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 i khow we've got to say goodbye

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Alaric Winchester
Admin Brisé
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DATE D'INSCRIPTION : 10/09/2016
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MessageSujet: i khow we've got to say goodbye   Mar 22 Mai - 15:47

La vie. La mort. Il savait mieux que quiconque à quel point la vie était fragile. Ephémère. Courte. Compliquée. Parsemée d’obstacles et d’embûches. Il savait mieux que quiconque à quel point la mort tendait les bras à chaque instant. Et s’il avait passé les dernières semaines, les derniers mois à comprendre que la vie de Dan ne tenait plus qu’à ce mince fil dont tout le monde parlait, il n’était pas parvenu à l’accepter. Pas encore. Et peut-être ne l’accepterait-il jamais. Peut-être serait-il trop difficile de l’accepter. Peut-être était-il destiné à le pleurer et le regretter toute sa vie. Quoiqu’il en soit, depuis sa disparition une semaine plus tôt, il se sentait seul. Au monde. Seul. Dans son chagrin. Dans sa douleur. Seul. Depuis que Dan l’avait quitté, il se sentait démuni. Orphelin. Abîmé. Meurtri. Perdu. Anéanti. Désespéré. La douleur ne semblait pas le quitter, trop intense, trop puissante, trop profonde, trop présente, trop dévastatrice. Jamais, jamais il n’avait ressenti pareille douleur dans sa vie – car jamais, jamais il n’avait perdu d’être aimé comme il avait aimé Dan. Il n’y était pas préparé. Comment l’aurait-il pu ? Comment le pourrait-il un jour ? Cet homme lui avait tout offert. Cet homme lui avait tout donné. Cet homme lui avait tout appris. Cet homme était son pilier, son ancre, son chez lui. Cet homme était la seule personne qui lui avait permis de construire une vie digne de ce nom – et non pas de terminer en prison, ou dans le caniveau comme il avait toujours cru qu’il finirait un jour. Cet homme avait été un étranger. Une épaule. Une oreille. Un tuteur. Un allié. Un confident. Un ami. Un frère. Un père. Et maintenant, il était parti. Peut-être arrivera-t-il à comprendre un jour. Peut-être arrivera-t-il à accepter un jour. Peut-être arrivera-t-il à croire au « il est en paix à présent », « il ne souffre plus », « il a rejoint les siens ». Peut-être. A l’heure actuelle, il a surtout envie de hurler. A l’heure actuelle, il a surtout envie de cogner. A l’heure actuelle, un trou béant se forme dans sa poitrine, un trou qu’il semble incapable de combler. Il n’entend plus les excuses et les condoléances que tous et toutes lui présentent. Il ne voit pas les larmes dans le regard de ceux qui lui font face ou veulent lui tenir la main. Il n’entend plus rien. Il ne voit plus rien. Il ne ressent plus rien. Juste le vide. Est-ce que la peine s’en va un jour ? Est-ce que la peine s’estompe un jour ? Il n’y croit pas. Impossible. La douleur serait-elle plus facile à supporter si Elinor n’était pas partie ? Si elle était restée. Si elle l’avait accompagné ? Si elle l’avait épaulé ? Si elle l’avait soutenu ? Si elle l’avait écouté ? Si elle l’avait réconforté ? Il ne le saura jamais.

La vie avait été revancharde encore une fois avec lui. Et lui avait pris plus qu’elle n’avait donné.

Lorsque les médecins l’avaient appelé pour l’avertir que Dan les avait quittés, Alaric était heureux. Comblé. Satisfait. Comme s’il avait trouvé sa place dans ce monde – aux côtés d’Elinor. Puis le monde s’était écroulé. D’un claquement de doigts. En une fraction de secondes. Et la jeune femme avait disparu dans la foulée – avec une simple note prétextant qu’elle était sincèrement désolée. Pour Dan. Pour lui. Pour elle. Pour eux. Il avait tenté, en vain, de la joindre depuis. Combien d’appels ? Combien de messages ? Combien d’espoir ? Combien d’échecs ? Il avait arrêté de compter. Elle était partie, tout simplement. Et si l’envie de venir frappé à sa porte le tiraillait, il savait au fond de lui que l’issue était inévitable. Qu’elle ne lui appartenait pas. Qu’elle ne lui appartiendrait jamais. Que cela n’avait été qu’une nuit – unique et mémorable. Que cela ne pouvait les amener nulle-part. Ils l’avaient su dès le départ. Pourtant, il avait cru, il avait espéré, qu’elle serait présente dans ces moments les plus sombres et les plus difficiles de sa vie. Il avait cru, il avait espéré qu’elle ne lui tournerait pas le dos. Pas maintenant. Pas là. Pas comme ça. Mais elle l’avait fait.

Dire qu’il avait le cœur en miettes était un euphémisme.

Autant dire qu’il n’était prêt à voir personne. Autant dire qu’il n’était prêt à supporter personne. Autant dire qu’il n’était prêt à écouter personne.
Et certainement pas Lou Morland. Il eut un instant d’hésitation à l’approche de la tombe de Dan. Le temps d’une seconde, le temps d’une minute, le souvenir d’un passé révolu mais toujours ancré en lui. Le temps d’une seconde, le temps d’une minute, le souvenir d’une âme aimée mais disparue. Le temps d’une seconde, le temps d’une minute, le souvenir d’une jeune tigresse qui avait de vivre, qui avait envie d’aventures, qui n’avait peur de rien. Le temps d’une seconde, le temps d’une minute, le souvenir d’une femme qui l’avait aimé. Et qui l’avait trahi.

« Qu’est-ce que tu fiches ici ? » qu’il l’assomme d’une voix rauque, mélange d’émotions contradictoires – peine, souffrance, colère, haine. Il n’est pas tendre, il ne l’a jamais été. Et revoir la jeune femme après tant d’années hors de sa vie était assez déstabilisant et irritant.

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Lou Morland
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Mer 23 Mai - 6:28

J’ai toujours connu Dan. Et j’ai été plus que choquée d’apprendre sa mort. Il me paraissait être éternel, un type incassable. Plus fort que moi ou Alaric. Aussi, lorsque j’ai appris qu’il avait quitté ce monde, ma première réaction a été de sortir de chez moi, de mettre à courir sans m’arrêter. Des kilomètres et des kilomètres avant de me rendre compte que j’étais tout simplement en train de chialer comme une madeleine. Ça m’a fait de la peine, ça m’a mise minable. Et puis, j’ai fini par ingérer cette nouvelle, à la manipuler, la façonner de manière à lui conférer une place grande dans mon coeur. Parce qu’il a beaucoup compté pour moi, Dan. Je l’ai rencontré par le biais d’Alaric et j’ai toujours adoré ce gars avec son bagout, sa joute verbale, sa ténacité. A mes yeux, il a été plus que le père adoptif de mon premier amour : il a été un héros, un homme que j’ai admiré et que j’admirerai toujours. On s’est toujours bien entendu et souvent, nous nous sommes vus. Même si je n’étais plus avec son fils. Je ne me suis jamais résolue à l’oublier véritablement. Et si j’ai respecté la parole de son fils, de ne plus jamais tenter de le voir, je n’ai pas pu appliquer cela à son père. Je l’aimais trop. Après tout, c’est lui qui m’a réconforté le jour où Alaric m’a largué, il m’a épaulé, ne pouvant rien faire d’autre que de me faire comprendre que l’amour, c’était comme la boxe. On se prend une châtaigne, on serre les dents, et on se relève. C’est ce que j’ai fait. Sans Alaric dans ma vie. Juste Dan qui a bien voulu de moi, qui a continué à m’aimer. Dans un accord tacite, nous n’avons jamais rien dit à Alaric. Il l’aurait certainement très mal pris. Aussi, nous avons œuvré dans le secret, nous voyant de temps en temps pour une partie de boxe. Avec Dan, j’ai tant appris que ce soit dans l’art du combat que sur moi-même. Aussi, le perdre est terrible pour moi. Je suis triste. Ça me fait chialer. Ça me donne envie de tout casser, de hurler sur tout le monde. Je n’ai même pas pu assister aux obsèques. Je ne l’ai pas fait par respect pour son fils. Je sais qu’il ne tient pas à me voir, que j’ai disparu de sa vie. Je lui ai brisé le coeur et toute la confiance qu’il me portait, aussi je respecte cela. Je me suis décidée à aller quelques jours plus tard, pour y déposer quelques fleurs, pour voir où gît sa dernière maison. Pour lui dire au revoir.

