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 Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀

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TEAM BILL
Cassiopée Desnuits
TEAM BILL
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MessageSujet: Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀   Mer 12 Sep - 16:19

Après la conférence et la rencontre impromptue avec la jeune étudiante, Cassiopée fut incapable de rejoindre Santa Monica et la luxueuse villa.Tout, sauf ça.
Elle flâna longtemps dans les rues de la mégalopole, une femme parmi d'autres, anonyme, seule. Lexie, sans le savoir, avait éveillé cette bête tapie aux tréfonds de ses tripes. Cet espoir insensé de l'Autre, ce rêve de Cendrillon qui lui collait à la peau depuis des siècles, lui semblait-il. Et ce contrat...Ses pensées s'attardèrent sur l'astrophysicien qui lui imposait un quotidien sans joie, métallique et haineux, si méprisant. Elle avait repoussé autant qu'elle pouvait certains aspects de son comportement à son égard. Mais elle devait se rendre à l'évidence: il cherchait à l'humilier, charcutant petit à petit ses défenses. Elle se sentait démunie désormais, aucune action ne paraissant l'ébranler. Il se fichait complètement de ce qu'elle pouvait bien lui dire. Il avait raison, au final, c'était un combat, une insurrection de la Mort contre la Vie, sans armes. Ses connaissances et son expérience se heurtaient à une mauvaise et insolente volonté notoire. Quoiqu'elle fasse ou dise, il lui opposerait cette intelligence machiavélique, caractéristique des suicidaires. L'accompagner au jour le jour dans cette atmosphère morbide, devenait de plus en plus pénible.
Que lui restait-il à lui proposer, afin de le sauver?  Une patience d'ange, une douceur de folie, infinie? Peut-être étaient-ce les uniques et ultimes options qui lui restaient? “Mais je ne suis pas un ange, ni une machine à mansuétude”. Cette fois-ci, la morsure du doute s'insinua profondément dans ses convictions. Et si elle échouait? Tous ces sacrifices pour rien, hormis s'être brûlée les ailes? L'idée la fit frémir, elle en eut presque froid malgré la chaleur du grand jaune qui lui léchait les bras.

Le prédateur n'attaque jamais de front s'il n'a  pas l'assurance de tuer sa proie. Il attend son heure, immobile et invisible. Et puis tout à coup, il attaque et mord à mort. Nul ne lui échappe comme nul n'échappe au désir du grand Amour qui vous enserre jusqu'à l'os.
Une vérité si profonde que la française ne pouvait l'entendre. Elle se leurrait, persuadée de maîtriser son aspiration à LE rencontrer, ce Prince Charmant. Naïve et inconsciente Cassiopée, perdue dans des mondes qui n'existaient pas.

Les heures tournèrent. Elle entrait machinalement dans des boutiques, se pausait sur un banc, une marche, traînait sans se presser sur les trottoirs plus ou moins bondés de badauds. Par intermittence, un flot silencieux de larmes trahissait son état d'âme, traître perfide d'une guerre perdue. La rousse se laissait aller à sa tristesse, plongeant corps et âme dans la soif inassouvie des siens, dans le manque de l'Autre, dans la dureté de l'anglais. Elle souffrait du mal de Lui, d'elle-même, du passé, du présent, du futur.
Épuisée de son errance, elle finit par réaliser que la nuit était tombée. Il allait falloir rentrer. Pour la première fois depuis des mois, elle avait manqué à son poste. De toute manière, ce n'était pas le patient qui s'en plaindrait!
A jeun depuis le matin, elle eut faim soudain. Tant pis si elle rentrait tard, trop tard! “Fuck the world”, pensa t-elle, rebelle. Elle poussa la porte du premier troquet venu. Une table était libre qu'elle s'empressa d'investir. Les bars de L.A se trouvaient souvent pleins à craquer, où que l'on aille!
Elle attendit un peu puis héla une serveuse. “Une belle rousse, my God”. Elle la trouva réellement jolie et sourit malgré elle. Leur point commun de couleur de chevelure lui donna des ailes:
-Bonsoir! J'ai un peu faim, que me proposez-vous? Et je voudrais savoir si vous avez du champagne? Et un verre d'eau s'il vous plaît.
C'était son péché mignon et elle comptait bien en abuser.

