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 Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯

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Cassiopée Desnuits
"Il se recula prestement quand il l'entendit émettre un son suspect..."
Cassiopée Desnuits
DATE D'INSCRIPTION : 18/05/2018
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyVen 26 Oct - 11:41

Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  E9qj11
*Image d'Alastar Black

Les mois passèrent et trépassèrent.

La psychologue poursuivait son travail quotidien et ses efforts auprès de l’irascible patient mais il s'avérait qu'aucun résultat positif n'en découlât. Alastar Black demeurait inébranlable d'indifférence, de sarcasmes, de cette hauteur affichée qui grignota petit à petit son moral. Vivre au jour le jour avec un dépressif notoire n'était pas une sinécure. Elle usait pourtant d'une patience infinie, mais s'épuisait auprès de cet ombrageux valétudinaire. Et souffrait désormais de ne pas parvenir à illuminer d'une quelconque manière, la vision ténébreuse de l'astrophysicien. Jamais, lors de sa carrière professionnelle, elle n'avait été confrontée à une telle situation. Rien ne l'avait préparée à un tel désert, aucune réaction positive, aucune  once de changement. Elle serrait les dents, courbait le dos face à la tempête de mutisme qui se déchaînait de temps en temps sur ses piètres tentatives de communication. Courageuse, optimiste malgré tout, elle ne lâchait rien. Du moins, pas encore. Elle s'interrogeait sur l'issue du comportement de l'anglais, effrayée qu'il puisse se suicider. L'angoisse redonnait de la force à son espérance.
Pour combien de temps...

A toute ombre sa lumière, aimait-elle à se répéter, prêchant l'instinct de vie coûte que coûte. Mais les nuances s'inversaient: à toute lumière, son ombre; intimement liées en un équilibre parfait, une note d’absolu, l’une ne pouvant vibrer sans l’autre. Il lui arrivait de  prier le Ciel, la Terre, l’Homme, mais seuls, le silence et l’abandon prenaient la peine de lui répondre. Chant funeste s’il en fut qui la mit à terre, le cœur en loques, orné des oripeaux de ses limites, des non dits, de ses incompétences. Il fallait bien se rendre à l'évidence, les diplômes et l'expérience ne suffisaient pas. Rendre les armes était toujours aussi inacceptable, mais des fissures se fermentaient qui, tôt ou tard, changeraient la donne. Cassiopée s’accrochait désespérément à ses espoirs, aux valeurs d'eudémonisme qu'elle croyait possibles et accessibles pour lui.
Elle refusait l'idée de perdre ce combat qui paraissait perdu d'avance. Proposait comme elle pouvait une guérison contre les plaies du deuil. Une pétulance de Vie contre la Mort. Une reviviscence douce et apaisée qu'il refusait sans appel. La française faisait ce qu'elle pouvait, comme elle pouvait, mais n'avait guère avancé d'un seul petit pas de fourmi. Le père en manque de son enfant, en manque de son épouse aimée, s'était arrêté de vivre le jour de leur disparition.
Elle échouait à sa résurrection.
Elle s'était égarée, là, au bord d’un chemin épineux, errante et mendiante à la fois, s'appuyant malgré tout, sur une volonté de l'aider, mais ne sachant plus la direction à prendre. Peut-être avait-elle succombé à une extase chimérique, se fourvoyant dans ses choix, ses envies, ses limites, ses convictions, son espoir.  

***

Une nuit d'automne, quelque part, en Amérique. Une opacité comme une autre, où l'infini céleste s’illuminait au clin de lumière, immobile et éphémère de la Lune. La route, bordée des chatoiements électriques, laissaient passer la brune, néanmoins. Jamais tout à fait sombre, elle ne s’éteignait plus totalement, inlassablement  fouettée par ce monde moderne qui ne respectait plus ses mystères. On devinait à peine le murmure de brise qui frôlait de temps à autre les feuillus, frémissants du baiser si léger du vent. Une douce fraîcheur s’était déroulée au sommeil du soleil et les bêtes sauvages, s'il y en avait eu, se seraient tues.

La Terre s’était endormie et se reposait.
Un silence.
Une paix. 

Une soirée merveilleuse où pour la première fois, elle n'avait pas rempli sa part du contrat, où la rencontre improbable d'une adorable serveuse, avait apaisé son cœur meurtri. Les paupières closes, la tête dodelinante, bercée par les mouvements du taxi, la jeune femme, seule et enivrée, se laissait aller à la nonchalance cotonneuse du trop plein d'alcool. Les membres désincarnés se mouvaient au rythme des circonvolutions du trajet, flapis par les effluves factices.

Les rêves enfin libres. Un moment d’éternité secrète, sans entraves, sans Rien, sans Tout. Un instant d’absolu où elle se noyait, heureuse prisonnière d’un entre-deux mondes. A demi éveillée, l’opulence de l’esprit s’effaçait, laissant place au corps détendu, abandonné à un excès de bien-être. Elle eut aimé que le temps s’arrêta encore et encore...Mais il fallut s'extirper de la machine, payer le conducteur, claquer la porte et faire face.
Elle demeura là, immobile, s’écoutant vivre dans le silence, bêtement plantée devant la magnifique façade de pierre blanche. Le chemin de dalles traçait joliment ses méandres à travers le vert de la pelouse parfaitement entretenue. Un tracé qui la menait à la source de frustrations, d'échecs qui à cette heure, ne la touchaient plus.
Elle finit par avancer, le pas empreint de la lenteur des ivrognes. Le geste lourd, elle eut du mal à insérer la clef dans la serrure.
-Putain d'merde, souffla t-elle, retrouvant d'instinct sa langue maternelle.
Elle s'appliqua à refermer la porte sans aucun bruit. Avant toute chose, ne pas le réveiller. Cassiopée, ne sais-tu pas qu'il ne dort jamais? Quasi langoureusement, elle activa la torche de son téléphone puis souleva le couvercle de l'alarme, tirant la langue d'application à appuyer sur les bonnes touches. Les quatre témoins lumineux s'affichèrent, virant au ...rouge. Damned!!! La terreur la paniqua, et la française, haletante tout à coup, recommença à taper lentement les numéros. Si la sonnerie se déclenchait...L'estomac au bord des lèvres, raide comme un piquet gelé , les quelques secondes suivantes furent insupportables de tension et d'épouvante. Mais enfin, le vert salvateur clignota.
L'intruse expira à plusieurs reprises de soulagement, une main sur la poitrine.
-C'est pas possible, pourquoi j'flippe autant? *
Elle  chuchotait, rebelle d'une soumission injustifiée. A quand bien même...Il serait descendu, la parole assassine, furieux d'avoir été dérangé. Que nenni, jeune écervelée, il t'aurait superbement ignorée, marquant par une indifférence prononcée le profond mépris qu'il daigne t'accorder, toi, pauvre petite bestiole insignifiante.
Figée, elle s'attarda à écouter le moindre bruit suspect. Mais rien ne vint troubler l'aura nocturne de la villa.
Elle  ôta ses chaussures qui valdinguèrent sur le sol; indifférente, elle prit une poignée de secondes pour habituer sa vue à la pénombre. Pas question d'allumer, évidemment! Par réflexe, elle voulut marcher sur la pointe des pieds mais, jonchée sur une voute plantaire à bascule, elle renonça à la première tentative, gloussant sous cape.

Le salon aurait pu être une pièce superbe, mais il était gouverné par l'austérité et l'absence d'âme. La française, nonobstant, raffolait de l'immense baie vitrée qui donnait sur le jardin. Quatre grands sofas de cuir noir se posaient avec majesté autour d'un vaste tapis de soie iranien. Une gigantesque cheminée contemporaine trônait au centre d'un mur. Pas un brin de cendre dans le foyer, se souvenait-elle.  Les quelques meubles posés ici et là, quoique chics et sobres à la fois, so british, se trouvaient mal agencés, anonymes et neutres, sans aucune mise en valeur. Il aurait suffit de si peu, pourtant. Quelques touches de couleurs, gaies et chaleureuses,  et le tout se serait métamorphoserait en un lieu cosy et accueillant. Mais là...C'était  tout l'inverse, triste et insipide.

La trentenaire imbibée, béait, plongée dans une douce torpeur, ne sachant trop quoi faire et puis...et puis elle aperçut la tour de son qui ne servait jamais. Une envie féroce de musique tout à coup, la fit sourire aux anges. “Dors, serpent venimeux, ce moment est à moi...”
La clef USB se glissa sans peine dans l'interstice. Le casque Bluetooth plaqué sur les oreilles, elle ajusta le volume. Du matériel américain très haut de gamme, dont elle apprécia à sa juste valeur la qualité de rendu des sons. Une merveille! Les shoots vibratoires l'anesthésièrent alors encore davantage. Elle décolla du monde, ne percevant plus ses limites d’existence. Seule, ne trémulait plus que cette rythmique du diable, qui la portait et transportait ailleurs.

Ô fiévreux instant qui désentravait! Un répit, une relâche, une oasis, une diversion à ce labeur affolant qui la hantait. Ses songes se dépliaient, libres enfin, devenus plus forts à force d'être contraints. En cette heure sans chaînes, Cassiopée succombait à son fantasque. Une folie volée dont la force joyeuse se ruait, tel un torrent entre les rochers. Ce salon trop froid devint un pays, ces instants, une vie. Elle s'y déposséda totalement. Une bouffée de bonheur pur la saisit. Euphorique, elle en débordait de tout son être, accompagnée de l'excès des passionnés et de la soûlerie. Elle tanguait, dansant maladroitement sur les notes, se cognait de temps à autre aux meubles, cria un: “aïe!” sur un angle qui lui griffa le bras. Emportée dans un univers qui n'appartenait qu'à elle, elle battait la mesure, embrassant tout à la fois, l'hypnose d'un idéal impossible et l'extravagance inconsciente des hommes. Les ondes d'insouciance et de ravissement lui coulaient sur l'âme comme une rivière en crue. Elle se trémoussait et chantait la désinvolture et la liberté qui montaient comme un essaim de rêves de son passé, de ses désirs, de ses espérances. Fragile oiseau évadé, planant sur le souffle tiède d'une destinée incertaine.
Au bout d'un moment, l'épuisement la fit ralentir, elle s'amusa alors à prendre un air solennel, trinquant en l'air avec le fantôme du bel Alastar qui la servait avec la grâce des anges. Puis ce fut un toast ému et emphatique qu'elle adressa à ce charmant chevalier évanescent, qui lui offrait l'immense plaisir de partager son verre, sa divagation, son audace:
-Buvons à not'Amour, M'sieur, à nos succès passés et à v'nir, à not'e gloire, à Nous! *
L'idée lui ravit l'esprit, elle ferma les yeux d'émerveillement.
La main brandit au Ciel, elle déclama, théâtrale:
-A ces moelleuses minutes d'félicité, Majestés du lit d'not'e vin! *
Et Cassiopée s'embarqua dans un éloge embrouillé du paradis. Radieuse, elle s'entrecoupait parfois:
-Ooh! C'est beau! *
Elle pouffait, souriait, riait, complice inexorable de ses mirages. Pourquoi ne pas vivre dans une espèce de démence bienheureuse?
Elle croyait murmurer son délire alors que les murs diffusaient sa voix pâteuse, emplie d'une authentique gaieté, exubérante et sincère.
Le fumet de l'ivresse consumait sa retenue, royale entorse à la maîtrise professionnelle qu'elle s'était efforcée  de maintenir jusqu'à présent. Le tourbillon polyphonique l'avait emportée dans des émotions indescriptibles. Jubilatoire, elle s'esclaffait de contentement, la robustesse de l'allégresse l'emportant aux tréfonds de son délire.

Ô insouciance extrême d'une quintessence touchée trop tôt par la Mort.

Éreintée, en nage, elle finit par s'échouer sur le moelleux d'un des Chesterfield, les jambes à califourchon sur l’accoudoir.

“Off”

Le silence brutal lui fit du bien. La tête penchée en arrière, inerte, son regard plongea vers l’insondable du ciel qui s’offrait à l’envers, à travers les vitres. Personne pour polluer cet instant de détente parfaite. Les yeux grands ouverts dans le clair obscur, elle reprenait sa respiration.

Ah! L'ébriété joyeuse: un antidote du désespoir, un médicament contre l'indifférence cruelle des âmes élégantes. Contre la cruauté parfaite d'Alastar.

Sa carcasse tanguait encore mais son esprit redevint un peu plus clair, l'emprise de l'éthanol s'affaiblissant. Le sentiment cuisant de l'échec ressurgit alors. Elle n'y parvenait pas. Existait-il, en réalité, une porte de sortie? Allait-elle accepter, in fine, qu'on ne pouvait sauver les gens malgré eux, qu'elle ne pourrait sauver Alastar malgré lui?
Elle se sentit oppressée soudain, assoiffée. Se levant péniblement, elle s'avança et ouvrit en grand sur le parc. Le frimas de la nuit lécha ses pores échauffés, apaisant la brûlure de l'effort. Sans lumière artificielle, les éclats nocturnes dévoilaient tous leurs charmes, le tombeau du jour souriant à l'astre immaculé qui s'amusait à estomper sa bouille ronde derrière quelques nuages. Le nez en l’air, elle la contempla avec affection. En ces moments où le monde s’assoupissait, il était si bon de batifoler avec l’intouchable.

L'eau fraîche lui donna un coup de fouet. Le visage trempé, elle s'essuya machinalement avec le premier torchon qui lui tomba sous la main. Que faisait-elle dans une cuisine qui ne lui appartenait pas? Elle aurait du être chez elle, tranquillement endormie dans sa chambre.

Le chagrin s'abattit violemment.

Au bord du gouffre. Le grand noir. La dépouille de la réussite. La flagellation de la défaite.

L’ivresse, qui permettait le lâcher des larmes, libérant une impuissance pourrissante qui la rongeait tel un voluptueux acide.

L’ivresse, qui pouvait tout dire, l’excès de douleurs, la tragédie, la perdition, l'égo blessé. Elle trahissait les barrières, touchait les replis du Soi, brûlant les interdits des émotions, de la Raison.

S’aveugler. S’arrêter. Rentrer en soi comme un escargot au soleil. Pitoyable coquille vide qui craquait sous les pas du guerrier impitoyable, le Chevalier Noir, Alastar Black.
Tout lui parut si difficile et lugubre. Le sentiment de solitude immense, acéré et si douloureux, l'enserra alors brutalement de toutes parts. Elle subissait les conséquences de son absence de plein fouet, impuissante pour l'heure, à s'autoriser le luxe d'espérer qu'on la comprît, ou qu'on lui pardonnât sa débâcle. Qui pourrait jamais comprendre comment elle échouait?

Le poing serré sur les lèvres, elle plissa les yeux, incapable de lutter contre le torrent de sanglots qui lui secoua les épaules. Elle se laissa glisser le long du mur. La tête posée sans force sur les genoux, recroquevillée, Cassiopée Desnuits sanglota comme une gosse durant un long moment...

Elle finit par relever la tête, reniflante. A fleur de peau, elle se sentait comme une motte de beurre dans le Wadi-Rum, grelottante d'émoi.
Au bord de l'évanouissement, elle tituba vers le salon, trop anéantie pour monter à l'étage. Mais cette fois-ci, l'hébétude du champagne résiduel se mêlait à une affliction incommensurable.

Pauvre naïve, dépérissante, en quête d’un Graal inaccessible ou inachevé qu’aucune coupe ne comblera.

Elle se laissa littéralement tomber sur l'un des canapés, enfilant au passage un cardigan qui traînait sur le dossier. Elle claquait des dents, se moucha sur une manche, puis se pelotonna, triste à en mourir. Les larmes continuaient à s'épancher sans discontinuer. Engluée dans la détresse, elle se mit à parler, à mi-voix, entre ses pleurs, évacuant par là même, tout ce qu'elle avait sur le cœur.
-J'respecte...J'prends soin...J'fais comme j'peux... J'essaie d'être moi-même mais j' me sens si faible... J'y arrives pas...Oh Mon Dieu, aidez-moi!...Qu'est-ce qui t'empêche de m'parler autrement, sal'té d'british! ... Ça m'abîme tout ça...Nom d'un chien!...C'est dégueulasse!...J'te déteste!... J'en ai marre d'être traitée comme une moins que rien... Pauvre type...Tu n'sais même pas...Tu m'auras pas... Canaille...*

Elle se blottit encore davantage, le débit de paroles et les larmes s’amenuisant au fur et à mesure. Et finit par divaguer à son Prince Charmant avant de sombrer définitivement dans le sommeil: ce n'était pas une pièce de coton qui la couvrait mais deux bras tendres et puissants qui la protégeaient du monde et du Mal.

*en français
Éditer pour précision d'auteur de l'image.
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Alastar Black
Y'a l'rosbeef qui gratte
Alastar Black
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
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Aux grouillements de la peur, la ténébreuse Tyrannie sort du fin fond de sa folie, un couteau d'amour étincelant de l'algie. Doucettement, elle poignarde, éperdue d'une affection funeste pour sa douce, la grande Solitude que rien ne peut réduire. Elle l'observe, prunelles des tréfonds franches et perles salées affligeantes, comme armes enchanteresses à l'appui, chuter interminablement en cette prison suffocante d'hallucination. En bas, la barbarie des hommes ordinaires. Mystérieux paysage des rives du Styx. Là-bas, la meurtrie rejoint encore et encore en une boucle intemporelle vicieuse ; la Bête Noire, le mauvais rêve, le spectre délirant, l'obsession du mal et la hantise des coupables. Tous se rencontrent, se jugent et se disputent. Tous, par leur bouche enragée, et avec des gestes débraillés, jurent bruyamment par les démons de l'enfer, les trépassés du purgatoire, les saints du paradis et les dieux du terroir, mériter plus que tout autre l'absolu absolution. La grâce de qui ? Pour quoi ? La Solitude ne le sait encore. Mais la diplomatie du Silence apparait soudain comme médiatrice ultime pour venir droitement éclaircir les pensées, adoucir les égos. Une seconde s'écoule. Puis deux. Le Silence est vaincu et l'on fête déjà sa mort, répugnant, s’esclaffant d'un zèle malvenu de sa naïve sommation. Le jeu vicieux renoue son vœu. Ils n’apprennent pas de la vérité. Ils ne jouent que de son conflit intérieur. La bouche intarissable, ils jurent de nouveau, la main sur la poitrine, la langue anaïquée d'écumes malveillantes, de bave et de fiel. Avec fougue, ils parlent et crachent rageusement sur le sol ocre en hurlant leur droit divin, péremptoire. Ils n’apprennent pas de la vérité. Ils ne jouent que de son conflit intérieur, les démons dans sa tête.

La saison vint aux morts. Pas la sienne. Pas encore.

Les jours se succédaient, parfois, le professeur Black eut cru qu'ils s'assemblaient même pour ne former qu'un unique désastre nidoreux auquel il ne pouvait dignement tourner le dos si dédaigneusement. Il eut pourtant vent du manipulé de son passé. Le Docteur Mikaelson. Un jeu d'échec derrière les barreaux de papiers mené à terme par un succès au fiel certain de la part du marionnettiste britannique. Une évidence. As always, the dark pawns wins. Mais ce fut bien moins délectable lorsqu'il dû se résoudre à le revoir et à replonger la tête la première dans la clinique de ses chimères. Cela ne dura pas assez longtemps pour effleurer ses entrailles, le Seigneur tenait peut-être encore un peu à son âme... ? Il suffisait pourtant de si peu. Car la victoire, aussi charmante fut-elle, avait volontairement laissée ses marques indélébiles. Elles étaient là, ces blessures, ces mortifications, ces lésions, ces offenses, ces balafres... comme les milliers d'autres avant elles, quelque part, dans ses regards, dans ses gestes, dans sa mémoire qu'il s'évertuait à massacrer à chaque injection de son chlorhydrate favoris.

Rouge vif.
Sang détraqué qui déborde des lèvres, sans rien d'autre pour cesser de se déprécier, il prit ce sens incertain qui le perdrait inévitablement en chemin et se décida à offrir un sourire à son ennemi juré, le reflet du miroir flamboyant de mirages.


Il en rougissait toujours de souffrance... après tout ce temps. Seulement, grand maitre de la douleur, Alastar Black s'était aisément forgé l'âme pour en absorber toute la jubilante rancœur. Son cœur devint noir. Et l'issue de cette entrevue ne fut que rappel douloureux à ces effervescences aux lueurs pigmentées qui avaient leur espace secret, bien avant. Rien de concret ne fut traité. Simple rage inassouvie au palpitant instable. Une nouvelle prison, cette fois-ci en carton. Une nouvelle gardienne, cette fois-ci nullement épaulée par ses stupides pairs. Une nouvelle stratégie à adopter, adapter et abimer. Une nouvelle épreuve. Il avait vu la française comme cela. Mais cette fois, ce n'était pas par choix.

✯ ✯ ✯

Assis au beau milieu des ruines, la mémoire devenait poussière. Alastar voguait comme à chaque minuit, pirate des océans du cauchemar, ne sachant à quel moment précisément il s'échouerait délicieusement sur les plages du supplice. Parfaitement froid, torturé d'une démence sans couleur, l'on distinguait sur son visage fantôme un maquillage de détresse dans l'obésité du songe où s’agitaient les tueurs et les putains qui lisaient l’Évangile dans l’église de leur voix hypocrite. L’exubérance du mal. Pourquoi il y avait tant d'obscurité au théâtre de l'ombre ?

L'astrophysicien sentait courir dans ses veines la Perte, la sienne, la leur. À cet instant, il ignorait bien qu'elle pouvait s'évanouir à tout moment, comme elle le faisait à chaque dose d'évasion. D'ici plusieurs heures. D'ici le retour programmé par ses calculs astucieux de la guerrière blanche à l'espoir infaillible (croit-elle). Il n'était plus lui même et la peine qu'il se devait de purger pour l'Infini n'était régit par plus aucune règle. Par fractions de secondes, il songeait à changer de position sur l'échiquier géant de son odieux pouvoir obscur et se laisser aller au danger, à la faiblesse de l’égocentrisme. Mais il les aimait plus qu'il ne s'était jamais apprécié. Les étoiles de son ciel éclaté. Deux. Uniques. Fragments. Évaporés. . .