Cependant, je suis loin de m’attendre à ce qu’Alaric vienne. Au départ, il n’y a personne devant cette tombe. Je peux alors observer les fleurs, les mots. Ressentir cette peine immense aussi. Pourquoi la vie est cruelle. « Tu vas me manquer Lieutenant Dan... » Je pourrais faire comme d’habitude. Prendre la voix d’attardé de Forest Gump. Il a toujours détesté ça. Je pourrais en rire, lui montrer que j’ai compris l’enseignement. Châtaigne. Chute. Courage, on se relève. Ainsi est la leçon mais elle n’est pas aussi simple. Il faut tenir compte des à côté. Et celui-ci prend la forme d’Alaric, alors que je suis devant cette tombe. Il me suffit juste d’entendre cette voix ô combien familière. Mon dieu... Je sursaute et pivote pour faire face à mon premier amour. L’unique. Le véritable. Ma gorge se noue et pour une fois, je ne sais pas quoi lui dire. Mais ça dure quoi ? Deux secondes. Deux secondes où je le dévisage. Deux secondes où j’essaye d’être digne. Deux secondes où j’ai quand même le temps de me dire que s’il me parle encore sur ce ton, je devrais savoir si le bouquet je le lui fait avaler par le cul ou par le nez. Qu’est ce que je fiche ici ? C’est pourtant simple. « Un scrabble. » Finis-je par dire d’une voix blasée. « J’ai cliqué sur un événement, vu sur facebook, qui disait « tous au cimetière et jouons au scrabble. » J’ai dû me tromper de jour. Visiblement. Ou alors ce n’était pas le bon cimetière ! » Je n’ai jamais été une personne gentille. Pourquoi le serais-je maintenant ? Je suis triste qui plus est, ça m’enrage un peu plus, c’est vrai. Soupirant, je finis par ajouter d’une voix un peu plus neutre, plus douce. « Je suis venue lui dire au revoir. Je ne pensais pas te voir ici, aujourd’hui... J’ai simplement respecté ce que tu voulais ... » Cette volonté de ne plus me voir. Il aurait pu me pardonner. Souvent je me le suis dit. J’ai commis une erreur, c’est vrai. Et je l’ai regretté trop souvent. Si seulement il avait pu accepter mes excuses, nous serions encore ensemble. On aurait même eu notre premier enfant. Un garçon qu’on aurait appelé Louric. Il a toujours détesté cette idée de prénom, combien de fois il m’a envoyé chier. Mais ce n’est pas grave, j’ai vécu avec cet espoir. Et au fil du temps, il s’est effrité. Nous ne serons plus jamais ensemble. Nous n’aurons jamais d’enfants. Notre histoire appartient au passé. Et pourtant, il y a encore ce lien avec Dan, le fait qu’il ait de l’importance pour lui. Et qu’il en a pour moi. « Je suis tellement désolée pour toi... » Ma voix semble se briser légèrement tandis que je l’observe. Il a vieilli depuis ce temps. Mais il n’en demeure pas moins aussi beau. Je n’aurais jamais réussi à fréquenter un autre homme. Il aura été le seul. Ce premier amour qui ne s’oublie pas. Il pourrait même me demander de revenir, je serais capable de retomber amoureuse en une fraction de seconde. Parce que l’amour subsiste. Parce que je ne l’oublierai jamais. Qu’il est ma plus belle aventure et la plus tragique aussi. Si seulement j’avais pu revenir en arrière. Mais on ne peut changer le temps. On encaisse et on se relève. Je serre les dents pour ne pas me mettre à pleurer trouvant le réconfort dans ma violence. J’ai bâti ma vie sur ça, ça a été un moyen de me protéger, de ne pas montrer aux autres combien je suis faible, combien ma carapace n’est faite que d’artifice. Vous y voyez les pointes acérées au bout ? Elles sont en mousse. Elles ne vous feront aucun mal. Les véritables épines sont en moi, dans mon cœur. La violence comme seule arme de survie. « Et avant que tu t’enrages, j’ai autant le droit que toi d’être ici !! » L’œil devient plus vindicatif. Hors de question qu’il puisse me dire des paroles blessantes. Je suis là pour Dan. Là pour dire au revoir à cette personne que j’ai toujours considéré comme ce Batman protégeant ma vie comme si elle n’était qu’un minuscule Gotham City.
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Jeu 24 Mai - 15:46

Des années qu’il n’avait pas vu la jeune femme. Des années qu’il n’avait pas entendu la jeune femme. Des années qu’il n’avait pas parlé de la jeune femme. Des années qu’il n’avait pas pensé à la jeune femme – du moins jamais entièrement, jamais profondément, jamais pour les bonnes raisons. Peut-être était-il trop rancunier. Peut-être était-il plus sensible qu’il ne le laissait paraitre. Dans tous les cas, il s’était évertué, toutes ces années, à ne pas penser à Lou Morland. Dans tous les cas, il avait barricadé son cœur et son âme de tout souvenir susceptible de s’appeler Lou Morland. Sans doute était-ce pour cela que, de la revoir, là, en chair et en os face à lui, après tant d’années écoulées, cela était renversant et bouleversant. Surprise. Tristesse. Colère. Rancune qui a la dent dure. Tout un tas d’émotions qui se surajoutent à celles déjà bien compliquées dans la tête d’Alaric Winchester. Il n’avait pas besoin d’un fantôme du passé, quand il essayait justement de faire le deuil d’un autre. Il n’avait pas besoin de ces souvenirs qui se bousculaient en vrac dans sa tête, tandis que le visage de Lou lui apparaissait, et que leurs regards se croisaient. Comme autrefois. Comme dans un autre temps. Dans d’autres circonstances, il n’aurait peut-être pas hésité à lui tourner le dos et faire comme si de rien n’était. Dans d’autres circonstances, il n’aurait peut-être pas hésité à la foudroyer du regard. Dans d’autres circonstances, il n’aurait peut-être pas hésité à l’incendier d’oser se pointer sans crier gare. Mais toute énergie l’avait quitté ces derniers jours, et il n’avait que la force d’être grincheux et désagréable. Quelle importance de toute façon ? Elle n’était plus rien dans sa vie, il n’était plus rien dans la sienne. Quelle importance de toute façon ? Il n’avait jamais été rien dans sa vie, quand elle avait représenté son monde. Quelle importance de toute façon ? Il se retrouvait seul de nouveau. Inévitablement, irrémédiablement. Quelle importance de toute façon ? Il était abandonné. Encore. Et toujours. Telle était sa destinée. « Un scrabble », qu’elle répond, mi-cinglante, mi-blasée. Elle semble fatiguée, quelques rides de plus que leur dernière rencontre, mais le même feu qui brille dans son regard et qui le frappe de plein fouet. « J’ai cliqué sur un événement, vu sur facebook, qui disait « tous au cimetière et jouons au scrabble. » J’ai dû me tromper de jour. Visiblement. Ou alors ce n’était pas le bon cimetière ! » En d’autres circonstances, il aurait sans doute ri. En d’autres circonstances, il aurait sans doute rétorqué avec autant d’aplomb et de sarcasme dans la voix. Il se contente de l’observer, tandis qu’une pluie fine commence à tomber – trop fine pour gêner, mais suffisamment là pour mouiller. Il a le cœur battant fort, trop chamboulé par rapport à tous ces évènements à encaisser et supporter. Il a les larmes au bord des yeux, qui refusent cependant encore et toujours de couler. Il a la gorge nouée. Il a le cœur brisé. Mais la présence de la Lou semble le calmer et l’enrager à la fois. Il a envie de lui tourner le dos, autant qu’il a envie de lui balancer des vacheries à la gueule – comme dans le bon vieux temps. Il a envie de la secouer un peu, comme il avait eu l’habitude de le faire quand ils se disputaient. A l’époque, le feu et la passion qui les unissait semblaient plus forts que tout, plus forts que leur amour même. Mais il s’était trompé – encore une fois. Décidément, il n’apprenait donc jamais rien de ses erreurs. Aujourd’hui, il semblait revivre la même situation avec Elinor – à quelques détails près, comme la folie légendaire de Lou Morland. « Je suis venue lui dire au revoir, » qu’elle finit par s’adoucir légèrement. Lui dire au revoir ? Comment pouvait-elle avoir eu envie de dire au revoir à Dan ? Ils ne s’étaient pas revus depuis des siècles. Bordel, pour autant qu’il le sache elle avait même bien pu quitter la ville depuis tout ce temps ! « Je ne pensais pas te voir ici, aujourd’hui... J’ai simplement respecté ce que tu voulais ... » Soit disparaitre de sa vie. Entièrement. Indéfiniment. Irrévocablement. Jusque-là, elle avait tenu promesse. Jusque-là, elle avait gardé sa parole. « Lui dire au revoir ? Tu l’as fait il y a bien longtemps, tu ne crois pas ? » qu’il trouve à répondre, cinglant, malgré le poids qui pèse sur ses épaules et qui semble l’accabler. Pour la première fois de sa vie, et ce depuis longtemps, il se sent vieux. Il se sent trop vieux pour ces conneries. Il se sent fatigué. Il se sent trop fatigué pour se battre. Et il déteste cette sensation. Il déteste tout ce que représente sa vie, là tout de suite. Il déteste tout ce qui représente lui, lui et uniquement lui. « Je suis tellement désolée pour toi... » qu’elle se montre attentionnée et sincère, comme elle savait déjà si bien le faire dans le passé. Qu’il serait tentant de se laisser aller à le croire. Qu’il serait tentant de baisser les armes, et retrouver l’amie qu’autrefois elle avait été. Qu’il serait tentant de se laisser aller sur son épaule, accueillante et confortable.