Ce soir, la psychologue était sans force et aspirait à ne penser à rien. A Rien. Elle n'avait qu'une seule envie, être ailleurs, ne plus ressentir, ne plus lutter à ce que sera demain, hier, aujourd'hui. Partir loin, oublier.

S'oublier...
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Siobhan O'Sullivan
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MessageSujet: Re: Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀   Ven 14 Sep - 17:52

Siobhan commence à se sentir de plus en plus à l'aise à Los Angeles. Ce n'est pas encore chez elle, non. Cela reste un lieu de passage qu'elle ne peut encore nommer Home. Mais... elle a pris ses habitudes, ses jours ont une routine et le temps qui s'écoule lui fait oublier, peu à peu, les erreurs commises. Sauf. Sauf aujourd'hui. Aujourd'hui, Catham a trente cinq ans. Aujourd'hui, elle devrait etre avec lui, le fêter ensemble avec sa copine du moment, ses parents et Neill. Sauf que Neill n'était qu'une illusion, que Catham, Catham elle ne sait pas. Peut être... peut être qu'elle va appeller ses parents aujourd'hui. Juste une fois.

Elle danse et louvoie entre les tables. Serre les dents et se force à continuer son service le plus sereinement possible. L'endroit est plein, la réputation du bar s'élargissant peu à peu. La menace de l'Ira lui semble de plus en plus lointaine, inexistante. Comme si l'Organisation se préoccupait vraiment d'une brebis galeuse. Mais rester si longtemps sans nouvelle de son frère? Ca la ronge à petit feu. Ca etoufe ses flammes et son âme s'immobilise. Il n'y a aucune faute dans les commandes, dans la manière dont les boissons et les quelques amuses gueules arrivent sur les tables. Siobhan bosse sans s'arrêter depuis plusieurs heures. Tout pour se perdre dans la musique des gens et des sons plutot que de se pencher sur ses silences.

Elle mange peu, fume trop. Sourit trop, parle peu. Elle sent parfois le regard insistant de Mathias, de plus en plus interrogateur sur sa serveuse. A vrai dire, cela fait presque trois ans qu'ils bossent ensemble et si il y a d'autres employés qui vont et viennent, elle est rapidement devenue son bras droit. Sans être réellement amis, ils forment un duo dynamique. Il n'y a entre eux aucune tension érotique, le mari de Mathias le comble bien plus qu'une baise rapide avec son employée ne le pourrait. Et la jeune femme n'a pas les attributs necessaires pour lui plaire!

Quand une de ses tables qui vient à peine d'être débarassée, l'Irlandaise ne le remarque pas sur le champ, occupée à rendre la monaie sur une table d'habitués. Si le soleil s'est éteind, la soirée est encore tôt pour Los Angeles et le lieu est maestrom d'activité. C'est une voix féminine qui l'interromps dans ses passages et Siobhan se tourne vers elle avec un sourire sincère. L'éclat cuivre de sa chevelure est imanquable et il y a du piquant dans cette jeune femme. Elle prend le temps de se tourner vers elle, lui accordant son entière attention plutot qu'une salutation polie et un "Je suis à vous tout de suite"

-Bonjour Madame, je suis Siobhan, et je serais votre serveuse pour la soirée. -Après les salutations d'usage, sa cliente semble avoir une idée précise de ce qu'elle désire et l'Irlandaise ne peut que se féliciter d'avoir insisté auprès de son patron pour qu'ils proposent d'avantage que des snacks vraiment basiques. C'est grace à une petite carte modeste mais savoureuse que leur réputation s'en sort grandie. Certes, il a beaucoup ralé quand il a fallut créer une petite cuisine en arrière salle, mais l'espace était là, inutilisé. Les retombés depuis que Livia travaille avec eux sont sans appel. - Oui, nous avons du champagne, mais permettez moi de vérifier que nous avons une bouteille au frais. Nous avons deux soupes du jour : Une Chicken Noddles soup' et un velouté de potimarron aux noisettes. Le plat du jour est un Chilli Con Carne, je vous apporte la carte en même temps que le verre d'eau, je reviens tout de suite.

