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 "Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse".C.Bobin ✯✯ Alastar ✯✯

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Cassiopée Desnuits
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DATE D'INSCRIPTION : 18/05/2018
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MessageSujet: "Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse".C.Bobin ✯✯ Alastar ✯✯   Jeu 24 Mai - 14:53

La lourde baie vitrée glissa lentement avec une facilité déconcertante. La terrasse mesurait au bas mot une vingtaine de mètres carrés, longeant la chambre et la salle de bain attenante. Il était tard, mais un air tiède coulait encore sur la nuit silencieuse.La lune, grosse et lumineuse, éclaboussait les alentours de reflets opalescents, ondulant aux mouvements des reliefs du jardin. De temps à autre, un furtif coup de vent passait sans bruit. Les étoiles, innombrables, palpitaient d'une lumière insouciante. Tout était si paisible, hors du temps.  C'était magique pour Cassiopée de se retrouver à l'autre bout du monde dans une villa aussi magnifique. Appuyée sur le rebord, la jeune française goûtait l'instant. On ne l'avait pas prévenu de ce cadre luxueux dans lequel elle allait évoluer désormais. Une agréable surprise dont elle ne savait quoi faire d'ailleurs. Désormais, elle demeurait intimement chez un homme inconnu, un parfait étranger. Quelle étrange situation. Un sentiment d'irréalisme l'étreignit soudain. Elle avait accepté ce travail si facilement, de manière totalement irréfléchie.
Échappée de son monde, il lui faudra un temps pour apprendre celui-ci. Elle errera sans doute entre leurs effluves respectives, avant de se sentir un peu à l'aise. Paupières closes, elle se revit sagement assise, face à son chef de service. Quelque chose de plus fort que la raison avait acquiescé à sa place. Pourquoi... ? Pourquoi cet élan vers un inconfort aussi radical ? Les yeux perdus sur la voûte céleste, la réponse, murmurante, surgit comme une voleuse. « C'était un appel... ». La rousse sourit aux clous d'argent qui jonchaient l'azur sombre. Son intuition la trompait rarement. Elle se laisserait donc bercer à ces jours incertains où elle devrait accompagner une résurrection. Car il s'agissait bien d'une résurrection.

Alastar Black. Un être à l'intelligence supérieure qui se laissait dévorer par une profonde désespérance. Une épreuve atroce, certes. La Mort réveille l'inénarrable. Il n'y a qu'elle en effet, en cette Terre, qui s'arroge le maléfique pouvoir de révéler ces strates insondables que les humains préfèrent oublier.
Alastar, implacable de cynisme. Inabordable, dur et froid comme la glace. Si indifférent à tout, à lui-même d'abord, qu'il en oubliera peut-être de se survivre totalement. L'ancienne psychologue avait perçu un peu de tout ça. Mais ce n'était que le début, et elle savait. Elle savait si puissamment, convaincue d'espoir et d'optimisme, qu'il possédait encore toute sa lumière, quelque part enfouie, endormie en lui. Elle en avait tant vu de ces anesthésiés de la vie, qui œuvraient comme ils respiraient, à se déshumaniser. Ne plus souffrir. Ne plus rien ressentir. Se tuer dans l’œuf. Vides de tout, emplis de rien. Un leitmotiv incessant contre lequel il fallait lutter sans relâche. « J'ai perdu ma mère pourtant » songea t-elle. Ces jours étouffants et grouillants, interminables, où les ténèbres s'étaient penchées sur cette pitoyable orpheline, pénétrantes jusqu'à l'os, irritées, hurlantes de leurs murmures infinis, cloîtrées aux tréfonds d'une essence si douloureuse. Elles avaient bercé ses nuits et ses jours, torturé son esprit, le corps noyé par les larmes. « Maman...Maman... » L'éternel refrain du chagrin où son âme avait été crucifiée pendant si longtemps. Peut-être parce qu'elle était une enfant, la puissance de vie avait eu le dernier mot. Un fait notoire cependant : c'était une mère, pas un enfant, ni une épouse. Une différence à prendre en compte, évidemment.
Cassiopée, du haut de ses 30 ans, refusait les limites, les échecs, la fatalité.Tout était toujours possible. Une conviction intrinsèque qu'elle défendait ardemment.  