Mais non.

« Et avant que tu t’enrages, j’ai autant le droit que toi d’être ici !! » qu’elle retrouve son punch et sa niaque habituels. « Autant le droit que moi d’être ici ? » qu’il demande d’une voix trop douce pour ne pas être crainte. Son regard lance des éclairs, et il est inutile de dire que si ses yeux avaient été des revolvers, elle serait sans doute inerte à cet instant. « Qui t’a donné le droit au juste ? Qui tu es pour avoir ce droit ? T’es personne, Lou. Tu ne l’es plus depuis longtemps, » qu’il dit les mots, qu’il crache les mots. Qu’il cingle. Qu’il fouette. Qu’il tourmente. Dans le seul et unique but de faire mal. Dans le simple et unique but d’oublier qu’il a mal, lui. « Comment as-tu su ? Pourquoi as-tu su ? » qu’il demande la voix cassée, brisée par l’émotion. A ses yeux, elle n’a rien à faire ici, mais pire encore, il ne comprend pas comment et pourquoi elle est ici. Il ne se doute pas un instant, et n’a jamais douté, que la jeune femme n’avait jamais cessé de voir son père adoptif – et encore moins que ce père adoptif adoré et idolâtré, ait continué de voir ce premier amour déchu et bafoué.
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Lou Morland
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Jeu 7 Juin - 20:25

Je comprends qu’il puisse ne pas être content de me voir. Je comprends que la colère puisse encore faire vibrer sa voix. Je comprends que ses yeux puissent encore me lancer des éclairs. Après tout, Je l’ai connu par cœur. Nous nous sommes aimés, haïs. Combien de fois sommes-nous disputés avant que l’un revienne vers l’autre, faible et repentant. Notre relation aurait eu le mérite d’être aussi belle que volcanique, inoubliable. Je n’ai jamais oublié Alaric. Il est ma plus grande honte, non pas envers lui. Mais bien envers moi-même. Je n’ai jamais su me pardonner de l’avoir trahi. Je me suis simplement contentée d’être l’ombre, de savoir, par Dan, qu’il allait bien. Je ne lui ai jamais demandé s’il était heureux. De toute façon, Dan n’a jamais eu la réponse. Alaric a toujours été si mystérieux et il n’a jamais cessé de l’être. Cependant, devant moi, il ne se gêne de rien. Pourquoi changer notre manière de faire de toute façon ? Nous nous connaissons par cœur. Et encore, c’est un faible mot. Ça va au-delà même. La théorie de l’âme me paraît plus plausible. Malheureusement, à nous déchirer encore, cette hypothèse s’éloigne. Il ne comprend pas ma présence ici. « Alaric, j’ai le droit de lui dire au revoir. » Ma voix est ferme. Je ne compte pas faiblir devant lui, quand bien même, je comprends son chagrin, sa peine. Je suis désolée pour lui, je le lui dis. Avant de m’emporter, lui rappelant ma place ici, la fougue s’immisçant entre nous de manière incontrôlée. Il n’est personne pour me l’interdire. Cependant, Alaric n’est pas de ces personnes à qui l’on dit merde aussi facilement. Il s’énerve de cette colère noire, froide, terrible. Par ses mots, il me fusille l’âme. Le cœur souffre plus que de raison. Ça fait des années pourtant. Mais passer d’amour à personne, c’est peut-être pire que de la haine. Fronçant les sourcils, je sers doucement les poings. Avant de raffermir la prise. Plus fort. Plus douloureux. Ça va mal finir, je le sens. Immédiatement, mon impulsivité prend le dessus. Je m’approche de lui, trop rapidement, afin que mon visage soit à quelques centimètres du sien, terrible, froid. Je prends bien le temps d’articuler, histoire que ça rentre. « Redis encore une fois que je suis personne, et j’te jure que je t’éclate la tête contre sa tombe. Toi-même t’es personne pour me dire ce genre de choses. » Les yeux brillent d’un éclat de fureur. Le pire c’est que je suis capable de me battre et de lui exploser la tronche s’il s’y met. Ainsi, c’est ça le premier amour ? Se détester au point d’oublier la véritable raison. « Je suis là, pour lui parce qu’il a compté pour moi. Je l’aimais ! Tu peux comprendre ça ?! Je l’aimais comme une gamine aime son père. Même quand t’es parti, je n’ai jamais cessé d’avoir de l’affection pour lui. Tu vois, ‘Ric. La différence entre toi et moi, c’est que je ne me suis pas simplement contentée de te laisser devenir le néant, une personne à oublier. » Je le fixe, droit dans les yeux. Les idées bien en place, le regard flamboyant et une ténacité qui ne partira pas. Il devra me traîner de force, par les jambes que je ne partirais pas ici. Mais le lieu arrive bien à bout de ma rage. Elle retombe aussitôt, bien que le feu continue de gronder en moi. Si puissant. Si prêt à s’embrasser à la moindre brise.

Sa voix se modifie. Et je dois avouer que l’entendre ainsi me brise le cœur. J’ai tellement envie de le prendre dans mes bras, de lui dire que ça ira bien, qu’il n’est pas seul dans ce monde. Mais c’est impossible, je sais qu’il m’en veut trop. Je pourrais même lui proposer d’être son punching-ball. Parce que je le connais par coeur. Parce qu’il a cette manie d’enfouir en lui, de garder en lui ce trop plein d’émotions. Combien de fois s’est il enragé un peu trop fort, avant de retomber dans mes bras, si vulnérable. Ô comme j’ai aimé cette faiblesse si chère à mon cœur. « On a préféré ne jamais rien dire... » Et soudain, j’élève la voix préférant mettre les choses au clair. Avec cette impulsivité au bord des lèvres, cette impossibilité à parler correctement. « Avant que ton cerveau s’emballe, ça n’a jamais été mon amant, ok!? » Je redeviens plus calme, entreprenant même de me reculer légèrement. La distance fait du bien, elle apaise ma nervosité. « On a jamais perdu contact. Quand nous avons mis fin à notre histoire, je suis allée le voir… Assez souvent d’ailleurs. Il a toujours été présent. Il a été là. » Voilà même que j’en rougis, avant de sentir ma voix devenir un peu plus rauque. « Il était mon ami… »
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Lun 11 Juin - 20:16

