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 « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️

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Héloïse Bennett
Admin lapin sectaire
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MessageSujet: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Jeu 19 Juil - 15:43

 « Je suis surprise de vous entendre, je ne m’y attendais pas.
- Nous avons des choses à nous dire, Héloïse. Il était temps que cette conversation ait lieu.
- C’est... C’est un tel soulagement pour moi... Vous... Vous voulez que l’on se voit à la Maison d’Edition ?
- Surtout pas là. Je ne tiens pas à avoir des histoires en public. Non. Le mieux serait que vous veniez à ma demeure. Vous la connaissez.
- Oui... Entendu.
- Venez ce mardi, à vingt heures, pas avant, pas après.
- Entendu, j’y serais Monsieur McGregor.
- C’est parfait, au revoir. »


11 Juillet 2018

Ce coup de fil a eu lieu, il y a quelques temps déjà. J’ai cru que je rêvais. Et durant un temps, je me suis demandée s’il n’était pas en train de se moquer de moi. J’étais avec Naïa lorsque le coup de fil s’est produit. Nous étions en train de déballer nos carton, puisque finalement, je ne partais plus de mon appartement. Mon amie avait accepté d’emménager avec moi, et nous avions démarré notre colocation dans des rires qui faisaient du bien. Depuis, ça va mieux pour moi. Aujourd’hui, je me sens bien plus sereine, même si le coeur saigne toujours. Je peux me focaliser sur autre chose. Grâce à Naïa, je travaille pour la comédie musicale. Le travail en soi n’est pas attrayant, je dois aider pour les costumes, les amener d’un point à un autre, faire le larbin mais je m’en moque. J’ai un salaire. L’équipe est génial et je passe du temps avec ce petit oiseau merveilleux qu’est Naïa. D’une certaine façon, que je sois là l’aide aussi. Ça canalise son stress et quand ça ne va pas, entre midi et deux, nous allons jouer dans une salle du Conservatoire où se trouve un piano, chantant et riant. J’en oublie ma rupture, je me focalise sur l’avenir, et finalement, c’est bien mieux comme ça. Il y a Eddie avec nous et depuis, je suis hyper vigilante à ce qu’il ne s’enfuit pas. Naïa m’a aussi prêté de l’argent pour lui payer ses cours d’éducation. Et elle rit toujours lorsque je ne cesse de lui promettre que oui, je vais lui rembourser cette somme. C’est une personne tellement adorable et qu’elle m’ait aidé comme ça, me fait toujours autant de bien. Je fais en sorte que notre colocation se passe pour le mieux. Et de ce fait, souvent, nos rires ne cessent de raisonner dans le salon, lorsqu’assise toutes les deux, nous passons nos soirées à regarder des vidéos de youtubeur en tout genre. Je ne la remercierai jamais assez, ça c’est certain. Et tout va pour le mieux, enfin... Jusqu’à ce coup de fil. Lorsque j’ai raccroché, nous nous sommes lancés dans un débat sans fin : y aller ou non. Bonne question. Ce mardi n’est pas une date anodine : c’est l’anniversaire de Matthew. Et comme Naïa l’a suggéré, cette entrevue est peut-être un cadeau pour son fils. Avec une coloc aussi naïve, aussi douce que moi, la réponse a été oui. Oui, je dois y aller. Peut-être qu’il se rendcompte que Matthew est malheureux sans moi. J’ai raconté à Naïa nos derniers échanges, ce baiser échange, et autant dire, que je nage dans le flou total. Puis comme mon amie l’a si bien dit, ce n’est pas en annulant que je pourrais savoir ce qu’il me veut. Aussi, je me suis décidée à y aller.

J’ai fait attention à ma tenue. Pas de pantalons, de t-shirts ou de baskets, j’ai mis une robe simple mais élégante. L’idée est que le père de Matthew puisse voir que je ne suis pas une paysanne non plus. Je n’ai pas de rang ou de titre, mais ma seule richesse est cette bonté que je possède, l’amour pur et sincère pour son fils. J’espère qu’il le comprendra. Durant le trajet, je suis fébrile, je manque d’avoir un accident même mais finalement, j’arrive sans trop d’incidents. Le portier vient prendre ma voiture et je remarque qu’il est encore plus élégant que d’habitude. Est-ce de la musique en fond sonore ? Si seulement, j’avais pu remarquer les voitures supplémentaires se trouvant près de l’immense garage. Mais elles sont garées dans un coin par le voiturier et je suis bien trop stressée pour me poser de telles questions. La gorge sèche, je me contente d’avancer vers l’immense demeure aux fenêtres éclairées au rez-de-chaussée. J’espère que Matthew sera là, et que nous pourrons être ensemble à nouveau. Mon esprit s’embarque dans des doux rêves d’amour. L’amour de ma vie viendrait à moi, me tendant la main, m’attirant à lui pour que je puisse venir me blottir dans le creux de ses bras. Son autre main glisserait sur ma cuisse et il me renverserait en arrière comme dans une telenovela et il m’embrasserait passionnément. Hélas, mon rêve s’effrite aussitôt que j’arrive devant l’entrée, quand le majordome me prend mon sac et ma veste. Je n’ai pas pris de petites pochettes. Je m’attendais à une entrevue simple. Au lieu de cela, je me retrouve dans une réception avec plein de monde. Beaucoup trop pour que je puisse avoir une conversation discrète avec le patriarche. Aurait-il eu la bonté de m’inviter à l’anniversaire de Matthew ? Je suis mortifiée en me disant que je n’ai pas de cadeau à lui offrir. Je ne lui ai même pas souhaité son anniversaire. Enfin, j’ai voulu lui envoyer un message mais je n’ai pas osé. J’avais peur de la réponse, ou de l’absence de réponse aussi. « Tiens, tiens... Nous avons sorti la tenue du dimanche. » La voix emplie de méchanceté me fait me retourner. Je la reconnais d’entre mille et Jane me glisse un sourire mauvais. « Quand je vous ai vu marcher devant moi, je me suis dis « Jane, tu rêves, cette souillon n’aurait pas osé venir ici ? », mais je vois que vous n’avez pas peur de vous ridiculiser. » Les mots me poignardent mais j’essaye d’être stoïque, de ne pas montrer combien cela m’atteint. « J’ai été invitée, Jane. Alors gardez pour vous vos piques désagréables. » Visiblement, elle semble s’amuser de la situation. « Alors, vous ne savez pas à quoi vous attendre, ma chère. Bonne soirée. Tant mieux, votre réaction m’amusera davantage. » Dit-elle avant de me passer devant, me bousculant au passage. Elle me laisse devant l’entrée de la pièce. Et je n’ose plus entrer. Je me demande si c’est une bonne idée d’être venue. S’il ne vaut pas mieux rebrousser chemin. « Ah vous voilà donc. » Le père de Matthew avance vers moi, m’accueillant avec un sourire triomphant. « Ah .. Euuh... Bonsoir... » Je bredouille tant je suis encore sifflée par tout ce qu’il vient de se produire. Mais je n’ai pas le temps de me remettre de mes émotions qu’il enroule mon bras autour du sien sans me laisser le choix, et me fait avancer parmi la foule. Je suis rouge pivoine. Ma tenue jure par sa simplicité au milieu de ce défilé de mode clinquant et brillant. Je ne sais pas ce qu’il va me faire. Mon coeur bat si fort et là, je le vois. Il est là. Je ressentirai presque de soulagement si je n’étais pas autant gênée vis à vis des dernières fois où nous nous sommes vus. « Ah te voilà, regarde qui ai-je invité en l’honneur de ton anniversaire. Après tout, trente ans, c’est un âge qui se fête, n’est-ce pas Héloïse ?  » Il me tapote le bras, partant dans un rire qui me hérisse le poil. Je ne sais pas comment le prendre. « Je vous laisse, j’ai quelques invités à saluer. Profitez tant qu’il est encore temps. » Et il s’en va, nous laissant seuls. Je l’observe s’éloigner jusqu’à revenir vers Matthew. Je suis incapable de savoir s’il est en colère que je sois là.« Je... Je ne savais pas qu’il y avait du monde. Ton père m’avait appelé pour me dire qu’il voulait me parler. Et je croyais que nous aurions une conversation seuls à seuls... Je ne pensais pas qu’il y aurait tant de monde... » Mes mains se joignent entre elles et se tordent. Je suis terriblement angoissée. « Enfin... J’ai l’habitude des retournements de situation maintenant... » J’esquisse un faible sourire à son égard. « Joyeux anniversaire, Matthew... »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Jeu 19 Juil - 20:55

« Matthew, j'ai peur… » bredouilla un mince filet de voix, presque si imperceptible qu'il était emporté dans le zéphyr du crépuscule. Mais Matthew l'entendait toujours, car elle résonnait à chaque fois dans les confins de son âme, en dépit des murmures, de la tempête, du vide dans lequel elle s'époumonait. Elle était le chant de ses nuits et de ses jours, l'éclat timide qui emplissait ses silences et tapissait son obscurité. Elle était ce fredonnement au creux de son cœur. Ses bras allèrent à la rencontre de la frêle silhouette, si fragile et insaisissable qu'il eût cru qu'elle aurait pu s'envoler dans le vent. Sauf qu'il la tenait désormais contre lui, dans la sécurité de son étreinte chaleureuse sur un corps si glacial. « Ne me quitte pas. » En même temps que le soleil déclinait dans le lointain, il la sentait s'éteindre lentement. Plus fort il la serrait contre lui plus il la sentait lui échapper. Sa faveur n'y faisait rien, moins encore que son amour, ses espoirs, sa volonté, sa détresse et ses angoisses. Il n'y avait que le tremblement terrible de ses épaules pour se convaincre qu'elle était encore matière. Il voulut baisser la tête pour rencontrer son visage, goûter ses lèvres et lui communiquer un peu plus de sa chaleur, mais un pouvoir étrange l'empêchait de la regarder. Tels Orphée et Eurydice, ils étaient condamnés à ne pas s’observer. Il ne voulait pas la quitter. Il ne comptait pas partir. Il ne voulait pas plus l'abandonner. Pourquoi alors cette terreur au fond de ses entrailles ? Pourquoi cette sensation de la perdre un peu plus à chaque seconde ? « J'ai besoin de tes mots, Matthew. J'ai besoin que tu me dises toutes ces choses. » Ses lèvres voulurent se délier sans jamais y parvenir, sous le pouvoir d'une force plus imposante que lui, plus cruelle aussi. Les mots hurlaient dans son âme sans qu'ils ne puissent passer la barrière de sa gorge. Impuissant, il ne pouvait plus lui dire ces mots si importants ; ces mots qui l'empêcheraient de se dérober à lui ; ces mots qui ôteraient cette douleur dramatique sur son visage, qui éteindraient les accents tragiques de sa voix. Il lui sembla que ce corps ne lui appartenait même pas. Il ne lui répondait plus. Il était prisonnier et ses bras, lentement, se refermaient sur du vide. « Matthew, pitié… dis-les. Dis les mots... dis tes mots. » Ces mots pour lui dire qu'il l'aimait à en crever, ces mots pour lui dire qu'il ne voulait pas qu'elle disparaisse, ces mots pour étouffer la douleur, ces mots pour la ramener contre lui, vivante et heureuse, ces mots pour qu'elle comprenne qu'il n'avait rien voulu de tout cela. Ses doigts tentèrent de s'accrocher à ces ténèbres qui remplaçaient le corps indistinct de la brune. Une frayeur douloureuse et indicible dévora le cœur de Matthew sans qu'il ne puisse jamais l'exprimer. Il hurlait, criait, s'époumonait, s’arrachait la voix sans qu'un seul son ne sorte de sa bouche. Et sans qu'il ne puisse la retenir, elle pleurait, sanglotait, tremblait et s'estompait entre ses bras impuissants…