Le ciel s'était alors éteint.
Plus que l'inlassable boule cendrée pour pimenter les esprits frappeurs. Plus que jamais, la "menteuse" mentait. Il l'avait adoré, elle avait été sa préférée. La menteuse prenait tout son sens aujourd'hui et la voir encore par mégarde, tard le soir, du haut de sa tour d'obsidienne, lui donnait des hauts les cœurs. Menteuse, tu n'es pas aussi hypnotisante que tu le prétends. Son premier sens n'était qu'expression anodine, taquine, une forme d'affection louée pour ce raisonnement effectué sur le mode de fonctionnement du dit satellite. Effectivement, quand la Lune était en phase croissante elle présentait la forme d’un D en majuscule d’imprimerie... un D, comme "décroissante". Alors que du Dernier quartier à la Nouvelle Lune, elle dessinait un C, comme "croissante". Elle se jouait des perceptions. Elle avait vraiment été son premier amour.

...

Les souvenirs frappaient si fort. Le tambour de l'Oubli attendait de balayer les miettes derrière l'immense porte, mais Alastar la bloqua instinctivement. Un instant encore, le regard subjugué par la peine.

« Je sais bien qu'elle est belle, mais il faut te méfier des apparences. La Lune est une menteuse : quand elle dit qu’elle croît, elle décroît et quand elle dit qu’elle décroît, elle croît !.... » Un sourire valeur diamant naquit sur les lèvres de la jeune femme aux boucles flavescentes. Sa Melody, celle de sa perdition. Un visage éblouissant de sentiments que jamais plus il ne reverrait ailleurs que derrière ces décombres artificieux. Tristement, alors que le bonheur ne pouvait se montrer plus clément, le paysage du passé coloré se fanât peu à peu dans son esprit las, devint grisâtre, prêt à disparaitre aussi furtivement qu'il était entré dans sa tête, mais le veuf tenait fermement la poignée de la douleur entre sa main tremblante. Trop faible pour abandonner maintenant. « Ah oui ? Et toi, Alastar, tu mens comme la Lune ? » Un énième cadeau qu'il ne saurait assez bien chérir. Sourire d'un ange amoureux d'un démon à en devenir. « Non, moi je ne mens pas quand je te dis que je t'aime. » souffla-t-il amoureusement au creux de l'oreille de sa douce fée. Le brouillard s'épaissit, soudain, puis plus rien. Le cœur ouvert depuis trop longtemps, vide, Alastar referma délicatement la porte derrière lui.

Mais Alastar, tu mens, maintenant, tu mens tellement fort que tes silences en deviennent insupportables de perfidie.

...

Fut un temps où tout cela le faisait sourire, béat d'un amour incommensurable pour sa passion. Mais l'éréthisme nerveux cérébral ne le bousculait dorénavant qu'en la prestance de sa cocaïne. Fidèle amante de son désespoir pitoyable. Il l'aimait, de cet amour grotesque qui n'avait plus de sens, ni tant d'importance. Il l'aimait, elle, parce qu'il n'avait rien d'autre ni personne d'autre à qui porter autant d'attention, autant de passion.

Le loup solitaire en colère contre sa Lune depuis des millénaires de malédiction faillit s'assoupir dans sa déchéance... Ce n'était pas bon... Il ne fallait pas... Click!... Elle rentrait. Le petit Chaperon Rouge le sauvait de ses tourments létaux sans même s'en apercevoir. Maudite soit-elle, elle aussi. Cela aurait pu être amusant si ce n'était pas aussi atypique venant de sa colocataire française forcée. Il ne prétendait pas la connaitre, loin de là, ayant fichtrement d'autres choses à se préoccuper plutôt que d'essayer de se faire de pitoyables amis dans son genre, mais depuis des mois qu'il la côtoyait, elle n'était jamais rentrée aussi tard.... Était-il si tard que cela, d'ailleurs ? Quelle heure était-il ? Est-ce que cela avait seulement une espèce d'importance ? Pas vraiment, que de détail, ridicule excuse pour demeurer un tant soit peu en alerte. Cela devait bien faire un petit moment qu'elle avait quitté la tanière, tout de même. À y réfléchir, son évolution à ses côtés se faisait bien moins féroce de lumières ces dernières semaines. Un bon point pour Black. Peut-être qu'elle comprenait enfin l'enjeu de l'épreuve. Il n'y avait que le temps qui pouvait l'inciter à embrasser ses ténèbres. Alastar, lui, n'avait pas grand chose à faire de plus que de lui présenter sinistrement ceux de ses maux, et quelques mots tranchants, par rares instants où sa verve exquise lui chatouillait le palais en un délice de noirceur. Il ne lui souhaitait rien de bien, rien même de mauvais. En sa présence, son âme était grise. Un brouillard épais qu'elle ne parvenait à estomper. Il aimait prétendre parfois à la détester, simplement pour se jouer d'elle, ce livre ouvert aux sentiments pouvait en de rares moments l'aider à passer le temps, mais la vérité lui rappelait bien vite qu'il n'était pas même capable d'imiter une telle passion. Alors il n'était plus que le frère du Roi des enfers, incapable d'exprimer le moindre sentiment, désintéressé des choix sanglants que prenaient bien trop souvent son aîné sous ses yeux. L'observateur qui pouvait agir, changer la donne, sans ne jamais trouver la raison valable pour le faire.

Il était une certitude. Cassiopée Desnuits n'avait que trop peu d'impact sur son univers délabré. Il n'était pas intéressant de porter une quelconque importance à l'Inutile, ce qu'elle était à ses yeux. Il en allait de sa logique de scientifique, pour le peu qu'elle voulut bien lui parler encore. Un dommage collatéral qu'il aurait pu apprécier, dans une autre vie, dans un autre temps... C'était totalement ironique, évidemment.

Au gré de ses songes, Alastar entendit des voix. Pas celles de sa démence. Tout compte fait, il n'y en avait peut-être qu'une seule. Forcément. La sienne. Mais elle était différente, pourquoi ? Il se surprit à tendre l'oreille, les sourcils et le nez froncés de celui qui cherchait à diagnostiquer chaque aspect d'une situation dans la plus grande précision qu'il soit avant de se décider, ou non, à y faire face. Il entendait sa voix, du haut de son donjon... mais il ne comprenait pas tout. Du français, évidemment, quel idiot il faisait ! Il entendit des bruits puis haussa les yeux au ciel, aussi las qu'agacé. Il n'en fallut pas plus pour le décider. Elle allait lui retourner toute la demeure s'il ne descendait pas sur le champ. Il prit son temps, étonnamment discret et très prudent dans son élan. Il faillit vaciller à quelques reprises, toujours follement sous l'emprise de son antidote, cela jouait peut-être un peu aussi sur ses sens. Rien qu'un peu.

Et finalement il l'a remarqua avec peine au fond, sa silhouette baignée dans les ombres, recroquevillée sur elle même telle une enfant apeurée, plongée au fin fond d'un des canapés du salon. Desnuits dans la Nuit. Il s'était passé des choses, ici... ou ailleurs. Il ne s'attarda pas nécessairement sur elle dans un premier temps, l'esprit le guidant naturellement dans cette autre pièce qu'il n'avait jamais daigné explorer. Le piano y trônait glorieusement, tel le maitre enchanteur de bien des méfaits. Cet insolent instrument de malheurs que sa mère l'avait forcé à embrasser durant son enfance. Ses douceurs étaient belles, il ne pouvait le nier, mais pas lorsqu'il en était l'auteur. Il ne savait pas refléter le bonheur ainsi que tant d'autres sentiments encore, et qu'était le piano sans tout cela ? Hésitant, Alastar laissa ses doigts effleurer les touches alors que ses pensées vagabondaient dans un autre monde, s'imaginant un bref instant quelles pouvaient bien être les folies qui étreignaient le cœur avide de la française lorsqu'elle se laissait emporter par d'hypnotiques mélodies. Presque timidement, son regard trouva le sol. Puis, brusquement, rageusement, deux de ses doigts se heurtèrent consciemment aux deux dernières notes du piano, laissant la gravité de ces dernières se plaindre dans la pénombre. Un signe surfait d'une impatience soudaine, lascive malgré elle. À quoi jouait-il, exactement ?

La luciole étrangère est une grande buveuse d'ombres, une suceuse d'utopies. Au cœur même d'une époque anarchique, la solitude du pionnier mûrit dans le miel des ténèbres. Il efface ses dernières traces au lever des tempêtes.

Le roi du désarroi s'approcha enfin, derrière un masque de doute imperceptible, de la prisonnière de son royaume blottît dans un éternel abandon. Derrières les barreaux de la fragilité, elle concevait enfin l'impossible guérison de son bon roi. Des larmes avaient noyé ses derniers espoirs, ses tragiques peines, et le bonheur enivrant qui lui servait de parfum quotidien s'était évaporé pour laisser place à l'odeur du chagrin. S'il fallait en venir là. Soit. « Je vous avais pourtant prévenue, mademoiselle Desnuits... Faites de beaux rêves. » Un chuchotement doucereux soufflé au creux de ses oreilles. Presque affectif s'il n'était pas parsemé de tant de fiel. Un faible sourire se faufila sur ses lèvres. Moqueur. Mais la moquerie n'avait pas de cible particulière. Elle pouvait tout aussi bien viser Cassiopée, que lui-même, ou l'entière situation qu'il peinait encore à parfaitement décortiquer. Il ne voyait pas clair. Son esprit et son corps chancelaient largement, malades de cette cocaïne beaucoup trop importante qu'il s'était injecté, presque létale. Mais pas son âme. Elle, était noire. Elle, était en pleine forme.

Alastar s'attarda quelques instants encore sur le visage fin de la rousse, se perdant à analyser sans but précis ses micro-expressions passagères. Elle était beaucoup trop expressive, cette demoiselle. C'était beaucoup trop facile. Tout ça. Ses traits se détendaient au fur et à mesure qu'elle plongeait dans un Ailleurs, sans doute plus agréable. L'idée d'une Cassiopée songeant à son prince charmant lui décrocha un rire dédaigneux intérieur. Puis, dans un soupir quasi-douloureux, le scientifique s'avança doucement vers la baie vitrée, délaissant une nouvelle fois l'existence de l'intruse. Au loin, les dévisageaient lourdement la Lune. Il ne l'admira pas un seul instant. Les yeux clos, il tentait de remettre ses idées en place. « Vous seriez tellement mieux chez vous, en France, auprès de vos amis, de votre famille, de vos patients, du prince charmant qui vous aime et que vous aimez...... Oh. Je suis si maladroit, pardonnez moi..... qui vous a aimé. » La méchanceté pouvait-elle seulement blesser les cœurs lorsque les oreilles étaient endormies ? Peu d'importance, cela le rassurait, lui, l'unique spectateur de sa pièce, de pouvoir toujours être digne de lui même, puissant Seigneur des tracas s'espérant invincible, tandis que le venin l'affaiblissait peu à peu à vu d’œil, lui brouillant les sens.

Est-ce que tout ceci était seulement réel ? Ou rêvait-il encore de cauchemars ?
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Cassiopée Desnuits
"Il se recula prestement quand il l'entendit émettre un son suspect..."
Cassiopée Desnuits
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyJeu 1 Nov - 15:58



Plongée dans un grand noir sans son, elle ne perçut rien de la présence d'Alastar et aurait du dormir longtemps, très longtemps. Mais la morsure du froid lui  piqua la peau. Elle émergea alors difficilement, transie, les pieds glacés, emprisonnée par une lourde apathie. Le moindre mouvement lui coûtait un effort surhumain et amplifiait les soubresauts d'inconfort. Elle réussit malgré tout à s'assoir, serrant convulsivement le cardigan trop grand, dont les manches lui recouvraient les mains. Et souffla sur ses poings, puis se frotta les bras avec application, tentant de se réchauffer un peu. Elle n'aspirait qu'à une seule chose, rejoindre sa chambre et se blottir sous la couette chaude.

La pénombre de la pièce lui parut plus sombre qu'auparavant et elle n'eut pas le courage de traverser l'immensité du salon sans éclairage. Elle finit par se lever, mal assurée, se guidant maladroitement le long du canapé. Et marcha jusqu'au lampadaire posé entre les deux Chesterfield. Où était ce fichu interrupteur? Elle tâtonnait, frissonnante, râlant à voix basse. Ses doigts glissèrent enfin sur le bouton salvateur.
Elle actionna alors le glas de l'obscurité: une lumière chaude et douce inonda une partie du salon.

Son cerveau endolori se mit cependant en alerte: une silhouette se tenait tout près de la porte fenêtre. A contre jour, elle paraissait plus grande. Horrifiante vision qui fit hurler Cassiopée d'un Ah! de surprise et de terreur. D'instinct, elle recula de quelques pas, faillant chuter sur le tapis. Tétanisée, interdite, les yeux rivés sur la forme immobile, il lui fallut quelques secondes avant de reconnaître l'astrophysicien. Elle haleta son soulagement avec force, respirant trop fort, une paume sur son coeur. Pourquoi était-il ici? A cette heure?

Voyons, Cassiopée, il est chez lui...


La française, exsangue, vidée de toute substance, ne sut que dire ni que faire.  Un sentiment de honte lui monta à la gorge et elle déglutit, incapable de quoi que ce soit. Il y avait là, face à elle, un grand gaillard qui n'aurait jamais du se trouver à cet endroit-là, à ce moment-là. Elle se sentit coupable et piteuse. Une fraudeuse prise en flagrant délit. La voix rauque d'avoir pleuré, s'éleva cependant, le ton empli de stupéfaction:

-Que faites-vous là?!

Les traînées noires de mascara sillonnaient ses joues, ses cheveux emmêlés et le vêtement vaste lui donnant un air d'échappée de l'asile. Le visage déformé par les larmes, gonflé de chagrin, affrontait l'homme, malgré tout.
Quel gâchis...Qu'avait-il vu, entendu? Quand s'était-il réveillé? C'était lui, le brigand. Il lui volait son univers, une de ses bulles secrètes. De quel droit?
Il y avait si peu à faire, juste à subir une situation qui la révulsait. Et l'humiliation fut plus forte que la désespérance qui l'avait terrassée. Les dents serrées, elle grommela lâchement en français, “Retournez chez Dubois”*, assurée qu'il ne comprendrait rien.

*La marquise de Montauban se plaignait au Régent du cardinal Dubois qui lui avait dit: «Allez vous faire foutre!»
- Dubois est un peu vif, répartit le régent, mais il est de si bon conseil.

L'Esprit du XVIIIe siècle , Philippe duc d'Orléans, Louis Thomas(1941).
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Alastar Black
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MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyDim 4 Nov - 23:01

Entendez-vous, vous aussi, les maux de la Nuit ? Ses murmures étouffés du crépuscule à la mélancolie élégiaque. Ses vents marmoréens qui glissent et sifflent au rythme de ses chagrins. Entendez-vous, vous aussi, parfois, ses démons malsains dans le cœur de son cœur, dans la voix de sa voix ? Remarquez-vous, vous aussi, comme elle chante si divinement bien, à l'agonie, comme elle souffre si lourdement fort, à en perdre la raison, comme Il lui manque à s'en damner ? Vous laisserez-vous, vous aussi, guider par ses plaintes sans saveur, transporter par ses poèmes sans couleur ? Voyez-vous, comme elle vous ignore alors que vous feriez tout pour l'aider ? Voyez-vous, vous aussi, comme elle se délecte de votre chute, de votre éclipse soudaine, alors qu'elle même ne fait pas un seul effort pour remonter, pour imaginer la vie et sa beauté ? Imaginez-vous, alors, comme elle pourrait si facilement vous tendre la main, traîtresse aux allures charmantes teintée de fragilité déboussolante, et vous emporter avec elle, vous tirer très loin dans l’œil du cyclone ? Riez-vous, maintenant que la folie a atteint votre mal-être le plus profond ? Souriez-vous de vos affres, lorsqu'elle vous déclare que celui pour qui elle pleure chaque noir est mort de ses mains, sous ses draps ? La haïssez-vous, vous aussi, un maigre instant, lorsqu'elle ajoute avec cela, les yeux de l’abîme pour fusil, qu'il s'appelait le Jour, et elle la Nuit, et qu'il ne pouvait en être qu'ainsi ? Et lorsqu'elle se drape dans les ombres de son âme, lorsque seul le Silence poignant, complice de la perverse narcissique, vous accompagne dans votre fin sombre et apaisante... Pleurez-vous, vous aussi ? Quand elle vous supplie de rester à ses côtés jusqu'au bout, les lèvres tremblantes, rouges tentatrices, diseuses de mauvais mensonges, tourbillon d'intelligence au goût Paradis, elle vous dit qu'elle n'a plus que vous... La croyez-vous, vous aussi ? Souffrez-vous, vous aussi, lorsqu'elle se redresse enfin, fière, autant qu'une lumière, de sa noble puissance ? Avec son chaos de toujours, son voile des ténèbres et ses vents somnolents, la fleur du mal refleurit de plus belle. Elle a alors la tristesse et la luminescence d'une élégie romaine aux airs extravagants. Le Jour vit-il jamais une amante plus vile, plus menteuse et plus belle que la Nuit ? Sa verve tragique et ses desseins charmés de royale mort, s'écroulent abondamment sur vous. Mais vous n'êtes plus, n'est-ce pas ? Car vous l'aimez, vous aussi... L'aimez vous ?... La Nuit ?

S'il vous plait, dites oui.

✯ ✯ ✯

L'astrophysicien crut se perdre une énième fois dans sa contemplation abyssale du Rien tendance abstrait. Il ne voyait ni des astres, ni de la Lune, ni du ciel, ni des paysages baignés d'ombres à travers sa baie vitrée ; un intérêt quelconque. L’œil de lynx perdait de sa précision innée, légendaire, dorénavant bafouée, stupide, profanée, devenue quelconque. Son regard se balançait ça et là, se baladait nulle part et ailleurs, se fatiguait maintenant et après, sans ne trouver aucun point fixe où se poser. Il voulut alors clore ses deux onyx, voir s'il ne craignait plus la Nuit, s'assurer un contrôle sur sa destruction doucereuse. Mais ce n'était pas ainsi que les règles avaient été fondées.

Que crois-tu, gamin, c'est à toi de forcer le destin ! Il n'y a aucune fatalité qui soit. Tu es le seul à t'emprisonner. Sache qu'il existe toujours un moyen de s'évader.

Un sourire d'avant voulait s'immiscer dans le présent, alors que la voix du Professeur Orion revint après tout ce temps jusqu'aux oreilles du petit garçon rêveur qui n'était plus, jusque dans sa tête, jusque dans ses principes inébranlables, pour l'éveiller quelques secondes de plus encore, comme il l'eut toujours fait. Mais il était bien tard maintenant et la courbe au creux de ses joues ne vit jamais la Nuit.

Soudain, la lumière brilla dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’eurent pas arrêtée. Alastar cligna deux trois fois des yeux pour s'habituer aux nouvelles lueurs qui éclaircissaient le salon, mais ne bougea pas d'un millimètre. L'autre créature oubliable, qui n'avait plus fière allure, s'était éveillée à son tour. Il entendit un petit cri d'effarement qui lui décrocha un soupir. Se voulant railleur, il survint sans aucune couleur, presque difficile à émettre. « Le plaisir est partagé... Vous m'avez manqué, vous aussi. » murmura-t-il, mais les mots moururent dans sa gorge en un grognement. Celui de la Bête mécontente, dérangée dans sa miséricorde. Il ne chercha pas à se retourner, lui faire face et l'intimider. Sa question l'étonna, cependant. Et un instant, il se surprit à ne pas savoir quoi lui répondre. Que faisait-il donc ici ? En voilà une excellente question pour un idiot personnage telle que la voleuse de nom de constellation. Et, pour une fois, il aurait bien aimé répondre qu'il ne savait fichtrement pas ce qu'il faisait là. Ou plus simple, mais trop simple, qu'il était chez lui et qu'il serait donc plus logique que ce soit elle qui s'explique sur sa présence... Mais repartir dans les débats stériles ne l'intéressait pas ce soir et au vu de l'état de la gamine au bord de la falaise, il se doutait bien qu'elle ne l'aurait pas suivi de toute manière. Au lieu de quoi, il tabla tout de même sur une réponse froide, aux tintements purement hypocrites « Je fais mon travail, naturellement...  Il se retourna finalement pour lui faire face, impassible, il planta son regard dans le sien, ignorant totalement son état pitoyable, et vous, que faites-vous là ? » Peut-être allait-il trouver un remède à ses songes trop bavards en la présence de sa française. Le temps de jouer avec la pauvre Cassiopée Desnuits, il oublierait tout ce qui l'entourait pour ne se focaliser que sur une unique proie. Il ne s'en voudrait même pas, pas pour le moment. Elle n'avait qu'à pas être là, devant lui, avec cet air si abattu, si vulnérable, si suppliant. Elle n'avait qu'à être courageuse (certains auraient dit lâche, ces imbéciles) et fuir, là, maintenant, tout de suite. Il se serait longtemps moqué d'elle, c'était une certitude, mais cela aurait été un si petit mal pour un bien tellement plus bon pour son âme aux attraits pures. Mais pour le moment, elle ne bougeait pas, sa folie lui reprenant tout à coup. La démente à la verve romane, et il tiqua un instant, amusé par la signification des mots qu'il eut compris sans qu'elle ne s'en doute un seul instant. Pas l'once d'une moquerie, pas l'once d'une pique à lui retourner. Il fallait croire que la folle le perdait avec elle, mais elle ne l’emmènerait certainement pas dans sa pathétique déchéance. Il était déjà bien trop bas. Elle ne saurait jamais l'atteindre.

Que faites-vous là, à pleurer chez moi, Cassiopée ? Allez-vous-en ! Je sais que vous, vous ne l'aimez pas, la Nuit.
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Cassiopée Desnuits
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Cassiopée Desnuits
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MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyDim 25 Nov - 21:37

Cet horrible frémissement intérieur
Où les sentiments contradictoires
Se heurtaient les uns contre les autres
Claquant leurs ossements glacés dans la Mort
Ces douloureuses pensées
Subrepticement surgies sans heurt
Où les pans d'un bref exutoire
Se mouvaient les uns après les autres
Scintillant de leur agonie lassée de ce néant d'or
Cette honte douloureuse
Ô liquéfaction suprême ombrée
De l'humiliation rampante qui s'enroulait autour de l'intelligence maltraitée
Cette peur irrationnelle têtue d'absurdité
Cognant les artères nauséeuses
Rétrécissant les viscères emportées
A travers le tempo infernal de spasmes silencieux.