Le chagrin d’avoir perdu l’homme qui comptait le plus pour lui se mêle à la fureur d’être face à la femme qu’il a le plus aimé dans sa vie. Les souvenirs de Dan qui le hantent nuit et jour depuis des jours, et peut-être même des semaines, rencontrent ceux les souvenirs qu’il partage avec Lou. Des souvenirs douloureux. Des souvenirs heureux. Des souvenirs volcaniques. Des souvenirs intenses. Des souvenirs inoubliables. Il l’a aimé comme un fou. Il l’a aimé d’un amour malsain et violent. Brutal et profond. Comme on aime dans les livres, comme on aime dans les films. Il l’a aimé comme sans doute il n’aimera plus jamais. Et s’il l’a aimé, intensément et indéniablement, il l’a mal aimé. Comme peut aimer un homme meurtri. Comme peut aimer un homme violent. Comme peut aimer un homme blessé. Comme peut aimer un homme abîmé. Pourtant, pourtant à cette époque où l’amour les frappait tous deux, il n’y avait rien eu de plus important. Ni pour l’un. Ni pour l’autre. Ils se déchiraient pour mieux se retrouver. Ils se blessaient pour mieux se consoler. Ils criaient pour mieux s’exprimer. Ils pleuraient pour mieux rire. Ils étaient incapables de ne pas se disputer – âmes ténébreuses et âmes explosives – mais ils étaient tout aussi incapables d’être séparés. Comment aurait-il pu accepter la trahison ? Comment aurait-il pu supporter de la voir, ne serait-ce qu’une seule fois, après la séparation ? Comment aurait-il pu supporter ne serait-ce qu’entendre son nom ? Comment aurait-pu accepter qu’elle reste dans sa vie, même tapis dans l’ombre ? Comment aurait-il pu imaginer qu’elle reste dans sa vie d’une quelconque manière ? Il l’avait trop aimé, trop mal aimé, pour ne pas être en colère éternellement. Il l’avait trop aimé, trop mal aimé, pour ne pas lui en vouloir éternellement. Il l’avait trop aimé, trop mal aimé, pour ne pas la haïr effrontément. Il l’avait trop aimé, trop mal aimé, pour ne pas vouloir lui faire du mal. Et c’était ça le problème. Le problème, c’était qu’ils ne pouvaient pas s’aimer normalement. Le problème, c’était qu’ils ne savaient pas s’aimer normalement. Le problème, c’était qu’ils ne savaient pas être bons l’un pour l’autre. Le problème, c’était qu’ils étaient malsains et toxiques l’un pour l’autre. Toujours. Depuis toujours. Pour toujours. Et cette vérité avait été dure à accepter. A quoi s’attendait-elle exactement ? A un accueil bras ouverts ? On oublie le passé et on avance dans l’avenir ? On oublie la souffrance et la douleur, et on se tape dans le dos ? Impossible.

« Alaric, j’ai le droit de lui dire au revoir, » qu’elle affirme néanmoins avec aplomb. Car de l’aplomb, elle n’en a jamais manqué. Lui tenir tête, elle a toujours su faire. Qu’elle ait peur ou pas. Qu’elle ait mal ou pas. Elle n’a jamais su abandonner la partie. Elle n’a jamais su baisser le regard. Elle n’a jamais su s’avouer vaincue. Elle n’a jamais su retenir sa colère et la fureur qui l’habite. Elle a toujours eu ce grain de folie, qu’il a aimé dès le premier instant. « Redis encore une fois que je suis personne, et j’te jure que je t’éclate la tête contre sa tombe, » qu’elle ose encore aujourd’hui lui tenir tête. Combien même elle est parfaitement consciente de ne pas faire le poids. Combien même elle est parfaitement consciente qu’il a l’avantage du poids et de la force. Il sait, il se souvient, qu’elle a l’avantage de la folie et de la rapidité. « Toi-même t’es personne pour me dire ce genre de choses. » Sans doute avait-elle raison. Pourtant, il serre les mâchoires et les poings, animé par une fureur soudaine. Diable qu’il était tenté. Se défouler, c’était exactement ce dont il avait besoin.

Sauf qu’il n’était plus le même Alaric. Sauf que la frapper, bien que l’envie soit présente, n’était pas une option. Et ce malgré le chagrin et l’amertume qui l’envahissaient actuellement. Il s’approche plus encore pour n’être qu’à quelques centimètres d’elle. « J’étais son fils, » qu’il lui crache à la gueule d’une voix rauque et calme. « Voilà qui j’étais, » qu’il lui rappelle être bien plus qu’elle ne sera jamais et n’avait jamais été. Pour frapper, pour faire mal. Car s’il ne peut user des poings, il n’hésitait pas à user des mots. « Je suis là, pour lui parce qu’il a compté pour moi. Je l’aimais ! » qu’elle lui balance à la gueule. « Tu peux comprendre ça ?! » qu’elle continue. « Je l’aimais comme une gamine aime son père. Même quand t’es parti, je n’ai jamais cessé d’avoir de l’affection pour lui. Tu vois, ‘Ric. La différence entre toi et moi, c’est que je ne me suis pas simplement contentée de te laisser devenir le néant, une personne à oublier, » qu’elle reproche, amère. Il ne cligne pas des yeux et ne fuit pas son regard. Jamais. Jamais il ne s’agenouillerait face à elle, comme jamais elle ne plierait l’échine devant lui. Tel était leur destin, telle était leur relation. Il se rappelait parfaitement l’affection que Dan et Lou avaient partagé l’un pour l’autre. Il se souvenait parfaitement de leurs conversations, de leurs rires, de cette amitié – cet amour – qui les avait uni un temps. Mais pour lui, cela s’était terminé en même temps que leur amour à eux. « On a préféré ne jamais rien dire... » qu’elle brise le silence, plus calme. Ne jamais rien lui dire ? Ainsi, ils ne s’étaient jamais quittés. Ainsi, ils n’avaient jamais cessé de se voir. Ainsi, elle était restée dans sa vie sans même qu’il ne le sache. Ainsi, son père lui avait menti. Il ignorait ce qui était le plus douloureux, ce constat ou le fait qu’ils aient pu partager encore pleins de moments quand lui, Ric, aurait souhaité qu’elle souffre plus que nécessaire. « Avant que ton cerveau s’emballe, ça n’a jamais été mon amant, ok!? » qu’elle rétorque de nouveau plus venimeuse et sauvage. Cela lui ressemblait bien. Et voilà qu’il grogne dans sa barbe, comme cela lui ressemblait bien. « On a jamais perdu contact. Quand nous avons mis fin à notre histoire, je suis allée le voir… Assez souvent d’ailleurs. Il a toujours été présent. Il a été là. » Pour ne pas dire que lui n’avait pas été présent. Et puis quoi encore ?! Sérieusement ? Il n’en revenait pas. « Parce que tu crois sincèrement que j’aurais pu être là, moi ? Tu crois sincèrement que j’avais envie d’être là, moi ? TU m’as trompé, » qu’il rappelle durement. « TU m’as trahi, » qu’il rappelle durement en se rapprochant encore. « TU m’as anéanti, Lou. Tu savais parfaitement ce que ça me ferait, tu me connaissais par cœur, suffisamment pour savoir le mal que tu causerais… et tu l’as fait quand même, » qu’il rappelle durement. « Et tu oses me balancer à la gueule que je n’ai pas été là pour TOI ? » qu’il rappelle durement. Et l’idée que Dan ait pu être là, lui, le fait rager. Pourtant, il n’est pas surpris. Dan a toujours été là pour ceux qu’il aimait. Coûte que coûte. Quoiqu’il arrive. Dan, il n’abandonne jamais.

Et lui ?

« Il était mon ami… » qu’elle achève sur une note plus triste et plus dévastatrice. Et il était son père. Son héros. Il était son tout. Son monde. Son univers. Et personne ne pouvait le comprendre, personne ne pouvait le saisir. Ses épaules lâchent d’un coup, fatigué et anéanti par le constat qu’à présent, il était seul. Juste seul. Abandonné de nouveau. Alaric était grand. Alaric était fort. Alaric était un roc. Alaric ne montrait jamais qui il était. Quelles étaient ses faiblesses et ses peurs. Alaric était un homme, un vrai.

Mais aujourd’hui, aujourd’hui Alaric est un petit garçon. Qui a perdu.

« Tout ça n’a plus d’importance, » qu’il finit par dire, plus fataliste le regard perdu sur la tombe de cet homme sans qui il se sent démuni. « Plus rien n’a d’importance, » qu’il conclut d’une voix plus lointaine et plus calme. Quelques heures plus tôt, il a acheté une bouteille de whisky, qu’il comptait boire et vider sur cette même tombe. Il n’a pas touché une goutte d’alcool depuis des années – depuis ses quinze ans pour être exact. Grâce à Dan. Il n’a jamais été aussi tenté que depuis l’annonce de sa mort. Que depuis le départ d’Elinor. Que depuis la solitude qui le transperce.

Et pourtant là, là, la solitude est tout ce qu’il désire.


