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 crazy pretty women

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Caroline Brady
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DATE D'INSCRIPTION : 12/08/2017
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MessageSujet: crazy pretty women   Dim 12 Aoû - 14:24

Ces dernières semaines, elle n’avait pas véritablement eu l’occasion de vivre normalement. Depuis combien de temps n’avait-elle pas connu d’après-midi shopping entre copines ? Depuis combien de temps n’avait-elle pas profité d’un après-midi avec ses amies ? Depuis combien de temps n’avait-elle pas renouvelé sa garde-robe ? La vérité, cuisante, était que Caroline ne se trouvait plus le temps de rien. Sa vie avait été focalisée sur sa carrière – qu’elle avait dû reprendre à zéro – et sur la reconstruction d’elle-même. Puis, ces derniers temps, sa vie s’était concentrée sur une seule et même personne : Jon. Elle avait été sur un petit nuage pendant des jours, des semaines, avant que le rêve ne se transforme en véritable cauchemar. Elle le savait pourtant, la vie était pleine de surprises, et très souvent elles n’étaient pas bonnes. Revoir Eric l’avait chamboulée, mais pas du tout dans le bon sens du terme. Elle l’avait rayé de sa vie. Elle avait rayé de sa vie tout ce qui concernait Eric et sa vie avec Eric. Et il y avait très peu de choses – très peu de choses – qu’elle regrettait de cette vie fantomatique. L’imagine fugace d’un visage trouble ses pensées tandis qu’elle avance et croise nombres de personnes dans les rues de Beverly Hills. Elle pense souvent à ce visage. Elle pense souvent à ce passé. Elle pense souvent à cette amitié. Elle pense souvent aux bons moments qu’elle a dû abandonner avec son amie, pour se protéger, pour retrouver sa liberté, pour sortir d’un enfer qui la dévorait et consumait entièrement chaque jour. C’était le prix à payer, avait-elle pensé. Car si leur amitié avait été unique et magnifique, elles étaient diamétralement opposées dans cet univers. Là où Anya avait parfaitement adopté et adapté sa vie de Princesse qui n’a pas besoin de bosser pour survivre, Caroline s’était sentie oppressée, démunie et malheureuse. Là où Anya semblait se plaire dans ce monde de paillettes et de pouvoirs, Caroline y était mal à l’aise. Pourtant, chacune à sa manière, à son caractère, avaient su apporter à l’une et l’autre quelque chose d’unique et d’incroyablement précieux. Comment aurait-elle pu ne pas penser à la jeune femme ? Comment aurait-elle pu oublier son amie ? Pourtant, tu l’as oubliée – que lui murmure son démon intérieur. Pourtant, tu es partie et tu l’as laissée, elle aussi – que lui murmure son démon intérieur. Elle pouvait se répéter un million de fois qu’elle n’avait pas eu le choix, qu’elle avait dû fuir, qu’elle avait dû couper les ponts, la culpabilité et la honte ne la quittaient pas. La culpabilité et la honte ne la quitteraient plus jamais. Elle avait hésité, un nombre incalculable de fois de contacter Anya, sans jamais trouver la force et le courage. Pas seulement parce qu’elle avait honte, d’ailleurs, mais aussi et surtout parce qu’elle craignait qu’Eric ne la retrouve pas son intermédiaire. Le banquier n’aurait reculé devant rien pour obtenir ce qu’il voulait – quitte à passer par la jeune femme, voire peut-être la menacer. Oui, elle parvenait à se convaincre que, par son silence et son absence, elle avait rendu une fière chandelle à Anya Gallagher.

Si elle pensait à son amie de la Fac, celle avec qui elle avait partagé tant de choses – une colocation hors du commun, des petits boulots qui ne rapportaient pas beaucoup mais qui leur permettait de survivre, des moments inoubliables, des fous rires interminables, des confidences inavouables – c’était bien parce qu’elle se baladait sur Rodeo Drive aujourd’hui. Elle n’était pas riche, mais quand elle se décidait à faire du shopping, Caroline ne faisait pas semblant et n’hésitait pas à mettre le prix dans ce qu’elle estimait important. C’était à Beverly Hills que les deux jeunes femmes aimaient rêver à l’époque de leurs études, et c’était à Beverly Hills qu’elles n’avaient pas hésité à flâner quand elles en avaient eu l’occasion. Et c’était dans ce même quartier huppé que la nouvelle Anya Gallagher passait son temps – Caroline le savait. Cela dit, lâchement, elle espérait ne pas tomber nez à nez avec la jeune femme. Elle n’était diablement pas prête à l’affronter. Le serait-elle un jour ?

Elle avait choisi un magasin de chaussures très prisé – de ces magasins où le prix le plus bas comportait pas moins de quatre chiffres. Sa dernière paire achetée par ici datait de presque sept ans – et à ses yeux cela prouvait que le prix était justifié. Elle venait de flasher sur une paire à peu près similaire et se dirigeait droit dessus lorsqu’elle percutait quelqu’un dans son élan. « Oh, mon dieu, je suis désolée, je ne vous avais pas… » qu’elle commence à s’excuser platement avec le sourire, sourire qui reste suspendu en même temps que son cœur ratait un battement en reconnaissant celle qu’elle avait vainement espéré ne pas croiser. Le destin pouvait parfois jouer des tours cruels. Aussitôt, Caroline sent ses joues rosirent, effet immédiat de la honte et de la gêne. Que dire, que faire, dans pareilles circonstances ? Rester digne, quoiqu’il arrive ? Prétendre que tout allait bien dans le meilleur des mondes ? Prétendre qu’il ne s’était pas écoulé une année entière depuis leurs derniers moments ensemble ? Prétendre que l’une n’avait pas tenté de contacter l’autre pendant des jours, des semaines, pendant que l’autre fuyait ? Prétendre, prétendre, prétendre ? Caroline n’était pas une menteuse, aussi prétendre serait compliqué et impossible. « Anya… » qu’elle prononce inutilement et vainement son nom, comme si cela la ferait disparaitre. Non, rien ne la ferait disparaitre, pas même la honte, pas même la gêne. Aussi se pare-t-elle d’une autre arme, une arme protectrice et instinctive : la colère. « Excuse-moi, mais je souhaiterais récupérer ma nouvelle paire de chaussures, » qu’elle enchaine sur un ton plus ferme et décidé, alors que la Princesse pose spontanément les doigts sur la dite-paire. Elles avaient toujours eu les mêmes goûts en matière de vêtements et chaussures. Et si cela les avait rapprochées, aujourd’hui cela risquait de créer une guerre.



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Anya Gallagher
Admin Regina George
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MessageSujet: Re: crazy pretty women   Dim 12 Aoû - 20:28