« Héloïse ! » Le cri de Matthew avait résonné dans son bureau tandis qu'il se réveillait en sursaut. Le cœur battant comme un dément, il lui fallut plusieurs secondes avant de réaliser que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve. Il se laissa retomber sur le dossier de sa chaise en soupirant, sa main plaquée contre son visage pour empêcher toute la douleur qui se massait dans sa poitrine de se transformer en pleurs. Matthew était à bout, acculé, impuissant, malheureux, épuisé... Les mouvements de son âme se battaient entre indignation et résignation, sans lui laisser aucun répit, ne rejetant qu'un corps vidé d'énergie sur le bord du chemin. L'éditeur avait une figure affreuse. Il savait que ce jour -qui fut un jour de bonheur l'année dernière- marquerait le début de son enfer. Il n'en dormait plus. Il n'en mangeait plus, comme s'il voulait garder le souvenir des lèvres d'Héloïse intact, de ses courbes, de sa peau… Il n'en vivait plus. Elle ne brillait pas seulement par son absence, elle l'avait rejetée. Et sans pouvoir lui en vouloir, il la portait comme une plaie immense dans son âme. La peur le paralysait de se dire qu'il avait failli tout lui révéler la dernière fois. Par lâcheté, il l'avait embrassée, cédant à ce manque atroce, ses pulsions irrépressibles. Il s'ordonnait de la protéger jusqu'au bout, même s'il devait se parjurer pour cela, mais tel un récidiviste il enchaînait les erreurs et les crimes. Jusqu'où cette course douloureuse allait-elle s'arrêter ? Et puis il y avait ce soir… ce soir où son destin serait définitivement scellé. « Bonjouuuur ! » chantonna une voix depuis l'entrée de son bureau. Il ne l'avait même pas entendue arriver, mais chaque fibre de son être se hérissa. Il passa du désespoir à la haine en un battement de cil. Jane s'avança jusqu’à son bureau où elle se posa avec élégance. « Je tenais à te souhaiter un joyeux anniversaire en bonne et due forme avant la réception de ce soir. J’espère que tu as prévu un beau discours pour annoncer nos fiançailles. » En dépit des yeux étincelants de Matthew, brillant comme deux ciels d’orage, le sourire éclatant de Jane ne déclina pas. Au contraire, trop ravie de son petit effet, elle sauta du bureau qu’elle contourna pour s’approcher de l’éditeur. « J’ai tellement hâte que tu dises à tout le monde combien tu m’aimes et combien tu es heureux de me retrouver. » Elle fit tourner le fauteuil du jeune homme vers elle, posant ses mains de part et d’autre des accoudoirs. La perfection acide de son visage n’était plus qu’à un centimètre du sien. « Si tu savais comme les gens sont crédules quand je leur explique que je m’en veux et que j’ai eu peur par le passé mais que je désire te retrouver… Quels idiots ! » La rousse fit mine de vouloir l’embrasser, mais Matthew fut plus rapide. Ses mains, comme des serres puissantes, agrippèrent les bras de Jane et la repoussèrent brutalement. Elle fut propulsée en arrière, manquant de perdre l’équilibre. D’abord sous le coup de la surprise, une expression plus sauvage se peignit sur ses traits. « Donne-toi encore la sensation de te battre, mais tu as perdu depuis bien longtemps, Matthew. Il serait tant de te rendre à l’évidence ! » Il fulminait de rage. Evidemment qu’il savait qu’il avait perdu. Il l’avait compris à moment même où les yeux d’Héloïse s’étaient emplis de larmes. Un sourire carnassier déforma les lèvres de la jeune femme. « A ce soir, mon amour. Tu as une sale mine, fais-toi beau. » Victorieuse, Jane sortit du bureau de Matthew sous son regard assassin. Il demeura ainsi, debout, en proie à une révolte muette et impuissante. Puis dans un cri de rage, il balaya une partie de ce qui se trouvait sur son bureau. La défaite était amère…

***

Matthew ne décolérait pas, mais sa rage était sourde et froide. La réception était animée. Nombre de personnalités de Los Angeles et d’ailleurs étaient venus pour les trente ans du lord et célèbre éditeur McGregor. Les préparatifs avaient été à la hauteur de l’événement qui serait célébré, que ce soit l’anniversaire ou les fiançailles. Seules June et Ellana brillaient par leur absence ; la première car elle n’avait pu se déplacer depuis New York, la seconde parce qu’elle refusait d’assister à cette mascarade. En un sens, Matthew était soulagé de cet état des faits. De loin, il observait d’un regard ténébreux les agissements de Jane qui flottait de convive en convive, prenant d’être vue et admirée de tous ce soir. A croire qu’elle était le centre de cette réception. Il aurait tous voulu les tuer, un par un. Tous ces gens qui venaient assister à cette farce grotesque, se ravir d’une union factice et qui seraient aveugles à l’ignominie qui était en train de se tramer. Il les avait tous en horreur. Si sa part du contrat consistait à quitter Héloïse et assumer son mariage avec Jane, Matthew considérait qu’il n’était pas de son devoir de jouer la comédie du fiancé ravi. A cette réception qui lui était dédiée, il affichait donc une mine orageuse, ne parlait qu’en des phrases très courtes et s’exprimait sur un ton glaçant. Son verre à la main, il ne cherchait plus que l’ivresse pour affronter ces instants chaotiques de son existence. A ce moment de la soirée, il ne pensait pas que cela pourrait être pire… Oh comme il se trompait !

Occupé à fendre la foule pour emplir à nouveau son verre à l’un des immenses buffets, il fut arrêté par son père qui affichait un air trop triomphant pour qu’il ne s’en méfie pas. Et soudain… elle était là. Sa vision lui fit un choc, l’empêchant de respirer, de penser et de bouger durant quelques secondes. Sa présence le glaça tout entier, comme un serpent qui lui remontait le long de sa colonne vertébrale. Que faisait-elle ici ?! Mais la machination était trop grossière pour qu’il ne comprenne pas de qui elle venait. Son père l’avait cruellement invitée pour qu’elle assiste à cette atroce comédie. La rage se disputa au dégoût dans la poitrine de l’éditeur. Pourquoi pousser la cruauté aussi loin ? A quoi bon propulser l’ignominie jusqu’à son paroxysme ? Il entendit à peine les paroles d’Héloïse, enfermé dans une autre réalité qui lui permettait de ne pas perdre complètement la raison. Toutes les pièces du puzzle se mettaient en place. Son père voulait éteindre cette dernière lueur d’espoir qui brillait encore dans les prunelles d’Héloïse ce soir, dans sa voix et dans la timidité de son sourire. Le jeune homme ne pouvait pas l’accepter. Il était mortifié. « Tu ne devrais pas être ici. » La voix de Matthew provenait des tréfonds de son ventre, pareille à un grondement dans un ciel d’orage. Peu importait s’il soufflait toute sa bonne volonté d’une rencontre cordiale. Il ne pouvait pas supporter qu’elle assiste à ses fiançailles. « Il faut que tu partes. Maintenant. » Il ne lui laissa pas le choix. Il ne la laissa pas répliquer. Il attrapa son bras sans douceur, la tirant derrière lui pour lui faire quitter la salle de réception. Il devait la faire sortir de là à tout prix. Ils ne se retrouvèrent plus que deux à longer le gigantesque corridor qui les menaient vers l’entrée. « Tu n’es qu’une idiote. Comment as-tu pu croire une seule seconde que mon père voudrait te parler ce soir ? Il n’a que faire de toi ! » Il dirigeait toute sa colère contre elle alors qu’il n’aurait pas dû. Mais c’était plus fort que lui. Il n’était pas uniquement victime de sa colère, il était terrifié. « Matthew ! » La voix provenait de derrière eux. En quelques enjambées, le père fut bientôt près d’eux, mais le jeune homme le rejoignit plus vite encore. Il ne sut ce qui le retint de lui planter son poing dans la figure, mais il agrippa fermement son col en le plaquant contre le mur avec une telle violence qu’il lui coupa momentanément le souffle. « Pourquoi l’avoir invitée ?! Ce n’était pas ce qui était convenu ! » gronda Matthew, hors de lui. Monsieur McGregor n’en perdit pas sa contenance. Au contraire, l’air glacial de son regard transperça son fils de part en part. « Il est temps qu’elle comprenne enfin. Elle n’est pas des nôtres, et il faut qu’elle le voie ! » La violence de ces paroles prit tant l’écrivain au dépourvu que son père en profita pour inverser leurs positions et acculer son fils contre le mur. « Tu l’as bien compris. A son tour. » Il le relâcha aussi brusquement qu’il l’avait agrippé. Il rajusta correctement son col d’un geste nerveux avant de repartir vers la soirée, non sans un regard vers Héloïse qui lui fit clairement comprendre qu’il ne serait pas dans son intérêt de se défiler. Matthew, prostré contre le mur, ne parvenait plus à réfléchir. Plus froid que jamais, les membres raidis par la souffrance, il se redressa et sans accorder un regard pour Héloïse, il la remit en garde d’une voix rauque. « Pars. Si tu restes, je ne pourrai plus rien pour toi. » Épris d’un mimétisme effrayant, il rajusta son col à la manière de son père et repartit vers le grand salon, la mort dans l’âme. Il n’osait se retourner. Il ne voulait plus être spectateur de ça. Il souhaitait disparaître. C’était trop cruel…
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Jeu 26 Juil - 21:37

Maintenant que je suis ici, je ne sais que penser de l’invitation. Je ne sais pas si c’est une bonne idée ou non. Aurais-je dû me méfier ? Je n’en sais rien, à vrai dire, c’est tellement confus ces derniers temps que je ne sais que penser. La faiblesse me guette et même si je souhaite oublier Matthew, force est de constater que je cours après chaque possibilité de ne pas l’oublier. C’est horrible comme situation. Je souffre tellement de tout ce qu’il se passe. Je voudrais tant que tout s’arrange mais hélas, je rêve d’une douce illusion. Et la suite des évènements me montre que je suis encore loin d’avoir tout vu. Que je ne suis pas encore prête à entendre tout ce qui suivra. En attendant, je m’accroche tel un naufragé perdu dans cet océan déchaîné. Je n’ai pas de possibilité de m’en sortir autrement qu’en redevenant misérable au point de lui courir encore après, de croire en l’hypothétique possibilité que son père puisse m’accepter. Le cœur est encore trop bon. Et malheureusement, lorsque je lui parle, que je lui souhaite un joyeux anniversaire, mon âme se complait dans l’idée qu’il appréciera ma venue. Cependant, je me leurre. Je plonge aussitôt dans cette souffrance que je ressens tout le monde, que j’avais senti moins forte ces dernières temps, sentiment alimenté par la soudaine invitation. La voix de Matthew est froide, tranchante. Elle me vrille, me fait du mal. Mon visage se feint d’une expression contrariée, constatant qu’il ne me remercie même pas pour mes vœux. Au contraire, ma présence le dérange. Pourtant, la dernière fois que nous nous sommes vus, il avait été là. Et puis dans ce bois… Ce baiser qui avait eu une telle intensité, une telle force, si beau et si bouleversant… Comment peut-il redevenir cet être orgueilleux et cruel. De toute façon, je ne peux même pas protester qu’il m’a déjà saisi le bras, m’emmenant hors de la réception.  « Matthew ! Arrête ! Tu n’as pas le droit de m’interdire d’être là ! » Paroles ô combien pathétiques. Pourquoi, je m’accroche ? Pourquoi, je ressens ce besoin de constamment le revoir, d’avoir cette illusion terrible qu’il ne m’a pas tout dit. Si la toute première fois, j’ai cru en ces paroles ; le temps me laisse croire le contraire. J’ai l’impression que finalement, il y a quelque chose derrière tout ça. Une vérité bien plus terrible, dans laquelle, je me dis que son père y est pour quelque chose. En attendant, me faire traiter d’idiote me fait lâcher un gémissement furieux. Fronçant le sourcils, je l’entends me remonter les bretelles d’être venue le voir, de croire en la bonté de son père. Je suis déjà en train de répliquer, trouvant sa façon de faire, humiliante. « Il faut croire que je suis stu… - Matthew ! » Ma voix acerbe se voit couverte par celle du père McGregor. Relevant le regard, je le vois s’approcher de nous, le visage fermé, bien différent du sourire qu’il m’avait adressé à mon arrivée.