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Lou Morland
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Mer 20 Juin - 21:10

Ces mots prononcés... J’ai l’impression qu’ils entaillent mes chairs. J’en ai les mains qui tremblent. Je suis fébrile, au bord du gouffre, prête à exploser. Pourquoi a-t-il fallu que je le trouve ici ? Pourquoi devons-nous encore nous affronter ? À la limite de se taper sur la gueule, dans ce besoin de violence verbale résonnant entre nous. Lui, qui me rappelle que je ne suis rien à ses yeux, et moi qui lui révèle que Dan n’aura pas été simplement le père de mon premier amour. Bien sûr, j’ai des parents. Papa Morland est là mais il n’a jamais été à la hauteur de Dan. Il ne m’a jamais prise dans ses bras. Il ne m’a jamais réconforté. Lorsque le soir où je suis rentrée à la maison, les yeux rouges et le cœur brisé, mon père m’a regardée avant de baisser les yeux, de faire comme s’il ne voyait pas que son enfant chéri vivait son premier chagrin d’amour. De toute façon, il n’a jamais accepté Alaric. Trop vieux. Trop sombre. Trop de facteurs ayant fait que je me suis opposée violement, affrontant le père pour sauver l’amour. Et tout ça, pour quoi ? Pour s’entendre tous ces mots. Ça fait mal. Très mal de les entendre. J’ai l’impression de nous revoir des années en arrière. À tout faire pour ne pas qu’il parte, à le supplier pour qu’il me pardonne. J’aurais très bien pu me taire aussi. Mais je n’ai jamais été capable. Avec lui, notre relation aura été volcanique mais ô combien sincère. Mon dieu, comme je l’ai aimé. À en perdre la raison, à m’en faire mal, à éprouver ce besoin terrible de le frapper véritablement et deux secondes après de lui sauter dessus pour l’embrasser fougueusement. Parfois, je me suis demandée ce que ça aurait été si nous avions continué ainsi. Est-ce que nous aurions été ensemble encore ? Est-ce que nous nous serions mariés ? Eu des mioches ? Je me suis tant posée de questions. Mais de réponses, je n’ai eu que celle d’un cœur irrémédiablement vide. Maintenant, je le fixe avec la rage au fond des yeux mais également de la tristesse. Parce qu’il me tue à petits feux. La rage réside, la colère est souveraine. « LA FERME ! » Je hurle tout à coup en le repoussant d’un geste rageur. « Je ne suis pas en train de te reprocher de ne pas avoir été là, juste que Dan a été présent !! Il savait que j’avais fait une connerie !!! Il te comprenait aussi !!! Mais il était là... » Ma voix finit par briser, les yeux sont un peu trop brillants. Suis-je en train de pleurer ? À deux doigts, ce qui est rare. « J’étais trop jeune... J’avais trop bu.... Je ne savais même plus ce que je faisais ce soir-là... C’était flou et JAMAIS, je n’aurais voulu te faire subir ça. Je ne l’aurais pas supporté pour moi. Mais je t’aimais ‘Ric, je t’aimais même trop... Parce que toi... Toi, t’étais spécial… Toi, t’étais, tu es et tu resteras le plus grand amour de ma vie... » Je m’essuie alors les yeux d’un geste rageur, du revers de la main. Combien de fois m’a t-il vue pleurer ? Peu souvent. J’ai toujours serré les dents pour tout. Aussi, je ne peux qu’en faire de même. Mais là, c’est trop violent, c’est trop douloureux. Pourquoi suis-je venue ? J’aurais dû venir le mois prochain. Reculer l’échéance pour être certaine de ne pas le rencontrer. Ainsi, c’est ça le premier amour ? L’oubli véritable, s’éviter pour ne pas se cracher dessus ? « Je ne te demande rien... » Je répète à nouveau. « Ce qui est fait, est fait. Mais Dan a toujours été présent pour moi. On s’entraînait parfois et surtout, il savait combien je m’en voulais... J’aurais pu en mourir tellement j’étais mal, tellement je souhaitais tout effacer ... Il était mon ami. Il était comme un père pour moi… » La voix est misérable, dénuée de colère. Elle est repartie pour laisser place au vide, à la peine d’un cœur malmené.

Finalement, Alaric semble abandonner la partie comme si toute colère l’avait quittée. Je l’observe devenir défaitiste, décréter que plus rien a de l’importance. « ’Ric... » Et là, je me mets franchement à pleurer. De gros sanglots bien bruyants. Je ne sais pas faire dans le discret. Je suis un magma d’émotions que je ne sais pas gérer autrement que par une impulsivité chronique, une violence transpirant dans chaque pore de ma peau. « Je suis tellement désolée... J’ai tant de peine en moi... Il me manque... Il me manque cruellement... Et c’est terrible parce que je me dis que je ne le reverrais plus jamais. Que c’est terminé... Que j’entendrais plus cette voix bourrue, me parler et tout faire pour m’enrager. » Comme Dan l’a toujours fait à chaque fois. Il a pris un malin plaisir, riant à s’en décrocher la mâchoire. Et maintenant, que reste-t-il ? Son fils. Si fier. Si digne. Si semblable à celui que j’ai aimé. Mais à moi ? « Et ça… ça a de l’importance. Ça en a autant pour toi. Même plus… » Mon regard se porte sur la pierre tombale, dernière demeure d’un grand homme, un héros à sa manière. Sans costume. Sans histoire. Juste un cœur immense destiné à aimer. Il laisse un vide immense. « Enfin…. De toute façon… Tu ne me verras plus, ne t’inquiète pas, d’ailleurs. Je ne suis pas du genre à venir essuyer la poussière pour rendre les tombes plus brillantes. »  Je me tais, relevant le regard vers cet humain ayant été le centre de ma vie durant si longtemps. « Seulement… J’espère, qu’un jour, tu seras capable de me voir autrement que celle qui t’a brisée le cœur… J’espère sincèrement, qu’un beau jour, tu puisses au moins comprendre combien je t’ai aimé. »
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Sam 30 Juin - 18:43