Qui était-il, réellement ? Un soupir intrigué et interrogateur s'échappa de ses lèvres. Pour l'heure, il était bien trop tôt pour se permettre de quelconques allégations. Hormis cette carapace épaisse, brandie haut et fort dès le début de leur première rencontre, elle n'avait pour le moment, que bien trop peu d'éléments pour orienter sa mission. Sa seule certitude : le traumatisme était bien installé et profond. Monsieur Black n'avait pas trouvé d'autres outils que la cocaïne pour surmonter son Mal. Elle tenterait tout ce qu'elle pourrait pour qu'il retrouve d'abord un peu de confiance. En lui, en ce qu'elle pourrait lui apporter de différent, de salvateur, de novateur...Peu importe. Mais qu'il parvienne à se fier à autre chose qu'à cette addiction mortifère. Juste un peu, si peu. Une poussière d'étoiles suffirait. Une poussière de Vie. Une poussière de lumière. Le bousculer, le surprendre, l'extirper de ses murs. Il y avait bien un moyen pour ça. Mais...Serait-elle prête à en payer le prix ? C'était un pari hasardeux où elle risquait d'y laisser de grosses plumes ensanglantées. Elle verrait bien. Demain sera un autre jour.

Le soleil léchait la chambre et réveilla joyeusement la française. Elle aurait aimé descendre en nuisette, pieds nus, libre « d'être » dans ce lieu réservé qui, de son point de vue, constituait un véritable palais . Elle se lâcherait peut-être plus tard, quand l'habitude du quotidien aura pris le pouvoir et qu'elle se ficherait bien de ce qu'il pourrait penser d'elle.

Habillée simplement mais toujours parfumée de cette flagrance luxueuse, typique du grand parfumeur parisien dont elle raffolait, elle descendit le grand escalier de verre. Puis,traversa le large couloir qui donnait sur la cuisine. Il n'était pas là pour le moment. Alors, déjà conquise par cette pièce immense ouverte sur le jardin, elle ouvrit en grand, laissant pénétrer la lumière et la chaleur matutinale. Un « hum » de plaisir plus tard, elle se mit à farfouiller dans les placards afin de trouver quelque chose à manger. Ce n'était pas le Tout les choux, elle avait une faim de loup !
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Alastar Black
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MessageSujet: Re: "Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse".C.Bobin ✯✯ Alastar ✯✯   Sam 2 Juin - 19:31


Quatre heure quatre. La Terre tourne. La Terre pleure. La tête tourne, mais les larmes se meurent. L'hiver intérieur palpite silencieusement dans ce qui ressemble à un cœur. Et le temps continue de jouer. Tic. Tac. Et le temps continue de couler. Épouvantable constat d'échec. La ruse malveillante des virus mangeurs de rêves. Syncope sentimentale. Essoufflement. Bavures d'étoiles déboussolées détériorant les balises du zénith. Le regard se perd, le regard s'échoue dangereusement jusqu'au lointain. Elles s'en vont, moqueuses, elles tournent le dos, une fois encore, laissant derrière elles un bouillonnement de décombres pour seul échappatoire aux yeux lagons. Le feu du ciel et la vengeance. Mais pour l'heure et pour longtemps ; l’éreintement du vivant.

Le scientifique manqua un battement, puis le suivant, un calcul, puis son raisonnement. Quelque chose. Quelqu'un. Puis plus rien. Le brouillard des mots. La douleur des maux. Le voile corbeau qui réchauffait la glace, déployant amoureusement sa texture cancéreuse sur la blessure colorée de désespoir et de mort.

Combien de nuits passées sous les cris terrifiants du silence ?
Combien de corps célestes plasmatiques méprisés par son regard fatigué d’intérêts ?
Quelle heure était-il... maintenant ?
Combien de temps lui restait-il à vivre avant que le jour ne se lève ?