Aussitôt, la réaction du fils ne se fait pas attendre. Il empoigne son père par le col de sa chemise, l’acculant contre un mur. Je n’ai jamais vu Matthew aussi hors de lui, aussi furieux. J’ai poussé une exclamation apeurée face à ce pugilat s’engageant entre eux. Il y a des gestes brutaux et des mots. Et si ce qu’ils se disent me paraît irréel, ça a malheureusement du sens. La véritable raison de l’invitation n’est pas pour envisager une quelconque réconciliation. Au contraire, c’est uniquement pour me rappeler que je ne suis pas à ma place. Mes yeux s’emplissent de larmes et je n’arrive qu’à bredouiller de faibles mots « C’est si … méchant… » Mes mots se meurent dans leur échange, et je ne peux que sentir l’horreur me gagner en voyant Matthew se faire molester par son père, ce dernier l’emportant dans cet échange final. Il finit par partir, nous laissant seuls dans ce corridor. Il n’y règne aucun silence, le bruit du brouhaha résonnant jusqu’ici. « Matthew… » Mais il ne me regarde même pas. Je le vois se remettre son col en place, le visage portant encore les stigmates de sa colère. J’aimerais tant qu’il puisse avoir des paroles rassurantes, qu’il puisse me dire que ça ira bien. Il est toujours là… Malgré tout ce que nous subissons, nos chemins se croisent toujours. Mais là… j’ai l’impression de le perdre, surtout lorsque sa voix résonne, me sommant de partir, me mettant en garde quant à l’idée folle de rester. Que puis-je encore espérer en restant de toute façon ? Matthew a déjà tourné les talons et je le regard partir, les yeux brillants, le palpitant devenu fou. Je ne sais que faire… Est-ce que c’est une bonne idée de rebrousser chemin, de lui obéir tout compte fait ? Mes pas me portent vers la sortie, je mets du temps à rejoindre l’extrémité du corridor, celui menant vers l’échappatoire. Il faut que cette comédie cesse. J’ai trop pleuré. J’ai trop espéré. Et surtout… J’aime trop. Et la situation en est insupportable. Je l’aime… Je l’aime tellement, malgré sa façon de me parler, ses gestes si peu emplis de douceur. Mais je l’aime pour sa façon de m’embrasser, pour ce qu’il s’est passé dans les bois, à regretter l’erreur tout en lui donnant plus de contenance. Il y a quelque chose, forcément… Rien est clair. Et finalement, je me décide à rebrousser chemin, à lui proposer de s’enfuir avec moi, de n’être rien d’autres que ces deux humains qui s’aiment éperdument, de lui proposer une autre alternative que de subir le joug de son père ou la verve insupportable de Jane. Je veux lui proposer de redevenir cette personne-là, cet être que j’affectionne tant. Est-ce que je suis en train de comprendre des choses ? Oh oui, des tas. Comme si les lumières s’allumaient et que tout me paraissait plus clair désormais. Arrivant alors dans l’immense salle de réception, je le cherche du regard, bien décidée à le sauver de cet enfer familial quand soudain. « Votre attention s’il vous plait… »

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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Jeu 26 Juil - 23:30

Matthew s’en voulait de se montrer si cruel, mais il ne parvenait pas à composer autrement. L’horreur de cette situation le gangrenait tel un poison insidieux et mortel. Cette cruauté odieuse s’insinuait dans ses veines, ses peaux et ses chairs. Il souffrait tellement de ne pouvoir délier ses lippes que pour lui servir des paroles froides et dépouillées de cette tendresse d’autrefois. Il ne souhaitait pouvoir que lui offrir cette vérité terrible qui était la leur pour qu’elle comprenne que sa place ne pouvait pas être ici. Elle n’avait pas à assister à cette comédie grotesque de fiançailles contre nature. Une haine atroce ourdissait dans sa poitrine, dirigée presque entièrement contre son père. Sans doute l’aurait-il pourchassé, requérant sa juste vengeance s’il ne ressentait pas une fureur plus forte encore contre lui-même. Acculé contre ce mur, toutes ces heures de faiblesse se rejouaient dans son esprit malheureux et torturé. Il songeait à toutes ces fois où il ne s’était pas montré assez fort pour s’écarter de la route d’Héloïse, toutes ces occasions manquées de faire comprendre à son père qu’il avait définitivement tiré un trait sur elle et sur leur histoire ; car, à ces moments où il aurait pu ne pas céder à la lâcheté, il avait condamné Héloïse. Ce soir, elle payait le prix fort de toutes les faiblesses de l’éditeur. Il n’avait pu la laisser derrière. Il n’avait pu se détourner complètement d’elle. Il ne pouvait vivre dans un monde dans lequel Héloïse Bennett n’existait pas. Ce ne pouvait être qu’ineptie ! Comme une terre privée d’oxygène, une fleur sans eau, un univers sans soleil, une humanité sans amour… Ce n’était que le néant, le vide et les abysses. Ce même déchirement qu’il ressentait au creux de ses entrailles tandis qu’Héloïse bredouillait douloureusement son prénom. Jusqu’aux tréfonds de son âme, il sentait qu’au premier regard, il se parjurerait. A ses prunelles qui épouseraient les siennes, il savait qu’il ne pourrait tenir le secret plus longtemps, qu’il ne saurait pas l’affronter une fois encore sans lui révéler les odieux dessous de cette farce grotesque. Il ne pourrait faire autrement que de lui avouer qu’il l’aimait à en crever, que chaque jour était comme une lente agonie, qu’il se sentait mourir à chaque seconde où il était loin d’elle, de ses souffles, de ses soupirs, de ses rires, de son parfum, de sa voix, de ses caresses… Seulement, il ne le pouvait pas. Cette faiblesse, il ne se la permettrait pas. Si son père avait pu échauffer un plan si atroce ce soir, qu’en serait-il par la suite ? Et que deviendrait l’enjeu de toutes ses menaces ? Matthew ne pouvait décemment pas prendre le risque. Aussi, il resta sourd aux supplications de la jeune femme. Il s’empêcha de la regarder. Les mots qu’il prononça ne l’incitaient qu’au départ de cette réception où il scellerait définitivement son destin. Héloïse ne devait pas assister à cela.

Fier et droit, comme prêt à affronter la plus terrible des évidences, il regagna la salle de réception. Aurait-il dû regarder en arrière pour s’assurer qu’Héloïse s’en irait ? Aurait-il dû la mettre dehors pour qu’elle n’ait aucune intention d’être présente ? Sûrement aurait-il dû, mais à présent, la seule certitude qu’il détenait, c’était qu’il ne pouvait plus la regarder. Sinon, il ne la laisserait plus jamais partir. « Est-elle enfin partie ? » Le ton badin de Jane eut le don de l’irriter bien plus encore. Sauf qu’il ne pouvait pas se permettre d’éclater ou de commettre un nouvel impair. Aussi se contenta-t-il d’un regard sentencieux pour la rousse. Trop satisfaite, elle ne s’en formalisa pas. Elle le savait pieds et poings liés au cœur de cette mascarade. Il affecta une moue déçue. « Quel dommage ! J’aurai tant aimé voir son expression quand elle saura enfin que… » Elle n’eut jamais l’occasion de terminer sa phrase. Discrètement, mais avoir violence, la main de Matthew avait saisi le poignet de Jane avec une telle force qu’elle s’était interrompue. S’il demeurait impuissant dans cette situation, sa patience détenait des limites qu’elle ne devait pas franchir. D’une certaine manière, elle le savait et l’expression peinte sur le visage de l’éditeur lui fit comprendre qu’elle ne devait pas aller plus loin. Le contrat demeurait ainsi : ce mariage contre la sécurité d’Héloïse. Cela impliquait également qu’elle ne devait pas subir d’insultes. Cet affront de ce soir était déjà bien suffisant. « Votre attention s’il vous plaît… » D’ici quelques secondes, il ne pourrait plus revenir en arrière. Matthew en prenait pleinement conscience et tout en lui se déchirait, s’arrachait, se lacérait. Il respirait à peine d’être confronté à l’inéluctable. En dépit de l’altercation qui s’était produite quelques minutes plus tôt dans l’entrée, le père de Matthew arborait une mine ravie, sa coupe de champagne levée, comme si rien de tout ceci ne s’était produit. Son plan se déroulait à la perfection et tout dans ses attitudes le démontrait. Quant à Jane, elle rayonnait non loin de lui. Lui, il se mourrait lentement. « Trente ans auparavant naissait l’héritier de la dynastie McGregor et du prochain successeur des éditions McGregor. Aujourd’hui, je peux dire que mon fils est devenu un digne héritier. Un fils qui me rend un peu plus fier chaque jour. » Monsieur McGregor dévisageait son fils avec insistance. Si nombreux étaient attendris de ce discours, Matthew entendait toutes les menaces, tous les reproches qu’il pouvait lui faire. Et si son père était véritablement fier des choix de son fils aujourd’hui, c’était uniquement parce qu’il les lui avait imposés. « Mais que serait un héritier sans une promesse d’héritage ? Aussi, j’aimerais profiter de ce jour spécial qu’est l’anniversaire de mon fils pour annoncer une nouvelle plus réjouissante encore ! » Le bras de son père se tendit vers lui. Il sut qu’il devait le rejoindre sous le feu des projecteurs. Ce fut comme un automate qu’il se retrouva aux côtés du grand patron des éditions McGregor, avec l’envie dévorante de l’assassiner devant cette foule scrutatrice. « J’ai le grand plaisir de vous annoncer les fiançailles de mon fils… » Ce fut là qu’il la vit. Là, dans le foule. Il la reconnut à ses grands yeux sombres, à sa chevelure brune, à cette robe qui jurait avec celles des autres, à cette expression incrédule sur son visage. Elle brillait parmi les autres. Les traits de Matthew se décomposèrent sous le coup de l’horreur. Pourquoi n’était-elle pas partie ? Pourquoi fallait-il qu’elle n’en fasse qu’à sa tête ? Tout en lui hurlait de rage et de désespoir. Il aurait voulu fendre la foule pour l’écarter de cette scène surréaliste qui était en train de se jouer devant leurs yeux. Il n’y eut que la main de son père se posant sur son épaule qui lui ôta tout mouvement. « … avec la charmante Jane Dewitt Bukater. » Le regard d’Héloïse le transperça comme un millier de lames. Il ne se sentit plus la force de bouger, de respirer ou de penser. Il ne voyait plus sa fiancée les rejoindre avec un sourire flamboyant. Il n’entendait plus les murmures interloqués et appréciateurs de la foule. Il ne comprenait plus rien au restant des paroles de son père. Il n’était plus sûr d’appartenir à cette réalité. C’était comme si plus rien n’existait hormis les prunelles d’Héloïse. Ses larmes et sa détresse. Il était en train de périr avec elle. « Je voudrais parler… » Mais le murmure de Matthew ne fut pas entendu. A vrai dire, la salle ne bourdonnait plus que des exclamations des convives. Il haussa la voix brusquement, presque dans un cri. « Je voudrais parler ! » Tout le monde se tut, sous le choc de ce brusque éclat. A côté de lui, il sentit son père et Jane se tendre, mais ils n’avaient rien à craindre. Qu’auraient-ils pu craindre d'ailleurs ? Ils détenaient déjà ce qu'ils voulaient. « Je… je voudrais vous parler de la femme que j’aime. » Sous cette voûte, ce n’était qu’une unique vérité qui résonnait à présent : celle de son cœur. Aussi, lorsque tout le monde crut qu’il s’exprimait en songeant à Jane, son regard était exclusivement braqué sur une silhouette dans la foule. Sur Héloïse. A ces mots, la rouquine s’accrocha au bras de son fiancé, mimant d’être émue par des paroles qu’elle savait qu’elles ne lui seraient pas destinées. Mais la mascarade se poursuivait. Matthew n’aurait plus qu’à parler au nom d’une seule, d’un amour caché et impossible. « Je voudrais vous parler de cette femme que je n’ai jamais cessé d’aimer… de cette évidence si parfaite qui s’est imposée dans mon existence lors de notre première rencontre. Je voudrais vous parler de cet amour fou qui dévore et qui consume une seule fois dans une vie. D’un amour si véritable que la parole humaine n’est pas assez forte, pas assez folle pour exprimer l’infini. Que tout devient si dérisoire… c’en est presque ridicule... » Le cœur de Matthew battait comme un dément dans sa poitrine. La pression que Jane exerçait sur son bras lui faisait mal aussi, mais il savait choisir ses mots avec application. Les convives n’y voyaient que du feu. « Je voudrais vous parler de cette femme qui m’a redonné goût à la vie, à l’amour, à toutes ces choses simples et évidentes. Je voudrais vous dire que lorsque je suis triste, je pense à elle, comme l’hiver on pense au soleil, et quand je suis heureux, je pense à elle aussi, comme en plein soleil on pense à l’ombre. Elle est toute une partie de moi qui me complète et qui comble mes failles. Et de cet amour, je ne veux pas en guérir. Je voudrais vous parler de cette femme dont j’étais si proche que, maintenant, j’ai froid près des autres. » La foule retenait son souffle autant que lui perdait le sien dans ce discours qui l’exposait à nu. Ses prunelles ne lâchaient pas ce petit bout de femme perdue dans cette masse compacte. C’était comme s’ils n’étaient plus que tous les deux, emportés dans un tourbillon qui les dépassait. « Je voudrais vous dire qu’il n’y a pas une heure, une minute ou une seconde que je regrette à ses côtés, en dépit des obstacles, de la souffrance, des heures sombres. Si c’était à refaire, je ne changerai rien. Je voudrais vous dire qu’il n’est pas de sacrifice trop grand, pas de souffrance trop forte que je ne me refuse à subir pour la protéger. D’elle, je ne demande rien car elle m’a déjà tout donné… Et c’est déjà bien plus que je ne pourrai jamais recevoir en une vie. » Car elle l’avait rendu heureux, amoureux, insouciant. Elle l’avait rendu plus humain qu’il ne pourrait plus jamais l’être dans son existence. Elle lui avait fait connaître la lumière du cœur et de l'esprit. Il aurait au moins connu cela dans sa vie. Avalant difficilement sa salive, il acheva son discours dans les relents d'un chagrin qu’aucun ne décela. « Et je l’aime dans le temps. Je l’aimerai jusqu’au bout du temps… et quand le temps sera écoulé, alors, je l’aurai aimée. Et rien de cet amour, comme rien de ce qui a été, ne pourra jamais être effacé. » Un court silence précéda des applaudissements émus d’un public si aveugle et crédule. Il sentit Jane respirer à nouveau à côté de lui. Cette dernière joua la comédie jusqu’au bout, affectant d’être attendrie par des paroles si profondes et poussa jusqu’à poser ses lèvres sur celle de Matthew dans un baiser presque convaincant. Il ne chercha pas à s’en défendre, sachant pertinemment qu’il ne pourrait plus se permettre une audace supplémentaire. Pourtant, tandis qu’il aurait dû abandonner, son regard ne lâchait plus celui d’Héloïse. Il voulait qu’elle comprenne. Il voulait qu’elle sache à cette heure où ils ne pourraient plus revenir en arrière, que tous ces mots, tissés à l’encre de son cœur, étaient pour elle. Et qu’il ne reviendrait pas dessus. Et qu’il ne la laisserait pas les lui rendre. Ils étaient à elle. Ces mots-là.
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Sam 28 Juil - 10:50