En Fin, cette colère, sourde et muette, prisonnière d'un éréthisme contenu, ligotée par ce pouvoir malfaisant que la Victime octroyait au Bourreau.
La trans-Fusion d'une être dominée par la puissance maléfique du mépris.
L'insulte ultime de l'Empathie: l'Indifférence, érigée en système dictatorial.

Implacable et si efficace.

Cassiopée se sentit clouée au pilori de l'injustice. Il réussissait à l'épingler en plein vol, pauvre papillon en sursis d'insouciance, pétrifié au milieu d'une géhenne sans chaleur ni couleur. L'épingle de l'assassin s'enfonçait dans le cœur tendre, crucifiant le petit insecte sauvage au centre d'un entre-deux verres de perpétuité froide et solitaire. Étrange image qui la fit suffoquer. Il ne se retournait même pas. L'outrage de la mésestime à la générosité. “Le plaisir est partagé... “ L'abomination de la malveillance à la bienveillance. Se fut-elle métamorphosée en une somptueuse sculpture d'art, héroïne mutique d'une impossible émotion, qu'il n'y aurait jeté la moindre attention. Rien ne trouvait grâce à ses yeux. Une pièce tragique de fantômes. Aucun spectateur, aucun acteur. Quelle triste destinée, quelle morbide  jubilation. Un monde à l'envers, affreusement perdu.
Le corps insalubre encore, Cassiopée ne fit rien pour s'extirper de ce bourbier. Clapotant dans une situation imprévisible,  le cercle noir de ses pupilles dilatées dévorèrent celles, lointaines et inaccessibles d'Alastar qui avait fini par daigner lui faire face.

Mais leurs regards s’enlacèrent. L'un et l'autre intoxiqué par son propre poison.
Aucun n'eut conscience qu'une onde invisible les lia à ce moment-là.

Le chagrin de la mort scellant une compréhension muette.
La compassion insolente gravant un espoir aveugle.
L'amnésie du ressenti  enchâssant la douleur.
La rencontre impromptue d'un ectoplasme délétère qui se baladait dans la nuit, carambolé à une folâtre euphorique.

Leurs fragrances d'errance emplissaient toute la pièce.

Son âme expire ces vers comme son cœur te respire
Et l’absolu divin s’épanche de mille beautés
N’exauce en l’infini que la mort de ton ire
Puisse t’elle, ô doux rêveur, te guider aux étoiles
Harmonie céleste et si douce pureté
Elle en est tant émue qu’elle effleure le Voile
S’extasiant des plis tièdes de toute l’éternité


Son premier mouvement avait été une colère de révolte. Il n'avait rien à faire ici. La belle ironie! Mais Cassiopée, au-delà de son pitoyable état, ne pouvait empêcher son infaillible flair de détecter sa détresse, ce cœur brisé. Définitivement?...
Un glas de vie ambulant qu'elle aurait pu toucher. Tout, de Lui, gémissait son malheur.
Elle voyait l’invisible : le plasma de douleur coulant silencieusement de tous les pores de sa peau, de son regard, de ses mouvements sans rythme. Il n'existait aucune alternative.
Au milieu du clair-obscur de l'improbable séjour, le monde ne respira plus.
L'innommable linceul de cette Vie qui n'était plus, l'observait, ironique et acide. Elle se revêtit alors du manteau infâme de la contenance.
Croisant les bras sur les manches trop longues, elle railla, malgré tout, de cette voix abîmée par les larmes, quoique doucement assurée:

-Je fais mon travail, naturellement.

“Même si ce soir, je déteste ce qui te ronge, je hais le masochisme de ton chagrin, j'exècre ton arrogance...Et... je suis si fatiguée”.

Les larmes reprirent leur cheminement sans bruit, s'écrasant avec une lenteur agonisante sur le moelleux du tapis. Ô Alastar Black, si tu savais la douleur que ton comportement lui inflige.
Elle ne fit rien pour les arrêter.
Elle avait subi la mort à douze ans. Et nombreux avaient été ces moments insupportables où elle s'était retrouvée seule, absolument seule, face au chagrin. Il avait bien fallu les encaisser malgré tout, sans artifice, sans échappatoire. La souffrance, brute et pure. Un creuset de douleur à sublimer pour ressusciter.

Allons donc, Alastar, crois-tu qu'une telle âme, allait te laisser l'anéantir? Elle t'offre son humanité sans pudeur, brûlante d'authenticité. Elle ne lâchera jamais mais tu ne le sais pas encore. Tu ne sais pas que c'est grâce à ses fragilités que peut-être, tu reprendras pied. Non, tu ne le sais pas encore...

De prime abord, on voyait une pauvre fille décoiffée, épuisée de cafard, les yeux rougis, dévastée d'impuissance. Il y avait une impasse à fuir. Dépêche-toi Cassiopée! Abandonne tout, abandonne Le et oublie! Oublie Le! Retourne à la douceur de ton ancienne vie confortable!

Mais...Scrutez un peu plus subtilement, déchirez le voile des apparences. Du haut de sa faiblesse, la Femme défie l'Homme. Libre, elle pleure avec vérité , affranchie de son jugement. Elle plie mais ne rompra pas *. L'héroïsme de celle qui fait ce qu'elle peut.  
Et si elle échoue? Eh bien, qu'elle soit heureuse ainsi! C'est sans doute qu'elle ne peut davantage. Pourquoi vouloir plus? Pourquoi se chagriner de ce qu'elle ne peut faire?
Un héros, n'est-ce pas celui qui fait ce qu'il peut? Comme elle peut, c'est suffisant!

Malgré son ras le bol, l'ancienne psychologue restait elle-même. Un trésor qu'elle lui offrait sans le vouloir. Une réponse rassurante à sa vérité d'humain qu'il foulerait aux pieds sans émoi ni reconnaissance d'être. Était-ce si dramatique au final?
Elle se mit à sourire, pendue à sa présence telle une damnée, tout à la fois anesthésiée, dévastée et emplie d'une dignité d'impératrice.

-Allez-y, Monsieur Black, achevez-moi. Libérez-vous de mon horrible présence. Une bonne fois pour toutes. Délivrez-vous de ce calvaire.

Les résidus d'alcool œuvraient encore, l'épuisement accentuant une acédie fulgurante. Mais, à l'inverse du maître des lieux, la française la vivait exclusivement pour elle. Elle lâcha enfin ce regard qui la noyait dans une folie consentante. Et fidèle à ses propos, marcha, telle une dépouille languide, jusqu'au mur près de la cheminée. Elle y décrocha un sabre rutilant.
Elle se traîna alors vers Lui, tendant le manche d'ébène, ses yeux d'abîme s'égarant dans le bleu azur des siens.

-Ite missa est.**

Cassiopée avait le sang blanc.

*D'après le chêne et le roseau, Jean de la Fontaine
** La messe est dite


C'était, dans la nuit brune...

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Alastar Black
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyVen 7 Déc - 21:20

Dark Piano - Urges

Voici venue la mort du ciel. Et les cœurs en peine, et les pauvres cœurs, dansent dans les airs la valse mystique. La lune perd l’argent de son teint clair et blanc. La lune tourne en haut son visage de sang. Toute étoile se meurt : les prophètes fidèles du destin vont souffrir d'éclipses éternelles. Aux heures des désirs de mort, pas un souvenir n’est resté, pas une dentelle d’été. Tout se cache de peur : le feu s’enfuit dans l’air, l’air en l’eau, l’eau en terre ; au funèbre mêler. Depuis la cité des pleurs, tout beau perd sa couleur.
La vue d'Alastar se voilait inexorablement d'ombre azur alors qu'il se dessinait parfaitement sur les sentiers sinueux de sa Nuit, chaque maigre sentiment, chaque brisure courageuse qu’étreignait cette pauvre silhouette désarticulée qu'il se plaisait tant à imprégner de ses sombres paysages aux allures pandémonium. Cassiopée Desnuits.

Mais, elle, n'était pas de ces mélancoliques peureux.
Elle avait la bravoure des malheureux.
Il pouvait sans mal le voir hurler de rage dans ses yeux.
Que pouvait-elle bien avoir de plus qu'eux ?

Avec désinvolture glaciale et une volubilité fallacieuse, l'intrus qui (sur)vivait bien chez lui, répandait machinalement son venin sur autrui, plongeant son corps ivre de poison en un déguisement de mondanité. L'ivresse larmoyante de la française, était, quant à elle, palpable et clairement mise à nue. Il aurait été si simple de l'achever. Elle s'était jetée elle-même dans la gueule du loup, un soir de pleine lune. Mais le loup aimait jouer, voir dégouliner les larmes de sang avant de tuer. C'était là les pleins pouvoir injustes d'un dictateur de la douleur qui en rit autant qu'il en pleure. L’infini cruauté d'un mal qu'il avait fini par épouser et qu'il se devait de faire régner sur tout son royaume malchanceux. En une fraction de seconde à peine, les deux onyx pesèrent si lourd dans ses deux lagons nuageux, si lourd sur la conscience qu'il se senti violé dans toute sa fragilité, son intimité insaisissable où avait, semblait-il, jadis, vécu ce gamin des étoiles dans ces bribes de souvenirs brumeux qu'il s'amusait à avilir. Automutilation réconfortante. Un petit être au petit cœur rêveur qui venait de rencontrer pour la toute première fois la femme de sa vie. Et qui la perdrait inévitablement bien des années après.

Comme un baume sucré, écœurant d’absurde, d'immense pitié, intense et inévitable, venu recouvrir son cœur encendré. Comme un éclair en plein Été qui déchirerait l'âme d'un damné cloîtré tout du haut de sa tour. Alastar ne voulait pas de ce regard. Alastar préférait encore y lire un mépris partagé, un semblant de colère qu'il aurait lui même élevé au plus haut, une lueur d'abandon, de soumission incontestable face à l'impossible absolution, pourquoi pas de la peine, il la savait plus mauvaise, pour que la Fin survienne à son tour. Mais celle-ci était déjà arrivée, plus dévastatrice que jamais, bien trop tôt et bien trop laide. Il était trop tard. Si elle savait. Il était si tard.

Il ne parvenait plus à voir où tombait la voix qui s'en allait dans la nuit barbelée, la part maudite de l'ombre. « Vraiment ? J'ai comme l'impression que vous échouez lamentablement dans votre tâche....... vous aussi. » Un murmure de lèvres contaminées. Un faible mouvement de poignet érodé. Et son voyage des maux l’essoufflait alors, tant il s'épuisait à la brisure des heures à desceller le temps en un trajet de pure malédiction. Pure perte d'identité. Il s'en irait seul ! Foutu encéphale, viendra le jour où le tiens viendra.

Sans qu'il ne puisse rien y prévoir, les salines reprirent effrontément leur course contre le chagrin ; elles se pavanaient, là, devant lui, fières, belles. Il suivit l'une des douloureuses coureuses avec une extrême attention, une infinie précaution, happé par la tendresse de la détresse qu'il savait avoir causé. Après quoi, son regard s’oubliât sans ne chercher à retrouver celui trop certain de ses maux, la mer avisée de la jeune femme.

Infiniment, l'Autre s'était épris de la Cassiopée qu'il connaissait, qu'il pensait un minimum comprendre... si peu, mais vraiment trop. Celle, qui, rayonnante tel l'ange Gabriel, ne cessait de vivre et vouloir faire vivre son prochain. Là, il avait face à lui la guerrière tombée au combat, pire encore, la traîtresse, la princesse exilée, la désertrice fuyant lâchement ses devoirs pour, qui plus est, finir sur une terrible fausse note de laisser aller, de cette stupidité sans équivalent qu'il répugnait plus que tout. Non, cette image ne lui plut pas. Ce paysage fané n'avait aucune saveur. Pour le moment, du moins. C'était bien trop simple. Étrangement, il en était même déçu. Mais pour être déçu du comportement de Cassiopée, ne fallait-il pas d'abord qu'il l'eut considérée à un moment donné, peu importe de quelle manière et avec quelle intensité ? « Vous êtes parfaitement pathétique... Pathétique et terriblement pleurnicharde... Voilà qui est original. Voilà qui est surprenant. » claqua l'accent ironique exagéré contre les dents acérées de l'anglais. « Sans me venter je suis une tragédie ambulante relativement légendaire, » continua-t-il aussitôt sur un ton condescendant remarquablement impérial, « alors si vous pensez un seul instant pouvoir me faire de l'ombre avec vos gamineries... » Il avait forcément le monopole de la tragédie grecque, ne lui en déplaise sa jalousie. Il avait patiemment appris à casser la logique de la semi-colère qui s'était délicatement immiscée dans sa voix pour scinder aimablement la mélancolie qui recouvrait fielleusement la rouquine. Mélancolie ridicule. Larmes ridicules. Ivresse ridicule. Tout d'elle ne lui inspirait qu'idiotie. Voilà ce qu'elle était : une parfaite petite française parfaitement idiote, et il était fatigué.

Comment pourrait-il remporter dignement sa partie d'échec si l'adversaire, vaincue avant même d'entamer son premier tour, retirait déjà un à un ses propres pions de l'échiquier pour le laisser en plan jouer tout seul ?

Lentement, dans un silence absolu, caressant le tapis de ses pas panthère, l'astrophysicien vit son ombre arrière le pousser au devant pour venir sans hésiter un seul instant récupérer l'arme qu'elle lui eut tendue stupidement. Il manqua d'effleurer les doigts de la jeune femme, apportant une minime source de chaleur humaine dans toute sa froideur malade depuis si longtemps. Ses yeux vinrent emprisonner ceux rougies de détresse de la française. Ils leurs proposèrent timidement une danse, douce valse enjôleuse, malveillante, durant laquelle la mer agitée que rien ne pourrait arrêter saurait hypnotiser la brume douloureuse des anciens jours heureux.

« Mademoiselle Desnuits,

Si je pouvais trouver un éternel sourire,
Voile innocent d’un cœur qui s’ouvre et se déchire,
Je l’étendrais toujours sur mes pleurs mal cachés
Et qui tombent souvent par leur poids épanchés.

Renfermé à jamais dans mon âme abattue,
Je dirais : « Ce n’est rien » à tout ce qui me tue ;
Et mon front orageux, sans nuage et sans pli,
Du calme enfant qui dort peindrait l’heureux oubli.

Dieu n’a pas fait pour nous ce mensonge adorable,
Le sourire défaille à la plaie incurable :
Cette grâce mêlée à la coupe de fiel,
Dieu mourant l’épuisa pour l’emporter au ciel.

Adieu, sourire ! Adieu jusque dans l’autre vie,
Si l’âme, du passé n’y peut être suivie !
Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir,
À quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir ?
»

Lourdement, le sabre tomba sur le sol. Effrontément, il lui offrit un faible sourire cajoleur... diablement trompeur. Depuis la cité des pleurs, tout beau perd sa couleur.

« Ceci ne vous appartient pas. » fit Alastar dans un dernier souffle dédaigneux, désignant d'un signe de tête le cardigan que Cassiopée portait tant bien que mal emmitouflé tout contre elle. La césure fut brutale. Il avait repris son ton cassant et son attitude polaire. Et aussi éphémère que dura cet instant d'intense proximité funèbre, l'anglais tournait déjà le dos à sa pauvre tragédienne pour quitter la pièce. La caféine l'attendait en cuisine, il aurait bien ajouté que sa congénère la cocaïne en faisait tout autant, mais il lui avait déjà assez tenu compagnie pour la nuit.

*Marceline Desbordes-Valmore
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Cassiopée Desnuits
"Il se recula prestement quand il l'entendit émettre un son suspect..."
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyDim 23 Déc - 19:50

La Rivière mortifiante*

Nature, mère du paradis, de chez nous
D'aucuns, conquérants du succès
Atteignent et gravissent les cimes timides du ciel,
Mais je ne puis triompher face à la rivière

J'ai défié les sylves, fissuré la gravelle
J'ai consolé le mistral, tempéré les braises
De ma seule volonté, je les ai bravés
Et je demeure impuissante face à la rivière

Mon ange, dis-moi, qu'ai-je bien pu faire ?
J'ai arpenté les terres en colère, les tornades et les flammes
Je suis devenue reine des continents, depuis mon trône j'ai souri
Comment puis-je apaiser la rivière ?

Peu d'importance ont les victoires
Si elles prennent bien plus que du courage, trop illusoire
Ouvre ton cœur, tends-moi la main
Ou tu ne traverseras jamais la rivière.

Les mots et les maux ne suffisent plus,
L'or et les poings non plus
Tends-moi la main, joins mon chemin
Et, ensemble, nous traverserons la rivière

(Nature, mère du paradis, de chez nous)
Les mots et les maux ne suffisent plus
(D'aucuns, conquérants du succès)
L'or et les poings non plus
(Atteignent et gravissent les cimes timides du ciel)
Tends-moi la main, joins mon chemin
Et, ensemble, nous traverserons la rivière

(J'ai défié les sylves, fissuré la gravelle)
Les mots et les maux ne suffisent plus
(J'ai consolé le mistral, tempéré les braises)
L'or et les poings non plus
(De ma seule volonté, je les ai bravés)
Tends-moi la main, joins mon chemin
Et, ensemble, nous traverserons la rivière

Et, ensemble, nous traverserons la rivière
Et, ensemble, nous traverserons la rivière

Nature, mère du paradis, de chez nous
Et, ensemble, nous traverserons la rivière
Et, ensemble, nous traverserons la rivière

Nature, mère du paradis, de chez nous
Et, ensemble, nous soignerons la rivière
Et, ensemble, nous aimerons la rivière

*(Merci très sincèrement à LJD Alastar Black pour la traduction)


Les sentiments liés déferlaient cruellement sur son cœur. Elle ne cherchait plus à lutter contre le ressac d'émotions qui la dévastait. Emportée et maltraitée par le roulis d'une tempête apocalyptique, elle se laissait aller à la désespérance des agonisants.

Elle subissait les tortures que l'anglais lui infligeait, s'abandonnant à la Malédiction d'une fin de non-recevoir: Il refusait le Graal de la rédemption. Garde baissée, elle ne combattait plus. Agenouillée aux pieds de la Défaite, enchaînée à ce chagrin inconsolable qui le détruisait, a contrario, elle devint libre, libre de cette liberté insolente de ceux qui n'ont plus rien à perdre, qui n'attendent plus.

Mais...Chuuut...Fermez les yeux...Coupez le son des bruits de votre vie... Ne vous méprenez pas! Écoutez dans le creux de votre oreille, le mélodieux chuchotement du destin. Il vous souffle, niché là-bas, dans l'intimité d'une alcôve secrète de son âme:

“... Je suis l'Espoir, je ne suis qu'assoupi... J'attends mon heure...Je suis le gardien perpétuel de la foi en la Vie... Le corps exsangue de mon hôte abrite le secret d'une résilience immortelle...Je me repose...Pour mieux revenir...Elle se souviendra...Elle n'oubliera pas...Elle n'oublie jamais.”

Le Démon cognait et cognait mais, dociles à l’indicible promesse, les incantations assassines ne parvinrent pas à la toute Fin.

Pour l'heure, elle avait échoué. “Lamentablement”. Elle “aussi”. La réponse fut irréprochable d'honnêteté: “oui”, dépouillée à l'extrême, à demi audible.
Elle, abdiquait sans faux semblant et se confrontait à une reddition acceptée humblement, inscrivant un instant de Vérité dans un présent consenti.
Lui, travestissait son désespoir et esquivait un cataclysme répugné, orgueilleusement, incrustant une perpétuité de Mensonge dans un futur réprouvé.

C'était là, tout simplement, que se situait le point de rupture.

Alastar...Alastar...Cassiopée souffre du syndrome du Phénix...N'as-tu pas compris? Ou bien...Tu ne peux y croire...? Tu crois savoir mais tu ne sais pas...Tu ne sais pas...Alastar...Alastar...

Elle ne le quittait pas du regard, frémissante au sien, qui, soudain, s'attarda à suivre impudiquement, la fuite d'une larme s'écrasant au sol. Trop éloignée, elle ne put remarquer la prévenance de cet intérêt fugitif. Trahie par l'excès de peine, elle crut qu'il se moquait. Encore. Et attendit le glas final qui ne tarda guère à s'annoncer. Les mois passés en sa terrible compagnie lui avait appris, à ses dépends, que l'astrophysicien n’ensemençait pas ses sarcasmes à la volée. Non, il cultivait l'art de la cruauté en labourant profondément. “Pathétique...Pleurnicharde...”. Son cerveau ne retint que ces deux mots, déchiquetant le peu d'énergie qui lui restait.
-Légendaire...avec mes gamineries..., répéta t-elle dans un douloureux susurrement.
Elle se sentait perdue, atrocement seule, si parfaitement incomprise. C'eut pu être risible si les circonstances avaient été moins tragiquement sensibles.

Le flot ininterrompu des perles salées lui brouillait la vue. Une brume légère ondulait aux contours de l'homme ténébreux. Pour un peu, il se serait élevé de terre qu'elle n'en eut pas été plus surprise que ça.
Et cette sublime dureté, silencieusement criante, perçant la voix grave et masculine, la piqua mortellement. Elle ne s'en sortirait pas. Pas ce soir. Il n'y avait plus rien à faire ni à dire. Elle était vaincue, crucifiée par toutes ces semaines, ces mois trépassés de combat en bataille rangée où il ne restait rien. Presque rien. Si peu.
Il n'y avait plus qu'à consommer le sacrifice ultime. Qu'il aille au bout de sa détestation, buvant jusqu'à la lie, l'absolu refus de l'Espoir.

Qu'il LE tue, en vérité.
Qu'il LA tue, elle, incarnation vivante d'un possible.

Face à l'icône maléfique, dont les traits sculptés par la méchanceté, irradiaient l'impossible miséricorde, la française, d'instinct, retrouva sa langue maternelle. Et prononça en messe basse, pour elle-même, une vérité survivante:

- Bénis soient mes échecs. Je leur dois tout ce que je sais *.

Paupières fermées, elle s'imprégna des mots clairvoyants, priant de ne pas sombrer dans une folie suicidaire. Quelques secondes, il n'exista plus.
Instant surréaliste s'il en était. Elle s'achevait en une ombre défunte, clouée sur l'apothéose d'un chagrin capitulant.

Elle ne se rendit pas compte qu'ils faillirent s'effleurer la main. Ô chimérique tendresse! Irrecevable. Inouïe d'inaccessible.
Toute proche et si lointaine à la fois, elle entendit sa respiration. Ensorcelée, elle fut incapable de fuir alors même que leurs prunelles sinistrées fusionnèrent. Prisonnière de ce désert d'amour qui la hantait, elle écouta, pétrifiée, le Maître du Mépris, interdite, hébétée de tant de beauté soudaine.