Le menton relevé soudainement, Alastar fit face à l'horloge murale faite de bois de Mélèze. Sombre, trônant sur son immense bibliothèque luxueuse, elle semblait guider sa vie... ou ce qu'il y ressemblait. L'anglais ne supportait pas les imprévus et tout ce qu'ils présageaient, préférant de loin se cantonner dans ses maudites habitudes. Alors il demeura là et las, hélas, comme toutes les nuits passées minuits, assis nonchalamment sur son fauteuil en cuir, la mine affreusement livide, à examiner ce simple guide du temps de ses yeux égarés teintés de cette pâleur caractéristique bleuâtre, comme s'il pensait réellement encore qu'une hypothèse capable de résoudre toutes ses défaillances intérieures se manifesterait pour venir panser sa mélancolie destructrice. Un faible sourire cynique effleura ses lèvres un instant pour venir difficilement étirer ses traits en quelque chose de plus vivant. Ses pensées pitoyables, malades de cocaïnes et de folie de l'insomnie l’amusaient sincèrement. Comme une évidence, son attention, bien qu’imperceptible à l’œil nu, était totale et suivait le chemin lent et précis de la grande aiguille du cadran de sa précieuse horloge. Bientôt, elle chanterait. En effet, son timing était toujours parfait. Quatre heure six. Une légère mélodie macabre retentit dans la pièce et tout l'étage. Cinq ridicules secondes, à peine, et le silence reprit sa place magistrale au sein du laboratoire sinistre. Sinistrement triste.

Un appel, le seul auquel il ne manquait jamais de répondre, mâchoire serrée, yeux clos, esprit torturé. Le scientifique expulsa tout son malêtre dans un simple soupir, puis, comme si tout était déjà parfaitement extériorisé, il alla ranger précautionneusement ses seringues et ses diverses drogues dans une boite qu'il enferma derrière la serrure d'une petite armoire. La clé meurtrière glissant entre ses doigts fins, l'animal solitaire quitta son antre pour veiller sur les lieux jusqu'au matin. C'est là qu'il la vit. Cassiopée Desnuits. Du bout du couloir infini dans lequel il avait cessé sa marche. Par méfiance, par surprise, par analyse et agacement de l'oubli. Seigneur, parfois sa déchéance avait ses bons côtés. Mais comment avait-il pu l'oublier, celle-ci ?! Même ne serait-ce que l'espace d'une seconde, c'était impensable. Sa présence lui serait pesante et insupportable, et l'était probablement beaucoup trop déjà. Alastar, souviens-toi. Mais Alastar n'était pas, Alastar n'entendait pas, il était ailleurs pour encore une bonne heure. Il ne bougeait toujours pas, mais l'examinait du peu que son cerveau déchargé le lui permettait. Elle effleurait la nuit de son regard étrangement paisible et émerveillé, appuyée avec légèreté sur la rambarde de la terrasse qu'elle pouvait rejoindre à tout moment depuis sa chambre. Sa. Elle n'avait strictement rien à faire ici, bloody hell ! Il ne voulait pas de sa pitié, encore moins de son "aide" et de sa chaleur s'exhalant, naturelle... Naturellement suffocante. Demain, ou plutôt dans quelques heures, il irait en toucher deux mots au Docteur Mikaelson. Les yeux plissés par un mélange de sensations désagréables de dérangement et d’irritation absolu, le britannique retint un grognement et rebroussa vivement chemin pour retourner se terrer dans son antre, la clé dorénavant fortement coincée entre les barrières de son poing.

Le flottement des rayons du levé de soleil vinrent se refléter dans les lunettes de l'astrophysicien, qui, happé par l'image du chaton blanc endormi au bord de la fenêtre ou plus certainement par ses profonds questionnements, ne daigna pas profiter de la majestuosité du spectacle s'offrant à lui. Cela l'avait toujours attristé, étant petit. Le soleil qui reprend ses droits pour la journée. Si aujourd'hui cela ne l’atteignait plus naïvement comme avant, il se servait au moins de lui comme d'un compte à rebours pour diverses recherches ou simples idées. Une recherche. Il en avait menée une à bien durant la nuit, du moins une maigre partie; quelques calculs longtemps irraisonnés, irraisonnables et insolubles. Sa surdose de palliatifs y jouant pour beaucoup. Au fond, elle ne faisait pas que tirer sur l'homme à terre, son odieuse, méchante drogue, elle lui offrait parfois quelques sourires irrésistibles.