Et fidèle à sa parole, c'est rapidement que la rousse revient vers la table, avec sur son plateau une coupe de champagne à la délicieuse robe dorée, de fines bulles petillants le long de la coupe, un verre d'eau et une carafe qui l'accompagne. De l'autre main, elle dépose la carte close à la droite de Cassiopée. -Il s'agit d'un champagne brut de la Maison Taittinger, il est importé spécialement de France. Si jamais vous avez la moindre question, je me tiens à votre disposition. Je vous laisse consulter la carte et je reviens vers vous dans un petit moment

Interpellée par un autre client, la jeune femme s'éloigne, non sans autre regard pour Cassiopée, une pointe de curiosité s'épanouissant à son égard. C'est rare de voir des clientes seules demander du Champagne, qu'est ce qu'elle peut célébrer de cette manière? Pourtant le regard de celle ci ne trahissait aucune joie particulière. A moins que cela ne sont divorce qu'elle fête? Cela se fait de plus en plus.
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Cassiopée Desnuits
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MessageSujet: Re: Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀   Mer 19 Sep - 11:32

Le légendaire “hug” américain: décliné sous différentes formes, la rousse le recevait avec un si grand plaisir dans ce bar choisi au hasard. “-Bonjour Madame, je suis Siobhan, et je serai votre serveuse pour la soirée.” Le service était digne du Bristol à Paris et la jeune femme en sourit franchement. Aucun troquet sur la place parisienne ne pouvait s'aligner sur autant de gentillesse et d'accueil. Les employés des services en salle n'en prenaient pas le temps tout simplement et n'étaient pas formés à cette politesse outre atlantique, mondialement reconnue. Les autochtones possédaient cette réputation, véritable, de fait, d'être spontanés, très sociables et naturels dans leurs rapports avec les autres, de surcroît avec les touristes. Et la française, bien qu'elle maîtrisât la langue du continent, n'en gardait pas moins un accent typique qui avait déjà provoqué des rencontres et des discussions  impromptues. “Be nice or leave”, sois gentil ou pars, résumait bien la mentalité  américaine.
De même, la carte était relativement raffinée pour un bar sans prétention mais L.A regorgeait de lieux simples quoique particulièrement agréables. Cassiopée aimait ce genre d'endroits, réservés aux connaisseurs. Fouiner au travers des rues à la rencontre de boutiques ou autres établissements insolites et préservés de la consommation de masse était un de ses dadas. Jusqu'à présent, ses flâneries ne l'avaient jamais déçues.

Elle eut à peine à attendre que la serveuse revenait déjà. Et ils avaient du champagne! Du brut, tout était parfait.
-Super, merci!
La belle rouquine était très avenante, elle lui sourit franchement, puis étudia ce qui était proposé sur la carte tout en buvant une première gorgée. Savourer son breuvage favori était un luxe dont elle se délecta lentement. Un Taittinger, ce n'était pas si mal ! Mais...Elle attendit qu'elle soit disponible et la héla de nouveau au passage:
-S'il vous plaît! Euh...-En fait, je souhaite la bouteille entière, merci et je prendrai le velouté de potimarron et une chopped salad.
Elle rit, ajoutant une œillade complice. Qu'une fille solitaire ait une telle demande lui parut incongru, mais quoi! Il n'y avait pas trente six manières de le faire ! Elle aurait pu en acheter une de son côté et rentrer à Santa Monica, la dégustant seule, dans cette somptueuse chambre dont elle connaissait désormais les moindres recoins par cœur ou bien au bord de la piscine, dans le salon...Mais elle n'avait aucune envie, absolument aucune, de retrouver cette atmosphère lourde qui lui pesait sur les épaules et de se cogner le nez sur Monsieur Black! Ce soir, c'était au-dessus de ses forces.
Et puis, spontanément, elle aimait bien cette belle compère à la chevelure flamboyante, comme elle. Elle dégageait quelque chose de rassurant, peut-être le fait de se sentir moins isolée. Deux rouquines au même endroit, c'était rare! Il y avait des choses parfois, qui circulaient entre les êtres, qu'on percevait sans les comprendre. Ce bar et son office les liait indistinctement.

Une inconnue d'un soir qui allait devenir l'amie d'un instant.