Mes doigts pianotent impatiemment sur la table, le bruit de mes ongles étouffé par l’épaisseur de la nappe. Je souffle, vérifie mon portable, prends connaissance de l’heure, repose le portable et souffle à nouveau. Trente minutes de retard. Et outre le fait que je crève la dalle, je n’aime pas avoir la sensation d’être uniquement un créneau dans l’emploi du temps de mon mari. Sa vie surchargée par ses affaires, je peux le comprendre. Tout le monde ne peut pas se targuer d’être à la tête d’un empire colosse de chaîne d’hôtels, de restaurants, d’établissements en tous genres. Et justement, je l’admire pour cela. Mais l’intérêt d’être le big boss, c’est de commander absolument tout, notamment le temps que l’on accorde à sa femme. Et très honnêtement, je pense que je devrais appartenir au rang de priorité. Sauf que son retard m’indique tout le contraire. Dans le fond, je parviens bien à faire des efforts pour être libre pour lui alors que j’ai également une carrière à mener. Ce n’est pas de tout repos d’une être mannequin adulée, d’être harcelée de tous les côtés et de devoir entretenir mon mariage. Sauf que je fais un effort, je prends sur moi, je m’engueule parfois avec mon agent, mais je libère du temps pour mon mari. Chose que, manifestement, il fait avec plus de difficultés. Un long soupir s’échappe d’entre mes lèvres gourmandes, ennuyée par cette situation. Quelques personnes aux tables alentours se retournent, mais je m’en moque. De plus, le restaurant dans lequel je me trouve appartient à Samuel. Autant dire que je fais figure d’autorité, mais le voir briller par son absence, c’est le pur des combles. Et comme je suis livrée à mon oisiveté, je me plonge dans une activité que je ne fais que rarement : observer autour de moi. Mes prunelles se posent sur les personnes attablées, les étudient, tentent de leur imaginer une vie. Dans l’ensemble, tout est fade et sans intérêt. Ce sont des personnes qui ont baigné dans l’argent toute leur vie et qui n’ont aucun sens des valeurs. Ils ne savent pas ce que cela est de se battre pour arriver en haut de l’échelle sociale, pour réaliser ses rêves, nourrir son ambition et la mener à bout. Personne ne se doute que j’ai dû trimer pour en arriver là où je suis. Et brusquement, un visage bien particulier se calque sur ma rétine, fantôme étrange du passé. Comme à chaque fois, je suis troublée et mal à l’aise de cette vision. Je refoule le manque, l’incompréhension pour me focaliser uniquement sur ma colère. Non, je ne songerai pas à elle. Elle ne le mérite pas. Après tout, elle m’a abandonnée sans faire cas de notre amitié. Peut-être avait-elle été trop jalouse de mon succès. Peut-être n’avait-elle pas supporté que je parte à New York pour ma carrière. Et soudain, en dépit de mes efforts pour la bannir de mon esprit, je me demande si elle habite toujours à Los Angeles. Est-ce qu’elle serait toujours dans cette ville ? Est-ce qu’elle sort toujours avec ce Eric ? « Mon petit pruneau sucré, je suis désolé. J’ai eu beaucoup d’affaires qui m’ont retardé. » Samuel apparaît brusquement dans mon champ de vision, chassant mes pensées. Il m’embrasse avant de se poser devant moi, appelant directement un serveur d’un geste autoritaire. Ce qu’il est sexy… Et sa seule présence suffit à endormir toute ma rancune. « Ne t’en fais pas, je comprends mon canard. Aucun problème, au moins ? » Il nie du chef, se lançant dans une brève explication dont je ne comprends pas un traite mot. Finalement, le serveur vient et prend nos commandes. « Juste une salade. Je n’ai pas très faim. » Je crève la dalle, ouais ! Sauf que je ne peux pas me le permettre. Outre le fait que je dois manger équilibrée en général, je fais de plus en plus attention à ma ligne. Dernièrement, j’ai constaté que je rentre difficilement dans certaines robes et pantalons. Cela a été suffisant pour allumer toutes les alarmes en moi. Manifestement, j’ai un peu trop abusé du caviar ! Par chance, j’ai de nombreuses nausées qui me permettent de rejeter la plupart des aliments que je mange et de rétablir ma ligne. Oui, Anya est débile. Les plats ne tardent pas vraiment à nous être amenés. Le repas se déroule plutôt bien, surtout occupé par toutes mes remarques concernant le fait qu’Aaron est imbuvable et que je veux un autre garde du corps. Mais à nouveau, Samuel est intraitable, ce sera lui. Je proteste, mais à une simple pression trop forte de ses doigts sur mon poignet, je comprends que je vais trop loin. D’ordinaire, je me serai engrainée, mais là, il s’agit de Samuel. Il a quelque chose dans son regard, dans son attitude qui me met au respect. Puis je suis folle de lui. « Bon, je dois y aller, mon cœur. » - « Quoi ? Tu t’en vas déjà ? » Il n’a pas sitôt fini sa dernière bouchée qu’il attrape son portable, le consulte et fait la tête de quelqu’un qui a loupé déjà trop d’appels et de messages. « Je suis désolé, une affaire urgente. » J’affiche une mine boudeuse et croise les bras sur ma poitrine qui a grossi elle aussi. « Tu m’avais promis qu’on passerait l’après-midi ensembles. » Pour toute considération, j’ai droit à un baiser sur le front comme à une enfant et la promesse que ce sera pour une prochaine fois. Et il me laisse là, comme une débile, alors que je n’ai même pas terminé ma salade. Je suis partagée entre colère et déception. Puis, manifestement trop dégoûtée par cette situation, la nausée m’agrippe les entrailles et je cours jusqu’aux toilettes pour soulager mon estomac. Néanmoins, juste avant, je me fais la belle promesse d’aller m’acheter une montagne de chaussures avec la carte de Samuel.

***

« Tu ne peux pas faire attention, toi ! » j’agresse nonchalamment une femme qui vient de me percuter. Est-ce qu’elle réalise qu’elle a failli me décoiffer cette blonde ?! Et tout à coup, c’est un coup en plein cœur. Cette tignasse si soyeuse que je connais bien pour l’avoir brossée de nombreuses fois, de la même manière que cette fille brossait mes cheveux à moi. délire lesbien chelou Puis il y a cette bouille que je reconnaitrais entre mille pour avoir fait les 400 coups avec elle, pour avoir sceller de nombreux secrets avec ses lèvres, pour avoir eu le même éclat dans ce regard lorsque nous rêvions de grandeur. Bref… Caroline. Lorsque cette dernière prononce mon nom, j’affiche une expression dédaigneuse. « Oh, parce que tu te souviens de mon prénom maintenant ? Quel miracle ! » Amère, je le suis car on ne décide pas de rayer Anya Cooper de sa vie d’un simple claquement de doigt. Et pire encore, on ne vole pas la paire de chaussures sur laquelle j’étais en train de flasher. Au moins, cette remarque m’indique que nous avons toujours les mêmes goûts. J’affiche le sourire le plus hypocrite du monde. « Ça, j’en doute, trésor. J’ai vu ces chaussures avant toi. » Mes doigts parfaitement manucurés se posent sur la paire en même temps qu’elle. Je tire vers moi, puis elle tire vers elle, et nous effectuons ce manège plusieurs fois sans qu'aucune ne cède. « Ne te fais pas d’illusions, Brady. Tu as toujours eu le pied plus fort que le mien. Ces chaussures ne t’iront pas, à moins que tu te coupes le talon ! » Un peu comme les méchantes sœurs dans Cendrillon. Tiens d’ailleurs, c’est ce qu’elle est ! Une méchante sœur, car moi, je la considérais comme telle à l’époque. Je m’agrippe plus fermement à ma prise, mais au même moment, un léger haut-le-cœur me saisit. Mes joues se gonflent brièvement. Je plaque ma main sur ma bouche et l’autre sur mon estomac. Bordel, j’ai la gastro ou quoi ? Sauf que la vile blonde en profite pour s’emparer du trophée. « Eh ! Pas si vite, tu crois aller où avec mes chaussures ?! » Je reprends un peu de contenance, bien que j’ai toujours l’estomac en vrac et je fonce sur elle. D’un geste brusque, je lui prends la boîte des mains. « Elles sont à moi. En plus, je suis persuadée que tu n’as pas l’argent pour te les acheter ! » La guerre pouvait commencer.
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Caroline Brady
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MessageSujet: Re: crazy pretty women   Mer 15 Aoû - 11:34