Et,
Quelque chose se produisit, au-delà du temps, au-delà de l'espace, au-delà d'eux-mêmes.
Et,
Quelque chose fut singulier, mais elle n'était guère en état pour l'identifier précisément.

Tout d'elle l'enregistra cependant. Quelque chose ressurgirait, tôt ou tard...
L'arme s'affaissa en un bruit sourd. Évidemment: Il était incapable d'aller au bout de sa haine. Elle le savait, au fond.
Et la pièce s'emplit d'anges célestes car...Tout à coup, Il sourit. Un sourire fragile, si fragile. Mais l'image marqua l'âme de Cassiopée au fer rouge.

Il avait souri! Elle ne vit que cela.

Alors, dans un geste irréfléchi, spontané d'amour pur, elle saisit dans ses deux mains celle qui venait de lâcher dédaigneusement la lame. Éperdue d'émotions brutes, elle ne réalisa même pas qu'il était déjà retombé dans l'enfer de l'indifférence. L'instant d'exemption ne dura que quelques secondes. C'était terminé. Elle recula, d'instinct.

La remarque fusa, glaciale. Son corps se mit de nouveau à trembler de toutes parts. Elle en claquait des dents, et très vite, il tourna les talons et disparut de sa vue.
Le coup fatal.
Mais aussi, ce sourire, cette poésie merveilleuse, si inattendue...Auraient-ils été proches...? Une fraction de grâce...?

La tête vide et souffrante, elle se sentit chanceler. Pourquoi était-il parti aussi brutalement? Était-elle si mauvaise qu'il ne supportait plus le simple fait de la voir?
Le sabre gisait, magnifique dans le silence claustral. Ça et là, quelques reflets de lumière s'épanchaient sur le métal poli. Elle se perdit dans une contemplation hagarde, figée sur les tâches luminescentes. Et si...L'idée macabre lui effleura l'esprit.
Mais la reviviscence reprit ses droits car au même instant, au-dehors, les nébuleuses qui assombrissaient la Lune, s'effacèrent et le chatoiement céleste refit surface. Le cercle d'argent brillait de mille éclats et diffusait déjà la promesse d'une nouvelle aube.

Elle ne put s'empêcher de sourire à la Belle noctambule. Tant de majesté...Les yeux secs, évidée, elle s'enivra du nectar d'immortalité de l'existence: la capacité de s'émerveiller. Elle huma le doux arôme de la nuit et la somptuosité astrale l'a combla sans bruit. Il lui semblait admirer le ciel pour la première fois.

L'éblouissement clandestin finit par se tarir. Alors, lentement, obéissante, elle retira le vêtement  et le plia avec soin. Plus rien n'existait, tout n'avait aucune importance.
Ahurie de paix, d'épuisement et de froid, elle se traîna jusque dans le couloir. Au loin, le halo blanchâtre de la cuisine s'étalait sous la porte, tâchant le sol. Elle hésita. Tant de dégoût...Mais tant de magnificence alentours.
Il suffisait juste de regarder en haut.
Ses pieds glacés la menèrent péniblement. Elle abaissa la poignée sans frapper. Peu importe qu'il répondît, peu importe qu'il l'ignorât. Demain serait un autre jour.

-Votre cardigan.

Il n'y avait plus qu'à monter dans la chambre et dormir. Dormir...Mais ses dernières forces l'abandonnèrent. Trop d'alcool. Trop d'émotions. Trop d'épuisement. Trop de souffrance. Trop de manques. Elle s'effondra au ralenti, le crâne choquant la chambranle.

Un mince filet rouge commença à s'épancher sur le côté de son visage.

*Emil Cioran

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Alastar Black
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyJeu 27 Déc - 17:25

Zack Hemsey - "Life In Solitude"

Aussi fort que l'opium, le parfum lyrique de la mélancolie émerge de la splendeur des abîmes. Et je le sens fleurer sa peine apprivoisée depuis les bas fonds de ma crypte. Et je le sens s'extasier de ce chaos imaginé, se prétendre plus sombre encore que celui qui m'a adopté. Quelle métastase effrayante en son cœur éploré. Soudain, je ne sens plus rien, je n'entends plus qu'elle se moquer de notre ressemblance douteuse. Je la reconnais bien là, mauvaise trompeuse sans âme, mais elle est différente en compagnie d'autrui et je ne lui ressemblerais jamais. Elle se veut plus jolie. La Nuit. Je ne vois que mon œuvre si belle et si cruelle saccagée par mes soins, elle, imagine dors et déjà mes sombres desseins à venir, me susurre chaudement, ses griffes étreignant mes cicatrices, de vils plans qu'il me suffirait d'asservir. Aucun espoir n'est plus alors espéré. Ni pour moi, ni pour Cassiopée. Le fruit d'un désastre ineffaçable au bout de mes maux. Je l'admire. Je ne sais faire autre chose. Petit à petit, mes sens en alerte, je m'éveille. L'insomnie du poignard à reluire s’immisce dans mon sang au creux du silence. Une somme d'érudition, la blanche scientifique de l'insomnie à travers le décompte des christelles épineuses. Blanche extermination, l'inexistence fondamentale. Ma drogue obscure jusqu'à la lie, mon paradis grandiose et fou. Je me perds dans mon délire, tout sourire, le génie de mes loas furieux. Mes feux d'incertitudes la fusillent, la mordent et la caressent et rien ne vient les contrer. Mes utopies improvisées s'amusent sur deux vies incompatibles. Mes croix inverses et mes contradictions m’écartèlent, me brisent et me détruisent. Je tente désespérément de décrypter les couleurs de la douleur en l'infini sable de larmes de Cassiopée. Le bleu du ciel d'Été devient ébène. Le rouge de la passion spontanée devient vermeil. Le blanc de la pureté immaculé s'évanouit, ne devient Rien. L’œuvre d'art ne transporte plus. Elle pousse quiconque oserait l'admirer de trop près au bord de ce fameux précipice qui sépare les vivants des damnés. Et pour la première fois, je la trouve magnifique. Déloyal et royal qu'un ange tout près de moi disparaisse tendrement dans la perversion de la souffrance. Mes mots spadassins sont une perfection poussiéreuse en un lieu de douleur. Au goût de ma folie, je reconnais d'un coup le gourou de ma roue. Une révolution avortée au chavirement des cauchemars. Il n'y aurait presque plus d'espoir.

Crois-tu seulement qu'il n'ait jamais existé, Cassiopée ?

La pitié l'étouffait, l’écœurait et le piétinait sans aucun remord. N'était-ce pas supposé être elle, la seule et unique souffre douleur parée à toutes sortes d'horreurs ? Mais voilà qu'elle flanchait, qu'elle sombrait et lui donnait tort. Quelle idiote. Et voilà qu'il oubliait, philosophait et se ridiculisait. Quel imbécile.

Ses mots soigneusement méphistophéliques flottaient depuis trop longtemps sur les rives séparant chacun des deux paysages blessés et Alastar crut avoir un haut les cœurs tant tous ces mélanges hétérogènes lui donnaient le tournis, le mal de Vivre. Sa vision s'empourprait de confusion, de ce mystère chimique et vaporeux, malade, au rythme de sa perdition, de la sienne, à elle, il ne voyait que, languide, la Mort se déhancher dans ses prunelles. L’œil de chat, merveilleux, attendrissant, malicieux, déguisement de méfaits à venir. Seigneur du Mal s'émouvait enfin de trop de sommations. De trop de sang sur ses murs ingrats.

L'effarement, en son état le plus effrayant. Le contact qu'elle lui imposa, croyant déceler un instant de pure folie, l'éclat de sincérité qu'il eut à lui proposer en un spectacle des mots de beauté dangereuse, le brûla jusqu'au plus profond de ses veines. Les yeux clos, il retira prestement sa main et se recula de quelques pas. Le geste fut violent et radical. Les mots se devaient de l'être tout autant :

« Je ne peux rien pour vous. »

Vous ne pouvez rien pour moi.

Grondement sourd et spirituel, sentencieux et sempiternel, du dragon ténébreux. Monstre horrifique, esseulé, miséricordieux, craint des plus preux chevaliers, du plus royal des roi et du plus loyal des peuple. Le royaume de Lumière cachait une si sanglante bête dans les bas fonds de ses cachots, qu'il était impossible pour les gens de concevoir une telle entité sans n'être un jour tombé soi même en face à face avec la Mort, qu'elle semblait représenter si dignement. La menace d'un souffle de suie, de feu gardé au plus profond d'un cœur qui avait cessé de battre il y a des siècles de cela. Au creux des plaintes du visiteur en pleur, pauvre âme égarée, mais troublée, ne résonnerait pour Personne cette douleur que ne pouvait pourtant comprendre que trop bien l'Animal fantastique. Dérangé dans son hibernation noirâtre inventée par ses soins, dernier de son espèce, le dragon pleurait les siens en maudissant de tout son pouvoir démoniaque tous ceux qui avaient encore les leurs à protéger, à aimer et à haïr. Lui n'avait personne d'autre que lui même.

Au fond de sa grotte, il reposait sa tête lourde sur ses deux longues pattes et vint recouvrir de l’une de ses gigantesque aile ébène, la pauvre âme qui vint se réfugier tout contre son cœur. Le voile opaque recouvrit la malheureuse, l'étouffa sereinement, et l'on ne la revit plus jamais.

Attendait-elle seulement quelque chose de sa part ? Oui, il l'avait lu dans son regard.
Voulait-elle seulement de son aide pour s'échoir ? Oui, il était le seul à connaitre le goût acre de ses déboires.
Allait-il l'aider d'une quelconque façon ? Non, pour rien au monde il ne se plierait à son abandon.

L'esprit rafraichit, la solitude, vile meilleure amie, tint de nouveau compagnie à l'anglais s'étant cloitré dans sa cuisine. Un instant de pure désolation. Plus rien n'avait d'importance, Cassiopée, son trépas et cette déchéance qu'elle voulait lui copier ne faisaient plus sens. Pas même Melody ne savait résonner dans son esprit. Pas même Melody.... Alastar aurait juré ressentir la caféine courir dans ses veines comme le faisait la cocaïne, mais il savait qu'il ne s’agissait là que des fantasmes de son pitoyable corps maltraité, las de ne pouvoir s'affaisser l'espace d'un maigre instant tout contre un oreiller.

Bientôt, la réalité vint l'affronter sans qu'il ne soit armé pour lui faire face, et, violemment, le visage pâle de Cassiopée s'imposa au sien. Sa voix d'ange chevrotante. Sa silhouette vacillante. Son regard hypnotisant. Il aurait pu prévoir mais il n'en fit rien. Quelques mots et une chute au palier du vertige pour que tout Oublié se Souvienne. Un soupir agacé s'extirpa des lèvres d'Alastar et, avec une lenteur exquise, il déposa enfin la tasse de porcelaine emplie du liquide addictif qui l'eut réchauffé durant quelques instants éphémères. Sans un regard pour la française, il s'agenouilla élégamment et récupéra le vêtement. Finalement, il souleva sans aucune difficulté le corps frêle gisant sur le sol de sa cuisine et quitta la pièce sans un mot.

✯ ✯ ✯

Son fardeau déposé maladroitement sur le canapé de son labo, il en pris soin rapidement et le délaissa à ceux, plus attentionnés, du sommeil dont le cœur et l'âme de la jeune femme quémandaient l'entière attention. Lui, était le sauveur/fauteur indigne. Il n'avait rien à faire là, auprès d'elle. Seul le cardigan qu'elle lui eut rendu royalement pourrait la recouvrir de nouveau, pourrait être l'unique signe de son attention néfaste et malvenue. Il s'éloigna, l'observant néanmoins quelques dernières secondes du coin de l’œil pour s'assurer son repos et son silence, et rejoint son bureau à quelques mètres de là, dans ce foutoir de déraison scientifique. Pourquoi diable l'avait-il emmené ici ?! S'il ne s'agissait pas là de la pire idée qu'il ait eut cette nuit....Si elle se réveillait, il.... Un grognement s'échappa par mégarde de ses lèvres, et les feuilles jonchées de calculs infinis sans sens ni envie qui étaient éparpillées depuis un bon bout de temps sur le bois du bureau vinrent s'envoler partout dans la pièce tant le geste violent du poing de l'auteur les avait surpris. « Voyez-vous, Mademoiselle Desnuits, même privée de vos sens comme vous l'êtes, vous me causez encore des ennuis... » rit-il légèrement, presque désolé.

Bricolage chaotique, la catastrophe inachevée.
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Cassiopée Desnuits
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
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Sleeping At Last-Saturn

Les heures s'écoulèrent, lentes, fluides. L'aurore s'était épanouie délicatement, déchirant l'opacité moribonde. Un nouveau jour naissait, imposant sans trêve son erratique éclat.    
Les persiennes à demi fermées tamisaient la luminosité de la pièce. Aucun rêve ni cauchemar n'étaient venus troubler le sommeil atone de la française. Elle finit par émerger, les veines lourdes et le corps endolori. Immobile, elle leva une paupière indécise, jetant un regard un peu hagard, au hasard. Maladroitement allongée, elle s'amusa d'abord à observer ce qui se trouvait devant elle, sans chercher à identifier le lieu où elle se trouvait. Miré à l'horizontal, le décor se révélait surréaliste.
Un long bâillement silencieux vint interrompre ce mirage d'éveil. Les joues gonflées de soupir, Cassiopée s'assit avec peine, massant son visage. Machinalement, elle tâta sa tête douloureuse et sentit une énorme bosse sous ses doigts. Des paillettes de sang séché se décollèrent, voletantes.
Il n'avait même pas pris la peine de l'essuyer grossièrement.

Mais ça, jamais, tu ne le sauras. Qui pourrait comprendre...? Jamais, tu ne réaliseras l'exhaustivité de son pandémonium. Et c'est cela, Mademoiselle Desnuits, qui fera la différence, toute la différence.


Elle reprit ses esprits. Tout lui revint brutalement. Et ce fut un farouche sentiment de honte qui l'envahit. Elle en ferma les yeux, l'angoisse lui contractant l'estomac. Une main sur la bouche, elle se murmura “oh putain !”, liquéfiée de répugnance aux réminiscences qui l'inondaient. Son délire avec la musique...Avait-il...? Ses larmes...Il l'avait vue...! Et...le sabre... "Oh là là!  Mais quelle...folie!
Plissant le front, lèvres pincées, elle dut faire un effort pour aligner les derniers morceaux qui lui manquaient. “Je lui ai rendu son gilet et...
Une nausée la prit et elle déglutit péniblement, horrifiée. Comment...? L'image qu'il l'eut transportée dans ses bras la fit grimacer. “ Non, bien sûr... Il a du me pousser du bout des pieds ou mieux, m'épousseter avec le balai!...” Mieux valait ne pas s'arrêter à ce point de détail.
Elle se concentra durant un long moment, s'efforçant de chasser ce sentiment d'humiliation qui la tenaillait. Elle se connaissait un peu la rouquine, et maîtrisait certaines de ses fragilités. Il fallait simplement réajuster l'égo à sa place, minimiser les faits et se foutre du regard de l'Autre.

Oui, elle avait eu un accès de désespérance. Durant tous ces mois de travail, elle n'était  parvenue à aucun résultat positif avec ce patient, si minime soit-il. Elle avait échoué, lamentablement. Et le souvenir d'une intuition première ressurgit. D'emblée, elle l'avait refusée, le risque de s'y perdre étant bien réel. Mais force était de constater que les procédures conventionnelles ne fonctionnaient pas avec l'astrophysicien, et il n'existait guère de recette miracle.
Néanmoins, quelque chose lui échappait. Elle le pressentait, quoique totalement démunie à l'identifier. Mais il y avait quelque chose, quelque part, qui l'empêchait d'atteindre l'anglais. Logiquement, personne n'était capable de résister aux effets de ces protocoles de soins sur une aussi longue durée. Il n'était pas une machine. Où se camouflait la faille? Quelle était-elle?

Affalée sur le sofa, elle profitait de la sensation physique, cotonneuse, pour réfléchir. Son intelligence professionnelle analysait les évènements. IL lui fallait une réponse nonobstant, et vite: allait-elle poursuivre ou non cette mission?

La résilience...Tu ne la trouveras jamais dans tes calculs Alastar, ni dans l'espace que tu étudies depuis tant d'années et de nuits sans fin. Tu étais persuadé que ta victime allait flancher, définitivement, et te libérer en conséquence de sa présence? Croyais-tu réellement, qu'elle allait t'abandonner aussi facilement? Alastar...Cassiopée souffre de maux que tu ne réussiras pas à annihiler...
Sa révolte intérieure contre le malheur
Sa folie furieuse à trouver des solutions
Ses défis intimes pour accomplir ses rêves, son rêve
Sa capacité d'endurance, même lorsqu'elle se sent faible et désespérée
Son esprit farceur que tu n'as point encore rencontré
Quoi que tu fasses ou dises, elle finira par dénicher la lumière de l'ombre. Elle la trouve toujours Alastar. Tu as beau tout faire pour éteindre la tienne, elle finira par la trouver si indétectable soit-elle. Tu n'y échapperas pas.


-...Mais même si je parvenais à l'aider, il restera libre d'accepter ou non de revivre...
Elle parlait à voix haute, fomentant des stratégies, revenant sur ses idées, butant sur les issues possibles, cherchant des solutions qui n'en étaient pas.
-En fait, je ne sais pas, je ne sais plus, je ne sais rien! Soupira t-elle.
Penchée en avant, les coudes sur les genoux, les mains sur le menton, elle s'interrogea:
-Je continue ou pas?
Suspendue à son indécision, elle eut soif et se sentit sale. Elle se leva, ralentie par la nonchalance et regarda sans s'attarder, tout le fatras du laboratoire, ces appareils  complexes, ces machines incompréhensibles, ces monticules de paperasse, tous ces curieux objets scientifiques  qu'elle était incapable d'apprécier. Et s'étonna: pourquoi l'avait-il échouée ici? Sa bouille engourdie dodelina de gauche à droite. Il n'était pas nécessairement bon d'obtenir toutes les réponses.

L'existence lui avait appris à expulser ses tourments avec profondeur, crûment, de cette profondeur impertinente d'authenticité et de faiblesse, lâchant tout, allant jusqu'au bout du mal. Convertie par l'expérience, elle savait que la Résurrection succédait au chemin de croix et à la crucifixion. Elle l'avait déjà vécu avec la mort de sa mère. Une fois de plus, une fois de moins, qu'est-ce que cela changeait? La suite ne dépendait que de ce qu'elle en ferait.
Sa détresse s'était donc dissoute au rythme de ses larmes, "symphonisant" l'évacuation d'une peine incommensurable mais résorbable.

Que vas-tu en faire? Que vas-tu en faire, de tout ça?

Elle ouvrit la porte lentement, passant un bout de son nez vers la sortie. Il n'était pas question de le rencontrer! Pas maintenant! Après réflexion, elle se souvint qu'il devait être absent. Il passait ses journées ailleurs, ne rentrant que tard le soir. Elle trottina jusqu'à la salle de bain. La vie reprenait ses droits, déjà. Il lui restait une décision à prendre, ni plus ni moins. Et personne ne pouvait le faire à sa place. Une lettre de démission, un aller simple pour Paris. Son père se ferait un plaisir de lui offrir! Elle retrouverait tous ceux qui l'aimaient et tout ce qu'elle aimait.
L'eau s'écoulait en pluie douce sur sa peau transie. Elle demeura ainsi, longtemps, paupières closes, à savourer l'étreinte humide qui l'enlaçait toute entière.
Les siens lui manquaient. Ce serait si facile.

✯ ✯ ✯

Hiver 2019.

Il avait perçu la brèche et elle s'était laissée emportée. "Oh papa! Si tu savais...!" Mais elle n'avait rien dit, rien précisé si ce n'est un “peut-être, je vais voir”. L'homme qu'elle aimait le plus au monde l'avait  bousculée dans ses retranchements, comme lui seul pouvait se le permettre. Il argumentait avec force et justesse, tentant de la faire plier: qu'elle revienne en France, nom d'un chien! L'injonction était proportionnelle à la souffrance de l'absence que sa fille lui infligeait et à cette fêlure qu'elle lui avait laissée entrevoir.

Il était tard, très tard, pas loin de trois heures du matin, impossible de dormir, suite à ce coup de fil. Ces derniers temps, elle avait attendu un signe, un tout petit signe de quelque chose, mais rien ne s'était produit, rien. Seul, l'habituel vide abyssal méprisant lui avait répondu. Alastar Black était une peine perdue, définitivement. Elle devait s'enfuir de cet enfer.
Fin de l'histoire.
Elle expira un long soupir, exhalant le sentiment de regret qui l'étreignait. La limite de la liberté de chacun avait été atteinte.

Souviens-toi, on ne peut pas sauver les gens malgré eux.


C'était terminé, elle allait plier bagages.
Mais elle ne pourrait pas partir sans lui dire adieu. “A Dieu...Je prierai pour toi, Alastar Black...” pensa-t-elle avec une infinie bienveillance. Il fallait qu'elle lui dise, juste ça. “ Et je me fous royalement de ce que tu en feras, monsieur l'astrophysicien de mes deux, de toute manière, tu n'en feras rien. Ah si, tu auras une occasion supplémentaire de te foutre de ma gueule, pfff.
Résolue, il lui fut insupportable d'attendre la levée du jour et l'éventuel moment où elle le croiserait. “Et merde!”. Elle se leva, allumant le plafonnier, sûre de son fait, scandant un péremptoire cri de guerre: “Vas te faire foutre, vas te faire foutre...

Tu fais semblant d'y croire, n'est-il pas? Imposé par la raison, ton cœur n'y est pas. La paix s'en est allée.

Elle déploya des trésors de patience et d’attention pour n’émettre aucun bruit, souhaitant plus que tout le surprendre. Elle  déambula dans la magnifique demeure, galvanisée par une espèce de joyeuseté insolente et arrogante. Elle avait subi ses humiliations durant tout ce temps, qu'il subisse à son tour son moment, à elle. Cassiopée Desnuits, une parmi des milliards, lui imposerait son joug, le soumettant à un guet-apens. Pour une fois, c'est elle qui aurait la main, c'est elle qui lui clouerait le bec! C’était puéril mais si bon!

