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 Il y a trois manières de faire les choses : la bonne manière, la mauvaise manière et ma manière. | ft. Colin ♥

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Venus E. Blossom
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Venus E. Blossom
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MessageSujet: Il y a trois manières de faire les choses : la bonne manière, la mauvaise manière et ma manière. | ft. Colin ♥   Jeu 7 Fév - 4:34



Colin & Venus



Il y a trois manières de faire les choses :
la bonne manière, la mauvaise manière et ma manière.



▬ 2018. ▬


J’écarquillais grand les yeux. « Vous vous moquez de moi ? Vous êtes en rupture de vanille ? Mais il est seulement huit heures du matin ! » hurlais-je au comptoir du Starbucks. Et voilà que la demoiselle tentait de m’expliquer comme elle le pouvait qu’ils n’avaient pas encore été livrés ce matin, qu’ils en auraient un peu plus tard dans la matinée, qu’elle était platement désolée… Qu’en avais-je à faire des excuses ? J’étais une cliente fidèle, j’avais toujours la même commande. Un café latte macchiato sans sucre avec une pointe de vanille. Il était évident que sans la vanille, ce n’était plus du tout la même chose. Pour une fois que je faisais un effort pour venir chercher mon café toute seule, sans demander l’aide de ma charmante assistance Pénélope. Celle que je payais uniquement pour exécuter ce genre de tâches et donc se prendre la tête avec la serveuse du Starbucks à ma place. Je levais les yeux au ciel, remettait la hanse de mon sac-à-main sur mon épaule, faisais voler une mèche de cheveux et tournais les talons. Intérieurement, je pestais. Ce n’était clairement pas la meilleure matinée que je vivais. Tout d’abord, je m’étais réveillée avec un retard atroce, devant pousser une accélération évidente sur mon ravalement de façade du matin. J’avais manqué de me crever un œil avec mon mascara, et j’avais évité la catastrophe en me regardant dans le miroir dans l’entrée avant de partir avec du rouge à lèvre sur les dents. Et en plus de ça, je n’avais pas eu le temps de boire un café. A huit heures pétantes, j’aurais déjà dû parcourir les couloirs du magazine pour arriver dans mon bureau. Pénélope devait être stressée de ne pas me voir débarquer. Ou alors, elle était en train d’espérer que je me sois fait renverser par une voiture sur le chemin, qu’un des talons aiguilles de mes Jimmy Choo se soit cassé et m’ait obligé de retourner chez moi pour changer de chaussures, ou bien que je sois tombée gravement malade pour ne jamais pouvoir retourner au travail. Finalement, je pariais plutôt sur la deuxième option. Elle devait naïvement rêver d’un malheur, la tête posée nonchalamment dans la paume de sa main, regardant vers le plafond avec un sourire béat. Elle allait moins aimer quand j’entrerais dans les locaux, le doux son de mes talons clapotant contre le carrelage tandis que le cœur de la brune s’emballe, tétanisée par sa patronne. Je lui sourirais, de ce sourire faux qui m’est que trop habituel, pour lui demander d’aller me chercher ledit café qui me manque, en précisant que le plus près n’a pas de vanille. Elle aurait à courir jusqu’au prochain dans un temps lui étant imparti, parce que c’est comme ça que je m’amuse.