D'un cœur obscur, lorsque son appétit lui ordonna de cesser de se torturer les méninges sur ses fiches griffonnées, l'homme se saisit de l'une d'elle et de sa plume pour finir par quitter son labo, l'esprit vif. Il avait pris soin de se faire une toilette une heure auparavant et de se changer en quelque chose de plus léger que le jour d'avant. Une tenue classe et sobre, une élégante chemise Tattersall portée de façon stricte, couleur pourpre, boutonnée jusqu'au cou et remontée jusqu’aux poignets pour ne laisser entrevoir aucune forme de laisser-aller, et surtout aucune trace de piqures ou de diverses blessures et cicatrices. Question de paraitre. L'anglais était chic, c'était dans ses gênes. Il libéra finalement ses mains sur la table, d'un geste habituel, lorsque sa monotonie lui frappa brutalement contre le crâne. Encore. Pourquoi diable faisait-il aussi jour ? Alastar avait évidement sa réponse dès son entrée dans la pièce et imaginait avec irritation la présence de la nuisible qui se sentait déjà parfaitement à son aise, non loin de lui, de par ses effluves de parfums particulières. Surtout perturbantes et accablantes. Ne pouvait-elle pas éviter de souiller sa demeure et surtout son espace personnel pour rappeler qu'elle existait ? Légèrement agacé, il alla refermer la baie vitrée, remarquant d'un rapide coup d’œil que l’impossible Edgar en avait profité pour se glisser entre ses jambes et rentrer. Continuant dans sa lancée, celle qui consistait à ignorer la française malvenue, le scientifique se dirigea vers la cafetière pour se préparer un café, l'air impassible bien collé à la peau. Alors qu'elle semblait chercher on ne sait quoi pour se remplir l'estomac, lui, se saisit de la poignée du placard qu'elle examinait pour y retirer une tasse et le refermer à la foulée. « Je dois me rendre à l’hôpital aujourd'hui. Vous devez sans nul doute connaitre mes obligations d'assister à certains rendez-vous passionnants. » fit mielleusement le brun, mordant de cynisme, après de longues minutes de silence, sans toutefois daigner porter son regard sur la rousse. La voix quelque peu grave du matin et de l'homme qui n'a pas parlé depuis l'éternité. Son café fin prêt, fumant et quasi-parfait, il prit lentement sa tasse pour venir tremper ses lèvres dans le liquide salvateur. « Inutile de m'accompagner, évidemment. » souffla-t-il, provocateur, plantant soudainement ses deux azurs vifs dans ceux de la jeune femme, cherchant à la sonder. Il n'avait pas de rendez-vous ce jour là. D'ailleurs, aucun n'était jamais prévu à dates précises avec lui, ils avaient fini par accepter ses élans d'anarchiste désabusé et surtout le fait qu'il ne venait que sous les menaces. Ainsi, il serait impossible pour elle d'y déceler le vrai du faux. Mais il y avait une part de vérité dans le mensonge ; il comptait bien passer voir un médecin aujourd'hui. En coup de vent, certes, mais ce n'était donc pas entièrement faux. C'est qu'il y tenait assez, à sa part de vérité. Et ce docteur, ce ne serait ni elle, ni l'un de ceux de l'hôpital de LA, mais le délicieux Docteur Mikaelson. Il devait au moins tenter quelque chose. Le contacter, lui ou un subalterne.
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Cassiopée Desnuits
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MessageSujet: Re: "Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse".C.Bobin ✯✯ Alastar ✯✯   Ven 8 Juin - 1:08