« Tu ne peux pas faire attention, toi ! » La classe signé Anya. Caroline l’avait déjà entendue jurer, incendier, hurler, râler, insulter. Caroline l’avait déjà vue griffer, mordre, cracher, tirer des cheveux. Elle pouvait s’habiller en Prada, en Dior ou en Chanel, cela n’empêchait pas la jeune femme d’avoir été un jour – et toujours – une tigresse pas toujours sortable. Beaucoup s’imaginaient aisément qu’Anya Gallagher – anciennement Cooper – était une déesse et une Princesse sortie d’un conte de fées. Tout simplement parce qu’elle était belle à damner un saint, et qu’elle dégageait ce genre de charisme que tant de femmes rêvaient d’avoir. Mais Caroline, Caroline elle savait. Elle connaissait. Et si elle reconnaissait les qualités et la beauté de son amie, elle n’en était pas plus impressionnée qu’elle aurait pu l’être. Le destin avait décidé de les faire se rencontrer dans un café-restaurant style « Grease » des années 70-80, en mode rollers et jupes courtes. Le destin avait décidé de les faire devenir amies comme cochonnes. Le destin avait décidé de les rendre inséparables. Le destin avait décidé de leur faire faire les 400 coups ensemble. Le destin avait décidé qu’elles se livreraient entièrement l’une à l’autre – sans parure, sans illusion, sans mensonge, sans prétention. Et le destin avait décidé de les séparer aussi soudainement qu’elles étaient devenues comme deux sœurs. Oui, le destin pouvait être cruel, pensait Caroline tandis qu’elle croisait le regard de celle qui avait tant partagé avec elle. Tout partagé, en vérité. Des espoirs, des doutes. Des rêves, des phobies. Des amourettes, des cœurs brisés. Des soirées pourries, invitées ou pas. Oh, elles avaient tellement de choses, tellement d’anecdotes l’une sur l’autre qu’elles étaient devenues des dangers permanents. A cet instant, elles ne le réalisent pas cependant, car à cet instant elles sont trop concentrées à se regarder, se reconnaitre, se snober ou se conditionner en mode « zone de guerre ». Caroline le sait, au fond d’elle, elle n’a pas le droit d’être en colère. Elle n’a pas le droit d’être irritée, agacée, déçue. Elle ne peut être que gênée, désolée et honteuse. Mais c’est instinctif. Se montrer si faible, si soumise, si fautive… elle s’est promis de ne plus jamais le faire, de ne plus jamais le subir ! « Oh, parce que tu te souviens de mon prénom maintenant ? Quel miracle ! » que la première raillerie fait mal, blesse et frappe au cœur directement. Touché. Elle ne rétorque rien, car elle n’a rien à rétorquer sur le sujet, excepté lui offrir une moue partagée entre la compassion et la désolation. Qui exprime clairement un « oh, s’il te plait, n’exagère pas », quand au contraire elle a le droit d’exagérer et de se plaindre, Anya. Caroline, tu devrais avoir honte, qu’elle entend cette petite voix mais qu’elle tente de l’étouffer. Le sourire d’Anya a tout de la reine des glaces, la reine des garces, la reine des hypocrites. Comme elle sait si bien le faire, et comme le cœur de Caroline saigne. Ce regard, combien de fois a-t-elle vu son amie l’utiliser pour signifier clairement son dédain ? Envers d’autres personnes qu’elle. Aujourd’hui, aujourd’hui, il lui est destiné et c’est un coup de poignard sanglant – bien que mérité. Alors, elle se nourrit de la colère, elle se nourrit de sa propre honte, de sa propre tristesse pour ne pas se laisser abattre. Non, elle ne laisserait pas Anya Cooper gagner ! « Ça, j’en doute, trésor. J’ai vu ces chaussures avant toi, » que la reine des garces annonce. Caroline lâche un léger rire. « Tu plaisantes, j’espère ? La dernière fois que je les ai achetées – et je suis catégorique, ce sont les mêmes – tu m’as clairement signifiée que tu ne pourrais jamais porter ce genre de chaussures. Si je me souviens bien, elles étaient trop classiques pour Mme Cooper – Oh, pardon, Mme Gallagher, » qu’elle rétorque simplement en terminant par un sourire magnanime et qui se veut « faussement sympathique ». Mais c’est mal connaitre Anya. « Ne te fais pas d’illusions, Brady. Tu as toujours eu le pied plus fort que le mien. Ces chaussures ne t’iront pas, à moins que tu te coupes le talon ! » Anhhhhhhhhhhh ! Que Caroline ouvre la bouche, choquée, outrée, estomaquée par tant de conneries ! « Je rêve ! T’as vu tes chevilles, tu pourrais briser les jambes d’un hippopotame, je ne sais même pas comment t’arrive encore à te déplacer ! » qu’elle lui balance, s’accrochant coûte que coûte et advienne que pourra aux chaussures qu’elle désirait tant racheter. Au fond, très au fond d’elle, elle s’en moque de cette paire de pompes. Mais abandonner, déclarer forfait, se soumettre, la laisser gagner… NO WAY ! L’attaquer sur ses chevilles, c’est un coup bas mais un coup qui porte, Anya a toujours eu un complexe – qui sort de je ne sais où – concernant ses chevilles. Et si à l’époque elle lui assurait que non, elle n’avait pas des chevilles de taureau en colère, aujourd’hui elles lui paraissaient énormes. En vérité, Anya dans son intégralité lui apparaissait comme changée, métamorphosée. Elle la regarde d’ailleurs, grimace évidente de la femme qui se demande ce qui lui est arrivée. Pas le temps de le demander, pas le temps d’attendre une réponse que son adversaire du jour a un haut le cœur évident. Aussitôt, Caroline bien accrochée à la paire de chaussures tant convoitées, s’éloigner non seulement pour remporter son trophée mais aussi et surtout pour éviter qu’on lui gerbe dessus. NON MERCI, C’EST DEGUEULASSE ! « Eh ! Pas si vite, tu crois aller où avec mes chaussures ?! » que la malade n’abandonne pourtant pas, hystérique et persévérante. Cela ressemblait bien à Anya. Caroline presse un peu le pas, et elle ne peut s’empêcher de se traiter d’enfant gâtée à cet instant, de la petite fille capricieuse qu’elle n’est pas. « Je vais me les acheter, qu’est-ce que tu crois ? Que tu es la seule à pouvoir te les offrir ? » qu’elle menace en serrant les lèvres. Nul doute qu’elles offraient toutes deux un tableau hilarant. En d’autres circonstances, elle aurait sans doute ri. « Elles sont à moi. En plus, je suis persuadée que tu n’as pas l’argent pour te les acheter ! » « Contrairement à certaines, j’ai bossé dur pour me faire ce plaisir – et ce n’est certainement pas toi et tes nausées matinales qui m’arrêteront ! » qu’elle lance, hargneuse comme elle ne l’avait pas été depuis longtemps. A une époque, Anya avait réveillé la rebelle en elle, quand elle calmait les ardeurs de la blonde. A une époque, elles avaient été complémentaires. A une époque, elles avaient été inséparables. Aujourd’hui, elles se déclaraient une guerre sans nom, sans fin, pour une paire de chaussures à plus de 600 dollars.

Retour à l’adolescence à vitesse grand V.

« Lâche cette boite, tout de suite ! » qu’elle commence à crier plus fort, faisant retourner les regards sur elles. Mais elle s’en moque royalement. « Retourne à ton château, commande toi toutes les pompes que tu voudras – et je te conseille au passage de revoir ta garde-robe parce que celle-ci te boudine un peu trop, chaton, » qu’elle ajoute un peu plus sérieuse. Bah quoi, c’était vrai. Non ?