Où était-il? Elle savait qu'il affrontait de graves insomnies mais elle choisit l'option la plus simple. Marchant sur la pointe des pieds, elle tendit l’oreille et s’approcha tout près de son antre. Un son ténu l’arrêta. Il ronflotait. Elle eut un sourire ironique. L'anglais hautain et méprisant se pavanait dans sa tour d'ébène, mais il était bel et bien comme tout le monde!

Elle appuya sur la poignée et, sous la pression, la porte s'ouvrit un peu. Suspendue au rythme de son souffle, elle s’assura que sa présence ne l’avait pas réveillé.
Une ou deux longues minutes passèrent. Et puis, elle pénétra dans la chambre.

L’atmosphère y était feutrée en cette heure de milieu de nuit. Elle s’avança à pas de loup, lentement, si lentement, qu’elle en oubliât presque de respirer. Il sommeillait sur le ventre, affalé en travers du lit, le visage tourné vers la fenêtre sans volet. Il était recouvert jusqu’au bas du dos d’un drap de satin sans doute, car le tissu réfléchissait le moiré de ses plis aux lueurs blafardes de la lune. La fraudeuse se mit à détailler autant qu’elle pouvait les traits de l’endormi. Elle le trouva beau. “La beauté du Diable” songea-telle.
Il roupillait comme un enfant. L’expression de son visage était si différente de tout ce qu'il lui avait servi jusqu'à présent! C'était une bonté qui se révélait, là, au creux du sommeil, et rien d'autre.
Toute cette haine de vie...”.

Allez, vas-y, réveille le aussi violemment qu'il t'a traitée et dis lui! Dis lui tout, tout ce que tu as sur le cœur!

«Je ne peux rien pour vous.» avait-il balancé, lors de leur dernier affrontement. L'imposture de ses propos l'avait hantée tant ils étaient erronés.

Non, Monsieur Black, vous vous trompez. Elle n'aspire à rien d'autre qu'à la Vie, à l'Espoir, au Rêve. Elle cherche simplement à vous donner les clefs. Mais de vous, VOUS, Alastar, elle n'attend rien, pas comme vous pouvez le penser.
Allez, parle lui! Fais le pour TOI, pas pour lui. Pour lui, c'est trop tard...


Mais.

Penchée sur cet homme vulnérable parce qu'assoupi, elle le vit dans sa vérité de race: innocent de sa condition humaine. Le regard, comme le sommeil, reflétait l'âme. Elle grappilla ainsi une bribe de sa quintessence, découvrant, toute ébaubie, une si délicate douceur, si délicate qu'elle ne pouvait, de fait, n'apparaître que lorsque les armes de l'apparence étaient déposées. Et les traits fins de son visage, abandonnés dans la longue chevelure étendue, accentuait cette inattendue tendresse d'être.
Elle en eut les larmes aux yeux.

Tu deviens voleuse, Cassiopée? Voleuse de bouts d'âmes...

Elle ne bougea plus, attendrie, extatique, émue.
Elle ne pourrait pas partir. Une autre fois, peut-être.

Il fallait quitter la chambre. Elle recula donc d'un pas avant de se tourner vers la sortie. Mais, troublée, s’emmêla les pinceaux, heurtant malencontreusement un énorme vase posé sur un guéridon. Il chut sur le parquet en un terrible vacarme et les débris explosèrent, éclatant le silence.
Les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte d'affolement, l'ancienne psychologue demeura pétrifiée, la respiration coupée.

La Terre s'arrêta de tourner.
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Alastar Black
Y'a l'rosbeef qui gratte
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MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyDim 3 Fév - 1:32

Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Tumblr_n1yvslmlDh1rdbzvxo1_640

1993, Sefton Park, Liverpool

L'éveil de la Nature. Sirupeuse effervescence. Une pluie d'automne et des rires d'enfants. Les clapotis doucereux des larmes du ciel. Les chants délicats des caresses du vent. L'envol gracieux d'une famille d'oiseaux. L'un des chênes centenaires s’agaçait un moment et se tortilla soudainement, mettant fin aux soupirs du Temps. Le parapluie ébène de Miss Smith s'affaissa à cet instant là et voilà qu'elle prit une douche. Les rires reprirent de plus belle et les râles de la vieille dame avec. Non loin de la scène se tenait un groupe de petites filles, assises sur un banc près du lac, les capuches colorées surplombant les ports altiers, certaines s'amusaient des bêtises de leurs copains de classe, tandis que d'autres s'en offusquaient.

Le tableau était adorable à qui voudrait bien s'y laisser porter.
Un Samedi après-midi tout ce qu'il y avait de plus banal au Sefton Park.

Non. Décidément, Alastar Black, 11 poussières d'existence, en était persuadé; plus rien n'avait de secret pour lui en ce monde. Et même si un jour, il s'avérait qu'il en existait bien de nombreux encore à découvrir, il préférera encore les ignorer, il était prêt à le parier. Cette Terre n'avait pas de place pour lui, n'en aurait jamais. Il ne trouvait pas sa place près d'elle, il ne la trouverait jamais. Ni elle ni lui ne pouvaient y changer quoi que ce soit, ce n'était qu'un état de fait. Pourtant, parfois, diable qu'elle était belle...

Le Destin était si prévisible. Paradoxalement, Alastar nageait dans ses rêves d'autres mondes, de ceux qu'il ne pourrait pas même imaginer, par delà les frontières de cet univers, à l'infini grandiose. Il rêvait. Encore. Assis en tailleur, les paupières closes et les traits parfaitement détendus, il semblait dormir alors qu'il n'en était rien. Un simple pullover bleu ciel sur le dos que l'averse avait rapidement trempé, rien ne pouvait le perturber, rien ne pourrait l'ébranler. Il était en osmose avec la pureté du Moment. Il n'avait pas besoin de le voir pour savoir l'admirer. Plongé profondément dans la voie lactée qu'il ne verrait pourtant que longtemps après l'aube, il quêtait déjà fiévreusement à un avenir étoilé. Il était là, lui aussi, à l'arrière plan de ce tableau si charmant. Personne ne le remarquait. Il n'était pas de ceux que l'on voyait en premier. Cela l'arrangeait de toute manière. Son attention n'était pas fixée sur la scène principale qui se jouait au devant, mais il était là, bien absent, bien ancré dans le moment, dans le temps. Après tout, il était condamné à graviter par-ci par-là jusqu'à son dernier souffle. Sa présence n'était que de passage. La pieuse Nature l'avait presque adopté maintenant. Et il était vrai qu'il l'aimait bien.

Alastar...

Cette voix...
Melody.
Qui d'autre ?


Tu vas attraper froid.

Il sentit une piqure transpercer sa douce voix et la curiosité s'installa peu à peu dans l'esprit du petit homme des étoiles, ailleurs jusqu'alors. Où était-il ? Elle le sermonnait... à sa manière. Il pouvait déjà l'imaginer debout face à lui, les mains sur ses hanches et les sourcils froncés. Ce regard d'émeraude qu'il savait parfaitement l'hypnotiser. Il pouvait l'imaginer, pourtant, il ne daigna pas ouvrir les yeux, il ne chercha pas à capter son attention, à calmer sa brève colère typique des fillettes agaçantes de l'école, mais qui l'amusait quelque peu chez elle. Finalement, tout doucement, il sentit sa silhouette se faufiler derrière lui. Dos contre son dos, ils restèrent silencieux un moment. Il n'était plus seul à l'arrière plan. « Un jour j'ai entendu dire que si tu penses très fort à un endroit, si fort que tu en oublie celui où tu te trouves, si tu ne penses qu'à ça, si tu ne vois que ça, si tu ne veux que ça... Peut-être alors, peut-être que cet endroit se dévoilera à toi, peut-être que tu y aura droit, à ton chez toi. » souffla le rêveur dans un chuchotement intime, si intime que la Nature même ne pouvait l'entendre, ne s'osait à l'écouter. Seule Melody y était destinée. « Qui est-ce qui t'as dit ça ? » rit soudainement la fillette aux boucles blondes, sachant pertinemment la vérité que son ami ne saurait jamais assumer. Émerveillée par ses mots, elle se laissa aller à son tour, les paupières lourdes, l'esprit plus ouvert. « Je... euh.... j'ai oublié, mais j'y crois. » qu'il balbutia bien après.

Tout à coup, la rupture.

Le décor se fane, le brouillard s'épaissit.
La pluie devient orage et les rires des cris.
La tempête se déchaine, le parc s'évanouit,
À travers les abimes, il entend Melody.
Par delà la douleur, la solitude s’amplifie,
Il voit la verdure et les torrents se tacher de suie,
La nuit s'abat sur les cœurs, Dimanche survit,
À travers les abimes, il entend Melody.


Tu penses à quel endroit ?
Là haut. Quelque part. Très loin. Ailleurs. Et toi ?
Je ne sais pas... je viendrais avec toi.

2007, Royal Astronomical Society, London

Il existe deux types d’astronaute, celui qui souhaite s'élever au dessus de la Terre pour mieux l'admirer et celui qui souhaite simplement la quitter.

Assis sur un canapé de cuir dans le bâtiment 212, l'esprit du jeune astrophysicien britannique se perdait plus que jamais. L'on ne pouvait lire en son regard ténébreux tant il était dur et dangereux. Alastar avait mal, il avait mal mais son choix était fait. Dans un coin, un écran plat diffusait une émission à laquelle aucun des scientifiques présents dans cette pièce ne prêtait attention. Elle comblait le silence pour adoucir un peu les tensions. Quelques minutes plus tôt, des hurlements de joie, des rires et des sourires. Quelques minutes plus tôt, la bonne nouvelle avait été clamée, avec grandeur, avec fierté : ils avaient été choisis. Il avaient enfin la possibilité, Jake, Thomas et lui même, tous les trois et aucun autre scientifique britannique, de réaliser le rêve qui les maintenaient éveillés depuis tout gamin : celui d'enfin découvrir l'espace.

Le simple petit mot avait fait ravage, avait imposé grand silence. Non. Non, Alastar Black ne mettrait pas les pieds dans l'espace. Non, Alastar Black ne réaliserait jamais ce rêve égoïste à leurs côtés. Non.

Il avait une famille maintenant et il était hors de question qu'il la quitte pour son propre plaisir.

✯ ✯ ✯

« Alastar ! Oh, je suis si heureuse, mon amour ! » s'était exclamée Melody en se jetant dans ses bras alors qu'il venait tout juste de passer le palier de la porte. Évidemment. Elle savait toujours tout. Un faible sourire s'étira sur ses lèvres et son intérêt pour le parquet s'intensifia étrangement tout à coup. Aucun mot ne parvint à s'extirper de la prison de ses lèvres. « Depuis le temps que tu attends ça ! Tu te souviens de ce que je t'ai dit lorsque nous étions petits ? Je viendrais avec toi, quand tu seras enfin là-haut, chez toi. Je serais toujours là, quelque part, tout près de toi. » sourit-elle, de cette offrande à en faire faillir les dieux de l'Olympe. Et c'en fut beaucoup trop pour son cœur, si fragile, si amoureux, si malheureux. Il ne savait plus où se mettre, plus comment aborder la Tragédie. Ce n'était pas supposé nous détruire autant, de décider de rester auprès de ceux que l'on aimait, n'est-ce pas ? Sa douce femme prit avec délicatesse sa main et la déposa sur son propre ventre arrondit, coupant court au conflit intérieur de son mari. « Hope aussi sera là, elle sera si fière de son papa. » souffla la future maman avant de déposer ses lèvres sur celles d'Alastar. Les yeux clos et les sourcils froncés, il contenait sa peine tant qu'il le pouvait, mais il ne put arrêter cette unique larme de couler. « Melody, ne comprends-tu pas ? Ma place est auprès de toi, auprès de vous deux. Je n'ai pas besoin de vous quitter pour en chercher une autre dans la voie lactée. Vous êtes mon Ailleurs, et si c'est sur Terre qu'il doit être, alors qu'il en soit ainsi. Je chérirai cette place et la vôtre tout près de la mienne avec autant d'amour qu'il me sera donné de vous porter. Je t'aime, tu m'aimes, je vous aime, nous nous aimerons; et c'est déjà si haut, c'est déjà si loin pour moi. »

2019, Santa Monica, LA.

Alastar revient à la Vie. Le voyage intérieur a pris feu, pour ne laisser à l'astrophysicien que ses cendres comme trophée macabre. Violemment. Cruellement. Le cadeau empoisonné d'un repos mal intentionné. Rien qu'un rêve de désastre et une chute au palier de la Mort.

Étalé sur son lit royal depuis ses appartements classieux, l'anglais peinait grandement à reprendre immédiatement ses esprits. Pourtant, rien n'y paraissait, seuls ses yeux des abysses grands ouverts témoignaient de son éveil brusque et soudain. Le cœur de l'astrophysicien s'emballa, puis vint le silence, ce tribun. Une lueur de frayeur, de chagrin, et un chuchotement douloureux. « Melody... » Mais ce ne fut pas la silhouette de sa défunte épouse qu'il distingua à l'entrée, lorsqu'il s'efforça à s'asseoir au bord du lit, sa couverture de soie verte tirée tout contre lui. Il se posa quelques instants afin de réorganiser ses sens, beaucoup trop en alerte et instables à son goût. Il lui fallait vite se situer dans l'espace et le temps. Lunatique, imprévisible qu'il était, l'anglais passa du désespoir à la colère en moins de temps qu'il était nécessaire pour dire "démence". Agacé, il grogna quelques paroles incompréhensibles et enfouit son visage au creux de ses mains. Il se haïssait d'être si faible. Pourquoi ne pouvait-il pas dormir comme tout le monde, s'éveiller et reprendre sa vie là où elle s'était arrêtée, comme si tout allait bien ? Peut-être que tout n'allait pas bien. Pourquoi ne pouvait-il pas rêver, ou ne serait-ce que penser à Melody sans avoir à perdre tout contrôle sur lui même ? Peut-être était-il humain. « Sortez immédiatement. » La voix du Diable gronda dans la pièce, menaçante, et son regard cruor, son regard était monstrueux de fissures inguérissables. Il vint chercher celui de l'intruse à travers les quelques filets de lumière des ténèbres et le planta en plein dans son âme. Il venait de comprendre. Elle allait partir. Oh, il savait bien qu'elle allait forcément se décider un moment ou un autre à remballer ses bagages et prendre le premier avion pour Paris, pour le laisser croupir dans ses malheurs, mais il ne pensait pas que ce serait suite à cette nuit particulière qu'elle craquerait, celle où il avait bien cru la perdre - et se perdre lui même, rien qu'un peu - dans une folie semblable à la sienne, bien que ridicule. Il la pensait plus forte que cela. Peut-être même qu'il la voulait bien plus forte que cela. « Non, attendez. » ajouta-t-il finalement, alors que son regard aux allures éméchées se baladait un peu partout sur les murs pour trouver l'horloge. 3h10. « Restez un instant... s'il vous plait. » La voix demeurait rauque, mais le ton tendait plus vers le professoral, et laissait place au choix. Semblant s'en rendre compte, il surenchérit immédiatement sur quelque chose qu'il maitrisait mieux, la manipulation de la déduction : « Il est un peu trop tôt encore, mais vous pourrez toujours partir dès l'aube. Je viendrais vous réveiller, si vous le souhaitez. » Il ironisait, sachant pertinemment qu'elle saurait de quoi il parlait. Mais il fallait croire que le moqueur était toujours puni car l'astrophysicien fut coupé dans son sourire carnassier par une bonne quinte de toux typique des lendemains de prises de cocaïne trop mal dosées. « Vous savez, Mademoiselle Desnuits, je me moque complétement de savoir ce que vous faisiez ici, bien que j'ai des doutes. Vous avez le don d'être un complet mystère jonché de bizarreries incalculables à mes yeux, et paradoxalement vous pouvez être si prévisible parfois... Vous êtes française, cela doit bien suffire à expliquer pas mal de vos étrangetés. Ah, j'ai bien peur que rien n'y fera, mais de toute façon je ne serai plus là pour le découvrir. » L'anglais soupira, l'air hautain et totalement désespéré, soudain plongé dans un profond requestionnement. Avait-il déjà tant porter d'importance à cette agaçante constellation humaine auparavant ? Peut-être, peut-être pas, il ne se rendait plus compte. Quelle importance ? De toute manière elle partait. « Enfin... Ce n'est pas pour vous déclarer votre conseil de classe que je vous ai demandé de rester. Bien que je vous accorde largement les encouragements. » s'amusa-t-il avec une certaine espièglerie, étonnement joueur. Après le désespoir, la colère, voici la manipulation déguisée... Ou simplement la gêne traduite par l'humour. « Dites-moi seulement si le ciel est éclairé. C'est important. » Une demande bien plus sérieuse, cette fois-ci. Assez étrange, sans doute. Mais maintenant qu'il était éveillé et qu'il ne comptait plus dormir avant un bon moment, il voulait savoir s'il pouvait s'oser à consacrer du temps à ses recherches. Comme avant. Rien qu'un instant. Pouvait-il encore voir l'Ailleurs ? Pourrait-il la revoir à travers les étoiles ? Il l'espérait du plus profond de son âme. Mais il avait peur, terriblement peur de ne plus rien y voir, de ne plus rien y comprendre.

Que se passerait-il s'il n'avait plus même sa place Là-haut ? Qu'adviendrait-il de lui alors ?
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Cassiopée Desnuits
"Il se recula prestement quand il l'entendit émettre un son suspect..."
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyJeu 7 Fév - 1:21


Le Chêne un jour dit au Roseau :
" Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Jean de la Fontaine, Le Chêne et le Roseau


Le vide d'Alastar lui retournait le cerveau...Malaise ressenti au-dessus du vide, se traduisant par la sensation d'être attiré par celui-ci et par des pertes d'équilibre *
Elle vacilla...Sensation erronée de déplacement de l'espace  par rapport au corps, liée à un déséquilibre entre les deux appareils vestibulaires*
La situation était surréaliste...Trouble dû à quelque chose d'intense* 

Stupéfiée, l'intruse fixait, de ses pupilles dilatées par la nuit, l'homme réveillé. Muette, incapable d'une quelconque réaction, son palpitant battait la chamade. Elle haletait sans bruit.
Non! Non! Non! Ce n'était pas ainsi que cela devait se passer! Maudite maladresse! Elle avait échoué, détruisant cet ultime avantage dont elle espérait réparer les humiliations dont il l'avait abreuvée durant tous ces jours difficiles, si difficiles...Elle s'était tellement et désespérément accrochée à ses espoirs de rédemption, de guérison!

Pauvre fille rêveuse...Tu as appris, à tes dépens, qu'il existe des maux vampires, condamnés d'avance, que rien ni personne ne peut restaurer.

Elle était allée au bout de ce qu'elle pouvait faire, utilisant toutes les ressources possibles, toutes les connaissances accumulées et expérimentées. Démunie, sise à la bordure de son territoire à lui, elle avait atteint cette zone intime où nul ne pouvait s'avancer. Son entière liberté lui revenait de droit, elle ne pourrait plus œuvrer sans son accord ni une quelconque envie de s'en sortir, fût-elle infime. Elle avait essayé et s'y était brûlée les ailes. La mort dans l'âme, elle découvrait avec douleur ses propres limites, les siennes, et se devait de respecter son choix de ne pas être sauvé.
La raison lui avait commandé, in fine, de capituler, lui offrant en conséquence un blanc-seing mortifère. Ne fallait-il pas, au bout d'un moment, lui foutre la paix? De surcroît, un orgueil d'égo malmené, l'avait menée à une fatale décision: partir, partir loin d'un tourment qui finirait par la briser. Il fallait bien sauver sa peau, ce n'était qu'un boulot.

Mais tu sais, au fond de toi, dans ces strates secrètes que toi seule a explorées, qu'il y a un espoir. Il y aura toujours de l'espoir en toi. C'est ainsi. La mort t'a mise à terre, mais sans te briser. Alastar t'a maltraitée, mais sans te détruire. Ton Espérance, envers et contre tout, est ta grande faiblesse, mais aussi, ta force suprême.

Le cœur n'y était pas cependant, elle l'avait occulté, parce que c'était plus facile, parce qu'elle s'était épuisée à accompagner cet homme malheureux, qui ne faisait aucun effort pour survivre, déchargeant son mal-être sur elle, vomissant sa plèbe à tout ce qu'elle proposait. Son âme pesait un âne mort et elle n'avait plus la force de l'extirper de ses ténèbres sans son aide. C'était impossible.

Elle l'avait surpris dans son sommeil. Penchée sur l'endormi, une merveille, inattendue, avait pointé le bout de son nez, sortant de sa cachette: Alastar Black se révélait un être empli d'une infinie douceur. Elle aurait pu lui en vouloir, détestant par contraste, sa performance d'indifférence, son expertise à faire mal, à mépriser. Mais sa nature secrète était toute autre, de fait. Le destin lui soufflait un autre chemin, encore une fois. “Reste”, lui avait susurré la petite voix, à l'unisson de son instinct. Elle s'immergerait donc de nouveau dans l'inconnu. Oui, elle restera, cherchant, de nouveau, des solutions pour le sortir de cet enfer.

Alastar, le Souffrant, encore prisonnier des limbes d'un sommeil malade, chuchota malgré lui, le prénom de sa bien-aimée défunte. Après le vacarme de la porcelaine, le silence devint si épais, qu'elle l'entendit.
Dure et mauvaise, la voix du Condamné s'éleva dans les airs, frappant si brutalement la conscience de Cassiopée, qu'elle en sursauta. Et son regard venimeux et empoisonné, la transperça de part en part. Piquée à la réalité, elle déglutit douloureusement, la gorge serrée. Les pensées absconses, tel un automate, elle s'agenouilla alors, incapable de lui obéir, et se mit simplement à ramasser les débris, se donnant une contenance. Elle l'ignorait, à défaut de savoir quoi dire, quoi faire. “Au moins, que je nettoie”.
Au premier contre ordre, elle s'arrêta, le geste inachevé. Elle avait mal entendu, bien sûr. Au second, elle se pinça les lèvres, abasourdie. Comment avait-il su?! Terminant de rassembler les plus gros morceaux du vase brisé, elle finit par se lever et lui fit face. Elle allait lui répondre quand tout à coup, il se mit à tousser et là, quelque chose se déclencha dans sa mémoire.

Elle avait déjà entendu cette manière de tousser.

Machinalement, tout en parlant, il se frotta le nez à plusieurs reprises, se grattant les avant-bras.

Elle avait déjà vu ces réflexes, incontrôlables.

Les pièces du puzzle s'assemblèrent, lentement. Elle écoutait à peine désormais. Quelle importance, il raillait, comme d'habitude.