La voix du père de Matthew me force à m’immobiliser, à ne plus esquisser le moindre geste. Je demeure interdite, fixant l’illustre personnage s’accaparant l’attention de tout le monde. C’est devenu bien silencieux et je n’ose plus aller chercher mon poète. Même si mes yeux, eux, continuent à le chercher. Jusqu’à le trouver, découvrir qu’il est terriblement beau, observant la perfection de ses traits tirés, cette mine sombre qu’il porte. Il semble avoir perdu l’éclat que je lui ai connu. Cet éclat de vie et d’amour qui le caractérisait si bien. Je rêve de son sourire, de cette joie de vivre. Il me paraît tant éteint que ça m’en crève le cœur. Le désir de le sauver devient plus fort, C’est presque un besoin vital. Cependant, je conserve le silence, bien trop intimidée pour oser faire quoi que ce soit. Et puis, je suis aussi curieuse de ce qu’il dira, même si je risque d’en souffrir et de regretter de ne pas avoir écouté Matthew. Mon cœur tambourine dans ma poitrine et je l’écoute prononcer ces mots en l’honneur de son fils. SI seulement les gens pouvaient comprendre ô combien ces mots sont hypocrites. Si seulement, ils pouvaient voir qu’au-delà de cette main tendue, posée sur l’épaule, il n’y a de protection et de tendresse que celle d’une serre d’oiseau se posant sur sa proie. Voir Matthew être dominé ainsi me brise le cœur. Ma main vient se poser à l’endroit où mon palpitant se démène comme un fou, au bord de l’asphyxie, au bord de sombrer définitivement. Je me demande ce que peut être cette nouvelle mais je n’ai pas besoin d’attendre. Le visage excité de son père fait tomber le couperet, pile au moment où mon regard revient vers Matthew. Nos prunelles se rencontrent et je ne peux éviter cette mine choquée apparaissant sur mon visage lorsque ces fiançailles sont annoncées ; Ces fiançailles sorties de nulle part ; Ces fiançailles qui ne peuvent être qu’avec une seule personne. Hélas, je n’ai pas besoin de savoir de qui il s’agit. Les rouages de cette machination machiavélique se mettent en place. Et tout est clair, limpide. Je comprends mieux ce qui s’est tramé, la raison véritable ayant poussé Matthew à me quitter. Inconsciemment, mon cœur se conforte dans cette idée que les sentiments de mon poète n’ont jamais changés, que peut-être il n’a pas eu le choix. Il est évident qu’épouser Jane n’est en rien de l’amour… J’ai trop connu Matthew empli de haine à son égard pour changer complètement sa vision de la chose.

Cependant, je suis choquée, je suis meurtrie au plus profond de mes chairs. J’ai mal de voir cette pièce de théâtre digne d’une tragédie grecque se jouer sous mes yeux. Voir Jane qui avance avec son visage victorieux. Elle a eu ce qu’elle voulait. Récupérer Matthew, récupérer son honneur au détriment de quoi ? Au détriment de cet amour qui nous lie encore par la force de ces regards portant déjà une résignation que seul le temps pourra enlever. Ainsi, notre histoire doit se finir ainsi ? Dans un mariage arrangé ? Bon sang, mais depuis quand, sommes-nous revenus à cette époque incongrue ? Et puis, il y a cette autre question que je me pose désormais ? Comment pourrais-je lutter ? Est-ce le signe que ce combat est vain ? Que nous ne pourrons rien changer à tout cela ? Pourtant, je n’arrive pas à m’en aller, mon regard ne lâchant pas Matthew. Il me faut du temps avant de comprendre que mes yeux sont humides de mes larmes, humides de ce chagrin qui me dévaste. J’ai perdu. Et c’est là que je mesure l’intensité des mots que son père a prononcé, une fois. J’ai perdu l’amour de ma vie et il ne me reviendra pas. Nous serons ces deux âmes malheureuses destinées à ne pas être ensembles, le dos courbé par le poids de la vie. Ô comme je comprends mieux le regret de nous être embrassés une fois. N’aurait-il pas mieux fallu que nous continuions nos chemins séparément ? L’amour aurait été moins fort, le cœur moins brisé que maintenant. Je finis par rompre ce lien en baissant les yeux au sol, mon pied se mettant en route pour fuir cet endroit de malheur. Je n’ai plus ma place. Je me sens juste vide, humiliée.

J’ai perdu…

Et je suis prête à rebrousser chemin quand la voix de Matthew se fait entendre. Aussitôt, je relève la tête pour lui faire face, l’observant le cœur au bord des lèvres. Ses mots me transpercent comme mille poignards provoquant une intense douleur et un profond soulagement. J’ai mal d’amour, mal de devoir vivre une telle situation. Ce n’est pas humain de souffrir autant, de sentir qu’on ne peut être complet qu’avec cet autre qui nous échappe. Et en même temps, j’éprouve comme une profonde reconnaissance à son égard. Parce qu’il m’aime… Parce qu’il n’a jamais cessé de m’aimer… Parce que tout ce qui nous a lié dès le départ n’a jamais été altéré par une quelconque volonté d’affronter le père. Ainsi, par ces mots, Matthew me montre que tout ce qu’il m’a dit, dans ce bureau, était complètement infondé. Que de haine, il n’y en a jamais eu, que seul l’amour brûle en lui. Cet amour qu’il ressent pour moi, qui le consume parce qu’il ne peut plus exister. Celle qui s’accroche à son bras en est la preuve vivante. Elle sera l’élément perturbateur entre nous, tout comme son père. Et c’est douloureux, libérateur, les opposés qui s’attirent sans forcément qu’il y ait une solution. Matthew m’aime, mais nous ne pouvons plus être ensembles. Le tableau se dresse, froid et austère. La comédie a cessé et les acteurs ont enlevé leurs masques pour offrir ce qu’il y a de plus laid. J’entrevois cette absence d’avenir, je comprends les desseins de son père bien que je ne les accepte. Pour moi, il vaut mieux ne pas vivre, plutôt que vivre sans amour. Ce serait, sinon, une demi-vie, car rien est plus beau que d’aimer et d’être aimé en retour.

Je secoue doucement la tête, essuyant mes larmes et essayant de reprendre contenance face à ces mots qu’il prononce pour moi. Nous aurions pu être  si heureux, habités par la certitude de nous aimer entièrement et passionnément. Hélas… « Que d’émotions, je dois dire… » Le rire résonnant me glace complètement, tandis que Jane prend la parole à la suite de ce que Matthew vient de me dire. « Nous avons pris des chemins différents. Nous nous sommes perdus. Mais le destin en a voulu autrement et voilà que nos routes se sont croisées à nouveau. Et quel bonheur de retrouver cet amour ! » L’assemblée se feint d’un murmura approbateur et voilà que quelques applaudissements retentissent, imitées par l’ensemble des invités, sauf moi. Je suis mortifiée de toute cette mascarade. C’est un monde que je ne pourrais jamais comprendre. « Nous sommes si heureux. » Ces mots me vrillent autant qu’ils m’horripilent. Personne ne voit que Matthew est malheureux ? Personne ne voit que son visage n’exprime aucune once de bonheur ? La vérité est si terrible : personne ne l’aura connu tel que moi je le connais. Personne n’aura entendu son véritable rire quand il n’y aucune retenue. Personne ne l’aura vu être endiablé lors d’une fête de village destinée à gagner un cochon. Personne n’aura entendu ses mots d’amour.
Et surtout… Personne ne pourra l’aimer autant que moi je l’aime.

Pourtant, je choisis de tourner les talons, estimant en avoir trop vu. De ces volontés de vouloir le sauver, je me dis que ce n’est pas ici. Pas maintenant. Pas tant que cette scène absurde continuera de battre son plein. J’ai sitôt fait de récupérer mes affaires et de fuir cette maison de malheur, retrouvant bien vite le silence dans ma petite voiture. Puis, je démarre même si quelques kilomètres plus loin, je m’arrête pour me calmer quelques instants, faire cesser le tremblement incessant de mes mains, permettre au cœur de se calmer un temps. Puis, je redémarre mais je ne rentre pas chez moi. Ce n’est pas l’heure de dormir mais bien de l’attendre en espérant qu’il rentrera chez lui. Si ce n’est pas le cas, je l’attendrais malgré tout. J’ai besoin de le voir, de savoir qu’il est toujours là, qu’il ne m’a jamais quittée. Alors, quand j’arrive devant chez lui, je m’assieds sur les escaliers du parvis de l’entrée. Le cœur bat comme un fou et je ne peux retenir le nouvel assaut des larmes. Le chagrin est si immense, la situation est irréaliste. Je ne fais même pas attention au temps qui s’écoule, je ne regarde même pas l’heure. Des minutes ? Des heures ? Je l’attends sans bouger, même lorsque tout à coup, l’orage se fait entendre et la pluie tombant, drue. Je suis immédiatement trempée mais ce n’est pas grave. Le désarroi est si immense que rien ne peut m’empêcher d’avoir le besoin de lui parler. Il y a parfois des voitures mais je ne reconnais jamais le bruit du moteur de sa voiture. Et ce, jusqu’à ce son familier se fasse entendre. Je me redresse aussitôt quand les phares m’éblouissent jusqu’à ce qu’il coupe le moteur, sortant de son bolide. Debout, je lui fais face ayant conscience de la situation, de l’état dans lequel je me trouve, trempée jusqu’aux os. « J’ai beau essayer de t’oublier, je n’y arrive pas. J’ai beau essayer de te détester, mais c’est impossible… » Ma voix résonne, si forte, si claire, au milieu du clapotis de l’eau tombant sur le bitume. « Quand tu as pris la parole… J’ai compris tant de choses, Matthew… J’ai compris que ce que nous ressentions est spécial. Ce n’est pas juste une histoire d’amour qui connaît une apogée fantastique avant de sombrer dans le déclin. J’ai compris que c’était bien plus fort que ça… Qu’il s’agit d’une destinée, que c’est écrit là-haut qu’il ne peut y avoir que toi… De longs mois se sont écoulés et pourtant, je n’ai pas ressenti un amour moindre… Ou diminué… Je continue à t’aimer d’une force qui me dépasse… J’ai compris tant de choses ce soir…  » Je m’approche doucement de lui, ayant l’impression que rompre la distance est une éternité si longue… Et pourtant face à lui, je l’observe d’un air grave, les cheveux plaqués contre mon front, la robe imbibée d’eau, le maquillage discret qui s’en va doucement. « Matthew, peu importe ce qu’a pu dire ton père… Tu n’es pas obligé de lui obéir… Tu ne peux pas sacrifier ce qui te rend le plus heureux… Tu ne peux pas gâcher ta vie… Tu ne peux pas… Parce que dès lors que tu ne vas pas bien, je ne vais pas bien. Tu pleures, je pleure. Tu ris, j’en fais de même. J’ai l’impression d’avoir perdu une partie de moi quand tu m’as quittée. Je me meurs sans toi… J’ai besoin de toi pour vivre parce que sans toi, le monde n’a plus aucun intérêt. T’as trop pris de place dans ma petite existence pour que je puisse te laisser partir… De toute façon… J’aurais toujours tout fait pour te revoir… Comme si tous ces chemins me menaient, d’une façon ou d’une autre, à toi. » Ma main se lève doucement et vient se poser sur sa joue, ce contact me brûle par ce que le grain de sa peau provoque continuellement en moi. Un maelström d’émotions si intense que j’en ai le souffle coupé. « Je n’ai rien à t’offrir en dehors de la certitude de t’aimer entièrement. Je pourrais te proposer de devenir simplement cette part de toi-même si belle, si pure et si enthousiaste… Je pourrais t’aider à être juste Matthew, juste cet être que j’adore. Il y a forcément une solution. Mais ensemble, nous pouvons être forts. Je n’ai pas peur de chuter de toute façon tant que je sais que tu es à mes côtés. D’une manière ou d’une autre, je saurais me relever… Seul ton amour pourra me sauver de toute manière. Le reste n’est qu’amplement secondaire. »
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Mer 1 Aoû - 18:16