Elle eut une mimique un peu comique, appuyant la sensation qu'elle faisait une bêtise, comme une gosse. Un écart de conduite comme ironisait son père lorsqu'il pestait contre le manque de savoir-vivre de certains collaborateurs. S'il savait qu'elle avait l'intention de se murger! Pour le coup, elle bénit les kilomètres qui la séparaient des siens.
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Siobhan O'Sullivan
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MessageSujet: Re: Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀   Mer 19 Sep - 13:35

Le bar se vide peu à peu, laissant Siobhan un peu plus de temps pour ses tables restantes. Ce sont des moments qu'elle apprécie. Les clients de fin de soirée, en semaine, sont là pour profiter d'un instant de détente, d'un peu de convivialité. Ils sont rarement tapageurs ou cherchant des noises aux autres buveurs et serveurs. Il a fallut un peu de temps à l'Irlandaise pour replacer l'accent de la ravissante Rousse au Champagne et si elle n'a pas tout à fait le temps de s'attarder lorsqu'elle dépose flute de champagne et cartes, les quelques mots prononcés par la demoiselle la confirme dans sa supposition.

Siobhan coule et glisse entre les tables. Son plateau ne frémit pas alors qu'elle chemine entre les tables et les chaises. Elle prend le temps de glisser quelques mots, faisant sourire ses habitués. Oui, ce soir est un bon soir et le pas de la Sylphide s'en ressent. Il y a des services bien plus épuisants, autant pour les nerfs que pour le corps. Lorsque la jeune femme attire une seconde fois son attention, elle croise ses prunelles avec les siennes, lui indiquant qu'elle arrive dès qu'elle a délivré le dessert qui se trouve en ce moment avec elle. Il ne faudra que quelques secondes pour se poster devant la table.

Son sourire s'élargit avec la commande audacieuse. Une bouteille de champagne? C'est la première fois qu'on lui demande. Les américains sont plus consommateurs de spiritueux ou de bière, à son expérience. -Mais avec plaisir, Mademoiselle * Elle ne tarde pas à abandonner sa tentative dans la langue de Molière, ses souvenirs scolaires ne lui permettant pas d'avantage que quelques phrases boiteuses et probablement massacrées. -Votre accent est vraiment superbe, se permet t'elle la taquiner, sincère. Les français étant légendaires pour leur prononciation barbare. Quoique, Siobhan ne devrait peut être pas trop en rajouter, ses propres mots étant toujours emprunt d'Irlande, même quatre ans plus tard. -Je reviens vers vous avec la bouteille, s'éloigne t'elle sur cette promesse.

Le temps de transmettre la commande à la cuisine, tant pour le repas que pour la bouteille, Siobhan garde un oeil sur sa convive. Elle semble commencer à se détendre, prenant le temps de savourer sa coupe de champagne. Elle ne peut nier une pointe de curiosité grandissante à son égard, mais ne veux pas non plus entrer dans son champ privé. La soupe, qui mijote lentement depuis qu'elle a été préparée vers 17h pour le second service, est agrémentée de noisettes concassées et de cerneaux de châtaignes grillées. Siobhan murmure à l'oreille de la cuisiniere d'ajouter une toute petite touche d'huile de truffe blanche, ayant simplement envie d’élever la soupe à des notes proches de la gastronomie. Livia s'amuse de cette requête avant de de lier le velouté avec l'huile dorée. Elle est loin de rechigner à ce genre de fantaisie. Aimant l'atmosphère tranquille du bar et sa liberté complète pour les plats qu'elle propose. Elle aurait pu travailler dans des cuisines plus prestigieuses, mais prend plaisir à sa collaboration avec Mathias et Siobhan. Le succès de cette formule est éclatant et lui permet d'être de plus en plus audacieuse.

-Faites attention, la soupe est très chaude, prévient la serveuse, déposant devant Cassiopée le bol brulant, accompagné de pain de seigle. Elle ne tarde pas à mettre sur la table, légèrement en retrait l'assiette de salade, accompagnée de plusieurs dressing. Les indispensables Ranch, Blue Cheese, Caesar et Honey Balsamic, laissant le choix à celle ci de celle qu'elle préfère. -Los Angeles vous plait? Vous y êtes en vacances ou pour affaires? La bouteille de champagne ne manque pas à l'appel et trône dans un seau à glace, une fois que la jeune femme ait remplis une seconde fois la coupe. -Vous célébrez quelque chose? -Ne peut elle retenir, avant de se dire qu'elle n'aurait peut être pas du poser la question. Les américains ont cette tendance à tout raconter d'eux dans les dix premières minutes d'une rencontre, mais les européens sont bien plus réservés.