Je mangeais toujours sur le pouce. Généralement, j’engloutissais une salade sans sauce vinaigrette, tout en étant plongée dans le travail. Aujourd’hui ne dérogeait pas à la règle. J’avais laissé couler le fait que Pénélope s’était trompée sur ma commande, m’amenant de la mache plutôt que de la roquette, ce qui me faisait penser que j’étais de meilleure humeur que ce matin. Entre temps, j’avais eu mon café, ce qui avait dû énormément jouer sur mon état. « Mademoiselle Blossom ? » m’appelait-on, me faisant relever le regard. Face à moi, j’avais Janice, l’une de mes stylistes avec ce qui semblerait être l’une de ses mannequins. Mon regard la questionnait, sans que je n’aie besoin d’ouvrir la bouche. « Excusez-moi de vous déranger durant votre pause déjeuner. Je peux vous montrer les modifications apportées, comme vous l’aviez demandé ? » Je lisais l’inquiétude dans son regard avant de pousser légèrement ma salade vers le bord de mon bureau, tout en évitant les papiers dispersés un peu partout dessus. « J’ai un rendez-vous dans dix minutes. Faites vite. » présentais-je la situation. Et ce n’était pas n’importe quel rendez-vous. C’était un rendez-vous important, avec une célébrité ne fait que de s’élever. Alors Janice s’exécutait, faisant tournoyer son mannequin à chacune de mes demandes pour que je vois les pièces présentées sous tous les angles. J’étais plutôt satisfaite. Nous avions bien progressé, étant loin du chiffon originellement présenté. Finalement, ça n’avait pas été une intervention inutile comme je l’aurais vilainement pensé. Tellement que j’en oubliais presque mon rendez-vous en approche, parfaitement rappelé par Pénélope. « Mademoiselle Blossom, votre rendez-vous est là. » nous interrompait l’assistante, en ayant fait patienter ledit rendez-vous derrière la porte. « Eh bien qu’attends-tu ? Fais-le rentrer ! » m’exclamais-je en finalisant automatiquement la rapide entrevue avec la styliste d’un simple signe de main lui demandant de filer dans la seconde, alors qu’elle s’empressait de tout ranger pour partir. Mon rendez-vous entrait alors, accompagné de Pénélope. « Monsieur Finningham, je suis Venus Blossom, soyez le bienvenu. » le saluais-je en lui tendant ma main. Vraiment, les collaborateurs, ainsi que les invités avaient de la chance, ils avaient le droit à la gentille Venus Blossom. « Je vous en prie, prenez place. » lui dis-je en lui présentant d’un signe de main le fauteuil en face de mon bureau, tandis que je me dirigeais vers le mien. « Vous souhaitez un café ? Un thé ? Autre chose ? » lui proposais-je. Entendre par là que Pénélope se fera un plaisir de lui servir une boisson. Je l’observais de bas en haut et de haut en bas alors qu’il prenait place. Il était clair qu’il venait d’un monde totalement différent de celui dans lequel je vivais, mais il était l’étoile de montante de la musique country. Alors forcément, je me devais de lui accorder un encadré dans la rubrique people d’un prochain numéro du magazine. Et puis, il était plutôt bel homme, il fallait se l’avouer. Donc avoir un bel homme, chanteur de country, pourrait être pas mal. Je le visualisais déjà à moitié nu, dans les bottes de foin, son chapeau de cowboy et… Réveille-toi Vee. « Soyons concis. Je vais pour vous présenter directement le projet, comme je l’ai annoncé à votre manager. Nous avons une rubrique musique dans le magazine dans laquelle nous aimerions beaucoup vous avoir. Une petite interview avec l’un de nos journalistes, des photos de vous… Pourquoi pas également nous faire une petite représentation de l’une de vos chansons en live pour que l’on insère le lien vers cette vidéo dans l’article ? » J’avais plein d’idée. Je sentais beaucoup de potentiel en lui. Je sentais qu’on pouvait faire une bonne collaboration ensemble. J’avais même envie de suivre toute l’avancée. Bon, je faisais la même chose pour toutes les célébrités, qu’on se le dise. J’étais à leur entière disposition et n’avais pas peur d’entendre leurs demandes particulières, toujours plus loufoques les unes que les autres. Comme la fois où j’avais eu Shakira et qu’elle ne voulait que des pailles pliables pour boire, durant toute la durée de notre collaboration. Grâce à des pailles, la couverture de juillet 2017 avait été parfaite. « Avant tout, vous avez des questions ? Vous ne connaissez peut-être pas le magazine ? » lui demandais-je, histoire de le laisser parler un peu. J’allais peut-être vite en besogne.