Matthew ne pouvait plus se taire. Il devait parler, même si ses mots n'auraient de sens que pour le cœur auquel ils étaient destinés. En sommant Héloïse de venir assister à cette dramatique mascarade, son père ne se rendait pas compte de l'erreur qu'il venait de commettre. Son triomphe serait pâli par les hurlements irrépressibles de l'âme du poète qui ne pouvait pas s'empêcher de s'exprimer. L'absence de la jeune femme aurait clos sa bouche, éloigné ce besoin de vérité, réprimé ses pulsions qui le propulsaient dans ses bras, contre ses lèvres, contre son corps, contre son être. Il aurait pu conserver jalousement cette vérité si essentielle pour les plans de son père. Mais voilà, Edward McGregor avait pêché par orgueil, conviant Héloïse à cette triste réception afin d’assoir sa supériorité. La présence de la jeune femme demeurait un affront trop fort, un acte d’une cruauté sans pareil que le poète ne pouvait plus supporter dans son cœur et dans son âme. Si elle devait assister à cet acte affreux qui avait été mis en scène spécialement pour ce soir, alors il donnerait son dernier coup de grâce. Il offrirait la vérité à celle pour qui son cœur battait réellement. A une vie sans elle, il s’y résignait. A un air dépouillé de son parfum, il y renonçait. A une ombre qui ne suivrait plus la sienne, il s’y résolvait. L’unique existence qu’il ne pourrait pas vivre serait celle où Héloïse crèverait de chagrin par sa faute, qu’il gâterait son innocence et son bonheur malgré lui, à cause de son monde. Mais ce n’était plus possible de lui cacher. S’il devait la laisser partir, la regarder se détourner de lui, ce serait en ayant la certitude qu’elle connaissait la puissance de son amour. Si elle ne parvenait à comprendre ses mots cruels, alors son esprit assimilerait ceux de l’amour. Cet amour si grand qu’il ne craignait pas le renoncement, ou l’absence.

Le regard étroitement imbriqué dans celui d’Héloïse, il destinait chacune de ses paroles à elle. Elles lui appartenaient, tout comme son cœur, son âme, son corps et son être étaient tout entier à elle. En dépit de la séparation, de tout ce qui pourrait les déchirer, il résiderait à jamais ce lien immuable et sincère qui les rattachait l’un à l’autre. Comme deux parties d’un tout unies dans une évidence si parfaite que ça en devenait effrayant. Ô comme la foule était aveugle à cet amour si puissant ! Comme la foule était bête de croire qu’il pouvait songer ne serait-ce qu’une seule seconde à Jane en parlant ainsi. Comme la foule était sourde à ses cris de rage, d’injustice, de douleur et d’amour. Comme elle était idiote de ne pas comprendre que ce chant d’amour était un chant de désespoir dont les ondulations mélancoliques s’envolaient vers une anonyme dans l’assemblée. Terrible imprudence que la sienne à mesure qu’il poursuivait son discours sans volonté aucune de s’arrêter. Pas même la pression douloureuse de Jane sur son bras aurait pu le stopper, ou encore moins l’aura ombrageuse que son père déployait autour de lui, ou encore l’écho de toutes ces menaces qui pesaient sur sa tête. Des mots du cœur, il en avait tant à dire. Il lui fallait parler de ce bonheur d’avoir aimé, de la chance de l’avoir rencontrée, du résultat insensé du hasard, de la difficulté de la route, de la douleur de la perte, de l’insurmontable sacrifice, de l’injustice de ce monde, de la beauté de ce drame immense… Il lui fallait dire que s’il mourait aujourd’hui de la perdre, c’était uniquement parce qu’elle était parvenue à le rendre vivant ; que s’il ressentait à nouveau une douleur atroce, c’était parce qu’elle avait rallumé une étincelle en lui ; que si son regard perdait son éclat, c’était uniquement parce qu’elle lui avait redonné goût en toutes ces choses essentielles de la vie ; et que s’il se sentait aussi vite à cette heure, c’était parce qu’elle avait rempli une part insoupçonnée de son être.

Le souffle court. Le regard perdu. L’esprit brumeux. Le cœur en friche. Tout venait de s’éteindre en lui, comme une bougie que l’on souffle et son regard s’accrocha désespéramment aux prunelles pâles de la jeune femme. Elle était son phare dans la nuit, mais il savait que bientôt, il allait cesser de briller pour lui. Il le comprit à cette voix atroce qui grinça à côté de lui de ses accents sirupeux. Jane qui, habilement et ingénieusement, rebondissait sur les propos de son fiancé pour ne pas perdre la face. Une fois encore, le monde crut à ce mensonge comme un enfant crédule. Il les haïssait tous. Il les détestait tous. Il les méprisait plus que jamais. Et… elle s’éloigna. Elle tourna les talons et s’éclipsa de son ciel en emportant le soleil, les étoiles et les astres avec elle dans un froissement d’étoffes. Il eut soudain si froid qu’il crut en mourir. L’incertitude le bouffait plus que la souffrance de son absence. Avait-elle compris ? Lui en voulait-elle ? Le détestait-elle ? Est-ce qu’elle prenait conscience que tous les mots qu’il lui avait jetée lors de leur rupture n’étaient que mensonges fielleux ? Ignorait-elle encore la puissance de ses sentiments pour elle ? Pouvait-elle encore douter de la sincérité de tout ce qu’il avait vécu ? « Je dois vous adresser mes plus sincères félicitations. » Et voilà que le défilé des félicitations et des simagrées débutaient. Matthew aurait voulu s’y soustraire, mais le bras de Jane emprisonnait trop fermement le sien. Puis il le savait, il ne pouvait plus se permettre un esclandre supplémentaire. Tout le reste de la soirée, il supporta sans rien dire, il joua la comédie, il affecta d’être un homme satisfait de son sort. Mais à quoi bon ? Personne ne désirait voir la vérité en face. Et finalement, au terme d’une soirée interminable, il parvint au bout de son calvaire. Presque tous les convives s’en étaient allés, poussés à rentrer chez eux autant par l’heure tardive que l’orage qui avait éclaté au-dehors depuis presque une heure. Matthew s’apprêtait à en faire de même, récupérant sa veste auprès du majordome quand Jane le rejoignit. « Tu es satisfait de toi ? » Matthew ne lui fit pas l’offrande d’une réponse. Il se contenta se rajuster correctement les manches de son manteau d’une attitude indifférente. Sa fiancée n’eut pas la patience. « Je suppose que cela a dû beaucoup t’amuser. Tu as de la chance que personne n’ait compris. » Il releva enfin les yeux sur son visage crispé par l’énervement. « S’ils n’ont pas compris, c’est uniquement parce qu’ils ne le veulent pas. Il ne fallait pas être inquiète. » Les lèvres pincées, elle conserva momentanément le silence. Elle s’approcha finalement, attrapant la main de Matthew où trônait sa bague de fiançailles. « De toute manière, peu importe. La partie est déjà gagnée. Le reste n’est qu’une affaire de temps. » Elle avait raison. Tout ceci n’annulait pas le mariage, sa rupture avec Héloïse, ou la suite des événements. Mais cela n’avait jamais été l’intention de Matthew. « Au revoir, Jane. »

Peu désireux de demeurer plus longtemps en ces lieux ou de croiser son père en s’éternisant, il partit sans que Jane ne le retienne. La pluie s’abattit sur lui dès qu’il sortit, l’inondant tout entier avant qu’il ne regagne sa voiture. Il roula jusqu’à sa résidence, l’esprit en ébullition, la tête fourmillant d’un milliard de pensées qui le parasitaient, le molestaient, le dominaient sans lui accorder le moindre répit. Dans la fureur de la pluie, il voyait le visage de l’être aimée, et il lui semblait contempler ses larmes qui coulaient le long de la vitre. Elle hantait son paysage et chacun de ses souffles. Il l’avait en lui, fantôme insaisissable d’un passé si proche. La gorge serrée, il mourait d’incertitudes. Serait-ce ce dernier visage qu’il verrait d’elle ? Une expression ravagée par la douleur, la trahison et l’incrédulité ?

Sauf qu’elle était là.

Cette forme frêle et vulnérable accroupie sur les marches de l’entrée. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Sa bouche s’assécha comme un désert, incapable de réagir à sa présence. Il se contenta d’avancer vers elle comme un automate, la pluie l’assaillant de toute part sans qu’il ne s’en défende. Il s’attendait à des cris, des larmes, de la violence, des hurlements, des coups… à tout ce qu’il pouvait mériter après de tels aveux. Il ne lui opposerait rien. Il la laisserait faire si elle avait besoin de se défouler, de se venger, d’exprimer tout ce qu’elle retenait au fond de ses tripes. Maintenant face l’un à l’autre, il s’offrait complètement à son jugement. Il l’écouta sans songer à la couper. Il respecta chacune de ses paroles, se nourrit de ses moindres étincelles d’espoir, conjugua sa douleur et son injustice à la sienne, mêla son âme à son chant d’amour. Ils se comprenaient si bien. Et même s’il aurait dû le rejeter, même s’il aurait dû lui dire qu’elle ne devait pas se trouver ici, même s’il aurait dû l’éconduire et éteindre la flamme de ses espérances, il ne put l’empêcher de s’approcher de lui et de son cœur avec son corps, avec ses mots, avec son regard, avec sa beauté si tragique qu’elle en devenait surréaliste. Il était sous l’emprise de son pouvoir. Son souffle se coupa à sa main posée sur sa joue. Ça le remuait tout entier, comme un maelström infernal au creux de sa poitrine. Là où Matthew voyait des problèmes, Héloïse ne décelait que des solutions. L’esquisse d’un sourire pointa sur la gravité de son visage. Tout ce qui sortait de sa bouche n’était qu’un puits de lumière d’espérance, de force et d’amour. Pouvait-il seulement y répondre ? Si Héloïse était forte, Matthew était trop faible pour y résister complètement. Sa main vint rejoindre la sienne sur sa joue, entrelaça ses doigts tendrement aux siens pour éprouver à nouveau la douceur de sa peau perdue, puis la guida vers ses lèvres pour l’embrasser avec ferveur. Cette main qui savait l’aimer en dépit de ses failles, de ses erreurs, de ses coups et de ses maladresses. « Héloïse… » murmura-t-il d’une voix faible couverte par le fracas de la pluie. Sa main ne lâchait plus la sienne sans oser faire un pas supplémentaire vers elle. « Je n’ai jamais voulu te faire autant de mal… je pensais que c’était l’unique manière de d’atteindre et de tuer tes soupçons. Je ne pouvais pas me permettre que tu t’accroches à moi… je suis désolé... » Un soupir découragé s’échappa d’entre ses lèvres, malheureux et rompu d’une fatigue immense. « J’ai songé à toutes les solutions possibles… je n’en vois aucune. Aucune qui ne te mette pas en danger ou qui n'éteigne pas le feu sacré qui brûle en toi. Toutes les craintes que j’avais à notre sujet… elles se sont réalisées. J’avais décidé d’y être aveugle, persuadé que nous serions plus forts, mais j’avais tort. Je ne suis pas fort, Héloïse. Je n’arrive plus à leur faire face. » Son autre main vint effleurer son visage, mêlant ses larmes à la pluie. Il écarta quelques mèches humides qui barraient son visage et la contempla avec dévotion, comme on observerait une idole. « Je suis né dans un monde de devoirs. J’ai des privilèges, mais je n’ai jamais été libre. Je ne veux pas t’enfermer avec moi, Héloïse. Je ne veux pas t’emprisonner dans cette vie-là. Je t’ai fait tant de promesses… mais tout ce que j’ai su te causer aura été de la souffrance. Je ne suis plus certain de mériter autant ton amour. » Toujours ce même regret de l’avoir embrassée alors qu’il n’aurait jamais dû. « C’est moi qui aie commencé tout ça. C’est moi qui dois y mettre un terme. » Ses bras se tendirent pour la prendre dans ses bras. Il la maintint fermement contre lui, s’enivrant de l’effet salvateur de sa chaleur, de son contact, de son parfum. Tout en lui n’était que contradiction. « Je t’aime tant, Héloïse… Je t'aime tellement que je refuse que tu vives tout cela... »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Ven 3 Aoû - 17:16

