à être froid, méfiant et indifférent. Il se rendait compte qu’il ne lui avait pas seulement ôté son cœur. Il l’avait privée de bien plus, tout comme lui s’était privé de bien plus que le cœur de la jeune femme. Il ne vivait plus vraiment. Ou tout juste à peu près. Il poussa un soupir impuissant et incertain, quittant le regard suppliant d’Héloïse pour observer l’horizon. Etait-il en droit de lui refuser quoi que ce soit ? Et pourtant, il ne pouvait pas se permettre de les lier d’une manière ou d’une autre. Son père s’en rendrait compte et pourrait le retourner contre eux. Le poète prit alors la décision qui lui parut la meilleure sur le moment. « C’est d’accord. » abdiqua-t-il. Il était prêt à tout lui laisser. Sa fortune, sa maison, son rang, ses biens. Après tout, il lui confiait bien son cœur, son âme et son esprit… « Mais alors, il ne sera plus à moi. Garde-le. Eddie est à toi. Dans le fond, c’était toi qui voulais d’un nouvel animal. » Le chien avait été un coup de cœur pour l’éditeur. Partis au départ pour acheter un nouveau lapin suite à une promesse stupide qu’il avait faite en étant bourré, ils en étaient finalement revenus avec un merveilleux Golden Retriever. « Peu importe. Je n’y ai plus le moindre attachement. Tu l’aimeras mieux que moi. » mentit-il pour qu’elle ne puisse pas se débattre face à cette décision. Au regard que lui lança Héloïse, il eut soudain peur. Il ne devait pas fléchir, pas trembler, pas montrer combien il doutait du lui-même et de ses décisions. Il dut se raffermir. « Il faut que nous soyons bien clairs, Héloïse. Si Eddie reste auprès de toi, c’est bien pour qu’il y reste. Il n’est pas question que je le revoie ou que nous nous revoyons. » Il avait déjà affirmé sa position hier. Il se trouvait cruel d’appuyer sur des douleurs si violentes. Après un temps de réflexion, il trouva une issue à un problème épineux qui le tourmentait depuis la veille. « Toutefois, je te le laisse qu’à une unique condition. » Pour poser son ultimatum, il se fiait au désespoir d’Héloïse et à sa vulnérabilité. Ce n’était pas éthique, mais il ne trouvait pas d’autre moyen pour la convaincre. « Je veux que tu poursuives tes recherches d’emplois dans l’édition. Et que tu utilises la lettre que je t’aie donnée. Elle est le meilleur moyen pour toi de trouver vite et bien. » Pour que son combat ne soit pas vain. Pour qu’il ne cède pas aux exigences de son père et de Jane sans qu’il n’en détienne une certaine assurance. Celle que la jeune femme puisse vivre de sa passion et être heureuse. Même sans lui.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: « Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse   

Revenir en haut Aller en bas
 
« Et je te contemple depuis mon obscurité, ô toi mon inaccessible » ♥ Héloïse
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vice et Versa :: D'où venons nous ? :: Venice Beach-