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Colin Finningham
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MessageSujet: Re: Il y a trois manières de faire les choses : la bonne manière, la mauvaise manière et ma manière. | ft. Colin ♥   Dim 10 Fév - 16:57


 
Il y a trois manières de faire les choses :
la bonne manière, la mauvaise manière et ma manière.

 Venus & Colin
 
 

 


Lorsque mon manager m’avait annoncé que « Her » me voulait pour une entrevue et une séance photo, je lui avais demandé qui était « Her ». Je ne connaissais personne de ce prénom et si c’était une façon respectueuse de parler d’elle, un peu comme on le fait avec Dieu en disant « Il », ce devait être une femme très importante. La première dame des États-Unis, peut-être? La réaction de mon manager me fit comprendre que je manquais cruellement de culture générale et qu’en tant que vedette montante, je ne pouvais me permettre d’ignorer les médias qui pouvaient, d’une manière ou d’une autre, propulser ma carrière à des niveaux inespérés. Sur ce, il avait mis fin à notre entretien, prétextant avoir des choses plus urgentes à faire, et je n’eus pas ma réponse. C’est plus tard, en surfant sur Internet, que je découvris que « Her » était en fait un magazine de mode prestigieux, principal compétiteur de « Vogue » (magazine dont j’ignorais également l’existence avant cette petite recherche) et qu’il était dirigé par une femme influente : Venus E. Blossom. Accessoirement, elle était plutôt jolie.

Faire une séance photo et une entrevue pour un petit magazine people, c’était une chose, mais pour un magazine de mode de cette envergure, je fus immédiatement pris de vertiges. Je comprenais ce que cela représentait pour ma carrière, mais ce que je n’arrivais pas à saisir était pourquoi on avait pensé à moi? Je n’avais rien d’un top model et mon style vestimentaire ne pouvait pas réellement être considéré comme un style par l’industrie de la mode. Ce n’était pas tant l’entrevue qui me stressait le plus que la séance photo qui allait l’accompagner; allait-on faire de moi une poupée Ken (parce que si on voulait faire de moi une Barbie, je crois vraiment que je deviendrais malin) en m’habillant, me coiffant et me maquillant? Allais-je devoir raser ma barbe et tailler mes cheveux? Peut-être même me faire faire une coloration ou quelques mèches de couleurs? Et si je devais être nu? Arg!!!

Je fus tenté de composer le numéro de téléphone de l’homme qui s’occupait de ma carrière pour lui dire que je ne ferais pas partie du prochain numéro du magazine, mais puisque le refus n’était jamais une option avec lui, je me ressaisis et décidai de me servir une bière froide à la place.


Ce jour-là, je devais rencontrer nulle autre que la directrice de « Her » en personne. J’avais été tenté d’arriver en retard pour la dissuader de me prendre dans son magazine, mais étais finalement arrivé dans les locaux de « Her » à l’heure convenue. Ne sachant à quoi m’attendre exactement pour ce rendez-vous, j’avais décidé de ne pas tailler ma barbe et de laisser mes cheveux tomber naturellement sur mon front. Pas de gel, à peine peigné, si je devais jouer les mannequins, on s’occuperait de mon apparence. Je portais une chemise blanche et un jeans bleu, rien de bien exceptionnel, mais dans lesquels je me sentais à l’aise et j’avais posé mon chapeau de cowboy de cuir brun clair sur le dessus de ma tête. En sommes, je n’avais vraiment pas les airs d’un gars qui va faire un shooting pour un magazine de mode. On appelle ça de l’auto sabotage, je crois.