Le coeur bat à tout rompre. J’ai terriblement peur d’être ici, de le revoir. Après tout ce qu’il m’a dit, comment suis-je censée réagir ? M’énerver ? Le gifler ? Lui hurler dessus ? Je me triture les méninges sans trop savoir jusqu’à entendre le bruit du moteur puissant. Je me suis déjà levée, debout et frêle, trempée par la pluie ne sachant que dire ou faire. J’attends qu’il sorte de sa voiture, me demandant ce qu’aurait pu être ma vie si je n’avais pas rencontré Matthew, si je n’avais pas éprouvé autant d’amour pour lui. Qu’aurait pu être mon existence si nous avions refusé d’admettre l’évidence ? Aurais-je rencontré quelqu’un d’autre capable de me faire tant ressentir d'émotions ? Aurait-il été capable de m’aimer autant que j’étais aimée de cet être que j’adore tant ? L’amour est une chose si mystérieuse, si belle et puissante. Moi qui l’avait toujours lu dans ces écrits romanesques, j’en avais appris la forme, la couleur et la saveur si délicate. Et désormais, je suis incapable d’y résister. Peut-être que la solution est d’accepter l’évidence mais je suis incapable de changer ma façon de voir les choses, me disant que je ne peux vivre qu’au travers de l’amour de Matthew, ce sentiment qu’il éprouve à mon égard, cette révélation ayant eu lieu dans cette salle de réception, au milieu de ces gens. Tout le monde a dû croire que ce chant poétique n’était dédié qu’à la perfide Jane. Mais il n’en a jamais été question. Tous ces mots ... Ne sont destinés qu’à moi... Tout est si clair alors. Je comprends tout. Les agissements de son père, la présence constante de cette rousse de malheur, et mon Matthew... Mon merveilleux, mon doux, mon tendre amour ... Si fort en apparence mais incapable de se sentir suffisamment courageux pour affronter sa famille. Ça me déchire le cœur. Ça fait mal. Mais il me manque tant. C’est tout ce dont je suis capable de me dire. Tout ce qui me fait être droite devant lui, un peu digne mais terriblement accro à cet être s’avançant vers moi. Finalement, aucune colère ne transparaît au travers de mes mots. Aucune désillusion, juste de l’espoir, si pur, si fort : oui je vois de l’espoir, de l’amour, des solutions. Je l’aime. Il m’aime. Qui sont ces gens pour nous interdire d’être ensemble et d’être heureux ? Peu importe qu’il s’agisse de son père, je ne peux accepter que Matthew puisse se sacrifier ainsi. Épouser Jane me paraît être la pire des infamies. Je ne pourrais supporter de savoir qu’il a épousé cette vipère au détriment de notre propre bonheur. Et ce même si c’est dans le but de me protéger. Mais de quoi ? De ce que le père peut me faire ? Qu’il fasse les choses à sa guise ! Je ne crains rien. Je suis capable de me relever même si c’est compliqué. Même si c’est douloureux. J’ai souffert. Je me suis endurcie en ayant perdu ma mère, en ayant été enfermée dans cette bulle qu’était mon monde. C’est là que je réalise que tout le monde n’est pas aussi si fort ou aussi courageux, que si Matthew semble ne pas avoir de solutions, ça me parait si clair pour moi... C’est le paradoxe d’avoir vécu des vies différentes. Il a toujours eu le confort d’un roi, ayant grandi prisonnier d’une cage dorée où la sortie se trouve devant lui. Moi, je la vois pourtant cette porte... Et je peux être capable de l’en libérer, je m’en sens la force. Cependant, je comprends que Matthew ne peut le faire qu’en sachant que je ne risque rien. La situation peut paraître si compliquée... Et pourtant, tout ce qui me semble évident, c’est la certitude que nous nous aimons.

L’étau de ses bras se referment autour de moi, dans une étreinte forte et tendre. Et ses mots d’amour m’enveloppent. Ce que je retiens, c’est qu’il m’aime, qu’il n’a jamais cessé de m’aimer, que j’avais raison de douter des raisons de me quitter de façon aussi soudaine. Sans dire un mot, mes mains viennent se loger dans son dos, avec tendresse et je lui rends son étreinte avec la même ferveur. « Nous trouverons une solution, Matthew.. Je te le promets... » Je ferme les yeux, mon âme semblait trouver cet apaisement dont il a connu depuis toujours. « Laisse-moi être à tes côtés et résoudre tous ces problèmes. Ensemble, nous sommes forts. Et ce qui ne nous tuera pas, nous rendra invincibles. Tu ne réalises pas combien tu es essentiel pour moi, combien je me sens capable de gravir tant d’obstacles pour toi. Et tu n’as pas à épouser Jane... Oh non... On trouvera une solution... Même si ça veut dire de s’aimer à nouveau dans l’ombre... C’est vrai que j’ai cru un temps ne pas être capable de vivre dans le secret, éternellement... Et bien j’ai changé d’avis. » L’être humain est empli de tant de contradictions. Je me souviens avoir été épuisée de porter cette relation dans ce secret intense, de devoir sans cesse faire attention. Mais à l’époque, on ne craignait pas le mauvais jugement. Peu savaient. N’est-ce pas la meilleure des solutions ? Revenir à cette époque. « Je veux juste t’aimer, Matthew... Peu importe comment... Quand j’ai cru te perdre, j’ai regretté de t’avoir forcé à tout révéler au grand jour. Peut-être qu’on aurait dû attendre... Maintenant, je sais ce que je désire. » Je me détache légèrement de lui, l’observant, son visage détrempé par la pluie. « C’est toi... Juste toi, à mes côtés. Peu importe ce bagage que t’emmène avec toi, peu importe qu’il soit lourd, peu importe ce nom, ce rang... Cette route, je veux la tracer avec toi. Trouvons le moyen de discréditer Jane, d’empêcher que ce mariage ait lieu. On y arrivera. » Un maigre sourire franchit mes lèvres. « Cette garce ne t’aura pas. » Et je ferais tout en mon pouvoir pour le faire. Oh non... Elle n’aura rien de Matthew, pas même son nom. Cet homme est mien, je n’ai nullement envie de le céder. Personne ne pourra altérer ce que nous ressentons. Je serais incapable de le laisser partir, ni de le laisser me quitter encore une fois. Je veux juste l’aimer même si ça ne sera pas évident, même s’il y aura des moments où ce fardeau sera plus lourd. Mais qu’importe, nous sommes restés de longs mois dans l’ombre. On peut encore le rester, en sachant réellement les enjeux. « Je t’aime et puis c'est tout. Mes lèvres rencontrent leurs jumelles, maladroites mais emplies de certitudes. L’embrasser encore me semble inouïe, inespéré. Je me sens tellement bien, tellement mieux. Tellement complète, trempée jusqu’aux os sous cette pluie diluvienne. Je pourrais rester indéfiniment ici, comme si le temps se figeait d’une façon magique. Suis-je trop optimiste ? Peut-être bien, mais pour moi, le plus important, c’est l’amour de Matthew. Rien ne pourra changer cela. Je me promets intérieurement d’être forte pour lui. À bout de souffle, je me détache de lui, sans jamais briser l’étreinte de nos bras enlacés. Autour de moi, j’en oublie où nous sommes. Il y a juste le visage trempé de Matthew, ses cheveux imbibés d’eaux. « Tu devrais voir ta tête. » Je pouffe légèrement de rire. J’ai l’impression qu’un poids s’est envolé, que le chagrin est bien moindre comme s’il s’apaisait au contact de cet être que j’adore. Finalement, il émet l’idée qu’on rentre chez lui pour que l’on se sèche, ce que j’accepte, trouvant que les vêtements imbibés d’eau ne sont pas agréables du tout. Lorsque j’entre dans ce lieu familier, j’ai l’impression que beaucoup de choses ont changé, comme si je redécouvrais les lieux. J’enlève mes chaussures trempées me retrouvant pieds nus, n’osant pas trop bouger de peur de mettre de l’eau de partout. J’attends que Matthew revienne avec des serviettes pour que je puisse m’éponger un peu tout ce trop plein d’eau de pluie. Pourtant quand ce dernier revient les bras chargés de serviettes, je sens un courant électrique parcourir ma colonne vertébrale lorsque nos regards se croisent. Le silence est là, seuls nos cœurs battants se font entendre. Je le dévisage, l’évidence faisant étinceler mes yeux clairs. Sans un mot, je romps soudain la distance, me jetant dans ses bras, enroulant mes jambes autour de lui, plaquant mes lèvres contre les siennes dans un baiser désespéré et empli de fougue. Un baiser intense et passionné. Un baiser aux parfums d’un autrefois que je souhaite retrouver. J’ai tant besoin de lui. C’est tout ce qui compte.
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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Dim 5 Aoû - 20:40

La culpabilité était en train de le dévorer tout entier, de le mâchonner sous ses crocs aiguisés, de l’engloutir d’une seule déglutition, de le noyer dans ses entrailles pour le rejeter, pantelant, sur le bord de la route. Elle lui engourdissait ses membres qui étaient rendus si fébriles face à la frêle silhouette de la jeune femme. Elle atrophiait même sa langue qui ne parvenait plus à formuler la moindre parole. Il était tout entier à la merci des sentiments d’Héloïse, qu’ils soient bons ou mauvais, emplis de rancœur et d’accusations, de reproches et de douleur. Mais pourtant, ce n’était pas la culpabilité d’avoir créé tant de douleurs qui l’étouffait, pas plus que cette culpabilité qu’elle ait assisté à un spectacle aussi atroce, ni même qu’il l’ait embrassée autrefois. Non, c’était nouveau. C'était la culpabilité de ressentir un soulagement aussi immense et ravageur de la voir devant chez lui à cette heure avancée de la nuit, qu’elle soit le dernier visage qu’il contemplerait de cette journée infernale. A sa manière, avant même qu’elle n’ait pu prononcer la moindre parole, elle lui insufflait une vague d’espoir qui le terrassait entièrement. Elle était là, car –elle non plus- elle ne résistait pas à l’attraction de ce corps contre le sien. Lui non plus, il n’était pas aussi docile qu’il aurait voulu l’être à cet appel de son cœur vers le sien. Il avait besoin d’elle en dépit de tous les efforts qu’il faisait pour la repousser, de toutes les paroles cruelles qu’il lui avait jetées. Et pourtant, elle était là, sous la pluie, face à lui. Depuis combien de temps attendait-elle ainsi ? Son chemin s’était-il fait vers la résidence de Matthew dès lors qu’elle avait quitté la réception ? Son cœur battait à tout rompre de l’incertitude des événements à venir et de cette joie malvenue de la trouver encore sur sa route. Son esprit ne comprenait qu’une seule chose : il ne la perdait pas complètement. Mais elle pouvait encore l’assassiner par ses mots. De la colère, de la rage, de l’amertume, de la rancœur, elle pouvait en avoir. Il savait qu’elle serait légitime et il ne ferait rien pour la lui prendre avec des promesses qu’il n’était plus sûr de tenir. Dans le fond, il aurait mérité de ne pas avoir droit à sa seconde chance, à recevoir un amour qu’il avait trop bafoué. Il ne lui en aurait pas voulu. Il l’aurait même compris. Cela aurait été d’ailleurs plus simple que de l’entendre lui dire qu’elle ne trouvait aucune haine en son cœur. Pour lui, elle ne trouvait que du pardon, de l’amour, de la force, des excuses et des solutions. A ce merveilleux chant d’espoir échappé des lèvres de la jeune femme, il souhaitait y croire de toute son âme. Sauf qu’il avait peur de lui avoir fait trop de mal, d’avoir trop avancé les choses pour ne plus pouvoir revenir en arrière. Les menaces de son père, ainsi que celles de Jane résonnaient avec trop de clarté encore dans son esprit. Et toutes ces montagnes qu’Héloïse voulaient gravir, il les trouvait insubmersibles. Tous ces océans qu’Héloïse voulait franchir, il les trouvait trop vastes. Toutes ces lumières qu’Héloïse voulait rallumer, il les trouvait trop froides et agonisantes. Alors il était désolé d’avoir dû prendre cette décision atroce. Le problème s’était tourné des millions de fois dans son esprit sans qu’il ne parvienne à trouver une solution, le forçant à toutes ces cruautés. Et même si elle savait et que les lumières s’étaient éclairées ce soir dans la tête d’Héloïse, cela ne changeait rien à la situation actuelle. La faire souffrir était une idée inconcevable. Il ne pouvait pas la condamner à la même existence que lui, faite de devoirs, de contraintes et dépouillée de liberté.