Autour d'elles, les tables se vident tranquillement, sans que le bar ne soit désert pour autant. Il y règne une animation feutrée, qui se prête aux échanges et aux éclats de rire. Mathias n'est pas loin, surveillant que tout se passe bien, tout en essuyant des verres sur le comptoir du bar et répondant aux quelques demandes de boissons de ceux qui n'ont pas forcement envie d'attendre d'être servis à table. Le regard qu'il pose parfois sur les deux rousse n'est pas totalement innocent sans être d'une lourdeur lubrique. Il faut dire, si différentes soient elles, les deux femmes ensemble forment un tableau séduisant.


*En français dans le texte, note du traducteur.
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Cassiopée Desnuits
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MessageSujet: Re: Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀   Mer 3 Oct - 10:58

La main juvénile poussa la porte silencieusement sur les rails. Le placard s'adossait contre un pan de mur entier, du sol au plafond. Les étagères étaient nombreuses, jonchées de vêtements, mais aussi de livres, de boîtes, de jeux divers, de bijoux d'enfant qui traînaient, ici et là. Des DVDs s'éparpillaient, quelques bibelots s'amusaient parmi la poussière, de cette poussière grise et triste qui n'avait point été chassée ces derniers temps. Les chaussures étaient empilées dans un grand tiroir, à la va-comme-je-te-pousse. Quelques peluches fânées gisaient près d'un carton empli de dînette en porcelaine, des poupées...Tout au fond de la penderie, deux déguisements  de princesse  trônaient, esseulées. “ Taille 8 /10 ans” chuchotaient les étiquettes. Une époque révolue si loin derrière, et pourtant...
C'était un joyeux bazar qui dansait à travers toute la pièce. La chambre palpitait au rythme du quotidien d'une Cassiopée âgée de douze ans, entamant sa deuxième année de collège.
Un lieu de vie si banal.
Le chaos, dévastateur et assassin, avait laminé et détruit son équilibre de petite fille heureuse.

Insupportable.

Le cercle noir des pupilles scruta chaque centimètre. Tout y passa: les meubles, le sol encombré, le lit défait, les murs punaisés de photos et de dessins, et ce fameux dressing, ouvert sans pudeur à la lumière crue.

Plus rien ne dépasserait jamais. Tout serait désormais ordonné, placé, rangé.

Massacrer, comme elle pouvait, l'abîme qui l'avait emportée.
Une misérable, si misérable manière de surmonter l'invivable.

***

L'évanescence des mots, ces entités si légères, immatérielles et volages, qui pèse soudain un âne mort. Un propos qui l'avait profondément blessée. Il s'était logé là, tout au fond, bien frais et vorace; ce mépris récurrent de son patient qui lui collait à la peau comme la boue sur les sabots. Le manque des amis, de la famille. Le manque de l'Autre.

S'immerger dans le chaos pour ensuite, se repaître de la douce harmonie de l'ordre.

Il fallait qu'elle évacue, qu'elle oublie, qu'elle ressuscite à un chagrin envahissant, à sa manière, comme elle en avait envie, là, maintenant.
Et cette jolie rousse qui lui parlait en français, roulant les sonorités dans un délicieux accent! Cassiopée en eut un grand sourire:
-Oh!Oh! Vous parlez français! Merci! Je vous retourne le compliment! Le vôtre également, très chère*.
La serveuse s'éloigna et Cassiopée savoura avec délectation son breuvage favori. Un peu de France au bout des lèvres, c'était exquis!
Elle huma les volutes qui s'échappaient langoureusement du bol, lâchant un hmm d'envie et de faim. Sans attendre, elle entama la salade, répondant entre deux bouchées, à la belle compère:
-Oui, ça va, pour l'instant ça me plaît, mais je ne connais presque rien, vous savez. En fait, j'y travaille mais je n'ai pas trouvé beaucoup de temps pour visiter.
Elle soupira, terminant la seconde coupe qu'on lui avait versée. Un peu désarçonnée par l'interrogation de l'inconnue, elle hésita quelques secondes avant de répondre:
-Célébrer...Si je devais célébrer quelque chose...
Songeuse, elle regarda franchement la jeune femme tout en se resservant de champagne. Puis, ajouta spontanément, rieuse:
-Je célèbre la Vie, les bulles et... Vous! rétorqua t-elle tout à trac, levant joyeusement son verre à l'intention de la rouquine.
Il fallait très bien la connaître pour déceler les griffes de la tristesse qui la lacérait, bien malgré elle, au travers de cette gaieté factice.