Je n’eus pas à attendre longtemps avant d’être conduit vers le bureau de mademoiselle Blossom par son assistante. Cette dernière toqua à la porte et entra pour prévenir sa patronne que j’étais là, me laissant seul derrière la porte. Je m’attendais à devoir attendre mon tour, mais je fus surpris de la rapidité avec laquelle on me fit entrer dans le bureau alors que le précédent entretien de la directrice de « Her » y sortait avec empressement. Involontairement, je suivis du regard les deux femmes (une qui devait être la styliste et l’autre la mannequin) en ne pouvant m’empêcher de penser que je n’appréciais vraiment pas la haute couture.

Lorsque je tournai les yeux vers Venus, je retirai mon chapeau et ébouriffai mes cheveux d’une main pour leur redonner un peu du volume que mon couvre-chef leur avait fait perdre avant de m’avancer vers la jeune femme pour saisir la main qu’elle me tendait. « Colin, enchanté mademoiselle Blossom et merci de l’invitation. » répondis-je aux présentations. « Merci. » dis-je en prenant place dans le fauteuil qu’on me désignait d’une main. Oh, c’est qu’il était confortable! « Je prendrais bien un café. » poursuivis-je en tournant les yeux vers l’assistante de Venus (car oui, je savais que c’était elle qui me servirait). « Deux sucres et un lait, s’il vous plait. » demandai-je avec un sourire pour la jeune femme.

Venus était aussi jolie que sur les photos que j’avais vues sur Internet, mais en personne, elle avait un aura très fort (pas que j’y connaisse réellement quelques choses aux auras), quelque chose de magnétique, mais également intimidant qui semblait émaner d’elle. Je n’avais pas besoin de la connaitre pour comprendre qu’elle était une lionne, la reine de la savane et qu’elle ne devait faire qu’une bouchée de ses compétiteurs. Inutile de vous dire que je devins plus confortable dans le rôle qu’on attendait de moi à ce moment et qu’en fin de compte, elle pouvait bien jouer à la poupée avec moi, je ne serais probablement pas en mesure de la contredire de toute façon.

Pendant que Venus m’expliquait en quoi consistait son projet (chose que mon manager n’avait même pas prit la peine de faire), je me penchai vers le bureau qui se trouvait entre nous et fronçant subtilement les sourcils en signe de concentration. Ça semblait si simple que je me demandai intérieurement pourquoi j’avais anticipé ce moment au cours des derniers jours. Une entrevue avec une journaliste était quelque chose de connu, il ne semblait pas être question de me relooker en quelqu’un que je n’étais pas et offrir une performance musicale était certainement ce dans quoi j’étais le meilleur. « Tout est possible! » dis-je en me redressant pour m’adosser au fauteuil (ais-je dit qu’il était confortable?) avec un sourire à la fois soulagé et satisfait.

Des questions, j’en avais, effectivement. « Euh… serait-il possible d’avoir les questions qui me seront posées avant l’interview? J’aime bien pouvoir me préparer un peu, avoir une idée des sujets qui seront abordés, vous voyez? Et puis, les photos seront-elles prises pendant l’entrevue où ce sera sous forme de shooting? Et… euh… est-ce que c’est moi qui choisit comment je m’habille ou…? » je levai le poing, le pouce levé, en direction de la porte du bureau de Venus où y étaient disparues la styliste et la mannequin. « Je vais vous avouer que cette partie du projet me rend un peu nerveux. » dis-je en joignant un petit rire à mes mots. Je pris une profonde inspiration : « Je ne veux pas vous manquer de respect, mais avant que mon manager me fasse part de votre invitation, j’ignorais tout de votre magazine. Le peu que je connais, je l’ai lu sur Internet. Serait-il possible de me faire visiter vos locaux et de parfaire mon manque de connaissance? » demandais-je avec un sourire qui se voulait charmant. Je me doutais bien qu’une femme comme Venus devait être débordée de travail et qu’une telle demande ne pourrait probablement pas être satisfaite par elle-même. Elle demanderait probablement à une assistante de le faire, mais je tenais quand même à avoir une meilleure idée du magazine avec lequel j’allais travailler.
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Venus E. Blossom
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MessageSujet: Re: Il y a trois manières de faire les choses : la bonne manière, la mauvaise manière et ma manière. | ft. Colin ♥   Dim 10 Fév - 21:04



Colin & Venus



Il y a trois manières de faire les choses :
la bonne manière, la mauvaise manière et ma manière.