Pourtant, il ne put s’empêcher de la prendre dans ses bras. La retrouver, entière et vibrante d’un feu sacré, c’était inespéré. Il avait fait le deuil de l’amour d’Héloïse, de ses mots d’amour, de ses sourires, de sa voix douce, de sa peau contre la sienne, de ses caresses, de ses murmures, de cette vie auprès de la sienne, de sa chaleur, de ses bras, de ses souffles, de son parfum. Il s’était résigné à les abandonner si c’était pour la protéger. Mais ce soir, dans cette étreinte qu’il ne se refusait plus, il était incapable de la laisser partir. Il l’aimait à en devenir dingue. Et dingue, il l’était. Suffisamment pour se laisser bercer par les espoirs d’Héloïse, comme un petit garçon. Elle disait qu’ils trouveraient une solution. Et même s’il réprima un soupir impuissant, il y croyait au fond de lui. Il avait juste besoin qu’elle lui emplisse l’âme de ses certitudes, de sa force, de son courage, de ses mots. En vérité, Héloïse avait toujours été la plus vaillante et la plus courageuse des deux. Il l’admirait tant pour cela. « Héloïse… » souffla-t-il. Il ne cherchait pas vraiment à l’arrêter. Il ne s’était même pas rendu compte qu’il avait prononcé son prénom. Il demeurait juste submergé par ses paroles et la puissance qu’elle mettait dans chacun d’eux. Et à force de l’écouter, les montagnes ne lui parurent pas si hautes, les océans ne semblaient plus aussi étendus, les lumières n’étaient plus aussi pâles et ternes. Il y avait quelque chose qu’elle était patiemment en train de réveiller en lui. L’espoir et le courage. Elle lui fit retrouver son sourire. Et sous la pluie, il la contempla longuement, caressant sa joue, écartant les mèches humides sur son visage. Il débordait d’amour pour elle. « Héloïse Bennett, qui aurait cru que nous en serions là aujourd’hui ? » Cela était dit sans douleur, dépourvu du poids de leur histoire. Au contraire, il aimait ce qu’ils étaient. Il l’avait tant jugée la première fois qu’ils s’étaient rencontrés. Il la croyait incapable, idiote et insipide. A présent, elle était sa plus grande force, cette main qui se tendait vers lui pour le relever quand il se perdait dans le noir. Elle avait raison, elle était cette fougère que rien ne faisait plier. Il s’agrippa à ses lèvres, la dévorant d’un baiser furieux, maladroit, passionné. Soudain, malgré la pluie qui les engloutissait, il n’avait plus aussi froid à l’âme. Il retrouvait cette part de lui-même, cette part de bonheur et d’amour qu’Héloïse avait précieusement conservé au creux de ses mains pour les lui rendre ce soir. Etait-il trop naïf de croire qu’il pourrait contrer les plans de Jane et de son père ? Peut-être, mais présentement, il s’en moquait. Dans les bras de la brune, rien ne semblait impossible. « Vite, rentrons ! » Il passa son bras autour des épaules d’Héloïse, la guidant jusqu’à chez lui. A ce rythme-là, ils allaient attraper la mort et il ne serait effectivement plus question de mariage. Ils trouvèrent l’air sec et chaud de l’appartement avec bonheur. Immédiatement, il retira ses chaussures et ses chaussures pour se précipiter dans la salle de bain et récupérer des serviettes. Il en profita aussi pour retirer sa veste gorgée d’eau. Il n’avait plus que son pantalon mouillé et sa chemise qui lui collait à la peau. Matthew ne s’était pas rendu compte à quel point les battements de son cœur s’étaient intensifiés, mais pas uniquement à cause de sa précipitation. Et l’évidence le frappa lorsqu’il revint dans le salon. Ce fut comme une décharge électrique dans tout son corps tandis que ses yeux retrouvaient celles d’Héloïse, ces prunelles vertes et pâles qu’il connaissait par cœur. A peine amorça-t-elle un mouvement vers lui qu’il en lâcha toutes les serviettes qu’il tenait pour la réceptionner dans ses bras. Cet élan fou, c’était l’élan du cœur. De ces cœurs qui avaient tant souffert d’être séparés, qui avaient saigné dans la distance. Ses doigts s’agrippèrent à elle de toutes ses forces, une main sur sa cuisse et l’autre en bas de son dos. Leurs lèvres s’écrasèrent l’une contre l’autre dans un baiser précipité et fougueux. Une fois encore, Matthew avait presque du mal à réaliser. Alors, lorsque, à bout de souffle, sa bouche quitta momentanément la sienne, il ne put retenir cet éclat de rire qui lui remonta de la gorge. Un rire de bonheur. Un rire de soulagement. Un rire presque insensé. « Je t’aime à en crever. » Sa bouche s’empara à nouveau de la sienne tandis qu’il les emmenait tous deux dans la chambre, sanctuaire trop bien connu de leur amour où ils ôtèrent leurs vêtements avec précipitation, se séchant à la chaleur de leur étreinte enfiévrée. Et c’était si bon de la retrouver, de goûter à la saveur de sa peau, de l’embrasser, encore et encore jusqu’à en être ivre, de caresser sa peau, de la serrer contre lui, de revenir au creux d’elle, d’entendre son prénom uniquement murmuré par sa bouche, de pouvoir lui susurrer aussi le sien. C’était si bon de vivre et de se sentir vivant. Dans la chaleur de ses bras, il était à nouveau complet.

***

Pour la première fois depuis longtemps, Matthew parvint à dormir grâce à la présence d’Héloïse et libéré de toutes ces souffrances qui lui empoisonnaient l’âme. Les problèmes ne s’en étaient pas allés, ils étaient juste moins menaçants. Aussi se réveilla-t-il reposé, un fin sourire sur les lèvres en sentant la chaleur de la brune contre lui tandis que le soleil perçait tout juste à travers les rideaux de la chambre. Lovée et endormie dans son étreinte, son dos était collé au torse du jeune homme. Il déposa un premier baiser en haut de sa colonne, puis dans le creux de son nuque, sur son épaule jusqu’à la sentir bouger et s’éveiller lentement à son contact. Il la serra plus fort contre lui, enfouissant son visage dans ses cheveux sombres. « Tu m’as tant manquée… Je ne vivais plus sans toi. » Elle se tourna vers lui et il ne résista pas à l’appel de ses lèvres, de l’avidité de ses mains qui repartaient à l’exploration de son corps. « Je ne sais pas comment j’aurai fait pour me passer de toi… » Il n’aurait pas pu. Sûrement, un jour ou l’autre, il aurait craqué. Autrement, il aurait glissé dans une lente agonie. De la pulpe de son pouce, il caressa tendrement le visage d’Héloïse. Il retrouva une partie de son sérieux, n’en demeurant pas moins lucide. « Il nous faudra être prudents, Héloïse. Plus encore qu’auparavant. Ce ne sont pas les mêmes enjeux que la première fois. Nous n’aurons pas le droit à l’erreur. » Il plongea ses prunelles dans les siennes, intenses et pleines de promesses. « Cette fois, nous affronterons cela à deux. Je ne te quitterai plus. »
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Héloïse Bennett
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Lun 6 Aoû - 18:45

 « I’ve never felt this strong. I’m invincible, how could this go wrong? No, here, here’s where we belong. I see a road ahead…. I never thought I would dare to tread… »

La soirée me paraît si insensée. Un rêve qui s’est, lentement, transformée une si belle réalité. J’ai tant stressé, tant eu peur de ce qui allait se produire. De l’invitation du père de Matthew en passant par cette réception d’anniversaire ayant débouché sur une demande en mariage… Et puis ces aveux. Les mots de Matthew m’ayant percutée en plein cœur, ces mots me faisant comprendre que nous étions justes victimes d’un plan machiavélique, que l’on cherchait à nous empêcher d’être ensemble. Alors que je croyais vivre un véritable cauchemar, le destin en a décidé autrement. Et si l’amour nous a réuni, ce soir, il nous sauve encore. Quand je suis face à Matthew, je sais ce que je veux, ce que je désire le plus au monde. Pouvoir être à ses côtés et l’aider à empêcher ce mariage. Je n’ai aucune idée de comment faire bien sûr. Mais j’y crois. Mon être entier se conforte dans cette tâche nouvelle. Le bonheur se trouve à l’horizon, j’en suis convaincue. De toute façon, je ne peux pas vivre sans lui, je ne peux pas vivre sans cette âme jumelle à la mienne. Je suis d’ailleurs incapable de lui en vouloir pour m’avoir quittée, pour avoir eu si peu confiance en moi. Je ne lui en tiens pas rigueur parce que je ne suis pas dotée de rancune. Oh non… Juste l’amour m’inonde complètement ; un sentiment pur et véritable. Je l’aime, et parce que je l’aime à la folie, il m’est normal de vouloir le sauver. Il m’est normal de ne pas rester figée dans le passé. De toute façon, dès lors que je croise son regard, il m’est impossible de rester à ce besoin d’être dans ces bras, de sentir ses lèvres s’accaparer les miennes avec cette évidence que l’absence de l’autre rend notre existence bien terne. Dans ses bras, je me sens revivre. Son rire se mélange au mien et de ces paroles d’amour, je m’en abreuve comme si auparavant, j’avais longtemps marché dans un désert aride.

« Like an image passing by, my love, my life. In the mirror of your eyes, my love, my life. I can see it all so clearly, all I love so dearly, Images passing by… »

C’est le bonheur à l’état pur. Et dans les bras de Matthew, je me retrouve de nouveau complète. Je savoure le bonheur de pouvoir l’embrasser encore, et encore. C’est de l’amour, de la passion. Le moindre détail emplit mon cœur d’une douce chaleur. C’est incroyable de pouvoir laisser mes mains défaire sa chemise, enlever ses vêtements, de laisser mes lèvres se poser sur chaque partie de son visage, descendre dans son cou et m’abreuver de l’odeur de sa peau. « Matthew… » C’est sentir mon épiderme frissonner lorsque ses mains parcourent mon corps avec une douceur infinie. « Je t’aime pour toujours… » C’est gémir sous ses assauts amoureux, c’est caresser son visage doucement, laisser mes doigts parcourir chaque centimètre, c’est lui sourire avant un baiser, rire contre lui parce que le retrouver est inouï alors que je croyais l’avoir perdu à jamais. C’est ce peau contre peau, ce corps qui s’unit à l’autre, c’est beau, c’est tendre… C’est émouvant même. Et la nuit s’éternise, ne prenant jamais fin. De toute façon, j’ai tant à dire à Matthew, tant à savourer avec lui, je refuse de laisser le sommeil m’emporter. Je préfère me blottir contre lui, savourer la chaleur de son corps. « Et à jamais… »


« Like reflections of your mind, my love, my life are the words I try to find. My love, my life. But I know I possess you with all my heart, God bless you. You will be my love and my life, … You’re my one and only… »

Assise sur les genoux de Matthew, mes doigts virevoltent sur les touches du piano. La mélodie est douce et poétique. Les yeux fermés, le cœur battant mais le sourire aux lèvres, je laisse ma voix emplir le salon. Dans la pénombre de l’immense pièce, nous sommes justes éclairés par une petite lampe et je me laisse envahir par ce chant d’amour destiné qu’à lui. Ça m’a manqué de ne plus jouer pour lui. De toute façon, j’avais même arrêté les leçons de piano. Alors là… De pouvoir en refaire avec lui… C’est l’extase, c’est la félicité absolue. « I held you close to me, felt your heart beat and I thought: I am free » Ses mains sont enroulées autour de ma taille et je sens son visage si près de moi, parsemant mon épaule de petits baisers. Il n’y a que nous dans cet appartement, nous et ce drap pour couvrir notre nudité. Nous et la mélodie du piano meublant le temps et ma voix qui continue à chanter cette ode à l’amour. Rien que pour lui, rien que pour cet homme merveilleux, rien que pour cet amour auquel je tiens plus que tout au monde. « Like an image passing by, my love, my life. In the mirror of your eyes, my love, my life. I can see it all so clearly, all I love so dearly, Images passing by… » Je tourne alors le visage vers ce Poète et je lui souris sans aucune arrière pensée autre que celle de l’aimer. Toujours plus fort. Plus intensément. Cessant de jouer, j’enroule mes bras autour de son cou, déposant un nouveau baiser plein de fièvre. Nous avons toute la nuit pour nous aimer… Et toute la vie devant nous. On trouvera un moyen j’en suis sûre.