Il se droguait.

Les signes étaient suffisamment explicites pour ne pas remettre en cause une évidence. Comment avait-il bien pu faire, pour occulter, à la perfection, tous ces ravages? Comment n'avait-elle rien déceler?

“Quelle belle malignité machiavélique, Alastar! Tu as vraiment été extrêmement futé à me dissimuler tout ça! Quelle intelligence et quelle énergie employées à t'être moqué de moi, sur tous les plans!”

Une colère sourde gronda en ses entrailles. "Quel fumier! Pauvre type!" Mais les spectres de son épouse et de son enfant morts l'empêchèrent de sombrer dans le dégoût d'un tel mensonge. “Mélody...” La manière dont il l'avait murmuré s'imposa à son esprit et elle continua de se taire.

Le voile s'était déchiré. Sans le vouloir, il lui offrait la clef de toutes ces heures passées à ses côtés, sans résultats. Les inquiétudes, les questions sans réponses, les solutions qui n'en étaient pas, les tentatives échouées, les discussions avortées, le respect bafoué, le mépris usé et abusé, les silences hautains, les ironies, les humiliations, la violence d'indifférence, l'arrogance glorieuse...

C'était d'une lâcheté...De cette lâcheté d'épuisement qui caractérise les agonisants de la vie. Une aphasie d'amour pour une autolyse silencieuse.

Il se suicidait à petit feu.


Il l'avait toujours un peu impressionnée. Elle l'admira d'autant plus pour le courage extraordinaire dont il faisait preuve, afin de faire bonne figure. Faire croire que tout allait bien, à peu près. Il ne recevait aucune visite, jamais. Les gens, de l'extérieur, ne savaient donc pas, ne pouvaient déceler à quel point il souffrait. Seule l'intimité du quotidien pouvait éclairer les consciences d'une telle géhenne.

Elle le laissa dire, jusqu'à ce qu'il se taise. Épurée de son impuissance et de son incapacité à le soigner, qu'elle n'avait pas comprises et pour cause, la compagnon de sobriété soupira la paix retrouvée.

Si tout s'ajuste, c'est que c'est le bon chemin. N'est-ce pas Cassiopée?

Bénie soit cette intuition de ne pas partir! Oh, bien sûr, cela serait encore bien complexe et ardu, mais la donne avait changé. Il allait en baver, à son tour, mais différemment de ce qu'il avait connu jusque-là. Du moins, l'espérait-elle.

“...si le ciel est éclairé.“

Elle se mit à sourire. C'était terminé. Tout allait commencer. Peut-être, peut-être pas.

-A vos ordres, Monsieur Black, persifla t-elle à son tour.

La voix claire et assurée claqua dans la pièce. Elle s'avança près de l'entrée, tâtonna le mur et appuya sur l'interrupteur. A l'instant même où la lumière inonda la chambre toute entière, elle marcha  d'un pas militaire jusqu'à lui et sans lui laisser le temps de réagir, saisit fermement son bras droit, découvrant les traces rougies de piqûres et planta un regard de feu dans ses prunelles dilatées:

-Je suis réveillée, vois-tu, Alastar, tu n'auras pas besoin de le faire. Et comme tu peux le constater, le ciel est plus qu'éclairé, il est il .lu.mi.né, scanda t-elle dans une tendre ironie.
-Tu vas m'écouter très attentivement: soit je te dénonce au docteur Michaelson, avec un rapport circonstancié et tu retourneras en institution spécialisée. Tu seras définitivement débarrassé de ma présence horrifique, je te le garantis. Je sais y faire pour ça, vois-tu, je sais comment ça marche et ce qu'il faut faire et dire et écrire: tu es un danger pour toi même, et drogué jusqu'à l'os. Je peux en faire dix pages. Imparable. Et si vrai, n'est-ce pas, Alastar?

La douceur du ton ne présageait guère des paroles dictatoriales, qui ne laissaient aucune place à une négociation quelconque.

-Soit, on gère ça ensemble, personne ne saura, tu as ma parole. Tu resteras libre comme l'air, enfin, presque.  Mais la condition est que tu me donnes toute ta poudre, là, tout de suite, et les clefs de ta maison.

Déterminée, presque dure, elle continua sans hésiter:

-Tu décides, maintenant. Et ce ne sont pas des paroles en l'air. Je ne joue pas Alastar, je ne mens pas. Je ne cache rien. Je ne juge pas, je ne TE juge pas. Cela se déroulera tel que je le dis. Et je respecterai ton choix, crois moi, quel qu'il soit. Je ferai ce que j'ai à faire, ni plus ni moins.

On lui avait enseigné la nécessité de briser les barrières que les drogués érigeaient contre les autres, proches ou non, ainsi qu'entre eux et la réalité. La plupart vivaient dans le déni de leur addiction. La prise de conscience de leur dépendance était une première étape indispensable. Le tutoiement, thérapeutique, aidait à cette proximité réparatrice. Même si trop souvent, ils exécraient cette violation de distance qui leur permettait de s'adonner à leur diabolique servitude, convaincus de réussir à mystifier les soignants.
Elle fit une légère pause, inspirant un peu d'air, les yeux fermés. Le temps d'un battement de cil, elle prit le temps de se concentrer. Un étranger, ignorant la langue, eût pu croire que la jeune femme susurrait des verbes d'amour, tant l'inflexion de timbre prit soudain, une intonation angélique.
 
Mais les mots terribles, les terribles mots, s'alignèrent, alors qu'elle se penchait un peu vers lui, afin de se trouver à peu près au même niveau que ses yeux:

-Tu as oublié l'amour de Mélody, Alastar. La destruction que tu t'infliges bafoue cet amour qu'elle te porte, qu'elle t'a porté. Tu foules à tes pieds la confiance qu'elle t'a donnée. Au nom de votre petite fille, tu aurais pu honorer sa mémoire sans te perdre. Elle te voit du Ciel, Alastar, elle te voit à chaque seconde, à chaque minute qui passe. Mais la drogue assombrit son Paradis et elle ne peut pas reposer en paix.

Son regard, humble, se posait sur lui.

-Elle n'aurait jamais voulu ça. Tu le sais pertinemment. Nous le savons tous les deux.

Il fallait bien, à un moment ou un autre, curer cette plaie insondable. Cassiopée le charcutait encore davantage, à vif, disséquant sa peine crûment et sans pudeur. Ses paroles creusaient un sillon sanglant de vérité. L'échappatoire s'était éteinte, révélant son mirage mortifère. Et tous deux  jouissaient de la liberté de s'abandonner : l'un, à la Vie, l'autre à un lâcher prise.

Un même mouvement. Une même générosité de survivance.

Mais s'il tenait tant à se détruire, elle n'y pourrait rien. Elle ne pourrait agir sans sa volonté, librement consentie, de tenter de s'en sortir. Ils avaient atteint un point de rupture.

S'il refusait, elle ne reviendrait jamais dans la cité des anges.

*Vertige, définition du Larousse
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Alastar Black
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyMer 20 Fév - 19:11

Et lorsqu'il ouvrit les yeux, elle n'était plus là. Disparue dans le mystique de ses rêves cauchemardesques. Évaporée dans les rivières pourpres de son inconscient portant magnifiquement bien son nom. Évanouie dans des draps inaccessibles, étrangers, si semblables aux siens. Échappée de son auto-destruction, dans un autre monde, sur une autre planète. Elle était si loin. Il avait mal de son absence drastique. Encore. Voilà longtemps qu'il n'avait pas rêvé d'elle d'une aussi douce chanson. Mais les notes doucereuses s'étaient bien moquées de lui, à la fin; que la douleur. Toujours. Que la douleur. Charmante douleur. Elle ouvrait bien des plaies, et lui, Professeur Black détraqué, la laissait volontiers le charcuter. Peut-être que la raison était toute autre. Peut-être était-il faiblement tomber un petit peu amoureux d'elle également le temps d'un voyage ou deux. Chuut. Oh, Melody n'en saurait jamais rien.

Elle n'est plus là. Depuis si longtemps. Combien d'années ? Peut-il seulement l'oublier ? Non. Évidemment. Douze ans et deux mois.

Ne restait plus que l'ombre d'un rire chantonnant, la phosphorescence d'un regard diamant, l'intouchable d'un sourire éternel, le mensonge d'une présence oubliée.

Elle n'était plus là. Mais lui, si. La douleur aurait du s'estomper avec les années, c'était ce que l'on n'avait pas cessé de lui répéter. Il n'en pouvait plus. Heureusement, maintenant, il n'avait plus personne. Non, vraiment aucune, pas même celle portant le nom d'une constellation. Alastar, ça le faisait sourire. Il acquiesçait bêtement, à l'époque : « Tu as surement raison. » en pensant tout bas qu'il ou elle avait surement tort. Et puis cela s'était avéré avec le temps qui n'arrangeait rien. Ce sale traitre. Le temps. Il avait aimé l'étudier, jeune élève du Professeur Orion. Le temps. Il était compliqué, mais passionnant. Il n'y comprenait rien au début; à son fonctionnement, à son utilité, à sa composition.

L'on dit que le temps est aisé à percevoir, mais difficile à définir. Il est modulé par nos émotions en neurosciences, irréversible en physique statistique, seulement local en relativité, fluctuant en biologie. Est-il impossible d'en donner une définition universelle ? Pour certains physiciens, le temps n'existe tout simplement pas...

Pour le tout jeune britannique à la chevelure de jais, ce n'était pas vrai. Il aimait à rêver qu'il parviendrait un jour à l'attraper. Rien que ça. Le Professeur Orion en riait souvent, il trouvait l'idée ambitieuse. Mais pas Alastar. Ce n'était pas une blague. Un jour, le temps viendrait à lui pour lui offrir ses soupirs... Et il comprendrait tout! Ce jour ne vit évidemment jamais la lueur de la nuit. Alastar ne comprenait pas plus le temps maintenant qu'il ne l'appréciait. La brève relation qu'ils eurent dans les années 90 n'était que poussière sans intérêt. Ridicule. Il laissait l'histoire compliquée du temps aux autres physiciens. C'était mieux ainsi. Une énième histoire d'amour balayée, gâchée, ignorée.

In Flames - Digital Daggers

Lorsqu'il comprit que ce n'était qu'elle, l'Autre, pas la vrai, il se sentit partir, dépérir dans un Ailleurs loin de tout. De cette vie morbide et de cette mort qui l'appelait mais qui ne semblait pas bien plus glorieuse. Il était bloqué entre deux mondes. Assis sur le bord de son lit, les mains plaquées contre son visage encore endormi, il s'amusa un peu de Cassiopée, par habitude, mais le cœur n'y était pas. De toute façon, était-il jamais là ? Elle comptait partir. Très bien. Il serait enfin tranquille. Il aurait été sympathique qu'elle s'en aille maintenant, tout de suite. Qu'elle se casse pour ne plus jamais lui pourrir l'existence. En voilà une idée. Mais c'était mal connaitre cette sale petite peste française. Dans un soupir, il l'observa ramasser bêtement les morceaux de porcelaine. Puéril, il espérait qu'elle se coupe et parte chouiner dans les toilettes. Mais, là, encore, c'était mal connaitre la rousse. Ah, ce qu'elle pouvait être prévisible.

La tournure que prit la situation après ses dernières plaintes lui prouva par A + B qu'il avait tort. Également qu'il ne lui faudrait plus jamais lui montrer ses faiblesses. Il fut interloqué, mais presque autant amusé. D'un amusement malsain, mauvais, vraiment bas et dégueulasse. Il arracha violemment son bras des mains du "docteur" et se mit à rire. Elle était si faible. Elle pensait jouer dans la cour des grands, prenant de grands airs, sûre d'elle et de ses beaux devoirs de sauveuse. Mais ce tutoiement, ces mots mal maitrisés, ces certitudes totalement faussées ne faisaient que le conforter dans l'idée qu'elle ne savait pas dans quel merdier elle s'efforçait à s'enfoncer. « Alors vous n'étiez vraiment pas au courant. » rit-il encore un petit moment avant de se lever et de la bousculer sans aucun ménagement pour rejoindre sa penderie. Il se foutait d'elle car, évidemment, qu'il avait su dès la seconde où son regard avait croisé le sien, qu'elle ne savait pas. De toute manière, à part le Docteur Michaelson, personne ne le savait. Elle savait si peu de choses sur lui, finalement. Et elle croyait tant savoir, tout savoir, tout pouvoir récolter à l'aide de ses beaux yeux, de son cœur dangereusement bon. Son rire dément qui fit trembler la nuit cessa tout à coup. Il était las. Ou peut-être que c'était de sa faute, à elle, la cocaïne. « Vous ne savez rien, sincèrement, Mlle Desnuits, combien de fois vais-je devoir... » ses belles paroles sarcastiques ne purent avoir l'effet escompté car il dut se résoudre à tousser encore un bon moment. Il faillit jurer, mais il n'en fit rien, se contenta d'effacer prestement cette goutte de sang qui perlait lascivement ses lèvres. Le reste, dans sa gorge, il en appréciait déjà le goût métallique depuis des lustres. Son bras le démangeait atrocement depuis son réveil, mais il ne fit rien pour apaiser sa gêne... pour la montrer. Notez l'ironie, il pouvait bien faire ce qu'il voulait maintenant que le voile était tombé, maintenant que le jeu était terminé. « Si vous ne jouez pas, pourquoi être ici ? Vous m'ennuyez à être si naïve et ignorante. » souffla-t-il dans sa barbe en s'appuyant de ses deux bras contre le meuble. Il attrapa dans le premier tiroir une chemise en soie aux couleurs de ses iris dilatés; noir nuit. Il la cala simplement contre son épaule et se retourna dans un mouvement mal assuré, mais prenant bien soin de garder un semblant de contrôle sur tout ce qu'il faisait. C'était important pour lui. Pitoyable mensonge ambulant. « Ne vous a-t-on rien dit ? » lança-t-il, plantant son regard un peu surpris dans celui assuré de la demoiselle. Décidément, de nos jours, les docteurs tel que le crétin de Michael bâclaient leur travail. C'était d'un désolant. « Prévisible. Bon, alors je vais jouer les professeurs dans ce cas. » sourit-il, mielleux, tout en se rapprochant au plus près de Cassiopée, jusqu'à ne percevoir plus que ses deux grands yeux bleus. « Les ultimatums ne fonctionnent pas avec moi, ma chère. Même si tout ce que vous racontez était vrai, je retournerais avec plaisir dans les noirceurs de cette clinique du Diable plutôt que de vous supporter encore un instant de plus, je vous le jure. Seulement il se trouve que vous ne pouvez rien faire du tout. Il n'est pas possible de faire désintoxiquer un majeur malgré lui. En effet, les démarches de soins en toxicomanie reposent sur l'adhésion de la personne et sur sa volonté de s'en sortir. Le libre consentement est une condition préalable. Après, il est vrai, comme vous dites, que si vous parveniez à convaincre le bas peuple que je suis un danger pour moi même, pour vous ou pour je ne sais quel crétin, je pourrais être interné de force en clinique psychiatrique... Mais pour cela il vous faudrait, notamment, l'avis favorable de mon tendre Docteur Michaelson. » L'anglais finit sur un ton de Tragédie. Elle ne savait visiblement pas, et il en jouait, évidemment, beaucoup. Il eut froid, tout d'un coup, mais se contenta de contenir les effets de sa drogue pour continuer son dialogue explicatif, affreusement infantilisant : « On ne veut pas de moi là-bas, ni en psychiatrie, ni nulle part. C'est dommage. Mais, vous, vous voulez bien de moi, n'est-ce pas ? » Délicatement, peut-être trop pour que ce ne soit sincère, il s'empara de ses deux mains bien plus douces qu'il ne se souvint les avoir ressenties. Cela résonnait à cette nuit chevaleresque où elle était partie dans un univers étonnant. Mais là, point d'élan spontané déraisonné, que les ténèbres en un cœur éploré. « Allez, tu sais quoi, j'accepte, ce sera amusant ! » s'emporta-t-il tout à coup, infiniment sarcastique, brisant l'instant intense de noirceur. Il lâcha ses deux mains comme s'il s'agissait de vulgaires chiffons et la contourna une nouvelle fois pour marcher, ou faire quelque chose y ressemblant, dans la pièce. « De toute manière j'ai un peu abusé ces derniers jours, et là je sens bien la fin arriver... J'étais à ça de crever, imaginez, vous seriez partie le jour de ma mort, haha ! » railla-t-il de sa propre perte. Il n'était pas souvent grossier, il n'avait pas été élevé ainsi, mais lorsqu'il sortait d'une trop grande dose, il n'était pas vraiment lui même. Il ne parlait pas comme l'aristocrate arrogant et élégant Monsieur Black. « En revanche je vous laisse chercher. Ce sera comme une chasse au trésor. » Il appuya ses dires en lançant d'un seul coup une petite clé dans la direction de la rousse. C'était la clé qui renfermait tous ses malheurs. Mais il ne lui dirait pas où se trouve le coffret. « Pour ce qui est de la maison, vous pouvez toujours courir. Vous vous croyez chez votre mère ou quoi ? » soupira-t-il, l'air de rien. S'il savait.

Voilà qu'elle remontait sur ses grands chevaux, et cette fois-ci, cette fois-ci il dut bien le reconnaitre : elle remporta dignement une manche de ce combat sempiternel. Elle toucha du bout de la langue toutes les douleurs de son cœur malmené. Elle appuya si fort qu'il se sentit suffoquer. Une brisure passa dans son regard. Puis la colère. Noire. Il commença à avancer tout droit dans sa direction sans ne jamais s'arrêter jusqu'à ce qu'il la coince contre un mur, non loin de la fenêtre. « Je ne veux plus jamais vous entendre écorcher son prénom devant moi. Ce qu'elle aurait voulu ne change rien, elle n'est plus là. Nous en resterons là. » Son poing se cogna contre le mur, faisant échos à ses mots.

Et sur ces mots, il s'en alla. Il enfila sa chemise aux mêmes couleurs que son âme et s'en alla, dans la nuit brune. Il était tard. Il ne savait pas, ne savait plus quelle heure il était. Il s'en moquait. Il avait quitté la maison dans un claquement sourd de la porte d'entrée sans se retourner. Oh il avait bien faillit s'écraser la tête contre les marches de l'escalier, il ne marchait pas bien droit. Et dehors c'était bien pire. La tentation était terrible, violente, horrible, méchante. Il voulait la voir. La Lune.
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Cassiopée Desnuits
"Il se recula prestement quand il l'entendit émettre un son suspect..."
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyVen 22 Fév - 23:24

Rester...ou s'échouer quelque part sur une faillite brûlante qu'elle finirait par sublimer tôt ou tard ? Le vrai succès, n'était-ce pas la survie à l’échec?* La vision volée d'une fugitive vénusté avait tout chamboulé en une fraction de seconde. Elle s'était succombée, terrassée d'attendrissement face à la splendeur de l'indescriptible «Bon» d'un homme torturé. Elle ne partirait pas finalement, mais la toute fraîche décision demeurait fragile.
Il s'était tant appliqué, avec une si fine perversité, à se déshumaniser, œuvrant à se métamorphoser petit à petit en une espèce de monstre qui ne pouvait nulle part exister. Quelle imposture! Au nom de la Mort, il s'était efforcé, durant toutes ces années, à annihiler cette part sacrée d'amour qu'il avait reçue et donnée. Et l'éternelle hyménée semée et offerte, n'était pas qu'éternelle mais bien plus: indestructible, indélébile, inépuisable, divinement immortelle. Il s'était cru un Dieu tout puissant, soufflant la glace et la dureté sur son antre intérieur, se gangrenant peu à peu, figeant dans une gangue ténébreuse l'étincelle qu' il ne voyait plus, qu'il ne sentait plus. Mais, elle, sans le vouloir, sans rien chercher, l'avait entr'aperçue dans son sommeil. Un cadeau presque surnaturel, si inattendu qui ne sut que toucher son âme, à elle. Ô sublime naïveté qui permettait de voir la grandeur insondable de l'ineffable. Combien de fois s'était-il moqué de son défaut? Un nombre incalculable, accompagné toujours d'une surdose d'avanie qui finissait par l'étourdir. Mais ce n'était pas grave tout ça, car elle conserverait, à jamais, dans ses jardins secrets, la merveilleuse poussière d'étoile dérobée cette nuit-là.

Il ne restait à Alastar la Tarasque, que des impossibles désormais : l'impossible contact d'une autre peau, l'impossible conscience des autres, l'impossible écoute de paroles rédemptrices. Ainsi, seules les aiguilles de la destruction trouvaient grâce à son épiderme, seule la cocaïne l'aidait à se tolérer, seuls les hurlements mutiques des eaux de l'Achéron** résonnaient à son ouïe.

L'animal se rétracta donc brutalement aux doigts de l'humaine, crachant d'instinct un rictus venimeux. Puis, il éructa un jet de paroles empoisonnées, l'éclaboussant toute entière, aspirant sans doute à ce que l'acide invisible la rongeât une bonne fois pour toutes. Le coup de pattes la fit vaciller d'un pas mais elle ne fit que soupirer légèrement, haussant les épaules. Car plus il s'enfonçait dans un comportement oppressif, plus elle se renforçait dans un calme profond. Une Force Tranquille s'insinuait dans ses veines, ses artères, ses muscles. Elle accueillait le Mal tel qu'il s'exprimait, à nu, à vif, sans parade, sans bouclier, mais surtout, elle observait. Elle l'observait. Elle savait si parfaitement, à quel point sa présence le dérangeait dans sa tanière maudite, à quel point sa maladresse chamboulait le désordre ordonné de ses démons. Ce rire démoniaque n'était qu'une piètre contenance tant il sonnait faux. Cette agressivité n'était qu'une pitoyable parade de bête agonisante. Les réminiscences de la drogue ne faisaient qu'attiser sa perdition.
Elle profita d'un répit lorsque la toux diabolique le prit.

-Je ne savais pas, en effet, constata t-elle d'un ton neutre, vaincue.

Mais à l'intérieur, des pans entiers se déchirèrent. L'instant fut atroce. Pourquoi Mickaelson ne lui avait rien dit? Elle n'aurait peut-être pas accepté d'en arriver jusque là. Tout ça, pour ça. Le petit Chaperon Rouge s'était jetée dans la gueule du loup! Et il y avait de quoi se perdre, à vivre ainsi, quotidiennement, aux côtés d'un tel niveau d'addiction. Quelle hypocrisie! Elle s'était faite avoir jusqu'à l'os ! Trop de confiance, trop d'inexpérience et le patient avait dépassé le maître. Évidemment, qu'il avait eu raison, depuis le début : naïve et ignorante et ennuyeuse. Comme il avait du prendre son pied à la manipuler! Tout ce temps à y croire, toute cette énergie à donner le meilleur d'elle-même pour qu'il s'en sorte. Pour rien, pour ça.