La styliste ainsi que son mannequin filaient, d’une tentative de discrétion désolante. C’était toujours quand on essayait de se faire tout petit, le plus invisible possible, qu’on se cognait dans des meubles qu’on ne doutait pas être plantés ici ou bien être immédiatement pris par une quinte de toux. Heureusement pour elles, rien de tout cela n’arrivait, même si elles faisaient bien trop de bruit à mon goût en remballant toutes leurs affaires alors que mon rendez-vous entrait dans la pièce. Quelle première impression donner hormis celle d’un grand foutoir où robes pailletées, tops colorés et chaussures aux talons vertigineux étaient maîtres. Mon bureau qui était normalement parfaitement rangé, sans qu’un grain de bazar n’existe. Je préférais que Colin Finningham de remarque pas tout cela, ainsi je me dirigeais directement vers lui pour lui souhaiter la bienvenue d’une poignée de mains. Le pauvre devait se demander ce qu’il faisait ici, dans un magazine de mode, alors qu’il n’avait pas vraiment l’allure d’apparaître dans un de nos numéros. Il n’était pas l’homme au costard cravate, parfaitement rasé et peigné, qu’on avait l’habitude de voir dans nos locaux. Probablement que certaines des bimbos de l’étage avaient pu penser qu’il s’agissait de l’homme de ménage. Je vous promets, nous sommes comme ça chez Her, seulement le visuel compte. L’élégance, la classe, le chic. Il devait être complètement déstabilisé dans cet univers si loin du sien, mais je tentais de le rassurer d’un de mes rares sourires, tout en lui proposant une boisson. Comment bien accueillir un invité de marque, première étape. Parce que oui, Colin était loin du genre d’homme que l’on voit habituellement dans notre magazine, mais il était important. Une célébrité croissante dans le domaine de la musique country. J’avais écouté quelques de ses chansons, durant ma pause déjeuner, et je devais avouer que ce n’était pas trop mal. Loin de style de musique que j’écoute, mais très agréable tout de même. J’avais envie d’enfiler des santiags et danser en harmonie sur la piste. Seulement je ne danse jamais, et il était hors de question que je porte des santiags. Même une seule fois dans ma vie. Mes pieds étaient définitivement faits pour des escarpins qui coûtent quasi mille balles la paire. « Je prendrais bien un café. » répondait-il en tournant le regard vers Pénélope. Il était perspicace le petit. Mon assistante m’adressait un regard, certainement étonnée qu’on lui parle directement. Le fait qu’on la considère était inhabituel. Ainsi, Colin m’intriguait davantage. Je savais qu’il était loin d’être un invité comme ceux que j’avais régulièrement, et ça se prouvait rien qu’à sa commande de café. Par contre, ce qui m’égosillait, c’était sa précision. Deux sucres. Mon dieu, c’était deux sucres de trop. Un sucre aurait pu convenir, mais deux… J’en ferais presque un malaise tellement c’était impensable pour moi. Je ne mettais déjà pas de vinaigrette dans ma salade, alors du sucre dans mon café, vous pensez bien que c’était inenvisageable. Décidément, il n’avait rien à voir avec la faune peuplant les couloirs de Her. C’était déroutant. « J’en prendrais également un. » précisais-je à mon assistante avant qu’elle ne file hors du bureau, s’attelant à sa tâche. Mon regard revenant vers le chanteur, je lui souriais faiblement. « Je n’ai pas eu le temps d’en boire un ce midi. » ajoutais-je comme si je devais me justifier, ce qui était clairement idiot. Parce que je mangeais toujours rapidement, qu’il y avait toujours des gens pour me déranger durant ma pause déjeuner et que le temps filait alors trop vite, la tête dans le boulot et oubliant mon repas. Il existait des midis où je ne mangeais pas du tout, ou alors un petit bout de fromage à tout casser pour ne pas tomber dans les vapes dans l’après-midi.