***

Ce matin, ce n’est pas un réveil ou les rayons du soleil qui m’extirpe des bras de Morphée mais les lèvres de Matthew déposant des baisers tendres et doux. Aussitôt, mes yeux s’ouvrent et je me souviens de tout ce qu’il s’est passé hier entre la soirée mouvementée et la nuit ô combien merveilleuse. Me retournant, je l’observe avec un sourire empli d’amour. « Bonjour toi… » Je lui rends son baiser, ne pouvant empêcher mon cœur de battre comme un fou de l’entendre me dire qu’il ne vivait plus sans moi. On a tant souffert de ce manque. Je sais que je ferais tout pour ne plus le perdre. De toute façon, maintenant je sais qu’il m’aime autant que je l’aime, que rien ne pourra nous séparer. On trouvera une solution. « Eddie nous aurait fait nous retrouver d’une façon ou d’une autre. » Je murmure, caressant tendrement sa joue. « Je crois qu’on se serait retrouvés quoi qu’il arrive. » Néanmoins, je suis entièrement d’accord avec lui. Il faudra user de plus de précautions pour ne pas nous faire prendre. Quand je vois l’expression sérieuse de son visage, je sais qu’il a peur que son père ou Jane puisse tout découvrir et s’en prendre à moi. « Ne t’en fais pas Matthew. On fera attention. Je ne souhaite pas que ton père découvre que nous sommes de nouveau ensembles. Je pense qu’il doit déjà bien être furieux de ta déclaration d’hier. Et puis, on ne bossera pas au même endroit. Puis, il faudra éviter que je vienne par ici, ne sait-on jamais. » Je me redresse légèrement sur un coude et l’observe avec un sourire doux. « On fera le maximum pour que personne ne découvre notre secret. » Je me mets à rire tout à coup. Peut-être suis-je trop optimiste, peut-être de l’avoir retrouvé, d’avoir été gavée de tant d’amours, de baisers avec lui. Qu’importe, je n’arrive pas à garder mon sérieux. « Puis, j’ai une super idée pour toi. » Venant me placer à califourchon sur lui, je souris avec malice. « Tu n’auras qu’à te déguiser, mon amour ! Tu mettras une casquette, des lunettes ! Oh mon dieu, on aura qu’à te déguiser en basketteur ! Ça t’ira comme un gant ! » Je ne peux m’empêcher de rire face à sa réaction. « Je te trouverais un déguisement spécial « Victor Hugo » ou alors en Newt Scamander. Je te promets rien quand à rester sage face à une telle tenue. On pourrait croire que tu es fan de cosplay… Ahh nooon ! » L'écrivain n'est pas d'accord avec moi et sa mine malicieuse ne présage rien de bon. Je me sauve très vite aussitôt que Matthew fait mine de vouloir me faire payer mes moqueries. Je m'extirpe du lit prête à fuir je ne sais où. Cependant, je n’ai pas sa rapidité, puis c’est le matin, je me réveille à peine avec peu d'heures de sommeil dans les dents. Deux bras puissants m’entourent ma taille et je ne peux m’empêcher de rire de plus belle. « Je me rends ! Promis, je me déguiserai moi ! » continuant à pouffer de rire, je me retourne, le dévisageant avant de me blottir contre lui. Je pose mon oreille près de son coeur pour entendre ce battement si particulier. A mon sens, c'est le plus beau son du monde, la plus belle des mélodies, le plus beau chant d'amour. Ce coeur qui bat d'amour comme le mien. « Tu m’avais tant manqué. Je suis si contente de te retrouver… »


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Matthew McGregor
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MessageSujet: Re: « Please don't give up. Because all we really need to survive is one person who truly loves us. And you have her. » Matthew ❤️   Dim 12 Aoû - 17:26

Matthew craignait que toutes les chimères nourries par ses souffrances profondes ne l’aient emporté dans un rêve trop doux pour être réalité. Il craignait que les élans douloureux de son âme n’aient bâti une forteresse imprenable dans laquelle sa raison entrevoyait avec clarté la silhouette d’Héloïse, l’ovale délicat de son visage, la grâce de ses mouvements. Il craignait que les mirages ne se soient emparés de ses yeux, le faisant croire à des paysages dans lesquels Héloïse détenait encore sa place, qu’elle le caressait encore de la nacre de ses mots, du velours de sa voix. Il craignait que son esprit, privé de sa raison d’être et d’exister, n’ait cédé complètement à la démence et aux démons qui l’attiraient, l’agrippaient, le malmenaient pour l’entraîner à jamais dans les ténèbres. Il craignait qu’un sortilège n’ait été jeté sur sa carcasse vide, comme un poison cheminant tranquillement dans ses veines jusqu’à nécroser ses organes, ses chairs, son cœur… Il craignait que sa réalité ne se soit déformée pour se parer de mille mirages, d’oasis dans lesquels il s’abreuvait avec désespoir, d’étoiles qu’il contemplait à s’en abîmer la rétine, de ces brises légères qui portaient le parfum d’Héloïse et lui lacéraient les joues. Il craignait que les mots qui avaient pansé ses plaies, guéri ses chairs, colmaté les brèches de son cœur ne soient qu’un écran de fumée. C’était une terreur irraisonnée, proche de la démence pure mais elle le dévorait tout entier. De l’idée de la perdre encore, il en devenait fou. D’imaginer à nouveau un monde sans elle, il suffoquait. De vivre sans elle, il n’existait plus. Et pourtant, elle était là, dans ses bras, dans la chaleur de son corps. Il la tenait contre lui comme le trésor le plus précieux que cette terre puisse porter. Elle était à l’image de ces icônes que l’on contemple avec dévotion avec adoration. Et si elle prenait les attraits d’une muse et d’une idole, c’était uniquement parce qu’elle était parvenue à rendre la vie à Matthew. Par sa simple présence, son amour et ses espoirs. Elle rallumait en lui en feu éteint par son absence, comme si elle était la seule à pouvoir entretenir cette flamme secrète. Elle était la vestale de son cœur et la gardienne de son âme. Toutes les clefs de son être étaient entre ses doigts délicats, à la merci du moindre de ses caprices. Mais elle n’en usait pas, elle n’en abusait pas. Elle appréciait ce trésor avec tout l’amour qu’un si petit corps pouvait contenir au creux de lui. Et pourtant, si petites étaient ses mains, elle parvenait à soulever de plus lourdes montagnes que Matthew. Si petit était son cœur, elle parvenait pourtant à offrir plus d’amour qu’il ne pourrait jamais en donner. Si douce était sa voix, elle parvenait à faire plier la pire créature à la force de son esprit. Si frêles étaient ses épaules, elle parvenait à les porter tous les deux sans en souffrir. Et tout de son amour, de sa tendresse, de son courage étaient infinis.

Il se berçait à sa voix si douce qui chantait pour lui et à la mélodie merveilleuse du piano sous ses doigts. Il l’aimait en crever. Ses lèvres effleuraient la nudité de sa peau qui n’était pas pudiquement cachée par le drap qui les enveloppait. Et comme pour avoir besoin de s’assurer qu’elle était bien présente, ses doigts éprouvaient la douceur de son épiderme, son nez s’enfouissait dans ses cheveux, son bouche parsemait sa peau de baisers. Tout à coup, il ne se sentait plus faible, ni lâche, ni misérable. Il ressentait un état de bonheur qui lui rendait tout son courage et sa hargne. Ce mariage, il saurait le contrer et trouver une solution. Cet amour qui personne ne voulait reconnaître, il saurait le protéger, le faire éclater et l’imposer à la face du monde. Sa main dans celle d’Héloïse, il n’avait plus peur. Aujourd’hui, ils étaient destinés à s’aimer dans l’ombre, mais demain, ils n’auraient plus que le soleil pour leur faire ombrage. Il en était convaincu. Il s’en faisait la promesse. Et lorsque le regard d’Héloïse l’enveloppa de sa tendresse, il se sentit les plus chanceux des hommes. Et aucune montagne n’était assez haute, aucun océan n’était assez vaste, aucune tempête n’était assez impétueuse pour l’empêcher d’être avec elle, de la retrouver quoi qu’il advienne, même si le destin les séparait. Il la retrouvait toujours. Il s’en faisait le serment. Il l’aimait purement et simplement. Et cet amour était à elle. Et cet amour était à lui. Cet amour ne pouvait s’inscrire que dans un nous véritable et immuable.

***

Au matin, les chimères, les mirages, les illusions, les sortilèges furent balayés par le sourire d’Héloïse, par sa peau contre la sienne, son baiser tendre et passionné. Ses mots avalaient ses doutes. Ses bras bannissaient ses solitudes. Il se sentait terriblement invincible, grisé de son contact parfait et rassurant dont il ne se rassasiait jamais complètement. « Je crois qu’Eddie est un entremetteur bien mésestimé. » plaisanta Matthew. Il était vrai que ce chien les avait fait tourner en bourrique ces dernières semaines, comme un enfant qui réclame la présence de ses deux parents. S’il avait vu cela comme un fléau, il se rendait compte que rien n’aurait pu les faire échapper à l’inéluctable. Ils étaient tels deux aimants allant toujours l’un vers lui. Et personne n’allait contre les lois qui régissaient l'univers. C’était irréfutable. Toutefois, à ces paroles, Matthew devait objecter que le chemin serait dur. Il ne pourrait pas se débarrasser aussi aisément de Jane, ni même mettre un terme à ce mariage. Et quand bien même ils parviendraient à annuler ses fiançailles, Héloïse ne serait pas acceptée pour autant par son père. Il ne pouvait pas lui promettre qu’ils n’allaient pas souffrir encore, ou qu’ils ne seraient pas assaillis par le découragement. A cette heure, vibrant d’amour et du bonheur de s’être retrouvés, rien ne leur paraissait impossible, mais qu’en serait-il des mois à venir ? A quoi devraient-ils encore être confrontés ? Cela, Héloïse le comprenait et elle le rassura. Puis son enthousiasme prit le pas sur l’inquiétude de Matthew. Son air sérieux se transforma en un sourire sous le coup de son rire joyeux. Se juchant à califourchon sur lui, elle proposait toutes les idées les plus farfelues qui soient pour leur liaison secrète. Il ne put s’empêcher de rire. « Quoi ? Jamais de la vie ! » La casquette, quel manque de goût ! Il valait certainement mieux que cela. En attendant, il riait de toutes ses bêtises, jusqu’à ce qu’il n’en ait assez. Il se redressa pour la faire taire d’un baiser, mais elle chercha à se défiler. Il fut cependant plus rapide, lui agrippant la taille. Il l’empêcha de partir, menaçant de lui faire des chatouilles mais elle rendit bien vite les armes. A la place, elle se blottit contre lui. Il la serra contre son cœur, caressant ses cheveux. « Je ne veux plus jamais te perdre… » murmura-t-il en réponse à ses mots. Il la ramena dans le lit, l’allongeant dessus, belle muse de ses songes qu’elle était. Il la contempla longuement, saisi d’adoration, avant que ses lèvres ne capturent à nouveau les siennes. Ses mains partirent à la découvre de ces terres conquises, de ses monts et merveilles. Et à nouveau, ils s’aimèrent, assoiffés du corps de l'autre.

FIN
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