Allez Cassie, encore un peu...Il ne reste plus qu'une demi bouteille à terminer.

Le bien-être des excès l'emportait dans ses circonvolutions éphémères. C'était si jouissif, parfois, de se laisser aller à ce qui venait, sans se poser de questions, sans maîtriser quoi que ce soit. S'enivrer de cette folie d'instant qui transportait ailleurs.

Si seulement...

Et puis, tout bascula. Cassiopée Desnuits, du haut de son caractère secret et de sa dignité, s'ouvrit brutalement. Elle se soignait avec une autre, une autre qu'elle ne reverrait jamais, une autre qui pouvait discerner au delà des mots et entendre, parce qu'elle était femme, tout simplement.
Elle arbora un sourire à la fois malicieux et ironique, percutant du regard cette compagne du moment, si bienveillante:
-Et puis merde*! J'en ai marre tout simplement, ce soir, je suis à bout, alors, j'ai eu envie d'oublier tout. C'est pitoyable, hein, mais je m'en fous, je me fous de tout et c'est trop bon! Je me sens seule, j'ai un taff affreux mais il ne m'aura pas, nan, il ne m'aura pas...
Elle termina en se chuchotant à elle-même. Personne ne pouvait comprendre. Qu'est-ce que ça aurait changé, de toute façon?
Elle but encore, éclatant de rire pour rien:
-Mais la vie est belle, n'est-il pas? Ça passera tu sais, tout passe et trépasse ici-bas, les bons comme les pires moments et on s'en sort toujours.
La dernière goulée. Elle posa lourdement le cadavre de bouteille dans la glace.
-Cette soupe est un délice! Je n'en ai jamais mangée d'aussi bonne je crois! Je reviendrai ici, c'est certain. C'est chouette l'Amérique! Et toi, tu aimes L.A?
Désinhibée, elle aurait tutoyé l'univers entier. Aux US, c'était la coutume mais pour la parisienne, l'éducation qu'elle avait reçue la retenait encore dans ce vouvoiement si frenchie du vieux continent.
Elle se bidonna de nouveau, délicieusement cotonneuse, la voix pâteuse:
-Je suis ivre... mais alors, comme rarement. D'habitude, je m'enivre de rêves roses et bleus, je me pète jusqu'à la moelle du...de...l'Amour avec un grand A...Tu y crois toi? Moi, oui, je l'espère chaque jour, je l'attends...
Elle pouffa franchement:
-C'est débile tout ce que je dis mais vraiment, je m'en tape le coquillard*! Et tu t'appelles comment? Moi, c'est Cassiopée, Cassie pour les intimes! Tu peux m’appeler comme ça, si tu veux. Ce soir, tu es mon intime à moi.
-Et puis, viens là, dit-elle en tapotant l'autre bout de table. Assieds-toi avec moi, fais toi une p'tite pause. Je t'invite!
Et dans la foulée, gaie comme un pinson, elle héla l'homme derrière le comptoir:
-Oh! M'sieur! J'emprunte cette jolie Miss quelques minutes, c'est moi qui paye, un deuxième champagne, siouplaît! Je ne le boirai pas seule, sinon je m'en vais!
Se tournant vers la serveuse, elle lui jeta un clin d’œil, ajoutant avec assurance:
-Il ne va pas contrarier une cliente, non?
Elle croqua un morceau de pain, l'âme légère. Le poids sombre et lourd qui lui pesait sur le cœur avait disparu. Il s'était délicieusement étalé sur chaque parcelle de son corps.

Mademoiselle Desnuits s'abandonnait à la suave hébétude des vapeurs de l'alcool qui l'envahissaient toute entière. La langue épaisse, elle devenait maître du monde, invincible, intouchable.
Plus rien ne pouvait l'atteindre. Elle était Tout, inanité scellée en pur instant de suave vésanie.

*En français
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MessageSujet: Re: Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀   

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Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur- Santoka ❀Siobhan❀
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