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Anya Gallagher
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MessageSujet: Re: crazy pretty women   Mer 15 Aoû - 17:43

L’affront n’est pas si terrible par l’acte qui est commis que par la main qui en est l’instigatrice. Caroline Brady #mapétasseàmwa. Autrefois, sûrement aurais-je été capable de lui céder cette magnifique paire de chaussures, et avec l’argent que j’ai dorénavant, j’aurais même pu les lui acheter, parce que je suis comme ça ; je suis généreuse avec les gens que j’aime. Sauf que Caro n’appartient plus à cette catégorie. Elle a plongé la tête la première dans les limbes de ces visages que je jette aux oubliettes. Et pour la première fois, ce n’est même pas moi qui suis à l’origine de cette distance : c’est elle. Autant d’arguments et de raisons qui balayent le moindre scrupule de me comporter comme une connasse avec elle. Dans mon esprit, il n’y a pas de pitié pour les traîtres. Et mademoiselle est une traîtresse de compétition. En vérité, au fond de mon cœur, je ne suis pas tant en colère que profondément déçue. Et si l’amertume prend place sur mon visage et dévore ma voix, je suis uniquement ravagée par la tristesse et l’incompréhension. Avec Caroline, ce n’était pas qu’une bête amitié de boulot et de faculté. Cela allait bien au-delà de ça. Pourtant, qui aurait pu y croire la première fois que nous nous étions rencontrées, dans ce restau qui empestait les frites chaudes et le hamburger à plein nez ? Mais on s’en foutait, nous étions contentes de nous retrouver le soir pour se moquer des clients, se claquer la fesse lorsqu’on passait en rollers ou se raconter les derniers potins des sororités. Nous avions fini par devenir le duo infernal craint de tous et adulé en même temps. La blonde et la brune parce que je suis brune à la base. Et le plus réconfortant était de se dire que nous pouvions compter l’une sur l’autre, que notre lien ne détenait aucune faille. Elle était cette sœur que je n’avais jamais eue, à qui je pouvais me confier sans craindre qu’elle ne me juge ou qu’elle retourne cela contre moi. Elle ne me prenait pas même en pitié, ce qui me plaisait lorsque je lui parlais de mon passé ; parce qu’il faut dire qu’avec un père assassiné par une mère qui croupit aujourd’hui en prison, ça fait un sacré bagage. Mais ses lèvres sont toujours restées scellées. Pour mon rêve d’atteindre les étoiles de la célébrité, elle m’a soutenue également, marquant son amour et sa fierté pour moi. En vérité, durant ces nombreuses années où nous ne nous sommes pas lâchées d’une semelle, elle m’est devenue indispensable et irremplaçable. Et aujourd’hui, je n’ai encore trouvé personne qui puisse l’égaler, surtout dans un univers où les faux-semblants et l’hypocrisie règnent. Alors finalement… pourquoi ce silence soudain ? Pourquoi des années d’absence ? Et pourquoi se comporter avec moi comme si tout était de ma faute ? Alors ça, ça ne passe pas du tout ! Surtout qu’elle veut voler mes pompes, merde !

« Tu délires, chaton. Je n’ai certainement pas dit ça ! » Moi, mal parler de ces chaussures qui sont création divine ? Certainement pas ! Et puis je hausse un sourcil. D’où elle sait que je suis désormais Madame Gallagher ? Quoi que l’événement a fait tellement de vagues que ce n’est guère étonnant, surtout pas pour une folle des ragots comme Caroline. Et là, elle attaque en plein cœur. Mes chevilles… mes précieuses chevilles sont portées en blasphème. En réponse à son assaut, ma bouche s’ouvre en grand, comme un poisson maintenu hors de l’eau. D’ordinaire, je ne l’aurai pas autant mal pris, mais là, je sens des larmes me piquer les yeux. « Han ! Comment oses-tu ?! » Evidemment qu’elle le sait que mes chevilles me complexent, la gourgandine ! Et subitement –sûrement à cause de la violence de ses propos- un haut-le-cœur terrible me saisit les entrailles. Je manque de renvoyer tout mon déjeuner. Je lâche les chaussures, trophée aussitôt subtilisé par la peste blonde. Main sur mon estomac et l’autre sur ma bouche, je prends de grandes inspirations pour calmer mon malaise. Finalement, je cours après mon butin. Evidemment que je les veux, ces chaussures ! Evidemment que je les mérite ! Et évidemment que j’ai l’argent pour, MOI ! « Mes nausées matinales, elles t’emmerdent ! » Vas-y, je t’en prie ! Crie sur tous les toits que j’ai la gastro en plus ! Mon visage devient écarlate tandis que je veux récupérer cette fameuse boîte de chaussures. Notre lutte se fait plus enfiévrée, attirant l’attention des autres clientes, et notamment de vendeuses qui veulent reprendre la situation en main. Justement, l’une d’elles s’approche de nous. Sauf qu’elle n’arrive pas à temps. Dès lors que Caroline émet un commentaire sur ma robe et l’effet boudiné qu’elle me fait, je me fige de tout mon orgueil. Ma bouche pousse une exclamation outrée, choquée, insultée et ma main trouve naturellement le chemin de sa joue dans un claquement sonore. « Je ne suis pas boudinée ! » je m’écrie, les larmes aux yeux et la voix éraillée par la détresse. Bon sang, pourquoi est-ce que je suis autant à fleurs de peau ?! Décidément, cette idiote de Caro me met dans tous mes états ! « Mesdemoiselles, je vous en prie, un peu de calme. Y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire pour vous ? » Je me tourne vers la fameuse demoiselle, outrée. « C’est Madame ! Et cette horreur blonde a volé mes chaussures ! » Un modèle unique, cela va de soi. Autrement, j’aurai juste pris un autre modèle. Quoi que l’idée de porter des pompes identiques à celles de la traîtresse ne me plaît guère. Soudain, une nouvelle nausée se cramponne à mon estomac. Je plaque ma main sur ma bouche, saisie d’un haut-le-cœur. Sauf que cette fois, je ne peux réprimer ce qui me monte des entrailles. Je veux courir vers de proches toilettes, mais j’en suis incapable. Aussi, pour échapper à plus de déshonneur qu’il en sera question par la suite, j’arrache la boîte des bras de Caroline, retire le couvercle avec précipitation et vomis mes tripes à l’intérieur dans un bruit peu gracieux. Et merde…

Forcément, la vendeuse n’a guère été contente… Cette dernière, contenant une colère manifeste, nous a sommées de quitter le magasin et de régler le montant de la perte des chaussures. Il va sans dire que je m’en suis chargée seule. Du coup, c’est avec une boîte emplie de vomi que je quitte le magasin, Caroline sur mes talons. « Beuuurk ! » Dans la première poubelle que je croise, je jette le tout. Je suis encore prise de nausées, mais je n’ai plus rien du tout à vomir. A la place, je vais prendre appui sur un mur et je m’astreins à plusieurs longues respirations. Puis dans le reflet que me renvoie la vitrine, je m'observe sous toues les coutumes. Cette robe me boudine-t-elle vraiment ? Au bout de quelques secondes, je remarque la présence de Caroline. « T’es encore là toi ? » Je m’empresse de fouiller dans mon sac pour récupérer un chewing-gum que je mastique bruyamment pour faire passer le goût acide sur le bout de ma langue. « T’es contente de ce que tu as fait ? » De ce qu’elle a fait aujourd’hui ou de son silence durant ces dernières années ? Sûrement un peu des deux…
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Caroline Brady
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MessageSujet: Re: crazy pretty women   Dim 21 Oct - 21:37