Nous entrions dans le vif du sujet. J’émettais au chanteur de country les quelques idées que j’avais eu. Le mois prochain serait axé sur la campagne. C’était quelque chose que nous n’avions pas encore exploré depuis que j’étais aux commandes du magazine. Meules de foin, chemises à carreaux, chevaux, country. C’était dans ce dernier point que Colin était attendu. Une interview, une séance photo et un live musical avait été réfléchi par ma propre personne. Le directeur artistique avait répondu à la positive à ces idées qui lui semblaient être parfaites. Restait plus que l’approbation de la star en question, Colin. « Tout est possible ! » Il me plaisait. N’avait-il alors pas de limite ? Effectivement, tout était possible, surtout chez Her. Impossible n’était pas un mot de mon vocabulaire. Seulement, monsieur avait des questions. Je déposais mes coudes sur les accoudoirs de mon fauteuil, entremêlant mes doigts en écoutant ses recommandations, prenant notes dans ma tête. Lire les questions avant l’interview, savoir comment seront faites les photos pour illustrer l’article, comment sera-t-il habillé… « Tout est possible ! » répondais-je en reprenant ses propres mots. Le pauvre était nerveux et l’assumait en le disant à voix haute, accompagné d’un doux rire. Son rire était chantant et me faisait sourire automatiquement. Il commençait à douter, je le voyais bien. Il n’était pas à son aise, et ça se ressentait. « Vous doutez de moi ? » lui demandais-je d’un air sérieux, voulant juste lui faire un peu peur alors qu’il pouvait clairement se détendre. Il ne se retrouverait pas avec la robe à paillettes qu’avait la mannequin sur elle tout à l’heure, qu’il se rassure. « Je ne veux pas vous manquer de respect, mais avant que mon manager me fasse part de votre invitation, j’ignorais tout de votre magazine. Le peu que je connais, je l’ai lu sur Internet. Serait-il possible de me faire visiter vos locaux et de parfaire mon manque de connaissance ? » dit-il, instaurant ma surprise. J’étais étonnée que des personnes ne connaissent pas le nom du magazine, ni le mien. Ces personnes devaient être reclus dans une campagne profonde, ce n’était pas possible autrement. Mais finalement, ils en existaient bien, des gens ne me connaissant pas. Il faut dire que moi j’étais dedans, dans ce monde de strass et paillettes, chaque jour de mon existence depuis 1997, soit, une éternité maintenant. Mais je n’avais pris possession du trône de Her qu’en 2014. Ainsi, j’étais plongée dedans depuis si longtemps que j’ignorais comment était-ce possible qu’on ne connaisse rien à mon monde, mon univers. « J’apprécie votre franchise. Bien sûr, je peux vous faire visiter. » annonçais-je, prenant moi-même la responsabilité de jouer la guide avec mon invité. Parce que c’était ça de bien accueillir ces invités de marque, deuxième étape. Pénélope, l’assistante, frappait avant d’ouvrir la porte, pour nous apporter nos cafés. Je me levais de mon fauteuil, invitant subtilement Colin à faire de même. Je regardais Pénélope, lisant dans son regard qu’elle savait qu’elle avait mis du temps. « On sort faire un tour des locaux. » dis-je à Pénélope, lui expliquant alors sans vraiment le dire que je serais indisponible pendant un temps indéterminé. Alors si on me cherche, elle courra dans tous les couloirs à notre recherche, ou bien ça attendra. « Je vous en prie, prenez votre café avec vous. » proposais-je à Colin, même si nous quittions mon bureau. Quant à moi, je laissais mon café avec Pénélope. Je n’allais pas me balader avec un café à la main devant tous mes subordonnés, voyons. Alors Pénélope pourrait bien le jeter ou le boire, ça ne m’importait guère.