Le quotidien répétait sans cesse les mêmes gestes, répondant aux mêmes besoins, aux mêmes injonctions contraintes. Dormir, se lever, se laver, s'habiller, se coiffer, se chausser, se nourrir...Sempiternel cycle infernal auquel nul ne s'attardait plus que de raison, au risque de sombrer dans une folie de constance endémique. Dormir, se lever, se laver, s'habiller, se coiffer, se chausser, se nourrir...Une symphonie pérenne qui, au-delà, d'une mécanique immuable et rébarbative, permettait une assise solide sur la Vie. Dormir, se lever, se laver, s'habiller, se coiffer, se chausser, se nourrir...Un cadre rassurant, un point commun à chaque humain. Un appui d'existence et d'instant sur lequel Cassiopée s'accrocha. Le ventre noué brusquement, elle avait perçu sa présence...Ouvrir une porte de placard... C'était si facile. Ça offrait une contenance si parfaite, tant elle luttait contre cette gêne qui s'insinuait jusque dans ses entrailles.
Tournant légèrement la tête, elle suivit du coin de l’œil la haute silhouette s'approcher de l'immense fenêtre. Le clac de fermeture, sec et autoritaire, sonna le glas à la douceur de l'air tiède qui pénétrait dans la cuisine.  
Il, était .
Le geste ralenti soudain, elle expira un peu plus fortement, signifiant la contrariété de ce manque d'ouverture sur le jardin, dont elle raffolait. Mais...Elle n'était pas chez elle. Il allait falloir s'habituer et apprivoiser ce lieu étranger. Combien de temps encore et d'ajustements pour trouver sa place ?
Les yeux rivés sur les étagères, elle entendit son pas, assuré et régulier. Allait-il la saluer? Que nenni, pas un mot. Indécise, ne sachant sur le moment de quelle manière l'aborder, la jeune française finit par se retourner franchement face à lui, appuyée contre le plan de travail, les mains posées de part et d'autre. Concentré sur la préparation d'un café, le visage camouflé derrière un masque d'indifférence, il l'ignora superbement. Elle sourit un peu, légèrement amusée d'un comportement qu'elle estimait infantile à souhait. Il boude comme un gosse, se dit-elle.
Et cette couleur de chemise...Ce violet rouge, inattendu, heurta son regard, appelant à être apprécié ou pas, radicalement, sans demie mesure. Un chic ostentatoire où l'homme dévasté campait un parti pris provocateur ou bien simplement original? La rousse s'interrogea, sans réponse, et pour cause. A cet instant sans grâce, Alastar s'avérait être un mystère ambulant, opposant une manière de se vêtir toute en lumière, à celle, sombre et mutique d'une attitude hostile, quoique imprégnée de respect. Une arme d'apparence parfaite, doublée d'une classe certaine mais qui ne leurrait guère l'ancienne psychologue. La majorité des authentiques souffrants se révélaient toujours en une assurance inébranlable. Tout allait bien, ou du moins, rien de particulier à signaler. “Oui, ça va. Et vous?” On partageait les petits soucis habituels, communs à tous. Bien sûr...Il leur était si aisé, a contrario, de donner le change. Ils riaient, s'intéressaient aux autres, s'éloignaient à peine du lien social. Misérables fantoches de désespérance dont les cathédrales intérieures s'étaient effondrées. L'entourage ne décelait rien, absolument rien. On croyait qu'ils allaient mieux tant ils déployaient une énergie féroce à camoufler leur mal-être. Jusqu'à ce requiem fatidique où leurs corps inanimés se lovaient désespérément dans les bras d'un suicide victorieux.

Il n'était pas encore parvenu à cette extrémité. Une certitude acquise par l'expérience et la lecture de son dossier médical. Bien que Cassiopée recevait l'exécration que sa présence lui inspirait, de fait, c'était tout bonnement une excellente chose. Quels que soient les sentiments éprouvés à son égard, il réagissait et tant pis si les premiers contacts entre eux s'avéraient négatifs. Elle n'attendait pas autre chose. C'était d'une logique implacable et légitime. L'enjeu était cependant de faire évoluer ce patient dangereusement intelligent ailleurs qu'en son univers glacial et sans âme. Allait-elle tenir la distance?
Boutonné du cou aux poignets, il se tenait droit, quasi rigide. Des éléments de sa situation lui revinrent à la mémoire. Il paraissait si sûr de lui. Une puissance de sable.
Ne trouvant rien à dire, elle laissa le silence s'emplir du bruit de la cafetière et observa quelques secondes ses traits de profil, transpirants une froideur invincible. Il n'y avait rien à espérer.
Elle poursuivit donc son inspection et trouva un paquet de waffles. Elle  allait saisir un flacon de maple syrup, mais en moins de deux, le scientifique, imperturbable, fut tout près d'elle, prenant une tasse et ferma insolemment la porte. Les gaufres à la main, elle se mordit la lèvre, immobile. Leur opposer de la douceur, de cette douceur dont ils ont même oublié le nom.
Sans réaction particulière, elle rouvrit le placard pour enfin empoigner le sirop. Puis vint s'assoir sur un des tabourets hauts, juste en face de lui.
Elle se régalait, épuisant une faim vorace qui la surprenait elle-même. Des  minutes sans parole s'écoulèrent. L'intuition la guidait. Elle savait qu'elle devait se taire. Ne jamais brusquer. User et abuser d'une infinie patience. Les laisser approcher, à leur manière. A leur rythme.
Elle écouta la voix grave et peu prolixe, mâchant avec application, bouche fermée. Ses yeux rieurs le regardaient avec une curiosité non feinte. Elle n'était toujours qu'un fantôme délétère et indigne d'intérêt.
-J'en connais au moins une, en particulier, en effet. On la nomme Cassiopée.
A son tour, elle enclencha la machine. Elle souriait la rousse, et ajouta très doucement, soutenant d'une force tranquille le feu de ses iris :
-Inutile d'espérer son absence, évidemment. Monsieur Black.
D'un geste machinal, elle avait passé une main dans ses cheveux et attendait avec gourmandise son café. Une telle assurance. S'il savait ! La boule au creux de son ventre était toujours là, nichée tout au fond. Elle la refoulait désormais, mais n'en demeurait pas moins incertaine et sur ses gardes. L'anglais était de ces coriaces qui préféraient se fourvoyer dans une espèce de pouvoir d'indifférence et de dureté sur autrui. Ils n'ont pas conscience que c'est d'abord et avant tout d'eux-mêmes qu'ils s'affranchissent. Des dépressions si graves que certains patients perdaient définitivement l'usage de la parole. Un mutisme pathologique extrêmement difficile à contrer, voire impossible. La médecine et les molécules chimiques les maintenaient dans une existence artificielle. Un semblant de vie où l'être intérieur se réduisait à l'évanescence d'un passé révolu. Ainsi, les processus d'addiction se mettaient en place sournoisement, à l'insu des proches et des patients aux-mêmes. Au final, le diagnostic se posait tel un couperet, et laminait l'espoir de s'en sortir.