Elle gère plutôt mal cette rencontre. Totalement mal, en réalité. Elle gère mal les émotions qui l’assaillent. Elle gère mal l’imprévisible. Elle gère mal la surprise. Si elle avait eu le temps de se préparer, d’imaginer que cette rencontre allait être possible aujourd’hui, peut-être aurait-elle trouvé les bons mots, les bonnes paroles, la bonne attitude. Au lieu de cela, elle se retrouve face à une femme animée par la colère et l’amertume, colère et amertume qu’elle mérite amplement même si cela l’irrite profondément. Au lieu de cela, elle se retrouve à confronter sa meilleure amie devenue sa pire ennemie. Pourquoi ? Comment ? Quand est-ce que c’était arrivé ? Était-elle entièrement fautive ? Était-elle la seule à détenir le poids de la culpabilité sur les épaules ? Oui, Anya avait tenté de la joindre plusieurs fois depuis que Caroline avait quitté Eric et donc ce monde rempli d’hypocrisie et de non-dits. Mais elle avait autant abandonné qu’elle après tout. Mauvaise foi quand tu nous tiens. « Tu délires, chaton. Je n’ai certainement pas dit ça ! » qu’elle ose mentir sans ciller, peut-être même croit-elle sincèrement ne l’avoir jamais fait. « Chaton, on sait toi et moi que j’ai toujours eu meilleure mémoire que toi, » qu’elle lui lance en souvenir du bon vieux temps - peut-être juste un peu plus cinglant et orgueilleux qu’autrefois - ce qui ne lui ressemble tellement pas, mais la honte lui fait faire des choses et lui fait dire des choses ignobles qu’elle ne pense pas réellement. Tout comme attaquer ses chevilles, complexe suprême et attaque piquante qui, elle le sait, va atteindre sa cible. Elle attaque, Caroline, aussi assurément qu’Anya attaque. Elle attaque pour éviter le chagrin et la souffrance. Elle attaque pour ne pas ressentir le poids de la culpabilité qui pourtant se fraie un chemin dans ses entrailles et dans son âme. « Han ! Comment oses-tu ?! » Elle tente de garder la tête haute, l’assurance qu’elle ne mène pas large en réalité. Elle relève la tête comme on le lui a appris, pour ne jamais laisser paraître un quelconque malaise ou regret. Merde, pense-t-elle. C’était Anya elle-même qui lui avait tout appris pour ne jamais baisser la tête, toujours la garder haute et ne jamais se laisser marcher sur les pieds. Caroline était trop adorable et trop gentille à ses yeux, «trop bonne, trop conne» comme on dit. Plus hargneuse et plus femme fatale qu’elle ne le serait jamais, Caroline avait gagné en force et en confiance en soi grâce à son amie. Valeurs qu’elle avait perdu aux côtés d’un Eric flamboyant et charmant. Anya ne l’avait pas cru. Tout simplement pas cru lorsque Caroline avait osé évoquer ces détails qui la faisaient douter au sujet de son compagnon.

Peu importait aujourd’hui, n’est-ce pas ? Aujourd’hui, elles étaient mal lunées et avaient trop de rancœurs dans le cœur pour être objectives et bien élevées. Aujourd’hui, elles avaient une envie en commun : ces chaussures merveilleuses. Et aujourd’hui, tout était de bonne guerre. Même si Caroline partait avec un handicap en moins, pensa-t-elle alors que son ex-meilleure-amie-de-la-vie-et-à-jamais semblait sur le point de rendre ses tripes dans un magasin de luxe. « Mes nausées matinales, elles t’emmerdent ! » qu’elle s’écrie cependant, reprenant contenance. Classe et magnifique en toutes circonstances, tel était le don inné d’Anya Cooper - maintenant connue sous le nom de Gallagher. Ouais, elle aussi avait ses sources. « Tant qu’elles restent loin de moi, fais-toi plaisir, » qu’elle rétorque en profitant d’une nouvelle nausée désagréable pour emporter l’objet de son désir à la caisse. Elle avait terriblement envie de disparaître, aussi se dépêchait-elle de sortir sa carte de crédit, et dans la précipitation fit tomber la moitié de ce que contenait son sac à mains. La poisse ! PUTAIN ! qu’elle pense vulgairement. Mais voilà pas que la tigresse pâle comme un linge et à bout de force la rejoint et qu’une lutte acharnée et sans fin commence entre les deux anciennes amies. Les mains agrippées à la boite contenant le trésor convoité, Caroline ne semble pas résolue à lâcher prise. Au fond d’elle, elle le sait, elle s’accroche à bien d’autres choses à travers cette boite. En serait-il de même pour Anya ? Quelque part au fond d’elle, elle en doute, mais quelque part au fond d’elle, elle l’espère de tout coeur. « Mesdemoiselles, je vous en prie, un peu de calme. Y a-t-il quoi que ce soit que je puisse faire pour vous ? » qu’on tente de les calmer et de les raisonner - mais c’est inutile. « C’est Madame ! Et cette horreur blonde a volé mes chaussures ! » qu’elle ose injurier. « Tu veux sans doute parler de MES chaussures ? Celles-la même que je portais encore il y a une semaine quand toi tu te pavanais avec... » qu’elle ajoute en regardant les talons aiguilles très chics qu’elle portait ce jour-là, « non mais sérieusement, comment tu fais pour marcher avec ça ? » qu’elle demande mi-impressionnée, mi-choquée. Elles jouent encore des mains, et celle d’Anya atterrit d’ailleurs sur sa joue la laissant sans voix, avant qu’elle ne finisse finalement par dégueuler ce qui menaçait de sortir depuis plusieurs minutes. Il y eut un grand silence - des mâchoires qui tombent, des bouches qui s’ouvrent en silence sous le choc, des yeux ronds effarés. Dans d’autres circonstances, la scène aurait sans doute été comique. Elle avait osé tout lâché dans la boîte à chaussures, et bien évidemment : c’était l’unique paire.

Elles avaient plus qu’abusé de la patience de la vendeuse et, dans des regards haineux et noirs, dans des soupirs de frustration et d’agacement manifeste, elles avaient dû quitter le magasin les mains vides - du moins pour Caroline. Anya n’avait eu d’autres choix que de payer les chaussures foutues. En la voyant sortir au pas de courses, du moins comme ces chaussures de luxe le lui permettaient, elle hésita plusieurs secondes avant de se décider. Et de la suivre. « T’es encore là toi ? » qu’elle lâche, acerbe, en enfournant un chewing-gum. Ce simple geste rappelle à Caroline l’ancienne Anya, celle qui se moquait bien du regard des autres, celle qui ne faisait pas partie de la haute société. Anya. Juste Anya. Et elle sourit malgré elle, parce qu’il y a des souvenirs qu’il nous faut chérir jusqu’à la fin de notre vie. « Apparemment, » qu’elle dit simplement sans faire le moindre geste pour se détourner. « T’es contente de ce que tu as fait ? » qu’elle l’accuse ouvertement sans honte. « Ce que j’ai fait ? » qu’elle réplique en haussant un sourcil, l’air faussement incrédule. « C’est toi qui a déversé ton mal sur MES chaussures. Toi qui as donc écourté la vie merveilleuse que je leur aurais offertes, » qu’elle use de sarcasmes encore et encore. Puis elle soupire et ferme les yeux un instant. « Par contre, je plaide coupable, en effet, pour t’avoir sauté à la gorge alors que je n’avais pas le droit de le faire, » qu’elle reconnaît finalement. Elle était ainsi, Caroline. Pas une once de méchanceté et de faux-semblant au fond d’elle. Elle détestait l’hypocrisie et jouer un rôle - et c’était pour cela qu’elle était partie. « Je suis désolée pour la robe boudinée, » qu’elle ajoute en se mordant la lèvre, partagée entre l’envie de rire - car oui, elles en auraient ri en temps normal bordel ! - et pleurer de honte. « Je suppose que c’est normal, si t’es enceinte, » qu’elle dit simplement en haussant les épaules. Persuadée que c’est le cas, et surtout que la blondinette le sait déjà. « Et je suis désolée pour tes chevilles. Tu sais très bien que je ne pensais pas un mot de ce que j’ai balancé, » qu’elle termine en affrontant enfin son regard, son amertume, sa souffrance, sa colère.