« LA FERME ! » qu’elle hurle soudain. Avec n’importe qui d’autre, il aurait sans doute été surpris, tellement qu’il en aurait reculé d’un pas et ouvert grands les yeux. Mais avec elle, avec elle c’était naturel. Ils avaient le même tempérament. Ils avaient ce même feu qui coulait dans leurs veines. Cette similarité les avait amenés à se comprendre, et même à s’aimer pendant longtemps. D’un amour indescriptible, comme on n’en vit sans doute qu’un seul dans sa vie. Cette similarité les avait aussi éloignés, et même à se séparer car leur amour était trop explosif, trop intense, trop puissant, trop passionnel, trop destructeur. Dès l’instant où elle avait laissé une autre personne la toucher, la revendiquer, sans même hésiter, il avait décidé que c’était terminé. Car il n’existait pas de gris dans la vie d’Alaric. Il n’existait pas d’à peu près dans la vie d’Alaric. Il ne temporisait pas, jamais. Il n’y avait pas de faux semblant dans la vie d’Alaric. Il n’y avait pas de place pour l’erreur – n’importe quelle erreur – dans la vie d’Alaric. Il chassait tout et tout le monde susceptible de le nuire, de le blesser, de le détruire. Il l’avait toujours fait. Il avait des années à accepter Dan pour ce qu’il était, un père présent et loyal, des années à comprendre que l’homme de ne le trahirait jamais, ne le blesserait jamais, ne le quitterait jamais. Avec Lou, avec Lou ça n’avait pas pris des années mais quelques jours – et peut-être même quelques heures seulement. Il avait laissé la jeune fille qu’elle était, rebelle, un brin timbrée et aventureuse, l’approcher suffisamment pour capturer son cœur, son corps et son âme. Il n’avait pas hésité longtemps avant de lui accorder sa confiance, et elle n’avait pas hésité bien plus longtemps avant de lui accorder la sienne. Ils étaient si différents, et pourtant tellement pareils. Ils avaient des vécus si opposés, et des souffrances pourtant aussi compliquées et destructrices. Ils s’étaient compris, et s’étaient apprivoisés comme deux jeunes idiots qui tombent amoureux pour la première fois. Tout cela avait rendu la faute de Lou très dévastatrice, sans possibilité de rectifier le tir, sans possibilité de trouver le pardon dans le cœur de Ric. Il ne pouvait pas. Il ne savait pas. Pardonner. Et là, alors qu’elle se tient face à lui, que la rage est présente dans son regard, que la colère est présente dans sa voix, il ne parvient toujours pas à lui pardonner. C’est un concept inconcevable et méconnaissable pour le jeune homme. Lui avait-on pardonné, à lui, d’être né orphelin ? Lui avait-on pardonné, à lui, d’avoir besoin d’affection ? Lui avait-on pardonné, à lui, d’être craintif et distant, par peur d’être blessé et déçu ? Le pardon, avait-il connu le pardon ? Non. « Je ne suis pas en train de te reprocher de ne pas avoir été là, juste que Dan a été présent !! Il savait que j’avais fait une connerie !!! Il te comprenait aussi !!! Mais il était là... » qu’elle lui révèle ces vérités cachées, ces vérités qu’il ignorait et ces vérités qui le frappaient de plein fouet. Il était partagé. Partagé douloureusement. Entre la colère que cet homme qu’il aimait ait pu lui mentir pendant des années, et la bonté toujours surprenante de cet homme au point de ne pouvoir tourner le dos à qui que ce soit. Une partie de lui pouvait comprendre l’acte de Dan, mais la plus grande partie de Ric – cette faille ancrée en lui – ne parvenait pas à effacer la trahison de la jeune femme. « J’étais trop jeune... J’avais trop bu.... Je ne savais même plus ce que je faisais ce soir-là... C’était flou et JAMAIS, je n’aurais voulu te faire subir ça. Je ne l’aurais pas supporté pour moi. Mais je t’aimais ‘Ric, je t’aimais même trop... Parce que toi... Toi, t’étais spécial… Toi, t’étais, tu es et tu resteras le plus grand amour de ma vie... » Il grogna presque à l’entendre prononcer tous ces mots. C’était tellement facile, trop facile. De dire qu’il était et serait à jamais son premier amour. L’amour ! Qu’elle avait bafoué, qu’elle avait anéanti, qu’elle avait piétiné. Quelle facilité que de mettre cela sur le compte de l’alcool ! Quelle facilité que de regretter après que le mal ai été fait ! Non, décidément, il ne pouvait pas oublier cette colère, il ne pouvait pas la surmonter. « La ferme, » qu’il lui renvoie la belle, d’une voix dure mais sans crier. Contrairement à la jeune femme, sa fureur n’exprimait pas par des cris, mais bien par un calme olympien et annonciateur d’un ouragan qu’on préférait éviter. « Je connais mieux que n’importe qui les effets de l’alcool, » merde, il avait eu un terrible problème d’addiction ! Il avait ramé et souffert pour sortir de là. Il connaissait mieux que quiconque l’effet de cette drogue, néfaste et irréparable. Pourtant, pourtant il n’avait jamais rien mis sur le compte de l’alcool – ni ses actes, ni ses paroles. Il avait toujours assumé ses erreurs. Il refusait cependant que les révélations de Lou ne soient considérées comme une responsabilité, qu’elle accepte de prendre. Elle avait bu et avait été incapable de résister à la tentation. C’était la seule chose à laquelle il avait pu penser, la seule chose qui avait compté – et qui comptait encore aujourd’hui. « Ne prétends pas que, sans l’alcool, tu n’aurais pas été tentée. Tu étais jeune, comme tu l’as dit, et tu as été intriguée. Curieuse, » et même si l’homme en lui comprenait parfaitement cet état de fait, la déception et la haine avaient été omniprésentes tout le long qu’elle lui avait expliqué ce qui s’était passé. « Et merde, ça n’a plus du tout d’importance maintenant, » qu’il dit plus rageusement, en colère de ressentir tout ce flot d’émotions oubliées depuis des années, comme si elles ne l’avaient jamais quitté. A éviter le sujet « Lou Morland », à s’acharner d’oublier tout ce qui concernait la jeune femme et leur passé, il n’avait pas eu l’occasion de véritablement tourner la page. Ça avait été plus facile de la haïr et de l’envoyer aux oubliettes, que d’encaisser et affronter la réalité.

« Je ne te demande rien... » Manquerait plus que ça, qu’il grince des dents, grincheux. « Ce qui est fait, est fait. Mais Dan a toujours été présent pour moi. On s’entraînait parfois et surtout, il savait combien je m’en voulais... J’aurais pu en mourir tellement j’étais mal, tellement je souhaitais tout effacer ... Il était mon ami. Il était comme un père pour moi… » Diable qu’il détestait l’entendre dire ça. Diable qu’il aurait aimé la secouer de toutes ses forces, et il l’aurait fait si l’idée qu’elle soit morte ne lui avait pas coupé le souffle. Garce, il aurait pu désirer sa mort, il aurait pu le souhaiter ardemment, à l’époque, sous l’effet de la colère. Et il s’en voulait presque de ressentir cette légère et vague compassion à l’idée qu’elle ait pu souffrir autant que lui. Des paroles. Ce n’étaient que des paroles. Les larmes dans ses yeux, cependant, n’étaient pas feintes. Il le savait, car il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle ne jouait jamais la comédie, qu’elle était nulle à ce jeu et surtout qu’elle détestait se montrer si vulnérable. Il détourne le regard alors, incapable d’en supporter davantage – partagé entre le besoin de la détester et celui de la rassurer. Diable qu’il la haïssait à cet instant. « Je suis tellement désolée... J’ai tant de peine en moi... Il me manque... Il me manque cruellement... Et c’est terrible parce que je me dis que je ne le reverrais plus jamais. Que c’est terminé... Que j’entendrais plus cette voix bourrue, me parler et tout faire pour m’enrager. » Et elle pleure, elle pleure, elle pleure. Et il ressent sa souffrance en plein cœur, parce qu’il la partage et bien plus encore. Pourtant, il lutte, il refuse de verser ses larmes devant elle. Il lutte, il lutte, il refuse de partager sa peine avec elle. Mais l’émotion est là, plus intense et plus terrifiante que jamais, lui nouant l’estomac et la gorge. L’empêchant presque de respirer. « Et ça… ça a de l’importance. Ça en a autant pour toi. Même plus… » qu’elle enchaine avec sa vérité, enfonçant le couteau dans la plaie. « Enfin…. De toute façon… Tu ne me verras plus, ne t’inquiète pas, d’ailleurs. Je ne suis pas du genre à venir essuyer la poussière pour rendre les tombes plus brillantes. » Et son cœur qui tape, et ses poings qui se serrent, et sa haine, et sa peine, et son désarroi. Qui l’assaillent, qui l’envahissent. Il a envie de lui dire qu’il souhaite ne plus jamais la voir, ne plus jamais lui parler. Il a envie de lui dire qu’elle ne lui manquera pas, qu’elle ne lui avait jamais manqué. Il a envie de lui dire les mots douloureux, il a envie de la voir souffrir, il a envie de la savoir triste et malheureuse.

Mais son cœur, lui, son cœur il a envie de protéger. Son cœur, lui, il a envie de pardonner. Son cœur, lui, il a envie de lui dire qu’elle a le droit de visiter la tombe qu’elle veut, qu’elle a le droit de pleurer tous les morts qu’elle veut, qu’elle a le droit de dépoussiérer la tombe qu’elle veut. Il a envie de lui dire qu’elle n’a pas à se sentir coupable de quoi que ce soit. Que les erreurs commises sont pardonnées, qu’ils ne pouvaient rien contre le destin. Mais il se tait. « Seulement… J’espère, qu’un jour, tu seras capable de me voir autrement que celle qui t’a brisée le cœur… J’espère sincèrement, qu’un beau jour, tu puisses au moins comprendre combien je t’ai aimé. » Il ferme les yeux, le visage tourné vers l’horizon, incapable d’en supporter davantage. La haine et la colère qu’il éprouve sont intenses, à l’image de l’amour qu’il a un jour éprouvé pour elle. Plus il aimait, plus il était exigeant. Plus il aimait, plus il était létal. Plus il aimait, plus il était entier. Et elle tourne les talons quand il ne répond plus rien. Elle tourne les talons, tourne le dos à la pierre tombale, tourne le dos à cet homme à qui elle vient de se livrer comme jamais elle a dû le faire dans sa vie. « Je t’ai tellement haï, » qu’il murmure presque trop doucement, qu’il craint qu’elle ne l’ait pas entendu. Mais elle s’arrête, sans se retourner. « Je t’ai tellement détesté, » qu’il répète les lèvres serrées. Dire les mots, c’est dur. Affronter ses émotions, c’est dur. Etre confronté à ce passé, c’est dur. « Parce que je t’ai aimé, putain. Comme un fou, » qu’il grogne presque à l’admettre, à le reconnaitre. Cet amour qu’elle avait détruit, cet amour qu’elle avait perdu. Lui, lui qui était incapable d’aimer à l’époque, et qui s’était senti incapable d’aimer par la suite. Elle n’avait pas seulement brisé son cœur, mais sa vie. Parce que, sans le savoir peut-être, sans le vouloir peut-être, sa trahison s’ajoutait à bien d’autres souffrances chez Alaric. Cela expliquait sans doute sa réaction démesurée et son incapacité à passer outre. « Je t’ai tellement aimé, t’as tellement tout représenté pour moi, que j’en suis là aujourd’hui, » qu’il ouvre les bras comme pour s’exposer au grand jour. « Avec une haine et une rage qui ne me quittent pas, » à l’image de cet amour fou. Dans ces mots, dans ces regards qu’il lui offre enfin, il exprime bien des choses. Il lui dit, sans prononcer les paroles, qu’il aimerait trouver la force de lui pardonner et d’avancer, mais qu’il ne sait pas comment. Qu’il ne sait pas s’il en est capable. Ni même s’il le sera un jour.