Une gorgée plus tard, elle ajouta d'un ton empli d'une infinie douceur, d'une impitoyable douceur:
-Vous savez bien comment tout ça fonctionne. Où que vous alliez, je serai près de vous, à vous accompagner à chaque pas, à chaque respiration. Vous avez signé, tout comme moi. Je n'ai pas tout abandonné pour rien. Que ça vous plaise ou  non, vous êtes désormais ...Une priorité. Ma priorité.
Ça les brûle, la douceur, la fermeté, l'assurance qu'ils ne seront plus jamais seuls le temps de la guérison. Quelqu'un, tout à coup, les considère tels qu'ils sont, s'intéresse à eux sans faux-semblants, en profondeur. La vérité pure et dure, est enfin mise à nue. Insupportable, inconcevable de leur point de vue, mais nécessaire et salvateur.
-Vous êtes cocaïnomane Monsieur Black, dans un processus de sobriété où il est impossible d'avancer sans être accompagné. Je ne mords pas, vous savez.
Elle but de nouveau, savourant le noir serré, le regard direct mais humble. Les iris au bleu magnifique, ne la lâchaient pas. Il va finir par me transpercer les globes. Si elle osait...
-Oh Que tu es mignon ! Je n'avais pas vu que vous aviez un chat!
Et Cassiopée, spontanée, quitta sa place et s'agenouilla tout près du petit animal qui venait de surgir.
-Viens là, mmmfff .
Elle le caressa derrière les oreilles avec application et ne résista pas à le prendre dans ses bras.
-Comment s'appelle cette petite merveille ? ...Oh, toi !
Elle se mit à bécoter le chaton sans réfléchir, les doigts dans sa fourrure. On eut dit qu'elle avait complètement oublié son hôte. L'intermède prit fin et la boule de poils fut libérée.
-Et où se trouve l'hôpital ?
Tout sourire, elle finit sa tasse comme si de rien n'était. Elle ne le lâcherait pas. Une vraie sangsue, c'était clair et net dans son esprit. Mais ça allait être compliqué, très compliqué...
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Alastar Black
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MessageSujet: Re: "Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse".C.Bobin ✯✯ Alastar ✯✯   Jeu 21 Juin - 21:04