Peut-être était-il temps ?
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Anya Gallagher
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MessageSujet: Re: crazy pretty women   Mar 6 Nov - 21:15

La présence de Caroline m’ébranle bien plus que je n’aurai pu le croire. Dans mes tendres fantaisies, je ne suis que force et courage. Dès lors que je suis confrontée à des sentiments puissants, je suis capable de les appréhender avec aplomb et conserver toute ma contenance. Si cette rencontre impromptue s’était déroulée comme dans mes pensées, je ne lui aurai accordé que mépris et indifférence souveraine. Cela n’aurait pu dû me faire de la peine, je n’aurai pas dû tant souffrir, je n’aurai pas dû ressentir l’amertume désagréable de ce sentiment d’abandon qui ne me quittait pas. Sauf que la réalité est bien là. Caro était presque comme une sœur pour moi. Nous avions partagé beaucoup, sûrement un peu trop. Nous étions fusionnelles. Il n’y avait rien qu’elle ignorait de moi, même les tristes circonstances de mon enfance. Mais je m’en foutais. J’avais confiance en elle. Je savais que rien ne pourrait gâter notre relation. Nous étions une même famille, elle était cette sœur que je n’avais jamais eue. Elle pensait les plaies de toutes mes douleurs d’enfance, elle me rappelait à quoi devait ressembler une famille. Et puis soudain, plus rien. C’était arrivé sans prévenir. Sans alarme. Juste un vide immense et le néant. Je pourrai lui expliquer tout cela au lieu de jouer les gamines et les idiotes. Je pourrai lui dire qu’elle m’a manquée durant toutes ces années, qu’elle a manqué tant d’événement si importants de ma vie, des jours où j’aurai souhaité qu’elle soit près de moi. Mais ce ne fut pas le cas. Et ça ne serait jamais le cas. L’orgueil change les mots dans ma bouche. Il tourne les paroles en poison, me fait agir de manière immature. Ces chaussures, dans le fond, je m’en fous bien pas mal. Ce que je voudrais savoir, c’est ce qu’elle a foutu durant toutes ces années. Ce que je voudrais savoir, c’est si elle regrette, si j’ai quand même pu lui manquer un peu, si elle a tiré un trait définitif sur nous. Ce que je voudrais savoir, c’est si elle a souffert autant que moi de l’absence. Mais je ne suis pas capable de formuler toutes ces questions. Je préfère la tancer, l’emmerder, montrer que je suis la plus forte. Ce besoin terrible de lui montrer que j’ai su avancer sans elle et atteindre des sommets toute seule. Lui prouver qu’elle ne m’a pas manqué, qu’elle ne puisse pas soupçonner ma douleur. Pire encore, mon amertume et ma hargne m’empêchent de fondre en pleurs. Je dois être malade… cela expliquerait la fatigue, la nausée. « Non mais sérieusement, comment tu fais pour marcher avec ça ? » Mes lèvres s’ourlent en un sourire satisfait. « On appelle cela le talent, ma chère. Il se trouve que c’est mon métier en fait. » Les talons, je dois apprendre à les porter en toutes circonstances. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, dans le désert, les plaques d’égouts, la neige. Toute la journée, sur les podiums, lors des soirées, devant les photographes, je suis quillée sur ses grandes échasses. Parce que ça allonge la jambe, que ça muscle mon beau cul, que ça élance ma silhouette si gracile. « Mais peut-être que tu as oublié cela aussi. » En même temps qu’elle a oublié notre amitié. Sauf que la fin de ma bile termine en une nausée qui termine dans la boîte à chaussures… LES chaussures.

Et nous avons été virée. J’enrage, je fulmine, je grogne. Les chaussures trouvent leur chemin dans une poubelle. Je prends un chewing-gum pour faire passer le goût acide de la bile, je prends quelques minutes pour essayer de souffler et de faire passer le malaise. Sauf que je me rends compte que Caroline est toujours là. Elle ne bouge pas. Elle ne s’en va pas. Je ne sais pas si ça me rassure, ou si cela m’effraye. Toujours est-il que je ne peux répondre qu’en aboyant. Mes sourcils se haussent en observant ce sourire que je ne parviens pas à déchiffrer complètement. J’ai presque la sensation de retrouver la Caroline d’avant… mais cela n’est pas possible. Nous ne sommes plus ces deux jeunes filles qui n’étaient encore rien. Je ne suis plus cette nana insignifiante qui devait travailler tard le soir pour payer son loyer et financer ses premiers shootings. Nos griefs reprennent bien vite le dessus. « Tes chaussures ?! Tu oses encore dire que c’était les tiennes ?! » De toute manière, à quoi bon ? Elles gisaient dans une poubelle, noyées sous une épaisse couche de vomi. Nos chamailleries ne servaient qu’à justifier l’impossibilité que nous avions à nous quitter à nouveau. « Par contre, je plaide coupable, en effet, pour t’avoir sauté à la gorge alors que je n’avais pas le droit de le faire. » En coupe pleinement ma verve destructrice. Je suis incapable de lui répondre quoi que ce soit, décontenancée. Mais je me dis que le silence sera toujours préférable à une parole acerbe et plus vraiment justifiée. Néanmoins, j’ai mon orgueil. Alors je me radoucis un peu, mais je conserve cet accent supérieur dans ma voix. « Je suis bien contente que tu le reconnaisses. Tu as toujours été une sale furie ! » Et je ne peux pas m’empêcher de sourire en disant cela. Les souvenirs me reviennent en tête. Et en dépit de la tristesse qu’ils m’évoquent, ils gardent leur empreinte douce et amusante. Elle s’excuse également pour la robe boudinée. Sauf que lorsqu’elle évoque une grossesse potentielle, j’ouvre la bouche de stupéfaction, incapable de prononcer la moindre parole tandis qu’elle poursuit sur sa propre lancée. Je n’écoute pas la suite de ses excuses. « Enceinte ?! » je répète, abasourdie. « En-cein-te ?! Tu oses croire que je suis enceinte ?! » Je m’insurge. Je me scandalise. Je me révolte. Je me rebelle. Je m’offusque. Je suis prête à déverser un océan de haine, faire éclater des torrents de rage. Mon orgueil hurle, brâme, crie. Mais presque aussi soudainement que l’éclair transperce le ciel, mon expression change. Je me fige, interdite. Et tous les rouages de mon cerveau se mettent à l’œuvre sous ma caboche. Je songe à mes récentes nausées, à ma taille qui s’épaissit, à ma faim constante. Je songe à mes sautes d’humeur. Puis je calcule. Je calcule la dernière fois où j’ai pu avoir mes règles et la vérité éclate en moi. « Je suis enceinte ? » Mes exclamations se transforment en interrogation. Je dévisage Caroline comme si elle pouvait détenir la réponse et qu’elle n’était qu’un gros test de grossesse ambulant. Je plaque ma main sur ma bouche pour retenir une exclamation d’horreur. Mes pensées se bousculent et je suis incapable de savoir véritablement ce que je pense de tout cela. Tout à coup, plusieurs pensées s’imposent à moi : ça va ravager ma belle silhouette, je vais perdre mon métier et Samuel va être fou de rage. Oubliant toutes mes rancunes et agissant comme si plusieurs années ne marquaient plus un fossé entre nous, j’agrippe Caroline par les épaules comme je pouvais le faire autrefois. Généralement, je la secouais comme un poirier en beuglant telle une folle. « Mais je ne peux pas être enceinte ! Ce serait horrible ! Mon corps ! Mon mari ! Ma carrière ! Ma vie ! »
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Caroline Brady
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MessageSujet: Re: crazy pretty women   Jeu 29 Nov - 17:42