Choquée, elle se mit à respirer trop rapidement, les dents serrées. Sa poitrine se soulevait, douloureuse d’opprobre. Malgré tout, elle trouva le courage de maîtriser le sentiment d'humiliation qui l'envahissait. Mais c'était allé trop loin, beaucoup trop loin. Toute cette merde devait se terminer.

La gouttelette vermillon n'échappa pas à son regard d'aigle, pas plus que le geste furtif qui l'effaça. Elle n'haussa que légèrement les sourcils, effarée de l'ampleur des dégâts. Et s'attarda à rester muette, incapable d'une quelconque réaction. Le coup était très dur à encaisser. Seules ses prunelles, noires de détermination, trahissaient une volonté de fer: elle allait quitter définitivement ce lieu maudit, quitter enfin ce démon.

Il était fascinant d'observer une tempête qui se déchaînait alors même que l'on se sentait protégé à l'intérieur de sa demeure. La sensation d'être intouchable procurait un vif sentiment de bien-être  rassurant. Cassiopée n'était point en son doux nid pour affronter la Créature, mais malgré tout, sans pouvoir bénéficier de cette sécurité-là, elle se sentait solide comme un roc. Les pieds bien ancrés dans la Terre, elle savait que la Lumière de Vie ne s'éteindrait jamais, où qu'elle soit, quoi qu'il advienne, parce c'était ainsi du plus loin qu'elle se souvînt. La Bête de Mort versus la Bête de Vie. Qui en sortirait victorieux ?

-Tu as la bonne réponse: je t'ennuie.

Caustique, la colère montait, elle n'en avait plus rien à faire. Il n'était plus son problème. On lui avait dissimulé un point essentiel, elle n'entendait ni ne voyait plus rien d'autre.
Il creusait l'affront en lui parlant de dos. Elle aurait pu l'abandonner, là, c'eut été si simple. Mais la française faisait partie de cette espèce qui buvait la coupe jusqu'à la lie.
Il esquissa un mouvement incertain et elle en ressentit une joie triomphante. Il n'était même pas dans son état normal. Pitoyable.
Elle soutint son regard, froide et grimaçante à son haleine fétide et ne chercha plus à paraître polie.

-Tu as mal écouté, pauvre con. Tu crois vraiment que je ne connais pas les lois ? Je n'ai pas obtenu ma thèse dans une pochette surprise. J'ai seulement dit que je ferai ce rapport, et à mon tour, mon cher, je rajouterai autant de mensonges que nécessaire et le Mickaelson sera obligé de te coffrer parce qu'aucun toubib ne prendra le risque d'avoir un moribond sur les bras. Ce sera ta parole contre la mienne. On verra bien qui aura le dernier mot. Quand à le convaincre...Tu sais, j'ai des armes que tu n'auras jamais.

Carnassiers, les sous-entendus étaient multiples et osés.

Chien et chat dressés l'un contre l'autre, le poil hérissé, ils se tenaient à deux griffes de se sauter dessus, chacun envahi par sa propre détestation.

-Mmh, dommage pour qui, affirma t-elle du bout des lèvres.

Pour qui se prenait-il cet esbroufeur de malheur? S'imaginait-il véritablement qu'elle allait endurer sans mot dire l'offense qu'elle subissait ? Il était de ces sensibilités qu'il valait mieux ne jamais abîmer...

Ils n'avaient rien dit.

Et la sale bestiole eut cette parole irréelle qui déclencha un lumineux sourire en coin de la belle. Il acceptait, jouant du tutoiement comme d'un arrachement? Allons donc!

-Ouiii... bien sûr que ce sera amusant. répondit-elle, totalement incrédule.

Il était trop tard, elle n'y croyait plus. Pire, elle n'avait plus envie d'y croire.

Lorsqu'il lui prit les mains, elle se laissa faire, encore sonnée par ce qu'elle venait d'apprendre, écœurée du piège dans lequel elle était tombée. La sensation d'une douche glacée qui lui tombait sur la tête, perdurait.

Ils n'avaient rien dit.

Salopards.

Elle n'avait rien décelé.

Pauvre conne.

Elle ne s'en remettait pas, se sentant outrageusement bafouée, si désinformée durant tous ces mois et ces jours déchus.

-Si tu le dis, je devrais regretter un grand moment alors?

La voix douce et traître à entendre, n'en usait pas moins de sarcasmes.

Ils n'avaient rien dit.

Le Roi des ténèbres persista cependant et lança tout à coup une clef fine qui scintilla brièvement à la lumière, avant de tomber sans bruit sur le tapis précieux. Elle n'y jeta qu'un œil distrait, trop blessée pour y accorder une quelconque attention. Pour qui se prenait-il ? Pour qui la prenait-il ? Oh, ça ! Elle avait la réponse. Une chasse au trésor...Et pourquoi pas une chasse aux œufs tant qu'on y était?

Désabusée de ses élucubrations inspirées par sa défonce et la méchanceté, elle dodina la tête de droite à gauche, déçue et mortifiée.

Qu'il aille se faire foutre. Elle en avait plus qu'assez.

Mais le cruel rapace fut atteint par la Vérité qu'il fuyait depuis les Enfers... Il fondit sur sa proie sans crier gare, l'ire grandiose de douleur. Elle ne chercha pas à lutter contre sa force décuplée, un réflexe de survie accompagnant son mouvement en reculant. Il la dominait de toute son envergure, déployant sa taille menaçante. Elle, paraissait si frêle. Mais malgré son infériorité physique, elle le défiait de tout son être, fière et sans peur.
Le mur dur arrêta brutalement ce pas de danse macabre. Alors que son crâne butait contre, la proximité infernale de son corps effleurant le sien, l'intensité de sa voix lui fut insupportable. Elle ferma les yeux, tournant la tête sur le côté, priant que la paroi s'enfonçât afin de disparaître. Féroce, il frappa si fort et si près, qu'elle sentit la vibration du coup sur son visage.


White light fades to red
La lumière blanche passe au rouge
As I enter the City of the Dead
Alors que je pénètre dans la Cité des Morts
...
Rex tremendae majestatis
Roi à l'immense majesté
Qui salvandos salvas Gratis
Qui sauve de ta grâce ceux qui doivent être sauvés
Salvificem Fons pietatis
Sauve-le, Source de piété
Salvificem fons pietatis
Sauve-le Source de piété
Sauve le...Sauve le...

Un instant
Un bref instant
Il s'était retrouvé
Il ne s'était pas menti
Il ne s'était pas anesthésié
Il ne s'était pas fui


Et bien sûr, sans crier gare, il déguerpit, la plantant là, comme une vulgaire chaussette salie d'affront.

Leur non dit l'insultait.
Inadmissible.
Scandaleux.

Une fureur de rébellion germa dans ses tripes, imprévisible, épaisse.

Durant quelques minutes, elle demeura en suspension, soulagée de son absence. Incapable de réfléchir, elle n'éprouva plus qu'un besoin bouillonnant de lui déverser sa révolte. Ça ne changerait rien, certes, sauf pour une chose essentielle: lui procurer un bien fou!

Elle quitta alors la pièce en trombe, espérant le rattraper, ramassa la clef au passage et dévala l'escalier. Rapidement, elle se retrouva au bout de l'allée. Où pouvait-il bien être ? Compte tenu de l'état où il se trouvait, il ne pouvait être bien loin. Indécise, la rouquine hésita sur la direction à prendre quand soudain, un vrombissement anormalement bruyant creva la nuit et attira son attention: un taré conduisait à tombeau ouvert, profitant des rues désertes. Les phares apparurent au loin et, à contre jour, vacillant, elle l'aperçut qui s'éloignait.
Oubliant, sur l'instant, sa colère, elle hurla :

-Alastar!

Elle se mit à courir comme une dératée, la voiture approchant dangereusement, ses lumières grossissant à mesure de son approche. Plus que quelques mètres. L'anglais ne modifiait pas son trajet.

Le bolide allait le percuter.

Alors, dans une ultime accélération, à bout de souffle, Cassiopée se jeta littéralement sur lui, le poussant de tout son poids et son élan.

Ils chutèrent ensemble, violemment, tandis que le conducteur klaxonnait sans même ralentir. Les mains et les genoux écorchés par le bitume, Cassiopée reprenait ses esprits, haletante.
Ils l'avaient échappé belle. Il l'avait échappé belle.

Près d'elle, étendu de tout son long, Alastar gisait, inerte. La peau salement éclatée de son front pissait le sang.

-Hey! Alastar! Alastar!

Elle tapota ses joues en vain. La blessure ne semblait pas très grave mais saignait beaucoup et nécessitait sans doute quelques points de suture. Il fallait le déplacer de cette foutue chaussée.
Sans attendre, elle le saisit donc sous les bras et tira comme elle put, par à-coups successifs. Il était lourd le bougre, mais elle finit par réussir à l'amener sur le trottoir et le positionna tant bien que mal en PLS. A la fin, elle se laissa choir sur le sol, reprenant des forces, cherchant désespérément des Kleenex. L'urgence était désormais de stopper le filet continu qui dégoulinait.
Alors, pragmatique, elle se résolut à ôter son cardigan et son tee-shirt. Elle roula le premier vêtement en boule et le plaça sous sa nuque puis se servit du second pour éponger le sang et compresser la plaie.
Elle soupirait d'émotion contenue, fébrile, ne réalisant pas encore qu'elle venait de lui sauver la peau. Elle voulait appeler les secours mais tous deux étaient partis en trombe de la maison et ni l'un ni l'autre n'avait son portable sur lui.

-Merde! S'exclama t-elle, excédée.

S'il ne reprenait pas conscience, d'une part, ce serait inquiétant et d'autre part, elle devrait le laisser pour retourner à la villa et téléphoner.

Seule au milieu de la nuit, en petite tenue, Cassiopée se retrouvait à éponger l’hémoglobine d'un homme qui la haïssait, du moins était-ce sa conviction, et dont elle ne voulait plus s'occuper.
Plus que tout, le mensonge par omission ne passait pas. Vraiment pas. Penchée sur son visage, une main fermement appuyée sur le pansement de fortune, les mots tournoyaient dans sa tête: naïve, ignorante et ennuyeuse. Naïve, ignorante et ennuyeuse...

-Tu as toujours tout compris toi, n'est-ce pas, dit-elle en français, la voix amèrement chevrotante. Elle s'était mise à grelotter de froid, par contre coup.

Au fond, son courroux couvinait, attendant son heure.

Elle lui en voulait à mort.

*D'après D. Toscan du Plantier
**Fleuve du Chagrin
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Alastar Black
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptySam 23 Fév - 14:56

Zack Hemsey - "The Way (Instrumental)"

Il ne s'était jamais tant posé la question.

Elle gravitait dans son antre nuits et jours, jusqu'à frôler son cœur funèbre, elle voletait dans sa tanière jours et nuits, jusqu'à attiser férocement le brasier. Il entendait chacun de ses soupirs, devait supporter le souffle constant et serein de sa respiration lorsqu'elle décidait, pour une raison qu'il préférait lui échapper, d'être simplement présente dans la même pièce que lui. Elle dérangeait chacune de ses habitudes, réveillait chacun de ses maux les mieux enfouis. Elle était là. Elle restait là. Il se contentait de l'ignorer, le plus souvent, le reste du temps : la Bête lui tombait dessus, violente et sanglante à ne pas s'en priver. Mais elle restait là, indéniablement forte. Et il se demandait, rare occasion où il s'intéressait à elle pour une autre raison que celle de la voir hors de sa vue.

Que faisait-elle encore ici ?

N'importe qui aurait vu le visage de la Mort. N'importe qui aurait pris la fuite. N'importe qui aurait choisi sa Vie. N'importe qui n'était pas un héro. N'importe qui n'était pas un sauveur. N'importe qui n'était pas inconscient d'Espoir utopique. N'importe qui n'était pas Cassiopée Desnuits. Et c'était là, en ces bas-fonds révélateurs que gisait toute la problématique. Le scientifique avait son plan de recherche depuis le début, mais aucune hypothèse plausible n'avait pulsé dans les derniers neurones non corrompus lui restant. La française était une énigme bien plus volatile que n'importe quels éléments chimiques ou molécules. Et le problème restait inchangé. Elle restait là et il ne comprenait pas pourquoi.

Pourtant ce soir, cette nuit, elle comptait s'en aller.

Il l'avait senti dans sa puissance d’Être. Il l'avait compris dans son essence d’Âme. Et lorsqu'il lui balança tout à la gueule, Diable dans son dernier souffle insipide, malade comme un chien, perdu l'orphelin, il percuta l'océan sentencieux, déterminé à achever le Noir avant de repartir cueillir le Blanc. Le laisser derrière. Seul. Comme avant. Allait-elle vraiment partir ?

Sa colère emmurée l'amusait noire, elle amusait le Malade, non pas l'Homme. Lui ne réalisait pas. Lui demeurait assoupi sous cette couverture de soie émeraude. Alastar n'était pas là. Il rêvait d'amour, de cet amour Melody. Personne ne l'avait prévenue du traquenard Black, personne n'avait pris la peine. Et pour une seconde, il eut si peu de peine. C'était injuste, il en avait glorieusement profité. Elle aurait été une autre, un autre, qu'il en aurait fait de même. Rien de personnel. Mais il fallait bien se battre contre cette envie de Vie. Je ne savais pas, en effet. La voix lui brouilla la vue un instant. Cette gamine prenait son boulot beaucoup trop à cœur. Ce ne fut certainement pas à cet instant précis qu'il le réalisait pour la première fois, mais la flagrance époustouflante de l'intensité de ses mots, de son sens tout à coup, le prirent de grâce à se requestionner. Pourquoi se donnait-elle tant de mal ? Pourquoi lui-même se donnait-il tant de mal ?

Et lorsqu'elle survint de nouveau à l'attaque, cruor de rage intenable, plus mordante que jamais, la hyène se contenta de rire gras face à la beauté royale de la lionne ancestrale. Il cacha sa stupéfaction, il planqua sa satisfaction. Elle ne se laissait faire d'aucune façon. Et c'était là le vrai combat. La dernière fulgurance des vaincus. Il souffla dans un sourire sans couleur, chuchotement divin ou satanique ? : « Tu n'es rien Desnuits. Aucune source de pouvoir, aucune lueur d'espoir, aucune once d'utilité, je ne vois rien à sauver. Quelle ironie. À quoi es-tu censée me servir ? Qu'es-tu censée me faire ? » Elle lui parlait d'armes qu'il savaient inutilisables, si aisément brisables. Michaelson était un con, lui aussi, et parmi les bons, de ceux impériales que l'on ne pouvait soudoyer lorsque l'idée était ancrée dans le plus profond des veines. Elle ne pourrait rien faire contre lui. Il était déjà Ailleurs depuis bien trop longtemps.

La fatalité de la vérité le fit entrer dans une colère noire. Une singulière douleur du cœur qu'elle sut à la perfection raviver sous ses yeux. Ivre de ce duel corsé, de sa défonce surpuissante, le corps s'envola dans un vertige inévitable. Et le cœur malade de tempêtes cogna sa déchéance. La tête pleine de paysages ensanglantés, le visage de sa bien aimée. La voix fêlée de cris serpents. La déchirure ouverte où bouillonnaient des blessures millénaires.

S'engager vers nulle part au flamboiement des révélations.

Sous la voûte crépusculaire habillée de bleu cobalt, le Loup fuît le petit chaperon rouge. Courser la Lune sans ne jamais oser lui hurler son amour. Il s'arrêta une seconde pour respirer cet air pur. Il ne sentit que l'Opium. Le drogué chancelait pitoyablement du trottoir à la chaussée. La voix de Cassiopée lui parvint à peine. N'en n'avait-elle pas enfin terminé avec lui ? Il allait sans ne savoir où. Qu'importait la destination. Il avait besoin de Solitude. Il n'avait pas besoin d'Elle. Il remarqua cette lueur étrangement intense au loin, ce bruit sourd de moteur.

Et le Temps, ce vieil amant, compagnon bafoué, lui implora d'exister en un arrêt brutal du cœur. L'ignoble Mort insupportable. Trépanation. Terreur. La drogue, la guerre, la Mort, en un théâtre sinistre. Les yeux dans le vague, Alastar se laissa faiblement envouter par ces voix apaisantes, encourageantes qui le poussaient à continuer : Vas-y, tu n'as plus rien à perdre... ; Cette Vie ne t'a apporté que du mal ; Tu ne mérites pas de vivre sans elles ; À quoi bon vivre Mort ? Aux couleurs orageuses d'une crise exceptionnelle, l'étendard de la Mort se déployait réellement face à lui. Il voulut le porter un instant, il voulut oser, il voulut l'approcher. La Mort jubilait en ce moment là. Entre pas et trépas, le regard de la Mort pour un dernier repos. Si sensible aux échos de l'abime. Rage et ravages de la névrose et son coup de grâce. Il pourrait briser la terreur du deuil, l'obsession de la défenestration. Dormir au bout du ciel. Dormir à fleur de terre. Dormir amer de vie. Dormir à goût de fiel. Dormir profond de Lune. Dormir de jour et de nuit. Dormir avec Melody. Absolument dormir . . .

L'idée d'une fin tragique au bout de la tristesse infinie de l'anglais se décomposa au milieu des spasmes du Temps. La Mort se tut, un instant. Vint le Silence et son absence d'arguments. La lenteur du Silence aux branchies de ses songes. La pensée s'évaporait comme un gouffre et il ne sut plus qui croire. L'agonie dur du Silence accueillit sa voix. Melody. Hey! Alastar! Alastar! Quand s'évanouît le cri suspendu dans l'horreur et que bleuît à l'orée de la nuit. Un ultime sursaut vers le réveil. L'ivresse nocturne aveugle l'eut nourri de ténèbres. Dracula reviendrait au prochain crépuscule. Mais ce soir, cette nuit, il eut terriblement peur de mourir. La Mort le sentit, la mort lui sourit. Diabolique. Et puis, pourquoi aurais-tu peur de moi ? Je ne te demande pas de faire saigner les pierres, ni de me servir la Lune sur un plateau d'argent. L'angoisse irréversible dénoua les feux sublimes. Les yeux saillirent, le cœur s'affola. Il suffisait d'un instant, le Temps sifflait sa vengeance et, maintenant, il était trop tard. Il avait perdu la liberté du choix, le chemin de la rédemption.

Mourir d'étoile amère sous ce ciel saupoudré de clartés en perdition.
Aurait-il de quoi l'admirer une dernière fois ?

Mais. Son heure n'était pas venue. Le Temps ne lui réservait pas vilement cette Fin là. Pas encore. Il s'accéléra, si vite, si fort qu'Alastar en perdit toute conscience de la réalité. Le brouillard épais. La silhouette de sa défunte épouse se dessina précisément dans cet espace, cet Ailleurs lointain où régnait le Blanc. Tout. Partout. Sa vue l’apaisa. Mais sa voix. Mais son regard. Sa voix le prit de court. Son regard le blessa. Tant d'intensité, de colère, tant de peur et de rancœur. Qu'est-ce que tu croyais faire, Alastar ?! DÉGAGE DE LA PAUVRE CON! Il recula, atrocement démuni. RÉVEIL TOI! Il n'y arrivait pas. Il ne respirait plus. Il se sentait si mal à côté d'elle, pour la toute première fois. Melody, je... Le brouillard devint opaque, Noir. Elle disparut de sa vision, mais il la sentait toujours présente. Quelque part dans ce brouillard. Et cette affreuse odeur nauséabonde. Ce gout de souffre au bout de la langue. Que se passait-il ? Le dernier coup  sanglant au cœur avant le retour sur Terre : RÉVEIL TOI! ELLE EST LA!

Elle était là ?

Revenu, il ne rouvrit pas les yeux. Pas de suite. La main s'appliquant contre son front le brûlait, mais s'efforçait au mieux à cesser le sang de fleurir, il le sentait. L'éveil en un coup d'aile. La conscience éclatée. Il eut froid, tout d'un coup. Mais il était réveillé. Il l'avait écoutée. Et elle, que faisait-elle encore là ? Il entendit des murmures, des mots désorganisés...  du français. L'esquisse d'un sourire amusé tenta de conquérir sa douleur. Cette situation était pitoyable. Il était pitoyable. Il l'avait déçue. « Bien sûr..... » qu'il souffla avec peine dans un français approximatif mais correct. « que je sais..... » Un clignement et il ne voyait plus rien les yeux grands ouverts. Les sourcils froncés, il dévisagea un long moment la rousse sans dire un mot de plus. Il se fixa sur elle, dans son regard tumultueux pour reprendre pleinement conscience. Il se détendit peu à peu, presque serein. Il voulut se relever après ça, aussi dignement qu'il ne lui était PAS donné de le faire, mais il manqua de s'étaler de nouveau. « Bloody hell! Piss Off, woman! » Il râlait, l'agonisant, contre elle qui venait de lui sauver la vie, contre lui qui avait bien failli y rester contre son gré. Quelle ironie. Puis ils rentrèrent, sans qu'il ne lui accorde plus aucun intérêt. Elle venait de lui sauver la vie. Il le réalisait à peine. Pauvre idiote...

Lorsqu'il s'affala sur le canapé de cuir du salon à l'aide de Cassiopée, il laissa son regard se perdre sur le plafond qui devint tout à coup hypnotisant, si sublime. Il voyait des étoiles. Des milliers, des millions, des paquets d'astres tous plus éblouissants les uns des autres. « Je pensais que vous seriez déjà partie... » Le ton semblait sorti de ses songes, presque malheureux de rêves impossibles. « Je l'ai vue, de mes yeux vue... Elle m'a parlé ! » Son regard tenta d'accrocher le sien désespérément. Il ne savait pas pourquoi il lui disait ça, encore moins pour quelle raison il avait besoin de sentir son regard sur le sien, le sachant pourtant encore effroyablement orageux de leurs altercations antérieures. Il ne craignait pas sa colère. Peut-être qu'il la méritait bien, finalement. Mais il avait besoin d’extérioriser. Qu'elle l'écoute ou non. « Si vous n'aviez pas été là, elle m'en aurait voulue... » Mais les mots moururent en même temps que ses paupières. Il se sentait partir. Dormir. Pas loin d'ici, tout à côté de Cassiopée. Et comme si cela justifiait tout, dans un dernier souffle, il se confia « Ce n'est pas contre vous, mais j'ai déjà essayé. » Tout ça. Ce n'était que le fruit du hasard. Et c'était un bien gros mensonge. Il n'avait jamais rien essayé du tout et il arrivait, en sachant cela, à se persuader de ne pas y arriver s'il s'y essayait tout seul. Peut-être que s'il s'était donné les moyens, ils auraient réussis, ensemble, main dans la main. Ce n'était qu'une cruelle utopie. Une utopie dont il eut un peu envie. Mais il était si tard maintenant. Trop tard.