Le jour voyait la nuit. C'était simple, presque réfléchi. Et Alastar le craignait comme l'on craignait la perte d'un ami. Celui bien trop affaibli, touché par les faiblesses que font de la vie une risible tragédie. Coincé dans une forme de monotonie accablante et dangereusement réconfortante, le scientifique perdit pied dès l'instant où il sentit son regard curieux se promener sur lui. Il ne modifia aucune de ses habitudes cependant, se contentant de refermer les lieux avec poigne et d'aller se préparer de quoi se désaltérer... ou plutôt de quoi tenir la journée. La nuit, et celles bien trop nombreuses avant, ayant été affreusement longues et éprouvantes pour son corps. Il résistait, comme il le faisait toujours, mais la faiblesse naturelle vibrant en sa méprisable constitution biologique avait tendance à l'agacer, lui, le scientifique névrosé et nécrosé parfaitement stable. Le café en mains, les souvenirs de la veille revenant uns à uns, l'anglais faisait le point sur la situation navrante, comme s'il pouvait bien s'agir d'une simple équation qui n'aurait aucun secret à ses yeux clairvoyants. La nuisible. La défaillance le rendant profondément irascible. Desnuits. Elle était là, assise face à lui. À l'examiner, le jauger, d'un regard qu'il se refusait de rencontrer, par lassitude, mais surtout une mauvaise volonté évidente. Détaché et sûr du chemin qu'il empruntait, Alastar interpella pourtant la française non sans une pointe de légère provocation dans la voix éreintée. Sa présence le dérangeait. Sa présence le troublait. Il était un être profondément solitaire et cela depuis toujours. Mais l'enjeu était différent à ce jour. Il n'allait pas que de son simple besoin d'être seul, son besoin incommensurable de demeurer en hibernation dans son cocon infernal, mais surtout celui de ne pas être "aidé"... Cela il n'en était pas question, jamais. Ou peut être pire encore, être pris pour ce qu'il était ; un homme pitoyable, tristement abimé. Il n'était pas de ceux sur lesquels on s’apitoyait, pas de ceux à qui on tendait la main. Il était celui, celui qui demeurerait inévitablement seul après avoir perdu les siens.

L'incompréhension, vil enfant perturbé, ennemi juré du chercheur émérite, lui assenait de violents coups aux tempes ou peut être était-ce là seulement l’œuvre mauvaise d'une vilaine migraine due aux substances ingérées ? Le doute était entier, le scientifique n'avait pas la force d'y déceler la science des sentiments. Il s'en moquait outrageusement sur l'instant. Pourtant, tant de questions, cela ne changerait donc jamais, et ces réponses qui ne venaient pas, qui ne venaient plus lorsqu'il était lui même. Et son visage qui continuait d'apparaitre par mirages. Sa voix qui l'ensorcelait, le berçait dans sa douleur. Ses prunelles qui le fusillaient d'un regard accusateur, atrocement chagrinés par un malheur inguérissable. Toute cette rancœur qu'il ne lui avait jamais vu lui porter... lorsqu'elle était encore vivante. Melody.

Retour à la réalité, l'odieuse. Une bête de foire, voilà ce qu'il était aux yeux de cette gamine naïve et guidée par des principes qu'il ne pouvait qualifier tant ils étaient écœurants. Il l'avait oublié. Infiniment. L'espace d'une nuit entière, d'une phase complète dans sa bulle. Mais là voilà qui ressurgissait de nulle part, plus féroce de douceur que jamais. Ce contrat au bord des lèvres. Ces contraintes éblouissant son regard si lumineux. Elle l'étouffait déjà trop. « La seule Cassiopée que je considère est au ciel. » répondit-il, après un certain temps à examiner son visage sous toutes ses coutures. Impossible de se cacher sous son regard lagon aiguisé. Elle tremblait de l'intérieur, cela se ressentait dans sa terrible affabilité. Elle ignorait encore face à quelle machine complexe elle se trouvait, sans aucune arme à portée de main ni aucune notion en la matière pour prétendre à la reformater entièrement. « Cependant on la nomme Cassiopeia, ce qui est bien plus adéquate. » Un zeste de poésie noire, une moquerie fine dissimulée sous un regard imperturbable, Alastar se jouait des mots, ou était-ce simplement sa façon de les rendre à la longue plus lourds de sens et parfois plus tranchants ou plus beaux. « Partant de ce point de vue, il est donc certain qu'elle sera présente, en quelque sorte... Mais elle ne pourra pas me suivre éternellement. » Finissant sur une pointe légèrement théâtralisée, le ton du mélodrame en une voix faussement attristée, l'anglais prit une gorgée de son breuvage avant de se détourner de la rousse pour aller se préparer un rapide déjeuner à l'anglaise. Rien de trop délicieux. Il n'y avait pas de quoi de toute façon, ici, dans ce satané pays. Simplement de quoi faire taire son appétit. Le rituel qu'il fallait mener à bout, malgré tout.