Elles avaient beau avoir quatre années qui les séparaient, cela n’avait jamais été un problème. Jamais un problème pour se comprendre. Jamais un problème pour s’apprécier. Jamais un problème pour s’amuser. Jamais un problème pour devenir amies. Jamais un problème pour être inséparables. Pourtant, aujourd’hui elle ressentait ces quatre années pesées sur elle. Elle se sentait fatiguée. Elle se sentait trop vieille pour ces conneries. Incroyable, quand on y réfléchissait, car elles avaient été les reines des conneries ensemble et elles avaient adoré cela. Qu’est-ce qui avait changé depuis ? Ah oui, la vie. Les motivations. Les objectifs. Les rêves. Les déboires. Les échecs. Tout ce qu’Anya avait recherché dans ce monde, Caroline l’avait fui. Tout ce qui définissait Anya aujourd’hui ne définissait plus du tout Caroline. En chemin, elles s’étaient toutes deux perdues. Mais cela ne changeait rien au fait que ses plus belles années universitaires, elle les devait à la petit blondinette qui restait digne en toutes circonstances. Pourquoi n’avait-elle pas choisi de lui parler, tout simplement ? Pourquoi n’avait-elle pas choisi de se confier ? Elles étaient amies, et jamais elles ne s’étaient rien caché. Jamais. Mais Caroline avait choisi de ne rien dire, de garder pour elle ce mal-être. De garder pour elle ses doutes, ses peurs. Cependant, si elle n’avait rien dit, Anya n’avait pas plus perçu la détresse de Caroline, n’avait pas plus perçu le malheur dans lequel elle s’enfonçait. « On appelle cela le talent, ma chère. Il se trouve que c’est mon métier en fait. » Qu’elle la ramène à la réalité, celle qui les amène à se crêper le chignon en public, dans un magasin huppé de Rodeo Drive. Celle qui les amène à se retrouver, s’affronter et se balancer leurs quatre vérités - ou pas. « Mais peut-être que tu as oublié cela aussi. » Outch. Touché. Mais elle serre les lèvres, furieuse. Contre Anya, mais encore plus contre elle-même. Elle avait toujours été perfectionniste, dans absolument tout et encore plus dans ses relations avec les autres. Se voir rabattre le clapet ainsi, se voir pointer ses erreurs et ses défauts aussi aisément et aussi durement faisait mal. Extrêmement mal. Elle ne répond pas, car elle le sait, cela ne servirait à rien. A quoi bon dire qu’elle n’avait pas oublié, qu’elle n’avait rien oublié ? A quoi bon dire qu’elle avait souvent penser à elle, qu’elle avait suivi sa carrière de loin ? A quoi bon dire qu’elle avait pensé un millions de fois à l’appeler, mais s’était abstenue par crainte d’être retrouvée par Eric ? A quoi bon ?

« Tes chaussures ?! Tu oses encore dire que c’était les tiennes ?! » qu’elle râle, qu’elle grogne, qu’elle démord pas, qu’elle attaque. Caroline a déjà baissé les armes, elle, mais cela n’a rien d’étonnant. Anya a toujours été la plus hargneuse et téméraire des deux. Caroline a toujours été la plus douce et la plus malléable des deux. Tellement opposées, et pourtant tellement complémentaires. Elle se contente de la regarder, comme une mère regarde sa petite fille capricieuse. Elle se contente de croiser les bras, attendant patiemment que la crise se termine. Car c’était bien cela, une crise. Comment expliquer leur comportement, sinon ? Elles avaient passé l’âge pour ces conneries, bon sang. Non ? Peut-être. Peut-être pas. Dans tous les cas, le mal était fait. Aussi pouvait-elle finalement reconnaître ses torts. Aussi pouvait-elle finalement s’excuser. « Je suis bien contente que tu le reconnaisses. Tu as toujours été une sale furie ! » Anhhhhhhhhh, qu’elle s’exclame, outrée, choquée, estomaquée. La furie, ça avait toujours été Anya. D’ailleurs, sa petite tête de fouine le sait bien. « Enceinte ?! » Oups, encore une gaffe ? « En-cein-te ?! Tu oses croire que je suis enceinte ?! » « Okay... tu es surexcitée, ta robe te serre un peu trop, tes chevilles sont actuellement... » qu’elle évoque point par point les raisons qui l’amènent à penser que - mais s’arrête aux chevilles, sujet sensible. « et tu viens de gerber tes tripes dans nos chaussures, donc oui. Oui, j’ose croire que tu es enceinte. Je pensais d’ailleurs que tu le savais, » qu’elle dit plus doucement. Si elle l’ignorait, peut-être avait-elle gâché une surprise. « Je suis enceinte ? » qu’elle demande sans demander, l’air abasourdi et quelque peu perdue. A ce stade, Caroline ne savait pas trop si elle devait la féliciter, la rassurer, ou la plaindre. Habituellement, la nouvelle d’une future naissance était une BONNE nouvelle, mais il était quasiment impossible de savoir si cela était le cas pour Anya. « Mais je ne peux pas être enceinte ! Ce serait horrible ! Mon corps ! Mon mari ! Ma carrière ! Ma vie ! » Et voilà la réponse. Anya n’avait cependant jamais rêvé d’être maman, pas dans ses souvenirs en tout cas. Alors que Caroline rêvait de trouver le grand amour, de fonder une famille nombreuse - tout ce qu’Anya souhaitait quasiment fuir à l’époque. Oh, elle était complètement dingue de son Samuel - si elle se rappelait bien son prénom - mais elle n’avait jamais été une grande rêveuse d’amour et d’eau fraîche. Peut-être était-ce aussi pour cela que Caroline ne s’était pas sentie la force et l’envie de parler de sa vie avec Eric à Anya. Peut-être parce qu’elle savait qu’elle ne comprendrait pas. Que la vie qu’Eric lui offrait devait être suffisante pour l’aimer, suffisante pour la rendre heureuse. « Hum, » qu’elle répond au bout de quelques secondes alors que la panique envahit l’espace personnel d’Anya. « J’imagine que ton corps s’en remettrait très bien - si Adrianna Lima et Miranda Kerr ont pu retrouver leurs lignes, pourquoi pas toi ? J’imagine aussi que si vous vous êtes mariés, c’est qu’il y a de l’amour quelque part, tu sais ce genre d’amour qui rend bêtement heureux et qui donne envie de fonder une famille. Cela dit, » qu’elle soupire doucement, « nous avons toujours eu des avis différents sur la question donc je suppose que je ne devrais pas être surprise de ton air dépité et terrifié à l’idée d’avoir une vie qui grandit en toi, » qu’elle compatit malgré tout. C’était comme si on annonçait à Caroline qu’elle n’avait pas d’autre choix que d’épouser Eric pour protéger Jon de tout danger. Ce serait l’horreur, la fin de sa vie. « Avant de péter un câble, tu devrais faire un test. Je ne suis pas médecin, et tu pourrais très bien avoir juste chopé une méga-gastro, » qu’elle tente de rassurer la jeune femme - mais quelque part au fond d’elle, elle est quasiment sûre d’avoir juste. « Je peux t’accompagner si tu veux, » qu’elle propose naturellement et d’une voix douce, de cette même voix qu’elle avait l’habitude d’utiliser quand elle parlait à son amie. Et non pas cette ignoble personne qu’elle avait prétendu être quelques minutes plus tôt.
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Anya Gallagher
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MessageSujet: Re: crazy pretty women   Sam 8 Déc - 16:06