Nous étions désormais devant mon bureau, dans certainement le couloir le plus silencieux du bâtiment. Probablement parce qu’ils savaient tous que je haïssais le bruit fait par les autres, que les seuls bruits que je tolérais étaient ceux des talons claquant contre le carrelage froid des locaux. Il paraîtrait que je fais peur à certains, ce qui ne m’étonnerait finalement pas. Je retournais mon regard vers Colin, lui adressant un sourire sympathique. « Nous sommes ici dans le couloir de la direction. Vous avez donc mon bureau, là où se trame de nombreuses choses pour les prochains numéros, les rendez-vous avec des célébrités comme vous. Actuellement, nous sommes devant le bureau de mon assistante, chargée de me seconder en tous points. » Et de faire des cafés, également. J’entamais la marche, une marche lente. « Bien sûr, si vous avez des questions, n’hésitez pas à me couper. » lui autorisais-je. Mais ne le faites pas même si je le propose, parce que j’ai horreur de ça. « Her est un magazine de mode féminin mensuel qui existe depuis de nombreuses années, mais je le dirige seulement depuis 2014. Nous sommes inscrits parmi les plus grands magazines de mode du pays, et nous nous étendons dans quelques pays étrangers également. » J’allais dans les grandes lignes, mais ne manquait pas l’essentiel. J’avais bien compris qu’il ne connaissait absolument rien à cet univers, alors je devais reprendre aux bases. « Nous y accueillons de nombreuses célébrités qui viennent pour les couvertures de nos numéros, pour nos stylistes qui commencent à se faire un nom dans le milieu pour qu’ils confectionnent des tenues pour des galas, pour des interviews avec nos journalistes spécialisés mode et people… Journalistes que vous verrez un peu plus tard. Il y a beaucoup de passage par ici. » expliquais-je, énonçant d’ailleurs certaines raisons pour lesquels ils pourraient revenir dans le futur. Je me stoppais devant la porte fermée d’un bureau. « A droite, nous avons le bureau du directeur artistique. Il s’occupe de l’aspect visuel du magazine et gère les équipes, avant de me proposer le tout afin que je valide ou non. » J’avançais à nouveau, n’allant pas ouvrir la porte pour divulguer les visuels du prochain numéro. Nous avions déjà des fuites par le biais d’une personne malintentionnée. « Et là, à gauche, nous avons la salle de réunion où tout le monde se réuni pour former les prochains numéros, donner des idées, etc. C’est tout ce qui se trouve à cet étage. Il va falloir prendre l’ascenseur pour se rendre à l’étage des maquilleurs, coiffeurs, stylistes et photographes. » Je me passerais de faire la visite de la cafétéria à un autre étage encore, ce n’était pas forcément utile. Her se décomposait sur quatre étages. La direction, l’artistique, le journalisme et le reste. Arrivés dans l’ascenseur, je regardais Colin. « Pour l’instant vous suivez ? Dites-moi si je vais trop vite. Ce n’est pas forcément évident pour vous. Vous êtes prêt à passer à la vitesse supérieure ? » Comprendre par là que ce ne serait plus de la rigolade, mais qu’on passerait bien à l’étape qu’il redoute le plus. « Si ça vous rassure plus, on peut faire une interview totalement nature. Vous y répondez comme vous êtes. Pas de tenue autre que celle que vous portez, pas de maquillage. Après tout, vous êtes très bien comme vous êtes… » lui proposais-je, sortant alors de ma zone de confort. Parce que ce n’était pas quelque chose que je proposais en temps normal. Mais il me plaisait, ce chanteur de country. Et je lui faisais même comprendre par ma dernière phrase, poursuivi d’un sourire enjôleur qui en a fait craquer plus d’un.


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