Elle parlait. Bien trop à son goût, cherchant à se positionner maladroitement là où elle n'avait et n'aurait jamais sa place. De son côté, le britannique préparait de gestes rapides et précis son fry-up, préférant s'enfermer dans ses habitudes que se laisser distraire par l'imprévu totalement inintéressant que représentait l'intruse dans sa demeure. Le silence pesait les mots de la jeune demoiselle, le maitre des lieux se moquait parfaitement de ce qu'elle pouvait bien lui déblatérer. Cependant, contrairement à ce que laissaient voir les apparences; il entendait et voyait tout. Son visage, sombre et implacable, lui, se chargeait de ne laisser rien passer qu'il ne voulait qu'on ne voit. Jamais. « Prévisible. » fut son seul mot alors qu'il fit machine arrière vers la table pour s'y installer de sa grâce princière, repoussant légèrement par la même occasion ses recherches dans un coin. Elle était si prévisible. Évidemment qu'elle allait insister, clamer des mots avec la détermination et la vanité d'un ange gardien... Inconsciente et sotte avec ça. Aucun de ses mots ne semblaient avoir eut un impact visible vu de l’extérieur car tout avait été précieusement enregistré à l’intérieur. Ce n'était que d'usage. Une machine. « Quelle perte de temps. Vous vous lasserez bien assez tôt. » Il haussa un regard las vers elle avant d'amener rapidement sa fourchette à ses lèvres. Il verrait bien s'il pourrait changer quelque chose à ce problème. Cette femme. Et sinon. Il n'aurait plus qu'à lui faire vivre un enfer, celui même dans lequel il était plongé.

Les mots qui suivirent se firent bruts autant qu'atrocement humbles. Un mélange étrange qu'il ne sut pas immédiatement accueillir. C'était assez fascinant ; pendant un court instant, son regard se plongea franchement dans celui de la soyeuse petite chose. Prêt à mordre ou à fuir. Une longue analyse. C'était à son tour de la jauger, de la juger. Puis plus rien. Un faible ricanement vicieux. Il voyait clair dans son jeu. Une approche abrupte pour chercher l'intérêt, peu importe lequel. À quoi cela l'avancerait-elle ? Pourquoi se donner tant de mal ? Et savait-elle seulement qu'elle n'avait aucune chance ? Qu'il n'était pas devenu abruti par ses médocs tant chéris ? Certainement pas. « Il est indélicat de votre part de me sous estimer ainsi, ma chère. Toutes les drogues me conviennent parfaitement. Même si, j'ai, effectivement, ma doucereuse préférence, vous ne pouvez pas me catégoriser de cocaïnomane comme vous le faites. » expliqua-t-il d'un calme olympien. Presque angoissant tant il semblait professoral. Normal étaient les mots, le sujet. Rien n'était grave ou mauvais. Juste le vice du moment. « C'est très blessant. Est-ce votre intention ? De me blesser ? » en rajouta-t-il, l’œil et l'humour terriblement noirs. Il continua finalement de petit déjeuner sereinement, reportant son attention sur son assiette et son regard sur ses recherches non loin de lui. Les sourcils froncés, il reprit la parole : « Tout dépend du résultat recherché, je ne me cantonne pas uniquement à la cocaïne. Mais j'imagine que les lois de la chimie et du système nerveux humain vous sont complétement étrangères. » Son expression faciale de concentration, aussi passagère fut-elle, n'avait en revanche rien avoir avec ses paroles énoncées un peu lancées hautainement pour affuter ses propos précédents, pour prouver qu'il n'en avait que faire, de sa détermination de fer. Non, il s'agissait de sa relecture. Les chiffres insensés qu'il voyait danser sur les bouts de papiers ne faisaient plus sens. Terriblement agaçant.

...

Edgar. Forcément. « Oh il y a bien des choses que vous n'avez pas vues... » souffla-t-il, gribouillant des mots sur les dernières formules purement et simplement fausses qui semblaient si justes quelques heures auparavant. Machinalement, il se leva et alla débarrasser la table, pour mettre le tout dans le lave vaisselle. « Edgar, mais il vaudrait mieux pour vous que vous ne lui portiez pas autant d'attention, si vous voulez mon avis. » soupira-t-il en les observant tous les deux un bref instant, les bras croisés. Si Alastar ne se bougeait pas pour tenter quelque chose, il se retrouverait coincé non plus par la présence d'un trouble fête, mais de DEUX. Il fallait agir, ou au moins essayer. « Vous verrez bien. De toute façon je n'irai que dans l'après midi... Peu importe l'heure. J'ai un cours ce matin, dans dix minutes et vingt-cinq secondes. » précisa-t-il, tapotant légèrement la montre inexistante sur son poignet. Elle voulait le suivre ? Eh bien elle le suivrait, mais elle avait tout intérêt à tenir le rythme et à encaisser les conséquences de ses choix mortifères. Bienvenue en Enfer sur Terre.
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