Enceinte… Le mot tourne furieusement dans ma tête. Non, cela ne peut être possible. Je songe à tout ce qui a pu amener Caroline à une telle conclusion. En premier lieu, ce n’est que l’aspect comique de cette réplique qui me frappe l’esprit. Moi, enceinte ? Jamais de la vie ! Cette idée est tout bonnement inconcevable, que ce soit en considérant ma carrière, mes projets avec Samuel, la sécurité de mon corps de déesse. Le sujet n’a jamais été abordé entre nous. A vrai dire, il faut reconnaître que nous sommes mariés que depuis peu, et que nous ne nous connaissons pas forcément depuis plus longtemps. Que voulez-vous, les coups de foudre… Mais si le sujet n’est jamais venu, c’est qu’il n’avait pas lieu d’être. Nous en étions encore à la période de notre lune de miel, pas à songer à agrandir la famille Gallagher. Tout ceci n’est qu’absurdité. Je ne peux que dénoncer la langue acerbe et acide de mon ancienne amie qui ne cherche qu’à proférer des paroles malveillantes. Après tout, n’avait-elle pas déjà médit sur mes superbes chevilles ? A cet instant, elle me fait presque songer à Aaron qui n’a de cesse de trouver des insultes plus recherchées les unes que les autres pour blasphémer sur mon corps parfait. Oser dire que j’ai pris du poids. Et puis quoi encore ! Toutefois, ce n’est pas ce que mes robes me disent dernièrement. Et tout à coup, comme une lampe qu’on éclaire, la lucidité me fait réfléchir autrement. A mes vêtements qui me serrent, à mes sautes d’humeur, à mes nausées intempestives… La liste se déroule dans mon esprit en même temps que Caroline énumère tous les symptômes évidents d’une potentielle grossesse. Je ne songe plus à rire, ni même à vociférer furieusement. Il n’y a plus que les pièces d’un puzzle qui s’assemblent naturellement et me foudroyant par leur logique. Brusquement, j’en oublie toute l’amertume et la douleur de me retrouver face à mon amie d’autrefois. Je ne cherche que des réponses à cette question atroce qui me frappe les méninges. Est-ce que j’attends véritablement un enfant ? Et avec cette question, un florilège de problèmes se bouscule derrière. Qu’est-ce que je vais faire ? Que va dire Samuel ? Est-ce que je dois lui dire ? Est-ce que je vais le garder ? Et je pense à ma carrière, à mon corps, à mon couple, à mon mariage. Et surtout, je pense à ma mère. A cette folle furieuse qui a bien failli gâcher nos vies, à Dimitri et à moi. Est-ce que j’allais devenir comme elle ? Est-ce que je pourrai aimer un… Non ! Je rejette toutes ces interrogations qui me vrillent la tête. Je ne peux pas me permettre d’échafauder des théories tant que je ne suis pas certaine de ce qui est avancé ici. Néanmoins, la panique me gagne et j’en oublie les conflits qui m’opposent à Caroline. Je m’agrippe à elle de toutes mes forces, la sommant de m’ouvrir les yeux afin de me convaincre que je ne suis pas enceinte, qu’elle n’a dit tout cela que pour m’embêter. Ah, la fourbe !

La blonde met beaucoup trop de temps à répondre, mettant mes nerfs à rude épreuve. Mais ce sont autant de secondes qui me permettent de me persuader que je ne peux pas véritablement être enceinte. Après tout, cela peut tout aussi bien être un problème d’hormones. Un souci dans le réglage de ma pilule allié à une petite gastro passagère. Toutefois, les paroles de Caroline évoquent tout l’inverse. Elle me cite Adrianna Lima et Miranda Kerr qui ont retrouvé un corps de déesse après leur grossesse respective. Puis elle me parle d’amour, de famille, etc. et je ne peux pas m’empêcher de grimacer. « Tout le monde ne veut pas forcément fonder une famille ! » j’objecte, avant de me rappeler que si ce désir ne m’avait jamais effleuré, ce n’était pas le cas de la blonde en face de moi. Nous nous disions véritablement tout. Si bien qu’elle connaissait même le destin tragique de mes parents. A mes yeux, il avait toujours été clair que je n’aurai pas d’enfants avant bien longtemps. Toutefois, Caroline était plus fleur bleue, bien plus douce que moi. Elle aimait à songer à un époux aimant, à de futurs enfants, un foyer chaleureux. Si je me moquais parfois de ses histoires à l’eau de rose, je ne pouvais pas m’empêcher de rêver avec elle sur un futur si agréable. Que je serai cette tante un peu fofolle qui les couvrirait de cadeaux. Des rêves de gamines qui semblaient si loin désormais… « Nous avons toujours eu des avis différents sur la question donc je suppose que je ne devrais pas être surprise de ton air dépité et terrifié à l’idée d’avoir une vie qui grandit en toi. » Instinctivement, je pose une de mes mains sur mon ventre. Ses mots me frappent sans que je ne parvienne à m’expliquer pourquoi son jugement m’éprouve tant. Pourtant, dans le ton de sa voix, je pressens qu’elle compatit. Enfin, elle propose de faire un test pour être bien sûr, évoquant cette gastro dont je me convaincs également. Elle offre même de m’accompagner de cette voix que je reconnus comme celle d’autrefois. Suite à notre altercation, cela devrait me gêner, mais ce n’est nullement le cas. D’autres considérations accaparent toute mon énergie. « Oui, allons vérifier ! » Ma main agrippe naturellement la sienne et je la traîne derrière moi vers une pharmacie la plus proche. Autrefois, il n’y avait pas grand-chose que nous ne faisions pas sans nous tenir la main, ou au moins être bras dessus, bras dessous. Nous étions souvent taxées de lesbiennes, mais on s’en foutait. Nous rentrons dans un grand centre commercial huppé de Beverly Hills où je trouve rapidement de quoi faire mon test. Notre épopée se poursuit dans les toilettes. Propres, bien soignées, élégantes. A l’image de la richesse qui se dégage du quartier. Rien à voir avec l’endroit infâme où Aaron m’a menée pour acheter ses foutues chemises. Ma main lâche celle de Caroline tandis que je vais rentrer dans la cabine. Sauf que je m’arrête à son seuil, me tournant vers la blonde d’un air piteux. « Tu restes là, hein ? » Je suis morte de peur et d’angoisse. D’ici quelque instant, je veux peut-être savoir si une vie grandit bien au fond de moi, et j’en suis terrassée de terreur. Il me faut un peu moins de deux minutes pour faire ma petite affaire et ressortir de la cabine. Pour l’instant, rien ne s’affiche. Je pose le test sur le rebord du lavabo, et je m’éloigne, les bras enroulés autour de ma poitrine. Je me mets à faire les cent pas, me rongeant peau et ongles. Il faut que je me change les idées, il faut que je pense à autre chose. « Dis-moi… t’es toujours avec Eric ? Vous devez sans doute avoir des gosses depuis le temps. » Et pourtant, quelque chose m’indique que non par rapport à ses propos de tout à l’heure. Je l’écoute attentivement, curieuse de savoir où cette histoire l’a menée. Après tout, c’est aussi un peu à cause de cette relation que nous avons été séparées. Quand tout à coup, mon regard bifurque vers le test où je vois un gros « plus » qui s’affiche. Il me faut quelques secondes pour enregistrer le symbole, l’interpréter et comprendre véritablement ce que cela veut dire. Je sens des picotements remonter tout le long de ma colonne, envahir mes membres, ma tête. Mes pensées deviennent floues et un grand froid m’envahit. J’ai tout juste le temps de me tourner vers Caroline pour échanger un regard alarmé avec elle, avant que des taches obscurcissent mon champ de vision. Je me sens tomber, puis c’est le noir total.
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