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Lou Morland
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Mar 17 Juil - 18:23

La tension est telle qu’après avoir tenté de me justifier, je finis par fondre en larmes. Alaric peut le confirmer d’ailleurs, je pleure rarement. J’ai pris l’habitude de tout encaisser et de ne jamais me laisser submerger par les émotions. À mon sens, pleurer relève de la faiblesse et combien de fois, beaucoup se sont évertués à me prouver le contraire. Malheureusement, je n’arrive pas à changer d’avis. Pour moi, s’effondrer en pleurs veut dire que je suis nulle. Et avec Alaric, ça a toujours été ainsi. On se ressemble tellement de toute façon. Et je le vois encore aujourd’hui. On dirait presque que rien n’a changé, que nous en sommes au même point. Nous nous jetons des regards colériques où la peine teinte l’éclat de nos prunelles mais dans le fond, n’est-ce parce que nous sommes encore vivants ? J’aurais tant à lui dire d’autre. Je pourrais passer des heures à devoir lui expliquer ce qui a pu se passer ce soir-là, cet instant où ma vie a pris un tournant, je ne l’ai pas vu venir et il m’a percuté de plein fouet. Je lui ai fait du mal. Je me suis démolie aussi. Et il a fallu œuvrer sans lui. Il n’a jamais été capable de me pardonner. De toute façon, je ne l’étais pas non plus. Mais quelle solution restait-il alors ? J’ai avancé et dans un sens, ne pas le revoir m’a aidé, même s’il m’a énormément manqué, même si ça a été difficile. Même si j’ai pleuré. Mes seules larmes auront été destinées pour lui. Et elles le sont encore. Alors que j’essaye de lui expliquer la raison de ma présence, pourquoi j’ai une place ici, dans sa vie. Pourquoi il a tant d’importance dans la mienne. C’est quelque chose d’incompréhensible. D’indescriptible. De fort et de passionnel. Il est mon amour, mon premier, mon grand. Celui qui dévaste, se reléguant au rang d’éternité. Et malgré cela, nous nous crions dessus, les mots sortent, frappent, font mal. Je serre les dents mais à quoi bon, la faiblesse est sortie. Devant Alaric, je suis faible, j’ose évoquer ce pardon que j’espère tant, celui qui me permettra d’aller mieux. Mais hélas, je me heurte à un mur. Il m’en veut tant et je le comprends. J’ai appris à le connaître. Par cœur et entièrement. J’ai appris à l’idolâtrer et le définir comme un sanctuaire, un secret que je n’évoque à personne. À ce jour, il est pas ma plus grande déception. Et chaque mot qu’il emploie me fusille un peu plus. Nos voix se brisent, se heurtent à la froideur de l’autre. Et le silence alors que j’implore sa clémence. Je l’observe, les yeux brillants de larmes. Muet. Terrible. Beau. « C’est bon, j’ai compris...  » Je finis par doucement murmurer, les yeux brillants, les joues humides de mes larmes. « Quoi qu’il en soit, je t’oublierai jamais, Alaric. Tu auras été l’une de mes plus belles rencontres. Et tu es quelqu’un de bien même si t’as jamais voulu te définir comme tel. J’aurais été heureuse avec toi. » Que lui dire d’autre ? Je renifle bruyamment, inspirant doucement. Puis secouant la tête, j’entreprends de répartir la mine basse. La défaite est là, je la reconnais tandis que je m’é vais, capitulant face à sa ténacité. Face à ce que je ne peux contrer. Mes erreurs qui me suivront jusqu’au bout. Ce silence qui me fusille. Jusqu’à ce qu’il ose enfin mettre des mots sur son mal-être, sur cet amour ayant pris trop de place dans sa vie. Je n’ai jamais oublié combien il m’a aimée. Combien je me suis sentie reine avec lui. Je revois encore la douceur de son regard, la sensualité de sa main qui me caresse, la fragilité de ses lèvres ayant trop de fois exploré ma peau. Tout ce en quoi j’ai aspiré en un avenir doux et merveilleux. Parce que je l’aimais autant qu’il m’aimait. Et je ressens la force de cet amour. Il paralyse. Il dévaste. Il est là et nous emplit de colère et de rage. Et c’est pour ça qu’il ne peut me pardonner, parce qu’il m’aimait trop, que la trahison allait au delà de tout. Et c’est bien ça, le problème. Il y avait du « trop » dans cette histoire. Et ça nous a enfermé. C’était lui et moi contre le reste du monde. Je l’observe être dos à moi, devant cette tombe alors que j’ai voulu m’en aller. Sa voix a su m’arrêter, me faire pivoter et l’observer avec l’espoir fou que je suis en train de comprendre tant de choses. « Alaric... » Murmurer son prénom au parfum d’interdit. Je m’avance vers lui, doucement pour lui faire face. Cette fois ci, sans violence, juste mon visage imbibé de mes pleurs. Les yeux sont grands et si expressifs. « Il est peut-être temps de nourrir autre chose que de la haine à mon égard. Je sais que je t’ai fait du mal mais on ne peut rien changer. J’ai été con et crois-moi, je m’en veux. J’ai si mal ... Chaque jour... Mais si c’est le prix à payer, alors je l’assume entièrement.  » Ma main vient alors se poser sur son visage, timide, rejointe par l’autre. Pour accentuer cette proximité, pour l’observer faire et être. Pour qu’il puisse voir combien je suis sincère. Je l’ai toujours été avec lui, même quand il a fallu lui annoncer la pire des nouvelles. « Il est peut-être temps d’avancer. Il est peut-être temps de voir autre chose que de la haine. Ne le fais pas pour moi... Ni pour toi... Mais pour Dan, il a toujours nourri tant d’espoirs pour toi... T’as été sa plus grande fierté, sois en certain. Il t’aimait profondément... Alors il faut que tu sois heureux Ric. Faut que tu le sois... Je veux vraiment te savoir l’être. Je le souhaite de tout mon coeur même si en mon for intérieur, je pleure cette histoire.... Je sais que ce trop plein d’amour nous aurait tué à la longue... » Le temps m’a permis de faire ce constat. Ce « trop » qui nous a usé. J’aurais pu m’y faire si j’avais été plus âgée et non pas cette gamine qui avait déjà cette relation avec ce gars bien plus âgé, marqué par la vie. « Je t’aimerai toujours de toute façon... J’ai jamais réussi à aimer aussi fort, voir pas du tout. T’es à une place que personne ne peut avoir, ‘Ric. Alors putain, sois heureux. Sois heureux parce que nous l’avons été durant un temps. Sois heureux parce que c’est tout ce que Dan aurait voulu.  » Mes doigts se crispent et je continue de le dévisager. Je suis envahie par cette odeur m’ayant habitée et accompagnée pendant longtemps. Le parfum d’Alaric que je hume avant de pleurer à chaudes larmes. « Et même si tu te décidais à ne pas me pardonner, puisses-tu trouver la personne qui saura t’apporter un tel bonheur.. Parce que tu le mérites... » Et parfois, on a juste besoin de ça, d’entendre ces mots. D’espérer. D’aimer à nouveau.
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Alaric Winchester
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MessageSujet: Re: i khow we've got to say goodbye   Lun 6 Aoû - 21:34