Elle partait.

Fort tard dans la nuit, avant son départ, il espéra qu'elle demeure.
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Cassiopée Desnuits
"Il se recula prestement quand il l'entendit émettre un son suspect..."
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyLun 25 Fév - 14:20

La Terre est dans l'ombre , où sont leurs cœurs?

Suspendue à sa reprise de conscience qu'elle attendait avec anxiété, malgré tout, les minutes à suivre l'évolution de son état furent longues, très longues à mourir. Mourir...Cette funeste échéance, prématurée, cet imprescriptible mystère qu'il avait frôlés, qu'elle lui avait évité. Était-ce si important à la fin!? Une nausée de mal de Liberté la prit à la gorge soudain, elle en eut un haut le cœur qui la fit tousser. L'overdose d'affres sombres la rendait malade. Elle ne voulait plus être ici, elle ne voulait plus le voir. Ô désir furieux de se trouver partout ailleurs, à l'autre bout du monde, de lui et de ses désastres ! S'évader de ces ruines, de ces cathédrales effondrées ! S’extirper de l'asphyxie de cette serre humaine ! Son corps parlait, criant sa révulsion à l'obligation morale de l'aider, de s'en occuper, encore. « ...Tu n'es rien Desnuits... je ne vois rien à sauver...À quoi es-tu censée me servir ? Qu'es-tu censée me faire ? ».« A rien, au néant, du vide », avait-elle répondu en silence, presque malgré elle.
Elle l'acceptait, enfin.
Elle s'était fourvoyée dans un désert, ensablée d'une cécité d'espoir. Elle s'était illusionnée, sourde aux lumières impossibles.
Il ne l'avait pas maniée au hasard mais avait profité, oh l'euphémisme !, d'une espèce de partenariat implicite, jouant sur les faiblesses de sa proie où le jeu machiavélique de la mystification, raffiné, s'était infiltré chirurgicalement au cœur de sa nature, malmenant les chairs de son essence. Et elle, minable victime, avait espéré tout du long de cette symphonie saignante, au rythme scélérat d'une méprisante imposture. Il l'avait dépecée avec ordre et méthode, proprement. Elle n'avait rien vu, aveuglée de naïveté et d'ignorance.
La sinistre partition retentissait violemment.

Le Ciel s'est perdu dans les nébuleuses , où sont les âmes ?

Mordue par le froid et le choc, elle fulminait contre cette mâchoire glacée de gueux. Les rues vides, le silence lourd du milieu de la brune, grandissaient les reflets des ombres éclairés par les lampadaires. C'était glauque.

Il avait exploité et gâté l'ultime bouée de sauvetage qui aurait pu le sauver. Il ne lui était resté que ce seul instinct, né d'une volonté d'un passé crucifiant, de réminiscences qui le hantaient dans des cauchemars d'outre-tombe : tuer toute forme de sentiment. Des petits meurtres sans importance, injugeables, si perfides, si minuscules et intelligents de discrétion.Quelle scandaleuse expression d'une insolence toute particulière.
Et la française, passionnée de dissection d'âmes et de cœurs, était tombée dans le panneau comme une merde. Les sirènes des ténèbres lui avaient chanté leur lugubre concerto et l'appelaient désormais à méloper le chant du cygne.

La Lumière s'est éteinte , où est l'espoir ?


Il émergeait enfin. Elle aperçut le frémissement de ses lèvres en un très léger sourire. IL l'avait entendue, le Fourbe. Et même dans les vapes, il trouvait encore de quoi lui glavioter son ironie dévastratrice. Toute spontanéité était décidément à bannir, où qu'elle soit, quoiqu'elle fasse, il retournerait sans cesse la situation contre elle !

-Fer-mez-la. Elle claquait des dents de manière irrépressible, transie.

Il n'était plus question pour elle d'utiliser le tutoiement. Au Diable les astuces thérapeutiques vaines et ridicules qui ne fonctionnaient pas avec cet olibrius. Ah oui ! Combien de fois lui avait-il balancé qu'elle était ridicule ? Un nombre in-cal-cu-la-ble. Elle se sentait absolument niaise. Mourir d'idiotie, c'était excessivement douloureux, de fait. Elle le découvrait à ses dépends. Quelle affligeante médiocrité.
Elle n'aspirait plus qu'à s'éloigner de ce cadavre de vie.

Appuyant encore sur la plaie, elle se concentra à ignorer son regard bien qu'elle lui jetât un œil assassin lorsqu'il parla.
Alors qu'il essayait de se lever, elle en profita pour se vêtir prestement de son gilet. A peine les manches enfilées, elle dut le rattraper, incapable qu'il était de se relever seul.

-Mais non, voyons mec, c'est trop bon de vous faire chier. Allez, arrêtez ça et appuyez-vous sur moi sans me cracher dessus sinon, je vais glisser et vous allez vous retrouver encore le cul par terre.

Exit les bonnes manières et les codes sociaux. Il avait tout perdu, elle n'avait plus rien à perdre.

Bon gré, mal gré, il finit par réussir à se lever, non sans peine. Elle le tirait aussi fort qu'elle pouvait et lorsqu'enfin il fut debout, bien que vacillant dangereusement, elle passa un bras autour de sa taille, empoignant la ceinture du jean pour avoir une bonne prise, tandis que de l'autre côté, elle maintenait son bras posé sur son épaule. «David et Goliath, c'est le monde à l'envers, » pensa-t-elle non sans humour alors qu'elle le guidait de son mieux jusqu'à la maison. Qu'est-ce qu'elle foutait là, à 3h du matin passé, à des milliers de kilomètres de chez elle,  avec ce type malfaisant, qu'elle se trimbalait à l'arrache, pété de drogue ?!  Il s'appuyait assez lourdement sur elle et à un moment, elle crut ne pas y parvenir.

-Alastar, nom d'un chien, faites un effort, on y est presque.

Il lui ficha la paix et se tut durant le trajet, elle en fut soulagée et hormis leurs respirations poussives, rien ne vint troubler ce bref répit.
Elle l'aida à s'échoir sur le canapé, ôtant ses chaussures, et l'installant le plus confortablement possible. A moitié conscient, il était agité par de grands frissons. Elle se dépêcha :

-Je reviens.

A l'étage, elle prit tout ce dont elle avait besoin. Une fois descendue, elle le recouvrit d'une couette et s'assit tout contre lui, glissant un oreiller protégé par une serviette éponge sous sa nuque. Puis, enfila des gants et cala fermement le crâne blessé contre elle. Avec douceur, elle entreprit le nettoyage qui s'imposait. Les traînées brunes qui sillonnaient son visage et son cou disparurent. Enfin, bien dégagée, la peau révéla ses contours irréguliers. A priori, des bandes de Stéristrip suffiraient, ce qu'elle s'appliqua à poser. Ça saignait encore cependant, et alors qu'elle ajoutait un hémostatique, Alastar, soudain, rompit le silence. La voix comme enivrée, il délirait, il ne pouvait en être autrement. Elle le laissa balbutier, concentrée sur ses gestes et n'ayant aucune envie de batailler à lui répondre. De toute façon, quoiqu'il dise, ça lui glissait dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard.
Elle cala le bout de la bande. C'était fini. Il dormait, épuisé.
Elle se retrouvait, seule.
Elle l'observa quelques instants, dubitative. L'élan mauvais s'était évaporé. Mais pas elles, la colère, la rancœur, la déception, l'envie de lui faire payer. Elle avait froid, elle aussi. Surtout à l'intérieur...

Un peu plus tard, douchée et emmitouflée dans un gros pull, elle s'assit en tailleur sur l'autre sofa, juste en face de lui, un café à la main. Le sommeil était foutu, elle ferait une nuit blanche.

Poser les choses, ne pas prendre de décision sous l'emprise des émotions.
Prendre du recul, de la hauteur.
S'apaiser.
La colère est un lien, une des premières notions qu'elle avait apprises, il y avait si longtemps.
Couper le lien.


C'était beau la théorie. C'était tellement difficile à mettre en pratique, pour elle-même.

Elle eut envie d'un bain de ciel.
Sur un navire de flocons, il voguait à la brise. Au hasard de son errance, elle l' accueillait au creux de sa paume. Elle percevait une présence. Un fil, un simple fil.Ténu, existait-il vraiment ? Peut-être n'était-il qu'une onde éphémère qui se perdra un jour. La douceur soyeuse l’emporta. Alors, elle s'abandonna, un peu, juste un peu. A fleur d’ailleurs…Elle vagabondait...Elle rêvait...
Va…
Laisse aller…Laisse…
Laisse la Terre prendre soin de toi.
Vois, la nuit douce qui coule sur ta peau.
Sens, le vent qui te caresse sans bruit.
Va…
Laisse aller…Laisse…
Laisse le Ciel prendre soin de toi.
Respire, la brise qui te souffle la vie.
Savoure les étoiles qui t’embrassent.
Va…
Laisse aller…Laisse…
Laisse la mer prendre soin de toi.
Palpitante, insouciante, légère.
Écoute,  les vagues qui te murmurent leurs voyages.
Va…
Laisse aller…Laisse

Pourquoi s’ensanglanter sur l’impossible?

Elle regardait cette âme endormie et flétrie. Elle le regardait. Au fond, il l'a faisait grandir, la bousculait, la poussait en dehors de sa zone de confort. Elle pourrait en apprendre, bien plus qu'elle ne se l'était imaginé. «Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien »*. Elle adorait cette phrase et s'en délectait, souvent. Elle possédait au moins ça, l'humilité de le reconnaître.

C'était dur à vivre. Comme s'il devinait la tragédie qui se déroulait, Edgar surgit tout à coup, tout ronronnant et vibrant de câlins. Il s'installa sur ses genoux et elle le caressa, lui souriant un peu.

Fatale destinée. Elle n'y pouvait rien. Elle pouvait s'y perdre. Elle s'y était perdue avec l'anglais.
Ses réflexions s’entremêlèrent, se bousculèrent dans sa tête. Et la colère recommença  à irradier, monstrueuse. Le tumulte intérieur s'amplifiait. Il finit par éclabousser les murs.

-Ouais, je suis naïve, et ignorante et ennuyeuse, mais je vous emmerde Alastar Black, je vous emmerde ! C'est immonde ce que vous avez fait, ce que vous M'avez fait. Ne vous êtes-vous jamais demandé...Quand nous passerons dans l’autre monde...et vous avant moi, ahahah,...qu’importent au final les plaisirs ou les peines que nous y avons éprouvés? Hein ? Dites moi, vous qui savez tout !Tout ça n’existe qu’au moment où c'est ressenti. Alors, allez vous faire foutre et laissez-moi la liberté de croire que moi, la conne de service, je ne laisserai que le Bien que j’ai fait, que je fais et que je ferai tant que je vivrai. Sauf avec VOUS! Je veux vivre à ma façon et quand je le décide, mes rêves, tous mes rêves, y compris celui de combattre le Mal et la Souffrance des hommes. Sauf les vôtres, évidemment ! Vous serez l'exception qui confirme la règle, ah!

Elle but puis reprit, la voix corrosive:

-Vous savez, mais non, ça , vous ne pouvez pas le savoir, j’ai appris que pour tendre la main à ceux qui sont dans le gouffre, il faut d’abord être heureux soi-même. Je le suis, Alastar, et ce n'est pas vous ni qui que ce soit d'autre qui m'en empêchera ! J'ai le droit de donner un peu de lumière à qui je veux ! Grâce à vous, j’ai appris que l’on ne peut pas sauver quelqu'un malgré lui. Ouais, ça sera ma grande leçon du jour. Je ne suis pas complètement ignare, voyez, vous vous trompez sur ce coup-là ! Ah ! Ah ! Le grand Black s'est planté ! Et personne ne m'empêchera d'essayer, même si au bout, je me cogne un refus ! A chacun son métier mon pote. Celui que je me suis choisi, c'est d'essayer de rayonner la vie et la joie. Et je sais encore une petite chose, une toute toute petite chose : qu'un geste, une parole…ça peut ressusciter un cœur rongé et desséché par la dureté de l'existence. Et je m'en fous si ça ne dure que le temps d’un battement de cils ! JE-M'EN-FOUS, entendez-vous! Parfois, ça suffit. Ça me suffit. Et rien que pour ça, ça vaut la peine d'essayer. Vous ne m'enlèverez pas ça ! Personne ne me l'enlèvera !

Elle se leva, dégageant sans ménagement le chat qui s'enfuit à toutes pattes, et tandis qu'elle posait une main légère sur son front, vérifiant par réflexe s'il n'avait pas de fièvre, elle se pencha sur son oreille, chuchotante :

-Que le papillon me renverse de son aile ou que l’épée me transperce, ma mort sera belle.

Et se redressa, dominante :

-Là est ma richesse et mon savoir, pauvre fou. Je vous abandonne aux vôtres. Vous puez la Mort, Alastar Black, qui voudrait d'un tel parfum? Vous avez libérez Belzébuth, il est en train de vous dévorer. Et je vais m'amuser à le voir bouffer tous vos morceaux.
-Et faites semblant de dormir, lâche que vous êtes, si ça vous arrange. Le Rien vous a parlé et vous parlera encore si l'envie lui prend !"

Il serait mort à l'instant, qu'elle en aurait été totalement indifférente. Elle gerbait
le suc de toute la noirceur qu'il lui avait fait endurer et l'ultime coup fatidique, éprouvant la jouissance prometteuse d'une vengeresse.
Que la brisure de son corps affranchisse le mal qu’il ne pourra plus commettre. Que les pensées moribondes de cette plèbe humaine se lèvent, terrorisées de la lumière crue de l'au-delà.

Le quitter ? Allons donc ! Il aurait été bien trop heureux et soulagé ! Il devait payer la loi du talion qu'il avait provoquée.
Pourquoi lui offrir cette joie gratuite et pure ?

Elle bouillait, elle le détestait, elle lui en voulait tellement, tellement. Même affaibli, il lui sembla qu'il se moquait. Encore.
Elle aurait souhaité lui crier sa rage,l'invectiver haut et fort, lui asséner ses quatre vérités. L'avilir comme elle se sentait avilie. Le frapper de sa pitié. Le frapper tout court. Mais elle se retint Cassiopée, elle se retint, car au-delà d'une réaction de tempête bien légitime, elle avait beau s'essayer à le haïr, elle n'y parvenait pas.Elle aimait trop l'Humain pour ça.

Il l'avait toujours su, lui.

Poings et dents serrés, elle s'imagina le réveiller, -enfin, s'il dormait vraiment !-, avec une paire de gifles fracassantes. Mais le rêve s'acheva dans un grognement frustré. Il fallait qu'elle quitte cette pièce, cette vue détestable. L'idéal eut été d'évacuer sa fureur à l'extérieur, loin de cette maison trop luxueuse et aseptisée. Mais elle était fatiguée et n'avait plus le courage de sortir. Elle le quitta donc, à bout de nerfs, claquant la porte à la volée, furibonde. Et puis...
Elle passa devant la salle de musique. Revint sur ses pas. Le piano... Jusqu'à présent, elle n'avait pas osé toucher au piano, ni prit le temps. C'était un magnifique Steinway à queue. Pourquoi pas ? C'était un bon début, non? Passer son agressivité sur l'instrument et se contrefoutre de tout le reste !
Elle ouvrit grand la porte, n'alluma qu'une petite lampe et s'installa. C'était merveilleux pour un amateur de se mesurer avec une telle perfection. Elle tapota quelques notes au hasard, le son était sublime, profond, puissant, clair.
Elle réchauffa ses mains et commença à jouer , lâchant son courroux dans la force de frappe, dans l'intention qu'elle y mettait. Elle abusa de la pédale forte, histoire d'amplifier à outrance les harmonies. Combien de temps mélodia -t-elle ainsi ? Longtemps, très longtemps, au point d'être en nage et d'avoir les doigts échauffés. Elle ne s'arrêtait plus, se noyait, s'évacuait, se grisait. Ses pensées virevoltaient, elle combattait par l'esprit le Chevalier Noir.

« -Tu n'es rien !» « -Mais je peux voler sans ailes... »
« Ignorante ! » « -Mais je peux rêver sans artifice... »
« Naïve ! «  « -Mais je vois les étoiles les yeux fermés... »
« Ennuyeuse ! » « Mais je danse avec la Lumière... »

Elle cinglait les blanches et les noires comme l'on meurt, avec intensité. Elle se dé-chaînait, se réappropriait une liberté qu'elle avait failli oublier. Elle martelait encore et encore. C'était lui qu'elle frappait, lui collant une dérouillée dont elle seule possédait les clefs.

Elle resterait, juste le temps de mener à bien le supplice qu'elle espérait lui infliger.

Elle allait le pourrir.
Non pas à mort, mais à Vie.

*Socrate
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Alastar Black
Y'a l'rosbeef qui gratte
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Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  Empty
MessageSujet: Re: Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset ✯✯ Alastar ✯✯    Chap.2 - C'était, dans la nuit brune,... La lune…Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ? A. de Musset   ✯✯ Alastar ✯✯  EmptyMar 5 Mar - 18:04

Bury my heart

Écorché vivant. Enterré vivant. Encore mourir tant qu'il fait noir. Monstres hideux dans les prunelles abîmées. Cauchemars visqueux au creux des sourires carbonisés. La tête pleine de ténèbres et d'hallucinations. Il eut l'impression d'entendre murmurer le miel du Diable. La douleur n'eut plus tant d'ampleur, douce nostalgie larmoyante. Il n'entendait que la ballade de la Mort. Les échos de l'abime ne purent paraitre plus glorieux qu'en l'instant puissant.

Voix d'Outre-tombe prend la parole et marche :

Avant l'apocalypse, tu étais humain,
Dans ces ombres disparates, tu ne voyais rien,
L'onctueuse du sommeil, tu la chantais bien,
Cadavre immaculé de vie, n'était pas tiens,
La vérité, ta brûlure, tu l'aimais bien,
Oh, mais, Alastar, tu ne le sais que trop bien,
L'incantation de la mort, tu la craignais bien,
L'obsessionnel de l'amour, était tout douçain,
Drame où frémit le miroir, et là vint la fin.
L’apocalypse est tombée, tu n'es plus humain.


Entre les dents acérées de la sirène, il se sentit plonger plus profondément encore dans le typhon apparut en son honneur. La Terre parut douce et dure. Une fleur de paradoxe aux supplices de la colère noire qui s’emparait tyranniquement de la blancheur Desnuits. Le visage pâle, las, dénué de tout attrait; Alastar n'en demeurait pas moins éveillé. Il l'avait toujours été. Il ne ressentait rien. N'en avait plus la force. Ne pouvait émettre un seul mot. N'en ressentait pas le besoin. La Haine, la profonde Rancœur, se devait d'être déversée au plus vite chez une personne aussi lumineuse de Vie qu'était Cassiopée. Elle ne pouvait décemment agir comme lui et se contenter de l'avaler avec dégout et de laisser trainer là, au plus près du cœur d'ébène. Il ne voulut rien dire. Ne savait pas tant qu'il aimait à prétendre. Il attendit patiemment la fin du monologue assourdissant. Et ne sachant si elle était encore là, il s'en moqua. « Je ne vous ai jamais rien demandé, laissez-moi vivre la paix des condamnés. » Il avait entendu, même pourrait-on oser dire écouté, chacun de ses mots, chacun de ses états d'âmes. Il n'avait nul besoin de la regarder pour l'imaginer pourrir littéralement de cette rage qui lui noircissait l'esprit pur. Ah, voilà ce dont était véritablement capable le Black. Était-ce l'un de ses derniers miracles d'horreur ?

Et il savait. Il savait, Seigneur qu'il savait, qu'après ça, qu'après quoi; elle resterait. Ne serait-ce que pour se venger, de manière vile, de manière basse, de manière amplement méritée. Car malgré toutes ses croyances, toutes ses bonnes paroles, malgré toutes ses certitudes, et toute sa volonté, qui lui, le faisait bien marrer : elle ne valait pas mieux que son macabre patient à la bordure des Enfers. Elle ne le lâcherait pas de si tôt. Pas après ça. Pas après quoi. Jusqu'où était-elle prête à tomber ?

Détruire l'éternité, le soleil et le temps. Jouer des mirages, des affres de l’absence. Alastar somnola de nouveau. Il ne voyait plus rien, de nouveau. Le chalumeau dans la cervelle, le reste restait glaciale. L'hibernation du feu crépitant. L'incendie de la moelle et des méninges. Il faisait froid. Il avait chaud. Tout à coup, il sentit quelque chose se promener sur sa jambe... Il reconnut le tintement des ronronnements d'Edgar et ses griffes qui jouaient sur sa chemises. Il n'eut pas la force de grogner, pas même de rouvrir un œil. Et puis la boule de poils à l'éclat si pur et si doux, trouva sa place en plein milieu du torse du mort-vivant, se roulant sur elle même telle la peluche qu'elle était. Le réconfort éphémère, ridicule. Et dans le rêve du scientifique incapable de formuler quelconque thèse, l'azur s'ouvrait à l'enfance. Espace ouvert. Cercle brisé. L'innocence de jeunes regards échangés. Émeraude s'alliant au Saphir.

Melody.

Et le cœur au galop ! Tu t'en souviens ?

Sur ce dernier souvenir d'enfance, la mélancolie divine de l'amour perdu.
Sur ce dernier voyage des pleurs, le Vie se fait couleur, devient auteure.
Sur ce dernier élan de bonheur, les fleurs du temps renaissent de beauté.
Sur ce dernier espoir disparaissant, il ne voit qu'elle et lui, l'infini passé ébloui.

Et dans un dernier soupir,
Dans un dernier regard,
Un si maigre sourire,
Un si profond poignard,

L'âme en peine de l'amoureux maudit,
Achève donc la Lune,
Dans la nuit brune.


Il sourit.
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