« C’est bon, j’ai compris... » Non, tu n’as rien compris. Non, tu ne peux pas comprendre. Non, tu ne comprendras jamais. Diable qu’il aurait aimé lui hurler dessus. Diable qu’il aurait aimé la secouer comme un prunier. Diable qu’il ressentait le besoin d’exploser, de soulager sa peine sa souffrance. Ce mal qui semble avoir élu domicile en lui depuis quelques jours – et peut-être même qui vit en lui depuis toujours. N’était-il pas de ceux que l’on fuit, coûte que coûte ? N’était-il pas de ceux que l’on évite ? N’était-il pas de ceux dont on tournait le dos, sans un regard en arrière ? Diable qu’il était fataliste. Diable qu’il était haineux. Diable qu’il était triste. Diable qu’il était malheureux. Tout simplement malheureux. Tout simplement meurtri. Et Alaric Winchester n’était pas homme, n’était pas être humain à pleurnicher sur son sort. Non, Alaric Winchester était homme et être humain à rager, à violenter et à haïr. C’était tellement plus simple ainsi, plus simple que d’accepter le destin avec le sourire. Plus simple que de se raccrocher à ce que la vie vous offrait. Car la vie, la vie ne lui avait pas offert beaucoup de cadeaux. Et qui était-il pour en juger ? Qui était-il pour se plaindre aussi ouvertement et lâchement ? Ah, quelles émotions contradictoires et compliquées que celles qu’il ressentait à cet instant. Mettre la faute sur la présence de Lou était également une réaction facile. Une réaction typique de Ric Winchester. A bien y réfléchir, il n’était pas étonnant qu’on le fuit et qu’on lui tourne le dos. N’avait-il pas un toit sur la tête ? N’avait-il pas un travail honorable qui lui permettait de vivre dignement ? N’avait-il pas connu l’amour, celui qui dévaste tout sur son passage, celui que l’on vit dans un livre, dans un film, et dont bon nombre de personnes rêveraient de connaitre sans en avoir la chance ? N’avait-il pas aimé démesurément ? N’avait-il pas été aimé démesurément ? N’avait-il pas connu cet amour naissant, cet amour tendre, indescriptible, le temps d’un souffle, le temps d’un instant ? Elinor lui apparaissait comme un rêve depuis qu’elle avait disparu, mais n’avait-elle pas été réelle ? Ne lui avait-elle pas apporté bien plus qu’une illusion ? Osait-il se considérer comme solitaire, quand Bébé s’imposait dans sa vie aussi aisément qu’il avait tenté d’en sortir ? Comment pouvait-il se montrer aussi égoïste ?

Il l’ignorait. Il avait toujours été rempli de haine car la déception avait toujours été une brûlure intense. Tout ce qu’il avait toujours désiré enfant, c’était une famille. Des parents qui l’auraient désiré. Des parents qui l’auraient aimé. Oui, tout ce qu’il avait toujours désiré, c’était d’être aimé. Comment ne pas devenir aigri et méfiant, quand le rejet et l’abandon sont tout ce que vous avez connu depuis toujours ? Comment ? En rencontrant une personne, une seule – UNE SEULE – qui ne détourne pas le regard en vous apercevant. Qui vous sourit quand vous apparaissez. Qui vous soutient quand tout semble s’écrouler. Qui continue de vous considérer et de vous aimer, même quand sa colère est manifeste et justifiée. Une personne. Et cette personne avait quitté ce monde. Et ce n’était pas plus facile car la mort de Dan était attendue et non surprenante. Ce ne serait jamais facile. Ça n’était jamais facile. Sa perte était telle qu’Alaric était bien incapable de reconnaitre ses torts, bien incapable de ne pas s’accrocher à la colère et à la haine. Pas encore. Pas encore. « Quoi qu’il en soit, je t’oublierai jamais, Alaric. Tu auras été l’une de mes plus belles rencontres. Et tu es quelqu’un de bien même si t’as jamais voulu te définir comme tel. J’aurais été heureuse avec toi. » Et elle ne crie plus. Ne hurle plus. Elle pleure. Elle admet. Elle reconnait. Elle dit ces mots qu’il n’avait jamais été prêt à entendre, jamais prêt à accepter. Pourtant, il l’écoute. Enfin, il les entend. Et la vérité de ces paroles le transperce. Et ça fait mal. Un mal de chien. Comme tout ce qui fait sa vie actuellement. Ça fait mal.

Et il exprime lui aussi. Il exprime ce qu’il ressent. Il exprime ce qu’il ressent depuis des années. Il exprime ce qu’il gardait enfouit en lui depuis tant d’années. Il se libère aussi d’un poids. Et quand elle prononce son nom, après tant d’années sans l’avoir entendu de ses lèvres, il ferme les yeux un instant. Le temps d’un moment. Pour se rappeler. Pour se rappeler les bons souvenirs. Pour se rappeler cette sensation unique. Pour se rappeler qu’un jour, un jour, elle l’a véritablement aimé. Il a été aimé. Il sent les larmes qui montent, montent, mais il les retient ardemment. Alaric Winchester ne pleure pas. « Il est peut-être temps de nourrir autre chose que de la haine à mon égard. Je sais que je t’ai fait du mal mais on ne peut rien changer. J’ai été con et crois-moi, je m’en veux. J’ai si mal ... Chaque jour... Mais si c’est le prix à payer, alors je l’assume entièrement. » Et il avait tellement envie qu’elle en paie le prix éternellement ! Il avait tellement besoin qu’elle en paie le prix éternellement. Il a toujours les yeux fermés quand elle pose sa main sur sa joue. Son corps se tend, ses lèvres se serrent tout comme ses poings, tout en lui n’est plus que nerfs tendus. « Il est peut-être temps d’avancer. Il est peut-être temps de voir autre chose que de la haine. Ne le fais pas pour moi... Ni pour toi... Mais pour Dan, il a toujours nourri tant d’espoirs pour toi... T’as été sa plus grande fierté, sois en certain. Il t’aimait profondément... Alors il faut que tu sois heureux Ric. Faut que tu le sois... Je veux vraiment te savoir l’être. Je le souhaite de tout mon coeur même si en mon for intérieur, je pleure cette histoire.... Je sais que ce trop-plein d’amour nous aurait tués à la longue... » Diable qu’il déteste qu’elle ait tant raison. Diable qu’il déteste qu’elle exprime ces mots qu’il sait déjà être vrais. Il ne s’en rend pas compte, mais il respire plus difficilement. Parce qu’à chacune de ses paroles, il accepte. A chacune de ses paroles, il renonce. A chacune de ses paroles, il abandonne. Le poids sur ses épaules. La force de tenir le coup. Il ne s’agit plus de paraitre fort pour ne pas être jugé et critiqué. Il s’agit d’être libre. D’être lui-même. « Je t’aimerai toujours de toute façon... J’ai jamais réussi à aimer aussi fort, voire pas du tout. T’es à une place que personne ne peut avoir, ‘Ric. Alors putain, sois heureux. Sois heureux parce que nous l’avons été durant un temps. Sois heureux parce que c’est tout ce que Dan aurait voulu. » Il ferme plus fort les yeux alors que les mains de Lou ne le quittent pas. Il se sent encore incapable de les ouvrir, de la regarder, de plonger son regard dans le sien. Car il sait, il sait qu’il y lira ce dont il a besoin. Il sait qu’il y lira une vérité qui fait mal mais qui apaise. Il sait qu’une fois que leurs regards se croiseront, le passé sera pardonné. Le passé sera apaisé. Et il a encore besoin de la haïr. Il a encore besoin de la colère. Rien qu’un peu… « Et même si tu te décidais à ne pas me pardonner, puisses-tu trouver la personne qui saura t’apporter un tel bonheur... Parce que tu le mérites... »

Une éternité s’écoule avant qu’il n’ouvre les yeux et plonge son regard dans la sien. Avant que les larmes ne coulent, lentement. Il ne sanglote pas – faut pas exagérer non plus – mais la douleur est perceptible. Il le sait. Car il le lit dans le sien aussi. « Tu espères bien trop de choses pour quelqu’un qui t’a maudit pendant des années, » qu’il lance alors d’une voix rauque d’avoir choisi le silence comme arme défensive. Mais son demi-sourire ne laisse aucun doute, c’est plus amusé qu’irrité qu’il lui répond. « Là, tout de suite, je suis incapable d’être heureux, Morland. Incapable de me raccrocher à ce bonheur et à ce qu’il aurait aimé pour moi… Là, tout de suite, j’avais besoin de ma haine et de ma colère, que tu as parfaitement alimentée, » qu’il ajoute plus calmement. « Là, tout de suite, je suis incapable de penser au fait qu’il préférerait me savoir heureux. Là, tout de suite, j’ai envie de tout oublier. Tout oublier, » qu’il ferme de nouveau les yeux, versant des larmes trop longtemps refoulées. Vulnérable, ce n’est pas un mot qui définit Alaric. Pourtant, vulnérable il l’est.

Et il ne ressent pas de honte à l’être devant Lou Morland. Parce qu’elle est elle. parce qu’il est lui.
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i khow we've got to say goodbye
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